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ŒUVRES POSTHUMES
DE M. POUTEAU.
TOME SECOND-
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Cet Ouvrage fe vend A PA RIS f
Chez Méquignon l’aîné , Libraire , rue des Cordeliers , près des Ecoles de Chirurgie,
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ŒUVRES POSTHUMES
DE M. POUTEAU,
DOCTEUR EN MÉDECINE,
CHIRURGIEN EN CHEF de l'Hôtel-Dieu de Lyon.
TOME SECOND,
A PARIS ,
De l’Imprimerie de Ph.-D. PIERRES., Imprimeur Ordinaire du Roi , &c. rue Saint-Jacques.
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M. DCC. LXXXIII.
Avec Approbation et Privilège dit Rot •
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ŒUVRES POSTHUMES
DE M. POETE A U,
DOCTEUR EN MÉDECINE,
Chirurgien en chef de l Hôtel-Dieu de Lyon *
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MÉMOIRE
Sur les engorgemens féreuX & lymphatiques des articulations connus fous le nom de faujfes Anchy lofes.
e s obfervations viennent d’elles - mêmes fe placer après celles qui ont pour objet la gibbofité» On retrouve en effet dans l’une & l’autre maladie les mêmes caufes , l'oit éloi- gnées , foit prochaines : fi cette elpece d’an- chylofe ell quelquefois fuivie de dépôts férenx & lymphatiques , on en voit aulîi arriver dans le foyer de la gibbofité. Cette relfemblance , Tome IL A
2 Œuvres posthumes ou plutôt cette identité de caufes & d’effets indiquent fans doute une identité de re- medes ou de moyens de guérifon. Il n’y a donc rien à ajouter à ce qu’on a développé affez amplement dans les obfervations & les réflexions fur le rakitis ; il fuffira de détailler un certain nombre de faits avec leurs circonf- tances.
Première Observation.
Un fils de M. Fiai ^ Epicier , fut à i âge de ✓huit ans affailli par une faufl’e anchylofe %u genou ; le gonflement des os qui concourent à former l’articulation , celui fur - tout de la partie inférieure du fémur obligea peu-à-peu le genou à fléchir la jambe à angle droit avec la cuiffe , à quoi fe joignit l’impoffibilité de tout mouvement dans l’articulation. Il fe fit une coüe&ion humorale au-deffus de la ro- tule ; je l’ouvris avec la pierre à cautère , & il en fortit beaucoup de férofité dans laquelle nageoient quelques floccons lymphatiques. Un autre dépôt de meme nature fe montra quelque tems après au côté latéral externe de la rotule ; il fut ouvert par le même moyen > & donna ifl'ue aux mêmes matières ; l’un & l’autre de ces dépôts dégénéra en fiitule.
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On ne négligea aucun de ces remedes pré- conifés pour purifier , dit-on communément , le fang , purgations réitérées , tifane avec les bois , bols de ciguë , bols fondans de toute efpcce , applications de différens genres , tout fut mis en œuvre fans fuccès. Un troifieme dépôt froid fe forma au côté interne de la ro- tule; la fluctuation déjà fenlible annonçoit le befoin de l’ouvrir , ainfi que les deux précé- dens , avec la pierre à cautère. Je propofai au malade âgé de douze ans , de l’attaquer par le feu ; il a heureufement autant d’efprit que d? vivacité ; il y confentit & fouffrit avec courage la douleur d’une brûlure faite par un cylindre de coton qui avoit la bafe d’un écu de trois livres ; il laifla confumer ce cylindre en entier ; & dès le même foir , une douleur habituelle dans le genou fut notablement allégée ; je lui fis de plus remarquer une di~ minution confidérable dans la tumeur par la réforption d’une partie de l’humeur qui la formoit. Cette réforption augmenta de jour en jour,& avant tout commencement de fuppu- ration , le mouvement du genou avoit acquis un peu de liberté , & fon volume total étoit même diminué fenfiblement. La fuppuration fut abondante , mais elle n’empêcha pas la formation d’une autre collection de férofités
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4 Œuvres posthumes
au-defïiis de la rotule , partie latérale externe. Ce fut encore le feu qui parut le plus propre à la difliper , & les efpérances du malade ne furent pas trompées. A la fuite de ces brû- lures , les fiftules réfultantes des premiers dé- pôts fe fermèrent ; les brûlures n’en laiflerent point , n’étant jamais parvenues jufques dans l’intérieur des dépôts. Le gonflement des os a diminué peu-à-peu ; la jambe eft prefque re- venue à la ligne droite avec le corps , & la fanté , à tout autre égard, reprend chaque jour le defliis. On eft donc en droit d’efpérer que le mouvement dans l’articulation fera peu-à- peu rétabli, à mefure que la tuméfadion contre nature des os fe diflipera. Cet ouvrage eft trop avancé pour n’avoir pas droit de compter qu’il arrivera à fa perfedion.
Ce dépôt eft précifément un de ceux dont on attribue la caufe à un vice ftrumeux , un de ceux que Severini appelle pce iaftracace , ou mangeurs des os, un de ceux enfin que Mar- chais recommandoit d’ouvrir auflitôt qu’ils s’annoncent , & cela en pénétrant jufqu’à l’os , pour en divifer le périofte ; cet Auteur ayant reconnu que la carie de l’os fubjacent lui fai- foit prefque toujours fidèle compagnie. Je ne fais pas encore ce que c’eft que le vice écrouel- leux , s’il dépend de la glutinofité fpontanéç
DE M. POUTEAU.' $
des fluides , de îa laxité trop grande des fibres , de l’acefcence ou de l’alkalefcence des fluides ; mais je lui foupçonne avec le vice rhumatis- mal , le vice dartreux , &c. les plus grandes affinités. Ses effets deftrutteurs font dûs au fâcheux réfultat d’une tranfpiration arrêtée , d’une maladie de la peau répercutée , rélultat combiné avec la conftitution particulière aux premiers âges de la vie qui y font plus en proie. Si le reflux de ces humeurs refoulées fe porte fur les glandes du col & y devient le foyer d’un abcès , il n’y a qu’un fentiment fur le vrai cara&ère de la maladie qui eft haute- ment déclarée écrouelleufe. On ne tranche pas tout-à-fait auffi nettement fur la dénomi- nation , lorfqu’elle forme dans quelqu’autre partie un dépôt froid , & on devroit être en- core plus circonfpeél , fi l’on faifoit attention que dans l’enfant de la meilleure fanté , un coup, une entorfe négligés peuvent donner naiffance au plus fâcheux dépôt de cette ef- pece , fans qu’on en puiffe arguer un vice fcrophuleux préexiftant , ni la préexiftence d’aucune des caufes humorales des fcrophules.
Il en eft donc du vice écrouelleux comme de tous les autres ; il n’y en a point dont il faille aller chercher les rudimens , ni dans l’œuf, ni dans l’efprit féminal qui l’aura fé-
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conclé; penfer autrement, c’efl calomnier la nature qui ne peut conferver les genres & les efpeces, que par l’inaltérabilité des germes. Rien n’eft donc plus erronné généralement que l’axiome tant répété, que le germe des maladies pafî’e des peres aux enfans , abeunt in natos pa~ trum cum fcmine morbi. Les caufes de ces ma- ladies acquifes poflérieurement à la naiffance ayant été méconnues, il a été plus facile de les placer dans les germes primordiaux , que d’en faire une recherche laborieufe. Des enfans ont eu la même maladie qui avoit attaqué leur pere, & on a fauffement conclu que les fils en avoient puifé l’eflence dans les matériaux même de la fécondation. N’auroit-il pas fufK de réduire cette trille fucceffion à de limples difpofitions à acquérir telle ou telle maladie , lorfque les circonllances en feront naître les caufes occalionnelles. Le fils d’un bolfu de- viendra bolfu lui-même , lorfque la répercuf- fion d’une tranfpiration arrêtée , d’une hu- meur de râche ou de quelqu’autre vice de la peau , les portera fur la colonne vertébrale ; il deviendra bancroche ou riket li cette ré- pereuRion a lieu fur les extrémités, écrouel- ïeux fi elle fe fait dans les glandes; il aura enfin des dépôts froids , fi elle pénétré jufques dans la fubftance même des os , ou feulement
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fur leur périofle ; mais le fils de ce boffu fera né fans le moindre germe de rakitis , & s’il devient lui-même boffu , plufieurs de fes freres & fœurs n’ayant rien du tout de cette diffor- mité, c’eft qu’il a été expofé plus que fes freres & fœurs à ces caufes occafionnelles de tranfpirations arrêtées , de maladie de la peau répercutée & autres ; c’efl qu’il tient peut- être de fon pere une peau de nature plus fine, plus fenfible aux impreflions de ce froid ca- pable d’en fermer les pores. Cette théorie me paroît la feule propre à rendre compte des prétendues maladies héréditaires. Le fils d’un épileptique efl devenu épileptique , celui d’un gouteux efl fujet à la goûte , celui d’un phthy- lique efl tombé dans la pulmonie , donc l’efprit féminal qui a concouru à donner l’être à ces enfans réceloit en lui le funefle alliage du vice humoral qui fait développer ces mala- dies : donc il n’étoit plus cet extrait , cette fuperquinteffence de l’animalité , tels qu’ils fe formèrent dans les organes générateurs du premier homme après fa chute. Ne craignons pas de rejetter de pareilles conféquences , en dilant avec l’école hoc pojl hoc 3 ergo propter hoc ,falfum confequens (i). On ne s’avife pas de contefler que chacune de ces maladies ne puiffe être acquife par la meilleure conflitu-
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8 Œuvres posthumes £ion ; pourquoi clone établir encore pour leur propagation une hérédité de laquelle il fau- droit donner les preuves les plus exa&es , & qui en paffant de germe en germe , détruiroit ou abatardiroit toute génération ? Que penfer en effet de la femence d’un homme qui feroit tout à la fois épileptique , phthyfique , écrouel- leux, rachitique, &c. femence qui porteroit à la fois le germe de chacune de ces maladies, car fi elles n’ont pas été incompatibles dans l’individu, la réunion de tous ces germes dans la femence ne doit pas être donnée pour im- poflible par les partifans des maladies hérédi- taires.
Bornons-nous donc ffmplement à avertir que les enfans ont plus que tous les autres de facheufes difpofitions aux maladies dont leurs parens ont été entichés. Qu’ils évitent avec foin toutes les caufes qui font également propres à les faire naître en eux , & dans ceux qui n’en ont rien à craindre à titre d’hé- rédité paternelle ou maternelle , à titre d’hé- rédité prochaine ou éloignée ; car on n’a pas craint de demander compte au grand-pere de la maladie de fon petit-fils , à l’oncle de celle de fon neveu , lorfque le pere & la mere ont fourni cle la façon la moins équivoque leurs .preuves de fauté. Faudra-t-il donc purger &
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repurger les petits-fils pour la maladie de leur grand-pere? Cette queltion doit être faite très- férieufement ; fi en effet vous pouvez avoir des raifons fuffifantes de foupçonner dans un enfant le germe de telle ou telle maladie pré- tendue héréditaire , par cela feul que l’un de fes ancêtres en aura été manifeftement atteint, feroit-il inconféquent que pour prévenir le développement de ce levain , & peut-être en- core mieux pour l’éteindre radicalement, & en garantir la race future , feroit-il, dis-je, inconféquent d’adminiflrer à cet enfant les remedes qui portent le nom de fpécifiques contre ces prétendus germes ou levains ? L’axiome qui dit qu’il eft plus facile de pré- venir une maladie que la guérir , ne fait - il pas de cette précaution un devoir auquel on ne peut fe fouftraire (2) ?
Ançhylofe au genou.
IIe Observation.
Le Révérend Pere Chouvel , Cordelier à Uzès , eut dès l’âge de fix ans un engorgement lymphatique au genou droit , & de caufe in- terne. Un renoueur mania rudement cette partie peur remédier à quelque prétendu dé- placement qui n’avoit jamais exiflé , & pour
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lequel il n’y avoit pas eu la moindre occafion. Les douleurs les plus aiguës furent le produit d’une pareille manœuvre , & elles fe foutin- rent avec perfévérance & avec des rémi/Iions plus ou moins grandes, jufqu’à l’âge de douze ans , tems auquel on l’envoya aux Eaux de Saint - Laurent , pour la première fois. Les bains & les douches fur-tout foulagerent la partie qui n’avoit jamais été que légèrement engorgée ; mais il y relia toujours une foi- blelîe plus fâcheufe dans les tems humides , ce qui , depuis l’âge de douze ans jufqu’à celui de trente-cinq, l’a fait aller quinze fois aux mêmes Eaux, & notamment les trois dernières années. Les douches raffermilToient chaque fois l’articulation & la débarrafl'oient en très- grande partie pour cinq à fix mois de cette foibleffe qui la faifoit fléchir à la moindre inégalité du terrein.
Le 1 6 de Novembre 1772 , une fluxion violente excita dans le genou la plus vive douleur, & dans le même inflant parut une tumeur faillante de la groffeur d’un œuf, placée au-delîus du condyle interne du fémur. C’étoit dans cet endroit qu’avoit été le noyau de la plus vive douleur. Toute la cuiffe parti- cipa bientôt à l’engorgement du genou.
En Juillet 1773 > Révérend Pere étant
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revenu à Saint-Laurent, j’examinai la partie malade ; je trouvai toute la partie inférieure de l’os de la cuiffe tellement engorgée , que fon volume étoit plus que double de celui qui eft dans l’état naturel. Il y avoit une dou- leur circonfcrite , & profondément fixée au centre de cet endroit où s’étoit formée la tumeur dont il a été parlé , & laquelle ne s’étoit effacée qu’après lix mois. Une autre douleur moins vive fe faifoit encore reffentir au-deffous & fur l’articulation même , le genou étoit toujours dans un commencement de flexion qui ne permettoit pas de mettre le talon à terre.
La douchV cette fois aggravant les fymp- tômes, bien loin de foulager le malade, comme les années précédentes , je fis brûler un cy- lindre de coton fur le centre de cette douleur cantonnée au-deffus ducondyle interne. Le 14 Juillet 1773 cette brûlure ayant aufîitôt en- levé la douleur , le Pere Chouvel défira que je foumiffe au même remede celle qui étoit lur l’articulation du genou. Je le fis le 17, & dans la meme féance un autre cylindre fut brûlé fur la partie antérieure latérale externe du fémur tuméfié, & cela pour en accélérer le dégorgement ; le malade étant dans l’inten- tion de partir quelques jours après , ce qu’il
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exécuta, après m’avoir a{ïuré qu’il ne redentoit plus de douleur , que fon talon portoit fur le terrein , & que le jeu de l’articulation étoit à tous égards beaucoup plus facile.
Cette obfervation prouve la poffabilité de devenir boffai par des engorgemens lympha- tiques , ou d’être expofé à d’autres accidens qui en font la fuite. Il paroit que chez le Pere Chouvel le grand mufcle triceps dont l’attache fe termine au bas de la partie latérale interne du fémur , fit , pour s’oppofer à la chute , un effort d’autant plus violent , que l’articulation étoit plus foible. Cette efpece de contra&ion mufculaire excita auffatôt la plus vive douleur dans le point qu’on vient de ner. Il y eut fans doute rupture de quelques petits vaiffeaux, épanchement des liqueurs qu’ils charrioient , & delà une tumeur allez faillante. La réfolution des liqueurs extravafées n’a pu fe faire en entier , leur âcreté a irrité le pé- riode & la maladie de cette membrane a été fuivie de la tuméfa&ion de l’os qu’elle re- couvre. Cette théorie eft peut-être celle du plus grand nombre des tumeurs offeufes qui fe forment moins par les fucs viciés qui les pénétrent , que par l’influence qu'a le période fur leur organifation , & par les maladies qui altèrent immédiatement cette membrane à
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travers de laquelle paflent toutes les liqueurs qui vont dans les os , & toutes celles qui en reviennent.
Il eft à propos de faire ici mention d’une caufe d’anchylofe , laquelle peut s’oppofer au mouvement de l’articulation , meme après la réfolution parfaite de toute engorgement. Cette caufe rélide dans une forte de foudure plus ou moins forte , occafionnée par le con- ta& trop immédiat des os dans la cavité arti- culaire , par la longueur de ce contaél & par le défaut de mouvement ; ainfl une faillie an- chylofe peut donner lieu à la formation d’une vraie anchylofe. On a même vu de petites végétations ofleufes fe former fur ce cartilage lifle qui revêt la tête des os.
Le remede à ce genre d’anchylofe ne peut fe trouver que dans une flexion forte & fubite de l’articulation faite dans le deflein de dé- truire, de cafler ces adhérences ofleufes. Le fuccès répondra quelquefois aux tentatives , fi ces coalitions ofleufes n’ont que peu de fur- face , ou fl avec beaucoup de furfaces elles n’ont encore que peu de foiidité. On fent bien qu’après ces coalitions caflees, détruites , il eft indifpcnfable de donner à l’articulation de fré- quens mouvemcns pour empêcher que ces ad- hérences ne fe renouvellent.
(EU V RE S POSTHUMES
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Douleur fciatique compliquée d’anchylofe .
II Ie Observation.
Mde Fillon , Marchande de Modes à Anno- nay , mariée à feize ans , ne fut réglée pour la première fois qu’à vingt-lix. Le grand nom- bre de remedes de tout genre , dont elle avoit fait ufage pour déterminer cette crife , peut avoir beaucoup augmenté une acrimonie hu- morale qui fe montroit dès l’âge de treize ans par de violentes douleurs utérines , qui tous les mois fe faifoient reffentir au tems où la nature faifoit des efforts inutiles pour l’é- ruption des régies.
A vingt-huit ans ces douleurs utérines ont été moins fâcheufes, & le cours des régies établi alors depuis deux ans feulement a été affez régulier jufqu’à trente-huit. Mais à cette époque font furvenues des pertes de fang très- abondantes , à trois mois & quelquefois à fix de diffance. On juge bien que cette malade a toujours été fférile. A trente-neuf ans toute évacuation utérine a été fupprimée pour faire place à des douleurs de rhumatifme les plus cruelles. Elles n’ont épargné aucune partie du corps , mais le centre de leur atrocité a été dans l’articulation de la cuiffe gauche
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avec la hanche , pour gagner delà la partie externe de cette cuiffe , occuper le genou & s’étendre jufqu’au pied.
Après fix ans de Souffrances , pendant les- quels Madame Fillon eut recours à des appli- cations de toute efpece , & entr’autres à des véficatoires vivement entretenus & plufieurs fois réitérés, elle fe détermina en Juillet 1772, à prendre les bains , la douche & les étuves des eaux de Saint-Laurent ; elle but abondam- ment de ces eaux. Tout le foulagement qu’elle en retira fe réduifit à la deftru&ion d’une en- flure qui ôccupoit la cuiffe, la jambe, & le pied du côté gauche. Elle but enfuite, étant rendue à Annonay, les eaux de la Motte à plufieurs reprifes , & elle fe mit pour derniere reffource à la diète blanche pendant neuf mois, & avec la plus grande Sévérité; elle ne l’in- terrompit que pour revenir à Saint-Laurent en Juillet 1773 , où elle me confulta. Son état étoit devenu encore plus fâcheux ; elle avoit en effet une fievre lente , des friffons fréquens & irréguliers , des Sueurs abondantes au moindre Sommeil , que la violence des dou- leurs interrompoit à tous momens , & chaffoit même entièrement pendant plufieurs jours & plufieurs nuits de fuite.
La malade avoit le genou gauche plié à
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angle droit avec le corps, il étoit engorgé con- fidérablement, fiir-tout à fa face externe: le moindre effort qifelle faifoit pour l’étendre l’expofoit à de vives douleurs dans ce genou ? & fpécialement dans l’articulation de la cuiffe.
La partie latérale externe de cette cuiffe étoit confidérablement tuméfiée par un engorgement lymphatique , pâteux & comme rempli d’air : il y avoit dans fon milieu un point de douleur plus aigu qu’ailleurs , & que la moindre pref- fion aggravoit ; l’articulation étoit furchargée d’une finovie qui chaffoit le fémur de la ca- vité où il eff emboîté , de façon que ce genou outrepaffoit de deux grands travers de doigts celui qui n’étoit pas malade , aucune fituation ne mettoit à l’abri des douleurs , foit dans le lit, foit hors du lit, l’émaciation de toutes les pièces malades jointe à tous Jes fymptômes dont on n’a vu qu’un précis, menaçoiî d’une deffru&ion affez prochaine ; auffi ne fut-il pas difficile de déterminer Madame Fillon à recourir au feu pour fa guérifon ; en conféquence le 5 Juillet, 1773, je fis confumer deux larges cy- lindres de coton à côté l’un de l’autre & fur cette partie latérale externe fupérieure de la cuiffe qu’on a dit engorgée; cette brûlure faite lentement fut affez profonde , in coxendico do- lorc crus adurcndum multis atque profundis inuf-
tionibus.
DE M. POUTEAU. 17
tiotùbus. Et il étoit ici d’autant plus important de fuivre ce précepte à la lettre , que l’arti- culation même étoit abreuvée , ainfi qu’on l’a dit.
Le premier effet de cette double brûlure fut d’exciter d’abord après une grande fueur dans la cuiffe malade un allégement fenfible des douleurs. Les friffons habituels ne reparurent plus dans la journée, ni le foir, la fueur noc- turne fut très-légère , & le fommeil beaucoup plus long qu’il ne l’avoit été depuis très- long-tems.
La tête du fémur remonta dès le même jour dans fa cavité , de forte que le fixieme les deux genoux étoient prefque au même niveau. Des douleurs qui occupoient tout le côté gau- che du corps , & dont on n’a pas parlé ci- deffus ne fe faifoient plus reffentir. Cependant le genou du même côté étoit toujours engorgé, toujours malade , quoique le malade pût porter la pointe du pied à terre , le point le plus affefté étoit à côté du ligament inférieur de la rotule , partie externe , ce ligament paroiffoit même allongé , & fi le genou ne pouvoit pas être entièrement redreffé , c’efl qu’il en étoit empêché par le gonflement de la partie infé- rieure du fémur qui concourt à le former.
Le huitième jour après la brûlure, il ne
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i8 Œuvres posthumes
reftoit plus que cette douleur au genou , la- quelle s’étendoit à la jambe & au pied qui étoit un peu enflé , avec un fentiment de froid très-incommode, fentiment au refte qui de tout tems avoir compliqué les douleurs. Il fallut donc fe déterminer à brûler le genou dans le point de la plus vive douleur , & pen- dant cette brûlure le froid au pied fut plus vif qu’il ne l’avoit jamais été.
Le neuf au matin j’appris avec le plus grand plaifir que la nuit avoit été des meilleures , qu’il n’y avoit plus de douleur ni dans la cuiffe, ni dans le genou , ce dernier étoit confidéra- blement dégorgé. Ce bien-être fut troublé trois ou quatre jours après par la fuppuration qui fut beaucoup plus tardive à la cuiffe qu’au genou, quoique celle-ci eût été brûlée huit jours plutôt ; il furvint de la fievre y un dé- goût abfolu , & une enflure œdémateufe très- confidérable avec rougeur éréfypélateufe dans tous les membres: je fis prendre quelques grains de tartre ffibié en lavage qui n’évacue- rent que de l’eau légèrement teinte de bile ; cet orage fut bientôt calmé par une fuppuration auffi féreufe qu’abondante, fur-tout à la cuiffe ; les forces & l’appétit revinrent d’un pas égal , & la malade partit de Saint -Laurent les der- niers jours de Juillet.
DE M. Pour EAU. 19
Avant fon départ elle fe plaiguit de dou- leurs à la cuiffe droite, qui de plus maigriffoic à mefure que l’autre reprenoit des forces & des chairs. Cela me parut dépendre d’un levain rhumatifmal univerfel, contre lequel la boiffon abondante & continuée de l’eau thermale de Saint-Laurent, étoit fans effet; & je ne vis rien de mieux à confeiller que la brûlure pour cette cuiffe , lorfque celles de la cuiffe & du genou gauche approcheroient de la cicatrice.
Le 1 5 Septembre fuivant , j'eus occafion de revoir Madame Fillon à Annonay , elle ne fe plaignoit que de la douleur à la cuiffe droite , celle qui avoit été brûlée reprenoit chaque jour des chairs & de l’embonpoint. La brû- lure du genou approchoit de la cicatrice , celle de la cuiffe fourniffoit encore beaucoup de pus féreux. Cette Dame marchoit fans dou- leur à l’aide néanmoins d’une béquille à caufe de fa foibleffe. Le fommeil & l’appétit étoient bons , & elle avoit tout lieu de fe promettre un rétabliffement de jour en jour plus par- fait.
Cette obfervation fait le pendant de celle qu’on a rapportée à la fuite du commentaire fur Suétone , à l’occafion de la feiatique &'Au- gujle ; elles montrent l’une & l’autre une élon- gation de la cuiffe formée fans doute par une
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io Œuvres posthumes furabondance contre nature de fynovie dans fon articulation fupérieure , elles font voir à quel profondeur a pu pénétrer l’a&ion du feu pour chaffer le fuperflu de cette fynovie , & faire remonter la cuilfe dans fa place na- turelle. Mais celle de Madame Fillon pré- fente des accidens encore plus graves que celle de Mllc Engerard ; dans celle-là le genou étoit fléchi à angle droit , & la partie infé- rieure du fémur étoit tuméfiée ; de plus , j’ai les plus fortes raifons de foupçonner que le grand trochanter étoit aufli tuméfié , mais l’en- gorgement qui le mafquoit ne me permit pas de m’en convaincre. Quoi qu’il en foit , li ludion fondante du feu a pu s’étendre de la furface du grand trochanter , jufques dans la cavité cotyloïde , elle a bien pu aufli pénétrer jufques dans fa fubflance fpongieufe d’un os engorgé & exoflofé.
Aux mêmes eaux de Saint-Laurent , je fus confulté par la femme d’un Marinier demeu- rante à Condrieux; elle étoit âgée de cin- quante ans , & depuis plus de quinze , elle avoit eu à fe plaindre de douleurs dans l’articulation de la cuiffe. Ayant examiné cette cuiffe avec M. Giraud. Chirurgien de cette petite ville du Lyonnois , nous trouvâmes qu’il y avoit une luxation de caufe interne en haut
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DE M. POUTEAU.
& en bas : cette femme n’ayant éprouvé dans cette partie rien qui fut capable de chaffer la tête du fémur de fa cavité , nous ne pûmes attribuer ce déplacement qu’a l’amas fucceflif d’une fynovie épaiffe dans la cavité cotyloïde , lequel avoit d’abord dû rendre la cuiffe plus longue en chaffant peu-à-peu la tête du fé- mur de cette cavité : cette tête une fois chaffée hors de fon domicile naturel , avoit été peu- à-peu jettée en dehors , elle avoit été enfuite retirée en haut & en dehors par l’a&ion des mufcles & par le poids du corps pendant que la malade marchoit, car quoique ce mouve- ment fut difficile & douloureux , il n’avoit jamais été totalement arrêté. Cette partie maigre , mais fans engorgement du côté de l’articulation me parut n’être plus fufceptible d’aucun rétabliffement , elle étoit de deux pouces environ plus courte que la cuiffe op- pofée.
Ce qui me parut fingulier , c’eft que le pied fans pouvoir être tourné en dehors , ne l’étoit pas en dedans , & on fait que cette fauffie po- lition du pied du dehors en dedans, eff un des fignes de la luxation de la cuiffe en haut & en dehors, faite fubitement.
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(Euvres posthumes
Anchylofe au genou.
IVe Observation.
Marie Tarquier de Pradelles âgée cîe vingt- cinq ans, avoit eu des douleurs aux reins & aux bras; elle penfoit que ces douleurs avoient pour caule la fupprefîion des régies, qui man- quoient depuis trois ans. Les douleurs ayant abandonné les reins & les bras , fe portèrent fur le genou gauche avec engorgement; on eut recours en Juillet 1772, aux bains, aux douches & aux étuves de Saint - Laurent ; le tout fut employé fans aucun allégement.
Pendant l’intervalle qui s’écoula entre Juillet 1772, & Juillet 1773, l’engorgement du ge- nou augmenta considérablement , ainli qu’une douleur fixée de chaque côté de la rotule , qui étoit foulevée par une colle&ion affez conlidérable de férofité dans la capfule qui contient la finovie, par laquelle efl lubréhée la face poflérieure de cet os. Cet amas formoit fur-tout une faillie bien décidée à la face ex- terne du genou ; c’étoit-là où la douleur fe fai- foit reffentir le plus vivement: ce fut aufîi fur cette éminence que je fis brûler un cylindre de coton le 25 Juillet 1773. Le foulagement procuré dès le même jour par cette brûlure
DE M. POUTEAU. 23
détermina facilement la malade à foumettre le 27 l’autre côté de la rotule au même re- mede. Ces deux brûlures opérèrent d’abord une diminution confidérable de tout le ge- nou, elles le délivrèrent de tout fentiment de douleur, & lui permirent un commence- ment de flexion qui , avant la brûlure eut été impofîîble , attendu le gonflement de toute la partie du fémur qui concourt à former le ge- nou. Cette fille étant retournée à Pradelles quelques jours après, je ne peux parler que des grandes efpérances qu’elle emporta d’une parfaite guérifon.
Ve Observation.
Jean-Pierre Anjoras , âgé de vingt-cinq ans, d’Uffel, Paroiffede Brignon, Diocèfe du Puy, avoit depuis dix ans un engorgement lym- phatique & fans douleur au genou gauche. Le genou fléchiffoit avec peine , ce qui incom- modoit fur - tout le malade lorfqu’il defeen- doit.
Dans le carême de 1762, les chofes chan- gèrent de face , la tumeur augmenta , il vint aux eaux de Saint-Laurent, en Juillet 1773 > les ayant bues fans le moindre foulagement, il me confulta; le genou étoit d’un volume
B4
14 Œuvres posthumes confidérable , fe refufant à la ligne droite avec la jambe , à caufe de la tuméfattion du fémur. Le trois Août je fis brûler un cylindre de coton de chaque côté de la rotule. Cette dou- ble brûlure ayant difîipé une douleur qui lui rendoit le fommeil de la nuit très-léger , & Fin- terrompoit très-fouvent , il fe détermina le 4e à une troilieme brûlure au-deffous de la ro- tule : le 5 e An) or as fe trouva affez avancé en guérifon pour vouloir abfolument quitter Saint- Laurent, & retourner à Uffel , à moins, me dit-il , que je n’euffe encore à le brûler.
VIe Observation.
Madame de Chabrillan , ChanoinefTe , avoit eu au vifage des éruptions dartreufes qu’elle combattit en vain par mille fortes de remedes. Elle fe détermina même à fuivre le confeil qui lui fut donné d’ouvrir un cautère à la jambe. Ce cautère opéra à louhait relativement au vifage , mais l’humeur parut , en abandonnant cette partie , ne pouvoir arriver jufqu’à la porte de fortie qui lui étoit ouverte. Elle s’embarrafîa en effet dans le genou de la jambe gauche ulcérée par le cautère , & y forma un engorgement lymphatique allez con- fidérable, mais fans douleur.
DE M. POUTEAU. 25
Une chute par laquelle ce genou fut heurté rudement, quelques mois après, contre un parquet donna auffitôt plus d’étendue à cet engorgement , & y fît refTentir des douleurs qu’on combattit en vain par toutes fortes de topiques. La douche des eaux minérales chau- des donnée pendant trois faifons, augmenta chaque fois l’engorgement. La malade pendant l’a&ion même de la douche étoit foulagée , mais bientôt après les douleurs étoient en- core plus vives qu’avant cette douche.
Lorfqu’après dix ans de douleurs & de re- medes , Madame la Chanoineffe fe détermina à venir à Lyon, en Décembre 1773, elle venoit de faire ufage pendant fix mois de fuite de la liqueur de HF'an-fwieten j & ce remede avoit réduit aux abois une malade très - irritable , à laquelle les douleurs au genou donnoient allez fouvent des mouvemens convulfifs. Voici le précis de fon état à fon arrivée. Fievre lente , fueurs noèlurnes , éma- ciation générale, anchylole avec gonflement de la partie inferieure du fémur , le genou dans un état néceffaire de flexion qui approchoit de l’angle droit , douleurs fi atroces dans cette articulation , tant la nuit que le jour , qu’on ne pouvoit les modérer que par les narcoti- ques, douleurs qui fe propageoient le long
26 (Eu V RES POSTHUMES
de la cuiffe jufques dans l’aîne & le bas-ventre, & empêchoient la malade de fléchir le corps affez en avant, pour porter la main jufqu’à ce genou.
M. Châtaignier , Docteur en Médecine , à qui cette Dame donna fa confiance , ne vit d’autre remede à propofer, après tous ceux dont on avoit fait ufage, que celui des Arabes , des Egyptiens : il le propofa donc, & trouva l’efprit préparé à ce genre de remede, par le foulagement qu’avoit conftamment pro- curé du fel très-chaud appliqué fur le genou , d’après le confeil donné par le Médecin qui préfideaux eaux de Bourbon-Lancy. Ce Méde- cin au lieu de fel avoit indiqué le fable des ma- rais falés de Pequet dans la baffe Provence.
Deux points de douleur, & d’engorgement plus faillants que les autres , fe préfentoient pour être fournis au feu , un de chaque côté du genou , & précifément fur la jonftion de l’os de la cuiffe avec ceux de la jambe. Un cylindre de coton fut donc brûlé fur chacun de ces points , & la douleur qu’ils firent reffentir , fut auflltôt diflipée , pour ne plus re- venir. Mais bientôt cette guérifon ne parut être qu’un déplacement d’humeur, caria ma- lade reffentit à la partie antérieure du genou au-deffous & à côté de la rotule, côté in-
D E M. P O U T E A U. 27
terne , un accr-oiffement de douleur qui l’em- porta de beaucoup fur celle que le feu avoit domptée. Cette nouvelle douleur fut donc attaquée par la ccmbuftion d’un cylindre, mais il y eut peu de foulagement, & ce fut dans cette circonftance queje fus confulté pour Madame la Chanoinefle.
Examinant ce genou dans toutes fes faces, & apprenant que malgré les douleurs atro- ces , fon volume étoit beaucoup moindre qu’avant les premières brûlures , voyant de plus qu’un engorgement très-conlidérable à fa partie pofl:érieure fous le jarret étoit en- tièrement diffipé, je fus d’avis de réitérer la brûlure fur le centre même de ces vives douleurs, & d’en faire une autre au-deffus de la rotule , dans un endroit qui montroit une forte de colle&ion de férofité épanchée. Ces deux brûlures changèrent bientôt la face des chofes, mais non pas en aufli peu de jours qu’elles ont coutume de le faire : Les douleursf fe calmèrent de jour en jour , la diminution du genou arriva par degrés , la fïevre & les fueurs noéturnes ne repa- rurent plus , le fommeil & l’appétit revin- rent en même tems , & cette Dame fut bien- tôt en état de quitter fon lit , d’y rentrer & de faire tout autre mouvement que celui de la
2*8 (Eu V RES POSTHUMES
flexion du genou, & cela fans la moindre dou- leur. Six femaines après elle partit pour fon Chapitre , n’emportant d’autre inquiétude pour l’avenir que celle que pouvoit donner un point de fentiment pénible à la face externe & inférieure du genou, avec un peu d’en- gorgement; on l’a pourvut de quelques cy- lindres , & elle promit d’en faire bientôt con- flimer un fur la place qu’on vient de défigner, fl l’engorgement & la douleur n’étoient incef- famment difîipés par la fuppuration des autres brûlures.
Cette cure eft, fans contredit, une des plus difficiles que le feu puiffe jamais opérer , tant par l’ancienneté de la maladie, que par la malignité de l’humeur, s’il eft permis de juger de cette malignité , ou caufticité par l’atrocité des dou- leurs quelle occafionnoit. Ces douleurs étoient fl violentes, fl continues, que l’amputation de la cuiffie eut été le feul moyen de fauver la vie de la malade , fl le feu n’avoit pas été affiez puiflant pour changer la configuration des molécules irritantes, foit par raréfa&ion immédiate , foit par le jeu des vaiffieaux ré- veillés par la chaleur, affiez puiflant pour ré- foudre la plus grande partie de l’engorgement^ & pour ouvrir une iffiue. par la fuppuration au reffie des humeurs dépravées.
DE M. P O U T E A U. 29
Si ce récit doit un jour décider quelqu’un à demander au feu fa guérifon dans un cas femblable , il efl à propos de lui rappeller les plus fâcheufes circonftances du traitement , il faura au moins qu’on n’arrive à un dénoue- ment heureux qu’après des incidens qui pa- roiiTent d’abord & le compliquer & l’éloigner. D’abord fe préfente l’extin&ion auffi prompte que radicale des douleurs attaquées par les deux premières brûlures, une de chaque côté du genou; enlûite le remplacement de ces deux douleurs par celle qui vint fe fixer vers le ligament inférieur de la rotule, & s’y dé- velopper avec tant d’atrocité & d’opiniâtreté , qu’on craignit la carie des os fubjacens, & la nécefîité de l’amputation de la cuiffe , fur- tout la première & la fécondé brûlure faites fur ce nouveau foyer de douleur paroiffant n’a- voir été d’aucun effet pour la guérifon. A cette vue effrayante fuccede celle du retour au fom- meil , de l’allégement des douleurs de jour en jour plus confidérable, de l’extin&ion de toute fievre, de la diminution graduée du genou, d’une fuppuration féreufe & très-abondante, & enfin des efpérances d’une folide guérifon , fauf à foumettre encore au feu quelques points de congeftion humorale qui auroient réfiflé à l’a&ion diffolvante des premiers cylindres.
30 (Euvres posthumes
Ce que le feu ne guérit pas doit être regardé comme incurable, quodignis non fanat , incura- bile dici oportet. Mais, jufqu’à quel degré de confiance faut-il infifter fur ce remede , avant de prononcer fur l’infanabilité abfolue?
Deux mois après fon départ, cette Dame écrivit à M. Châtaignier 3 que fon genou étoit dans le meilleur état, au point de douleur près contre lequel on l'avoit munie d’un cy- lindre , & qui , de même que l’engorgement , avoit augmenté, & qu’elle étoit déterminée à y mettre le feu aufîitôt qu’elle auroit été confirmée dans cette réfolution par la réponfe qu’elle attendoit avec impatience. Elle ajou- toit qu’elle jouiffoit d’ailleurs d’une très- bonne fanté à tous égards.
Anchylofe au genou .
VIIe Observation.
Cette obfervation eft une forte de consé- quence de la précédente , en ce que le ma- lade que je prefîois depuis deux ans, d’avoir recours au feu , ne s’y détermina qu après avoir été bien inftruit de toutes les circonflances de la maladie & de la guérifon de Madame la ChanoinefTe.
DE M. POU TE AU. 31
M. Trefcard le cadet, âgé de cinquante ans, avoit eu des douleurs vagues de rhumatifme affez fâcheufes pour le déterminer à prendre les bains & la douche des eaux thermales d’Aix en Savoye. S’il parut d’abord un peu foulage par ce bain, ce ne fut peut-être que par une efpece de concentration de l’âcre rhumatifmal qui fe porta fur le genou droit & y jetta les fondcmens d’une fauffe anchylofe.
Il retourna aux eaux la faifon fuivante , mais cette fois elles parurent affez clairement être plus nuifibles que falutaires. L’anchylofe en effet fit chaque jour de nouveaux progrès ; ils furent lents , à la vérité , & ils étoient accompagnés d’une douleur qui n’empêchoit pas de marcher. Le malade fe tourna alors de mille & mille côtés, pour parvenir à une guérifon qui chaque jour s’éloignoit davan- tage. Il fit, entr’autres remedes, un ufage non interrompu pendant deux années de trois gouffes d’ail chaque matin ; il les hachoit groffiérement pour les avaler enveloppées de pain à chanter ; par-deffus il buvoit un grand verre d’eau fraîche; il^nettoit entre chaque gouffe un certain intervalle , & en tout il buvoit un pot d’eau dans le cours de la ma- tinée, fans faire le plus mince déjeuner. Ce remede avoit été indiqué par une perfonne
32 (Eu V RES POSTHUMES qui lui attribuoit la guérifon d’un rhumatisme univerfel des plus opiniâtres ; il parut d’abord chez M. Trejcard. 3 devoir tenir quelque chofe de ce qu’on en faifoit efpérer, il réveilla l’appétit , le fommeil devint meilleur ; mais bientôt ces lueurs d’efpérance s’éteignirent par l’augmentation toujours plus fâcheufe de la tumeur du genou , par celle des douleurs , & plus encore par de nouveaux engorgemens lymphatiques , l’un au poignet droit , & l’autre au coude gauche. Vers la fin de la fécondé année les douleurs au genou devinrent fi ai- guës , qu’il fut impofiible de marcher , même à l’aide des potences. Toute l’économie ani- male tomba dans un dépériflement qui faifoit des progrès rapides , & pour le dépeindre il faudroit employer les mêmes traits qu’on a employés pour repréfenter l’état de Madame la Chanoinefle. Il fe détermina enfin à fe foumettre à la brûlure, remede que je pro- pofois depuis deux ans , comme le feul efficace contre une maladie auffi grave; employé de bonne heure il eut procuré une guérifon entière & facile. #
Ce fut les premiers jours de Mars 1774 , que je fis brûler deux cylindres fur ce genou, un de chaque côté de la rotule. Ces deux places étoient indiquées & par la plus grande
vivacité
DE M. POUTEAU. 33
vivacité des douleurs que le malade y reffen- toit , & par un engorgement lymphatique plus confidérable que par-tout ailleurs. Cette dou- ble brûlure réduifit bientôt à très - peu de chofe les douleurs , en diminuant jfenfiblement en vingt-quatre heures le volume de la partie affectée, & je profitai de ce relâchement pour purger le malade jufqu’à trois fois. J’avois à fatisfaire aux indications que préfentoient le dégoût & le mauvais état de l’effomac ; & je me propofois d’aider par les purgatifs Fac- tion fondante & réfolutive du feu.
Cette double brûlure procura dès le même jour, ainfi qu’on l’a dit , une diminution confidérable du genou, & fur-tout à fa partie poftérieure , où l’engorgement étoit affez con- fidérable , pour ne pas permettre de fentir les cordes tendineufes qui vont de la cuiffe à la jambe : la fuppuration de l’une de ces brû- lures étoit déjà bien établie quinze jours avant que celle de l’autre fût bien décidée, mais elle devinrent enfin toutes deux très -abon- dantes , très-fanieufes , & elles contribuèrent peu- à-peu à alléger une douleur affez vive qui fe faifoit toujours reffentir fous le ligament inférieur de la rotule , plus faiblement fous le ligament fiipérieur.
Au moment que j’écris ceci, 29 Avril 1774 , Tome IL C
34 Œuvres posthumes
la fuppuration eff toujours la même, tant pour la quantité, que pour la qualité. Mais j’apper- çois la nécefïité indifpenfable de foumettre en- core à la brûlure les deux points dont on vient de parler. Le malade ne s’y refufera pas, parce que je l’ai prévenu avant que de pro- céder aux deux premières , qu’il n'en feroit peut-être pas quitte à meilleur marché que Madame la Chanoineffe.
Il ne faut pas donner le dernier coup de plume à cette obfervation , fans rappeller que ces deux malades n’ont reçu aucun foulage- ment , l’un des bains & douches de Saint-Lau- rent en Vivarais, l’autre des bains & douches d’Aix en Savoie. Leur état en a été au contraire empiré. De plus , entre beaucoup de remedes intérieurs pris par chacun d’eux , il importe fur-tout de donner attention à l’inutilité du fublimé corrofif adminiffré pendant fix mois , & à celle d’un ufage non interrompu de trois gonfles d’ail par jour pendant deux ans. J’avois vu avec plaifir l’eiTai de ce dernier qui ne manque pas sûrement d’acfivité, mais qui n’a pas l’acrimonie du fublimé. Aufli cette prépa- ration du mercure fit'-elle beaucoup de ravage chez Madame la Chanoineffe , fans avoir jamais donné le moindre foulagement.
Ne fuis-je pas maintenant en droit de con-
DE M. POUTEAU. 3 f
dure de cette férié d’obfervations , que dans les engorgemens lymphatiques & invétérés des articulations , le feu eit le fouverain re- mede & le feul avec lequel on puifle les com- battre avec fuccès.
Ajoutons ici un fupplément capable de jetter quelque lumière fur la maniéré d’agir du feu, & faifons obferver que M. Trefcard , avait au poignet de la main droite une douleur avec un engorgement lymphatique affez tail- lant, & fur lequel il vouloir que je fùfe bru- lcr un cylindre dans la même féance où j’en avois brûlé deux fur le genou. Cette tuméfac- tion fe trouva dilïipée le lendemain, & il ne reÙa qu’un fentiment de douleur plus obfcur qu’auparavant , lequel fubfifle encore , & de- mandera peut-être la combuùion de ce cy- lindre.
Nota , que les engorgemens lymphatiques accompagnés de douleur d’une certaine in- tenfité, cèdent à l’action fondante du feu beaucoup plus sûrement & beaucoup plus promptement que ceux qui , de nature plus indolente, ne font reffentir que très-peu ou point de douleur.
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3 6 Œuvres posthumes
MÉMOIRE
Sur les avantages & les inconvéniens du feu appliqué fur le fommet de la tête.
\ L E s deux Mémoires précédents montrent "affez les irradiations nerveufes des affeclions contre nature de la tête fur la poitrine , & fur le bas-ventre fpécialement. L’application du feu n’ed pas moins contre nature , que les corps & que les bleffures ; elle doit par conféquent avoir auffi fes irradiations. Mais line irritation auffi violente que celle qu’on veut procurer en brûlant quelque partie de la tête, peut-elle avoir des effets falutaires, & les étendre par communication aux vifcères du bas-ventre & de la poitrine ? C'eft ce qu’il faut demander à l’obfervation ; en conféquen- ce on préfentera d’abord les recherches que M. de Haën a faites fur ce moyen de guérir à l’occafion des deux malades qu’il a vus en devenir les viûimes , l’un le quatrième & l’au- tre le cinquième jour. Une troifieme obfer- vation que je fournirai ne préfentera rien de plus heureux ; mais en avançant fous de plus favorables aufpices, on fe promet de prou-
DE M. POU TE AU. 37
ver d’une maniéré inconteftable les avantages qu’on eft en droit d’attendre d’une pratique rai- fonnée propre à juftifier celle des anciens, & à en rétablir l’ufage.
Depuis Hyppocrate , jufqu’à nos jours, dit ce célébré Médecin , on ne trouvera peut-être pas un remede qui ait reçu autant d’éloges , & d’un plus grand nombre de bouches que celui dont il eft ici queftion ; en effet fi on en excepte Sennert } Zacchias , & un très -petit nombre d’écrivains, prefque tous les autres l’ont adopté.
( La méthode d’appliquer le feu a fes diver- fités: fi on confulte Hyppocrate , dans le fécond Livre des maladies , on appliquera le fer rouge en différais endroits de la tête ; il en indique jufqu’à huit , mais il ne vouloir point qu’on entamât la peau auparavant; il eft néanmoins à préfumer ( a ) , dit M. de Haen , qu’il faifoit pénétrer la' force du feu jufqu’à l’os même ; car lorfqu’il en confeille l’application au grand angle de l’œil près du nez, il veut qu’elle foit affez forte pour former une efcarre,
( a ) M. de Haën fe trompe dans cette conjefture ; la peau eft allez difficile à brûler dans toute Ton épaifieur , & l’applica- tion d’un feul fer, quelque rouge qu’il foit, portera bien au- delà une vive chaleur , mais elle ne fera jamais deftru&ive pour toute l’épailTeur de la peau.
cj
38 COUVRES POSTHUMES
ce qui paroît ne pouvoir fe faire fans inté- refler Fos même. Cet inconvénient ii’efl pas fans cloute plus facile à éviter , lorfqu il pref- crit de brûler les artères qui font vers les oreilles , de façon qu’on en arrête les pulfa- tions. Aretée de Cappacloce , en parlarft de la vertu de ce remede contre Fépilepfie , dit qu’il eû quelquefois d’une grande utilité.
Cœlius-Aureiianus , rapporte que Thémifon , vouloit que le feu pénétrât allez profondé- ment pour donner lieu à une exfoliation.
Celfe j dans le paragraphe qui traite du lar- moiement pituiteux , Liv. 7 Chap. 7 , s’ex- prime ainfi. Quelques-uns tracent avec de l’encre une ligne du milieu d’une oreille à l’autre, en palîant par-deffus la tête, & une autre du nez à la partie poftérieure de la tête. Au point d’interfe&ion de ces deux lignes ils incifent avec le fcapel, & après avoir laide tarir le fang, ils mettent le feu au même en- droit. Indépendamment de cela ils brûlent en- core avec le fer rouge les veines éminentes entre le front & le fommet de la tête, & celles des tempes; en ce dernier endroit le feu ed: très-fouvent employé. Mais il y a beaucoup de reflource en ouvrant d’abord les veines, pour laiffer couler le fang en petite quantité, & l’arrêter enfuite avec de petits
DE M. POUTEAU.
fers ardens. Aux tempes il faut légèrement ap- puyer ces fers , cle peur d’intéreffer les mufcles maxillaires qui font au-deffous ; mais l’inter- valle entre le front & le vertex difpenfe de ces ménagemens; il faut pénétrer jufqu’à l’os afin d’en faire exfolier une lame. C’eft encore une pratique très-efficace que celle des Afri- cains qui brûlent le fommet de la tête jufqu’à en obtenir une exfoliation de l’os.
Marc-Aurele Severini , a recueilli la tradi- tion des Auteurs de tous les tems fur les avan- tages de cette brûlure y & cite Paul à'Œgine y (Ætius 3 Acluarius 3 Mefué 3 Rhases 3 Albucafis Arnaud de Villeneuve 3 Cef alpin 3 Petrus-Salius , Paré , Gauthier ^ Rheoderic 3 Tumanelli , Ron- delet , Mercatus , Lanfranc 3 Jacques Sylefius 3 Nicolas Lepois , Gariopontus 3 Bertracius le Boulognois 3 C&far Mecha 3 Jean de Horn 3 Fer- nandes 3 Fontanus , /. B. Theodojius ; il a fait plus encore , il a donné à cette pratique les plus grands éloges.
Parmi ces Auteurs on en trouvera qui en confeillant le fer rouge , recommandent de ne l’appliquer qu’à côté des futures ; mais le plus grand nombre a choifi le milieu de ces fu- tures, & fur-tout la commiffure des futures fa- gittales & coronales. Plulieurs ont fpéciale- ment infiflé fur la néceffité de faire pénétrer
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40 (Euvres posthumes
le feu jufques dans le milieu de l’épaifteur de l’os, jufqu’au diploé, & ils attellent avoir obtenu par cette pratique des guéridons éton- nantes. ÿTeverini , entr’autresjcite un nommé François DeJ anges , guéri d’une migraine opi- niâtre par le feu appliqué jufqu'à l’os , à la réunion des futures qu’on vient de déft- gner.
Il eft étonnant, dit Epiphanius , combien ce cautère eft propre à foulager le cerveau , & à en chaffer les mauvaifes humeurs. Si les premiers jours il excite une certaine chaleur, l’avantage qu’on en retire d’ailleurs eft ft grand qu’on oublie bientôt cet inconvénient. Nous avons, continue-t-il, appliqué fouvent jufqu’à fept fois le feu de cette façon à des fous qui font très-bien venus à réfipifcence j fur-tout lorfqu’il n’y avoit pas à leur tête une auftl grande chaleur qu’à celle de la femme dont j’ai décrit la guérifon. François \Ucha , Auteur plus moderne , rapporte qu’il avoit auiïi guéri par le même procédé une femme en démence depuis plus de fept mois, y Je prends à témoin la divinité, dit F éman- ât s , qu’ayant fait trois, quatre & même juf- qu’à cinq cautères fur les futures, j’ai guéri plufieurs perfonnes & entr’autres le beau-pere de Maître Gentïlïs , qui avoit perdu la mé~
DEM. POTJTEAU. 41
moire, & deux autres jeunes perfonnes de- venues folles.
Jean Horn , premier Profeffeur de Médecine- pratique à Leyde en 1575, dit avoir guéri un Chirurgien d’Utrecht , par le feu appliqué fur le fommet de la tête après une inciiion. La maladie étoit une migraine qui avoit ré- fillé à toute. forte de remedes. Un homme, dit-il, ailleurs ( Aphor. 2, Seéh 7 ), avoit la tête toute couverte de tubercules, ils ont tous été ouverts par le cautère qu’on a fait pénétrer jufqu’à l’os, dont la carie approchoit du dipioé. Cet os a été enfuite ruginé peu-à- peu; on a fuivi la même pratique pour chaque tubercule, & toute la calotte offeufe ayant été fuccefiivement foumife à cette épreuve, le malade a été bien guéri.
P lacer us , déclare que fachant qu’à Florence, on prévenoit l’épileplie dans les enfans, en leur brûlant le fommet de la tête d’abord après leur naiffance , il ne défapprouve pas qu’on en ufe de même dans les maladies re- belles dont la tête eft le fiége.
Fabrice d’Aquapendente a imaginé pour faire cette opération un cautère particulier qu’on peut voir dans fes ouvrages , ainfi que dans l’arfenal de Scultet , Auteur qui loue aufîî beaucoup cette pratique.
42 Œuvres posthumes
Nuk} fuit la méthode de Celfe , pour le choix de la place où il convient de faire avec le cautère a&uel un trou aflez profond. Fré- déric Decken , raconte la guérifon d’une jeune aveugle à laquelle un Chirurgien enleva par le moyen du feu la première table des os à la réunion des futures fagittales & coronales, mais comme cette guérifon ne paroiiïoit pas aftez folide, un autre Chirurgien brûla juf- qu’au diploé , ce qui procura une large & épaifte exfoliation. Malgré cela , il fallut re- venir une troifeme fois à l’application du feu , & alors la vue fut parfaitement rétablie. Cette pratique a eu un égal fuccès , & contre la goûte fereine, & contre lepilepfie.
Deforbais célèbre Profefteur de Vienne en Autriche, prétend que plus le cautère eft ardent , moins il fait de douleur , il le re- commande contre la phthyfie , en l’appliquant fur le fommet de la tête, à la diftance de la longueur du doigt étendu depuis la racine du nez.
Hoffman j l’approuve contre la goûte fe- feine, s’il eft placé à la nuque, ou fur le fommet de la tête.
Purrnann , très-célèbre Chirurgien de Breftau , aftùre avoir opéré par-là la guérifon d’une file épileptique à qui on avoit fait une m~
DE M. POUTEAU.' 43
finité d’autres remedes fans fuccès: & il paroît avoir eu fouvent recours à cette brûlure.
H o Hier , dans la fcholie au chap. premier des maladies internes, écrit qu’on applique le cautère a&uel fur le fommet de la tête près des futures; & Dureté en rapportant cette opinion à' Ho Hier, recommande le fer rouge.
Fallope , reconnoît qu’on peut fans dan- ger appliquer le feu fur la tête, pourvu que ce ne foit pas fur les futures mêmes.
Rivière , fait mention des éloges que Gordon , donne à cette pratique, & il y joint l’his- toire d’un maniaque qui ayant reçu à la tête un coup qui fît fraéhire, fe trouva guéri tant que la plaie refta ouverte : il la confeille en conféquence dans les douleurs de tête opi- niâtres , ajoutant , d’après Fiat anus , que le feu appliqué aux tempes effi beaucoup plus efficace. Il parle enfuite d’un enfant épilep- tique quiavoît inutilement été purgé plufieurs fois , & qui avoit abondamment ufé de toutes les plantes céphaliques. Le cautère fur la fu- ture fagittale fut le feul remede efficace.
Lamb-Werde, cité par Scultet, a guéri par le feu appliqué fur la future fagittale des dou- leurs de tête vénériennes : & Scultet parle d’un jeune homme épileptique à qui il rendit
44 Œuvres posthumes
la fantépar ce moyen , qui fut précédé d’une incifion tranfverfale , entre les levres de la- quelle il porta le feu affez avant , au point de réunion des futures fagittales & coronales.
Voilà donc, continue M. de Haïti , plus de quarante Auteurs qui ont confeillé & prati- qué cette opération , fans qu’aucun ait rien dit fur les fuites fâcheufes qu’elle peut avoir. Quelques-uns meme ont aiTuré qu’il n’y avoit rien du tout à appréhender , quand même on brûleroit jufqu’à l’os, foit au travers des té- gumens , foit après avoir mis à nud les fu- tures mêmes , ou leur vcilinage.
En conféquence ne voyant rien en Méde- cine qui fût étayé fur plus de fufFrages, & plus d’autorités , je regardai , ajoute le même Auteur , comme un crime la négligence d’y avoir recours contre les maladies rebelles , ou réputées incurables : dans cette claffe de ma- ladies on trouve d'abord les douleurs de tête obftinées avec migraine, l’épilepfie, & la goûte fereine. Or il y avoit dans l’Hôpital de Vienne deux perfonnes attaquées de cette derniere maladie , & pour lefquelles on avoit inutilement employé &-le mercure & le quin- quina , & l’éleélricité & les évacuans de toute efpece , & les topiques fur la tête , & les véficatoires & les fêtons.
DE M. POUTEAU. 45
On fît donc choix le 3 Juin de l’un des deux malades ; c’étoit un payfan âgé de douze ans , fort & robufle , fa goûte fereine avoit eu , iuivant les apparences, pour caufe une con- tufîon à la tête. Il y avoit fix mois qu’il étoit fujet à des vomiffemens périodiques toujours précédés de violentes douleurs en cette par- tie (*).
Pour procéder à cette opération , on pré- féra la méthode qui met l’os à découvert (c) avant d’y appliquer le bouton de feu. M. Li- ber qui l’exécuta , la tenoit de feu M. Laudes très-habile Chirurgien , qui avoit toujours re- commandé à fes difciples d’abandonner celle qui applique le feu à travers de la peau en- tière, leur difant que la première avoit tou- jours été heureufe , au lieu que la fécondé pouvoit être fuivie de mouvemens convul- fifs.
Ainfi le feu fut appliqué à travers d’une cannule fur l’os mis à nud , la douleur d’abord affcz vive pendant les premières heures , fe modéra enfuite , l’appétit furvint , & le vomif-
(6) Cette maladie , fans avoir recours au feu , n'auroit-elle pas pu être guérie par des inofions faites fur la partie même de la tête qui avoit été contufe ? Voyez le Mémoire fur les dangers des coups reçus à la tête , lors même qu’ils n’iutéref- fcnt que le cuir chevelu.
(c) C’ell celle qui cft la moins utile Sc la feule dangereufe*
46 (Euvres posthumes
fement auquel le malade étoit fujet ne parut qu’une feule fois. On eut tout à efpérer jufqu’au quatrième jour , & ce jour-là même le pouls étoit régulier, l’appétit bon, point de douleur à la tête , à moins cpie le malade 11e la rémiiât de côté & d’autre , & dans laprès-dîner il affura qu’il fe trouvoit fort bien ; & en effet il n’avoit pas dans le pouls le moindre mouvement con- tre nature , mais il fe plaignoit de n’avoir rien encore gagné du côté de la vue. Cependant au milieu de la nuit fuivante , il vomit , on s’apperçut d’un embarras dans la refpiration ; les gardes malades entendirent un râlement qui les allarma. Ils coururent, mais ce fut pour le voir expirer, on étoit fur la fin du qua- trième jour.
On avoit à cœur de connoître la caufe d’une mort fi inopinée ; on trouva que l’imprefîion du feu fur l’os étoit affez légère, elle ne péné- troit pas jufqu’au diploé ; cependant la dure- mere commençoit à entrer en fuppuration dans l’endroit qui répondoit à cette imprefîion extérieure du feu , le cerveau étoit très-fain , mais les méninges étoient par-tout très - en- flammées.
Quelque légère que fut cette imprefîion du feu , elle s’étoit pourtant étendue jufqu’à la dure & à la pie-mere. La face interne de l’os
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en avoit été fêlée à deux lignes de diftance du conta# par le fer rouge , & le crâne fe trouva en cet endroit très-mince & d’une tranfparence qui n’eft pas ordinaire.
Du refte on ne découvrit , ni dans le cer- veau en général , ni dans les nerfs optiques en particulier, rien qui put indiquer les caufes de la goutte fereine (</). La môme opération faite le lendemain de celle qu’on vient de décrire , à une fille de vingt ans pour la môme maladie n’eut d’abord rien de plus orageux, & la même cataflrophe arriva le cinquième jour après quelques mouvemens convulfifs dans le vifage. Cette fille avoit , ainfi que le garçon , des vomiffemens , quoiqu’elle n’eût point reçu de coup à la tête ; l’ouverture du crâne fit voir à peu près les mômes particu- larités relativement à l’effet du feu , quoique l’os touché par le fer rouge fut beaucoup plus épais. Mais on crut trouver les caufes de la cécité dans une matière reffemblante en partie à de la chaux , en partie à de la bouillie qui rempliffoit l’entonnoir , lequel avoit jufqu’à neuf lignes de diamètre. Cet entonnoir étoit de plus adhérent avec la pie-mere qui enve-
( d ) Ceci donne un nouveau poids à ce qui a été dit dans la note précédente fur la caufe toute extérieure de cette goûte fereine furvenue après une violente contufion à la tête.
4S (Eu V RES POSTHUMES loppc les nerfs optiques , & il preffoit fur la jon&ion de ces nerfs fuffifamment , pour pa- roitre devoir en altérer les fonctions ; il y a toute apparence que quand cette fille ne feroit pas morte , elle feroit reftée aveugle.
Je laide plufieurs circonffances qu’il faut lire dans l’Ouvrage meme de M. de Hacn ; mais je ferai obferver que la fille ne fe plaignoit point de douleur à la tête avant l’opération ; que dans la poitrine de l’un & de l’autre cadavre , on trouva la plus forte & la plus exaéte adhérence de tous les poumons , foit de lobe à lobe , foit avec toute l’étendue de la plevre , adhérence qu’aucun fymptôme n’auroit pu faire foupçonner ni avant , ni après l’opération.
Dans la fille , ainfi que dans le garçon , le bas de l’œfophage & l’orifice fupérieur de l’effomac avoient une ampleur double de celle qui leur eft naturelle. Le pylore de la fille étoit au contraire fi refferré , qu’il auroit à peine reçu une plume à écrire. Ce fymptôme étoit un effet fpafmodique du feu fur la tête , car le lendemain ce refferrement ne fubfiftoit plus , & il étoit le produit , ainfi que l’obferve M. de Ha 'èn , de ces mouvemens fpafmodiques qui furvivent à la mort même.; La dilatation contre nature de l’œfophagè & de l’orifice
cardiaque
DE M. PoUTEAUj 40
fcàrdiaque étoit fans doute le produit inverfe des mêmes mouvemens. Ceft encore en vertu dé l’a&ion fpafmodique de la tête fur l’eftomac , que dans le garçon les vaifleaux de la partie fupérieure de l’eftomac étoient li gorgés de fang , quils avoient jufqu’à deux ou trois lignes de diamètre. C’eft à cette même caufe qu’il faut attribuer des apparences gangrè^- iieufes qu’on vit en deux endroits au dehors comme au dedans de ce vifcère : tant il eft vrai que les caufes réelles de la mort fe troin vent fouvent à des diflances très-grandes de l’endroit où les dérangemens les plus mar- qués feroienf croire qu’elles font. Des expé- riences faites enfuitc fur les crânes de diffé-* rens cadavres , montrèrent que l’impreffion du fer rouge fe faifoit fentir vivement & très- promptement au doigt qui avoit le crâne entre le fer & lui. L'huile bouillante même donnoit à ce doigt défendu par toute l’épailfeur du crâne une irrtpreflion de chaleur fâcheufe , de façon qu’il n’eft pas facile de concevoir par quel bonheur ceux qui ont appliqué le feu fur les crânes des vivans , ont pu éviter les ca- taftrophes dont on a rendu compte , fur-tout fi le feu a été un peu vif., & fi le fer a eu line certaine fùrface.
Concluons , dit M. de Ha 'én , que les anciens Tome IL D
jo (Euvres posthumes & les modernes n’ont que trop fouvent pror pôle , non ce qu’ils ont fait , mais feulement ce qu’ils ont lu ou entendu dire , & cela fans la précaution d’avertir qu’ils ne donnoient pas leur expérience pour garant. Ne leur eft - il point auffi arrivé de cacher les événemens défaltreux , pour n’étaler que des fuccès dus , ou au peu de chaleur du fer , ou à un attou- chement prompt & fuperficiel ? Les faits qu’on a détaillés ne répondroient que trop pour l’affirmative , & on ne fauroit allez remercier M. de Haiti des recherches qu’il a faites fur l’objet dont il s’agit , & le féliciter du courage qu’il a eu d’indiquer un écueil contre lequel il a échoué , & contre lequel j’avois auffi échoué long-tems avant lui , fans avoir ofé le dévancer fur l’exemple qu’il a donné. Mais peu de Praticiens fe trouvent comme M. de Haïn placés au-defliis des événemens les plus fâcheux. Le critique malin ne s’occupe point à rechercher quelle faillie lueur a dû naturel- lement vous égarer.
J’ai tort fans doute, & le plus grand tort d’avoir gardé le fdence fur une cataftrophe qui, rendue publique dès I76o,feroit peut- être parvenue jufqu’aux oreilles de M. de Haïti , & auroit épargné les jours de deux infortunés. A cela près ma jultifîcation fe trouve très-
DE M. POUTEAÜ. 51
amplement clans les mêmes motifs qui ont dé- terminé M. de Haïti à tenter line pratique pré- conifée par une fuite cl’Auteurs célèbres.
Outre cette foule d’autorités bien graves afïurément, j’avois une obfervation qui acheva de me déterminer. La voici telle que je l’ai déjà rapportée. . . . Un jeune homme de trente ans avoit reçu un coup fur le fommet de la tête ; la plaie ne put être cicatrifée qu’au bout d’un an. Aufîitôt que la cicatrice fut clofe , le malade fut attaqué d’accès épilep- tiques qui clevenoient toujours plus fréquens. Il palfa dans cet état une année, à la fin de laquelle il vint à l’hôpital de Lyon. Je rouvris la cicatrice par le moyen de la pierre à cau- tère , depuis ce jour les accès épileptiques ne reparurent plus ; il y eut une légère exfolia- tion , & je recommandai au malade d’entre- tenir cette plaie par le moyen d’un pois ; le Chirurgien auquel j’en avois confié le panfe- * ment , ayant effayé de laiffer de nouveau clore la cicatrice , l’épilepfie reparut , pour difparoitre par une fécondé application du cauftique.
Cette obfervation me fit efpérer le même avantage pour un épileptique auquel on avoit déjà adminiftré un grand nombre de prétendus fpécifiques. La pierre à cautère ayant mis
Di
52 Œuvres posthumes
l’os à découvert , & les retours épileptiques n’étant pas moins fréquens , je crus devoir fuivre les confeils de Celfe dont les écrits étoient pour lors fous ma main. En conféquence je touchai l’os avec un bouton de fer rouge , & le malade ne fe plaignit pas que cette brû- lure lui eût laiffé une fenfation fâcheufe ; il mourut néanmoins le troifieme jour après un affoupiffement de vingt-quatre heures.
L’ouverture du crâne montra une fuppura- tion commencée entre la dure-mere & l’os , & une inflammation qui occupoit au large cette membrane, ainfi que la pie-mere. le ne pouffai pas plus loin mes recherches , & j’en ai eu le plus fenfible regret , en voyant cette adhé- rence aufîi univerfelle qu’intime des poumons avec toutes les parties environnantes dans les deux malades de M. de Haen ; adhérence qui fe feroit fans doute également montrée dans celui-ci , fi , comme on eft en droit de le foupçonner , elle a été l’ouvrage de l’a&ion réelle du feu fur la tête , & de l’aclion fym- pathique de ce ffimulant fur la poitrine. J’ai cherché à réparer cette omiffion en priant M. Carrel qui remplit dignement la place de Chirurgien principal du grand Hôtel-Dieu de Lyon , de faire fur deux chiens ces expé- riences. Mais quoiqu’on ait réitéré à pluûeurs
DE M. POUTEAU. reprifes l’application du fer rouge fur la réu- nion des futures fagittales & coronales mifes à nud ; quoique le rouge de ce fer ait chaque fois été des plus vifs & appliqué avec force , on n’a pu parvenir à faire périr aucun de ces chiens , pas même à les rendre malades ; un d’eux feulement parut un peu étourdi pendant quelques heures , & refufa la viande , mais bientôt il revint à fort état naturel.
Ces animaux auroient-ils le crâne beaucoup plus épais fur le fommet de la tête que les hommes, proportion gardée? C’efl ce que je n’ai pas vérifié. Quoi qu’il en foit , on n’en doit pas moins conclure que l’impreflion du feu appliqué immédiatement fur les os de la tête paffe trop facilement & trop vivement jufqu’à la dure-mere, qu’il ne faut jamais y avoir recours pour aucun des cas marqués dans les citations de M. de Haèn.
Mais gardons-nous d’outrer les conféquences,' & de profcrire toute application du feu fur la tête , car ce moyen de guérir fagement admi- niflré , efl un des plus puiflans qu’on puiffe mettre en œuvre. S’il a été fi funefte aux deux malades de M. de Haën & au mien, c’eft que de tous les procédés des anciens pour cette application du feu, nous avons par malheur fuivi celui qu’il falloit abandonner, qui eft
DJ
54 (Euvres posthumes
de mettre l’os à nud , pour le toucher immé- diatement avec le fer rougëTjOn nous deman- dera peut-être fi nous prétendions par - là échauffer de plus près un cerveau froid ou pituiteux , établir un écoulement artificiel pour procurer une exfoliation plus ample ou plus prompte , ou qui enlevât les deux tables de l’os , pour avoir un trépan artifi- ciel , ou pour donner ainfi iffue à quelque humeur contenue dans la tête ? M. de Haèn ne s’explique point fur aucune de ces vues ; il efl certain que nous en avions quelqu’une de femblable à celles-là. Nous cherchions un re- mede contre des maux qui avoient réfifté à toutes les reffources de la pratique moderne ; voyant une route battue par les anciens nous y fommes entrés avec confiance , & nous avons été éblouis des principes à la lueur def- quels nous avons jugé qu’ils ont marché ; dès les premiers pas nous avons heurté avec vio- lence contre une pierre d’achoppement, & nous avons conclu que tout le refte de cette route en étoit rempli ; nous nous fommes éga- lement trompés dans cette conclufion , comme je l’ai reconnu dans la fuite, & comme le prouvent les obfervations fuivantes.f)
DE M. P O U T E A U.
miere Observation.
* »
Goûte fereine .
M. Cologne , Maître en Chirurgie à Bour- goin , petite ville du Dauphiné , m’envoya au printems de 1772? un Maréchal-ferrant de la même Ville , attaqué de la goûte fereine avec de violens maux de tête : il avoit à peu près foixante ans. L’ayant déterminé à fouffrir l’ap- plication du feu fur le fommet de la tête , après avoir fait rafer les cheveux dans une étendue convenable , je fis brûler un cylindre de coton à la réunion des futures fagittale & coronale. Un emplâtre noir fut tout l’appareil, & auffitôt après je renvoyai le ‘malade à fon auberge , diftante de cinq à fix cens pas , lui recommandant de fe contenter de quelques foupes pour tout aliment. Vingt-quatre heures après , le malade revint très-content de ce que fon mal de tête étoit difïipé , & fur-tout de ce que paffant au foleil il avoit pu dé- brouiller quelques mots d’une lettre qu’il avoit tirée de fa poche. J’ai ignoré les fuites ulté- rieures de cette brûlure, relativement à fes bons effets ; mais la ceffation fubite de la dou- leur de tête habituelle étoit bien propre à écarter toute crainte de voir des accidens
D4
5 6 COUVRES POSTHUMES
pareils à ceux qui avoient fuivi l’applicatioft du fer rouge fur les os de la tête mis à nud. L’obfervation qui fuit fera beaucoup plus am- plement détaillée , & fans doute plus con- cluante,
IIe Observation.
Epilepfie.
Jeanne Burel , femme d’un ouvrier en foie , demeurant fur le quai Saint-Benoît à Lyon , dans la maifon des Dames de Sainc-Benoît , fut mariée à dix-neuf ans ; à vingt les régies parurent pour la première fois & en petite quantité : depuis ce tems elle n’a eu que des» pertes blanches ; elle a toujours été llérile & fujette à des attaques d'epilepfie.
Elle croit que fi l'évacuation périodique de fon fexe ne s’ell montrée chez elle qu’une fois en fa vie , c’eft qu’étant dans cette époque critique , elle eut l’imprudence de traverfer une riviere , les jambes dans l’eau , & ayant d’ailleurs allez chaud , après une marche de quatre lieues. AuEî fut^elle bientôt alfaillie par des douleurs dans les reins , avec des urines quelquefois teintes de fang , & par des douleurs de rhumatifme très-aiguës dans le bras & le côté droit,
DE M. POU T EAU. 57
Le 17 Septembre 1771 , je fis brûler fur le fommet de la tête de cette femme dans l’en- droit défigné par Cclfe un cylindre de coton du diamètre d’un écu de trois livres ; elle avoit alors trente-fix ans , & les premiers accès épileptiques datoient du mois de Novembre 17^6.
Le 18, après un fommeil beaucoup plus tranquille qu’à l’ordinaire, car fon mari le plaignoit d’une agitation de fa part qui le ré- veilloit fouvent en furfaut ; fa tête fe trouva moins obfédée des douleurs habituelles , & fur-tout d’une forte d’hébétitude , qu’à fon réveil la malade défignoit par le mot de pefan- teur.
La tête ayant été très - long - tems à nud pendant la brûlure , il furvint un rhume de cerveau pendant lequel le mari s’apperçut de quelque retour de ces mouvemens qui agi- toient , comme on l’a dit , fa femme pendant le fommeil : ces mouvemens ont celle avec ce rhume.
A la chûte de l’efcarre l’os s’elt montré à découvert dans une furface égale à celle du cylindre , la fuppuration a été long - tems & fanieufe & abondante ; tant qu’elle a duré la fanté a été parfaite. La cicatrice achevée , la tête n’a pas été auhi libre , mais les accès épi-»
58 Œuvres posthumes
leptiques ne font pas revenus. La malade d’ail- leurs m’a alluré que fi quelqu’accès reparoi A foit , elle reviendroit fans peine au feu ; alors je n’oublierois rien pour l’engager à maintenir par cette iffue un écoulement habituel. J’écris ceci en Juin 1773 ; cette cicatrice au relie n’a été clofe qu’après trois mois , & il y a eu une exfoliation affez épaiffie de la première table de l’os.
II Ie Observation.
Goûte fereïne.
Etant aux Eaux de Bourbon-l’Archambault en Août 1772, j’ai appliqué pendant trois jours confécutifs un cylindre de coton fur le fommet de la tête d’un mendiant âgé de trente ans. Le premier cylindre difîipa des maux de tête habituels & violens qui étoient joints à la goûte fereine la plus complette. Il fut d’au- tant moins difficile de déterminer le malade à une nouvelle brûlure que pendant la première fes yeux avoient été frappés par quelques rayons de lumière. Il fupporta la troifieme avec autant de courage que les deux premières; elles furent faites à côté les unes des autres le long de la future fagittale.
A mon départ de Bourbon , huit jours après
D E M. P O U T E A U. 59
îa derniere de ces brûlures, non-feulement il n’étoit furvenu aucun accident quelconque , mais la tête étoit libre de douleurs ; c’efl , à la vérité , tout l’avantage que le malade pa- roiffoit en avoir tiré ; car du côté de la vue , il n'y avoit pas encore d’amendement fenfible. M. Fay Médecin à Bourbon , à qui j’ai de- mandé des nouvelles de ces opérations , m’a répondu que le malade avoit quitté Bourbon peu de tems après moi , mais qu’il n’en avoit rien appris de fâcheux.
I Ve Observation.
Phthyfie pulmonaire.
De deux cylindres brûlés fur la tête de M. l’Abbé de la Genette , fils du Maître des Polies deSaint-Géran près Moulins , le premier parut donner affez d’allégement pour le déterminer au fécond quelques jours après , mais la phthy- fie pulmonaire étoit trop centrale, trop avan- cée ; elle a enlevé le malade trois mois après. Ce qui doit ici fixer notre attention , c’efl qu’il n’y a jamais eu aucun accident dépen- dant de l’une ou de l’autre de ces brûlures.
6o
(Euvres posthumes
Ve O B S E R VA T I O N.
Contufion à la tête.
Une pauvre femme âgée de foixante - dix ans, avoit de violentes douleurs fur le der- rière de la tête, ainfi que dans tout le col, avec de légers mouvemens convulfifs dans cette partie. Six mois ayant été employés à faire l'ans fruit plufieurs fortes d’applications , je fis brûler un cylindre de coton affez large fur la partie latérale gauche de l’occipital , laquelle avoit dire&ement reçu le coup qui étoit la caufe des accidens dont nous venons de parler. Cette brûlure remplit toutes mes efpérances.
Voilà fans doute un affez grand nombre de faits pour juftifîer l’application du feu fur le fommet de la tête , & même fur toute autre de fes parties. La méthode que ces faits indiquent eft la feule fans doute à laquelle il convient de fe confier. Si la chaleur du coton qui s’embrafe peut pénétrer au travers des os juf- qu’aux membranes du cerveau , elle n’y ar- rivera que par des gradations lentes , & ne pourra jamais attirer fur ces membranes une inflammation facheufe. On a vu en effet que le feu a détruit jufqu’au péricrâne , qu’il a donné lieu à une exfoliation affez épaiffe , &;
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DE M. POU TE AU, 6l
que l’épilepfie a cédé à ce remede fans au- cune fuite funefte. On a vu que le premier avantage qu’il a fourni a été un allégement prompt & bien décidé des douleurs dont la tête étoit auparavant obfédée , ce qui con- trafle fortement avec les obfervations de M. de Ha'èn , & avec celle de la même nature que j’ai fournie.
A l’égard de la théorie propre à rendre compte des effets falutaires du feu appliqué méthodiquement fur le fommet de la tête , la plus favante feroit peut - être plus faftueufe qu’utile ; on n’ajoutera donc rien à ce qu’on a dit fur ce fujet à la fin du Mémoire précé- dent ; on y a vu très-folidement conftatées des irradiations qui agiffoient des parties ex- térieures de la tête, tant fur l’intérieur même de cette capacité , que fur les vifcères du bas- ventre & de la poitrine. Comment donc ré- voquer en doute les irradiations falutaires que le feu fagement employé peut & doit étendre en plus d’une occafion fur ces mêmes parties attaquées de quelque maladie chronique re- belle à tout autre moyen? Ainfi fans nous amufer à difcuter la valeur des différens pro- cédés qu’ont fuivi les anciens dans l’adminif- tration du topique le plus aêlif, qu’il nous fuffife de connoitre tout ce que promet un
6i Œuvres posthumes
de ces procédés , en ne laiffant rien de finiflre à appréhender, en préfentant dans des cas défefpérés des reffources étonnantes qui font l'honneur de l’art , & fur-tout le bien de l’hu- manité. Dût-on m’accufer d’être prolixe , je ne faurois m’abdenir de rapporter encore deux obfervations fur les effets fymphatiques du feu ; ni l’une, ni l’autre n’efî: de moi. Peut-être n’en feront-elles que plus propres à convaincre certains leêleurs. La première aura pour objet le feu appliqué fur le fommet de la tête , & la deuxieme celui du même remede appliqué fous le talon.
Fragment d'une lettre de M. DavieSj Chi- rurgien - Major du quatorzième Régiment d’ Infanterie } au Docteur Pringle , infére'e dans le premier volume des Obfervations & Recherches de Médecine par une fociété de. Médecins de Londres , pag. 366.
Je vous dirai que votre malade paralytique efl prefqu’entiérement guéri. Lorfque je fuis venu ici je lui ai fait prendre du raifin & de la moutarde infufée dans du cidre ; & fuivant vos confeils , je lui ai appliqué fur la future fagittale le cautère achiel jufqua l’os. Il étoît
D E M. P O U TE A U. 6 J
fi infenfible , qu’il ne s’en apperçut pas , mais les effets qui s’en font fuivis m’ont étonné ; le lendemain lorfque j’allai le voir , la joie étoit peinte fur fon vifage. Il levoit fon bras malade à la hauteur de la tête, mais il ne pouvoit encore remuer les doigts ; la parole étoit beaucoup plus libre , & fes efprits plus relevés. J’ai empêché la plaie de fe fermer , comme fi ç’eut été un cautère , & il en efl forti beaucoup de pus. Depuis ce jour il va mieux , mais non pas tout - à - fait en même proportion que les premières vingt - quatre heures. La lenfibilité a augmenté dans la partie, & la maladie a diminué ; préfentement il peut remuer les doigts , & il fe fert de cette main comme de l’autre , excepté qu’elle n’efl pas fi forte. Depuis même que j’ai fait l’opération , il a été beaucoup plus joyeux, & paroît plus content qu’avant fa maladie.
Remede contre le Choiera - morbus ou TrouJJc- galant des Indes , tiré du Voyage aux Indes orientales de Belloni , en 1 68 p.
Une foif ardente, des maux de tête, des inquiétudes , le délire , la diarrhée , le vomif- fement , un pouls fort & inégal , des urines tantôt rouges, tantôt blanches, & toujours
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limpides préfentent les principaux fymptomes de cette maladie .
En voici le remede eflcntiel : on applique line verge de fer latéralement au talon fur là partie de la peau calleufe qui s’y trouve , & cela jufqu’à ce que le malade fe plaigne de la chaleur. On retire alors la broche, & on frappe à petits coups la partie brûlée avec le cuir d’urt foulier fouple. On prévient par-là toute for- mation de phlidaines. Cette brûlure n’occa- fionne que peu de douleur , & n’empêcheroit pas le malade de fe fervir tout de fuite de fes pieds , h la maladie ne l’airêtoit pas. Le trouffe-galant néanmoins perd auffitôt fa plus grande violence , & fi la nevre ne s’évanouit pas , on l’attaque aufîitôt par les remedes or- dinaires. On nourrit le malade de tifanne & de crème d’orge, auxquels on ajoute beaucoup de poivre , fi la fievre efl encore de la partie; on poudre aufîi la tête avec du poivre , mais on fe garde de la faignée , & ce n’eft que vers la terminaifon de la maladie , qu’on pref- crit quelques légers purgatifs , pourvu qu’il n’y ait pas le moindre reffentiment de fievre.
Cette hiftoire eft peut-être , dira-t-on , un de ces contes de voyageurs toujours empreffés à débiter du merveilleux aux dépens même de la vérité. Je ne prétends pas , fans doute ,
en
DE M. POUTEAU, 65
en défendre l’authenticité , cependant elle eft détaillée par un Médecin qui fut le premier à tourner cette pratique en ridicule , & ce ne fut qu’après une funefte expérience trop fou- vent réitérée , que Belloni apprit enfin que ce remede étoit le feul fpécifique contre cette maladie , & il y eut recours dans la fuite avec le plus grand fuccès, tant pour lui-même que pour les malades qui lui étoient confiés.
Je ne fuis pas garant, je le répété , de la véracité de Belloni , mais une obfervation bannale fe préfentera à tout le monde pour étayer ce récit. C’ell celle des douleurs dans le ventre avec diarrhée dont quelques perfonnes font atteintes , aufîïtôt qu’elles ont marché les pieds nuds fur des chofes froides. J’ai connu un jeune Avocat qui par ce moyen fe purgeoit , difoit-il , lorfqu’il le jugeoit à propos ; il mourut jeune , & j’étois moi-même trop jeune alors pour donner quelqu’attention à l’influence qu’avoit pu avoir fur la maladie qui le terraffa , cette mauvaife recette de pur- gation.
Un arrêt fubit de la tranfpirat-ion des pieds & un reflux de cette tranfpiration fur les in- teflins viennent auffitôt fepréfenter pour rendre compte de la colique dont eff bientôt payée l’imprudence de marcher à pieds nuds : mais Tome IL E
66 CS U V R E S POSTHUMES
l’obfcrvation de Belloni ne jettera-t-elle point d’obfcurité fur cette théorie déjà très-obfctire ? Le feu appliqué au talon guérit-il le troude- galant, en augmentant la tranfpiration dans le bas-ventre ? C’ed ce qu’on ne peut décider par aucune des circondances détaillées par Belloni. Ainfi, quoique j’aie vu le feu avoir fendblement les propriétés du plus puidant diaphorétique , j’aimerois mieux dire qu’il guérit la maladie orientale par fympathie nerveufe , comme le froid aux pieds donne la colique par une a&ion nerveufe diamétra- lement oppofée. Accumulons des faits, mais n’échaffaudons point de théorie. C’ed cette fu- reur de théorie qui a fait tant de mauvais Médecins , & qui a mis de fi fortes entraves aux progrès de la vraie Médecii
DE M. P O U T E A U.
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MÉMOIRE
S U R la théorie des douleurs par fympathïe.
(3 N a déjà été , & on fera peut-être encore fi fouvent dans le cas de parler incidemment des douleurs par fympathie , qu’il convient de s’arrêter quelques moyens , & à deffein , fur la théorie très-abftraite de ces douleurs. On ne peut d’ailleurs faire un pas dans le traitement des maladies tant internes qu’ex- ternes, fans être furpris par les phénomènes de ces douleurs fympathiques. Dans un autre Mémoire j’ai hafardé quelques conjectures fur ces douleurs fingulieres qu’un malade croit relfentir dans un membre qui lui a été coupé ; mais ces conjectures ne peuvent être adaptées à la théorie des douleurs fympathiques dont on va s’occuper.
On divife les douleurs en idiopathiques & en fympathiques. « Les douleurs idiopathiques » font celles, dit M. de Sauvages , ( clajjes mor - » borum t. 2 , p. 48 , ) dont le principe ma- » tériel , ou la matière morbifique , font cen- » fées rélider dans la partie même 011 fe fait » reflentir la douleur; telle eit une douleur
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68 COUVRES POSTHUMES
» à la tête dépendante de la pléthore des val (- » féaux du cerveau, de fes membranes , &c. » Les douleurs fymphatiques font celles dont » la caufe évidente, dont la matière morbifique » font dans un lieu , tandis que la douleur fe » fait reffentir dans un autre ; telle eff la mi- » graine qu’on attribue aux impuretés de l’ef- » tooiac , à l’arrêt du fang dans la matrice, &c.
» Or il eft faux , continue M. de Sauvages ^ >» que la douleur fympathique puifTe être at- » tribuée à une caufe qui feroit disante de la » partie où elle fe fait reffentir ; c’eft donc » errer , par exemple , que de placer dans » l’effomac la caufe d’une migraine ffoma- » chique. Il eff vrai cependant que fouvent » un émétique a difîipé une pareille migraine , » mais il n’en faut pas conclure qu’elle eût fa » caufe matérielle dans l’eftomac ; car pourquoi » ne pas chercher cette caufe dans un fang » épaiffi qui engorge les vaiffeaux des mé- » ninges du cerveau ? fauf enfuite à examiner » fi cet épaifîiffement vient de faburre ou de » pléthore , de faburre ou des mauvais levains » qui auront paffé de l’eftomac dans la maffe » du fang. Le mal de tête dépendant d’une » pareille caufe , fera très-bien difîipé ou pré- » venu par un émétique , quoiqu’on en rap- » porte le principe prochain à la tête , partie
DE M. POUTEAU. 69
» à laquelle 011 rapporte aufïi la douleur ; car » l’ébranlement occafionné par l’émétique peut » réfoudre le fang arreté dans le cerveau » môme , & le retour des douleurs fe trouve » empêché par l’évacuation de la faburre, s> Ainfi les maladies que quelques-uns regar- » dent comme fympathiques , font pour la » théorie de quelques autres vraiment idio- » pathiques. Cette ^divifion des maladies ed » donc toute arbitraire , & l’ouvrage d’une » théorie fouvent erronée ».
Il paroît par cette tradu&ion de M. de Sau- vages que ce célèbre Profeffeur ne croyoit en aucune façon aux douleurs purement fympa- thiques , c’eft-à-dire , à des douleurs qui n’euf- fent aucune caufe irritante & matérielle dans la partie môme où elles fe font reffentir. Ce- pendant la douleur dans un membre coupé n’offre-t-elle donc pas un tableau allez décidé d’une douleur fans caufe matérielle , fans caufe inhérente à la partie môme qui fouffre ou paroît fouffrir. Dans ce dernier cas aufli connu qu’il eft inexpliquable , le malade ne rapporte-t-il pas conftamment la douleur à la partie d’un membre qu’il fait bien ne faire plus partie de lui-même , d’un membre dont il eft quelquefois privé depuis long-tems } j’avoue que la théorie que j’ai hafardée fur
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la caufe des douleurs dans un membre qui n’ed plus , ne peut convenir à tant d’autres douleurs de fympathie ; j’avoue qu’elle ne peut pas expliquer comment un coup de trois quarts dans la veille a pu exciter dans le même inllant une très-violente douleur à la nuque ; comment un fort véficatoire fur le devant de la poitrine a porté l’imprefTion de la douleur fur le fommet de la tête , plutôt que fur la ré- gion de la vetfie. Mais par un très - grand nombre de faits pareils , je fuis pleinement convaincu que ces douleurs fympathiques peuvent , contre l'opinion de M. de Sauvages , être attribuées à une caufe qui feroit disante de la partie où elles fe font reffentir. Je fais qu’il n’y a point d’erreur , par exemple , à placer dans l’eftomac la caufe d’une migraine , & fi un émétique peut difîiper cette migraine, j’eftime qu’on eft en droit de conclure que fa caufe matérielle étoit dans l’eftomac , & nul- lement dans un fang épailîi qui engorgeoit les membranes du cerveau. L’ébranlement par l’émétique n’a occafionné aucune réfolution de fang dans le cerveau même ou dans fes membranes ; ce remede a feulement par l’éva- cuation de la faburre de l’ellomac , débarraffé les papilles nerveufes de la tunique interne de ce vifeère , & a fait évacuer des matières
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putrides ou autres , lefquelles irritoient ces papilles. Il a chafté de l’eftomac une caufe irritante dont les effets les plus fenfibles ne fe faifoient pas remarquer fur le vifcère même afFedé , mais fe portoient par fympathie & fans matière jufques dans la tête , 11e laiffant même aucune imprefïïon fur la route , quaji imper tranfito media. C’eft ainfi qu’en touchant la branche du nerf crural d’une cuiffe coupée, j’excitois une vive douleur , non dans la cuiffe, mais dans le pied qu’elle avoit perdu depuis affez long-tems, douleur qui fans doute ne fuppofoit aucun engorgement ou fanguin , ou féreux , ou lymphatique dans ce pied. Il peut donc y avoir des douleurs fympathiques & fans matière , ce qu’il ed très-important de bien établir.
Ainfi la divifion des maladies en idiopa- thiques & fympathiques eh: très-légitime ; elle eu même de la plus grande importance dans la pratique de la Médecine. Combien en effet importe-t-il de ne pas confondre une douleur par correfpondance , avec une douleur effen- tielle ou idiopathique. Ce n’eft pas fans doute au produit fympathique d’une caufe irritante qu’il faut s’adreffer ; au pied , par exemple , qui paroît fonffrir fi cruellement après l’am- putation de la jambe ; à la douleur de tête
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72 (Euvres posthumes lorfque la caufe matérielle de cette douleur eft dans l’eftomac. Mais on recherchera avec le plus grand foin quelle eh la vraie caufe idiopathique, caufe fouvent très-cachée, & qui fe montre rarement avec autant de clarté, que dans une obfervation que j’ai rapportée ail- leurs, & qui a pour objet une douleur aigue qui furvint à la nuque vers l’apophyfe épi- neufe de la quatrième vertèbre du col dans l’inftant qu’on plongea un trois-quarts dans la vefiie , pour obvier à une rétention d’urine. J’ai toujours cru, lorfque je fus confulté deux ans après , être fuffifamment fondé à attribuer la perfévérance de cette douleur à ce qu’une cicatrice n’avoit jamais pu fermer l’ouverture faite par le trois-quarts , à ce que les urines qui couloient toujours par cette ilfue contre nature annonçoient des callofités, à ce que dans ces calîolités étoit embarrafle, entravé & toujours irrité le filet nerveux qui , blefie par le trois-quarts , avoit fympathiquement porté une douleur à la nuque très-poignante , très-confrante , fans qu’aucune efpece d’hé- térogène humoral porté de la région de la vefiie à celle de la nuque , eut produit cette douleur. Je ne craignis point de décider quelle ne pouvoit être difiipée que par la guérifon de la fiihile ? fins promettre néan-
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moins que clans ce cas de guérifon celle de la douleur parvint jamais à être totale. On fait que dans le corps d'une cicatrice il peut relier des embarras , des concrétions lympha- tiques très-capables de gêner les fibrilles ner- veufes qui s’y trouvent placées. J'ai été quel- quefois obligé de détruire c es concrétions avec le fer ou avec les cardiaques , pour ar- rêter des accidens formidables , tels que des mouvemens convulfifs ou autres.
Rien n’eft donc plus folidement établi par les faits que la poffibilité d’une douleur dont la caufe matérielle elt à une diftance très- éloignée. Ce n’eft pas que cette douleur fym- pathique & fans matière ne puilTe devenir le foyer d’un engorgement humoral , d’un en- 1 gorgement dont la nature aura même les plus grandes relations avec celle de la caufe éloi- gnée dont elle cil l’ouvrage ; c’efl ainfi , par exemple , que la douleur très - immatérielle dans un pied qui a été coupé pourroit deve- nir le foyer d’un engorgement, d’un dépôt même , fi , fans avoir plus de matière , elle pouvoit fe rencontrer dans un pied qui feroit encore partie du corps. Il y a plus encore , c’eft que ce dépôt fympathique , ce dépôt fans aucune relation humorale avec le foyer d’irritation , feroit de nature fcrophuleufe li
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ce foyer étoit celui d’un levain fcrophuleux , de nature vénérienne, fi ce foyer receloit une caufe vénérienne. Par la même raifon, un engorgement cancéreux à la matrice peut en faire développer un autre au fein , & de la même nature , & cela par la feule correfpon- cîance nerveufe , c’eit à-dire , fins qu’aucune portioncule de levain cancéreux doive être portée de la matrice au fein. De même le vice vénérien dont fe trouve d’abord infeéïée une partie ifolée , peut bientôt devenir le vice de quelqu’autre plus ou moins éloignée , & même par fuccefiion de tems un vice général, non par une vraie contagion de fluide à fluide, en conféquence de quelque réforption par les veines, ou par quelqu’autre voie (3), mais par l’irritation locale que le virus fait dans la partie qui en efl d’abord affectée , par celle qui de ce local très-circonfcrit fe porte fur une autre partie , & qui va devenir le foyer d’un engorgement dans lequel les fucs arrêtés fe mettront à l’iiniffon d’acrimonie avec ceux qui d’une diftance plus ou moins éloignée, ont occafionné leur afrêt, leur ftagnation. Ces fucs acquerront enfin la perverfion cance- reufe , fans l’avoir reçue en aucune façon d’aucun autre fuc ; ils feront cette trille acqui- sition , & par l’action des folides irrités & par
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les facheufes combinaifons fubféquentes que produiront cet arrêt , cette ftagnation.
Si la falive cle l’homme le plus fain peut , dans un accès violent de colere , devenir très- vénéneufe , n’eft-ce pas par le feul change- ment que cette paflion convulfive a mife inf- tantanément dans la fécrétion de la falive? Soyons donc moins furpris qu’un accès épi- leptique qui agit fi fortement fur les organes falivaires , puiffe à tel point dépraver la falive que Malphigi ait vu une mere devenir enragée pour avoir été mordue par fa hile , pendant que cette fille étoit dans un accès d’épilepfie. Un fait femblable a depuis été configné dans le Journal de Médecine, Avril 1761. Tout concourt par conféquent à prouver que c’eft toujours ou prefque toujours aux folides qu’il faut demander compte de la perverfion des fluides , & même dans la petite vérole dont la contagion pafle fi communément pour atta- quer dire&ement les fluides (4). Aufîi l’axiome trivial qui dit que perfonne ne donne ce qu’il n’a pas , ncmo dat quod non habet , n’efl: pas mieux fondé que celui qui dit que la douleur ell toujours où efl; la maladie , ubi dolor ibi morbus.
Les maladies contagicufcs ne fe communi- quent donc jamais de fluide à fluide immé-
y6 Œuvres posthu m e s
diatement. ïi faut toujours pour cette com- munication faire intervenir l’adion des folides , ce qui s’accorde très-bien avec l’obfervation qui montre chaque jour que les configurions les plus fortes, les plus fenfibles , les plus ir- ritables , font aufii celles qui font les plus fufceptibles de contagion. L action des folides ed pour cette communication la main qui reçoit le flambeau ardent qui va allumer un autre flambeau. Rien aufîi ne me paroît moins convenir aux loix de l’économie animale que la comparaifon triviale d’un morceau de pâte aigrie qui va mettre en fermentation & faire enfin tourner à l’aigre une maffe de pâte con- fidérable. Tout le fyfiême de l’animalité ne porte edentiellement que fur la fenfibilité ner- veufe. Sufpendez cette J enfibilité , tout ed fufpendu ; éteignez-là , tout ed éteint. Il rede feulement à didinguer deux fortes de fenfibi- lité , l’une qui fe manifede par les fenfations agréables ou défagréables , & l’autre qui ed toute implicite , & fans aucune fenfation dé- veloppée ; & à ce titre elle pourroit mériter le nom d’irritabilité. Je crois avoir prouvé dans un autre Mémoire que la première dépend des nerfs du cerveau proprement dit, & la fécondé des nerfs qui font fournis par le cer- velet. Si mes preuves font exactes, je ferai
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heureufement intervenu dans une des plus grandes difcuïîions qui aient occupé les Phy- iiologiftes.
MÉMOIRE
Sur le danger des coups à la tete , lors meme qu’ils ninte'rejjent que le cuir chevelu.
Première Observation,
M AGDELEINE Moudet, de Lyon , âgée de vingt -deux ans, femme d’Antoine Brudet } & attachée à une troupe de charla- tans , étant à Crémieux , petite ville du Dau- phiné, reçut à la tête un coup d’une chaife jettée par fon pere; cette chaife l’atteignit derrière l’oreille droite, immédiatement au- delîus de l’apophyfe maftoïde. Il n’y eut point de plaie : la malade tomba aulîitôt , & relia quelque tems fans connoiffance; les accidens parurent fi graves qu’un Médecin de Grenoble qui alla à Crémieux, quelques jours après, confeilla le trépan. Elle fe rétablit néanmoins fans aucune opération , à une douleur près qui fe faifoit fentir dans l’endroit frappé , & qui de-là s’étendoit jufqu’à l’orbite, à la moitié
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du front du môme côté. Cette douleur dimi- nua peu-à-peu pendant l’efpace de quatre ans, au bout defquels la malade revint à Lyon avec toutes les apparences de la meilleure fanté. Je tiens ce détail de la malade même & de fa fœur.
Cette femme quelque tems après fon retour à Lyon , fut attaquée d’une douleur rhuma- tifmale au poignet gauche, accompagnée de beaucoup d’inflammation & d’une fievre très- violente ; quelques faignées & les remedes généraux difTiperent en aiTez peu de tems cette maladie. Qu’on fe refTouvienne que le coup à la tête avoit été reçu dans le côté droit , & que cette douleur s’étoit fait refien- tir du côté gauche, de même que les autres fâcheux fymptômes que je vais rapporter, & on jugera fi cette douleur n’avoit pas avec le coup une relation direcle.
Le I 5 de Février 1751, Magdeleine Moudet , eut de vives altercations avec fa fœur mariée comme elle à un vendeur d’orviétan ; elle fe livra à des mouvemens de colere & de rage fi violens , qu’elle réfolut dans l’inflant de s’aller noyer; elle en prit même le chemin; mais on l’arrêta : revenue chez elle , elle perdit la con- noi'ffance & le fentiment; on la tira de ce fâ- cheux état , mais il lui refia uue paralyfie d^
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la moitié du corps du coté gauche : cet ac- cident étoit accompagné d’une perte entière de la parole, d’une impoffibilité abfolue d’ava- ler, & d’une difficulté de refpirer extraordi- naire.
Elle étoit dans cette fituation , lorfqu’on la porta à l’Hôtel-Dieu le 19 Février 1751 ; elle fut placée dans unefalle des fié vreufes. M. C/20/, Médecin ordinaire de cet Hôpital , eut pour elle tous les foins qu’exigeoit le danger prtC fant dont elle fe trouvoit menacée. Il mit eu ufage les faignées , l’émétique , les purgatifs , les vélicatoires entre les deux épaules , les ventoufes fearifiées au dos , & tout ce que la pratique la plus éclairée confeille en pa- reille occurrence. Par le moyen de ces iecours la parole revint, la refpiration fut moins diffi- cile, de meme que la déglutition; mais la malade bégaya toujours jufqu’à la fin de fa maladie.
La paralyfie qui occupoit le côté gauche , ne céda pas aux remedes comme les autres fymptômes , elle fe foutint au contraire pen- dant un mois dans le même état; les parties dont elle s’étoit emparée, n’avoient ni fenti- ment, ni mouvement. Au bout de ce teins, les accidens fe réveillèrent avec plus de vio- lence; la paralyfie empiéta d’abord fur les
8o Œuvres posthumes parties inférieures du côté droit , & dans l’ef- pace de trois jours , elle s’étendit peu-à-peu fur tout le corps, à l’exception du bras droit , du col , & de la moitié de la tête du côté droit.
Quoique la langue fût très-embarraiïee , on pouvoit néanmoins comprendre le bégayement de cette femme ; elle fe plaignoit d’avoir de tems en tems des vertiges, & de reffentir de grandes douleurs de tête du côté droit , & fur-tout à l’œil droit , & à fa circonférence. Elle avaloit les liquides feulement , & n’alloit point fous elle; lorfqu’on la foulevoit, elle étoit emportée du côté où le corps étoit le plus panché.
Ce tems orageux ne dura que huit jours; & dans l’efpace de cinq autres jours, la pa- raîyfie abandonna le coté droit , l’appétit & la gaieté revinrent , & pendant la quinzaine fuivante, le côté gauche fut prefque entiè- rement débarraffé de la paralyfe. Il ne lui reftoit que la douleur de tête , & fur-tout de l’œil droit, ce qui ne l’empêchoit pas de fe promener dans les falles à l’aide des po- tences.
On croyoit cette femme prefqu’entiérement rétablie, lorfqu’après trois femaines de con- valefcence , elle eut une fécondé & derniere rechute , mais beaucoup plus dangereufe que
les
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les précédentes, elle redevint paralytique de tout le corps , fans parole & fans mouvement , le col & la moitié de la tête refterent libres; cet état d’anéantiffement ne dura qu’un jour , après lequel elle commença à bégayer. La difficulté de refpirer, & l’impoffibilité d’ava- ler furent auffi grandes que dans le premier accès; un délire furieux accompagné des mou- vemens convulfifs les plus forts parut auffi- tôt ; elle recouvra néanmoins l’iifage du bras droit , dont elle fe fervoit avec beaucoup de force pour fe débarraffier de ceux qui vou- loient la tenir : les convulfions étoient fi vio- lentes, que par de courts intervalles elle fe plioit fubitement, de façon que fa tête alloit chercher fes pieds ; elle fe feroit même élan- cée plus d’une fois au-delà des pieds du lit, ou auroit frappé vivement de la tête contre le doffier du lit , fi on ne l’avoit arrêtée par des draps paffiés en travers fur fon corps.
Cet état furieux dura trois jours; elle pa- rut au bout du troifieme, prête à expirer , & on lui adminillra les derniers facremens. Le quatrième, le délire ceffii, & les autres accidens montrèrent quelque rémiffion ; je la vis alors dans la matinée, & frappé de la diverfité & de la bifarrerie de tous les fymp- tômes de cette maladie, je lui fis encore beau- Tome IL F
8z Œuvres posthumes coup de queflions que je lui avois déjà faites précédemment : dans la multiplicité de fes réponfes , elle me parla pour la première fois du coup qu’elle avoit reçu anciennement à la tête: je demandai à voir l’endroit qui avoit été frappé , il étoit recouvert de cheveux auffi beaux & auffi longs que dans le refie du cuir chevelu. Pour reconnoître s’il n’y avoit point d’engorgement, j’appuyai le pouce un peu fortement ; auffitot elle éprouva un mou- vement convulfif plus fort qu’aucun de ceux qu’elle avoit eu ; elle perdit même dans cet inflant la connoifîance , je réitérai encore plus vivement la même preffion, le mouve- ment convulfif qu’elle produifit fut fi vio- lent, qu’il reffembla au plus fort fymptôme de l’épylepfie , la malade écuma contre fon or- dinaire, elle fe plaignit d’avoir reffenti une douleur fi infupportable, qu’il lui fembloit qu’on lui perçoit la tête depuis cet endroit jufqu’au grand angle de l’œil : je lui dis alors que puifque la médecine ne pouvoit rien fur elle, elle ne trouveroit de reffource que dans une petite opération; le delir ardent d’être déli- vrée d’une maladie auffi cruelle , lui ht rece- voir ma propofition avec empreffiement.
Je communiquai mon fentiment à M. Chol9 à qui la malade n’avoit jamais rien dit du
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coup reçu à la tête; il fut furpris des der- nières circonftances que je lui rapportai , & ne s’oppofa point à l’opération que je pré- méditois.
Je fis rafer l’endroit douloureux, ce qu’on ne put faire qu’avec beaucoup de peine, parce que l’impreffion du rafoir excitoit à tout mo- ment de nouvelles convulfions ; la partie ra- fée me parut d’un rouge lin peu animé , mais comme il n’y avoit aucun engorgement fen* lible, je crus devoir attribuer cette rougeur à l’irritation occafionnée par le rafoir. Per- fuadé alors que la contufion du péricrâne étoit le principe de cette maladie , je fis derrière l’oreille une incifion jufqu’à l’os , qui commen- çoit à la pointe de l’apophyfe maftoïde , & qui en montant derrière l’oreille avoit quatre doigts de longueur. Cette incifion ne donna lieu à aucun accident; la plaie faigna peu, je plaçai mollement entre fes levres de la char- pie féche , pour éviter une trop prompte réu- nion, & j’appliquai deflus l’appareil le plus fimple.
Une demi-heure après cette petite opéra- tion , une Sœur vint m’annoncer avec empref- feinent que cette malade étoit entièrement guérie ; qu’elle s’étoit levée fans aide, & qu’elle parloit & avaloit avec la plus grande facilité.
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84 Œuvres posthumes je trouvai en effet les chofes comme on me les avoit rapportées, & je vis avec plaifir cette infortunée fans aucun refte de paraly- fie.
Après une fuppuration de fix jours, la ma- lade fentoit encore un embarras à la circon- férence de la plaie, une partie fur-tout de cette circonférence étoit doulouretife au tou- cher, quoique fans inflammation; je fis une fécondé incifion parallelle à la première, à cinq lignes de diftance: les plaies guérirent facile- ment , & la malade fortit de FHôpital jouif- fant de la plus parfaite fanté.
Il n’eft pas rare de trouver dans des dé- rangemens de l’économie animale des phéno- mènes dont la complication étonne & embar- raffe ceux mêmes qui font les plus verfés dans l’hiftoire immenfe du corps humain. On voit dans l’obfervation que je viens de rapporter combien un fimple coup reçu à la tête peut mériter d’attention. La perte de connoiffance furvenue dans Imitant du coup doit être at- tribuée à la commotion du cerveau ; cette dou- leur qui fe fait reffentir long-tems après le coup dans l’endroit frappé, en s’étendant juf- qu’à l’orbite , & qui efl enfin totalement difli- pée, après un long efpace de tems, s’explique aifément par le dérangement que la contu-
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(ion a occalionné dans la ftru&ure organique des parties frappées , mais le retour de tous les accidens, avec des fymptômes encore plus’ formidables , à la fuite d’un accès de colere , doit fixer toute notre attention*
De toutes les pallions dont notre ame peut être agitée , la colere eft celle dont les effets font les plus prompts , les plus fenfibles & les plus terribles. Dans l’agitation violente qui fouleve toute la machine , le fang eft ani- mé par une fi grande vélocité, & fa raréfac- tion devient en même tems fi exceflive, qu’une mort fubite en a été fouvent la cataftrophe. La couleur livide de tout le vifage, des yeux, & fur-tout des levres ; les yeux faillans & étincellans, l’écume involontaire qui s’échappe de la bouche, ne prouvent-ils pas que le fang eft porté à la tête avec la plus grande abon- dance, & la plus rapide vélocité.
Magdeleine Moudet , quatre ans après ce coup reçu, eft tranfportée hors d’elle -même par le plus violent accès de colere. Les parties léfées par le coup n’en avoient perdu que de- puis peu de tems l’impreflion douloureufe , & leurorganifation en étoit encore affoiblie. Dans ces circonftances elles font accablées par un torrent de fang; leurs vaiffeaux dont le ref- fort eft affoibli , s’engorgent fubitement & à
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26 Œuvres posthu me s
l’excès; les filets nerveux avec lefquels les vaifleaux font entrelacés , font tiraillés & irrités ; l’impretfion vive faite fur ces nerfs fe communique de proche en proche jufqu’au cerveau meme , fufpend & déroute le cours des efprits animaux. La douleur occafionnée par la prefiion du doigt, a produit comme on l’a dit , les mêmes effets , & a eu les mêmes fuites : cette explication paroîtra j lifte, fi on ajoute le fuccès du moyen qu’on a employé pour la guérifon ; l’incifion faite aux tégumens léfés, en coupant les vaiffeaux fanguins & les filets nerveux , a vuidé les premiers , & relâché les féconds , & aufiitôt tous les acci- dens ont difparu,& la guérifon a été fi prompte, & fi entière , qu’il me parut démontré que la caufe primitive de cette multiplicité de fymptômes , réfidoit toute entière dans la par- tie extérieure de la tête. Ce n’efi: pas la feule occafion où j’aie obfervé combien les coups portés à la tête étoient dangereux , quoique leur imprefiion ne s’étendît pas au-delà de la partie extérieure : Fobfervation fuivante en efi: une preuve.
IIe Observation.
Au mois d’Oclobre 1753 > M1Ie ^ar ? âgée
de vingt-deux ans, demeurant fur le quai de
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Saint-Vincent, voulut prendre dans une Eglife une chaife parmi plufieurs autres qui étoient amoncelées ; elle fut frappée en plulieurs en- droits de la tête par ces chaifes qui s’écrou- lèrent: MIle Nar. ... ne fut qu’étourdie, ellefe fit néanmoins faigner ; malgré cette précau- tion, elle fut fujette depuis ce tems à des douleurs de tête continuelles, qui augmentoient ou diminuoient, fuivant les variations de l’at- mofphère ; elle fut encore faignée plufieurs fois , & fît inutilement beaucoup d’autres re- medes tant internes qu’externes ; Ion embon- point diminua confidérablement.
Je ne fus confulté pour cette maladie qu’au bout d’un an. Après avoir fait rafer la tête , je découvris fur l’un & l’autre pariétal, un efpace rouge d’un pouce de diamètre , la cir- conférence en étoit pâteufe, & légèrement tuméfiée. Je fis fur chaque contufion une in- cifion jufqu’à l’os , tranfverfale aux ramifica- tions des nerfs & des vaiffeaux ; les douleurs cefferent aufîitôt.
Un mois après, cette Demoifelle reffentit encore une douleur incommode fur l’occipital : la tête ayant été rafée de nouveau , je dé- couvris une autre contufion moins confidé-- rable que les deux autres , & qui avoit échap- pé à mes premières recherches : je réitérai
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le même moyen , la guérifon fut parfaite , & s’ell très-bien foutenue depuis ce tems.
Dans l’une & l’autre de ces maladies , le péricrâne me parut n’avôîn fouffert aucune al- tération, & étoit intimement adhérent à l’os, & je ne cherchai point à le décoler. Les ex- périences faites fur cette membrane par M. Hal- ler prouvent affez fon infenfibilité, pour qu’on ne puiffe pas regarder les accidens qui ont fuivi ces contufions , comme dépendants de l'altération du péricrâne: il efï vrai queM. Hal- ler n’a pas prononcé auffi affirmativement fur l’infenfibilité du péricrâne, que fur celle du périofle , parce qu’il n’eft pas pcffible de s’en affurer auffi exa&ement , à caufe du grand nombre de nerfs qui s’avancent de toutes parts fur la peau de la tête, & fous la ca- lotte aponévrotique : ces nerfs partent de la cinquième , & de la feptieme paire du cerveau & des premières & fécondés paires cervicales : en conféquence il efl difficile , en faifant les épreuves néceffiaires , de rencontrer un endroit du péricrâne où il n’y ait aucune ramification de ces nerfs.
La multitude des nerfs qui parcourent l’ex- térieur de la tête , doit rendre la contufion de cette partie de plus grande conféquence qu’en aucun autre endroit de la peau , & fi
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dans la deuxieme obfervation les accidens n’ont pas été fi graves & fi compliqués que dans la première, c’eft que les coups n’ont pas été aufli violens , & qu’ils ont été portés fur les extrémités des ramifications nerveufes. Dans la première obfervation les nerfs occipitaux ont été contus près de l’origine de la pre- mière & fécondé paire cervicales ? Un coup d’œil fur les communications étendues que ces deux paires de nerfs ont avec le reffe du fyf- tême nerveux, fera voir combien leur léfion peut être dangereufe.
La première paire communique avec le nerf occipital , & par conféquent avec le nerf intercoiïal, ou grand fympathique, & avec la neuvième paire ou nerf lingual ; la fécondé communique d’abord avec la première , & en- luite avec la troifieme paire cervicale, de même qu’avec le nerf acceffoire de la huitième paire ou nerf diaphragmatique ; elle communique encore par le moyen de la troifieme paire cervicale avec la portion dure du nerf audi- tif, & avec la neuvième paire ; fi l’on com- bine encore la communication que ces diffé- rais nerfs ont entr’eux , & celles qu’ils ont avec plufieurs autres , on reconnoîtra la caufe de la paralyfie , & des convulfions dont Mag- deleine Moudet j a été attaquée.
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A ce s deux caufes des accidens qui ont accompagné le coup dont cette malade a été frappée, on pourroit, je penfe, en ajouter une troilieme , qui me paroît être la tenfion de la peau au-deffus de l’apophyfe maftoïde : en effet la faillie que Ton fent à cette partie de l’occipital , étend les tégumens beaucoup plus que dans aucun autre endroit de la tête; les engorgemens doivent donc y être beaucoup plus fâcheux , parce que les nerfs y font plus fufceptibles d’irritation.
Le détail qu’on a donné de la maladie de Magdeleine Moudet , offre encore une circonf- tance fur laquelle il efl néceffaire d’infiffer. Le coup a été porté fur l’apophyfe maftoïde droite , & la paralyfie s’elf emparée du côté gauche. L’explication de ce phénomène pa- roît d’abord s’offrir d’elle-même; une expé- rience fréquente apprend que les affeêlions du côté droit qui font affez graves pour oc- cafionner une paralyfie , tranfmettent toute leur impreflion fur le côté gauche, ce dont on rend allez facilement raifon , depuis que le plus grand nombre des anatomifles eft conve- nu que les nerfs fe croifent dans la fubflance du cerveau ; ainfi la difficulté femble d’abord s’évanouir, mais examinée de près, elle relie toute entière.
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Les nerfs meurtris par le coup que reçut cette femme, font entièrement hors du cer- veau; leurs ramifications, & les nerfs avec lefquels ils communiquent immédiatement ont été exempts de paralyfie, tandis que les nerfs avec lefquels ils nont qu’une liaifon paffa- gere , ont été affeéïés de cette maladie.
On ne peut expliquer cette bifarrerie ap- parente qu’en difant que l’imprefTion doulou- reufe des nerfs contus dans le côté droit, au lieu de s’étendre immédiatement à leurs ra- mifications a été portée pour la plus grande partie au cerveau même , & par conféquent dans le côté gauche du cerveau ; que pour parvenir jufques - là , cette imprefîlon a été obligée de fe croifer avec les nerfs qui paffent de droit à gauche, & qu’elle s’efl communi- quée à ces nerfs prefque toute entière , puif- que le côté droit a toujours été libre en tout ou en partie. C’eft ainfi à peu près qu’un corps en mouvement qui en va heurter un autre de même force , lui tranfmet fon mouvement totit entier, pour refter dans un parfait repos. C’eft ce qu'on voit arriver fréquemment lorf- qu’une boule jettée avec adrefîe chafîé celle contre laquelle elle eft lancée, & va occu- per fa place.
On ne donne pas cette comparaifon comme
92 Œuvres posthumes exacte; ce n’eft pas ici l’occafion d’entrer dans la difcuflîon épineufe , fi fouvent agitée & encore indécile de l’a&ion des nerfs fur les corps animés. Cette obfervation prouve de nouveau combien peu on eft inftruit de la véritable ftruéhire des nerfs, de leurs liai— fons dans les endroits où ils fe croifent, & 4e la tranfmilîion des efprits animaux. Ce font des fecrets cachés fous les voiles les plus épais , & que la nature tient renfermés , s’il eft polîible de s’exprimer ainli , dans un fanc- tuaire impénétrable.
II Ie Observation.
Aux deux obfervations qu’on vient de rap- porter, j’en joins une troifieme toute récente, M. * * * , qui en fait le fujet eft un jeune homme de vingt-quatre ans qui a toutes les appa- rences de la plus belle conftitution. A l âge de huit ans , il tomba fur la tête par une fe- nêtre à la hauteur de vingt pieds , il perdit auftitôt connoiftance, & relia pendant quel- ques heures dans rafloupilTement. On le fai- gna , les applications de toute efpece à la tête ne furent pas épargnées, & il auroit été parfaitement guéri par ces fecours , s’il ne lui étoit pas refté une impreftion douloureufe à
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la partie du cuir chevelu qui avoit le plus fotiffert de la contufion.
Le malade ne fe rappelle pas d’une façon détaillée toutes les circonftances dont fa ma- ladie a été accompagnée depuis cette époque. Il fait feulement qu’il a eu depuis ce tems-là , des maux de tête prefque continuels. Lorfqu’il me fut adreffé il y a quelques mois , il ve- noit de fouftrir des douleurs à la tête fi ai- guës , qu’il étoit tombé dans fa chambre fans connoiffance. Par l’expofé qu’il me fît de fon état a&uel , j’appris que la plus grande viva- cité des douleurs avoit fon fiége à la partie fupérieure du pariétal droit, qu’elle s’étendoit jufqu’au grand angle de l’œil du même côté , & que la vue dans cet œil étoit offufquée pendant les grandes douleurs. Je vis que tout le vifage s’enflammoit alors avec beaucoup d’ardeur , mais fur-tout le côté droit où le malade fentoit une chaleur brûlante.
M. *** portoit de fort beaux cheveux, mais il payoit bien cher cet agrément ; car toutes les fois que le peigne pafïoit fur la partie lefée du cuir chevelu , les douleurs de- venoient atroces ; les cheveux en cet endroit étoient plus gros & plus durs que par -tout ailleurs ; ils n’étoient jamais couchés comme les autres , & ils fe hériffoient de la façon la
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plus incommode , lorfque quelque caufe occa» tionnelle donnoit une nouvelle adivite aux douleurs. La tête ayant été rafée par mon confeil, j’obfervai un engorgement allez léger, mais avec rougeur dans la partie de la peau qui avoit foufFert de la contution ; Fimprelîion du doigt en cet endroit ne laifFoit point de traces , mais elle excitoit de vives douleurs. Je fendis toute l’étendue malade du cuir che- velu , ainfi que le péricrâne par deux grandes incitions cruciales , & après avoir laitie couler une palette de fang , j’appliquai l’appareil convenable. Cette opération calma autiitôt les douleurs , & elles furent entièrement ditiipées les jours fuivans par l’écoulement d’une fup- puration ichoreufe & fangüinolente. Cette évacuation me parut beaucoup plus abon- dante qu’elle ne devoit l’être , l'uivant l’éten- due des incitions, & la différence que j’obfer- vai entre la qualité du pus qui découloit de ces plaies , & celle du pus que fourniffent ordinairement les plaies de tête , étoit trop grande , pour ne pas fixer toute mon atten- tion. Je ne craignis pas de me tromper, en penfant que cette ichorotité étoit fournie par des fucs extravafés & épanchés dans le tiffu même de la peau depuis le moment de la contution , & en atiignant la pervertion de
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ces Tues , & leur impreffion llir les nerfs du cuir chevelu pour la principale caufe des dou- leurs que le malade fouffroit depuis fi long- tems , dans cette partie.
La réfolution totale des liquides extravafés dans une partie dont la texture efl affaiblie par une contufion, efl fouvent impofTible par le fecours feul des topiques , les reffources efficaces de la Chirurgie fe réduifent alors à donner iffiue à ces liquides par des incitions affez grandes s pour ouvrir une quantité fuffi- fante de cellules qui les contiennent , ainfi qu’on l’a pratiqué dans les trois obfervations ci-deffus. L’aûion deflruclive & raréfiante du feu pouffé jufqu’à la cautérifation , ell encore un moyen qu’on ne doit pas , à la vérité , employer trop facilement pour le cuir che- velu, mais il aura plus d’efficacité cpie de fimples incifions, lorfque la nature des parties fubjacentes aux tégumens malades permettra d’en faire ufage , & lorfque le défordre occa- fionné dans les tégumens fera tel qu’on ne pourra pas fe promettre une guérifon parfaite par de fimples incifions. J’ai rapporté une preuve de cette efpece dans l’hiftoire de Guïl- Umin , pag. 33 , tom. I.
Il n’y a donc rien à efpérer du tems, ni des topiques, pour la réfolution des liquidesarrêtés
96 Œuvres posthumes
dans de vieilles contufions. La première ob~ fervation a fait voir les ravages qu’ils peu- vent faire après quatre ans de féjour dans le corps de la peau : or on a remédié au bout d’un an par d’amples incifions à ceux dont on fait le récit dans la fécondé oblervation ; mais la troifieme montre la perfévérance & l’augmentation des fymptômes pendant qua- torze ans , & fait voir que , fi nous avons à nous plaindre de la funefte multiplicité des maux qui nous attaquent , nous avons en même tems beaucoup à efpérer de la multi- plicité des reffources que préfente la Chi- rurgie.
Continuation du même fujet avec de nouvelles obferv ations fur le danger des coups reçus à la tête , & des coups reçus en d’autres parties y quoique les uns & les autres n intc- rejfent que la peau , & tout au plus le périofe.
Ce que je difois en 1760 des avantages du feu pour détruire les fâcheufes impreflions que laiffent fouvent de fortes contufions , a depuis ce tems été vérifié dans une occafion des plus décifives. Le coup avoit été porté à la partie inférieure du flernum ; la place meurtrie avoit confervé une fenfibilité vicieufe , qui étoit de-
venue
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Venue de jour en jour plus fàchcufe. Des mou- vemens convulfifs de la plus grande violence, & une impoflibilité abfolue d’avaler aucun aliment folide , fe joignoient à la néceflité de vivre depuis plufleurs années avec de l’eau pure , fans jamais aller du ventre. Des maux de tête violens , des douleurs aiguës dans la poitrine avec crachement de fang, n’étoient en comparaifon des autres fymptômes que de foibles accefloires. On donnera ailleurs le dé- tail de cette obfervation à peine vraifemblable.
Il faut ici feulement ajouter que le tran- chant du fer n’ayant pu enlever exa&ement tout ce que la contuflon avoit maléricié, il fallut avoir recours à fept reprifes différentes au coton embrafé , & que le feu procura enfin une guérifon entière.
Averti par cette obfervation que de grandes & profondes inciflons étoient quelquefois in- fiifiifantes pour donner iffue par la fuppura- tion fubféquente à tous les fluides extravafés par la percufîion , fluides dont la perverflon toujours plus aflive irrite de plus en plus les fibrilles nerveufes autour defquelles ils font en flagnation , je crus dans une autre occafiorr devoir prendre le parti dont je vais rendre compte.
Tome IL
G
Œuvres posthumes
Première Observation.
M. * * * vint il y a quelques années de Rouen me confulter fur les fuites d’un coup allez violent qu’il avoit reçu à la tête; ce coup avoit laide dans l’endroit frappé un fentiment continuel de douleur, qui fouvent n’étoit qu’une forte de mal-aife : des vertiges , une infomnie habituelle , l’impofîibilité de fe livrer à aucune application fuivie & con- tentieufe , & des mouvemens convulfifs ir- réguliers dans le vifage étoient les accidens dont il demandoit la guérifon. La tête ra- fée , je découvris fur le pariétal une rougeur avec tuméfaction ; fon étendue excédoit l’é- tendue d’un écu de fix livres : ne comptant pas alfez fur de fimples incitions , mon deffein fut d’abord d’enlever toute la piece malade , mais j’en fus empêché par la crainte d’un trai- tement trop long. J’imaginai alors de détruire tous les nerfs qui alloient porter le fentiment dans cette portion de peau & du péricrâne malade ; en conféquence je l’enlevai après une incifion circulaire , qui portoit de deux lignes environ dans la partie faine ; j’eus ce- pendant l’attention de ne pas achever le cerclé à la partie fupérieure, où je lailîai une efpece de charnière d’un pouce & demi de largeur,
DE M. POÜTEAU. 99
pour conferver une communication avec le relie des tégumens ; mon intention étant de remettre aulTitôt en place & la peau & le pé- ricrâne. Le fang, après cette opération, donna quelqu’embarras pour l’application des lan- guettes & de l’emplâtre aglutinatif que j’em- ployai à la place des futures ; l’effufion ce- pendant n’en fut que médiocre , & dans huit jours la guérifon fut entière. Cette pratique eîl calquée fur celle des Dentilles qui ren- verfent une dent pour en cafter le nerf & remettre auftitôt la dent dans fon alvéole. J’a- vertis néanmoins le malade que s’il reffentoit quelque retour de fes douleurs , il falloir fe déterminer à continuer l’incilion fur la partie fupérieure des tégumens , près de la future fagittale , pour détruire tout relie de commu- nication nerveufe avec la partie qui avoit été meurtrie , ajoutant que , malgré la tranf- piantation connue de l’ergot d’un coq fur fa tête , malgré les obfervations qui confia- ient que des parties totalement féparées du tout font rentrées en commerce de vie après une réunion méthodique , & malgré le fuccès de l’implantation des dents dans des bouches étrangères , je n’a vois pas ofé anéantir tout commerce de circulation.
Qu’il me foit permis d’indiquer les relTources
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ICO (Eu V RES POSTHUMES
que préfente cette ohfervationà M. ***, qui dans le Journal de Médecine du mois de .. .. 1771 ,aconfigné la guérifon fiiivante, laquelle a beaucoup de rapport avec celle de Made- leine Moudct ; il pourra en faire ufage fi la guérifon de fon malade n’étoit pas entière.
« Le 15 Août 1771, un homme de Hoclot- » lès-Rugeur près Caen, nommé Jean Gouley , » âgé de quarante ans , vigoureux , vif & d’un » tempérament fanguin , fe plaignit à moi , » dit M. * * * , d’un engourdiffement paraly- » tique qu’il reffentoit depuis quinze jours » dans tout le côté droit. Je m’informai du » commencement & des progrès de cette ma- » ladie , ainfi que des remedes qu’on avoit » employés. On me répondit que le malade , » après avoir été faigné au bras gauche , avoit *> pris deux grains d’émétique qui l’avoient » vivement fecoué , mais qui loin de calmer » les accidens , paroiffoient même avoir aug- » mente l’engourdiffement , & qu’on avoit en- » fuite employé avec auffi peu de fuccès , les ». frictions féches & une faignée au pied ; ce » récit me fit foupçonner quelqu’embarras au » cerveau, mais je ne voyois encore aucune » première caufe de cet engorgement.
» En continuant d’interroger le malade, j’ap- » plis enfin de lui qu’il avoit reçu il y avoit
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DE M. POUTEAU.
» fix mois un violent coup de bâton fur la » partie moyenne poftcrieure du pariétal » gauche, & quoiqu’il ajoutât qu’il avoit été » guéri de ce coup , en appliquant fur l’en- » droit frappé duperfil & du fel pilé, je voulus » m’affurer par moi-même de cette prétendue » guérifon ; je touchai donc la partie , en » appliquant le doigt un peu fortement , & le » malade reffentit auditôt de vives douleurs ; v il fe rappella même à cette occalion que » depuis l’inftant où il avoit reçu le coup de » bâton , il relfentoit des élancemens clans l'a » partie, toutes les fois qu’il fe mettoit en co- *> 1ère : dès-lors je foupçonnai quclqu’engor- » gement dans l’endroit ou le coup avoit été » porté , engorgement , qui n’intérelïant que » les tégumens & le crâne , pouvoit néan- » moins occalionner quelques dérangemens » dsans les fondions de l’hémifphère voifin du » cerveau , & par-là déterminer l’engourdiflc- » ment qui s’étoit répandu dans tout le côté » oppofé du corps1. Je raifonnois ainfi d’après » les favantes recherches anatomiques de M. » Haller & autres , qui conftatent que lorf- » qu’un coté du cerveau efl bielle , c’eft l’autre » coté du corps qui doit s’en reiïentir , & » tout ce qui me reftoit à vérifier étoit l’efpece » de l’engorgement que je n’avois encore fait
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102 CE U V R ES POSTHUMES » que foupçonner ; mais je ne m’en tins point » à cet égard au fentiment de douleur que le » malade éprouvoit , lorfque je pretfois forte- » ment fur l’endroit blefîe ; je coupai les chc- » veux qui recouvroient cette partie , dans le » defTein de l’examiner plus à fond, & je rc- » marquai dans la largeur d’un écu de fix » livres une légère tuméfaéHon avec phlogofe.
» Me rappellant alors un cas femblable que « j’avois lu dans les Mélanges de Chirurgie de » M. Pouteau , je crus qu’en pratiquant fur » toute l’étendue de la partie une ou plufieurs » incifions qui pénétreroient jufqu’à l’os , je » remedierois à cet engorgement , caufe évi- » dente de tous les accidens , avec d’autant » plus de facilité, que les va idéaux qui feroient » redés engorgés dans les tégumens & dans la » fubflance même du crâne , en conféquence » de la foibledé dont ils dévoient fe redentir » depuis la percudion violente que cette partie » avoit éprouvée , pouvoient par ce moyen » fe dégorger librement & reprendre peu-à- « peu leur ton naturel.
>» Les tégumens & le péricrâne furent donc » coupés par une incifion tranfverfale dans
» toute l’étendue de l’engorgement; je laifîai » la plaie faigner & la panfai enfuite jufqu’au » fond avec de la charpie féche. Le malade
DE M. POU TE A U. IO3
» ne fouffrit point de fa plaie ; après vingt- » quatre heures l’engourdiffement étoit déjà » un peu diminué , le mieux continua à mefure » que la fuppuration dégorgeoit la partie ; » enfin au bout de quinze jours la paralyfie » fut entièrement diffipée , & la plaie fut ci- » catrifée fans exfoliation le 16 du mois fui- » vant ».
Il efl certain que les fucs extravafés dans le tiffu cellulaire par une contulion , ne peu- vent pas toujours être repris en totalité par la réfolution ; qu’alors ils acquièrent dans le tiffu de la peau une perverfion qui les rend capables d’irriter de la façon la plus fâcheufe les fibrilles nerveufes qu’ils touchent immédia- tement , attendu que ces fibrilles atteintes par le coup dans l’intégrité de leur texture font plus fufceptibles d’une fenfibilité vicieufe.
IIe Observation.
Il efl encore certain que les accidcns occa- fionnés par de pareilles contufions peuvent être de la plus fâcheufe conféquence , foit que le coup ait été porté â la tête , ou qu’il l’ait été en d’autres parties ; la preuve en eff ac- quife par l’obfervation que fournit un jeune homme à qui je fus obligé de faire une incifon
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104 Œuvres posthumes
cruciale fur la partie moyenne antérieure du tibia ; il avoit reçu là un coup depuis plu- fieurs années, line légère tuméfa&ion étoit jointe à des douleurs très-aiguës qui fe fai- foient fentir dans toute l’extrémité inférieure, depuis le haut de la cuiffe, jufqu’à l’extrémité du pied.
Dans tous ces cas , les réfolutifs les plus puiffans , le feu excepté , font fans effet contre les reliquats de ces contufions ; il faut nécef- fairement incifer jufqu’à l’os , pour faciliter le dégorgement des fucs extravafés & pervertis.
Il eft encore plus sûr de détacher entière- ment les parties contufes de l’os fuhjacent, en les remettant tout de fuite en place , pour éviter les longueurs d’une exfoliation.
Ce dernier point de pratique peut être rem- pli de deux maniérés , ou en foulevant les lambeaux des incifions , ou encore mieux en cernant par une profonde incifion les cinq fixiemes de la piece contufe pour la détacher entièrement de l’os , conjointement avec fon période , & la rendre par-là infenfible par la feéfion de tous les filets nerveux qui y portent le fentiment. Si enfin , malgré ces précautions, la guérifon n’étoit pas entière, on trouvera encore uhe reffource efficace dans l'applica- tion du moxa ; ou peut-être encore dans celle
DE M. POU T EAU. IO5
d'une pierre à cautère ; mais entre ces deux moyens , il y a une différence effentielle , qui conftfte en ce que le cauftique ne procure la guérifon que par la deftru&ion totale de la partie fouffrante , au lieu que le feu guérit par fa force réfolutive la partie malade , fans mettre l’os à nud , comme le fait le cauftique.
II Ie Observation.
Je finis par le rapport fommaire d’une con- tufion faite à la partie moyenne antérieure de la cuifte d’un jeune Maréchal-ferrant , par un coup de pied de cheval. Le fémur atteint par cette contufion étoit confidérablement enflé , la cuiffe tourmentée par de vives douleurs étoit engorgée, fans avoir reçu aucun foulage- ment des plus forts réfolutifs. Un cylindre de coton ayant la bafe d’un écu de trois livres , fut brûlé fur le point central de l’engorge- ment. L’os ne fut point mis à découvert par cette brûlure, & la guérifon n’en a pas moins rempli tous les fouhaits du malade & les miens.
Les coups qui ébranlent violemment les os , tels que le tibia , occafionnent quelquefois un épanchement dans la cavité médullaire par la rupture de quelques petits vaifteaux. Si par
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malheur le repompement du fluide extravafé en laifTe quelque particule en flagnation , les accidens deviennent peu-à-peu formidables, quoique les fibrilles nerveufes qui parcourent l’intérieur de l’os , n’aient pas reçu la moindre atteinte. Le trépan eft alors le feul moyen de donner iflue à la caufe de ces accidens. J’ai fait deux fois cette application du trépan avec le plus grand fnccès ; dans le premier cas , la furface antérieure du tibia étoit aiïez com- pacte, quoique tuméfiée; dans l’autre, je la trouvai vermoulue , quoique les tégumens panifient afTez fains ; j’emportai avec la ru- gine cette vermoulure , & j’en defiechai les refies par le moyen du cautère aéhiel ; mais voyant que le feu n’avoit en aucune façon allégé les douleurs ; dès le lendemain , j’ap- pliquai une large couronne de trépan , & cette opération enleva aufîitôt les douleurs. Dans l’un & l’autre malades la guérifon- ne fe fit attendre que le tems nécefiaire pour former une ample exfoliation de toute la circonfé- rence du trou fait par le trépan.
Il y a une chofe à obferver à l’occafion des accidens qui ont fuivi des contufions qui n’avoient point attaqué les parties intérieures > quoique celles-ci par les fymptômes fuhfé- quens panifient compromifes ; c’efi: de ne pas
DE M. POU T EAU. IO7
négliger de faire de grandes & profondes in- ! cillons à la tète, toutes les fois que cette partie a été un peu gravement atteinte ; ces inci- fions forment d’abord une faignée locale dont | on voit fans peine tous les avantages , mais de plus elles diminuent très conlidérablement l’irritation nerveufe qui réfulte de la commu- 1 nication des parties intérieures avec celles du dehors.
La célébrité & le mérite de M. Hoin ne me permettent pas d’omettre une obfervation dont il m’a fait part dans une lettre datée de Dijon du 13 Septembre 1761.
Monsieur,
« En me faifant connoître il y a quelques » mois combien vous preniez d’intérêt parti- » culiérement cà votre mémoire fur le dan- » ger des coups de la tête , lors même qu’ils » n’intérelfent que le cuir chevelu, inféré à » la page 273 de vos Mélanges de Chirurgie; » vous m’invitâtes à vous communiquer ce » que je rencontrerois dans ma pratique de » relatif à ce fujet. Voici un fait qui me pa- » roît avoir beaucoup de rapport avec ceux » que vous avez expofés , quoiqu’il en différé » par la moindre durée des accidens , & la » nature de quelques-uns d’entr’eux.
xo8 Œuvres posthumes
» Au commencement de Juin dernier , Ni- » cole Chouet , native d’Aprey en Champagne , » âgée d’environ vingt-quatre ans , fe relevant » de défions la cheminée de la maifon où elle » étoit domeftique , heurta fortement la par- » tie antérieure de fa tête contre la tablette » équarrée de cette cheminée. La malade fut » fecourue fur le champ , faignée phifieurs fois » à la ville & à l’hôpital , tant du bras que du » pied & du col , & traitée par les meilleurs- » remedes que l’on avoit coutume d’employer » en pareille circonftance.
» Nonobstant ces moyens prudemment ad- » miniftrés , la malade étoit affectée d’une dou- » leur de tête qui ne ceffoit point , d’un trem- » blement prefque continuel de cette partie , » fur-tout lorfqu’elle étoit affife fur fon lit , » qu’elle ne pouvoit pas quitter , tant fes » jambes étoient foibles & tremblantes. Tous » les foirs elle avoit la hevre , & tres-fouvent » un délire la nuit. En quelqu’endroit qu’on » lui touchât le cuir chevelu, la malade fouf- » fi oit ; mais l’endroit le plus douloureux an » tact étoit celui où elle s’étoit frappée. Cette » place n’avoit pas changé de couleur ; elle » n’étoit pas même rouge au moment où l’on » venoit d’en rafer les cheveux ; il y avoit » néanmoins une œdématié très-fuperficielle
DE M. P O U T £ A U. 109
» qui ne contribua pas peu à me la faire re- » connoitre pour le vrai liège du mal, quand v je rentrai en exercice à l’hôpital , le premier » Juillet.
» J’efpérai vainement de rétablir les mau- » vais effets de la contulion , en continuant » l’ufage des fachets aromatiques dont la tête y> de la malade étoit couverte , lorfque je fus » chargé de la traiter. Ennuyé de leur peu » d’efficacité , je propofai à Nicole Chouct de » lui faire une incifion cruciale fur la partie » la plus douloiireufe au toucher , qui étoit >► le devant de la tête , à peu de diüance du » front ; elle y confentit.
» Le 13 Juillet j’y portai le bilLOuri avec » lequel jedivifai jufqu’à l’os toutes les parties » qui recouvrent le crâne par une incifion * longitudinale qui avoit environ deux pouces » de longueur , & par une autre tranfverfale » de même étendue. Le péricrâne n’étoit pas » détaché de l’os ; il ne me parut pas qu’il fortit » de la plaie d’autre liqueur qu’un peu de » fang qui celfa bientôt de couler. La malade » fut faignée le même jour , & dès le lende- » main à peine s’appercevoit-on du trcmble- » ment de la tête ; il fallut placer un petit » bourdonnet entre les lèvres & la branche » antérieure de la plaie pour empêcher qu’elles
ï io CEuvres POSTHUMES » ne fe réunifient aufii promptement que celles » des trois autres branches, qui furent cicatri- » fées en trois jours : mais comme le pus n’a- » voit aucun mauvais carattère , & que tous » les accidens avoient difparu, je ne m'op- » pofai plus à la cicatrifation qui fe fit tota- » lement dans la huitaine.
» Depuis le jour de l’incifion , il n’y eut » plus de délire , excepté un foir de la troi- » fieme femaine , qu’une frayeur excitée mal- » à-propos le réveilla avec la fîevre qui avoit » cefle ; le retour de ces accidens n’incommoda » pas la malade même jufqu’au lendemain ; la » guérifon du tremblement, de la douleur, & » la fenfibilité extérieure de la tête précéda » celle de la plaie. Cependant Nicole Chouct » a eu les jambes foibles encore pendant » quelque tems. Cette fille étoit bien rétablie » quand elle fortit de l’hôpital fur la fin du » mois dernier. J’ai l’honneur d’être , &c. » -•
Signé H oin. Dijon, 13 Février 1761.
DE M. POUTEAU.
III
MÉMOIRE
S U R les abcès du foie qui fe forment à V occajîon des plaies de la tète .
Ri e n n’eft plus ingrat que de retoucher un point de théorie qu ia déjà été traité par de lavantes mains. Celui qui regarde la caufe des abcès qu’on voit furvenir au foie à la fuite des plaies & des contufions à la tête , a été habilement difcuté par M. Bertrandi , dans ie troifteme volume des Mémoires de l’Acadér mie Royale de Chirurgie. Je vais cependant tâcher d’en parler aufli ; ce n’eft pas l’envie de contredire qui me met la plume à la main: M. Bertrandi n’a donné que comme des con- jectures fes idées fur la formation des abcès au foie dans les cas qu’on vient de déftgner. Je n’ai garde de propofer les miennes fous un autre titre. Le champ des conjectures eft vafte & ouvert à tout le monde. Celles de M. Ber- trandi & les miennes fur l’objet dont il s’agit , font très-différentes ; qu’il me foit permis de les mettre en parallèle , je ferai le plus grand ufage de fes recherches. Ceux qui travaillent à découvrir la vérité fe trouvant non pas en
1 1 2 Œ v V R E S POSTHUMES oppofition , mais en concurrence , fe prêtent des fecours mutuels pour étendre fon do- maine.
« Nous ConhoiflonS , dit M. Berttandï , par » un afiez grand nombre de faits bien obfervés » que l’abcès du foie eft principalement à » craindre après les plaies de tête , lorfque » les blefies vomiiïent peu après la blefiure » une bile verdâtre; que le délire & les con- » vulfions furviennent , que le fang fort de la » bouche , du nez & des oreilles , lorfque la » face fe tuméfie ; que la région des veines » jugulaires palpite , & que les hypocondres » font en convulfion , & pour ne pas paroitre » avoir rien palfé fous filence , j’ajouterai que » cet accident arrive aufii quand le bleffé refie » dans l’affoupifiement , comme hébété ; qu’il » parle fans fuite & fans raifon. Alors le col » efi ordinairement gonflé & livide , & il y a » une tenfion vigoureufe aux hypocondres. » N’efi-il pas vifible que dans ce cas le mou- » vement du fang dans le cerveau efi dérangé? » La dire&ion afeendante des artères du cer- » veau , leur délicateife , la mollefle de ce » vifeère & fa firuêture favorifent beaucoup » le défordre de la circulation , dès qu’elle efi » une fois dérangée. Les finus qui font entre » les artères & les veines reçoivent facilement
» le
D E M. P O U T E A U. 1 1 3
»le fang, avec quelque violence qu’il fe porte » à la tête , & leur pente & la facilité qu’ils » ont àfe décharger dans les veines jugulaires,
» fourniffent une voie ailée pour le retour du » fang , & pour en recevoir une très-grande » quantité. Delà celui qui revient avec trop » de précipitation , ou qui pefe trop par fa » mallé dans la veine-cave defcendante , fera » facilement effort contre celui qui monte par » la veine-cave inférieure , parce qu’il n’y a » dans le confluent de ces deux veines , ni » fillon cartilagineux , ni illhme , ni ce tuber- » cule que Hïgmore ^ Vïeuffcns & Lower ont » décrit ; & quand ces difpofitions exille- » roient , elles ne pourroient empêcher le » fang qui revient par la veine-cave inférieure s» de fouffrir dans l’oreillette droite l’effort » qui s’exerceroit fur lui ; & comme les pref- » fions des liqueurs homogènes le font en » raifon de leur hauteur & de leur bafe , & » que la bafe & la hauteur de la veine-cave » afcendante font beaucoup plus grandes ; » l’excès , ou plutôt la force augmentée de la » veine-cave fupérieure , ne fera jamais ca- » pable d’empêcher le cours du fang de la » veine-cave afcendante ; il en réfulteroit une » fyncope mortelle : cela doit cependant y » porter quelqu’obflacle , & comme les pref- Tome IL H
1 14 Œuvres posthumes » iions agiflent clans les liquides , fuivant leurs » couches , & que la preiïion eft en raifon » réciproque de la difhmce & de la réfiftance, » il s’enfuit que c’eft dans le lieu où il y aura » moins de cliftance & de réfiftance, que la » force augmentée fe fera principalement » fentir. Si l’on confidere actuellement que » les rameaux hépatiques fortent d’un vifcère » confidérable & fans a&ion ; qu’ils fe réunif- » fent pour fe rendre par plufieurs ouvertures » dans la veine-cave afcendante , affez près de » fon confluent avec la veine-cave defcendante; » fi, dis-je, on confidere ces chofes, on verra » que le fang qui revient par cette veine avec » les difpofitions vicieufes que nous avons » expofées , doit agir d'abord dans ce con- » fluent fur le fang qui revient par la veine- » cave afcendante , & qu’il ralentit fon mou- » vemcnt. En voilà allez pour produire une » ftafe , laquelle donnera lieu à une inflamma- » tion , qui doit fe terminer par gangrène ou » fuppuration ; cette fécondé terminaifon elt » la plus ordinaire ».
Toute la théorie de M. Bertrandi ell: donc fondée fur deux propofitions. La première fuppofe que le défordre occafionné par un coup reçu à la tête détermine une plus grande quantité de fang à fe porter dans les artères
DE M. POUTEAU. I 1 5
carotides & vertébrales ; que les finus & veines du cerveau reçoivent alors plus de ce fluide, qu’ils n’en recevoient avant la commo- tion. Cette propofition a été regardée comme certaine & démontrée, puifqu’on a négligé d’en donner la moindre preuve. Par la fécondé propofition , on établit que la veine-cave del- cendante dégorge alors dans l’oreillette droite du cœur plus de fang à proportion que la veine-cave afcendante, & qu’ainfi l’augmen- tation de la maffe & de la vitefle du fluide qui defcend par la veine-cave fupérieure , doit oppofer quelque réliftance à celui qui remonte par la veine-cave inférieure. On ajoute qu’en conféquence de la flafe du fang dans cette derniere veine , les veines hépathiques font fiirchargées de fang , & que ce fluide en Aag- nation peut donner lieu à une inflammation & à des fuppurations. Ces deux propofitions doivent être examinées féparément ; on verra quelles ne font point exaélement d’accord avec les loix de l’économie animale.
Un coup reçu à la tête occafionne un ébran- lement plus ou moins grand dans toutes les parties extérieures & intérieures. Le premier elfet de cette commotion eft de renverfer mo- mentanément tout l’ordre de la circulation dans la partie qui y efl: expofée ; c’efl-à-dire ,
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n6 Œuvres posthumes que dans ce premier inftant le fang eft refoulé clans les artères fanguines. Ce refoulement force le diamètre de ces vaiffeaux , & en affoi- blit la contexture ; en fécond lieu , il pouffe le fang avec plus de violence , & par une forte fecouffe dans les ramifications capillaires artérielles ; ce qui donnera lieu à des épan- chemens plus ou moins grands dans la capa- cité de la boëte offeufe qui renferme le cer- veau , à des faignemens par le nez , la bouche & les oreilles. L’effet de la commotion fe borne quelquefois à un engorgement par infiltration de la partie rouge du fang ; cet engorgement fe manifeffe à l’extérieur par la tuméfaéfion clu vifage , & par une échimofe qui fe fait fur-tout appercevoir à la conjon&ive & aux paupières.
Les dérangemens dont on vient de donner une efquiffe grofiîère , produifent une fftipeur , une atonie dans plufieurs vaiffeaux du cer- veau : le fang épanché en forme d’échimofe autour de ces vaiffeaux , les comprimera ; cette compreffion , en refferrant le diamètre des artères & des veines , empêchera ces ar- tères de recevoir autant de fang qu’elles en recevoient auparavant. Les veines en rece- vront donc moins par la même raifon. Sup- pofons néanmoins que la vélocité & la fura-
DE M. POUTEAU. 517
bondance du fang qui eff: portée dans les artères de la tête , piaffent vaincre l’effort de
! cette compreffion fur les artères , l’engorge- ment n’en deviendra que plus grand , parce que les veines comprimées ne pourront pas livrer paffage à tout le fang que pourroient leur fournir les artères. Le tiffu des veines eff foible ; elles ne peuvent pas réfiffer à la com- preffion.
Si cette théorie eff: conforme aux loix de l’économie animale , voici les conféquences qui paroiffent en émaner. i° Le défordre oc- cafionné dans une partie par la commotion , ne peut pas être par lui-même une caufe qui détermine une plus grande colonne de fang à fe porter fur cette partie. 2° L’inertie des vaiffeaux de la tête en conféquence de la commotion de cette partie, l’épanchement de fang & l’échimofe rendent la communication des artères avec les veines plus difficile. 3 0 Les veines & les finus du cerveau reçoivent moins de fang qu’ils n’en reçoivent avant la commo- tion. 40 La colonne de fang qui entre par la veine-cave fupérieure dans l’oreillette droite du cœur , aura moins de maffe & de vîteffe; elle ne pourra former aucun obffacle au fang qui remonte par la veine-cave afcendante. 5° Les veines hépatiques ne feront expofées
1 1 8 CE U V R E S POSTHUMES
à aucun engorgement. L’engorgement de ces veines ne peut donc pas être la caufe des fup- purations du foie.
Puifqu’il eft prouvé que l’engorgement des veines hépatiques ne peut pas être la caufe des fuppurations qu’on découvre dans le foie après les coups reçus à la tête , on ne peut trouver cette caufe que dans l’engorgement des ramifications de la veine-porte ou de l’ar- tère hépatique. C’étoit aufh dans ces va if* feaux qu’il étoit plus naturel de la chercher. La ftagnation du fang dans les veines hépa- tiques ne peut pas être , à la vérité , formée des dilatations variqueufes dans les veines comme dans plufieurs autres , à caufe de la conftftance ferme du foie dont les veines font environnées de toute part. Il n’en eft pas plus facile pour cela de concevoir comment leur trop grande réplétion pourroit être une caufe de fuppuration.
Nous avons fait voir que le fang qui eft pouffé par le cœur dans les artères carotides & vertébrales , trouve plus de réfiffance à parcourir les vaiffeaux de la tête , lorfque l’état naturel de cette partie eft dérangé par une commotion , &c. Il eft prouvé par la con- féquence la plus ftmple de ce principe , que le fang doit fe porter en plus grande affluence
DE M. POU T EAU. II9
dans l’aorte defcendante. S’il étoit néeeflaire d’accumuler de nouvelles preuves , pourroit- 011 en demander de meilleures que la facilité avec laquelle on va rendre raifon de tous les engorgemens qu’on voit furvenir à la fuite des coups portés à la tête.
Les artères médiadines , intercodales & bronchiques l'ont expofées les premières aux impredions de cette furabondance de fang qui defcend dans l’aorte inférieure. Les parties fur Icfquelles ces artères fe didribuent pourront donc être engorgées ; il pourra s’y former des fuppurations. L’hypothèfe de M. Bcrtrandi ne donne là-dedus aucune explication fatisfai- fante. On a cependant obfervé des fuppura- tions dans la poitrine de quelques malades morts des fuitçs d’un coup reçu à la tête.
Le vomidement qui accompagne fi conf- tamment les coups portés à la tête avec quel- que violence , n’a peut-être pas d’autre caufe que l’engorgement des artères diaphragma- tiques & domachiques ; toutes les didribntions de l’artère céliaque expofent aux mêmes en- gorgemens les parties auxquelles elles fe dis- tribuent. On a vu dans les mêmes circons- tances des fupputarions aux intedins par la furabondance de fang qui s’étoit porté dans, les artères méfentériques.
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120 CE U VP ES POSTHUMES
Le foie doit être plus expofé que tout autre vifcère du bas-ventre aux inconvéniens qui peuvent naître d’une circulation trop préci- pitée & tumultueufe. Sans en chercher des caufes éloignées dans la fubftance molle de ce vifcère , on la trouve dans la ftru&ure & dans la quantité des vaiffeaux qui y portent le fang. L’artère hépatique eft une divifion de l’artère céliaque ; ainfi la même colonne de fang qui pourra occafionner des fuppurations dans les autres vifcères qui reçoivent du fang de l’ar- tère céliaque , formera nécefîairement des en- gorgemens dans le foie & des fuppurations : en voici la preuve. Le foie recevra plus de fang par l’artère hépatique, qu’il n’en recevoit avant la commotion de la tête : première caufe de la fuppuration. La veine-porte dont les ra- mifications hépatiques font l’office d’artère , recevra auffi de la rate, du pancréas & des inteftins une furcharge de fang proportionnée à celle de l’artère hépatique : fécondé caufe d’engorgement & de fuppuration. L’engorge- ment de la veine-porte hépatique ne peut pas être conteflé : il aura fur-tout lieu , s’il ne fe fait aucune fuppuration dans les autres vifcères du bas-ventre , parce que le foie re- cevra toute la furabondance du fang porté à ces vifcères par l’artère céliaque & par les ar- tères méfentériques.
III
DE M. P O UT EAU.
La théorie dont j’ai fait ufage jufqu’à pré- fent peut feule expliquer la caufe de cette palpitation des hypocondres qu’on obferve après les plaies de la tête ; toutes les artères du bas-ventre regorgent de fang ; leurs pul- fations font fortes , elles foulevent les vif- cères & les enveloppes du bas-ventre.
Il me rede à rendre raifon de la palpitation des artères carotides & de la tuméfa&ion des veines jugulaires , tuméfaflion qui paroît fi peu s’accorder avec la moindre quantité de fang que j’ai dit defcendre des veines & finus de la tête.
Les artères carotides palpitent , parce que tout le fang qui efl poulie dans ces artères ne peut palier dans les veines. Ces artères fe rempliffent & ne peuvent pas fe vuider. Dans cet état ces vaifleaux fe mettent fréquem- ment en contra&ion pour pouffer en avant le fang qu’ils contiennent , & ces contrariions ne font que de demi - contrariions , parce qu’ elles agilfent fur une colonne de fang qui ne peut céder à cette force , quelqifaccélérée qu’elle l'oit. C’ell par cette raifon que leurs pulfations font fi fréquentes.
Les veines jugulaires font tuméfiées, quoi- qu’elles reçoivent moins du fang des veines & finus du cerveau , parce que le fang quelles
122 Œuvres posthumes contiennent trouve un obftacle pour entrer dans le ventricule droit. L’obftacle qui retient le fang dans les veines jugulaires eft formé par la colonne de ce fluide qui remonte de la veine-cave inférieure. Cette Colonne de fang eft plus confidérable depuis que l’aorte infé- rieure efl furchargée d’une plus grande quan- tité de fang. En voilà affez pour ralentir le mouvement du fang qui defcend par les veines jugulaires , &pour le faire accumuler dans ces veines à un tel point qu’elles paroîtront tumé- fiées. Cette tuméfa&ion des veines jugulaires > ainfi que la bouffiffure du col & du vifage y n’aura pas pour caufe la trop grande affluence de fang par les artères de la tête ; mais toutes, les veines de la tête ne feront ainfi remplies que parce que les veines jugulaires ne pour- ront pas fe dégorger facilement dans l’oreil- lette droite.
Je pourrais rapporter plufieurs obfervations d’abcès au foie furvenus à la fuite des plaies & contufions à la tête , car la formation de ces abcès fe préfente fréquemment dans la pra- tique. L’obfervation fuivante fuffira pour faire voir combien on doit être en garde contre cet événement. La formation de ces abcès ne s’annonce fouvent par aucun fymptôme fâ- cheux , & lorfquon a quelque raifon pour
DE M. POUTEAU. 123
en Soupçonner l’exiftence , il n’ell plus tems d’y remédier.
Un jeune homme de trente ans fut reçu dans l’hôpital de Lyon ayant une petite plaie contufe au pariétal gauche. La contufion ne parodient pas confidérable , quoique ce ma- lade fut tombé fans connoilîance , & que le fang fut Sorti par le nez & par les oreilles. Il refia peu de tems dans cet état ; il fut Saigné plusieurs fois au bras. La plaie de la tête fut cicatriSée en peu de jours , & il parut entiè- rement guéri. On ne le congédia pas de l’hô- pital auflitôt après Sa guérifon , parce qu’il s’étoit rendu utile en aidant les domeftiques de cette maifon dans quelques ouvrages pé- nibles. Il but & mangea beaucoup pendant ce tems-là ; ceux qui l’employoient ne le payaient de Ses Services qu’en lui fourniffant une boiffon & des alimens abondans. Il con- tinua ce genre de vie pendant quinze jours , fans Se plaindre de la moindre incommodité. Le Seizième jour il eut un accès de fievre vio- lent avec un grand mal de tête. Il Se plaignit de quelques douleurs à la cicatrice de Sa plaie , on la trouva ouverte le lendemain ; on le Saigna auflitôt du bras. Cependant le dix-feptieme il tomba dans l’afloupiflement ; il fut Saigné encore deux fois ; le ventre s’é-
i24 Œuvres posthumes
leva & il mourut le dix-huitieme. Si la plaie de la tête ne s’étoit pas rouverte, on n’auroit attribué cette fécondé maladie , ainfi que la mort , qu’à l’intempérance du malade. Cette circonftance engagea à faire des perquifitions fur les caufcs d’une mort fi prompte. Les té- gumens furent trouvés un peu engorgés à la circonférence de la plaie de la tête. Le péri- crâne abandonna facilement le crâne dans l’étendue d’un écu de trois livres. L’os n’étoit point fraéluré ; on ne trouva dans l’intérieur de la boëte offeufe aucun dérangement. En ouvrant le bas-ventre les inteflins parurent enflés. Tous les vifcères étoient lains , excepté le foie dont la couleur naturelle étoit plus foncée ; fon volume parut un peu plus con- sidérable ; mais cette augmentation n’étoit pas bien grande. Enfin dans le grand lobe du foie on donna iffue à quelques cuillerées d’un pus fanieux femblable à de la lavure de chair. Le vuide qu’il avoit fait dans le foie auroit pu contenir un gros œuf.
II paroît par cette obfervation que les abcès du foie peuvent fe former fourdement , fans déranger en aucune façon l’économie animale. Tant que les fucs pervertis par la fuppura- tion font refiés renfermés fans communication avec la circulation , comme dans un kifte , ils.
DE M. POUTEAU. ï ! $
ff ont donné lieu à aucun fymptôme fâcheux ; mais auffitot qu’ils ont été repompés , ils ont attaqué le principe de la vie , & l’ont éteinte en très-peu de tems , malgré les fecours de la Médecine.
Les obfervations de M. Bcrtrandi & fes ré- flexions l’ont déterminé à condamner la pra- tique trop fuivie de faigner au pied dans l’aug- mentation des fymptômes des plaies de tête. Je penfe avec lui que la faignée du pied doit être bannie dans ces circonftances. Cette con- féquence joint au mérite de la nouveauté celui de fervir de guide dans des cas fi épi- neux. On penfe bien néanmoins que je fonde mon fentiment fur une théorie toute diffé- rente de celle de cet Auteur. Lorfque M. Ber- trand! a apperçu les mauvais effets des faignées du pied , ce n’eft pas la théorie qui l’a con- duit à cette découverte ; il a vu que l’état des malades empiroit après ces faignées , qu’ils tomboient le pins fouvent dans l’i&éritie ; il a conclu de ces obfervations que la faignée du pied pourroit avoir des inconvéniens : telle eft la marche la plus folide de nos connoif- fances ; des faits l’efprit remonte jiifqu’aux caules , & s'il peut fe tromper dans la recher- che des caufes , les faits bien obfervés répan- dent toujours une lumière qui ne permet pas
ii6 Œuvres posthumes de s’égarer. Ainfi en n’admettant pas la théorie de M. Bertrandi , les conséquences qu’il en tire relient dans toute leur force. La Chirurgie a toujours conflamment joui de l’avantage effentiel de Subordonner à l’expérience les illufions de la théorie : les hypothèfes n’ont point influé fur la pratique.
La jauniffe qu’on a vu paroître fi prompte- ment en plufieurs occafions après les Saignées du pied faites pour obvier aux Symptômes des plaies de tète , eft peut-être l’argument le plus fort qui puiffe prouver la doctrine de la révulfion & de la dérivation. Comment les Saignées du pied peuvent - elles augmenter l’engorgement du foie qui a déjà commencé par les raifons qui ont été détaillées , fi ce n’efl en déterminant dans les artères hépathi- ques , ainfi que dans la veine-porte, une plus grande colonne de Sang que celle qui s’y portoit avant la Saignée ? Or s’il efl prouvé par ces faits que la déplétion des veines des extrémités inférieures par la Saignée du pied détermine dans les vaifTeaux artériels du foie une plus grande colonne de Sang , la dériva- tion ne peut pas être conteflée.
L’apoplexie , le coma , la léthargie mettent les malades qui en font attaqués dans la même pofition que ceux qui ont été frappés à
DE M. POUTEAU. 127 la tête , & on peut prévoir quels feront en ce cas les effets de la faignée du pied par ceux qu’on a remarqués , lorfque cette faignée a été mile en pratique après les blelfures à la tête. Dans toutes ces maladies les colonnes de fang qui font pouffées par le cœur dans les artères carotides & dans les vertébrales , ne paffent qu’avec peine dans les veines & finus de la tête , ce qui augmente la quantité de celui qui ed; porté dans l’aorte defcendante, & fans entrer dans le parallèle de ces diffé- rentes maladies , je conclus que :
1°. Les coups portés à la tête avec affez de force pour en déranger l’organifation , rendent plus difficile le palfage du fang des artères dans les veines & finus de cette partie.
2°. Les ramifications de l’aorte inférieure font furchargées de tout le fang qui ne peut pas paffer , comme dans l’état de anté , des artères dans les veines de la tête.
30. Les fuppurations qu’on voit arriver en conféquence aux poumons , aux inteflins , aux autres vifcères du bas-ventre , & fur-tout au foie, n’ont pas leur caufe dans l’obftruc- tion des veines de ces parties ; les vaiffeaux artériels qui font engorgés fourniffient la ma- tière de ces fuppurations.
40. La faignée du pied, en déterminant une
ïiS Œuvres posthumes
plus grande colonne de fang dans l’aorte in- férieure , peut augmenter l’embarras qui le trouve déjà dans les branches de cette artère ; elle peut fur-tout accélérer l’inflammation du foie & la fuppuration de ce vifcère.
L’expérience des remedes & le bons fens , dit un Auteur ingénieux , ont établi la Méde- cine-pratique dans route la terre ; elle eft par- tout un art conje&ural qui aide quelquefois la nature , & quelquefois la détruit. Ajoutons qu’on voit la preuve de cette propofition dans l’incertitude où l’on a été fur le choix de la faignée du pied ou du bras après les coups re- çus à la tête. La faignée du pied a même tou- jours eu des partifans zélés qui lui ont conf- tamment donné la préférence. Le bon fens , à la vérité , raifonnant fur l’expérience , pou- voir apprendre à fe méfier des faignées du pied , puifqu’elles étoient fi fouvent fuivies de l’i&éritie & des fuppurations au foie; mais qu’avoient pu le bon fens & l’expérience à cet égard jufqu’à M. Bertrand l? Ce ne fera donc qu’à l’aide d’une faine théorie qu’on parviendra à mettre les obfervations , qui dé- pofent ici contre les faignées du pied, dans un point de lumière capable de répandre une clarté fure dans des routes où l’on ne pouvoit auparavant marcher qu’à tâtons. Cette théorie
peut
DE M. POU T EAU. 129
peut feule difliper l’incertitude des conjec- tures, & fervir de flambeau à l’expérience.
A la leéhire de ce Mémoire , il eft indif- penfable de joindre celle de l’addition fui- vante; il faudra fur-tout ne pas perdre de vue cette obfervation qui montre un abcès au -foie furvenu très-long-tems après une contu- fion à la partie antérieure de la tête , fans le moindre dérangement dans l’intérieur de cette capacité ; elle figurera avantageufement avec les faits de même nature qu’on rapportera d’après le célèbre Morgagni.
Addition au Mémoire précédent fur la caufe des fuppurations du joie après les coups fur la tète.
Voilà fans doute bien des frais de théorie, & peut-être la mienne eft-elle aufli inutile que l’eft celle de M. Bertrandi. Eft-ce en effet aux loix connues de la circulation qu’il faut avoir recours pour expliquer tant de fuppurations qu’on voit chaque jour fe former à des dif- tances très-éloignées du point principal d’ir- ritation? Tels font , par exemple , les abcès aux jambes, & fur-tout au fondement dans quelques maladies chroniques de la poitrine, 2 omc IL I
130 (Euvres posthumes Telles font les pertes blanches fi communes chez les femmes dans les mêmes circonfïances, ainfi que les engorgemens des tefticules chez les hommes , quoique beaucoup plus rares. N’eft-il pas plus fimple de s’en tenir fans l’ar- bitraire d’une explication au fentiment de notre Sigrey , lequel attribue à une irri- tation nerveufe ces dépôts purulens qui , à la fuite des coups portés à la tête, furvien- nent, foit dans la poitrine, foit dans le bas- ventre , & fpécialement au foie. On pourroit rapporter mille exemples des impreflions ou irradiations nerveufes , tant du cerveau . que de fes membranes, fur les parties du corps les plus éloignées. Job V an- Mecrcm , Chirurgien de réputation , raconte , Livre 23 , que dans une plaie à la tête qui pénétroit dans le ven- tricule droit, le fymptôme le plus fâcheux fut d’abord un engourdilfement de la cuilfe , avec un froid incommode dans la main. En conféquence , il craignit audïtôt qu’il n’y eût là , comme il le dit , anguille, fous roche , & que le cerveau même ne .fut atteint. Les au- tres accidens qui furvinrent , & la mort fub- féquente du malade , ne montrèrent que trop combien fes craintes étoient fondées.
Bohnius , de renuntiatione vulnerum , fol. 8 9 , nous apprend qu’un jeune homme après un
DE M. POUTEAU. 13 ï
Coup à la tête qui , les premiers jours , ne parut d’aucune conféquence , eut bientôt le gros doigt du pied faifi par la gangrène dont les fuites firent périr le malade. A 1 ouver- ture de la tête , on découvrit une fente tres- légère au crâne , & fous cette fente on trouva du pus fanguinolent entre la dure-mere & la pie-mere. Stalpar V anderwiel fait fur-tout ap- préhender ces dépôts éloignés , lorfque les deux premiers jours fans fievre ne montrent aucun accident mortel , & que malgré cela la fievre vient le troifieme. Il cite à cette oc- cafion Pierre Marchettïs , qui prétend avoir ob- fervé dans les bleffures à la tête, que, lorfque la partie poftérieure du col principalement com- mence à faire reflentir la douleur , c’eft un figne que la matière purulente defcend fur les parties inférieures. Mais une pareille def- cente n’a prefque jamais lieu , & la douleur obfervée par Marchettïs n’étoit que l’ouvrage d’une irritation nerveufe , laquelle fe propa- geoit d’une maniéré plus fenfible que dans cent autres occafions.
Quels que foient enfin les procédés de la nature dans la formation de ces dépôts éloi- gnés de la partie bleffée , le point effentiel eft de favoir que , pour empêcher de pareils écarts , les faignéçs multipliées & faites ? s’il
I 1
132 Œuvres posthumes cft pofîible, dès les premiers momens , font un des moyens effentiels à employer. Qu’on ou- vre alors les veines du pied ou celles du bras , cela peut être affez indifférent , émouffer en effet la fenfibilité nerveufe par la fouftraélion de la partie rouge du fang, prévenir l’épan- chement de ce fluide & faciliter la reprife de celui qui auroit pu rompre ces vaiffeaux , font les objets principaux qu’on doit fe propofer , en multipliant les faignées.
Ce qu’on a rapporté ailleurs des dangers affez communs des coups portés à la tête , lors même qu’ils n’ont intéreffé que le cuir chevelu & le péricrâne , prouvent combien il eft à propos de faire de grandes incifions jufqu’à l’os fur le lieu frappé , & cela pour arrêter la communication nerveufe entre les parties contenantes de la tête & les parties contenues. Ces incifions d’ailleurs opèrent une faignée locale de laquelle on ne peut que beaucoup efpérer. Il y a plus encore, la con- tufion feule ou quelque déchirement des par- ties extérieures de la tête peuvent occafionner dans l’intérieur de cette boëte , des engorge- mens fâcheux qui peuvent aggraver & rendre mortels ceux qui ne feroient par eux -mêmes que légers & faciles à réfoudre ; tels font , par exemple , les engorgemens lymphatiques
DE M. P OU T EAU. 133
qn’on a fi fouvent trouvés fous forme de gelée coëneufe, de confiftance plus ou moins ferme, tant fur la dure-mere & la pie-mere , que fur l’extérieur du cerveau. De pareils engorgemens reconnus à l’ouverture des cadavres , ne peu- vent être attribués à un épanchement, ni à l'éclat de quelques vailfeaux , par la force de la percufiion, & fans doute on s’éloigneroit beaucoup plus de l’erreur , en les mettant fur le compte feul de la léfion extérieure , fur le compte des irradiations nerveufes de celle-ci avec les parties contenues.
Donnons aux probabilités , qu’on ne préfente ici que fous ce titre , tout le jour qu’elles peu- vent recevoir de l’obfervation , en prouvant que cette irradiation nerveufe bornée effen- tiellement aux parties molles & extérieures de la tête , a fait fur le foie & fur les poumons tous les ravages occafionnés par les plus fâ- cheufes bleftures de cet organe. C’eft Valfalva qui va fournir cette preuve ; elle eft confignée dans la 51e Epit. de Morgagni , de fedibus & caujls rnorborum &c. n° 26.
« Une fille de cinquante ans reçut fur le » côté gauche de la tête un coup de bâton , » fans que la plaie qui en réfulta fut fuivie » d’aucun accident. Elle fut traitée à l’hôpital » par des mains très-expérimentées , & on ne
13
134 Œuvres posthumes
» vit qu’une pluie extérieure , laquelle fut » conduite avec méthode jufqu’au quatorzième » jour , fans être dérangée par le moindre » orage. A cette époque la fîevre furvint avec » friffon , avec douleurs dans le ventre. Les » jours fuivans la refpiration devint labo- » rieufe avec fentiment de pefanteur fur la » poitrine , toux & crachats purulens. Cette » fille mourut le vingt-deuxieme jour. On ne » trouva rien dans l’intérieur de la tête qui
» parût contre nature , à un peu de ferofite
» près qui s’en échappa ; l’extérieur ne montra » que l’imprefiion du coup , l’os fubjacent
» étoit fain & entier. Pafiant enfuite a la poi- » trine , on en vit avec furprifè les deux ca- » vités pleines de pus, les poumons, quoique » libres de toute adhérence avec les côtes , étoient lardés de plufieurs tubercules , & » quelques-uns de ceux-ci contenoient une » fuppuration fanieufe ; mais ce n’efi: pas tout » encore, car on découvrit dans le lobe droit » du foie plufieurs tubercules en fuppuration ».
Cette obfervation doit tenir une des pre- mières places parmi celles qu’on a rapportées fur les dangers des coups reçus à la tête , lors même qu’ils n’intéreffent que les paries molles & extérieures. Elle répand fur ces obferva- tiens un jour qu’elle en reçoit elle-même 3 elle
DE M. POUTEAU. I35
écarte auffi avec la plus grande force toute idée de ce repompement de matières puru- lentes de la plaie, pour les faire porter en nature fur des parties auffi éloignées que les poumons , que le foie , pour y former enfin des abcès purulens.
Puifons encore dans la même fource une autre obfervation qui contraire affez bien avec la précédente. Elle paroît en effet mon- trer la formation d’un abcès dans la tête par la feule aftion nerveufe d’une plaie toute ex- térieure.
« Une jeune femme reçut par un petit fer » tranchant deux coups qui firent chacun une » plaie. L’une intéreffoit le mufcle temporal » droit vers l’apophyfe angulaire de l’os zigo- » matique ; l’autre étoit un peu plus bas. » Les bleffures étant prefque cicatrifées , cette » femme s’expofa aux injures d’un air froid , » fatigua le mufcle temporal par la maflica- »> tion forte de quelque chofe de dur. Tout à » coup le vifage devint très-enflé , des mou- » vemens convulfifs s’emparèrent de la tête , »' & des friffons , ainfi que la fievre & le dé- » lire , conduifirent la malade au tombeau » dans l’hôpital de Sainte-Marie à Boulogne.
» A l’ouverture de la tête , on trouva la » dure-mere un peu épaifîie , comme par des
14
136 Œuvres posthumes
» goutelettes de Tang que l’abfterfion ne pou- » voit enlever. Cette membrane de plus étoit » çà & là rougeâtre , non-Teulemcnt à la bafe » du crâne au côté de la Telle du turc, & Tous » la glande pituitaire elle-même , mais Tpécia- » lement Tous le lobe antérieur du cerveau. » Sous ce lobe & à Ton côté externe , il y » avoit entre les deux méningés un pus d’un » jaune tirant Tur le cendré. La Tubftance du » cerveau & toutes Tes autres appartenances » étoient néanmoins dans l’état le plus Tain , » à cela près que les vaiffeaux de la pie-mere » paroifîoient un peu engorgés , qu’il y avoit » Tous elle un peu de TéroTité rougeâtre , ainfi » que dans les ventricules latéraux, avec une » concrétion polypeuTe dans le Tmus Tupérieur » de la Taulx.
» Cherchant avec Toin , continue Morgagni , » le chemin par lequel le pus auroit pu venir » de la plaie extérieure entre les membranes » du cerveau , nous trouvâmes la face interne » de tous les os dans la plus exa&e Talubrité. » Portant enTuite nos recherches vers la plaie » Tupérieure, car l'inférieure étoit plus petite, » & n’avoit pas Ta dire&ion du côté du crâne, » nous trouvâmes une excavation autour de » laquelle & dans laquelle le pus croupiffoit* » Cette excavation avoit même trompé le Chi-
DE M. P O UT EAU. 137
» rurgien , lequel en la parcourant avec le » itilet pendant la vie de la malade , avoit » cru pénétrer jufques dans l’intérieur de la » tête , & en effet le coup avoit pénétré dans » l’orbite, & non dans la boëte offcufe. On » rencontra donc auffi du pus dans cette or- » bite ; mais comment avoit-il été de-là entre » les membranes du cerveau ? On ne trouva » pas la moindre trace de ce chemin , la dure- » mere n’étant altérée en aucun endroit. Cette » remarque nous empêcha donc de regarder » comme un paffage au pus une très -petite » trace de fêlure que nous crûmes apperce- » voir à la voûte de l’orbite , & il faut ajouter » que ce ne fut qu’après avoir travaillé avec » la rugine. Epit. 52, n° 6. »
Un le&eur attentif à cette obfervation , y verroit d’abord une plaie dangereufe par la perforation de l’orbite , attendu le croupiffe- ment néceffaire du pus dans cet orbite. Il re- garderoit enfuite l’effort de maftication que fit cette femme dans le tems que les efpérances pour la guérifon paroiffoient les plus grandes; il les regarderoit , non comme la caufe effi- ciente , mais comme une caufe occafionneîle, ou plutôt aggravante de tous ces accidens qui fe développeront avec tant de violence & de rapidité. Ce feroit à ce furcroît d’irritation
i}8 Œuvres posthumes fiirvenue alors clans tout le trajet de la plaie * qu’il attribueroit les altérations qui fe formè- rent & qu’on découvrit dans la tête. Pour les expliquer , je n’aurai recours qu’à ces irra- diations nerveufes qui vont pratiquer les plus funeftes engorgemens dans des points fi éloi- gnés de la caufe irritante. Ainfi les affedions extérieures de la tête ne peuvent que trop Ibuvent avoir un empire dired furies parties que la boëte offeufe paroît fi bien en défendre ; elles peuvent en avoir fur la poitrine , fur le bas-ventre , &c. de la même façon que les maladies du cerveau , du cervelet & de leurs membranes peuvent porter le défordre & l’altération dans tout le relie de l’animalité , & cela fans émigration d’aucune humeur vi- ciée , fans affedion fenfible des parties inter- médiaires , & quaji impertranfito medio ; on ne peut donc trop répéter , d’après Baglivi , que dans les corps animés tout ed rapport , tout efl correfpondance , confenfus unus y confpi* ratio una _> & omnia confcnticntia »
DE M. POUTEAU.
139
MÉMOIRE
CONTENANT des difcujfions anatomiques & légales fur la différence des caufes de mort qu’on peut reconnaître dans les cadavres qu’on retire de l’eau } fur le jugement qu’on doit en porter , & fur les fecours variés quil convient d' employer pour rappeller les noyés à la vie.
L E s obfervations anatomiques de M. Littré avoient appris à ce célèbre Médecin que l’eau s’introduit dans le poumon des noyés. Lancift ne reconnoît pas d’autre caufe de mort que cette introduction de l’eau à la place de l’air dans les organes de la refpiration , & en cela il eft du même avis qu Etmuller.
M. Louis ayant voulu , il y a plus de vingt ans , vérifier ces obfervations , fit un grand nombre d’expériences , d’après lefquelles il conclut qu’il y a une différence effentielle à obferver entre une perfonne jettée dans l’eau après fa mort , & celle qui eft morte dans cette eau. Cette différence , fuivant M. Louis , confîfte en ce que l’intérieur des poumons de la première ne montrera jamais aucune trace de l’eau de laquelle le cadavre aura été retiré.
140 (EUVRES POSTHUMES & que clans l’autre au contraire , on verra toujours les poumons bourfoufHés & la trachée artère , ainfi que fes divifions & fous-divifions plus ou moins remplies d’une eau écumeufe, eau qui gardera les qualités apparentes de celle qui aura été la caufe de la mort.
C’eft d’après des autorités aufii graves que M. Faijfole & Champeaux , Maîtres en Chi- rurgie à Lyon & Commis aux Rapports , ont cru pouvoir prononcer , qu’une jeune hile retirée du R.hône , & dans les poumons de laquelle ils ne trouvèrent point d’eau écu- meufe, avoit été jettée dans ce fleuve après fa mort. Cette décifion ayant donné lieu à un procès criminel de la première claffe , elle a été vivement attaquée par les défendeurs de ceux qu’on foupçonnoit être les auteurs de la mort de cette fille. En conféquence , MM. Faijjole & Champeaux prièrent leur Compagnie de leur donner des CommifTaires pour vérifier les expériences qu’ils fe propofoient de faire à l’Ecole Royale Vétérinaire fur plufieurs ani- maux. Placé dans le nombre de ces Commif- faires , j’ai vu noyer & ouvrir grand nombre de chiens ; j’ai même indiqué plufieurs des procédés qu’on a tenu pour varier les expé- riences & examiner les cas de fubmerfion fous toutes les faces poffibles. Ainfi on a noyé des
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chiens après les avoir enivrés , après les avoir tenu clans une ferre très-chaude, pour les plon- ger au fortir de là dans de l’eau glacée. On en a fait mourir par une ligature faite à la trachée artère , fans y comprendre les vaif- feaux du col, par une ligature à ces vai fléaux, la trachée artère étant libre ; on en a étranglés & fufpendus ; enfin on n’a rien oublié pour éclaircir tous les points qui pouvoient être des fujets de conteflation. MM. Faiffole & Champeaux ont rendu un compte détaillé de toutes ces expériences dans un ouvrage qui a pour titre : Expériences & Obfcrvations fur la caufc de la mort des noyés 3 & les phénomènes quelle préfente. A Lyon , de l’Impr. d’Aimé de Laroche 1768.
De ces expériences je choifis celle qui a été la plus faillante, par la grofleur & la force de l’animal. C’étoit un chien de la grande ef- pece ; on le noya dans un cuvier plein d’eau très-claire. On vit d’abord cet animal dont les quatre pieds étoient liés enfemble , s’agiter autant que le permettoient fes entraves. Peu après on apperçut des bulles d’air s’élever à la furface de l’eau ; on vit enfin ce chien faire une aflez grande infpiration , les côtes s’éle- vèrent , ainfi que le ventre , & dans l’inflant l’animal tomba fans vie au fond du cuvier.
142 CEuvres posthumes On l’en retira auffitôt afin de mettre tout en œuvre pour le rappeller à la vie , mais ce fut fans le moindre fuccès. A l’ouverture de la poitrine qui ne s’étoit point affaiffée depuis cette fatale & derniere infpiration, on vit les poumons pâles , bourfoufflés , & qui fail- lirent un peu en dehors ; en même tems le ventre s’affaiffa un peu , parce que le dia- phragme repouffé contre cette capacité par la dilatation des poumons , fe releva auffitôt que ceux-ci furent débarraffés de la preffion des côtes qui les contenoient.
La trachée-artère ayant été fendue fur le devant , on la trouva pleine d’une eau écu- meufe ; on fuivit les divifions & fous-divifions de ce canal aérien , qui fe trouvèrent par-tout également remplies de cette eau > laquelle pa- roiffoit avoir pénétré jufques dans les cel- lules bronchiques ; car en faifant des taillades dans la fubftance des poumons de quelques autres chiens noyés dans de l’eau colorée , j’ai vu tranfuder de tous les points de ces tail- lades une eau toujours écumeufe & teinte de ces différentes couleurs.
De ces obfervations faites avec le plus grand foin , il faut néceffairement conclure que dans le cours ordinaire des chofes un animai qui fe noie fe défend d’abord machi-
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nalemelit * & auffi long-tems qu’il le peut , contre le befoin de refpirer ; que pendant ce tems , lequel peut être rendu affez long par l’habitude , comme 011 le voit chez les plon- geurs de profefîion , l’air contenu dans les poumons fe raréfie de plus en plus , que de- mandant plus d’efpace , il efl obligé de fortir par la bouche pour s’élever fur la furface de l’eau où il forme ces bulles dont on vient de parler. Mais lorfque cette efpece d’explofion de l’air a été pouffée , jufqu’à un certain point , l’animal vaincu par le befoin indif- penfable de refpirer , de quelque caufe que vienne ce befoin , fait enfin cette fatale & derniere infpiration , laquelle oblige l’eau d’entrer avec vélocité dans la trachée-artère. Là ce fluide fe mêle par fa collifion avec le refie de l’air raréfié que contiennent les ca- naux aériens ; là il fe divife & fe fous-divifè en bulles infiniment petites , & pénétre fans doute jufqu’aux extrémités des véficules bron- chiques. Au refie que cette fatale & derniere infpiration foit la feule qui ait permis l’entrée de l’eau dans les poumons , c’efl ce que l’œil attentif découvre facilement. On ne voit en effet avant cette grande infpiration dont on vient de parler , on ne voit aucun mou- vement du côté de la poitrine , qui indique
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quelqu’afpiration de l’eau. Tout au contraire les bulles qui s’élèvent au-deflus de la furface du cuvier montrent affez que l’air qui forme ces bulles fort des poumons par une forte d’expiration , expiration qui n’efl , à flri&e- ment parler , que l’échappée par la glotte d’un air trop raréfié , bien plus que le produit d’un mouvement vital & organifé de la part des poumons.
DéfinifTe qui voudra quelle efl la nature de l’imprefîion que fait cette eau fur la tu- nique interne des canaux aériens , quelle efl celle de l’obftru&ion qui fe forme alors dans tout le poumon ; ce qui n’efl que trop avéré , c’efl qu’on n’a pu rappeller à la vie aucun des animaux qui y ont été pleinement expo- fés. M. de llaèn ayant noyé quinze chiens pour tenter de les rendre à la refpiration , & n’ayant pu , malgré les plus grands foins , y réuflir , avoue qu’il ne comprend pas pour- quoi de tous ces animaux aucun n’a pu donner le moindre figne de vie , quoique retirés très- promptement de l’eau , & qu’il n’ait négligé aucun des moyens préconifés pour la réfur- reélion des noyés.
L’affertion exclufive de M. Louis fur la caufe de mort des noyés , affertion fi bien étayée fur toutes les expériences faites à
l’Ecole
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l’École Royale Vétérinaire, & par l’ouver- ture cle quelques cadavres retirés du Rhône & de la Saône pendant le cours des difcuffions auxquelles elle donna lieu ; cette affiertion , dis-je, a trouvé de grands contradicteurs: dans leur nombre il faut fur-tout distinguer M. Du - chemin de l'Etang , DoCteur en Médecine de la Faculté de Montpellier , & qui pratique à Nevers ; car il paroit avoir mis beaucoup plus d’humeur que de bonnes raifons dans les ob- jections par lefquelles il a cru terraffier l’opi- nion de M. Louis. Ce Médecin allure « que » dans les animaux qui fe noient, les bronches » ne font pas toujours remplies d’eau , que » cela répugne même à la raifon autant qu’à » la faine phyfiologie ». Examinons donc les preuves phyliologiques de M. Duchemin ; elles feront fans doute de la plus grande clarté, car pour la preuve de fait qu’il y a joint , il m’a paru qu’on n’en pouvoit préfenter au- cune qui fut plus concluante en faveur de l’opinion de M. Louis qu’il fe propofe d’a- néantir.
Pour peu , dit M. Duché min, pag. I 5 de fon Mémoire , « pour peu que nous voulions exa- » miner la ftruCture des parties , & confulter » la faine anatomie & la phyfiologie , nous » verrons qu’il eft bien difficile, pour ne pas Tome IL K
146 GXuvrës posthumes » dire impoffible , de fuppofer qu’aucun corps » folide ou même liquide venant de la bouche, » puiffe fe frayer une iffue dans les poumons » par la trachée-artère exa&ement bouchée » par l’épiglotte. En effet , continue-t-il , qui » ne fait que notre machine eft compofée » avec un tel art , qu’il n’y a absolument que » l’air qui puiffe paffer par ce canal , les autres » corps s’en ferment d’eux-mêmes l’entrée par » les efforts qu’ils font pour paffer par l’épi— » glotte , fur laquelle ils gliffent comme fur » un pont-levis , & qu’ils abaiffent néceffaire- » ment par leur propre poids ».
Il ajoute pag. 17: «Il nous paroît plus na- » turel de penfer que tous les corps étrangers » qu’on a trouvés dans les poumons après la » mort, n’y font entrés que dans les derniers » inflans de la vie , & lors du défordre & du » bouleverfement général qui fe fait dans la » machine au moment que l’animal périt. . . . » Je conçois qu’alors les mouvemens convul- » fifs & forcés de l’eftomac que je fuppcfe de » bas en haut (e) , peuvent repouffer à contre- » fens par l’œfophage les alimens jufqu’au » voifinage de la glotte , & que les alimens
(e) Il ne faut jamais fuppofer ce qu’on s’eft mis dans la aé~ celfité de prouver.
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» Venant à prendre l’épiglotte à rebours la » foulevent , tandis qu’une autre convullion » en fens contraire , c’eft-à-dire de haut en » bas , les forcera de palier par la trachée- » artère , à l’entrée de laquelle ils étoient ar- » rêtés.
» Ce n’eft pas, continue-t-il pag. 27, que » j’ignore les expériences faites par M. Louis , » qui croit être le premier qui fe foit avile de » faire noyer des animaux dans de l’eau co- » lorée , quoiqu’il y ait plus de deux mille » ans qu ' Hyppocrate ait fait les mêmes expé- » riences. Quoi qu’il en foit , pourfuit M. Du - » chemin , Hyppocrate a trouvé une traii ée de » liqueur colorée dans les bronches d’un co- » chon qu'il avoit fait noyer exprès dans cette » liqueur , & M. Louis plus de vingt liecles » après a été alfez heureux pour faire la même » découverte fur d’autres animaux. Mais que » prétend-on en conclure ? que trois ou quatre » gouttes d’eau colorée auront fait périr ces » animaux , & que ce phénomène a été la caufe » & non une fuite de leur mort (/).
(/) Nota que M. Louis ne fuppofe rien, & n’a parle' que d’après des expériences que M. Duchemin pouvoit fans peine vérifier, pour voir fi l’introdu&ion de l’eau colorée dans les poumons d’un animal fe borne à trois ou quatre gouttes.
Kl
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» Que faut - il penfer de FaiTertion de M. » Louis , lui qui s’eft énoncé fi énergiquement » avec MM. Faiffble & Champeaux , lorfqu’il a