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LA
REVUE DE LART
Ancien et Moderne
'oinc XXV. Jaiivior-Juin VJGC.
LA
REVUE DK L'ART
ANCIEN ET MODERNE
Directeur : JULES COMTE
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PARIS 28, rue du Mont-Thahor, 28
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UNE HXi'osinox hi' rAi!Li-:.\r\ iialii-X-s
1>T IdlljcillIS [ilaisil- rt plnlit de pIlsSiT .|llfl(|UeS hrm-.s avrc les vinix pi-iiilii-s .lllalii-. liianils (Ml intil- iiiaitri's. illiislii's ou iiicdiinii-i. il i-sl lan- i|M il- III' iimis a|i[ini|cMt pas. avec la joii- aux vciiv. (|iicl.iiii' siij.-l il.- n'il.'xioii rt (I'.-IikIi' iiil<-- ii--.aiil pMiir liiistuir.' «l.- l'ail ft I liislnin- gt'iu'- lalr (I.- rima,uiiiali<.ii ri il.- la p.-ii^r-f liuiiiaiin-s. I ne cxpdsiliuii (II- «|iii-|ipi.-s |M'iiilurrs. «.i^Miiist-c au prolil li'uiic sociiUf de .liaiil.'. imus |.ic.iiv.' iiiif Ini- (!<• pin- «pn' 1<'< l'ifhesses do la piTiiiisuli-, eu ce jrcnrf, sont in.'pMi-aiil.--. d «pu' drs «Ii.t oheurs aclils, d'un troùt alti'util' i-l dt'lical. \ pcii\.iil Imijoiii- Iimiiv.t d«- (juoi nous ap|i.)rlci' soil de- iiii.lils dadiiiiiatiuus ii..nv.dlrs, s.. il d a^ni-aldrs rouipli'nu'nt-^ d iiisliiiilioii.
Lou\ ra^.' \r plus aiiririi rst mil' Ai/oralioii i/rs iiKiiiVS. do stylo vôro-
nais. Di'S jii.i,ns .• pdiiils l'altiii ni a SIrl'a la /rviu . olovo du
llon-ntiii Airnnln i.addi. mais f.. il. 'ni. ni inlliim.i- par l.s doux K''a""<l-*
noval.uis.suii , |.alii..|.'\ illnif l'isa 1 r..inl.ii.Mi ( lonlilr da ral.iiaiu..
Lo momo sujol. Irait.' par SL'Ian.. à Milan inusoo l'.rora , <•( uni' ox.juiso Madone à V.'n.uo. numtr.nt .n lui un n'V.iir .liannaiil, In-s lid.-io oncoro au movon i^"' !< i. los souvonirs de tleulilo ol do l'isaiiollo, traitant lo m^me
1. Organisée a p.rlir «lu 10 janvier par MM Trolli ol C' don» l.-ur ^fdlcrle.âu prolil '\' philanthropiqup. pri.-nidéc par lo prlm-c ri'Arcnli.'rg.
G LA BEVUE DE L'ART
lliriiip (inusros (|p iMorcnco ctdo lîorlin), s'imposent davaritagc. Gela semble (liiii homme plus eiiyagé dans le mouvement naturaliste. En tout cas, l'artiste est, comme ses modèles, à la fois un miniaturiste attentif aux détails et un fresquiste libre dans ses ensembles. On retrouve ici ce double caractère : tendresse souriante dans le groupe de la Vierge et de l'Knfant, à la façon de (lentile; élégance calme et virile dans les figures environ- nantes des jeunes seigneurs, à la manière de Pisanello. D'ailleurs, la lég(Mide évangélique n'est déjà plus qu'un prétexte à rassembler les portraits de quelques courtisans de Ferrare ou de Mantoue. Ces vivantes efligies. si nettement frappi'-es, de face ou de profil, l'appellent bien les médailles (le nii'me r'coje. Lcnr vérité intense survit aux altérations de la peinture. fort mallrailec. cnmme presque toutes relies de ce temps, par d'anciens, rt>staurateiirs. et suHit pour conservei' à ce panneau vi''iiérable une rare valeur.
C'est encDre l'esprit de Pisanello . associé à celui de Piero délia Francesca, (pii marque de son empreinte résolue les deux profils d'un diptyque conjugal, d'origine ferraraise (pi. p. 9) . L'attribution qui en est faite à l'raneescd (lossa est corroborée par la nationalité des deux conjoints, Alcssaiidi o (Il BcriiKidino (Ici (iozzadini i\9 Bologne, e/.vr/ /'rmme, une Cano- niei de l''errai'e. (lossa, né el élevé à l't'rrare. a presque toujours vécu à Pologne, où il peignit Pentivoglio et sa femme, Maria \'iiiciguerra, dans la c(''lèl)re fi'esque de /n Mailoiiiia del lUirraccano. en \'ul, et lo Vierge des Cdllani ;nuis('e de i'errare), en 1474. Les deux panneaux sont de 1477- Les profils des deux jeunes époux, opposés face à face, s'enlèvent vigoureuse- ment, moitii' sur un de ces fonds d'architecture chers à Cossa, moitié sur des ouvertures de paysage, avec la même fermeté que ceux des Bentivoglio et de Cattani. la fermeté de Pisanello; c'est aussi, dans le modelé nuancé des carnations rigoureusement circonscrites, la même délicatesse souple et savante, celle de Piero délia Francesca. Le Ferrarais réapparaît dans la chaleur des colorations et le mouvement des figurines en plein air.
" Au tenqjs on (lossa travaillait i)Our les Bentivoglio, à Bologne, Sandro iîotticelli, plus jeune (le douze ans, étail d(''jà le favori des Médicis à Flo- rence. Son Adoraiiiui^ où les aini's de la l'amille représentent les Mages. entour(''s de leurs clients et amis, est de 147'i. Deux images de la \ ierge avec rKnfanI portent son nom, et, pour l'une d'elles au moins, sa paternité
i Nr; i:.\ l'osiTKiN m-: tai'.i.ioai .\ italikns
--iiiilili' ci'ihiiiH'. I.a plus aiiiiciiiir ilrs cli'iix. la VitT^c <i !<i i^rcinulr. s'appait'iile à tuiilf iiiif st'ric de |ii'lil-; ](.iiiiii'aii\ à IVoiilfiiis fiiitri's. dus :'i des élèves de I''ili[)|ti) I.ipi)i. dont quelques- uns pouiraienl Itieii être di^s n-uvies juvi'- iiiles de Saudic I.a leudiesse avcchupicilc la uu'ic n'vi'usc série de si's Inneiies uiaius nuilre elle le iieln' qui
la remaille avee auuiui-. la soiqilesse di-jà liliii' des UH'udires du unui- rissiMi dddii. Iliaiino- uie parlieuliere des ea ru a I i iMi s e I il e> lissus, ue soûl pas in- diques du l'utur auteur du Mdiiiiilicdt . Le Ivpe de renfaut est un des
deli\ qn Un leirouxe le plus souveiil dans ses premières Madr)ne>
Mais si! peut rel- ier un douli' pour ee panneau, qui a soul- l'ert. il n'en e^l poini de luiMUe pour la didi-
cieuse toile sortie du U
palais des uiar(|uis Ammui i.i 11. .ne ni i 1.1 \ikii>.i « I.» i.uhWKt..
Couciua pi p 1\ I.
La lorle maturité du inailr.% à sou relourde Konu-, eiilr.- l 'iS', el \VM), s y alTirnie, iiou seulement par des similitudes de faelnre avee ses eh. fs- ilciuvre ronlempiuains. mai- par la e ormile ,l..s types féminins .-l
8 LA REVUE DE L ART
oiifaiitiiis. t; Pï-t la jeune femme aux yeux inégaux, aux prunelles claiI■e^^ et hleuàti-es, aux paupières gunllécs, comme rougies par les pleurs, dans un visage eouperosé, qui s'alline et s'idéalise dans la Naissance de Venus, sa"Tandit, s'attriste, s'elîorce d'être solennelle dans les Madones
L.\ Mmione Pancia riciii.
di' Sdiilo Spirito . de San IJainaba , a la Grenade. Moins transfigu- rée, elle se présente iei, sous un aspect simple et réel, franchement familier et plébéien , plus proche . assurément , du modèle. D'ailleurs. déesse ou vierge, elle garde son expression mélancolique et résignée, son lixe regard de rêve, vague, perdu au loin, dans le vide, insensible à tout ce qui l'entoure, même à lenfant qu'elle ptirte. Quelle diU'érence avec
UM". KxiTisn'inx ni-: T.\r.i.i:Ar\ itai.ii:n's 9
les embrassrnieuts iiails de i;i pi'riodc Jiiit.'rinirc .'t Ii's t'niljrasst'iiiciits
passionnés dr la pi'iiodr suivante- 1 I,o r.ainl)iiin allinid, chcrclif en vain
un liaiscr de ces lèvres closes, un sourire de ces yeux pensifs. i".t pour-
laul. la silencieuse le presse l'ortement contre son sein, jiar une t-trciide
liii'ii uialerncllc. tout en sonocant aux myslcn-s ilc l'avenir. i.Hii" ccsl
siuiplf ri Icndrc: Kt ([Uid recneillemeut ilaus la cliaiuhre aért-r. sOuvrant
à iiauciii' sur la canipas>-ne I (,)uel charme dan- crltc dllVusion df luinic'ie
douce et caressante, jouant sur les inenilucs poleli-s de l'enlanl. sur ses
nieudttes contractées, sur les doigts i'uselcs de la mère, avec une
souplesse et une délicatesse que ne déjiassera guère sou caïuaradi- dans
I nieller de \'errocchio, Léonard de \iuci, sou cadet de cinij ans '.
On trouve qnehiues points de eoutact avec Botticeili. mais surldid
avec les Peselliui. dans deux pann.MUX ll..ieulins. devants .le cfissoiii,
représentaiil la Lri^eiufc de Suzanne el des deux ^'ieillards, que de lions
juges atlrihueiil à .lacopo del Sellajo. C'est d'un art iuC'ri.Mir. mais eliar-
maiil encore par ses naïvetés, dans les ligurines, el d'un arl i.nsqne
su|.eiieur dans la vérité d.'s verdures et paysages aérés .'I lumineux.
Il,,, nulle Madone. Ilorentine encore, le londo di' Maïuardi lig. |». S^,
sorti récemmenl de Pisloia, av.'c son beau cadre original, des grandes
lamilles l'orteguerri et Panciatichi. nous comluit aux preniièn>s années du
XVI" siècle. F.nire le> mains de Léonard, l'art des formes humaines s'est
assoupli: le goni el 1 iulelligeuce du paysage, par les ôud.riens. les V.-ni-
liens et les inlluen.'es llamandes, s'est développé. Mainardi.le .•ollaboraleur
et le bean-lrere de Domenici. Chirlandaio, ne s'est point dénd.é aux
progrès. S'il lui re.te. dans les attitudes an moins et dans les colorations d.-s
vétrments, des souvenirs assez, visibles de son maitre. le nd.uste fresquiste,
on sent bien, dans le doux modelé de l'enlanl grassouillel sous la lumière.
et la finesse de son sourire, dans le calm.- gracieux d.- la nn-re aux yeux
baissés et la caresse d air limi.ide. arrivant des .b-nx cédés, par «le larges
..uvertures sur les chauq». qn.- le eonsciemMeux Mainardi connail el
comprend Botticeili. Lé<.uard. l'érugin, Kaphael. La Iran.h.se. nn peu
dure et sèche, du loyal quattrocentiste. s'est allinée el allendrn- au >onlUe
nouveau de beauté (jui s'idève di' Imites paris.
Toutefois, dans cette exposition, la pl.is gran.le pla.e et la pins gb.ricuse
est occupée par les peintres de \ eni^e Depuis Tilien jusqu'à <;uardi,on
LA KBVUR IIK 1. AHI. — XXV.
10 LA REVUE DE I.'AHT
l'ii peut suivre, eu ili's tdih's liicu clioisics, révolution à peine troublée (Imaiif 1.1 pr-iiodc (■!:issi(|uc au xvii" siècle, l'ar la datf de l'ceuvre, Sehas- liano (li'l l'ioiulio s'y j)i'(''s('nlc le pirrnicr avic ses /'oi//nits de Feriante /)(/i-(//<>s. /iiii/'i/iiis (If l'rsciiifi, cl (le Villoiid CoIoiuKi, assemblés sur la nnTiic toile (pi. ji. I.iî. S'il est vrai (juc ce soient là les elTigies réelles du (•(•lèlirc uM'ui'ial et de la célèbre poétesse, ces deux épcuix modèles, comme l'eseara. Ii' vaini|ueur de l'avie, est mort de ses fatigues l'année même de sa victoire, i'ceuvre ne peut être |)Ostérieure à 152r>. Que Sebastiano les ail peints t(Uis les deux, (jue ces |)eintures aient compli'. de son temps, iiarini les meilleures, \asari nous lallirme et nous n'en pouvons doutei'.
Dans la colleclioii du caiilinal llnll'u. b'^gat du pajie à j'errare, en I7.i4, les deux l'poux passaient pour le hue ilc linirriano cl sa femme, de la maison ( 'dli'ii lia . el l'oMivre, <oinnie plus d'une rendue depuis à son condisciple, l'tail alliiimr'e à Titien C'est à \aples, où la toile se trouvait encore recenimeiit. dans la colle<lion Sauf Angelo, qu'on y reconnut la l'eninie la plus illiisire de la l'amille (lobniiu» au xvi'' siècle, la noble poé- tesse \ iihuia. el le tii-ros populaire (pi elle avait aimé ilès son enfance et liont elle |ileuia la |ii'ile jusipi'à son dernier jour, iiien que les portraits liniianl le nom de \ illniia soient, les uns trop idi''alis('s. les autres d'une (laie lro|i lardivc |i(iiir (pidn puisse toujours cioire à leur exactitude, n('anni(iius. un ceilain munlire de traits y sont counnuns à tous et se retiduveiit ici. L'e\i''cution. d Une rran(^liise et d'une sinc('"rit('' évidentes, y garde une! simplicité assez rare chez le robuste styliste. Si c'est là une image familière de la future Égérie et ^luse de Micliel-Ange, elle eu est d'aulanl ]dus précieuse.
Il est l'i'ii lieux ipie les derniers et savants biographes de Sebastiano, M.M. d'.\cliiai'ili cl r.ernarddni. n'aieni pu voir cette |ieinture alors (ju (die était encoi'c à \a|)les. \ous auiious (■•té heureux de connaître leur juge- ment ; mais, en IS7."). Crowe et ( '.avakaselle y reconnaissaient déjà la main du maître. Il nous semble aussi (pie. sans même parlir de la vigueur du dessin romain s(Uis la chaude enveloppe du coloris vénitien, qui marque ses œuvres à cette période de son évolution, certains détails de facture, assez particuliers, dans le modelé des yeux et l'expression du regard, le mouvement des mains, la forme allongée des doigts et leurs extrémités é(piarries, l'accord grave et profond de certaines tonalités noires, grises,
UNK Exi'i'siïH'X m: r.\r. i.KAix italiens
verdàtres, ne perniPttcMit <ïuère de fieiiser ;i (|iioli]u<' aulre des cclrliri's portraitistes contemporains.
Sous une lueur douée, venant de .^auflie, l'épn'ix, fu ]iiiurpiiinl imir, coitïé d'une tocpu' noire, est assis, |iri'si|ue de l'aee. i'.rllc d'te. r.'u-n- liére et tint-, d un homme de race , avec elioveux et liarlie d mii liloinl eliaud, des yeux in- tellijQcents et doux. Sa main Liauclu' sr re[)lie sur le Iiims de son siègv cii bois seulpli'. 1 '<• sa droite allon^i'c. il pi'end et va pns ser celle (pif lui tend sa fimimi' de iidUt a son cote Celle-ci , tournif vers lui, pose la main nanrhr siii- son épanir rt le regarde fixement , d'iMt air grave et t r nd rc. ( Irande,
longue, plutôt maigre, avec un prulil elliir-, th- grands vin\ romains, noirs, volontaires, expressifs, elle est plus simplement vêtue <pie m- le sont d'ordinaire les palriciennes de son tem|is dans I. mus portrait- penits. Sur les boucles naturelles de ses cheveux noirs, rien qn nn voile blanc; nul ouiement sur la robe verte unie, ni sur les longues manches, .■truites et serrées aux poignets: une mo.b-te guimpe blainhe eaehe un très
12 I.A HKVUE DK L'A HT
iiiddcslr ili'cdllflan'i'. La simplicité des c-ostuines s'accorde à la siniplicifi' des attitudes cl des expiassions, pour nous ailii'uier le respect et la con- science avec les<|uelles lut conduite cette analyse de deux nol)Ies phy- sionomies.
Le poète (loreiilin. Ciiovanni délia Casa f 1. ")().')- L").')!! lut, assurément, à liiime. l'admiraleur de \ illoria (iolonna, K(cl<''siasti(|ui' fort libre dans ses meurs, romme i'ra Sriiasliano ilel l'inmlio, l'onctionnaire comme lui à la cour ponlilicaie, il lui an-^si luii des familiers du piiulic lie s(ml person- na^i's du mi'Uie moiidr: (pii a pi'int l'un a pu peiuiln' laulre. i »r, dans le beau portrait iji;'. p. I I , ou li' nonce, diplomale r'ln(iiiriil r| subtil, dresse sa longue li'ie voloiiiaire, armi'c de deux yeu\ noirs sin^ulieieincnt vifs et ])(_'n;ants, on relr-oiive. en elVel, la nii''nie \ii^iieur d analyse ]diysi(pie et morale que dans mix i\f^ l'iMinx de la famille (:(ilonna. La linesse d la vivaciti' des main^ hianclirs di^notc a la lois l'i^b'^aiice ri l'andiitiou du piM'sonna.iic. l'audis ipic les doi^^ts de l'une se replient lu'rveusemeni entre les feuillels d lin pelil lixre (pii n'est [loiiil rLxannile. car <iio\aiini délia (lasa. comnii' le eardiiial llendjo, l'iail de <-eiL\ (|ui t-rai,e|iaienl de gâter leur bc-au style au coiilael ihi latin d T'élise, il appiiie I aiilie sur le bras di' son sièo-i' avec (pielijne inipalii'iici'. i,a même, dans eertains accoi'ds coloit's. à cc'iti' des inllueuees vi'nitieuiics et romaines, siirloiit visililes dans la tète, (Ui seul (piebpie nouveau souille lloientiii venu par I'ra I!ar- tolnmmed et .\ndrea del Sailo. A celte epoipie d'admirable le|-nientation, l'on ne saurait compter, en Italie, le nombre des beaux peinlies ipii vont el viennent du Nord an Midi, se mêlent les uns aux autres, livalisenl les uns avec les antres. Il n'en esl point ipii, comme les chefs eux-mènu's, Titien cl llapliaid, ne se modilieiil, par assimilations et dè'velopjieuuMils. de manii'ie a di'rouler souvent nos yeux, si des documents certains ne veiiaieiil de temps à autre, en lixant des dates et certiliaiit des oeuvres, mnis olfrir des points de repère.
L'un des artistes vraiment originaux et novateuis. ipii ont le plus longtemps siuitlcrl, comme Sebastiano, de la confusion résultant d'une pareille mullipliciti' de talents contemporains et d'teuvres parentes, est Lorenzo Lotto l'iSO "MoSl). Formé à Venise, en même temps (|ue (iior- ginne. Palma, Titien, Sebastiano, dont les leuvres sont encore fréqueni- nieiil conroiidues, c'est sous leurs noms que ses peintures ont souvent été
dans la k-lc, iiM tolnmni'.'o l't \i! l'on ne saiu ^ ■I vicmioiit du " .IIS aver Ii'.s ai lif.'ii cl Itaph:
■ maim.-s, sniloiit ^ llij lliirt'iiliii vr liii- d diii] I a!
rliliaiit
Bi*t||(*ilJi|lil')l
UNE EXlMiSITKtX IHO T Al'.l. i: A t X IIALIENS i:!
catalogiiPCS. Parlbis même, comme ce l'ut vraimoiit un des piviuisL-uis les plus intelligents de sou époque, par la délicatesse de ses expressions physionomiqueset sa science des groupements mouvementi's sous les jeux subtils de la lumière, on l'a cru moins vieux (pi'il n T'iait. La Vieii,'e e/ les Donateurs (fig. p. 141, qui lui esl. ici. justement restituée, passait, tlans la galerie Leuchtenberg, à Saiut-I'étersbourg poni- i'ouvragi' il Un ;iutri' Bergamasque, son cadet, (1. l!. Moroni . c'i'sl sous ce uoui qu tllc lut alor> gravée dans VHistoiie des l'eiiilres. Les ifuiiniscences hidliiiesques. si visibles encore dans les types et attitudes du groupi- central de la Sainte Famille, les nobles allures et les siuuptueux habits de la i»atricicinie et du patricien agenouilles. I une à gauclii'. sm- mu Inini de paysage alpestre, l'autre à droite, ])rés d Un lut de colonne sculpte, mais surtout la sou- plesse et la di'licates>e de l;i (listribulion îles lumières didicates sous lesquelles s'Iuunionisi'ul les >;iiilii's des liguii- <■[ Icmms ((doraliuus nuancées, nous obligent de i-i'iidn- a liiiiie ce qui lui appaitieut. H y a déjà, dans cette cliarmante (luuposiliiui. toutes le- liabili'tes di' Lotlo. <ir. (in sait combien ce maiti'c toujours original et séduisant dans ses transl'ormaticuis, reste dillicile à bien i-onnailrc eu dehors de son |iays. Saluons dom; ce précieux témoignage de ses (pudites techuiipies et expi'cs- sives, à l'heure où il se dislingue d(-jà très m-ttemeul de ses illustres condisciples, l'ahna, Titien. Sebastiano del l'ioudx».
guant à (i. 11. ^hu■oni I."):î,">-1."i7'i . rexceli.iil porlraili-te. il est asse/. bien représent(' ici. à cidi'' i\n maître de son niailie Mnri'tto. Tilieii. ipii fut son c(mstanl imiilele. pour ii avoir pa - a se plaindre di' ci-tte restitu- tion laite à son |)rédécesseur. Nous avons naguère, ici-nu'Mue. loiiguenn'nt étudié ces trois belles toiles : les l'orlniils de Crisloforo Madiu::,>. /iriiirr e/ éiT(juc de T/eii/r. par Titien, et .le ses deux neveux. l'edvrii;o Madnizzn et LudoK-ico Madriiz:.oK Nous avons racmiti'- comment ces trois pciulnres,
depuis longtenqjs admirées et convoitées par les conservateurs du 1 vre,
avaient échappé à leurs poursuites .'t passé entre les mains d'un riciic amateur d'Amérique. .\ celte é'p.Mpie. les admirant à la dérobée durant leur passage à Paris, nous avions craint de les voir j.onr toujours Irauehir
I. Voii la «eii/f (In lu iiiii \'W'i. I X.M. p. .«>l-3^!. '•" "s p.irlrnils .«..ni rcproduiU. iiim» le mùmc article, nous p.nrli..ns .-iiis.si .In S,n„l J.;-..,,,.: pnr li.-lt. .M..r,.i.,. ..nvr.' .1. jrnn.-s„.. pr..v..„.,„i du raèmc p.-ilnis Salv.iil.iri cl cpii' nous rclr..MM.ns i. i.
|. LA REVUE DE L'AHT
r((céaii. Km li's irtionviiiit ici, nou8 summos heureux de n-mercier le eol- l,.cli()iiurur iiii.Mal (|ui a résolu de les conserver à Paris, avec beaucoup ,laulres .Mi\ivs iuliMvssautes. Ce sont de ces pièci's, sortant pour la pre- rnicir loi^ du iniliiMi ou rlles oui été laites, uiunies de leurs titres autlicu- ti,„H>. nuil rsl Inci: dillicile lie li'ouver .•ucor.' aujoiirdiini et <pii sont
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les doiuiui'uts les plus précieux pour l'histoire de lart et des artistes. La toile d(! Titien, commencée par lui en I.'i42, laissée et reprise par suite de diverses circonstances, l'ut achevée et livrée en l.">.")2, ainsi que l'atteslent riusrri|iliou el la signature. C'est un des premiers portraits en pied exécuti's par \r niailre après le orand succès de celui de D. Pietro de Mendoza, — aujourd hui. croit-on, à Florence, galerie Pitti. — qui. au dire de \'asari, lui valut de nombreuses commandes et mit ce genre à la mode. On pe;Ut le croire, par certaines particularités de facture, commencé au
INK KXIMISITIOX DH TAHLHAUX ITAIJKXS 17
temps du Jeune Aiii>/(/is l'iDvmwi'. galerie l'itti', de rJloninie à l'épée el di' l'Homme au gant (musée du Louvre), el terminé peu de temps après le beau Cliarles-(Juinl assis l'inaiHitlièque île Muiiicli .
— l'illMllAI
Nous ressentons à le revoir le même plaisii .pi.' m.u> eiimes jadis a le trouver, dans le palais Salvadori, à Trentr. nu I mi pciivail m-mlrer encore la petite liorl-.ge el le lapis plaré^s par \v prinlrr <lau> .-.•llr n-pr.-
LA HK%'UK DE LAlir. — X.W.
18 LA REVUE DE L'ART
sentation l'anùlièrc du prélat. " diiivri" superbe, notions-nous alors, d'une harmonie grave et reposée, d'une tenue l'ernie et virile, d'une expression inliuie el discrète, d'une aisance et d'une sûreté de facture admirables ». (^)nani à la niodestie du costume, un peu surprenante d'abord chez ce r)i'('dat j)rincier, elle r(''j)oiid, |)arait-il, à la modestie connue du personnage, dipluiiuile avisi', menant gi'and liaiii dans ses ambassades, mais, une fois rentre eiie/ lui, homme d'iMude et di' pens('e, passionné pour la littéra- lure el la |ihiloso|diie. C est jiar sa volonl('' expresse qu'il a peut-être refuse au L;raud coloriste le plaisir de le faire parader, pour l'avenir, dans ri'claLuile somptuosité de ses soieries violettes; mais il lui a olîert, eu revamhe, l'IuMineur de prouver une fois de plus qu'il savait aussi bien peindre l'àme (|ue le corps, el celte physionomie aristocratique et bien- veillante, calme ri jine. du Madru/./.o, dans ce recueillement intime, nous i-evc'lc mieux sans doiile son vrai caraili'i'e que ne l'eût l'ait le cha- Inii nieni d'une longue robe d'évèi|ue Iraiiuuitsur les degrés dune église nu (I un palais.
I ne évolution antéiieure du talent de l'ilieu comme portraitiste est déjà marquée dans le Poitrail du Doge Aiidred (,ii(li (îg. p. 17), qui occupa le pouvoir supicme de \yi'.\ à i5o8. Peintre olliciel delà république, Titien était aussi lami personnel de son glorieux ( hef. (pi'il représenta plus d'une fois en de grandi's loiles décoratives ou sur des tableaux de chevalet. « Aucun doge, disent (Irowe et Gavalcasellc, ne fut aussi souvent peint par Titien ([ue (Irilli, et aucun j)ortrait de Titien ne fut jamais aussi admiré que ceux qu'il lit j)our ce doge. L'un d'eux, appartenant à Charles 1" d'Angleterre, fut copié par Hubens. » Celui que nous avons sous les yeux, parles déli- catesses de sa facture, encore légère, et si bien appropriée à la finesse intelligente de cette physionomie d'homme d'Etat, si nettement vénitienne, nous repolie à la meilleure période du maître, aux temps de la Lama Diaiiti, du Couvre, et de la Flora, à Florence.
Dans la galerie Salvador!, à Trente, comme ici, l'oncle cardinal, par Titien, était escorté de ses deux neveux, par Moroni. L'un, Federigo, était nu luunme de guerre, un général illustre, qui fut gouverneur de Pavie; l'autre un ecclésiastique, coadjuteur de l'évêque son oncle, plus tard légat [)ontifical, et enfin cardinal. Eux aussi pouvaient donc, sans doute, dès leur jeunesse, se faire représenter en quelque costume, civil ou religieux,
GiAMBAtnsTA TiEPOLO. — Le Thiùmihe le lAmolk.
20 LA UEVUE DE L'AKT
tlappaiat ou (U- eéiéiuuiiie. Mais, comme le chel' do l'amille, ils ont préféré se montrer plus simplement, arrêtés un instant, debout, tète nue, en tenue ordinaire, dans quelque salle de leur palais. Chacun, même, s'est fait suivre de son chien familier. Bonne occasion pour Moroni, peintre des intiTieurs domestiques, de montrer comme il aime et comprend les animaux. Du reste, d'un bout à l'autre, ces grandes ligures, d'un calme un peu triste, presque austère, dans une atmosphère grisâtre, sur des fonds argentés, enveloppant les tons noirs et verts particuliers à ce coloriste grave et discret, affirment bien haut la paternité de Moroni. Il est même surprenant que, par suite de ce fétichisme qui s'obstina si longtemps à sacrifier tous les demi-dieux de l'art à quelques grandes idoles consacrées, on ait pu les attribuer autrefois à Titien.
Moroni est, d'ailleurs, un des praticiens les mieux marqués de cette époque. La sincérité loyale et sûre de sa vision, la gravité harmonieuse de ses tonalités grises et calmes, comme assoupies, se retrouvent encore dans le Jeune garçon, un noble Signoriiio, d'une allure déjà fière et char- mante en sa précocité. Ce joli portrait en pied appartient , comme les trois Madruzzi, à M. Stillman. Même caractéristique dans le portrait à mi-corps du Sénateur 0/i\'azzi, bonhomme de mine austère, d'une tenue si ferme et si tranquillenuMit expressive. H est intéressant de comparer aux calmes efiigies de Moroni celle A' In juriste inconnu, qui semble pro- venir de la même région lombardo-vénitienne. Sous la forte enveloppe de couleur grave, les traits ici sont indiqués, les accessoires détaillés avec une précision presque fiamande, qui accentue la dureté de cette physio- nomie sèche et ingrate. La main osseuse du magister, entouré de livres, posée sur le traité de Maleficiis, fait soupçonner en lui un fournisseur de sorcières aux bûchers de l'Inquisition.
Avec Tintoret, puis, plus tard, Giamijattista Tiepolo et (iuardi, nous voici revenus aux Vénitiens de \'enise, éclatants, joyeux, mouvementés, tout enivrés de vie, de beauté, de lumière ! Les tableaux de Tintoret sont extrêmement rares hors de l'Italie. La Vénus et Adonis (fig. p. 15 nous montre, en figures de grandeur naturelle, comment ce puissant virtuose, dès sa jeunesse, s'appropriait et marquait déjà de son originalité chaleu- reuse les types transmis par ses prédécesseurs. Dans VAniorino qui s'accoude derrière Vénus, dans la robuste déesse elle-même, dans le brun
l'amilli', (iobout.
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UNE EXPOSITION DE TAlîl.KAIX ITALIENS 21
et beau chasseur au repos, assis l'un prés de l'autre, à ronibie il'uu imis, combien de réminiscences de Giorgione et de Titien dans le style et dans la facture ! Mais avec quelle liberté tout cela est déjà translornié pur un pinceau hardi et résolu qui élargit, amplifie, consolide les tonnes dans um- matière chaude, plus grasse et plus profonde, en attendant qu'il les agite et les tourmente avec un emportement passionné et magistral, inconnu avant lui. Le paysage, avec ses masses l'euillues de verdures sombres, annctnce aussi le grand maître et présage, en ce genre, les clifls-d'o-uvre classiques. Il y a peu de temps encore, la toile plaR)nnante, de (i.-H. Tiepoio lig. p. 19), dormait, ignorée même par ses propri(''taires. sous les solives plù- trées d'un plafond moderne. C'est en faisant di's réparations dans le jtalais célèbre, où elle avait été' placi'e en 173.'), qu'on la dé-couvrif, parfaitement intacte, grâce à cette sotte el iujuriiuise couvertuie. Le Triomphe de l'Amour. un de ces sujets à la mode, courants et rebattus, mais que l'imagination enjouée et charmante du fertile décorateur savait toujours rajeunir pai' les grâces légères et vives d(> sou pinceau alerte et colon''! < >n eu doit remarquer la disposition, sinon particulière à 'l'iepido. niai> dont il use le plus souvent. .\u lieu de creuser son plafond par un trcnupe-l'ipil. dune exécution toujours didicile, obligeant à des raccourcis disgracieu.v, et forçant le spectateur à se tordre le cou |)our suivre, ilaus leur es.sor, les -ligures envolées, il lixe d'abord, cimime dans une telle verticale, nos yeux sur des figures de premier plan fiirleuienl aeceutuées, puis les fait monter de là, insensiblement, jusiinu des hauteurs plus aériennes où se perdent et s'elfacent les apparilinns de j.lns eu jdn^ \;igues. enuiuie eelles d'un rêve délicieux qui s'évanouit. Kn bas, au dessus di-s drapeaux el trtun- pettes abandonnés, descendant eu hAte, sendde-t-il, vers de jeunes époux dans le lit nuptial, voltigent les avaut-gardi's de l'.\iuour, des enfants ailés, dont 1 un. arun' d'une torche eulIamm.'M', preseide le uoui du dieu
sur un cartel. Plus iiaiil . sur sou eliar allele d ui ohuul.e. arrive le
petit dieu lui-même, les yeux bandés, mais «pii nCu brandit pas ins.
d'un bras sur, une énorme llèclie. Au loin s'elïace et disparail. dans une vapeur d oubli, la chaste Diane avec s(Ui levri.-r tideie; eu haut, dan- un brouillis léger d'azur et de llocons nuag.'ux. monlenl el |dauenl. avee !.■:, oiseaux, deux autres Amorini. les derniers suivants de Cui.idun. prêts à laisser tomber sur K- auiauts ctuloiiui- di> couronne-, de fleurs.
22 LA REVUE DE L'ART
Dans cette Venise lieureusee et folle dn xviii'' siècle, où commence le lève, où finit la réalité ? N'était-ce pas une véritable féerie, que cette fête (lu Mari( i^e du c/oi^e el de In mer. célébrée encore chaque année le jeudi (le l'Ascension, avec la même pompe, le même enthousiasme, qu'aux temps héroïques de la république V Quand la vieille galère dorée, le vénérable Bucentaure, s'avançait au large et que le doge, coitîé du coriw d'or, jetait l'anneau nuptial à la déesse de la mer, il n'y avait pas un \'énitien, pas une Vénitienne, sénateur ou gondolier, patricienne ou porteuse d'eau, qui ne se crût encore, par l'intelligence et la beauté, maître du monde. Avec quelle vivacité, quelle joie partagée et communicative, le spectacle de cette l'ète de l'eau et du soleil, avec tout son grouillement de barques et de passagers, de voiles et de rames, de gestes humains et de toilettes féminines, nous est rendu présent par Guardi dans une toile d'une dimen- sion et d'une valeur exceptionnelles! Dans la multitude innombrable des figurines (jui s'agitent, rient et chantent, dans cette ivresse de lumière, de chaleur, de patriotisme, pas luie qui ne soit à sa place, dans son action ! C'est la vie même dans tout sou naturel et sa variété. Puis, quand la fête sera finie, si vous voulez retrouver, ici-même, le doux silence vénitien des jours ordinaires, ce sera encore (iuardi qui vous l'offrira dans deux de ces petites études dont il fut lieuicusement prodigue, des vues de 5. Simeone il Picciolo et de r Entrée du canal de la (îindecca ; ce pourra être aussi son modèle et maître Canaletto, avec lequel, avant de quitter l'Italie, nous pouvons nous reposer sur la Place Saint-Marc et fixer dans notre mémoire quelques-unes des belles visions évoquées par tous ces chers peintres, depuis les plus simples jusqu'aux plus savants.
Georges LAFENESTRE
LKS
DERNIÈRES FOUILLES 1>E SI SIAXE'
KlUDE SUR I.'kVOI.ITION AHTIS IKJUK DANS I.KI.XM K T l.\ CIIAI.KKK DEPUIS I.KS (IHKilNES .IUSQU'a I.V l'IilSE IIE SUSE l'Ail ASSOIll IIA M !• \I.
Vu.. I.
SiATtElTE E.\ un IIASSIV
ANTÉniEl'IlK Al" XII" SIÈCLK
AV. J.-C.
(iliVouvorle dans les foiiilalioii' ilii IcinpIoU'Choiicliili.-ikl
II
Ce ii'csl (|u a jiailir île hi drilaratioii i\r liiidi'- peiidauce élaiiiilc- ([uc Suse sciiibio avoir roniiiiriio' sa vie artisliijuc pcrsoiiiiclk'. L'iiiflui'ni'C rlialiicriin.- y iloiniiia (lali<ii(l : mais pou après cL'rlaiiu's branches s(! déveio[)j)t''!'<'iit sur cIIi's-uk'iucs. nuvraut Ac nou- veaux chiTuins,
Les Miouniiii'iils i|u'(in rciieonlre dans les assises apparlenanl à eelle période soul de deux elasses : les œuvres indigènes et les oi)jets d'art rapporlés comme trophées de victoire par les rois élamites, lors de leurs expéditions en Chaldée et dans les districts voisins'. Mais ces derniers iu<>uuiiieiit> sont d'autant plus reconnaissables (pie la |)lu|)arl du temps ils portent des textes ne laissant aucun doute il l'égard de leur provenance.
.\ Suse, la statuaire et la glyptique soul tille> des univrcs chaldé-ennes l'flg. 2 , cela ne l'ait aueun doute, mais là où l'art l'Iainitc pro|ucnn'nl dit se dé-ve-
1. SccuniJ el d.Miiier arlKli-. Vnii- la llniie, I. XXIV. p. JOI.
2. Koudour-Nakhoiintê I aiuicn (vers 22«0 av. J.-C).
3. E.xpedltlons de Choulrouk-Nakhounlé eo Haliylonic (Itlli bv. J.-(-,.i, dcslnietjnn do In viIIp le Sipp.ir.
•r, I,A HEVLK DH LAH'l
lii|i|ia. (■!■ lui ilaii> la Iniiti' et dans le tiavail des nK'taux et dans les coii- iiaissaiici's dr rciiiaillciir. .le suis aniciié à penser que, dans ces deux hranriies. les i'ilainites l'uront les maîtres de toute l'Asie antérieure.
D'une pari, les coiiditidiis mêmes de la Susiane à cette époque se tiduvaieul elre favorables au développement des industries exigeant un abonda ni eoud>uslible. l'i-ès de Suse, en elVel, (''1 aient d importantes l'orèts ', Assoui bauipal le dil dans les textes, et toule la |)artii' montagneuse du rovauine elail alors, eomme aujourd'liui, ti'ès l)oisée. D'autre part, dans ses montagnes, l'Klam possédait des mines ; Aussi reneontre-ton le métal en grande abondance dans les mines de Suse.
(les conditions ne si' rencontraient |)as en (Ihaldi'c, jilaine nue où le loseaii ser\ail el serl eni'ore de principal combustible. L'Assyrie, voisine ilu Kuiilislan. était elle aussi riche en nn'laux et en combustible; mais elle ue se (|evelo|i|)a que tardivement ; tandis (pie la Chaldée était d'un dénue- uieul ai)solu au |ioiiil de vue des minerais, et les métaux qu'elle possédait lui arri\aienl tous par imjiortation d'I^lan:, d'Assyrie, du Sindjar et des pays silues au-delà.
L'email .'lail connu des le tenqis de \arani-Sin, car dans une décou- verle, laite laii passe, d'une cachette contemporaine de l'empire, j'ai reuc(Uilr('' un Iraguient de vase eu terre émaillé'e.
Ou ne peut mettre en (i(Mile làge très élevé de ce tesson ; car la trou- vaille était loule entièie reiifermée dans une urne peinte, recouverte el!e-mém(> jiar une laige coupe profonde. Il n'a donc pu s'opérer de mélanges postérieurs et ce fragment se trouve ainsi dûment daté.
L'existence de la poterie émaillée vers le début du iv" millénaire ne doit d'ailleurs point surprendre, car en Egypte, sous les dynasties thinites, déjà l'on en faisait usage. Les récentes fouilles en out l'ait découvrir des spécimens dont làge ne permet aucune hésitation.
Ainsi, cette industrie existait à Suse au temps oii celte ville était encore sous la domination suméro-akkadienne ; mais il semble qu'alors cet art n'elail encore que peu développé. Ce n'est (|ue plus tard qu'il prit son essor.
1. .. Lt-iirs l'.iicts. dans lés(|uelles personne n avait encore pénètre, ilnnf les limites n'avaient pas vie IVanehies, lues guerriers les piivahirent. admirant leurs retraites, et l.^s livrèrent aux llammes. •> ;.\ssinnli,ini).al, texte de Ninive.
LES DKHNMHMKS FOUll-LES DK S[-SIA\
Il est fort peu de luomiiueiits en te ceux-là appartiennent tons au rè<rne de Ghilliak - in - Cliouchiiiak '. .le m'abstiendrai donc de cIutiIiim- à classer ces œuvres snivani nu ordre chronologique et nie conlenlerai de les décrire sans ordre.
Nous possédons, dans les cdlli'c- tions du Louvre, une fouie de plaques émaillées et de fragments raj)pelaril par leurs formes les cx-volo de pierre des temps les plus anciens. Ces plaques ligurenl, en T'uiail |ioly- chrome, des persoiniages, des ani- maux fantastiques. Quel(|nes - uno ne porteni que des ornementations ' géométriques; mais sont pouivucs de textes aux noms des nus.
L'usage de ces plaques demeure inconnu, j'estime cependant (pi'cdles tiguraient sur les murs des lempl(^s, au même titre que li's r r-io/,) d,- marbre si fréquents dans nos églises. Elles étaient déposées en l'Inmneur du dieu pour rappeler une gm-rison. un sueeès, une heureuse intervention de la di\ initi'.
Kn m(''me temps que ces plaques, nous rencontrons fréqueminenl dans nos fouilles des pommeaux on gro»; lioutons de grès , (Muailli' jii'esque Innjnurs. couverts d'iuscii|ili(ins gra- vées au nom du même souverain. I>c quel emploi iMaient ces pommeaux' .Nous I ignmi'ns. .lai
1. XI' siècle :n . .I.-C.
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Idiijiinr'^ vu en
26 LA REVUE DE L'ART
eux, mais sans raisons péremptoires, des motifs architecturaux. Puis ce sont des oiseaux, des bètes fantastiques, des chimères ornées de diverses couleurs ; des statuettes votives qui, rencontrées au hasard des fouilles, ne peuvent encore être attribuées à tel ou tel usage.
L'émail n'était pas seulement usité dans la décoration de détail ; il revêtait parfois les briques, et toute la constructiim biillait alors d'un beau bleu d'azur, uniforme. D'autres fois aussi, ces briques, moulées spéciale- ment et gravées de textes, composaient des bas-reliefs entiers mono- chromes ou polychromes, le plus souvent figurant des personnages dont les proportions atteignent parfois la taille naturelle de l'homme.
Mais les monuments de cet art les plus curieux, sans contredit, sont les deux grands lions (fig. 3;, de grandeur réelle, du musée du Louvre. Ils ornaient le temple du dieu Chouchinak et la manière dont ils avaient été établis mérite d'être exposée.
Sur le lieu même où devaient se dresser les deux gardiens du temple, l'artiste avait construit en briques cuites, liées à l'argile, deux massifs représentant grossièrement les deux lions, puis, cette première ébauche terminée, il avait parachevé son œuvre en modelant les détails dans une couche de glaise appliquée sur le noyau. Enfin, lorsque cet ensemble fut sec, on l'enduisit d'une pâte liquide formée de verre bleu pulvérisé'.
Un four fut alors construit au-dessus de chacun des lions qui, par fusion (le la pâle vitreuse, furent émaillés sur place. On conçoit aisément quelle valeur devaient avoir aux yeux des Klamites des figures obtenues au prix de tant de soins.
Comme modelé, comme proportions, ces lions sont remarquables: leur allure féroce est saisissante. Malheureusement, ils ont perdu aujourd'hui une grande partie de leur émail ; car. malgré tout le soin que j'ai mis à les emballer, ils ont soulTert du voyage.
Les produits céramiques jouaient donc en Élam un rôle très important dans l'architecture. C'est certainement de Suse que leur emploi se répandit en Chaldée et dans l'Assyrie. Plus tard, les Achéménides en tirèrent parti dans la même ville pour l'embellissement des soubassements de leurs palais.
\. Cette pùte se composait dun verre à base de cuivre tinement porphyrisé et mélangé d'une matière agglomérante; par lïision, elle se transformait en un vernis plus ou moins épais, recouvrant toute la surface de l'objet. Ce n'est donc pas, à proprement parler, un émail. Ce procédé fut suivi jusqu'au.x temps arabes, même pour le glaçage des ustensiles d'usage courant.
LES DEUNIÈUES l-OUILI.ES DE SUSIANE 27
Aux temps élamites comme sous les Perses, les briques destinées t^i l'émail étaient laites de grès fusible et non d'argile ordinaire. Cependant, nous avons reneoutré parfois des l)riques de silicate d'alumine couvertes elles aussi d'un enduit ; mais la couverte n'adliérant pas, l'usage en fut vite abandonné.
Quant aux vases en terre émaillée, l'emploi n'en était pas fréquent dans les temps anciens. Ce n'est que sous les rois Achéménides qu'il se
F iii . 3 . — Lion k .n t k ii h e k m a i l l k e î; i •
J. -<:.).
généralisa : on peut en voir de beaux cxcniplaiit-s dans no-; «olircliuiis cl dans celles rapportées par la mission Hiculafoy. Sons les Sclcucidcs, les Parthes et les Sassanides, la terre émaillée devint la jioterie des riches c(jmme celle des pauvres, mais toujours elle demeura nionoclirome, d'un beau bleu d'azur auquel le temps a parfois ajouté de ravissantes irisations. Les Arabes s'emparèrent de cet art, U- transfornu''rent, l'agrémentèrenl de nombreuses couleurs, l'appliciuant aussi bien aux ustensiles d'usage jour- nalier qu'au décor de leurs monuments.
J'ai dit qu'en Egypte l'art de l'éMuailleur renutnie à une lré> liante antiquité, mais dans ce pays il n'acquit jamais le d<"ve|o|)pement qn il
•28 LA KEVUE DE L'AKT
;illciuiiit ru Asie. Ou réserva l'éuiail sur Ivanliu ' |i(iur les auiulettes, les statuettes nuK'raires, quelquefois pour des vases de petites dimen- si(Uis, "I Ions ces objets, deineuri's j)récieux, u'eiitrèrent pas daus l'usage r<ini-aiil .
(,)uei(|ues rares exemples nioutreut que les arciiiteetes égyptiens son- yvienl à I euq)ln\er daus la decoratiou des luonuuients. Je citerai, entre
aniri's. le revde ui di's chauibres de la pyramide à degrés de Sakkarah.
Mais daus uu |iays où le constructeui' avait à sa disposition d'aussi beaux luatériaux que le ealeaire de Touraii, le granit de Syène, la diorite et la iiréclie, la brii|ui'. et par suite i'f'uiail. devaient forcément n'être ijue d'un eiiq)loi 1res secdudaii'e.
.\ répo{[ue greei[ue, alors que lusage de l'émail était florissant dans les pays de l'OrieiU, il é'tait presque iuenuuu daus le bassiu méditerranéen. A peine connaissons-nous quehiues vases lielléiiiques appartenant à cette iiiilustrie. et eufore sout-ils, pour la plupart, d'origine asiatique ou égyp- tienne. Ce sont les l;y/.anlius qui, au contact des Perses, devaient introduire (li'linitiveuient cet art en Kurope.
Les plus grauds bronzes appartenant à la haute antiquité proviennent de Suse. (les monuments sont tous l'œuvre des Elamites. Nous connaissons, il est vrai, ipielipi^s statues ou statuettes égyptiennes en métal, mais leurs (limensinus sont Iniu d'atteindre celles dos œuvres d'art découvertes dans nos fouilles»
.le cilerai, eu première ligne, la barrière de bronze de Chilhak-in-Chou- cliinak, longue colonne cylindrique mesurant plus de quatre mètres, fondue d'un seid jet, (épaisse de deux centimètres environ. Cette coulée est extrê- mement reniai'quable ; à peine serions-nous assez lial)iles aujourd'hui pour lObtenir sans souillures, telle qu'elle se présente à nous. Parmi les statues romaines et gree(pu^s, ipu' nous admirons dans nos musées, il en est bien peu qui ne soient, à l'intérieur, hérissées des chevilles à l'aide desquelles fni-ent bouchéi>s les souillures laissées par la fonte.
\)uanl a la composition chimique de l'alliage susien. n'est-il pas inté- ressant (1 y retrouver exactement celui de notre monnaie de cuivre, mélange ipie des études scientitiques ont amené les chimistes modernes à choisir
1 . I.i's |iroci'(Je- d k-iiiaill;if;e el.)ienl jps mêmes eu Épvpte qu en Élam, m.ii-i nu applitiiiait lendiiit sur ka..|iii, (Hicli|U('fiiis même sur pierre, au lieu de faire usage d'une pàli' dr grès.
l.i:s liEHN'IKHES F<iril.l,i:s HE STSIANK -jy
comme étant le plus résistant et i|ik' les l':lamiles. pai- tiUiiniionients. avaient su découvrir.
Le bas-reliel' de l)ronze au nom de Clioutrouk-N'akliounlc lii;. '. . l'autel aux serpents, sont deux monuments de M:raiide importaiicc. non seulement par eu\-mr'iu.'s. mais aussi par 1 id.'c qu'ils permcttcnl de se faire de ce qu'était un sanctuaire snsien à ces cpoipies. Ou me pardnuuera. j'espère, d'exposer ici cette vision l'aiitaisisle.
Au tond, sur un piédestal, la statue du dieu, assis sur nu In. ne. revêtue lie plaques d'or incrustées de pierres précieuses; devant ce socle, l'anlel
I-; 11 F; os/.t: ht Lu m i iiui
(XII" S1KCI.K AV. J.-C. .
.N A Ml cil au:.
de bronze, soutenu par cinq personna{>cs debout, entouré de serpents enlacés; puis des barrières séparant l'aire réservée aux prêtres des lieux ouverts aux adorateurs. Sur les murs, une lonrrue tln'-orie fli- prêtres et do gardiens du sanctuaire fondus en bmnze ; plus haut, de j^rrands has-ndicfs faits de Ijiiques emailliTs d uii ideu ci-lcsle, couxcrls d'inscriplioiis à la I()uan<ie des dieux et des rois ; puis des e.r-i-olo pendus çà el là, des armes, trophées de victoires, des tissus précieux jetés à terre sur le dalla^je de briques, des vases d'or, d'argent, pour les libations, les insirumenis du culte, les cratères contenant l'eau sacrée, des lampes rehauss<'es de mi'taux étincelants, point de fenêtres, mais un juur discret pr-nélranl par les portes, une demi-obscuriti' fii'êtaut à la rêvcrir. inspinint une rraini'' mvsliqm-.
30 LA REVUE DE L'ART
Certes, il faut l'aire eiïort d'imagination pour donner à tous ces objets, ([ue nous ne connaissons qu'isolés, la place qui leur revenait dans le sanc- tuaire élamite ; mais ne savons-nous pas (juelle était l'ordonnance des temples grecs, romains, indiens, et ne sommes-nous pas en droit d'attri- buer aux hommes de. tous les âges les mêmes sentiments superstitieux, les mêmes manifestations dans la dévotion, dans le désir de plaire à la divinité ; aux prêtres de toutes les religions, le besoin de frapper, par un savant arrangement des temples, l'imagination des fidèles?
La ruine de Suse a été si complètement parachevée au temps d'Assour- banipal', que jamais nous n'avons rencontré de vestiges suffisants pour rétablir le plan d'un édifice important. Malgré des relevés très soigneu- sement faits, nous nous trouvons toujours en présence de chambres rectan- gulaires plus ou moins spacieuses, plus ou moins nombreuses, mais sans relation entre elles permettant d'assigner à chacune son attribution.
( :ela tient à ce que presque toutes les constructions élamites étaient faites de terre crue, revêtues seulement de briques cuites et que l'ensemble du monument reposait sur une vaste surface dallée, s'étendant aussi bien sous les murs que dans les salles. Il n'existait pas de fondations et. la muraille détruite, aucune trace n'est demeurée signalant son empla- cement.
Les nombreux textes des rois susiens que nous possédons parlent de constructions pieuses, mais jamais d'édification de palais, tandis qu'en Chaldée les grands se font honneur d'avoir bâti leur demeure. Cette différence frappante entre les mentalités des deux peuples tient à ce qu'ils appartenaient à des races différentes et que la piété était peut-être plus grande chez les Touraniens que chez les Sémites.
Le temple n'était pas seulement la maison des dieux : il renfermait aussi les bureaux, les archives, les magasins nationaux, les réserves ilarnies, de vivres, atin que la cité fût à même de parer à toutes les éven- tualités. Le roi lui-même demeurait probablement aussi dans les annexes du temple, et ce fait expliquerait qu'il ne soit jamais fait mention de ses l'ialais.
.\ssourbanipal, cependant, nous annonce avec emphase qu'il s'est
1. .■ La poussière de lit ville de Chouchan, de la ville de Halteuiach et le reste de leurs villes, j'ai tout emporté au pays d'.Vssour >. '.^ssourbanipal, texte de N'inive:.
32 LA REVUE DE LAKT
reposé dans la doiiK'ure des rois d'Klani', mais rien ne prouve que ce palais ne faisait pas partie du temple.
Ce ne sont là que des hypothèses ; les statues des rois, les trophées, les chars, ne pouvaient trouver place dans le sanctuaire ; on leur réser- vait d'autres appartements, de véritables magasins.
Le roi ninivite, dans le sac de la ville, fit main basse sur tous les métaux précieux qu'il trouva dans les temples et dans les logements royaux : mais le bronze était, à Suse, en telle quantité, qu'il ne put tout l'emporter. C'est ainsi que les colonnes, le bas-relief, l'autel et la belle statue de la reine Napir-.\sou- fig. .")) sont parvenus jusqu'à nous. C'est évidemment à regret que les soldats d'Assour abandonnèrent les monuments trop lourds pour leurs b(''tes de somme ; ils les brisèrent à coups de masse, en déta- chèrent le plus possible de fragments transportables. C'est ainsi que le bas-relief et l'autel ont été brisés, et qu'ils portent encore les traces des coups dont ils ont été frappés, (jue la statue de Xapir-Asou fut mutilée, qu'on en détacha la tète et une épaule.
(;e vandalisme, si je puis me permettre cet anachronisme, est vrai- ment regrettable, car cette statue est une des plus belles œuvres de l'Elam. ."^on port est grand et gracieux, son costume élégant et soigné. On dirait, à voir cette reine dans sa robe de plissé-soleil, une grande dame de nos jours se tenant à l'entrée de son salon pour recevoir ses invités.
Peut-être l'elfet serait-il moins heureux si la statue était entière: car l'usage était alors de faire la tète trop forte par rapport aux dimensions du corps. Notre statue gagnerait en valeur documentaire à être complète, mais certainement Napir-Asou y perdrait en élégance.
Par la manière dont elle a été fondue, cette statue rappelle la facture des grands lions émaillés. En elïet, l'artiste construisit d'abord un noyau en assemblant des pièces grossières au moyen d'épais cercles de bronze, de chevilles, puis, sur ce noyau, fut fondue à cire perdue l'enveloppe modelant tous les détails, en sorte que le monument est massif et. tel qu'il est parvenu jusqu'à nous, pèse encore deux mille kilogrammes.
Ce procédé de fabrication est étrange. *)n se demande, eu effet,
1. «Je suis .-iilrc dans ses palais et m v suis reposé aver orgueil » Assourbanipal. texte de .Ninive .
2. Feiiitne du roi Ountach-<ial. w siècle av. .J.-C.
LP:S dernières fouilles de SCSIANE 3;{
comment il nest pas venu à l'idée du fondeur de faire en terre le noyau central. Toutes les statues et statuettes inétalli(iues de IKlani sont mas- sives, aussi bien celles dor (fig. 1) et dargent que celles de bronze, aussi bien les plus grandes que les moindres. C'était un usage constant que nous ne saurions expliquer .>u l'atlrihiiant à l'inhabileté de l'artiste, puisque le même ouvrier savait i'ondre sans souillures des colonnes creuses et minces de quatre mètres et plus de longueur.
. b — 5l 1. l'IlO. VIHlt K\ > I K.\ I O^CII 1 I I
1 > Il .N É 11 ' t N E T K I E l)t LION EN OH, .^ N T É m E C II AU X 1 1 • SIECLE AV. J . - C .
•couvert dans Ic^ roiii(alioii« tlu Iniipli- ilr LhoucliîiiaLi
Je n'ai pas parlé de la bijouterie, car il est bien dil'llicile de savoir si les bijoux que nous possédons sont l'œuvre d'artistes susiens ou le produit d'une importation. Quoi qu'il en .soit, ils sont d un grand intérêt, car ils dénotent, dès le x'= ou même le xv'' siècle au moins avant notre ère, uiu^ connais- sance approfondie du travail liligrané, à tel point <\w. sortant moi-même de terre ces bagues élé- gantes, je me demandais si je n'étais pas victiiue d'une mystification et si ces bijoux n'étaient pas grecs ou étrusques. Mais il ne pouvait y avoir aucun doute sur leur an- tiquité, car ils faisaient partie des oft'randes de fondation du Irnqjlc élaïuilc de Clioiicliiuak.
L'habileté des joailliers asiatiques dans le travail des métaux et des pierres dures ne doit surprendre d'ailleurs en aucune manière. N'ai-je pas moi-même découvert, k Dahchour, des trésors de la Xlb' dynastie, c'est-à-dire du xxv' siècle environ avant notre ère, dont bien des bijoux ne pouraieiit être copiés de nos jours '/
Pour mieux étudier ces menus objets de juix. il nous faudrait connaître le lieu où jadis les Klamites portaient leurs moits. .le lai l(Uigtem|)s cherche, mais ne l'ai pas découvert, et cependant il ne doit pas être éloigne de la capitale, car Assourbauipal ' lui-même se vante d'avoir profané les osse-
1. « Les mausolées de leurs i-ois. les anciens et les nùuveaii.\, qui n avaient pas craint Assonr et Istar mes scifrneurs, et qui étaient opposés au.\ rois mes pères, je les ai renverses, je les ui iJclniits, je les ai brftiés au soleil. J'ai emmené leurs o>s.inenls au pays .l'Assour. j'ai laisse leurs niàni'i» sans refuge i> ;.\9sourl)anipal, texte de Ninive .
LA HEVUE DE l'aHT. — XXV, '
:$', LA HEVUB DE LA HT
monts des roisd'Hlam. Cette découverte serait de la plus haute importance, elle permettrait de dater une foule d'objets auxquels nous ne pouvons encore assioner un âge et de suivre pas à pas le progrès dans les paj's susiens.
Mallifureusement, ces recherches sont rendues en ce moment bien dilliciles par l'état troublé du pays, les tribus sont perpétuellement en guerre les unes contre les autres, des brigands et des pillards tiennent la campagne, et dès (pi'on s'éloigne de la zone des feux du château de Suse, il faut se faire accompagner jjar une véritaiile expédition militaire.
L'exposé que je viens de donner de l'histoire de l'art en Klam n'est ibrcément pas complet. Il résulte de nos recherches depuis onze ans, mais l'avenir a|)portera bien des éclaircissements nouveaux, bien des détails utiles. I/ensendde demeurera cependant, je pense, car il est basé sur un nombre considérable de faits et d'observations.
.Vinsi l'Élam n'a joué qu'un rôle secondaire dans les origines de l'art asiatique; c'est à lu Chaldée qu'il faut reporter l'honneur d'avoir, la pre- mière, créé la grande sculpture, d'avoir su renfermer dans une stèle tout le récit d'une guerre, d'un état politique, d'une conception religieuse. Suse a fait progresser les arts industriels, en a même créé quelques-uns, mais n'a jamais atteint l'ampleur de conception, la perfection d'exécution des artistes chaldcens de l'emptire.
.1. DL MoK(;an
LF
PSEIDO-W MlKAl m: LA CdLLKCTKlN LAMlKLLK
CE tableau, autour duquel il :*'osl fait tant de bruit, a passi- . eu 1855. à la troisième veute (Camille lioiiuepiau . <iius le uoiii d'Antoine Watteau : Tcli- rie K-ieillard m" IIS i.\\\ ealaldj.'-nc . Il lut alors [)ayé ISn fraues par Charles Kaiulelle (|ui, pn-oeeupi- de la seule passion d'art, se contenta dr uuMtre en belle plaoe cette aMivn- infiniment intéressante pour lui et ne simpiieta jamais de savoir df qui elle était. Landolle était un artiste et non pas un amateur : il n'avait aucun snobisme. Bien des «^ens. depuis, ont discuté l'attribution de cette toile, mais \\'atteau a presque toujours été mis hors de cause: m dernier lieu, l'expert chargé de la vente Landelle a pourtant reconnu (pic ce « portrait » était digue du plus grand maître du xviir siècle. (|u'il nivelait un « atavisme tlaniand » et l'influence de \'au Dvcki?).
Examinons l'aspect du personnage : le costume ne diniin- presque aucune indication; ce col de chemise flottante sur ci' vi'-tenn-nt noir n'est pas d'une époque précise et appartient, depuis la Keuaissance. à tnns les temps. La physionomie ne nous tirerait point d'embarras, n'était la barbi- qui, rare dans les personnages du xvii" et du xviii"' siècle, pourrait être uu argument en faveur d'une attribution assiv moderne.
Reste la facture, large et franche, légère et désinvcdte. qui rappelle certaines ébauches de Rubens, de Watteau lui-un''me. île licpolo. de Fragonard (Van Dyck est à dessein oublié dans celle liste de peintres pri- mesautiers), de tous ceux qui ont su. en (pielquês heures, souvent en une seule séance, fixer une impression avec cette merveilleuse dextérité. Voyez le ton de cette chair sous laciuelle on sent la l'eruie oss:ilure. et i-xaminez
36 LA REVUr-: DE L'ART
la façun dont la barbe est traitée, d'une seule venue de lave ambrée, — on dirait presque la fluidité d'une aquarelle. La couleur est si juste qu'il faut tout de suite écarter le nom de Rubens; le fond noir, qui n'a pas été brosse après coup, oblige à décliner la paternité de Tiepolo : l'horizon d'un Vénitien, c'est le ciel ou la mer. Watteau et Fragonard seuls sont donc en présence pour le moment. Mais si le peintre des Fêtes galantes a pu construire des yeux et un nez avec cette maestria, aurait-il eu cette défaillance dans le dessin du côté de l'ombre, le long de la joue indiquée maladroitement? S'il est possible de reconnaître Fragonard dans ce léger défaut, il est certain que ce coloriste n'a jamais suivi les traits d'un visage avec autant de précision. Il faut donc penser à un autre artiste, plus proche de nous, romantique autant que semble l'être le modèle. Or, dans les trente premières années du xix'" siècle, n'y a-t-il pas un peintre prestigieux, qui s'est essayé avec grand succès dans tous les genres, un .Anglais très francisé, Richard Parkes Bonington ? Delacroix, son intime ami, exalte <> l'admirable talent » de ve jicintre. » J'ai eu, dit-il, quelque temps Bonington dans mon atelier... Il y a terriblement à gagner dans la société de ce luron-là (31 janvier 182G- ». Delacroix écrit en 1861 à Thoré : « Personne dans cette école moderne, et peut-être avant lui. n'a possédé cette légèreté dans l'exécution, qui, particulièrement dans l'aquarelle, fait de ses ouvrages des espèces de diamants dont l'œil est flatté et ravi ". Né en 1801, Bonington meurt en 1828. Jamais courte carrière ne fut nneux remplie. Entre les œuvres que possède le Louvre et celles qui sont à Manchester House (collection Richard AN'allace), on aurait ample matière pour étudier la technique de Bonington, et vérifier l'hypothèse que nous proposons, hypothèse fondée sur l'aspect et le caractère du vieillard, sur la l'acluie de cette esquisse, et enlin sur le témoignage de Delacroix, qui permet de compter le jeune Anglais au ncuubre des artistes capables d avoir exécuté ce morceau, bien près d'être un chef-d'œuvre. A défaut d'un nom, d'un siècle et même d'une école, c'est dans la catégorie des belles choses que devra se classer ce portrait d'homme âgé, et il faut en revenir aux paroles de Landelle : « C'est une superbe toile et cela suffît; elle servira de leçon aux artistes ».
Casimir STRYIENSKI
POIITRAIT II IIOMMK Collpclion Charli-' UiiHHIo.
LES MAITRES DE PETI'l'OT
LKS TOUTIX
(ilil'KVK KS. CHAVEUKS K T l'KINTHKS SI 1! i: M A | I.
Kaiis une (•(ii-riiTc ili' plus il'iiii (Iciiii-sirrlc lu [Hiiiiuc-liiiii (11111 iiilisli' ciiiiinii' lli'iuv Tniitiii iliil rire coiisidr'raiili', Sdii hapigc se réduit ccpcii- ilaiil a iiMc di/aiiH' di' pirccs dissiMiiiiiéfs dans los iiiiiM'rs di' Lniidri's. de \iciiiic, d'Aïusti-rdaiii l't de < .ciicvc. Le plus liahilr des (■iiiaillistes IVaiirais du wir sircic. apri'S l'clitot. n'est rt'prosciitr daus aucun (le nos niuséi's, i-t, nous le croyons du moins, dans aucune de nos collections parlicu- liôrcs.
V.w icvantdie les quelques œuvres (|uc nous avons pu [-(^trouver à l'idrauLTcr sont assez <aiac- téristiques pour iu>ns pcrnicllic de suivre pas à pas les étapes de sa caiTièic. A scsdéliuts, en l(!.'t.'> ou 1636, il talonne encore, sinon pour les couleurs, dont son i»ere lui a certainement transmis tous les secrets, du moins dans la manière de les appliquer et de manier les pinceaux-. Tcuil en ct>utinuaiit à peindre dans
1. Su.-oud et dei'uiei- articir. Voir lit Iteiiir. I. X.XIV. |i. l.iG.
■2. Les éiuaillistes employéieiil (l'.iburd cmiinie lund iiu email plus dur a la lUIss..ii chic leurs couleurs. Au feu, les couleurs seules se vilriliaut et se fondant entre elles, sans .s'incorporera leumil. laissèrent subsister les coups de pinceau, le poinlillé, et presque le relief des touches. Plus lard, les peintres prirent un émail plus fusible, et leurs couleurs, fondant au même degré (lue lui. sy incorporèrent complètement. C'est ce qui dunnc nu aspect si harmonieux et si fondu à leurs n-uvres. .Nous croyons que cette remarque, si elle peut se jjénéraliser, aiderait au cla'isemenl provisoire «le certaines pièces.
l-'i(.. 1.
AiiiiKin-; A lli;Mi\ Tol;iin.
l'ouTiiMi (11: Fiik(ik(;ic-IIe.\(i(,
1'(u.m;.k o'Ohangk (vkks tlH.'i).
Aiiis((irclain, Rijksiïiuscum.
LA REVUE DE L'ART
le goût des artistes blésuis, et peut-être de Jean \" Toutin, avec des traits arrêtés et des teintes presque plates, il s'attaque résolument au portrait eu niiuialure.
Quelle distance entre le petit médaillon de Diane et Actéoii, du British Muséum, daté et signé : If en ri/ Toutin, /«'• orpheiire à Paris, fecit 1636, et le porirail de Cliailcs 1" (lig- -U t^u Hijksmuseurn à Amsterdam, signé
au dos : Henry Toutin, orpheure à Paris, a fait cecy lan 1636^ ! Qu'il est intéressant, ce premier portrait sur émail à date certaine ! Comme la ligure et le pourpoint blanc, par- semé de tleurs, se détachent agréa- lilement sur le fond bleu cobalt ([ui semble le secret des Toutin 1 Seule la chevelure, trop sommaire- ment traitée, et le pointillé minu- lieux, un peu gros, révèlent encore nue certaine inexpérience. Entre ces deux œuvres, datées de la même année, il y a tout un monde. L'une est de l'art de la veille, l'antre an- nonce l'art nouveau.
On comprend que la mode se soit emparée de cet art charmant qui allait tixer en couleurs ineffa- (;ables et lumineuses les traits fugi- tifs de la beauté. En quelques années, la réputation d'Henry Toutin fut assez bien établie pour que la cour lui contiàt des commandes importantes : « Après la mort du feu roi Louis XIll, écrit Félibien, il lit pour la reine régente une boîte de montre d'or émaillée de figures blanches, sur un fond noir, beaucoup plus belle que tout ce que l'on voit sur le cuivre, qui n'est pas capable de souffrir
1. Nous remercions bien sincèrement M. C. H. F. van Riemsdyk, directeur du Rijksmuseum, qui nous a procuré la reproduction de ce portrait, et a bien voulu l'accompagner de précieux ren- seignements. De son côté, M. Pit, directeur du Musée néerlandais, nous a très obligeamment envoyé les clichés de la belle montre fine imus donnons plus loin.
l'i'iniiur iiE (;i].\Ki,i Amsli-
1", B(Jl ir,\M.LETEllKE {1630 ;iTl., Ui|ks„,U5CUll,
1-ES TOUTIN ,,,
le feu comme le fait In,' „. Nous ignorons le sort de ce bijou, .I.hiI la technique sembla nippdrr les .crisaillcs des émailleurs limousins, mais le Trésor impérial dr \ i.'iiiic conserve les portraits <r.|/,,7c ilWulrirhr cl Ao Louis XIV lig. :;. ,,ni. d aprcs lào-,. ,|„ j,,,,,,,, ,,„|,,,„ „,, ,„,„,.,.„( ^,„'.,,, se reculer plus loin -pic \i\V.\. oii y n-lnnivc Irs .lunlités et les défauts du portrait de Cliai'Ies i'
L'intérêt do c,'s miniatures pâlit devant le cli,>r-d'.euvre <hi Musée
Fir-.. .■(.
HkM1\ ÏIILTI.N. — Loris XIV ET ANXF. 1. a l Tlllllll VKIIS ItH.'Il
ViiMllIf. 'WmH- il.l|li'-li.ll
ui'ei'laiiilais. une ninulre exi'cutée à l'dccasinu iln inaria^'e de ('>in'!lauuie II d'irauLic avec Marie d'Angleterre, en Id'il. et siguee ileu\ l'ois : llnirii Tûulin. Ili'ii. Tiuiliii. Le boitier représente, sur une de ses l'aees, Neptune comluisaut le jeune couple vers le rivage où l'attendent cin([ feunnes personnifiant les Provinces l'iiies. Elles tiennent les armoiries de Ibdiainle, Zélande, Utrecht et (ineidre. Sur l'autre face, un coujde regarde nue déesse dans les nues, traînée sur son char par des léopards. .\ l'inlérii-iu', l'ariisle a figuré, d'un côté, un mariage dans un lemple. de I autre Mars et \'emis 1. Félibien, l'rincipes d'<irclntei-liiii\ i>lr., y. l.'U.
LA BETOB DK L'aRT. — XXV. ''
LA REVUE DE L'ART
au milieu cl'uu champ de bataille délaissé. Sur le cadrau, des amours couvrent de fleurs un groupe de deux amants Le mouvement est signé : Aiiloinc Mci:.iiri('i\ Paris dio-. /, et Ul
Ou peut rapprocher de cette pièce historique la belle montre du Rritish Muséum, représentant VEnlrvemcnl des Satines et un Combat naval indéterminé (fig. H). Le mouvement porte le nom de Paul Viet, horloger à Blois, mais Toutiu n'a pas sig-né. Il s'est contenté d'indiquer la source de son inspiration : llisl. d'Apian '.
Plus médiocre, le portrait de femme du même musée, provenant de la collection Franks et signé : Henry Toiitin fecit 1(J51. Mais le Prince Frédéric- Henri, du Rijks- uuiseum lig. Il, est une œuvre supérieure. L'artiste est entin maître de son pinceau. Entre cette superbe et grave figure de guerrier et les meilleures compositions de Pctitdt, il n'y a qu'un pas. Henry Toutin va le franchir dans sa reproduction du célèbre tableau de la Tente de Darius (fig. 7).
L'émail est de f(:i7f : le peintre atteint l'apogée de son talent. Il s'est livré à ce tour de force incomparable de faire tenir sur une plaque d'or de quelques pouces toute la toile de Charles Lebrun. Mais, voulait doubler la dilTiculté, il a porté son (Muail à des ilimensious jusqu'alors inusitées. C'est admirable de fini et de rendu, c'est une merveille, c'est un bijou. C'est presque trop bien, et devant ce chef-d'(euvre de grand art vu par le petit bout de la lorgnette , on regrette la montre de (Uiillaume II . avec ses inexpé- riences savoureuses.
L'admiration des contemporains n'a pas manqué à ce morceau d'émail qui a dû coûter à son auteur des mois et peut-être des années de
Fii^. 4. — Hr.vhv Toi un.
.\lii\niF. riF, (ji [MAI MK II i>(IkaN(;e
ET iiK Mahie iiWmii.etehhe (I64Ii.
Aliisli-nlani, Miisi'c li.'iTlaildais.
en même temps, comme s'il
\. Ancienne collection Octavius Morgan. CLTIie Arclieolugical Jniiinul... o/ f/ie Arctteotof/ical hisliliile ofGi-eal lintain and Iiekind, vol. XIX. London, 1862, p. 293.
l.KS TOUTIX 43
travail. Jean Rou a décorr le tableau de son oncle de ce disti(|iii' llattinir :
I. Rou.
Errai, Alexaiuler. vivum qui te ne^al: en ter Tiisperas. ipso. Bruni. oenio((iR' Tutini.
Félibien renchérit encore : « Outn' i|iril ,i si hini i<\t les airs de teste et toutes les belles expressions qui sont dans l'ori- ginal qu'on ne peut rien désirer davantage, c'est qu'il y a un si beau poliment et un si beau lusln^ dans tout son ouvrage qu'il est bien difficile de mettre l'émail à une plus haute expression ' ».
Les critiques modernes ont été plus loin, et au musée Halli. à Genève, où le chef-d'œuvre de 'l'ou- tin est conservé -, ils ont refusé de lui donner un autre auteur (jur Petitot, ignorant la signature in- scrite au dos de la plaque : C. Le- brun In. H. Touiin fec. 1671^.
Voilà tout ce qui nous est resté de l'œuvre d'Henry Tout in. Mais ou se tromperait si on voyait eu lui uniquement le peintre sur émail, le miniaturiste. C'était avani tout un orfèvre qui faisait appel au pinceau pdui' ddiintM- plus ih' perfection à ses ouvrages d'or et d'argent. Que de choses charmantes (iuien
1. c était peuti'tre uni- loniiiiiiiule ruyale. I-miis .\IV alli'Olii.imnit parliciilicn-mciil ir liilil.'iiii qu'il lit reproduire en miniature par la demoiselle Cliasteau. pour 700 livres (Comptes des bàliinenls. 7 avril 1680 . Le musée de Berlin conserve aussi une Tente de Daiiii-:, sicnec des friirc? Iluaud cl datée de Berlin. 1*00.
2. Légué par .M— Caze. n" 572 du citalogue. .Nous remercions M. Caud-Bovy d'avoir bien voulu nous en faire adresser une excellente reproduction.
^. Les frères Haag, dans la France protestante, et tout récemment le dernier liistoriotrrnplic de Petitot, M. Strœhlin tOOo), dcmnenl In Irnlr ,1e Ihirinx au célélw porlr.iiti^le.
!'l,.. :,. — llKMO Tnl
I 1 1 N r H K lit (J I 1 L L .\ l M E II 1>
KT 11 F. .M A H I K n'Axe. I.KTKIl Ht
.\iii>l.'r.l.iiii. Mu..' VHoikIoi'
si sortir de si
aleher.
44 LA REVUE DE L'ART
luallit'ureusemenl coiulaiiiiiées, si le temps les a épargnées, à rester à jamais anonymes! \(iyez, dans son portrait de Charles P' , avec quel soin il a traité la bordnre d'émail ! Chaque petit segment s'agrémente de llenrettes sur fond blanc; le mince rebord lui-même a reçu un décor de petites scènes champêtres, un pont, un cheval au galop. El pour ses portraits d'Anne d'Autriche et de Louis XI\', quel étui délicat il a su coin]K>ser avec les ileurs les plus lirillantes de son temps, tulipes, œillets,
— IIe\1;\ l'dllIN. — Mcj.Nllit t.MAlLLtE.
Loudics, Briliili Muscuin.
iris, toutes les variétés (j'anémones lig. 8; 1 En vérité, ces artisans d'autre- i'ois étaient des artistes complets. Le métier et l'art se donnaient la nuiin dans leurs moindres œuvres.
Ili'iiry Touliii iivail un l'im' cadet, (pii se livra coinim' lui a la pein- ture sur émail.
Jean II Toutin. né le t'i novembre itjiy, a Chàteaudun, épousa, vers 1637, ï?ara Graviller, ou Cavillier, et en eut une fille qui fut présentée au temple de Charenton, par Isabelle Toutin, mère de Jean Rou, sa tante, et par l'ierre Charlier, avocat an Parlement, frère d'un ori'èvre-émaillistc
LES TOUTIN 45
de Blois (29 février l6o8 '.Il était, semble-t-il, encore vivant, au moment du mariage de son lils Henri, orfèvre et graveur, avec Marie Feret (novembre 1660) -.
Sa carrière, cependant , dut être assez courte, ou s'écoula eu grande partie hors de France, car sou neveu, Jean Hou, ne semble pas l'avoir connu. Peut-être même ne travailla-t-il ([ue fort peu à son ioiu]iti', <■[
llKXllY Toi TIN. — l-A IeNTK 1> K UAhU> Km I .
Dapii-s ChiirU- l.ol.iun, C-uiv. mu-.-.. lUHi.
resta-t-il le collaborateur anonyme de son père ou d.- sou frère, iji tout cas, sa signature ne figure (pu; sur deux boîtiers de moiilre. Encore, ees pièces rarissimes ont-elles étéjusqu'à ce jour attribuées :i Jean I" 'l'outni. Cependant le talent de Jean 11 n'est pas loin d'égaler celui de so„ aine ! Quel charme et quel éclat dans ces deux boîtiers! L'un, an UnMi
1. Mémoires de Jou.i Kou. t. Il, p. 3". I/cnfant UM.urut le 2'.) uovcnbre IGH ,Nof de Ch, Ue.d. Bull. Société hist. Un prûteslunlisme français, t. XUI, p. 227).
2.. Note manuscrite de Ch. Read, nihl. .le ri.ist. du i,rotesta,.lwme fran.an.
4(;
LA REVUE DE IvART
Miiseuiii, (l('i()rt' sur Imites ses faces, el même à l'intérieur, de scènes myth()l()gii|iu's, rcpi'i-sente des Nymphes au bain, dans le goût de Poelen- hurg li.!4. '.ti. l/autre, dans la collection Paul Garnier, plus petit, mais d'un travail piMil-i'Irc supérieur, est orné de nus antiques tout aussi savoureux. ji.uis rc> deux pirrcs ad luiraliics. i l'clat des couleurs surpasse tout Vf t\\\y liiii pciil inianiiHT. l'Iiis de làtonnenients, coniuie dans les premières
œuvriîs d'Henry Toutin. Le dessin est l'ermc, arrêté, la composition fondue dans une liarmonie exquise. Nous ne •riiyonspas nous tromper en rei'ulant .jusque vers liillO des morceaux d'un art aussi avancé '.
.\v(M- un tel savoir-faiie, il n est pas iMiinnant (pie Jean il ait clierché à >e |ii<)diiire à l'étranger. C'était le nionienl nii Cliristine de Suède, initiée .iiix idées j'i-ançaises. appelait auprès d elle loiile une jtléiade de peintres, de sculpteurs, de savants. Le <■ bon- homme » Toutin venait de mourir. Aussitôt son modeste héritage par- tagi', c'est-à-dire vers i64.'j, Jean II """" empacpieta les planches et les outils de graveur paternels -, et prit la route de Stockholm " pour être peintre en Malheureusement ce vovage n a laissé aucune
émail de la reine Christine »
1. La moaliv ilii Hritisli Muséum provient de la ,;,,llectiou Octavius .Mortiau. Ku Kl preseulant à iArrlieoliji.ik-ul Insl.hil,-. vu l.StiU, suri pcissessetir 1 allrihuait il Jean, .. Irere .. dHenrv Toutin loc. cit.. p. :>;)7..
■2. Il .'st lurt pu>silil,; i|uc .Iran II Tounu ,iil elê f;r,i\rui- i-oninic son père et comme son frère. Niais nous ne savuas si l,,n peut lui altrilmer .piatre planclies d architecture représentant lëglise Saint-Ouen a liouen, postérieures à l(i35, et signées Jfo« loKlhi. Eu voici les titres : Plan géométral de l'église de Saint-Ouen. /. Toulain fec, in-fol,;-Plan de l'abbaye royale de Saint-Ouen de Rouen, /, ï'o«/a!«/-ec,, in-lol.;- Jubé de léglise de Saint-Ouen... réparé en 16.w, Jean Tuutain fec, in-fol. : - Perspective du dedans de l'église de Saint-Ouen de Rouen. H. David fec et I Toutain delin. — Bibl. nat.. Est., supp. non relié. Il se pourrait que ce graveur fût de Rouen et descendit des anciens orfèvres ilu xvr siecir.
.i. .\lrw„nes dr .Ic.iu Kmi, , I. Il, p. m:;.
I,KS TrtUTIX ',7
trace dans les arcliives du royaume ', et nous serions tenté d'en douter, si les souvenirs de Jean Rou n'étaient aussi précis, et si nous n'avions d'autre pari la preuve ([U(> le nom de Toutiii avait laissé de bons souve- nirs à la (OUI-. ri'ut-(''lri' les (iOO ('cus de [itMision attaclK's à l'ctuplui piii-ureiil-ils iiisulli^.uils à .icau 11. pcul-i'ln' tr(invii-l-il Ir cliiu.il Imp iïiclii'ux. l'imjdurs i"^l-il ipi'.i la lin de jti'iii la cliariiv clail vacanli'. cl (|uc le urand cluuici'lin- du rovauuH'. ilahricl di' la (lardic. dr iiassa^ic à
Taris. ( lidisissuil pnur la remplir l'irri-c Sii-imc. prcdial.lrnniil un .dcvi
nilin
1. l.e.u|.i.'.telr.-sminullei,se(loM.l.iMlvif. L,.ustr..iu. rol.lin.-.iiil .lir.vleiir .lu N.-.h,.nil .Mu.-.mi. (le Stockholm, na relevr son nom nulle part. .Ni M. Sjocb.Tf:. qui a public une reuinr<|ua|.l.- .lu.lr M.r sou émule l'ierie Si-,'nac. ni le baron C. Biblt. léru.lit historien ,1e Christine ,1e Suè.le. u ..ul ren.-ulrc .lean 11 Tonlin rlans leurs recherches. .
2 .. S.ui E^ccUonc,^ Monsei-neur le cotite Mas-'uns fi. ,1e la r.anlie; uu- ht Ihonueur .le me rl„.i.ir à Paris pour peintre en émail ,1e Sa Majesté la Heine Christine lan UUB. estant arr.vé a sto.kholn. I.-, veille de .No.H. Quel,|ue temps après. Sa Majesté eut la bonté de u. a.c.rder .-...O escus .le pension par an, et tous mes p.,rlraits payez a part .. .Hemo.Ve ,/,- ce .,,'•• '" '•'"■"'■ '''"■'-'""■ ""• ''«" ■ ^om- muniqué par M. Loostnlm:.
48 LA REVUE DE L'ART
Lp disciple, disons-le à son honneur, n'oublia pas ses premiers maîtres, et l'on trouve, dans le Mémoire de ses fournitures à la reine, mention d'une soninie de 'lOO rixdales jxuir un grand miroir en ei'istal de roche ([u'il av. lit t'ait venir de l'aiis. Le cadi-e en or l'iait oriii' du ('ouronnciiienl (le la Heine, par M. 'j'oulin l'aîné '.
Nous aurions ainu'^ à grouper à la fin de cette monographie les élèves présunu'>s des Toutin : Pierre Signac, Hance, du (luernier, et ces émail- listes de lildis, dont l''idi!)ieu nous a donné les noms : (Iribelin, Chartier, Morliéri'. \'au(pi('r. Mais si, jinur la plupart d'entre eux, notre enquête est sulllsiinuneni avaniM-e. il nous inamiue eneore trop de renseignements pour |inuv(iir pn^scntcr nu taiilcnu d'ensemble de l^'culc fi-aïK-aise de peinture siii- ('inail ;iii \\ ii" siècle.
Notre iiul, d'ailleiiis, n'est-il jias alteiiil ' Nous avons \(iulu (dm ider les déduits du noii\cl art et mettre en biinière cette eiiriense dynasti(> d'ortevres diiiiois donl on ne savait jiisi|u';'i ce jour que b^s noms. La carrière de .leaii I ' roiiliii, dllenrv et de Jean II, est désormais connue dans ses grandes lignes. Des découvertes post(''rieures viendr<mt, nous l'espérons, complèder cette première esquisse et ajouter à notre ébauche les touches qui lui nuinqnent.
Notre travail aura du nH)iiis servi à montrer ipie l'on aurait tort de circonscrire les recherches à CliAteaudun. La peinture sur émail a pris naissance dans la capitale du Dunois, mais c'est à Paris seulement qu'elle s'est développée. En lii.li;. lorsijue Henry Toutin peint son portrait de Charles L'', le mouvement de centralisation, qui atteindra son apogée sous Louis Xn', est déjà assez avancé pour obliger les artistes à se rap- procher (le la c(uir. l^a clientèle élégante, qui va porter aux nues l'art char- mant et fragile des Toutin, fréquentait plus volontiers les galeries du Louvre que les rues montueuses de ChAteaudun. Encore quelques années, et les orfèvres de jirovince n'auront plus besoin de se mettre en frais, tueurs lourils bijoux dargent et leurs minces croix d'or seront assez bons pour la comtesse d'Escarbagnas et M. de I^ourceaugnac.
Henri CLOUZOT
1. Mémoire cité.
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ANÏOINK WATTHAl
PKI N 1' i( !■; Il A H A H e s o n f. ^
Al HHw est h(iiiini(> à raiiu'iicr Walteau au priii(i|M' d'iin iiicillciir l'iicIniîrR'inciil de ces caprices, ol . sans doiilc. il ^'v attaciic Audrau rcicvc encore de la Iraditidii ancienne |i(iiir la leclierchc de I ain|deiii(ies idïelsel de la puiidéralion di's li<>:iu's. mais il se distingue aussi pai- le sens d iiiic l'xéeutioii vive et précieuse, il passe pour avoir utilisé siiitdiil le pinceau du \alencieiiuois [)ar la peinture des liM;ii- rines, traiti'cs (|na>i ininiaturalenieiit, avec des tons Irais cl de lins accents carminés. Xoiis ne faisons nulle dilliculté de croire <pn' W alteau a eu. tecli- niquemenl, beaucoup à gagner à son contact. C'est le moment on lui i-sl ouverte, au Luxembourg, la galerie des Rubens de Marie de Mé'dicis. cl I lieure a|ipidelie où il se sentira de force à tenter la fortune en Iravaillaiil pour son propre compte. Hien que nous n'ayons aucune référence pouré-layer nos présomptions sur l'ceuvre décorative du grand maître de la lîégencr, I. SecoïKl arUcIc. V,,ir l.i H,-na-. I. .WIV. p. i:U.
LA REVUE DE LAKT. — .\.\V. '
50 LA REVUE DE L'ART
rc|)rt''si'iitt'' pour nous par d'illégales et l'roides estampes et par de trop rares iiiorceaiix peints, nous ne jugeons pas téméraire d'attribuer à l'ornemaniste du Luxembourg une part des progrès de Watteau. Après tout, certaines qualités nous frappent en des compositions de lui, où il entre tout autre chose que rinlhience de (UUot et que l'inspiration particulière à l'auteur lui-iiH'me. Pourquoi donc cet Audraii, esprit très sage, artiste très rafliné, auprès du([uel \\'atteau a travaillé un temps assez long, n'aurait-il pas été le modérateur qui agit, non par la nouveauté de ses vues, mais par les réllexioiis qu'il suggère et le désir du mieux qu'il provoque y Les quatre panneaux eu couleur dont Watteau a doté, plus tard, l'hôtel de Chauvelin, hi Frie ùt/c/ii(/itc. la BdlancL-usc, la l'artie de chasse et le May, se prévalent d'un style bien coordonné, où tout se simplilie et s'épure, même le goût de la rocaille'. J'imagine que le passage dans l'atelier du Luxembourg lui a fait saisir le médiocre agrément du désordre et, presijue, la misère des ornements qui n'expriment rien, f )ii croit voir, au surplus, un parfait résumé des tendances du maître, au moment de sa plus belle possession de soi, dans son exquise arabesque du Dénirhenr de iiioiiieaii.i, qui appartint à Julienne et ([u'a gravée Itoucher. Un socle de marbre soutient deux (•normes volutes lapidaires lleuries, au-dessus desquelles deux jeunes satyres (les chèvrepieds de (lillot) assis, supportent sur leurs épaules un entablement ou banc de pierre. Ce banc est occupé par un délicieux couple di' bergers au repos, l'amoureux se penchant versl'amoureuse pour lui offrir un nid, l'amoureuse renversant sa tète sur l'épaule de l'amoureux. Derrière eux, un paysage profond, plein de lumière. La scène est la transcription, légèrement modifiée, selon les convenances de l'ornemanisme, d'une pastorale du maitre, conservée à la Galerie nationale d'Kdimbourg-'.
Il sied d'analyser le détail de l'ieuvre pour juger de l'étroite et harmo- nieuse correspondance de ses parties. Le soubassement composite présente, à son sommet, plaqué contre le banc, entre les deux faunes, l'écusson lleur- delisé de la Maison royale, lue corbeille tressée de jonc s'y accroche. Plus bas, dans le vide séparant les deux volutes, un mouton est couché. Deux
1. Coiiipositioiis gravées par Moyreau, Le lias, Scotiu et Aveline. —La Baluiueusi'. ou jeune Mlle sur une escarpoletle, a des rapports avec les Ar/i-émenls de l'été de Chantilly.
2. Ce n'est pas ce petit chef-d'œuvre, quoi qu'on en ait dit, qui appartint à Julienne, c'est l'arabesque gravée par Bouclier. L'estampe porte cette inscription sans réplique : (. rire du euhinet de M. de .liiliciiiie ...
I.K DKNic-iii i~Tl m M'
Lk Dkmc iiFiH r.K MOI ni; MX. GraviLi-c do BoiirluT. .ro|)ri''s Walli-aii.
52 LA REVUE DE L'ART
iDiisdlt's, CM l'diiiic tle iiTCcqiios, atjrônii'iihV's de pampros, s'ajoutent aux enioulemeiits étotrés de verdure du socle en se surmontant de la musette et de la cage d'osier de l'oiseleur, du chapeau enrubanné et de la quenouille de la bergère. A l'angle du banc, un chien surveille la cage; spirituelle indication d'un lien de la première Z('>nr à la seconde, laquelle, d'ailleurs, centialisê l'inti'rèt. .\utour des amoureux, des arbres tordus et tourmentés dessinent un cercle curieusement ornemental, ouvert sur la campagne. La zone supérieure est garnie d'un grand motif en éventail, d'où pend un oiseau lii' |)ai' les pattes ; puis, dans rornemenl terminal, se perche une chouette et v(dèteiit d'autres oiseaux. Le haut el le bas s'enlèvent vive- ment sur le l'dud clair: le centic se détache sur un lumineux paysage. Ainsi se déttsrminent les convergences (|ue la blonde, riche et friande couleur de \\'atteau devait accentuer à ravii-. L (uivrage est. à coup sur, de ses années (h' maîtrise. Nous sommes liien loin de (lillot. et i)ien loin d'.iudran. l^ourtant à considérer l'économie générale de l'arabesque et, surtout, l'agencement di'coratif très étudié du soubassement, on s'assure ([u'Audraii a eh', d'une autre façon que (lillol. mais d'une façon certaine, singnlièremeiil utile a son élève. \'eut-on savoir, après cela, quelle a pu l'tre la destinaiidu de l'arabesque du Diniichcur'. ,1e crois possible de le deviner. L'écussou aux trois fleurs île lis, si fort en évidence et qui se propose, à sa place, comme une énigme, nous rappelle que la boutique de Sirois, le premier marchand acheteur de toiles de ^\'atteau et le beau-père de Oersaint, était à l'enseigne des Arnws de France. (Jette composition fut probablement exécutée pour servir d'enseigne ou plafond de boutique à Sirois. II est à remarquer ([ue Watteau n'a jamais eu de propension à peindre des décorations en manière de tableaux. On ne l'a vu céder à ce geni-e qu'une seule fois, vers 171"i, pour enriciiir la salle à manger de Pierre Crozat de quatre grandes compositions mythologiques en l'iionneur des quatre Saisons. Caylus en a, comuie on sait, parlé sans bienveillance ; mais d'après les gravures qui en témoignent, plus d'une ligure y méritait de retenir les bons connaisseurs. In dessin très gracieux du P/7«/ewyy.« et le robuste dessin d'un jeune homme qui verse à boire à Bacchus dans l'allégorie de l'Automne sont venus jusqu'à nous et nous frappent de leur franchise. Je me souviens d'avoir également rencontré une ancienne répé- tition de l'allégorie de Cérès l'Été , peinte en valeurs Hues sur un
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loiid ili' iiiiagrs lilniics et dr fiel bl.Mi' ... Mais piuirijiKii nous altanltT à clos peintures (ioiit uous ii'avous plus les orisriuaux, et auxquelles l'au- teur ne s'est pas soucié de donner un prolon«?ement ' Le fait est (|u'en matière de décor, il n'a vraiment eu de complaisance ijuc pour l'ara- besque.
Les t'Ii'ments à son usage pour broder une sui't'ace ou accompagner un sujet central sont les mêmes cpiemploitMit ses conlVcres, à ceci près qu'il en renouvelle la physionomie. On les peut répartir en cinq classes. Ce sont, d'abord, les formes tirées du règne végétal : les guirlandes, les gerbes, les aigrettes, les l)OU(pu'ts, les lianes, les panqjres, les feuilles gladiolées, les feuilles frisées, les tiges exfoliées, qui fournissent de bonnes lignes de soutien, \iennent, ensuite, les formes géométriques ou stylisiH's, si commodes pour les transitions et les remplissages : rosaces, lleurons. palmettes symétri(]ues. rinceaux déliés, grecques, entrelacs, treillissages variés. La tmisiiiiic catégoi-ie compreiid les formes architecturales, les portiques de bois et de lattis, les rotondes rustiques porti'-es par des caria- tides tailli'es en des colonnes de charpenle qui s'etlilent du bas. et autres singulariti's venues ilc^ traditions de l'ontainrbleau. l'uis. les objets façonnés, meublants ou décorants, consoles, lambrequins à festons, pavil- lons suspendus, couronnes pendantes, mastpies, carquois, flèches et torches d'amour, houlettes, outils de jardinage. Ilùtes, musettes, tam- bourins, grelots, verres à Imire allongé's en cornets, liasques dissé's de vannerir. volantes (•cliarpes . ndians llotlanls... tous les accessoires de la petite allégorie de I l'pcKpie. |ji quatrième lieu s'enregistreruni le?- adaptations convenues, les .hantournements à di'cou[nires inté-rieurcs que peut suggérer le travail du bois, les ressouvenirs de la l'ermnuerir des grilles, les motifs curvilignes en coquilles à ressauts de pointes, en ailes ners-ées et onglées de chauv(>s-souris. en aih's ocellées de papillons, en aurt'ojes llaniboyantes. l'infin. nous aurons à conqiter, à travers ci-lte intinie bigairuic. avec les Cujiidons, les faunes et les faunesses cl. plus encorr. avec la mi'iiagi'rie pri'destiné'e di^s arabesipn-s. les singes, le^
1. /,<■ l>,inlemps el le H^ervanl de llncchiis. éludes pnp.iruloires :iii .rayon, sniil a l'.iri», iIri le .ointe 1. de Caraond.. el cliez M. ilcnri Micliel-Lévy /-• frinlemps ;, ,l,- reproduil dnn< le prcoc- ilent article, p. 1331. — La Cérés {ovale, mesur.inl en pouces analai? haut., "■* ;f t: iTi; . Il I » est à Londres, chez .M. Lionel Philips.
54 LA REVUE DE L'ART
écureuils, les chiens, les moutons, les perroquets, les corneilles, les paons, les faisans, les oiseaux sans nombre et sans nom.
Suivant les parois à couvrir, les compositions s'ajustent en largeur ou en hauteur. On fait jusqu'à des plafonds d'araiiesques en s'étudiant à compartir les détails choisis en bel ordre de syiiuHrie, autour d'une scène mythologicjue ou autre, à la façon des fleurs autour d'un bassin dans un parterre à la française. Théoriquement, une œuvre de ce genre peut offrir, vue en son lieu, à peu prés l'effet d'une étoffe à ft)nd blanc, fleurie de couleurs gaies, tendue au-dessus de la tète des spectateurs. Cet art menu ne saurait convenir, d'ailleurs, qu'à des pièces petites, et je ne crois pas, à dire vrai, qu'on en ait tiré grand parti de plafonnage à aucun moment. \ous connaissons, par une gravure de Gaylus', un plafond de l'invention de ^^'attl'au, l'talé eu treillage. A la charmante fable de Vénus blessée par /'A/iioiu-, s'y accote la plus ironique singerie du monde. Le démon de l'arabesque ne fait rien pour nous arrêter ici; mais les babouins nous ramèneront avant longtemps à Ii'urs joyeusetés. Certains panneaux de lambris, de moyennes dimensions, s'accommodent d'un simple entourage de tiges droites, recourbées au sommet, de roseaux, de lignes minces, laissant à nu le ton blanc d'ivoire, où une figure, comique ou galante, s'isole sur un alirégé de paysage. D'autres panneaux, plus larges, multi- plient leurs " agréments n, toujours empreints de cette élégance nerveuse, doués de cette gracilité un peu grêle, qui spécifient l'ornemanisme du maître. Presque toutes les divisions du lambrissage, au-dessus de la plintlie, s'illustrent d'un épisode historié, libre sur le fond ou compris dans un médaillon, un cartouche, une enveloppe profilée. Il est, pourtant, quelques trumeaux où, par exception, des places ont été ménagées à la fois pour un groupement de figures assez important et pour une petite vue agreste, 'i'els les quatre pendants déjà cités de l'hôtel Chauvelin '-. Le plus souvent, — et c'est un fait notable, — le paysage donné comme fond à la scène centrale de l'arabesque participe lui-même de l'ornement. Les arbres prennent, en rejoignant le décor conventionnel, un aspect ornemanisé ; c'est le cas du Déiiiclieiir de moineaux. Les constructions
1. Gravure terminée au burin par Aveline.
2. Au-dessous de chaque grand sujet, un paysage se dessine dans un quadrilobe : un pont rus- ti.jue à une seule arche auprès d'un village, un bord de rivière et des pêcheurs, etc. Voir la gra- vure, p. .'i.'l.
ANTOINE WATTEAU
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pittorosques, les portiques de jardin. Ii>s statiu^s et les cariatides à <);aines sont alTranchis des lois de la pesanteiu' et maintenus eu l'air , sans poini d'appui sur la terre, au même titre (pie les ornements les plus émancipés : c'est le cas du Ga- lant et des A/iiaiil.s endormis . Il y a plus : II' paysage verse tout enlier dans raitilicr dém- ratil', déborde la chimère et s'achève au premier plan, en une l'dnlaine th' l'o- caille : c'est le cas de la Voltigeuse. Le peintre cpii s'égaie à ces choses a he- soin d'autant de latitude que le con- teur de Mil iiii-re l'Oie...
En ces r(,il,.s rondes de mol ils sans aliinités, systé- matiquement ran- gés ensrnd)le, W al- teau l'ail apparaître des sujets « agi'éa- bles .). Évidemment, suivani la Inj de pro^rcssi lalurelle cpii nous cou-
56 LA KEVUK DK L AHT
iluit (lu siiiiplf au ((iiiiposr. il a déliuti' par drs ti^iures seules, de prélëreuee eu habits de théâtre et dans h^ mode de (iillot, pour se risquer, ensuite, à ees épisodes vagues, tenant de si près aux rites de la mythologie théâtrale et à l'esthétique du bail. 't. qudu voit dans sa s.'rie d'arabesques earacté- lisi-e pour nous par' les Jardins de Ci/lhèrr et le Temple de Diane, parmi des iiéniievtdes. des i-otnudes pompeusement ehauipi4res et des terrasses aux lignes eompassées. Peut-être ces spectacles un peu neutres nous plai- raient-ils encore sous la magie des couleurs du maître, mais la sèche gravure de llu(|uier ne les met guère au-dessus d'ordinaires décors de perspective. Ku loul cas, le monde de la Fiégence les a goùtV's et Watteau n'a pas cessi' un instant t\v poursuivre les buts qui le hanlaient avec cett»' Ijèi-e in(ic|iciidam'e d'esprit et cet incroyable d(''sintéressemeut du succès qu'on lui coiinail. .le pose en regard de ses |)reiuières tentatives complexes sa scène d'arabes(|ue plus tardive grav.'-e par Moyreau sous ce titre : la Fesle bachique, l/inspiration n'y coule pas d'une source neuve et ne s'élève pas bien haut ; seulement, tout y esl mieux lié, plus vif el plus aimable. .\u milieu dun pavillon de parc aux minces supports en spirale enguirlandés de panqjres et de raisins, s'érige un buste de Bacchus, le front orné' d'un bandeau, la poitrine barn'c en sauloii- d'étranges insignes l'oiini's de verri's à boire accrocln's à un baudrier d'étolYe. A droite s'avance un personnage d'' conu-die, gros iionime à rabat blanc, sorte (le San(^ho UKUité sur un àne et peu in(piiet des aventures où il s'est engagé. In gar(,"on accourt, à gauche, au devant de lui, le chapeau enipa naché de grappes, un beau cordon de vigne en guise d'ordre de che- valerie sur son vêtement, brandissani un ilacon, présentaid un verre. Un danseur est là, |iar surcroît, qui agite son tandjourin, et, près de ce danseur, une danseuse, l'ont cela va sans prétention, divertissant, spirituel. L'artiste subit l'obsession des tréteaux, nniis n'y (•('•de rjuà son gn'' dans la t'oi'nn' (|ui lui convienl.
Entre temps, d'autres nécessités s'inqjosent à lui d. en s'y soumettant, il reste lui-même. Uoit-il, par exemple, représenter en allégories, selon l'usage, des thèmes généraux comme les Saisons, les Hlémenls, les Cinq sens ? Sauf en ce qui touche les Eléments, ((ui exigent de lui une certaine invention abstraite, il remplit son programme à plusieurs reprises, avec le parli plis (r('viter les abstractions et la volonté de contier à des figures
Amcji,\e Watih.m. — L 'Ai.i.iam;r ok ia MisiyUE et hk la Comki.ir.
i:,ill,M-li.,n di- M. rl.'urv MicliH-l.t:-vy.
ANTOINK WATTEAU 57
naturelles en des actions vraies le soin dexprimer les idées requises. Une promenade en bateau lui est une évocation du printemps ; des moisson- neurs, des vendangeurs, incarneront sur ses toiles l'été et l'automne, et des patineurs, l'hiver. Ce tour d'imaoination ne nous remémore-t-il pas l'habi- tude des enlumineurs du xV siècle, éveillant par des épisodes de réalité, au calendrier des Livres d'heures, le souvenir et l'impression des douze mois de l'année? D'autre part, dans la galerie de Crozat. des tableaux de Rubens. de Véronèse, de Titien, (iiil révéh' à Watteau des déesses aux ciiairs opu- lentes, des nymphes au teint floral, et il a réalisé, en tant que peintre, de merveilleux progrès en les étudiant. Ses arabesques sont faites pour recevoir au moins le reflet de tout ce qui a mis en ses \ l'ux inic douceur ou une lumière. Ne nous étonnons pas à le voir traiter, dans un léseau d'ornements, le llième anacréontique de Venus ///csséc /m/- /'A/i/our. alors ([u'une de ses exquises peinturcis de Chantilly nous le lait voir traduisant d'original, même en s'inspirant de \'éronèse, le dénouemcMl de la mytho- logique historiette : rAïuour (Irstn-inr par Vvnus^. l'ai- iiioiiieril>. I envie le gagne d'animer ses panneaux décoratifs dV'itals il enfanls nus, île jeux d'enfants travestis, de ligures de chasseurs el de chasseuses-. Mais sou irrésistible penchani le ramène sans trêve vers les types, les grAces et les grimaces de la Comédie italienne el vers le roman pastoral cl sentimental. En combien de ses fantaisies d'ornemaniste Arie(|uiM et (lille. Mezzetin. Léandre, Colomhine, se sont glissés! Que d'acteurs rêvés par lui ses pin- ceaux ont iixés en des branles de danse comme ces jolis ma.-iques baptisés par les graveurs le Buveur, /'/ùi/iUcur, le /'li/eu.v..'. Kt quelles caressantes visions d'une douce vie dominent les arabesques du Cfi/finl et de /n l'clr- rine nlléroe\.\ l'arh)is, il s'enqirunte à lui-même un di lail, lui earactèic.
1. Wattcdu il iiutlqucruis juia{;iue. puur ses .iiahcsqufs, des jiuvmij^cs puupk-s de Ires iiiydiulip- giques et qu'on croirait de la composition iliiii faiseur de vignettes: il y demeure lui peu de rensei- gnement de Gillot. Telle est l'estampe : Vu lemps de pluye. gravée par lluquicr.
2. Ébsts d'enfants nus : hs Plnisira île In jeunesse, l'hiiiocfiil bniliiKiife, publie) par llui|Uipr. — Jeux d'enfants travestis : /e,v Enfants de Momns. h Cause Imdine, jiraves par Movrcau. — Jeux d'adolescents : Collin-Muillard. écran firavé par lluquicr — Sujets divers : le 1 liasse,,,- content, ta Clinsseiise, par le mCine, etc.
3. I.e Calant a été grave par Benoit .Vdani; .M. II. .Micliel-I.evy possède un 1 uneuv crc»|uis pour les cariatides fuselées et pour la tète de fennnc auréolée du rouronnenienl de l'nralicsque. jolés par Watteau au revers d'un projet d'écran .irciilaire. — /../ Velleiine altén-e sic . gravée par lluipiier. Un en voit, k la bibliothèque Albertine, à Vienne, un prccii^u.x dessin, pourvu de retlp nnnolnli.ui :lii.|( mil : Wnlleaii inv. pou,- le cliiiteiin de Meiidun.
LA KKVUB l>K l'aIIT. — X.W.
r,« LA REVUE DE L'ART
Sriil iiii catiildyiii' ili'scri|itir en ri'gli'. iinpi
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A M A .\ 1 > \ s M > L i (; A L .s A N I .
:uilres pannciiiix lU' clavecin historiés di
ssible à dresser ici. pi'niii'ttrail de se r(;i-()i)iiaiti'(_' en ces jolis jjuissons eninièlés , pleins de tours et de di'-- tours. Je réserve lonl à l'ait, pour le moment, les Siiii^e- ries dont le maître accroît l'importance, et les Chinoi- series auxquelles il assure une vogue inattendue. Os nianirestations d'un e.xo- tisme i'alot , mais typique, méritent une étude spéciale, et hientot elles l'auront.
Pour en finir, actuelle- ment, avec les questions en cause, je répète que l'ar- tiste n'a pas été mis uni- • [iiement en demeure de contribuer au décor tixe des beaux appartements. On a aussi t'ait appel à son art ingénieux au profit des meubles et de maintes chosesvolantes. Une planche de Caylus nous garde limage de concerts d'oiseaux et de singes, et de musiques d'amoureux jetés par AVat- teau sur le fond d'or d'un revêtement de clavecin. Le senliment des connaisseurs |ui a lait attribuer, avec une grande vraisemblance,
scènes pastorales et de scènes
ANTOINE WATTEAU 59
chinoises'. Aux quatre feuilles d'un paravent, orgueil du cabinet de Blondel de Gagny, il avait resserré en quatre ovales des épisodes des Saisons. Six feuilles montées du même ordre, gravées par Crépy fils et entrées dans la collection Camille Groult, offrent aux yeux un Berger jouant de la flûte auprès de sa bergère, un Berger da/isant au son de la flûte, une Musicienne pinçant de la guitare, un Pierrot et un Arlequin debout sur un tapis, et deux Amants assis et causant. Le Berger jouant de la flûte a permis de rendre à Watteau une large et séduisante esquisse de pastorale dune harmonie cendrée, fondée sur le rouge et le jaune, à reflets verts, le violet et différents gris, léguée par Louis La Gaze au Louvre-. Elle en est une libre répétition. La dernière page de la série, les Amants assis et causant, atteste une application en arabescpie d'une pastorale perdue, le Qu'en dira-t-on ? que Basset a gravée. Pour des écrans, le maitre en a dessiné plusieurs suites; lluquier les a copiées à l'eau-forte \ .\u dire de Mariette, la Coquette de l'estampe de François Boucher provient d'un éventail de \\'alteau. Nous avons décrit une arabesque — rroulispice de sa façon, destinée, selon toute apparence, à encadrer le lilre d'un Don Quichotte. On découvre de même une illustralioii d in\ ilalidii. d'adresse ou de programme, dans sa composition, les Canards, incisée sur le cuivre par Jeaurat. .\u-dessus d'une mare où barbottent des canards. — ciu. pliilùl. des oies, — un amour écrit, du bout d'un stylet, sur le blatie lar^'eineiit réservé du papier. C'est sur ce blauc qu'on pouvait ajouter à la niaiu les écritures de circonstance. Comment ce Watleau, si bien taxé di- paresse par son ami Caylus, a-t-il réussi à déborder en tant de genres et à nnlti.- pratiquement tant d'idées en circulation ? Son aciivilé d'espril et l'abun- dance de sa production authentique tiennent du prodige.
L. DE KitUltCAin tA suivre.)
1. Vendus en IS46 avec la collection du peintre miniaturiste Saint. On les dit en Angleterre. Je
les ai cherchés en vain.
2. Reproduite dans le précédent article, p. 43".
3. Huquier en a publié au moins trois suites : fsi. écrans, les Cinq »n.r/ / Alhnncr: .■ qimire écrans, les Saisons : 'J' deux écrans, le Hrinlemps el lÉlé. C« diverse» pièce., portent cou.n.e indi- cation : Walleaii inv. Elles ont donc été gravées daprès îles dessins.
LA RUE DE LA PAIX
i: \ I - I- 1 1 iri' !■; (i ii n; i n \ i. !■: m-: m. riiN\ .MiN\nr/.
■—^■^ THKNNKs aux bibliophiles! l'our donner un pendant à ce livre très I J parisien, qui s'intitutule l'auiciiils ai Couloirs et qui olTre une si I i jiiquante suite de <> scènes dans la salle », M. Henri Beraldi vient de l'aire paraître Palaces et Sleepings, où se trouvent fixés, dans leur lialiituel fonctionnement, les deux rouages essentiels de la vie cosmo- polite moderne: — et. à de certains l'yards, cela encore est très parisien. Ktudes jumelles, de semblable disposition typographique; l'ana- logie est complète entre ces deux contributions à l'histoire du snobisme contemporain : même format, même sentiment si l'on peut dire, mêmes auteurs. — M. Albert Flament pour le texte et M. Tony Minartz pour les eaux-fortes, — enfin, même directeui' de la publication, attentif, en vrai bibliophile, à la ])erfection matérielle, à l'accord du texte et de l'image, au tirage même des planches, où l'on a su éviter les déplorables « sauces » et les truquages excessifs qu'on doit d'ordinaire à la paresse et à l'ignorance des graveurs, plus encore qu'au zèle indiscret des inqjrimeurs en taille- douce.
Voici l'une des planches de ce recueil : la Hue de la Paix. Elle per- mettra déjuger si l'observateur averti et le conteur alerte qu'est « Sparklet » a trouvé en M. T. Minartz un illustrateur à l'unisson de sa manière, et si celui-ci, artiste de primesaut, qui n'a que le défaut de ne pas toujours être assez sévère pour soi-même, n'a pas gagné quelque chose à cette colla- boration.
É. D.
LES FKIMITIKS hlSP.KiXOl.S
VII
I.ES ITALIANISANTS 1)1 TllECENTO
'expusition rétrosperlivo de Sarajjossc vieiit ilf mettre en himièro un grand tableau à fond dVtr qui est un monument historique fig. I).
In roi et une reine, aeconipagnés d'un prince l't d'une princesse, sont agenouilh's, donateurs niinuseules, aux pieds d'une Vierge qui allaite l'Knfant, assise sur un coussin, et <jue des anges adorent inclin»^s dans leur vol immobile. Le panneau est parfaitement conservé. Avec ses figures douces et Unes, ses couleurs claires et précieuses-, ses ors gaufrés et guillocliés, il a l'aspect d'un retable italien du Trecenlo. Cependant il n'a pu être peint en Italie. Le roi, dont le nom. — Eiirico rei/c, — a été mal efl'acé au bas du tableau, n'est autre que Enrique de Transtamare, le bâtard (|ui combattit son frère, le roi de Caslille, Pedro, dit le Cruel, avec le concours de Duguesclin ; d'abord vaincu et contraint de se réfugier en France, il reprit l'avantage et régna, après avoir souillé ses victoires d'un lAche et inutile fratricide, où il eut pour complice le héros breton, reste son allié. L'identité du roi représenté aux pieds de la \ierge est certaine. En pendant aux armes royales de Caslille et Léon, peintes dans lun des angles supérieurs du tableau, on voit l'écusson de la reine Juaua, femme de D. Enrique II et tîlle d'un noble castillan, D. Fernando Manuel, seigneur
1. Septième article. Voir l,i ltev„e, l. XX, p. 419; I. XXU, p. lui, ■2i\ cl 3:W; I. XXlU.p. M'.' el 3*1. i. Le manteau itc l.i Vierge est du plus beau bleu d'outremer; il etnit ornO dojsenu\ aaront*..
62 LA REVUE DE L'ART
do Villona : écartelé d'or au lion de gueules, et de gueules au dextrochère d'or, ailé et armé de même. L'infant agenouillé à la gauche de son père est le prince qui porta la couronne de Castille sous le nom de Juan T' : l'infante est D* Léonor, qui épousa l'héritier du royaume de Navarre, celui tpii devait mériter, au cours d'un long règne, le surnom de Charles le Noble.
Le tableau sur lequel sont réunis ces portraits de la famille royale de Castille a été trouvé, non pas en terre castillane, mais dans une chapelle d'un misérable village d'Aragon, Tobed, non loin de Calatayud. Il en a été enlevé depuis peu par un antiquaire et cédé presque aussitôt à un notable collectionneur de Saragosse, D. Ronuin V'icente.
Comment ces portraits royaux ont-il pu être placés sur un autel en dehors du royaume où régnait le donateur du tableau "? L'histoire même du roi Enrique peut donner matière à des conjectures'. Lorsque le comte de Transtamare se mit en canqjagne contre son frère D. Pedro, c'est d'Ara- gon qu'il partit. Il regagna l'Aragon en fugitif, après la bataille de Niijera, où s'étaient trouvés en présence, dans les camps des deux frères, Dugues- clin et le Prince Noir. Enrique était accompagné dans sa fuite par un chevalier d'une noble et puissante famille d'Aragon, Juan de Luna. Ils furent accueillis à la frontière par le cardinal Pedro de Luna, celui qui fut plus tard antipape à .Vvignon. .Après que le prétendant eut atteint la France, la reine Juana, qui ne se sentait plus en sûreté à Burgos, prit en toute hâte le chemin de Saragosse ; elle fut accompagnée par l'archevêque de cette ville, Lope Fernandez de Luna, qui se trouvait auprès d'elle, comme envoyé à la cour de D. Enrique.
Le village de Tobed, où ont été retrouvés les portraits du roi et de la reine de Castille, estprociie delà frontière. Enrique, qui, après sa défaite, était descendu de Néjera vers Soria pour entrer dans le royaume d'Aragon par la route de Calatayud, s'arrêta-t-il dans ce village '' Pria-t-il dans la
légèrement peints en jjune. I.i Jonliliire du manteau est de cette latine de garance que l'on appe- lait au XIV et au xv siècle laipie de Florence. Les dahnatiques des anges, les pourpoints durui et de l'inlant, la robe de la reine et celle de l'inf.mte, sont d'un ton orangé sur lequel joue un pointillé d'or. La robe de l'Enfant est d'or.
1. Une partie de ces i-onjectures ma été suggérée dans les entretiens quotidiens auxquels j'ai eu le plaisir de prendre part à Saragosse, pendant trois semaines, dans le cabinet du savant chanoine D. Francisco Moreno, organisateur de l'exposition rétrospective, et où plusieurs érudits de la ville me faisaient part très libéralement de leurs observations.
Phol. C. BorlauB.
l'Ui. 1. — KOULE KSI'AOMM.K. V K 11 > 1.17;:. KSJUulJK 11. IIMI OK CaSTILLK, KT sa KA.MIL1.K AlV !■ I K I. S I. C I. A \ 1 11 11.. B .
Saragossc, collciiiuii Koiniii VictiiU-.
6'i LA REVUE DE L'AKT
rliapelle on tut placé le tableau ï* Ce retable est-il un ex-voto, souvenir des jours de détresse y II faut se garder de taire du tableau royal un thème de roman historiqut'. Pour s'en tenir aux faits, il est certain que Tobed a fait partie des immenses domaines de la famille de Luna: il est très pro- bable que la présence du tableau du roi Enrique dans un village d'Aragon doit s'expliquer par les rapports étroits de ce souverain avec les Luna.
L'exacte histoire de ce tableau ne sera sans doute jamais connue. (^)uant à sa date, elle se trouve comprise entre celles de la bataille de Nàjera MSH/i et de la mort de D. Enrique 137!''.
<»r, en l.i/S, si Ion en croit \asari ', un jeune peintre tlorentin. Ghe- rardo starnina, se rendit en Espagne, attiré par des marchands qui étaient venus à l'iorence pour alfaires. Il entra au service de « leur roi » et fit une petite fortune dans lui pays « où il y avait pénurie di' bons peintres ». In document authentique prouve qu'il était revenu à Florence en 1387. Il est cité pour la dernière fois en 1408 -. Les fresques qu'il peignit dans le cloître (Ui Carminé, — une histoire de saint Jérôme, — montraient des détails pittoresques et familiers qui semblaient annoncer le temps des P'ilippo Lippi et des (Ihirlandaio, à côté de costumes à l'espagnole qui rappelaient les voyages du peintre. Le nom de Starnina fut en honneur à Florence jusqu'à l'apogée de la lîenaissance, comme celui d'un maître qui avait fait • euvre de novateur et formé des élèves tels que Masolino da Panicale.
Les fresques attribuées à Starnina par \asari ont entièrement disparu. Il ne reste de ce peintre, dont l'histoire intéresse à la fois l'Italie et l'Espagne, que la page des Vile Encore ne doit-on pas la citer sans réserves : Vasari, en l'écrivant, n'a guère fait que développer un écrit anonyme de la première moitié du xvi" siècle, qui était comme une légère ébauche de son livre immortel. Cet écrit est connu par plusieurs rédactions manuscrites qui sont aujourd'hui publiées'. En confrontant le texte de Vasari avec ses sources, on voit qu'il ne s'est pas fait faute de les altérer au gré de sa verve, et particulièrement en ce qui concerne Starnina. Il omet, en parlant des voyages du Florentin, une indication précieuse du
1. Ed. Milanesi, t. U, p. ..-la.
2. Itlvisla (VArte, janv. 190.';. Cf. Venturi, S/oem delV Arte italiona, l. V, p. ,S.1S.
:i. Vuir : // libro d'Anlviiiu BUli, éd. Frej'.p. 14; et lappendicpdu livre classique de 1',. von Fabriczv, l-ihpj,,, t;r,i,„-Ue.-.rhi. p. -i.Sli--187.
LES PIiI\riTIFS ESPAGNOLS
pieiniei' compilaleur : li' peintre serait allé en Kspagiie et en l-'raiive, et
aurait peint dans ses fres([ues de Toscane des eoslunies de ces deux pavs.
Il ne serait pas inutile de connaitri' i'iliniMaire suivi par le l'Idi-i'iitin d de
déterminer s'il a passé d'Ks-
pagne en France ou de
France en Espagne ; mais
nous ne savons pas même
dans quelle région d'F.s-
pagne il a travailli' ni |)ipur
quelle cour.
Il est vrai que d'an Bermudez a écrit en 1S(»(), dans son fameux Diction- naire, que certains Espa- gnols, qui se trouvaient à Florence , proposèrent à Starnina devenir au servicr du roi « de Castille », et il poursuit : « Le peintre se rendit en Espagne, où le roi Juan I" (le fils d'Enrique II), lui fit bon accueil et lui donna un salaire hono- rable ».
L'alTirmation était pré- cise : elle .a été reproduite jusqu'ici par tous les cri- tiques. Pourtant, Céan Ber- mudez a eu soin d'indiquer ses auteurs, qui sontVasari et Baldiuucci, qui copie \a- sari ; il ainute (ju'il n'a pu
11... 1. — KllMFl DESIM.VI , l.K .\IVM1KS JaIME 1.F CONOL-ÉIIA.NT, Bol IiAkAGON. Kroiili-piro <lu /.iirc dex l'rh-Uèljcs -If .ifnjnri/ui- II!» r.iim.i. Ari-liiv.» nHiiiHi|«lr-
iiviT ni trace ni snuvenir di- Starnina " i-n Castille ... Il faut donc oublier ce que le moderne \asari de l'Espagne a ajouté gratuitement au texte même de Vasari. Starnina est allé en Espagm- et peut-être au service d'un roi: niais, deux siècles avant l'liilip|.e II.
l.A KEVLE DE LAKT. — X.W.
66 LA RKVUE DE L'ART
il y avait plus d'un souverain en Espagne ; qui nous dira si celui qui a eu pour peintre Starnina était le roi de Castille ou le roi d'Aragon, ou même le roi de Navarre ?
Pour éclairer l'histoire du Florentin voyageur, il faudrait la découverte d'une de ses œuvres espagnoles. Naguère encore, alors que les peintres italiens du Trecenlo étaient insuf!isanunent distingués les uns des autres (?t que les « primitils » espagnols étaient parfaitement inconnus, le cher- cheur qui se serait trouvé en présence du tableau de 'l'obed l'aurait attribué sans hésiter au Florentin, .\iijourd iiui. il est possijjle de mettre en regard de ce tableau toute une série d'œuvres italianisantes qui ont été peintes en Espagne et par d(>s Espagnols, et dont plusieurs sont incontestable- ment antérieures d'une génération à la dati^ du voyage de Starnina, telle que la donne A'asari.
Une découverte remarquable a iHé faite il y a deux ans par D. Sal- vador Sanpere y Miquel, l'infatigal^lc fouilleur d'archives et de couvents; avant d'en rendre compte dans le nouveau livre qu'il achève sur les ori- gines de la peinture catalane, il a bien voulu m'en faire part. Les photo- graphies (pi'il publiera pourront seules manifester toute l'importance du monument qui va sortir de l'ombre ; deux mots en donneront une idée.
Il existe aux portes de Barcelone, dans le couvent royal des Clarisses de Pedralbes, dont la clôture était restée impénétrable depuis plusieurs siècles, une grande salle toute couverte de fresques, scènes de la vie de la \iei'ge et de la Passion, qui sont des peintures intactes du style siennois le plus doux et le plus pur. .\u milieu d'un l'vangile selon Simone Martini, où quelques traits de réalisme familier se mêlent au récit pieux et attendri, une Vierge glorieuse, (ju'enloure le chceur des anges, apparaît, avec son nez busqué, sa bouche en cerise et ses grands yeux, comme une « Maestà » qu'aurait pu signer Lippo, le frère de Simone. Or, le contrat authentique est retrouvé : les peintures de Pedralbes, achevées vers 1350, sont l'd'uvre d'un Catalan, l'errer liassà, qui était peintre du roi d'Aragon, et ipii avait peint m i;j',4 le retable de la chapelle royale, dans le palais de Barcelone.
Hors d'Italie, les seules peintures de styb> siennois qui forment un ensemble comparable à celui qui vient (ri''tre retrouvé dans un faubourg
LES PHIMITIIS KSI'AdXdl.S 6:
de Barcelone, non pour l'état do conservation, mais pour l'ampleur dos surfaces couvertes, sont celles du palais des Papes d'Avignon. Au temps où la terre catalane s'étendait fort loin au nord des Pyrénées et confinait à la Pro- vence, un peintre de Barcelone a pu être attiré vers la ville ma- gnifique où allluaient les artistes de tous pays; il a pu s'y former aux leçons de l'art siennois sous la direction même de Simone Martini. De- puis que le saint Georges peint par Simone sur la façade de Xotre-F^ame des Doms a achevé de disparaître et que la Vierge du tympan n'est plus (ju'une onihi'e niui'àlrc. il ny a plus en Avignon une œuvre de Simone phoi. a m.^
ou de ses disciples, l'i"- 3. - Pkkk Sehi.a, ok UAii.;ELONK.
„.., •. LaPentkcùie.
qui reliete les Visions .. ., ,
PaiiniMU riMlral .lu llrlnhle rfii Saiiil-hspril (U'-'K
du maître aussi exac- uiHu.iiii.- d.- iiaiiroMic«uii.i:iK.).
t e m e n t que les
fresques de Pedralbes. La tentation est grande de lixerà I!arcel..ne un des points vers lesquels rayonna, dans la direction du sud, ce foyer d'art siennois qui, du fond du palais français des Pai)es. proj.'ta sa lumière dt)uce .-t cares- sante vers lespaysdu nord.jusqu a Paris et à Bruges, àCologn.-et à Pragu.-
68 LA REVUE DE I/ART
L'hypothèse du voyage de Ferrer Ha.ssà à Avignon est vraisemblable; elle n'est pas nécessaire. Je puis prouver (|ue les lormes siennoises étaient connues tout au moins des enlumineurs de manuscrits, dans les provinces nuirilimes du royaume d'Aragon, avant que Simone partît pour la ville papale. Le IVontispice du Livre des Privilèges de Majorque (fig. 2 , con- servé dans les archives municipales de Palma, est une page toute sieniioise. Le scribe cnluniinour s'est représenté lui-même au bas de la miniature; il a signé et daté son œuvre sur une page voisine : c'était un prêtre de Manresa, Itomeu Despoal; il a achevé son travail le 2'A septembre 1.13 V. p]n ['X\7->, Simone Martini était encore à Sienne.
L'art des peintres siennois a pu pé'uétrer dans le royaume d'Aragon à la l'ois directement et indirectement : f)ar' les voies maritimes et par l'in- termédiaire d'Avignon. Quoi qu'il en soit, il est avéré que cet art s'est acclimaté dans les iles et les ports et qu'il y a fait école. Le seul peintre (lu .\iv' siècle dont une œuvre signée ait été retrouvée dans l'ile de Majorque est un Mallorqiiin, et non un Italien. Joriii Douier mo pintada lay MCCCLWIII : telle est l'inscription qui se lit au pied d'une grande image de la \ierge debout avec l'Enfant, dans la petite église d'Inca. Le peintre adonné' à la X'ierge siennoise, Une et longue dans sa robe d'or, une raideur d'icône.
Parmi les peintres catalans, qui furent nombreux et féconds dans la seconde uioiti(' du xiv sièele. la plupart ont été des continuateurs plus ou plus moins luureux de l'errer Bassà. On peut en juger par le retable monumental qui est conservé dans une chapelle de la cathédrale de Man- resa. Les quinze panneaux principaux composent un cycle solennel, qui commence avec l'image du Verbe créateur, tenant le compas de l'architecte et mettant en mouvement le globe du monde, et qui s'achève avec le Cou- ronnement de la \ierge. Le tableau central, le plus grand de tous, est réservé à la Pentec('ite ilig. 3), parce que la chapelle était consacrée au Saint-Ksprit. Le peintre de cette œuvre, qui reste candide et souriante, malgré l'é-normité encyclopédique du thème, est un Barcelonais, Père Serra, (|ui fut payé de son travail par la Confrérie du Saint-Esprit en 1394°.
1. Ktiuli- (11- n.-.l.-M. Quadrado, dans le Museo ISalear. année tS86, n" 10; calque dans le volume Isidx lldlrai-fs, de la collection Espai'ia, sus Motiitmenlos y Arles. 18S8, p. 91o.
:;. l.e contrat cl le reçu ont ctc publiés par M. .loaquim y Arbos, dans le ItitUetin del Centre
|
'A§^y |
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O's (Je ]\Iajorqiit' tig. 2 , con-
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|iie daus le \ ludle/in del
Phoi. C. B.r K C 1 ) L E V A I. K M ; 1 E X N F, , A I' H K S I 3 9 C . TllIl'TVMLi; DE BOXIFACIO I" E 11 ri E 11 , P H 0 V E X A X T DE 1. A T. Il A 11 T II E f S R 1) F. P (I 11 r A -C •»: 1. 1 .
\'a!cnrr, Mnsi'o proi iiioial.
LES l'HlMITIKS i:si'.\(;\(il.S 6'.i
.\ Valence, une école cl«' peintres a iln se loniier parallèlement à l'école catalane, et, comme celle-ci, rl'apn's des modèles siennois : dans les dernièn>s années dn xiv^ siècle, elle maniieste sa vitalité par uni' nuivrc qui ég-ale presqn(> le retaille de Manresa pour l'ampleur de la <-om|iosition et le dépasse de loin pour la tinesse nerveuse de l'exé-cnlion. C'est l'un dfs triptyques de la chartreuse de l'orta-Cœli qui ont été recueillis au musée de \'alence pi. ci-contre . La scène du Crucilii'ment est |)lact''e entre le Haplèmc du Clirisl cl la ( jmversion de saint l'aiil: an dessus des pan- neaux de droite et de gauclie, les deux ligures de I Annoncialinn : au-dessus de la croix, le Jugement dernier en raccourci. Des médaillons, tpii rcpri-- sentent les Sacrements en sept miniatures, sont connue sus|iendus autour de r.Arbre de \ie. Le donateur, (jui a l'ait peiiidri" aux ilenx extrémité's de la prédelle son propre portrait et celui de sa l'amilli'. porte l'habit blanc des chartreux : ce serait, d'après une tradition aiu-iennc, le propi-e frère de saint \incent Ferrer, Bonil'acio, qui, devenu veuf et ayant perdu presipn- tous ses enl'ants. entra au monastère en l.'iDti.
La noblesse du dessin et la délicatesse dn modeli- sont dignes d'un maître italien. Pourtant, le tableau contient des ligures viriles dont la imii- greur ascéti(|ue et la mine farouche n'ont pas d'éipiivalents exacts dans l'art toscan du treceuto, et ipii peuvent passeï' pour un caraelèri- de i-ace. Le même peinlie, dont l'j'qireti'' réaliste ikuis parait aujourd'hui <■ espa- gnole '). a su faiie rayonner de pureté lumineuse le groupe de la femme et des tilles du donateur, élues coiuMUinées de roses dans le cideste verger.
Quel est ce l'ra Angeli<i> de N'aleiR'C •' Sou nom se cache sans doute dans les listes de peintres qu'ont jiubliées l'uiggari et I). L. Tramoyeres Il faut se borner à noter (pi'à la fin du xiV siècle le peinlie le plus notable de Valence, «. très snlitil et apte en son olli.-e ■■. était nn .eilain I.oren/n Zaragoza.
Le trii)ty(ine de lionii'acio l'errer', quel cpi en ~-<>H laiili'ur. i tn-
quel éclat a gardé, à travers les traductions étrangères, ci-t art siennois
i|ui, exjjorté d'.Vvignon ou directement de Toscane, a donne des i lèles
aux peintres depuis Naples et la Sicile jns,|u'aux l'Ian.Ire-. .'t ju>qu'ii
Excursion islu de la Coma,;» Je Ha;/es Maurrsa, 15 f.'vrier ml.. .M. Saiiporo y Mi.|iicl a%.iit allrll.ii.' ce polyptyque ù I.iiis Borra.ss.i. le peintre du (.'lainl retable des Clarisse» de \ i.li ,UI« , d..ul J m eu l'occasion de parler ici Voir la Heine. e'US, l. X.XIil. y. J7." i'i].
70 LA BEVUE DE l/ART
\ alriH'i'. ri ijiii lui. li.iiis In scfundr inoilH' du trcM'ciito. nu art <■ ciiro-
(MMMl ".
Au temps où de petites écoles de peintres italo-espagiiols prospé- lairnt dans Ir royaume d'Arat>'oii, la peinture est représentée en Castille par une iruvic unique, c'est une ouivre italienne.
La chapidle de San Hlas, élevée à l'un des angles du eloîtrede la cathé- drale (le Tolède par l'arelievèque Pedro Tenoiùo (137y-i;iî)9), est revêtue de fresques de pur style « giollestiue », i|ui cduqiosi'nt une suiledcdouze scènes, depuis VAniiiOicialioit jus(pi'ii r.-l.srr//.s7'()//. Le j)eiutre de ces l'i'csques n'a pas fornii' de disciples en Castille. C'est Séville qui. au tein[)s d'Alphonse le Savant, vers la lin du xiir siècle, avait été la capitale artistique du royaume de Castille et de Léon; c'est là. et pent-étre dans l'alcazar royal, que l'urent cidnniinr's les niauuscrils des nuvres du vu\. ou, comuie l'énorme volume des (V^////j,'('/.s- en l'honneur de la \'ierge, à la liililiothèque de l'Escurial, (|ui enterme entre les ais de sa reliure une population bigar- rée de iigurines, seigneurs et paysans, moines et nonnes, mores et juifs : toute la Séville du xiiT' siècle. Alors les miniatnristes royaux s'inspiraient manifestement de modèles français, dont ils iniilaient avec lionlieur l'élé- gance nerveuse, tout en pastichant parfois des miniatures musulmanes et en sachant regarder autour d'eux, dans les rues et les maisons.
Les peintres de l'i'qioipie " alplionsine » et des gém-rations suivantes, qui ont fait apparaître de gr'andes images de la Merge sur les murs des mosquées de Séville transformées en églises, ne firent, à leur tour, que copier des modèles analogues à ceux qu'avaient iniilés les miniaturistes. La \otre-])anH> de Rocamadour , de l'église San Lorenzo , conserve sa sillujuetle française, comme son nom français, sous une traduction espagnole.
La peinture italienne n est parvenue en .Vndalousie que dans les dernières années du xiV^ siècle: elle n'y fut pas connue sous les formes siennoises qu'avaient adoptés les peintres catalans ou valenciens, mais sous les formes " giottesques », qui avaient déjà paru à Tolède.
Ce fait a été mis en lumière par la découverte que D. M. Oomez Moreno vient de faire d'un panneau, (pii serait mis en Italie au c(unpte de quelque disciple provincial et arcliaïsant de Taddeo (iaddi, et qui porte la signa-
LES PHIMITIFS KSI\\(;NOLS 71
ture de Garci Fcrnaïuioz, rie S('vill(> '. Clc panneau, cache'' dans la clûturo d'un couvent de Salanianiiiic. où il avait et*' probablciuenl apporli- au comniencenuMit du xv'' sircle, par un arclievèipie oriji^inairc do St''villt', représente de l'açou gauclio et enlantine la scciie dratiiatiqiic du Massacre des Innocents {ùg. V. Deux autres panneaux, qui mil hiil |i.irlie. avec le
panneau sioné. dun orand letal.leen partie détruit, se s..nt n-tr.uiv.-s .lans le même couvent : 1 un représenle la l'n'sentation de .lésus au Temple: lautre est un ange a.uenouillé (i-. ti , «P'i '"''V"'' "'"'''' l"'"-'"'»- '^"'- ''' couronnemenl du .-etal.le, à une Nie,-.- de |-.\nn..nciati..n. Cet ange est une ti-ure assez a-réahlc. de pur type ■■ tri..ttesque ... (;are, Ter- nandez est mentionné en I '.07 à Séville. comme p.-inire de I \r>euai
I. fiiUui-a espaiwla, ainit V.m. p. Tiii-HO.
72 LA li H VUE T)E LAliT
royal ', où, sans doute, il décoi-aif des pavois el pei,i>iiait des vaisseaux.
Après la découverte du pauiieau signé, vers I lOd, par ( iarci Fernandez, oii peul lendre sans lié-siter à l'école sévillane les peintures fameuses et .ius((u'ici mal ('tudiées (|ui décorent les trois plafonds elliptiques de trois alciives de l'Aliiamlira, au Tond de la cour des Lions. Ces peintures ne sont jias des rres(iues : elles ont été exécutées sur cuir et collées au lattis garni (le stuc qui l'orme le plafond. Le champ doré est comme gaufré de dessins (Ml relief, ("toiles ou rinceaux. Les trois plafonds sont ornés de figurines et d'archilertures, (pii contrastent avec la merveilleuse irréalit('' du décor musulman. Les personnages sont groupés autour du ciel d'or, suivant la courbe de l'ellipse, comme la d('coration rigur(''e de quel(]ue coupe émaillée.
Les sujets sont ceux qui composaient, au xiv'' siècle, en France ou en Italie, la décoration ordinair(> des objets et des monuments profanes : boîtiers de miroirs ou salles de palais: quel([ues-uns d'entre eux ont été seulement modillés pour flatter la vanité des sultans de Grenade. Chevaliers et dames de Séville paradent à C('ité des guerriers mores, dont les femmes restent en dehors du tahleau, dans l'ombi'e du harem. Le peintre a fait la part assez belle aux chrétiens. L'un d eux combat un ours: un autre arrive au galop et transperce un liomine sauvage , géant couvert de poils, au moment où ce descendant des antiques satyres va enlever une dame élégante et paisilde. qui tient en laisse un lion apprivoisé. Mais le même chevalier, ([ni vient de triompher du redoutable monstre, va périr, sous les yeux mêmes de la dame, dans un combat singulier, traversé par la lance d un cavalier musulman (fig. 5 . Plus loin, des dames chrétiennes sourient, devant leur château, à des musulmans vainqueurs.
Ces histoires de chasse, de bataille et d'amour ont pour fond un décor tn'-s riche, dont les édifices roses et verts sont d(» goût italien. La vasque d'une fontaine, an bord de laquelle devisent des personnages de Décamé- ron. est suppoiiee par ([uatre statuettes de femmes nues. Tous les visages ont le tyj)e gioltes([ue. Cependant le peintre n'est pas un Italien : il néglige complètement le modelé pour procf'dei' par taches vives et plates, finement cernées d'un contour noii-.
Les costumes des chevaliers chrétiens, chausses collantes, pourpoints cc)urts, avec la ceinture basse, leurs armures de plates et leurs bassinets,
I. C,.-stosi. y Pi'R-z, Dircionarif, rie arli/îces :ievilUuios. t. M, p. 40.
LES l'H IXini l'S ESI- \(;\(i|,S 73
les corsages des dames, à fausses manches tuml)aiit du coude, ont été portés dans la seconde moitié du mv"" siècle. Les peintures du plafond central permettent de pri-ciscr la date de reusemiili'. Aucun clirélieu n'y a été admis ; l'assemblée se compose de dix princes maures, assis en rond, coitfés de riches turbans et appuyés sur leur longue épée droite, dont la garde est ornée d'entrelacs.
D'après une tradition ancienne, et qui a pour elle toutes les vraisem- Idances. les princes musulmans assemblés sur le plafond de l'Alhambra ne
Pnol E. B>rl>u>.
ÉcoLF. SKVii.nNE, vriis 14UU. — Si;k.\ks hk ii ma i i.i.n-i i.ÉnpxnA liiFS Kra'.-mont .1 Un plaf.m.l .lo lAllinnil.ra .lo limin.ln.
seraient autres que les dix picmiers souverains de la dyii;islir i\<-^ Kcni- Xazar. Si l'on exclut de cette dynastie les usurpateurs cpii nul .■clioue. le règne du dixième sultan, un Mohammed, arrive tout près di" l 'idO: le peinln- giottesque de IWlhaïuhia se tnuivi> exa.trm.'ul cnntenqioraiu dr (iarci Fernande/. '.
Il a suivi le même enseignement italien, mais il s'i'st snuvriiu des traditions qui remontaient au règne d'.Mphonse le Savant et (pi'un siècle entier n'avait pas fait oubliera Sévilli>. Les rois maures. gravem.Mil assis.
1. Ce point important a été lixé par M. .M. <;nM,,.z .\l..rcno dans un.' anlrc l'Iii.lc Arir .rishano entre los Moros de Granada (dans les Esliidi,.'^ dr enulirion orienl.il. puLli,- .-n Ihnnn.'ur du pro- fesseur D. Francisco Codera. Saragosse, 1904).
m
l.\ BEVl'E DE I. AKT. — XXV.
7'. LA REVUE DE L'ART
semblent copif's de l'un des plus curieux manuscrits d'Alphonse le Savant, le Livre de /'AJedrez (même bihlintliéque', où l'on voit chrétiens et musul- mans jouer aux échecs.
Le peintre inconnu de l'Alhambra avait certainement étudié ces modèles anciens ; mais, comme les miniaturistes sévillans du xiii^ siècle, il a su regarder le spectacle pittoresque de Séville ; il a joui des merveilles de (irenade. Et. le jour venu de peindre, dans un décor fantastique, un peu de ce qu'il avait vu, il a donné à ses images de féerie une fraîcheur et un éclat dignes du pahiis enclianté'.
(lonnnent l'art italien, qu'ont imité ])lus ou moins heureusement et (larci Fernande/ et Ir jieintre anonyme de l'Alhambra, a-t-il été connu à Tolède et à Séville y Cet art était giottes(iae et llorentin: il semble donc naturel, et presque nécessaire, d'invoquei- maintenant le nom de Starnina. (;éan Hermiidez a eu raison, sans le savoir, en faisant voyager le Florentin en Castille, plutôt qu'en Aragon; je le ferais volontiers voyager jusqu'à Séville.
On peut attribuer à Starnina lui-même la suite des fresques giottesques de la chapelle tolédane de San Blas. Ces fresques sont malheureusement placées très haut et en si mauvaise lumière, qu'il sera très difTicile de les l'êproduire. Est-il possible, en attendant, de recourir, pour connaître l'art (le Slaruina, au tableau de la collecti(ui de .Saragosse, où figure le portrait authentique d'Enrique II, le roi de Tolède et de Séville '
(le tableau, que nous ne pouvons rapprocher des onivres llorentines de starnina. depuis longtenqjs disparues, il nous est facile maintenant de le conqjarer avec des œuvres de style italien, qui ont été peintes, au xn'' siècle, (hins les royaumes d'Aragon et de tiastille. Or. à peine cette coiniiaraison est-elle engagée. (|u'il parait impossible d'admettie que le taliieau ihi roi pjiri((ue ail éti' peint par la niT^me main que les fresques
I. On peul altribuer .lu [leintre sévillaii de l'AUiaujbra un frajrmeni de panneau, peint à la détrempe, qui a été retrouvé, dit-oa, en 1863, dans le palais même des rois mores de Grenade, et qui est Conservé au petit njusée de l'Alhambra. Ce panneau a été décrit, par t). M. Gômez Moreno, dans l'étude indiquée ri-(lcssus (p. 26.') du recueil) Il représente deux chevaliers chrétiens, rompant leurs lances dans un tournoi, devant une forteresse toute rose. On ne voit plus que les tètes et les bustes des cavaliers. Le fond est d'or. Au-dessus de l'image court une frise dorée sur laquelle la devise des sultans de Grenade : Dieu seul riiini/iieiir. est écrite en castillan et en gothique carrée. Ce panneau est malheureusement trop dégrade pour que j'en puisse reproduire la photographie.
LES PRIMITIFS KSI'AOX OLS
de Tolède, ot qu'il oit eu pour doscpudancc dirocto les panneaux de (larei
uix pied
aipiel
Fernande/, et les pcinliins di; 1' Mli.indii'a. Le NiiM'!
est agenouillé le roi cl les
anges qui lui fout coflrge
ne sont point des figures
« gioltes(]ues » : avec leurs
grands yeux à demi l'eruiés
et leur bouche minuscule,
celte Vierge et ces anges
font penser aux Madones de
Sienne ; le travail même des
dorures gaufrées et gravées
a la finesse précieuse des
ouvrages siennois.
Il y a plus : le talileau du roi Enrique, malgré son coloris tout italien, n'est pas de nuiin italienne. Nullr part en Toscane, ni mruie dans les provinces italiennes du Sud nu (lu Nord, je ne retrouve exactement ce type de Vierge, ce nez nuncc et pointu, cette bouche pincée et presque sans lèvres ; nulle part, je ne vois un Enfant .Ii'sus peint jjar un Italien, et (jui ail sur les genoux de sa mère cette atti- tude raide et ces jambes de
bois ; enfin, je gagerais que jamais Madnni' lloreiilini' ou sicmioisr du trecento n'a. pour allaiter son lils, (iéeonveil un sein place juste au milieu de la poitrine et (pii semble uni(|ue.
Les panneaux aelmdlemenl connus, ipii roseiiihlenl le plu- au tableau
. — (Jaii L ' A > .. K
I Ktl'NAMiK/, UE StVILLK. IIK I. ASMlXCIAIID.N.
:6 LA REVUE DE L'AHT
(le 'l'obed. sont des œuvres catalanes, comme le grand retable de Père Serra, àManresa. L'identité est frappante, snrtout pour les types féminins. Il ne faut pas Dulilierque le tableau où ligure le roi de Gastille a été trouvé dans un village du royaume d'Aragon. A-t-il été commandé par le roi lui- même, ou peut-être par un des prélats de la maison de Luna qui entre- tinrent (les rapports constants avec Knri(|U(^ '
Si ce retable a ('té peint pour un Luna, il a été probablement peint à Saragosse. Ce que pul être la peinture dans cette grande ville pendant le xiV siècle, nous ne le savons jusqu'ici que par le triptyque du monastère (le Piedra, exécuté en !.'^90, et conservé à Madrid, dans la collection de r.\cadémie de l'Histoire. Ni les anges musiciens, qui ont été reproduits ici-méme ', ni les scènes de la Passion, ne ressemblent, fût-ce de loin, aux ligures du tableau de Tobed. Le peintre aragonais du triptyque de l.'^90 n'a été initié à l'art siennois que par une voie très indirecte. Collaborateur des (''l)énistes mores ou juifs qui ont travaillé au merveilleux cadre du tri- ptyque, lui-même a vu des peintures musulmanes: d'autre part, il a certai- nement connu, par des panneaux ou des miniatures, l'art franco-flamand, qui, de son c(")té, avait imité ou transformé des modèles italiens, et qui, à la lin (lu XIV" siècle, a pénétré dans le nord de l'Espagne -.
Il convient de s'en tenir à la constatation qui est dictée par les œuvres elles-mêmes. Le retable de Tobed ne se rattache pas plus à la peinture aragonaise du xiv" siècle, telle qu'elle nous est connue par une œuvre nnique, qu'à la peinture andalouse. Il a sa place toute faite dans l'école catalane, t ne conclusion plus explicite serait prématurée. Puisse la publication de ce tableau historique, qui est étudié et reproduit ici pour la première fois, susciter des rapprochements nouveaux et des observations décisives I
E. BEHTAUX
I. \uii- h. Kecite, 1. .\\, I9UC., p. US.
i. Voir Im Km,,-. t.XXn, no7. p. 12U-1:;:!.
BIBLIOGRAPHIE
Fréjus, pai' .1. CiiAiii.Ks-Huix. — l'Miis. Hloiiil. iii-Ki. pi.
Après Aix-i'ii-I'roveiicc et Nîmes, c'est à Kiejus (pie railleur des Suinenirs iln passé consacre un nouveau volume delà « Hibliolliécpie réj,noiialisle ••. Il v coordonne les récits des historiens de l'ancienne colonie nunaine: il y décrit les inonuMieiils. dont certains ne nous sont parvenus ipi'à l'éta! de ruines: il y fait revivre les •• jrrands hommes « de la cité, et, sans dédaigner les lé<,'endos. il s'attache, ainsi cpi'il le dit dans son avant-propos. « à jiio-er les choses d'un point de vue à la fois srienlilhpie et artistique ».
La petite ville est assez riciie de souvenirs \w\iv tour nir uialien- à une ath-ayante monographie. 8a silualion de «irand port militaire des Homains sui- les côtes provençales lui valut, dès ses orig-ines, un ensemble de coiistriiclions, telles que fortifications, théâtres. Ihermes, temples, aqueducs, dont les vestiges Imposants attestent encore aujourd'hui l'importance. Plus lard, ipiand le ptwt eût el(' obstrue par les ensablements, Fréjus n'en continua pas moins à faire lifrure dans riiistoin- religieuse, militaire ou politique, et l'on n"a. pour s'en convaincre, qu'à ouvrir au hasard le livre de M. .1. Charles-Uoux. Quanta son existence artisliciue, les tnuivailles faites depuis le xvir siècle, dans le vieux sol fouillé jiar les arcliécdogues. témoignent de l'activité (pi'elle dut avoir aux époques romaines. Far malheur, l'iiistture des monu- ments dont la découverte a été signalée est un véritable mai'tyrologe : les uns sont perdus, d'autres détruits, d'aulres encore ont été exilés loin de j-rcjus. dès leur exhumation, et aujourd'hui le [letil musée, créé jadis par M. .\ulicri.is. sr trouve privt- de ce fpii aurait fait sa plus riche parure.
i:. II.
Nouvelles étudessurlhistoirede l'art, par IJuilr Mm hi:l. — l'aris, liaclii'tlc in H..
Dans un précédent volume, paru en 1895. liiislorien de li,-mlir<iii<(t et des Mmtir.s du pai/sage avait réuni une série d'études sur l'histoire de l'art, consacrées plus particulièrement à l'histoire des artistes: celles qui forment l'objet de son nouveau volume sont autant de contribulicms à l'histoire de la critique d'art.
Après avoir exposé, dans \m chapitre spécial, les conditions dans Icsqucll.-s elle s'exerce aujourd hui, et les ressources dont elle dispose. M. Kniile Michel pusse en quelque sorte à la démonstration, dans ses éludes suivantes : /.• Miifri- il»
Louvre, le Dessin chez Léonard de Vinci, les Pni/sn^isles et lémde dai.r.s nnliire. il s altaclie à prouver comuielil létude des o'uvres des maîtres et l'élude de la naliire.
78 LA REVUE DE L'ART
les recherches dûcumenl;iiips et l'Hiiimir ile la nature et de l'art, « sont la condition même de la vocation du eriti(iue ciinmie de l'artiste ». et doivent se soutenir et se corroborer mutuellement.
Le livre se termine sur deux cha|iitres, oii 1 auteur a fait revivre le souvenir de deux aundcurs illuslres ; Claude Kabri de Feiresc et Constantin Huygens, mécènes inlellijiénls, nnidesirs. jilrins de tolérance et de g'énérosilé, que M. Michel a dû pi'rndre un l)ii'n siiircre plaisir à porirailurcr. cai-. ainsi ipi'il le dit joliment, et ainsi ipiciii iMiuriTail. je cinis. [>■ dirr i\r M. Mirjiel lui-nu'-uie : « ... C'est une satisfaction piiur I esprit de voir ces gens posés, aimables, venant à bout, sans se presser jamais, (II' lanl de choses utiles, alors que notre agitation fiévreuse, (jue nous prenons pour de l'arlivité. reste si souvent stérile ».
E. D.
Les Estampes de Peter Brueghel l'ancien, i)ar René van B.\stel.\eh. — Bruxelles.
(i. van (.)i'st. in-loli(i.
M. lîriii' van Basit-lacr a public. I au dri-uiei'. en eollaborati(m avec M. G. de l>()ii. un grand travail sur l'cli/r Briirgliid lauricu et Son temps, dans lequel les aulcurs dri-idiTi'ut ilr se bcu'ucr a I iiuivrc pcini du ntaitre. Le savant, conservateur des l':slaiupcs a la BibliijIJHMpu' royale de Bclgiipie donne aujourd'hui l'indispensable rcuupléiucnt de i-c Iravail. sous l'oruh' d un livrr. du même format que le précédent, ifui rcul'iuuie la rcproiliuliiui des (cnl (pialre-ving(-cinq estampes connues de Peter Brueghel 1 aiirien, preeiMlee d'une iulrodueliou historique et d'un catalogue descriptif.
Ces! un ensemble dedoeuuieuls d'uiu' richesse el d'une rareté singulières : àcôté de suites de planches iele\aiil plus parliculieicuieut du folk-lore ou inspirées par la \er\e satirique du maître, ou eu liiuiMua daulies. moins généralement connues et uiui pas moins iinp(u-laulcs. (elles que ses marines, ses paysages alpestres, braban- ciuis cl caïupiuois, diuil cerlains confinent au gi-andiose. On conçoit quel est l'intérêt d'un p.ireil recui'il poui' Ihisluire de lart llamand du xvi" siècle : il facilite l'étude de iioudue di' lableaux perdus cl fournil en même temps une importante contribu- lion a I élude de la vie el des luu-urs à celle époque si mouvementée de l'histoire des l'ays-Bas.
K. G.
En marge du temps, par Henry Roi mon. — l'aris. Ilachelle. in-l(i.
Il sullisait (pie ce nouveau l'Ccueil. comme celui de /a Calfric des biisu-s et de Au iiiilirii th-s liuiniiies. se reconunandàt de la signature du secrétaire perpétuel de I .Vcademie des beaux-arts, pour qu'on lui fil une place en cette bibliographie spéciale; mais il a des titres plus jiarticuliers à notre attention et, si aucune de ces brèves et alertes notices, où se comptait la souriante philosophie d'un écrivain artiste, ne saurait laisser le lecteur indifférent, il est pourtant tels de ces chapitres qui nous ■ retiendront plus vohudiers : ce sont les poriraits darlisles et les portraits de monuments.
La. M. Henry Roujon excelle : l'éclectisme étrange de 1 Achilleion. la magnificence de ce frisie unisée des Chimères » qu'est le château de Chambord. la mélancolie de la vdla .\lliaui. aux iiarterres peuplés d'ombres savantes, ne l'ont pas moins bien
BIHLIOGRAr>inK 79
inspiré que le Ciloi/en David, ou <|uo les Besicles rtii père Chardin. (|iii soiil deux monographies ramassées en cent lignes oliacune.deux « médaillons" délicals et nets. où il y a, comme dans tout ce l'ccucil, de l'anecdote avec de la poi^sie. de riiis(oirc avec de la [jsvchologie. e( du slvl".
H. I).
La Fleur de la science de pourtraicture, par Francisque ri;i,i.i:i;iii\ il.').'tOi. Héim- pression en fae-similé. Introduction par Gasliui Mic.kon. — Paris. .1. Scliemil. in-'i".
La bibliothèque de l'Arsenal possède un des livres les mieux l'ails pour donner une idée exacte des influences avouées de l'art oriental sur les arts d'Occident au xvi' siècle : ce sont, comme dit le sous-titre de ce rai'e petit ouvrage, des « patrons de broderie, façon arabicque et ytalique ■'. dont l'intérêt a été dégagé avec beaucoup de sens par M. Gaston Migeon. dans la savante introduction (pi'il a écrite pour la réimpression en fac-similé de ce bréviaire des décorateurs du xvr siècle.
Réimpression 1res heureuse, d'ailleurs, et comprise avec un goût (|ul lui vaudra l'estime des amateurs de livres: on aime à entendre un t'diteur di''clarer (pi'il a eviti> «le déplorable papier couché ■■ et (pi'il a choisi « un beau jiapicr de Hollande, de Ion sourd, de grain généreux, (pii fait valoir les beaux noirs delà gravure du xvi'- siècle ■■. Et il est de fait ((ue les élégantes arabesques, les gracieux mollis rayonnants, les souples décors à répétition, recueillis par maître Kranciscpu' Pellegrin. n'ont rien perdu.de la beauté' de leur ligne et de leur tache à jiasser par les presses modernes. Ils y ont gagné, même. — notammenl d'ètri' l'Iudiés jiar nu spi^cialisle et dèlr.> mis à la portée de tous les curieux.
i;. I).
Auguste Rodin, l'œuvre et l'homme, jiar .liidilh Ci.auki.. — lîruxfdles. '.',. van Oest. in-fol.
On a beaucouji l'cril sur M. Uodin. aussi bien sur sa personnalité que sur sou talent, et. pouilaut. il u est pas exagéré de dire (pu- M. Uodin est assez mal c(Uinu du public, sans doute |iarce ipie ceux qui (uil parlé de lui n'ont pas pu se tenir de substituer leurs propres élucubrations lilté-raires à l'exact et simple exposé îles faits; on a fait dire beaucoui) de choses à l'ieuvre de M. Uodin. et a M. Uodin lui- même : on nelesapeul-èlrepasassezécoulesl'iinet l'autre. Mais allez doru- demander de la discrétion à un criliipie d'art, et qu'il s'ell'ace pour laisser parler un niaiire \
Mil. .Judith C.ladel. pour le livre de laquelle M. Candlle l.emonni.-r a écrit une vibrante préface, voudrait échapper à .e d. laul ((Mumun aux admirateurs comme aux détracteurs de l'artiste : elle a recueilli, mous dit-on. les causeries de M. Uodin. non en les transformant selon sa fantaisie persoiiiudle. mais av.v une rjg..ureuse
exactitude. Aussi son ouvrage n'est-il pas seulemeni »w cluile s ptueusemeul
illustrée de l'œuvre du sculpteur: il |)rétend étr.-. e dre. le plus ver pie cl le
plus vivant aperçu sur l'honnuc. tel ipi'il apparaît à une adnnralruv ,p
connaît de longue date, et qui a mis à le faire c.uu.ailre •■ la paliei I le respect
oarliculiers à l'Ame féminine devant ce cpH graridenienl linqiressionne ■■.
!•:. II.
LA REVUE DE L'ART
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XIX' siècles, par Henri Bouilhet. /. Le XVIII': siècle. — Paris. H. Laurens. or. in-8o, 56 pi.. 17(1 fi;;-.. 2.^ fr.
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I.E BRÉVIAIRE GRIMAXI
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Le Hrth'idirr (Jri/iiaiii. \ç jovaii de la liil)liotlii'(|iic Marciaiiii de \eiii.se, est un des maiiusirils les plus soiuii- tueiix (jue nous aient légués les miniaturistes du mo.vni âge.
Au temps même où , nous allirme-t-on malgré le> doruiiiiiits les plus eontraires, tous les maîtres « gothiques (•(uniuniil l'injure de l'cuibli d'abord, et bient(M du mépris ", l'Anonyme de Morelli, maintenant identilié avee le noble
1. Tous les renseignements docuincnlaires (|u on lira diins cel article viennent forcément des écrivains qui ont ijarlé jusqu'ici du Bréviaire Grimani. La préface encore inédite du firand ouvrage de MM. de Vrics el Morpurgo, rédigée par le D' Coggiola, bibliothécaire de la Marciana. précisera el roctiliera prochainement de nombreux points douteu.'s ou erronés. Il a bien voulu me les signaler avant l'apparition de son travail : on les trouvera notes ici. Pour lui rendre ce qui lui est si légitimement du, j'indii|Ucrai chaque fois ma sounc.
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LA KEVUK DE LAIir. — XX\ .
82 LA kp:vuk de lakt
N'énitieii Marc-Aiituiiio Michiel ccli'bre en 1.J21 ces pages merveilleuses. Il les avait adinin'es chez le cardinal Domenico Grimani lui-même, qui, nous (lil Zanotlo, avait acln'li' ce manuscrit en 1489', pour 500 ducats, il nii ccilain Anloniii (le Sii-iJi'. dans l(M|uel (inelcpies-uns ont voulu recon- iiaitrc le cidchic peintre Antonelio de Messine: la chose n'est pas très bien priH'isée : eirectivement, dans le chapitre H de sa préface, 'SI. Cog- uiola l'ait reniaripnT (|u il serait dilliiilc de voir là Antoaidlo de Messine, lequel (Mait mort en l'iS'i.
Dans son [cslanicnl du 1(1 aoiil \'<2'.'>. le cardinal. (|ni, loin de mépriser cette lenvif ihs ndthi(ini'>. (|uoii|nc l'Italie IVi| en pleine Henaissance, la regardai! au contraire <■ comme ui\ olijei île la plus grande valeur et de la plus e\(piise lieaute •> testament du l'.t oelohre ir)2(i , la légua à son neveu. le cardinal Mai'ino ( irimani, patriarche d Aipiih'e. mais sous l'ex- presse défense de l'aliéner: le manuscrit devait, après lui, être olîert à la Républiipn'. A la niorl du cardinal Marino. en \:>\i\. le /y/ci7'«//-e fut néan- moins conserve |iar .lean tnimani. ipii iditinf d en gaiiler la jouissance sa vie durant. IJi l."i'.t2, .lean (irimaiii, (pii l'Iait tri's malade, mais qui ne devait mourir ce|iendanl (|u Cn I.Mi;;, lit appeler le |n-ocurateur de Saint- Marc, Marc- \uloiMo ilarliaro. et Ini conlia le livre. .\pr-és son décès, le manuscrit lui reuiis. devanl le sénat assendjlé, au.\ mains dn doge Pascal Cicogna, (pii ordonna de le dc|)oser dans l(x trésor de Saint-Marc.
La l!epnbli(pie, vonlani monliei' le prix ipielle attachait à un monu- ment si |irecien\. — (pioi(|ne gothique et i)onentais -, — aurait fait exé- cuter, |iar ,\h'ssandro \ illoria. la ricin' rclinre de velours, gai'uie d'argent ciselé cl dore. i|ni l'haliille encore aujourd'hui, et placer sur les plats les
portraits e •dailbnis du cardinal i iriiiiani cl di^ son |iere. le doge Antonin
lirimani .
A ce Hiouieiil. il dis|);ir;ii| c( uu |de| eme u I . .\ucuu des gra uds ce muais- senrs, aucun des cnricu.x. aucun des voyagenis d'inq^utance des xvii' et
1. Zuuollu Uf [imil liascr sdu ulliiiii;tULPa sur uiuuii ilm-iiuicnt. Selun les suppositions de .M. Cof;- "ijiola. l'acquisition doit être peu antérieure à loiO.
■1. Ce mot poiiniUiis. employé [>ar IWnonyme de .\lorelli, n a pas ete. je crois, explique. U signifie sous sa plume, les artistes du l\inent. île l'Occident, les L'itramontains par rapport aux Italiens. Les Ponentais étaient iIuil.- les ;;otliic|ues .. des pays soumis :m\ rois de Krance et au.'s ducs de Bourgogne •■.
.;. I.r D' Co^'^iiila ci.iil |i,.uM.ir .ilhiuirrqae la reliure- un tiulleiiiciit etu e.veeutee par \ittoii.i : il peii.-f qii l'Ilr cl.ite plulid lin temps rlu cardinal Uomemco Crimaiii.
LE RRF.VIAIHK (IHnfANM
XVIII' siècles, n'est admis à le voir, .lacqups MoroUi lui-niriiic, bibliotlié- caire de Saint-Marc pourtant depuis 1778, ne le feuillette pour la première fois que le .'î mai 178'i. lors d'une visite du roi de Suédi', (luslavc III. Le 4 octobre 1797.11 olitinit un dcrrcl ([ui ordonne 1<" transfcri du manu- scrit à la Iîibliotiii'M|ui' publique , oii il n'arrive d'ailleurs qu'en ISOI ' : {■'est là qui I extrr-m e amabilité du D' Frati, l'éminent administrateur de la bibliothèque, et ([ui' la complaisante érudition de son savant coUaliora- teurJeB^Coo-g-iola. m'ont permis de l'exauiiniT . d'en photographier les feuillets nécessaires ;'i mon étude, dans d'excej)- tionnelles conditions. .Ir suis heureux de leui- exprimer ici toute ma ri'- connaissance.
Depuis son entrée à la Bibliothèque, fort nombreux sont ceux cpii, émerveillés par ces pages éblouissantes, ont con- sacré au B/-('vinirc de
. A I \ I F. C A 1 11 K 11 I .N K , S .V I N T E L !■: C 1 1. K ,
ET ALTRES SAINTES.
Miiii.-il>i''<' ■lii llrhiair<> Grimm
UNI V. H A 11 H E
nugestives ilissertations. Natinrllemnit . tous ..nt pris pour point d.' départ de leur travail le passage de Marc-Antonio Michiel(152i:: :
Le Bréi'iairo. célèbre, que Messii-e .MiUmio le Sicilien ve.ulil i.n C.nliii.il |Hiur 500 ducats, fut enluminé par beaucoup de niaitre.s. el pendant heaucoup d am.-e.^. Il y a des miniatures de la main de Jean Memlingr.... de la main de Cerard de (.and.
1. D'Coggiola, 0. L, ch. \.
LA REVUE DE LART
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c. 125. (le l.ifviii (1 Anwi-s. c. 125. On loue surtout les douze Mois, et parmi ceux-ci le mois de Février, où un petit garçon urine dans la neige et la lait jaunii' : le paysage est enveloppé de neige et de frimas.
Avant d'aller plus loin, il est indispensable, puisque nous citons le passage de Marc-.\ntonio Michiel, de remettre, d'après M. Coggiola, les choses au point. Il est, en effet, d'un intérêt capital de pré- ciser que Jamais Marc-Antonio .Michiel n'a parlé de m.') miniatures de (lérard de (land, de 125 miniatures (II- Lii^viii il'. envers, de ... miniatures de Memling. (1. 12.") est une abréviation de carta 125; or caria siiiiiitlc fenitlt'i : nous avons là simplement une réfé- rence à un autre ouvrage de Michiel. que Zanotto n'a jias comprise '.
Dès la première ligne, voilà donc tout de suite mie partie du bel échaffaudage à bas. Mais conti-
IIIIipUS,
.le ne m'attarderai pas à reprendre la longue liililingraphie du Bréviaire : je me contenterai de liter les principaux critiques qui s'en sont spécia- lement occupés : Morelli, tout d'abord, dans sa Notizia -, — nous y reviendrons dans quelques ins- tants ; — Hédouin, qui le cataloguait dans les œuvres de Memling"; Henri Harzen, qui en parlait dans S^ ^ffl n les Anhiv. fur zciriinende Kiinsle. en 1858: Zanotto
et L. de Mas-Latrie, qui en publiaient un fac-similé en 1S62; M. Destrée, ([ui en commençait l'étude dans la (iazelte des Beaii.r-Arts en 1887, pour la continuer dans la Revue de l'art chrétien en 1894: M. Ed. Baes, qui, dans la Coniniissioii royale d'art et d'archéo- ioi^ie de Be/gi(/ue 1 1890 . y distinguait seulement deux
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Brkviaiuf.
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1. Coggiola, 0. /., eh. 2.
■2. Sotizia d'opere di diset/no iiellapiiiiia meta delsecolo X VI,esislenli in l'adova, Cremoiiit. Milano, l'avia, Reryamo, Crema, Vene:ia, scrilhi Il ijiiel leiiipo. Bassano, 1800. in-S°. - 2* édit. par G. Frizzoni. Bologne. 1884, in-S'. rrhéoloqiijUfs. t. VI 1847 .
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il loue surtout les douze Mois, et parmi ceux-ci le iic Ft.'\ rier, où un petit garçon urine dans la neige et la .unir : le paysage est enveloppé de neige et de frimas.
Avant d'aller plus loin, il est indispensable, puisque nous citons le passage de M arc- Antonio Miehiel, de remettre, d'après M. Coggiola, les choses au point. Il est, en effet, d'un intérêt capital de pré- ri.-;er que Jamais Marc-Antonio Miehiel n'a parlé de \2') miniatures de (lérard de Gand,de 125 miniatures do Liéviu d'Anvers, de . . miniatures de Memling. C. 12.5 est une abréviation de caria 125; or carta signilie feitillel : nous avons là simplement une réfé- rence à un autre ouvrage de Miehiel, que Zanotto a a pas comprise'.
Dès la première ligne, voilà donc tout de suite une partie du bel échalîaudage à bas. Mais conti- nuons.
Je ne m'attarderai pas à reprendre la longue liibliograpliie du Bréviaire : je me contenterai de citer les prfncipaux critiques qui s'en sont spécia- lement occupés : Morelli, tout d'abord, dans sa Nolizia -, — nous y reviendrons dans quelques ins- tants ; — Hédouin, qui le cataloguait dans les œuvres de Memling^; Henri Ilarzen, qui en parlait dans les Archiw fur zcichnende Kiiiis/e, en 1858: Zanotto et L. de Mas-Latrie, qui en publiaient un fac-similé en 1862; M. Destrée, qui en commençait l'étude dans la Gazette des Beaux-Arts en 1887, pour la continuer dans la He\'ue de l'art chrétien en 1894; M. Ed. Baes, qui, dans la Commission royale d'art et d'archéo- " ioii;ie de Belgique (1890), y distinguait seulement deux
I. Coggiola, 0. l., cil. 2.
i. Soliziad'operedidisegnonellapriinanielùdetsecoloXyf.cii'iletit! >« l'adova. Cremona, Milano. Pavia, Beryamo, Crcma, Vene- leinpo. Bassano. 1800. in-8'. - 2- édit. par G. Frizzoni. Bolagne. ' gigues, l. VI I ^i)~
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Minialirri- ilu /lr,-ei,iin CriiKan'.
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mains , cellos d'un maître verLichter et de son aido, qui serait Gérard Horenbout ; Kd. Chmelarz, qui le rapprochait des Heures de Maximilieii. dans le t. \'ll ISSS du Jahrbiich der Kunsthistorischen Sammlungeii des allerhirchsicii Kaiserltauses i Vienne); le chanoine Dehaisnes, qui s'en lut l'examiner à \'enise pour le l'aire connaître à ses confrères de la Réunion des Sociétés des beaux-arts des départements à la Sorbonue, en 1891 ; le comte Paul Durrieu, qui apportait de précieux renseipnenients dans la Gazette des Beaii.r-Arts en 1S!M , dans 1(> liulletiii des Antiquaires de France en 189'i, dans \Si Bibliothèque de L'Hcole des Chartes en IHU.J, dans l'Almanach catholique de France {[9UC}} ; l'édition d'Ongania de 1903; enfin, l'imposant ouvrage qui paraît eu ce moment à Leyde, sous la direction de MM. S. de \ries et S. Morpurgo. r)ii trouvera d'ailleurs, dans l'onivri- de ces savants, toutes les opinions émises par des crititiues . commr MM. Curmer, qui a reproduit plusieurs miuiatur(>s du Bréviaire dans ses Évangiles, Duplessis, le bibliophile .lacob, Labarte, Hio. \\'auters, .1. Weale, qui s'en sont occupés, mais eu (juelque sorte incidemmeut.
Ce qu'on eu a dit peut ainsi se résumer.
Memling est assez incertain: cependant, dans les derniers travaux (Onganiai, on voit sou nom imprimé au bas d'un certain nombre de minia- tures. Combien ':' Je ne les ai pas comptées. Peu importe, en etl'et, pour b"^ lignes qui voiil suivre : car je continue à ne pas admettre le subjectivisnie sur une questitin qui, dans la plupart des cas, peut et doit demeurer, pour être scientifùjue, essentiellement objectivcv
M. Durrieu pense que Marc-.\.ntouioMicliiel aura mal compris ■ liening". dont on lui parlait, et aura écrit Memling. \ oilà un nouveau nom qui apparaît ainsi dans l'exécution du hréi'iaire. Les artistes vont d'ailleur> devenir légion dans quelques instants, puisque les écrivains d'art ne jk uveni même pas s'entendre sur les origines du manuscrit.
D'aucuns prétendent, eu elVet, (pi il a 'Av compos.- pi'udaiit le ponti- ficatde Sixte \\\ pour son usage personnel, antérieurement par consi-quenl à 1484, année de sa mort. M. .1. Weale le croit écrit seul. ■meut après I49U. M. Kd. Haes le présume copié jiour l'raneois de lîusl.-ydeu, précpleur de Philippe le Beau, appelé eu Italie en 1.'.06 par le eardinal drimani: il lixe la date de son exécution aux environs de l.^jo M. Desiree. enfin, suppose qu'il a été enluminé pour l'.'mpereur Maximilien, au.|.iel il n'a etc livré .pie
LA REVUE DE L'ART
pi'ii i|r li'iiip-- avaiil sa iiinrl. vi'i's LM;). Il s'appuyf ppiit-ètrc sur la pliiitogravurr d uiic page des Heures de /'oi/j/ereur Maximilien (Biblio- thèque de \ icniH'. iiiss. 1907), publiée par M. Ed. (Ihmelarz, dont j'ai cité
j)lus haut le travail: on peut ra|)pro(lier, en elîet, la tigure de sailli Si'bastien, jdacée à e('il('' d un pdilrait de Maximilien à l;vii(>u\. (le celle du même saint ipii lail l'ace à saint Fabien dans le lin\i(iirr Crimnni (p. 20'2U Assiu-t'iiient, l(^s deux saint Sé- bastien diM-ivent d'un même jialion. (pii>i(pie celui du Gebet- l.'icli d:' Maximilien soit très jeune . ri (l'Iui du Bréviaire (i ri ma ni liés \ir'ux. Pendant cetle jxTiode de (|uarante an- nées , proposi'e ainsi à nos méditations, bien des peintres SI Mit dduc nés. ont brillé, ont disparu, ont été remplacés. Dès lors, le champ est ouvert et l'on l'uli'ud parler de Jean van Kvck ' , de Memling'. de Gérard de (iand, de Oérard van der Meer, de (îérard Horenbout, de Gérard David, d'Antonello de Messine, de Lievin d'Anvers, de Lievin van Laethem, de Lievin de W'itte. d Alexandre, de Paul, de Symon et de Lievin Rening, de Simon ■ Marmion même. On parle aussi de Jean-Marie Podino, de (liiulio Clovio, qui, d'après \asari. travaillait pour le cardinal; mais ce n'est pas une preuve poui- ce dernier, puistjue le cardinal acheta 1<^ livre terminé. N'oilà donc bien des noms mis en avant. Je ne discute pas les bons argu- ments proposés, brillamment défendus ; mais comme je ne connais, avec
I, V Cl U K K ; liKCEMBK e) . MiiiialMEv .lu C;.l.-ii,ln.i ,l,-~ Tm riches Heures du duc de Be
I!Hi:\ I \l|;|-: (.lilMAXi
corti„ulr. ui I,. r,i,,., ni la hioo,,,pln,. dr crux ^u -m us p.vsn.t.-, j. n.r
i^ardr ,1 ,.„f,v,- ,|ans la lice, .h- n.r l.on,,. ;, ,„|„H,vr .U-s i.ioi.tiliratious,
I. A l)tlIi:L (llKl I. MIUll
MiiiMdiJv .lu I ali'ihlil'tr .hi Hn'nnin
comme cfllcs rloiit ji' parlai> dans mon lifiahlf ilr lii-diinr^ : u (;i'>| |mi 1. Intzeltf (les lleiiii.i-Ail.s. l'JOi;.
LA HEVUK DE L'Ain"
itMiiplir un vide, et |)airc (]u'<>ii n'eu avait pas d'autre a rdurnir. ([u <iu a choisi, pour le Jugement (/rriiicr de lîeauiie, le nom de Kogier van der \\'eydeii ». mous apprend M. \\'auters: « Cherchons dans les anonymes (h's tableaux (pu nr soirnt jnis iiidii^iics (h' Mostaert, pour les lui attribuer », imprime M. llmil .lacoljseii en l'J()7: et je ne ristpie aucune liypothèse sentimentale.
Sur toutes ces éludes, cependant, plane un sentiment très particulier d'incertitude extrême. Sentant avec raison combien est peu solide le terrain sur lequel ils s'avancent, les écrivains d'art dont nous venons de parler, s'ils ne s'accordent pas sur les auteurs de ces uuniatun's, interro}>ent avidement celles-ci. Mais " aucune ne |MMlaut leurs noms, ni leurs ini- tiales, il est (lillicile di' savoir de quelles mains xmt telle (lu telle \)H'^(' » l)eliaisnes. Aussi, quand lun d'eux (Tdit p(iu\i)ii' l'approcher du l!n''\-i(iiic une miniature d'.Xnvers sio-née (1 ou (. 1 1. et attribuée d'abord à C(>///e'///c '' llorenbout, puis à Memling- ?"^, ou bien les pages d'un ma- nuscrit de Cassel, signées 1 B, attribuées par les uns à llans Hosamer , par les antres à llorr(d)out yi, s'empresse-t-il d'en l'aire état: i aniais mauvaise grâce à leur adresser un re- |U(iche : mais je comprends la réserve de M. Chmelarz, (pii, en présence d'une miniature signée P. l!.. de l'ecule de Paul liening. n'ose cependant pas se prononcer, et je suis de son avis. Car d'une pièce datée de 1500, que je publierai pro- chainement, il appert que les initiales des maîtres étaient souvent simples marijues de leurs atelieis : elles peuvent donc nous guider, resserrer les limites de nos incertitudes, nous conduire à la vérité, mais sans nous donner encore des assurances ((impiétés. Et puis, d'ailleurs, combien lurent-ils dans ce xv siècle, parmi les quinze mille artistes, certainement, qui travaillèrent, ceux qui avaient les mêmes initiales'
Le chanoine Dehaisnes, lui, se déclare incapable de déterminer la part de Memling, de Gérard de dand. - (|u'il identifie avec (Gérard van der Meer, — de Lievin d'Anver>, — (ju il croit être Lievin van Laetheiii.
T.K iîin;viAiiii<; (;|{|\ia\i
Je ne comprends pas livs bien. Car. s'il ne voit dans le lin'i-i(iirc,\w viiiyl- quatre miniatures du caleudricr et soixanti' uran<li's uiiuiaturcs. si .mi
ri*alité on n'y trouve (|ur rciil <\'\\ -lande^^ paiivs l'Mlniiiiii.'cs. «• Minil
peut-il chercher à (h'cou- vrir, d'abord lesdeuxecnt cinquante de Gérard (h' Gand et de Lievin d'An- vers qu'il croit iiidiqu.'es par Marc - Antonio Mi- chiel, ensuite le nombre indéterminé ch_^s minia- tures de Memlino-'^ Mais. chose beaucoup plus in- téressante, il ajoute qu'il lui paraît certain ijue Jean Gosart de Mauheuge a enluminé la miuiaturr qui représente Saintf Ca- thfiiiif d' Alexandrie au milieu des Docteurs. « < )ii lit, en elTet. dit-il. sur l.i frise d'un édifice de ri'tli page, le mot (!r)S.\.i; 1' .. (voir la (Igure, p. SS^ Enfin, voilà de l'objecli- visme , un jjeu tro|) in- concilié, peut-être, avec ce qu'il écrivait une page auparavant .M;iis.cu IH'.M . les temps n'i'taicnt pas venus.
Cette inscription, l'ei
C v I iiKii I m: I'
M Hun' ilu II,-.
le clianoin
Morelli. Pendant (juc j examinais avec le D' Coggiola c j'ai beaucoup appris, lue fois de plus, j'ai coiistal vraie la phrase de M lieilin. la modi>te A,- la reine
|)eliaisne>. nie lamelle à
s belles peiiilures.
là eiiinbii-n i-tait
Marie- \nlniiielte :
LA HKVUF. liF. I.
ÇH) LA RRVUR DR I/ART
„ Il ii'\ ;i il.' iiiiiiviMii (iiif ce ijiii est uulilit' ... Si. ilrpiiis le lU janvier 1853, ainsi i|ni' nous jKHivnns li' voii- ]iar les l^roris-verltaux du comité d'archéù- lo^ic\ niius j'aisiins ((iiinaissanri' oriicicllc avec la li^g-onde de l'hnniilité. (le la naïvi'li' des jniiuilirs qui ne signaient pas lenrs œuvres, voulant niniuii- dans I aniinynial il ine' oluiic ((iniinniie. des savants coninie Zani'-. à la lin du wiii' -,icelr. iTii vaii'Ml (jiie les ai-tistes du moyen âge inscri- vaienl leurs u(ini> dans les galons des vi'leuienl> ; ri Murelli. ])arlant alors (lu ll/n-idi/r (.riiiKuii. jien^.iil ([lU' (-'l'Iail dans ers inseii|)tiiins dissinin- li'cs. riiuiaul ^nr les Im irduii's. iju il lallail ciicrelicr la clcr du mystère qui
(■nve|(i|i|M' cell nvrr iiieoniparaldiv Tonl eda. M. Ciiggiola l'a rt'sunié
tians mil' noie lies sulislanlielle que je lui rniprnntr .
Sans in'iMi dimler, j'ai dune lepris la vieille liuMnii' ipiOn ne diseutait pas, il \ a ecnt vingt ans, lanl elle l'Iait certaiiu': idle a s()ml)ré devant la sensildeiie des rninanli([nes. Cellr lois, la pliotograj)liie, ([ui manquait à nii's de\ aueiers. |pei luel de n'.nnir laid de jM'enves, tant de documents autheu- li(|ues, (|ui' cette lliiMirie ne penl niau(pier de repi'cndre la place qu'elle occujtaii .jadis dans I histoire de l'art. Les niauirestations de l'orgueil, de l'éindition, de l'importance sociale des grands artistes du moyen âge sont maintenant trop nninifestes, pour que la légende survive aux pièces inat- taquables que la science met et va meltre ( liaque jour en lumière. Les clichés que je viens de faire à Venise apiiorteront, je l'espère, une petite pierre à l'édifice nouveau qu'il s'agit maintenant d'édever sur des données indiseulahles. dans leur ]ui''cision scientifique.
1. F. (If Mél.v. Sii/iiiiliiies (le l'r'onilifs. Les Sciilpleiiis, Paris, Ami des moniimeiils. 190S, iii-8°. pp. G S.
2. Zani il'ietruj, Moleriali per sei-oire alla sloria clell' orir/ine e (ie> prur/ressi dell' mcisiune nt lOine e in le;/tio, Paini.n. Cnrraignani, 1782. in-8°, p. i-'t9.
:(. " Il Mnrelli in ipiesti siioi :ippunli trasi-rivcva tulla la scrie ili Irasi, ili parole varie et talora (anzi il pin spr-^isii) di lettere senza siijiiiru'ato apparente h di .sefini grafici estranei ail' alfabeto ooiiiune, che si vedono Ir.uciati ijuaU-lie volta nei burdi e quasi senipre nelle grandi figurazioni, in ispecial modo -sngli orli délie vesli dei varii personaggi. E coiiie a giustifioare taie suo criterio, ricor- dava alla line délie sue note : " Intorno aile parole che sono nei lembi ovvero orli délie vesti nelle [littiire e rarte inlagliate in rame, vedi labate Zani nei Maleriuli per l'islnriri dell' incisioiie, p. 139, dove dire clie li pittori e artisti vi meltevano II titoli délie lignre o lesti .■ni esse analogiii o li nomi pn.priidi essi urielici ... Evidentemente il Morelli, accedendo a qiiesta opinione, confidava di rieavare dair es.inie attento di i|Uelle seritte qualche Uime sulla personalità degli artisti. .Né la questione e priva di attualilà, dacché, di contre allô scettioismo dei più, il de Mely, con ingegnosi argomenti, si va adoperando a dimostrare, per l'appunto, che quelle scritte niisteriose custodiscono torse pre ziose notizie, e elle ail' indill'ecenza quasi générale devc essere sostituita la piii diligente cura per penetrarne il setjreto » Cuggiola, O. /. .
I.H rjRÉVIAIjIii; I. lilMIAM 91
Quoique la chose puisse paniilre paradoxale, e'cst à Toulouse cpie j'ai fait connaissance avec le /)/Y'i7V^//r Crin/ani. Je plioloorjipliiais, à la biblio-
1, \ H Kl m; m; Saiiv m Miniall.rc .lii llr,r„„r
theque de la villr, une s|dciidi(lr iiiiui;ilnii' s\v:\\<-r I'. A, l'.-iid.itil qur iii;i plaque s'impressionuail, !'• siiviinl liiMinlIi-'cMiii'. M MM»ip. m appmia
LA UEVUK \)K LA UT
lin (|r~ Vdlllllirs lie hl |iulil irai il ill (Ir \iM. i\r Ni'ii'S r| Mnr|Miro() : j'a|ii'lvlis
ilaiis le ^aldii il un viMi'inriil : AdillA. I>r li'iii|)s jiii'ssait, il me falliil
Iriiiirr le livii': mais a rf niiiiiienl il m; iiouvait plus y avoic crii(''silatioii :
ji' ilrvais alliT à \ eiiisc cxaiiiiniT le iiiaiiusnit liii-niénie. Jeu arrive, ce
ml ilrs notes toutes chaudes, des photograpliies ainoiireusemeut faites
ir le imiraii même de M. Cog'giola ijue je pujjlio, avec les fruits d'uu
■liante <\c viii's qui m'a laissi' nu des ])lus agréables souveuirs de mes
prlrrinagcs srii'U I itii|Ues.
F. i.H MLLV
GABRIEL MKTSU
1. La Vik
i'^'E^--^.y:'^tk^^ '•' w l;i lii(t^-r;ii)liic de Mrisii . (•(iimiic pour ci'll'' (le tant (l'autirs pciiilrps de l'écnlc llanil.iisc (lu xvir sicrlr. r'est à Ilunbrakfii (judii a recours en pit-mitT lii-u. l'mirlant. Il' ipi'il nous raconte de Meisu. dans son riu'àlrr (les peinlres. est assez court e| Ir/'s inexact. Il l'avoue lui-même en coiumençaid :
Xdiis remerciions, ilil-il. de coiiiiiii'trc si peu de la vie de Metsu. Toul ce ipie nous en savons, c'est ■ |iiil ii:ii|uif à Leyde en li;i.ï. l,';unatoiir d art. M. .lean de Wolf. a possédé une leuvre de MeIsu. la plus i^-i-ande cl la |ilus inouvcnienlée que j'aie vue rie lui. représentant des dames et des seif^neurs (pii remlent visite à une accouchée. Ce tableau était si Itieii compose et dessiné, les dilTérentes étotFes et satins si léjrércmcnl peints cl si habilement drapés, (pie c'était un plaisir de le voir. I,a manière dont les persiuina<.'es se tenaient, s'inclinaient, expi-imail bien ce (ju'ils voulaient dire, .le me suis toujours l'Ionné (pie ledit M. de Wolf se soit di'fait de ce tableau. Il y a maintenant à la Haye, dans la .iralerie de M. de Schuilenburg. une œuvre de sa meilh-iire époipie. représentant une dame (jui se lave les mains dans un bassin d'arfreiil tenu par une servante, tandis qu'un cavalier entre, en s'inclinant devant la dame.
1. Bibliographie: Hokt (li. , t'alalogus vuti Scliilderijen iitel JeisfUer /irijini. I.« llnyï', I'.ï2. — Smith 'J.-A. . <'alalo;/iie raisonné of Ihe irorks of the inosl ••miiirnl Hiilcli, Flenii.ili and Frrnch pointers, t.ondon. 1S29-42.— Doiime {R. . Kunst unJ KiinsUer. Leipzig. 1877. — HuRorii (W.l. Miiséen de la Hollande. Paris.— IIavari. (11. . t.Arl el /e» ii, listes linlUind.ux. Pan.s. IS79. - «(.«hb |..,r,l Ronal(t\ The Fif/iire painters of HoUanil. Li>iidres. 1880. — Bnr>r \V.'. Slndien tur lieichirlile du Holla-ndischen Malei-ei. Brunswick. 1883: Kembrnndt iiud seine /.eilijenosse». Leipzig'. 1906. - itud Holland. tomes I à X.W. Amsterdam. 1883-1908. — \V..F,i.m.>. Hesc/iiilile der Malerei. loiiir lit. I-eipzig, 1888. — Pmi.ippi A.). Iiie Hlille der .Malerei m lltdland. Lci(i?ii; el Berlin. 1901. — llorsTCi'r iiF. Gboot. HolUendische Mnler des XVII. .laltrliiinderl. Esslincen-a. M., 1907. — .imutrrdam >n de .W !!• eitiir. par A. liiin.ii.* .t .lutns. W. P. vaii SI... kni.i, \..t \\.<\>\
0-, LA REVUE DE L AKT
L anialt'iir dail. M. rdiiiii'iiiaii. possède un pelil tableau iuri bien peint et dessiné, représentant iinedaiiie t\\\\ acrorde un hilli. A la beauté de la dame se joint celle dune peinture très achevée. Ses mains soni dignes du pinceau de Van Dyck. La jaquette de velours, doublée de Inurruie blanche, la robe de satin, le porirait du cavalier, le iliieu, i,'i uiiliirc lUdrlc. loul csl Ires naturel '.
Il il siiiivrnl pi'iul I. Icrniue étalant des Ié}i'nnies. des fruits, du poisson, de la
\.i|,iilli' lu i;iliii'r, cl des sci'vajites au marché. Parmi les petits tableaux de ce
uriiii', ou eu Iriiuvr (pli s(ud si bien achevés, que c'est une fêle pour les yeux de les v,ur,
H .1 priiil ;Hissi I iulcriciir d un alelier. ou d'une rcole de dessin ; au |)remier plan nn \iiil des UMiidacrs lie sculplure. des ustensiles de peinture, des o-ravures. des livres il ail fl il aiil rrs (ibicls. Iciiis peints d'après nature.
Mrlsii elail uii liiuuiur In uii U'aljle. el il niourut à Anislerdai i il avait passe la
plus iii.iiidr p.ulir ilr sa \ il', 1-ji 1 fi.'.s. à 'iD ans. il avait subi une lillinliuiiie.
la, m, .lAi;i,ii i,s Mkisl-, im.iie m, (iAiiKiEl, (lld:i
\ (lila |i(iur llduJu'akeii . I >ii a. ib'|)uis, l'ouillù les ar- rhivi's (le l.,e\(le et d'Amster- dam ;^ràcf à ces longues et |ialiciit('s recherches , nous [loiivons maintenant retracer assez e.\aclement la vie du peintre.
Il semlile ijuc le père et la mère de (;aliiifl Midsii airiil lu lous ileu.x une vocation matrimoniale 1res juduoiiciT. .s^oii pèri'. .laecpies Metsu. a (dé' nuirii' trois t'cns : Jacque- inyntje ( lariiicrs, sa mère, — la l'i'mme doil tniijours avuir le (Icrnicr iiidI . — ipialrc l'iiis. .Iac(|m's Mrisii iiai|iiil a llrllr, en l'IaiKJiT. outre lôST 'd l.")S!i. (les dates Irouvoiit iiMir n uilirmalidii dans deux aclo> : le premier du II juin lill.'i. dans Icipirl il ili'clare avoir 'iS ans — il serait ne. par cimséquoiit, en |.')S7, -- ol le seciiud, du .)l aoiil Ki'ifi, lui il se dit àgè do .'17 ans. ce ipii le Irrail nailio m l."iS!i. l'ji Ki'JO, il tdait déjà veuf : les lians de s(ui niariaor avec Macliteld I )ii'c.\(li'. pulilii's à l.evde Je df'sigueul comme \(Mirdf Mar\ tje .lansili'. Dans tous ces doeuuients, il esl qualilié de «' peintre... A eu juger par la belle signature de 1615, on serait même tenté
1. Des tiois l;ihli:iu.\ dédits par Huubratien, le premier, la Visite à l'accoiic/iée, faisait, jusqu eu lilOH, partir (le l:i inlliTticin lindolplic Kaun, il est reproduit ci-i'untre; le .sci-und faisait encore récem- nioiil |i:irlic' ilr 1,1 . ..Ilc.hon de l;, li;ir, ,11110 <]r (Intlischild. à [•■raiiiloit; lr Iroisiéiiir est au musée de
Cassel.
96 LA REVUE DE L'ABT
de croire qu'il a été artiste-peintre. Ce n'est, du reste, qu'une supposi- tion, car jusqu'à présent, on ne saurait lui attribuer aucun tableau.
En novembre 1625, la jeune Machteld Dircxdr, n'étant plus de ce monde, il épousa Jacquemyntje Garniers, laquelle avait été mariée en premières noces avec un seigneur Abraham Le P'outere, et ensuite avec le peintre Guillaume Fermout, surnommé Strazio A'oluto, que Samuel van Hoog- straten comptait au nombre des grands maîtres de son temps. Jacques Metsu mourut le G mars 1629, l'année même de la naissance de son célèbre lils. Le grand-père de Gabriel, Jacques Metsu, tisseur de laine, qui habitait Leyde avec sa femme, Alaertgen de Leeuw, dès le commencement du xvii'' siècle, paraît déjà avoir eu quelques relations avec des artistes, à en juger par une attestation de lui, datée du l.'i septembre 1616, et contre- signée par le peintre Hailly.
La mère de Gabriel Metsu, Jacquemynlje (larniers, avait ('lé, comme on l'a vu, très rcclierchée, mais la fortune lui fut infidèle. Restée sans ressources, avec sept petits enfants, à la mort de son troisième époux, elle dut gagner elle-même sa vie, et le 31 octobre 1632 elle demandait au magistrat de Leyde d'être admise comme sage-femme. Cette faveur lui fut accordée. Le 11 septembre 1637, à l'âge de 4.t ans, — le 30 juillet 1639, elle déclai'e avoir 'i7 ans, — elle se remaria pour la quatrième et dernière fois, avec Cornelis (lerritsz Bontecraey. patron d'un bàtiint-nt de passage entre Leyde et Rotterdam.
Quatre seulement de ses enfants lui survécurent :
Philips Aliraliainsz le Foutere; Mary Abrahamsz le Foutere; Sara Abrahamsz Le Fiuitcre, issus de son premier mariage, et Gabriel Metsu, son lils cadet, du troisième lit.
Par son testament du 20 août 1651, elle légua à chacun d'eux un quart de tous ses biens. Elle mourut le S septembre 1651, laissant un peu d'argen- terie, 1442 florins, 9 sous, 8 deniers, en monnaie, plus son mobilier, biens que ses enfants se partagèrent. Gabriel, (jui devait à sa mère 228 florins, 12 sous, 8 deniers, ne toucha que 127 lldriiis. 11 sous, 14 deniers.
Devenu majeur, - en Hollande, au .wir siècle, on était majeur à 25 ans, — il remercie ses tuteurs de leurs bons soins pendant sa minorité, dans un acte daté du 11 janvier 1654. D'après cet acte, Metsu serait né en 1629.
âbnel Mrtin jnm i6fe
LE DÉJEUNER A LAUBERGE
Rcv\w àt lAit ancien et moderne
i^ a
GAHHIKI, MKTSU <J7
La gilde de Saint-Luc- n'existait pas à Leyde avant lH'i8; cependant, dès 1644, les peintres avaient lornié une •>ilde provisoire parmi les niembres de laquelle, inscrit sous le n" 2il, se trouve le nom de (labriel Mctsu. peintre. Cela nous prouve qu'il peignait dès l'ûge de 15 ans, nuiis ce n'était encore pour lui, ni la richesse, ni la gloire. \'i\ document du 3 mai 1G.")2 nous apprend ce que lui rapportait sa peinture à sesdébuts et il semble ipie ce ne l'ut guère. «A la demande des héritiers de l'eu Nicolas De Hoy », Jacob Thybergen raconte » qu'il a été, il y a trois ans. dans la chambre dudit De Roy, au Oude Mareii c'est le nom d'uni' rue de Leyde;, voir peindre son portrait ]iar (labriel Meisu, ipie lui Thybeigeu avait denuuidé à De Roy puuiijuoi il n'avait pas plutôt l'ail lain- smi pdilrail par (ilaes van Eegeren, lequel en avait grandement besoin ». De Roy était plus pra- tique que philanthrope : «nous sommes convenus, répondit-il. ([ue Metsu i'erait monporirail cl nie (ioiiiii'i-ail en plus un paysage (r( )vidc, en échange de ce mannequin qui se trouve là près du lit, <■! dont je lui ai l'ail cadeau •>.
Metsu avait cependant déjà économisé 800 llorins. Celte petite somme avait probablement excité la cupidité de ses sœurs et de son frère. Le jour même où ils réglèrent l'hi'rilage île leur mère, ils passèrent lui acte par lequel Metsu s'engageait, ni(''nie au cas où il serait inarii'- et ani'ail des entants, à léguer à chacun d'eux 200 llorins. Kn revanche, s il mourait sans laisser ladite somme, les survivants se chargeraient de payer ses funérailles '.
Quelque temps après la UH)it de sa mère, Metsu quilla Leyde. A en croire des documents du tem])s, il aurai! ete obligt' d'aJiandonner sa \il!(> natale à cause de bruits fâcheux (pii couraient sur sa coiuluite. Klabii à Amsterdam, il déclare, le lit juillel KiiiT. i\ur ce ne sont là (jue des nuMi- songes, et une autre pièce dan> laquelle il se plaint du tapage de ses voisins nous prouve qu'il aimait la vie Iranipiille et n'-gidiere.
Jusquedà, il n'avait vécu (pie pour son art. Le temps vint où lui aussi voulut se marier. L'acte suivant date du 12 avril ItoS :
Ont comparu comine plus liaul (laiiricl Mi-lsii. de i.i'v<lc. peinlre. Ape de 'JN ans. sans ascenrinnls. assiste «le .lan Adriaeiis/ Ivuyper. son nncle, (lenieurant au l'rinsc-
I. Ses sœurs et son frère lui survécurent; mais il.iiis un a.te. reilipo quclqui's jour.i «pré!» la mort de Metsu. ils renoncèrent en faveur de su veuve. I.HnIiella île W.ilir. à tous les lc):s faits par lui .luii> son testament du 22 juillet IGdl, et uii^iiie aux i;iiO llorins léj-'ui-» le .1 juin 103*.
LA MBVUK nB I.AMT. — XXV. '•<
r,A KEVUK DE 1/AKT
l;imcIiI. ri Is^ilirllii lie WdllV il Klik lni.\ Sfll. à^^'cr rlr 2i; ;iiis. (Iciiirii r,i il I ilil Mirllic rliill-dll. ^is>islcc ilr sii iiinc. M;ili;i ilc ( ', iclilicr. \']i\ [,,] ,\r ijudi ils mil sigillé.
I.cs (IciiN i'|>()U\ lirriil 11' iiK'iiM' jiiiir Iriir riiiilr;il de riiiiriiiiii' : la ri'imiir di'vait u'anlcr, ni cas dr iiiin-l de son mari, hms les liims appuiit-s |iar rlli' lois di' siiii iiiaiiai^c, tous li's liijdux i|ii il lui avait donnes, et I (1(1(1 lliiiiiis du InCn di' son nuiri: si le luaii survivail, il devait lu'Titcr do la iui}iuc nianirri'.
Il si'udjli' donc (|ui', depuis son airivée à Amsterdam, li' peintre n'ait pas eu a se plaindre de la fortune. Dans son eoiilral, sa femme et lui sont
d.'sis'lh'S eomuie M le srie-iieUI-Caliriel Melsn ■< el ■• M"' I sa I lelle de Wolir..,
f.e ipii prou\e ipi'ils t'taient •"'"^ Jf /) (f y-eus estimes el de famille
V^t/Vl^i: ^HM^H hoiMiralde.
i'eiidant leur mariagi-, la fortune leur resta lldcle : en faisant leur leslament, ils slipuléreiit ipie le survivaul ^^ garderai! Ions les hiens, les meubles, les joyaux, les ha- bits, les actions et les créances : il- idaieid donc dans l'aisance, si la femme mourail la premiei'e. sa niere Maria de (indiber, encore en vie à ce moineul, de\ail avoir sa pari. S'il y a\ait des enfants, le survi- vant dexail les enirelenir. nomiuer leurs luleurs, el à leur majorit»', ou en cas de mariae'e. leur lendi'e leur pari de riii'rita.ue. S'il n'y avait |ias d'enfaiils, le siii\i\aiil devail paxi'r. en si' remai'iaul. la somme de nulle llorius carolus aux |iaienK du premier did'uiil. Si aucun des ('poux ne si' remariail. les parenl-, des deux conjuinis devaieni reccviiir cliacun une moitié de I Ih^iila-c. el. dansée cas. ( ;abri(d Meisu l(\eiiail i.ilDO carolus, dont un (|uarl à .lacomina Kool, et les trois autres quarts à son frère et à ses sœurs, ou à leuis descendants. V.w outre, ils se réservaii-nt le droit, s'ils le juj^eaienl Ixm , d'apporter des (dian<>'ements à leur< volontés ■ri jinllel llKl'i
Nous lie pouvons mallieuicusemeul pas jlie'cr de la valeur de la succès-
Sm. \ \ 1 1 M - l'I (■ \ lUMI 1 .\lt 1 M 1,1 l'I ^A I I. M M K l>AIM.I.ll: li|. WnLll
sri; i.irii ai.ik m-, maiom.k ^ I i' .\ \ i; 1 1. 1(!
GAHHIHI. Nri-nSU 99
sioii ilu peintre, sou inventaire navtint pas été retrouvé jusqu'à prést-nt. Gabriel Metsu fut enterré à la Nouvelle Épflise d'Auisterdani , le 24 octobre 10(37.
I, A M A H C II \ Ml F l>K li 111 IF 11
II. L(Ki Vin
De tout temps, les artistes se soûl altacliés à reprnduiiv .'u prinlure des intérieurs. Sans remonter aux fresques de Pouipéi, (jui nous umutrenl
100 LA REVUE DE L'ART
plusieurs scènes se (ItTdulant dans les chambres d'une habitation, il sufiiia de rappeler que les quattrocentistes italiens, et plus encore les primitifs flamands, ont bien souvent donné des intérieurs pour décor à leurs repré- sentations de la P>ible. Le premier qui ait fait de la peinture d'intérieur proprement dite est sans doute Jean \'an Eyck : son portrait des Arnolfini, à la Galerie Nationale de Londres, qui représente non plus des saints et des saintes dans un cadre plus ou moins fantaisiste, mais des personnages réels, en pied, dans leur projire maison, est l'origine d'un genre qui allait, deux siècles plus tard, faire la gloire de l'art hollandais. \'an Kyck ne fut guère imité tout d'abord : chez les primitifs, l'accord manque souvent entre les figures et leur entourage. (Quentin Metsys et Reinier ^'an Roemerswaalen approchèrent cependant de bien près la perfection dans leurs tableaux des «Changeurs». Pierre Lreughel le ^'ieux l'atteignit : son Festin de noces, du Musée Impérial de \'ienne, est un chef-d'œuvre. On sait avec quel talent Adriaen Brouwer. cet artiste extraordinaire, aussi Flamand que Hollandais. puisTéniers et tant d'autres, s'avancèrent dans la voie frayée parBreughel. Une observation s'impose toutefois : les successeurs de lîreughel ne peignaient que des intérieurs rustiques. Aux artistes hollandais du xvn'^siècle était réservé de représenter des intérieurs bourgeois, et de s'élever si haut qu'ils demeurent encore les maîtres du genre. Les peintres de Leyde tiennent parmi eux une place éminente, et particulièrement Gabriel Metsu.
On ne sait qui a été son maître ; en tout cas, son père n'a pas pu lui donner des leçons, puisqu'il est mort l'année même de la naissance de Gabriel. ( lérard Dou était, à cette époque, le peintre le plus en vogue de la ville de Leyde, et il n'est pas impossible que le jeune homme ait fréquenté son atelier, comme le dit Houbraken. M. Bode a cru reconnaître une cer- taine influence de liais dans ses premiers ouvrages'. Cette observation concorde avec le renseignement fourni par une pièce que M. Brédius vient heureusement de découvrir dans les archives de Leyde et qui nous apprend que Dirck Hais habitait cette ville vers Ki'iT : le 14 décembre 1649, une jeune fille nommée Maria Binnevoort déclare se porter garante pour Dirck Hais, peintre, dont les meubles avaient été saisis, ayant demeuré environ un an et demi auparavant au Noordeynde. dans la
1. Sltiilien ziir Gescliichle der liollœndisclien Malerei, ISSU, p. I9û-1«:!.
OAIilUF.I. MKTSr lui
maison de Coruelis (^liristiauiisz, pour lo iiioulaiit du loyi'r (huit Diri'k Hais pouvait être encore redevable. Il se peut donc que Metsu ait été en relations avec cet artiste et même qu'il ait vu dans son atelier des œuvres de Frans liais: mais ce ue sont li\ que des suppositions.
\os (joimées sui- les jiriMiiières œuvres de Mefsu sont aussi vatrucs
1,A FoiiiiE 'vF.K? uino'
Vinsl.'nlaiii. Rijl-mii-Mim.
que celles que nous avons sur ses luailrrs. Il a, rninme .lan Slp.-n. si^nié presque tous ses tableaux: mais il se souciait assez pi>u de les dater: aucun d'entre pux ne port-' une dale antérieure à Ifi.^i.'î '. Selon M. I?<.de-.
1 La oùllection John (1. John^.n. .i l'hilail.ilphi.-. rcnfcr une ih.mnr <• foin rMimi-i- '.'. ■"<•'»"■
I6.'.S, que certains auteurs ont cm .lev.ir inonlinnner: inms la sii:nalur.- -M aporrypl.o, ri j- n.- vois aucune raison d'attribuer le tableau à Melsu.
2. Rembrandt tiiid seine /-eilr/fiiosseii. l!»»»..
102
LA BEVUE DE I/AHT
deux scènes assez libres, conservées au musée de l'Ermitage, à Saint- Pétersbourg-, l't à la galerie Liechtenstein, à Vienne, seraient deux de ses premiers ouvrages. M. lîrédius en reconnaît un autre dans la Marchande (II- i^ihlrr. Iiiiic ilr 2 iiii'Ires île liaul. signi'c. comme les plus anciennes peintures de Metsii. de I initiale di' smi pn'notn unie à l'initiale de son nom, e| ipii -~e tiuiivail a hnnilres en ISS7. cJH'/. le inarciiand de tableaux Li^sser:
une jeniic \cn\c lend une pièce d'argeul à une marchande ijui lui pri'seute un lièvre: sur la lalile de bois, des canards: au premier plan, une oie. uu panier vide et mi vm[ que vient llairer un chien'. La clarté du coloris, ainsi (juc la largeur de la touche, fout penseï- à Frans Hais. La plu- part des peintres (pii ont fait surtout des toiles de petites dimensions. — (lérard Don. Ter lioridi. .lan Mieuse Molenaer. par exemph'. — ont
1. ilràci; il liililliiiMiM'i' lie .\l. Lfsser, j'ai pu re[ji-oiliilrc iii innii' l:i |jrfinii-ii' lois ce beau iJililf.iu voir [). U!) .
(;AI'. KIKI. MKTSU lo:i
(■(•miiieiKM:'- [iai- eu cxt'-culcr (|ni ciPiilirminil des Iii4iiir> ilc ;^i:iii(|iiir tialurt'llr : iiCst-il pas \ raisriulilahli' (|iii' Mrlsu ail di'ljuli' ciiiiiiin' dix'
Tu uvi'i' lin iiiciur i^i'iirc. (|uoii|Mi' iiiniiis liii'ii ctimpnsiM'. i-rprésciilaiil
un Mdiihdnd de poissons, l'ail, d'aprùs M. Ilodc parlir dr la naliM'ic du ronih' de Loiisdalc. à Lowther Casllr.
Il sr.i.hl.' .|u'apivs !.' .l.-parl «l-- l>ii'^ Hais, M.-lsii sr suil lappro-h,. .1-
I),„. ..| .piil ait, à s.M. .•ui.larl, subi liidluruo- dr lù-nii.raiidl I u
gardaid la Iroènd.- dr loue h- Hais, il p.vud .piH.pir .•lies, du .-lai.-
obscur du n.aifiv d' \n,>t.nlarn /m l-or^r. du Hiil<sn.us,.uu,. n,.' paraît dat.-rde.cetl...'P"M"'' '— ' "" '"'' '' ••' >"i'"^'' M"'' -^ 'I ^'""•'•'' '•^''^T'^'''-
LA REVUE DE LAHT
i'[ (|u il a répété ensuite en le perl'eetioiiiianl : /a Forint; de la collec- lioii Georges Saltiiig, à Londres, est supérieure à celle d'Anisterdani. Si les ombres forment comme une masse opaque et noire, que le rellet du l'eu ne parvient pas à pénétrer, la couleur — rouge, noir et brun, — est, ici sobre et harmonieuse. La facture esl celle des premières œuvres; le dessin, notamment dans les raccourcis et dans la musculature des bras, laisse encore a désirer.
Mais l'artiste ne tarde pas à surmonter les dillicultés d'exécution qui l'arrêtaient encore : la Fe/i/itie adullè/e, du Louvre, datée de 1653, en est la preuve. Les ombres sont devenues transparentes, le dessin est excellent. Seule la composition demeure encoie assez maladroite; l'attention est surtout attirée par la femme, en sorte que le Christ parait une ligure accessoire. — Les grandes compositions n'ont d'ailleurs jamais été le fort di' ]^letsu. — Il convient de signaler ici la finesse d'expression que le peintre a su donner aux visages: celui de la femme adultère, en particulier, retlète avec beaucoup de justesse la joie, encore mêlée de crainte, que la parole du Seigneur a fait naître dans son àme.
Les autres sujets l)ibli(|ues traités par Metsu, — Lol/i et ses filles\ du musée d'Aix-en-l'ro\ence ; le Denier de la Veuve, du musée de Schwerin; le Noli me taiigere, île la galerie ()p|)olzer à Innsbriick, — l'ont été d'une façon moins heureuse. Quelques tableaux mythologiques du même temps sont également assez dépourvus de charme : l'allégorie de la Justice défen- (laiil les Veuves et les Orp/wlins, du musée de La Haye, en est un spécimen caractéristique; les attitudes y sont académiques, les gestes recherchés, l'harmonie en demi-teintes de l'ensemble est détruite par le vêtement rouge de l'un des enfants, et tout l'arrangement a un caractère d'italia- nisme médiocrement agréabh'.
lA suivre. I I M. l'oiilhitT. !.■ .hi-.vl,
KHONÎG
L'ii pruciHur l;i pliulu;.'r;iphie.
(j.MiiiiEL Mktsu. — L'Ema.nt l'ii.iiinii k. Siiiiil-PcHprsIiourg. iiiii«i'i' <!•■ 1 1j iiiilnt:i-.
SIR (jrrj.QTTKS orvi^\r.i:s pkt conms
T>TTCAS l)K MOXTir.XY
.1
i: ne iiic Hattc pas i|iic 1rs IcctcMirs de la Hrviic aionl i^aidi' sdiivciiir fl'iiii artido quf j \ ai pulilif. an mois di- mais lilOd. sur le slatuaiic Lucas fie Mouti<4iiy, alors complétciucul i},nioii'. Mais rallciitioii des amateurs d'art s'rtaut, depuis lors, poi'Ic'e sui- v\'\ artiste ainsi (pi ru l'ont l'oi les jirix l'devf's (]u'attcit>ni'nt ses ouvraj^es dans les ventes puhliipu'S. en l'i-ancr et à ri'lranticr. jr me sens i-nrourai^'-c a donnci' suite au dessein (pie j'avais aiinouii'. de niellre ni lumière, mu l'ur e| a mesure qu'ils parvieiulraieiil a ma (diiuaissauee, les diUails eoneernant une car- rière et une onivre encon' liés iuiparraileuu'iit explori'-i's. On trouvei'a donc ici, brièvement ii'suimes, li's inlniiiialions ipie j ai. dans ees der- nières années, recueillies à leui' sujet.
Le premier des ouvracres que je pri'sente iei au jeiicm- en lesi.i lone^femps le plus mysir'iienx. < l'est uin' slalnellr eu phiire de (i"".Mi de hauteur, repri''senlaîil une l'emme diadi^nne et ilrapi'e. didiout. dans 1 alti- tude de la donliMir i;ilea heureusement donin' lieu. i\ii\\>\'//i/rriiiri/iiiirr (Ifs rhercheiirs ci des curicii.r du 20 avril IS'.l.'f. à nue eoiisullation des plus sa(iaces, sit^ni-e des initiales /•.'. //.. à laipielle il ma suth de me reporter. i|uaiid ici (dijet d'art est arrive entre mi's luain^ La reproduction |iuldiei>
I.A IIBVI K DE LAHT. — XI\. •*
106 LA REVUE DE LAHT
ici en rend la description snperllne, mais il n'est pas inntile de signaler le beau caractère tragique rpie respire la figure, aussi bien dans l'incli- naisun du visage aux yeux clos, que dans la pose abandonnée et machinale des bras, et ratîaisseinent du torse el des jambes qui semblent crouler sous un poids accablanl. Le large; vA souple jeu des draperies n'est guère moins digne de remarque. 1 /expression sobre et contenue qui ne convulsé pas les traits el crainl de di^roriner les pures lignes d'un corps choisi assigne à cet oiivragr un cai-actèrc vraimeiil classi(|ue, sans aucune th'S restrictions qui ^ircoinpagiienl d'ordinaire, au nom du naturel et de la \ie, lUie semblable ((Hislalalion.
Celte her(nne en proie aux |iircs Irislesses, (pii pouvait-elle être' Médee ' La soit de la vengeance eût domiiK' el [•églé en elle le chagrin, l'iièdre'' l'as davanlage. aucune trace de (h'raisoii n'apparaissant dans la ligure. Seule, Hidon. parmi les grandes inl'orlunes de la l'able, pouvait incarner cette détresse d aine absolue, ee désespoir atone ([iii glisse passi- vement dans la mort. Mais, d'autic jiart, le caractère de la tète déiiom;ait dans la statue un portrait. (>)u(dle princesse de théâtre en avait fourni l'original ' Clairon, avança quehju'un. A quoi l'anonyme mentionné plus haut opposa la Saint-lluberty. avec di's raisons péreniptoires. Grinim rapporte, en elVel. dan- sa eorres])ondance, (pi'aj)rès l'éclatant succès de cette cantatrice dans la Diilon de l'iccini. on lui jcla une couronne de lauriei- entourée il un ridian blanc, sur lequel etaieid brodés ces mots : " hiiloii ri 1(1 Sanil-UiihiTlfi smil i m iiiorlfllfs ■■ . ( »r. conli'c les pieds de la statue soni des lauiiei-s entrelaces d'une banderole, où si' lisent distinc- lemenl l'adjeclir ifinin)r/c//cs el une partie tlu verbe (|ui précède. Les lignes du visagi'. en outre, le (|ue lanonynie omil de signaler, i-appelleii( exaclemeiil le seid iioiirail d \ntoinelteClavel (pii l'assi^ antorili'. celui de Le Moine, grave en eonli'urs par .laninel, avec son masipie large, son front bondîé, son menton saillant ; seul, le nez à la Koxelane a ('de redresse: concession sans doute imposée au .v/y/c. ([ui a dii coûter a la véracité du statuaire. (,)uant a celui-ci. il u a point signé son umvre. mais on trouve mentionnée sous le numéro j;iO. dans le catalogue de la vente après décès do Mirabeau, qui eut lieu le 17 mars 1792, <• une ligure en terre cuite de trois pieds c'est apiuoximativeuH'nt la liauteui' du plâtre) représentant .M Siiinl-linberly dans le rcde d.' Didou, j)ar Lucas Montigny «. La
LUCAS DK \rO\TI(;NY
pipmièro représentation de cet opéra ayant eu lieu le 1" di-eembre i78;f, la statue, qui évoque, par ses accessoires, l'émotion toute récente d'une soirée triomphale, ne doit pas être reporté^e au delà des premiers mois de 1784. Mais qu'est devenue la terre cuite originale du eatalo<>-ue Mirabeau' Il est fort désiral)l(> (pie ces lig'nes aident à la retrouver '.
Le livret du Salon de JTMI, oulre le buste de Mirabeau, déjà (-tudié dans la liei'iie en !!)()(). ])ortait mention, sous les numéros 'li).") et ()!."). d'une sta- tuette en plâtre de \'oltaii'e, e| d'une autre de Jean-.Iacques Rousseau. A l'inverse de ce (pii s'est passé pour la Didon, on a les terres cuites orioin.des de ces deux onvra<ies, qui son! actuel- lement la proprif'té de M. Wildenslein. Elles ont été- vendues à Londres, chez Christie, les l.')-17 h'-vrier lildd, aux prix respeclil's de 7.S7."> et (;..")(;2 l'i'. .Vi. l'n buste de Mirabeau, " eoilh' d'une perruque et m'Iu d un manteau •■. |)ar le même artiste, les accompayuait. et atteignit le prix de I0.7(i2 l'r. .Vl. <)n ignore ses destiné-es ultérieures. <>)uant aux deux statuettes, la reproducliou en illustre cet article. Le -^ocle de la première porte : Lucas Moiitii;iifj fcril. IISI. Le statuaire n'a pas llallé son modèle ; bien qu'on sût Voltaire, à l'Age où il est représenté, très maigre
et parcheminé, flottant et comme perdu dans les amples douillelles où il aimait à se draper, on taxait voloidiers de earicalurales les el'ligies dé-gin-
t. C'est grâce à rol.ligeance de M. l'Iiilipp.' Aii.|'ii'r. le roKreUé coii.scrvnleiir <lii iiiiuce de Marseille, que j'ai eu connaissance de la coiisiiltalioii de Vlntermedinirc.
\.\CM- 1.1 M..M|..^^
L.* S.MNT-II IIIKIITV
ANS LF. llAl. K l>K Don
l'I.-ilr...
LA REVUE DE 1/ART
gaiidées et griinavàiites qu'Huber a tracées du vieillard. La terre cuite de Lucas de Montignv, (|ui u'a aucunement ce caractère, montre néanmoins
l'écrivain avec des jambes <[ue leur décharnenient fait paraître immenses, et un long torse évidé, sous une lr\{' iiu ni;illi|ili' absolument, par roni rc . Ir ririns con- sacri'. Il l'sl delioul el lit nn livi'e. a\('i- nnr expression il atli'nlioM cl d iiili'nM trfs \ivi', d'oii lonle iroiui' a ili^pani. Crsl Ir \dllair.' des joni-s si'rii'iix. ni syiu- pal liir avec li's rlforls laloiilianlsdes lioiiiines poil|- sivre selon la juslice et s organiser dans la liberti'. I .oMlvre est pi'trie du pouce le Jllns jueste e| le plns Spi-
ritui'l : toutes les lignes ont dn nioiiv einenl. son! par- lantes, et la silliouetb' gé- ui'rale s'iMolVe .■I se cale lieurensenient par le lias, à I aide d nn large t'auttuiil llau(pii' d'accessoires : lyre. sj)lière, livres, Tuasipn' co- miqne, disant les multiples aptitudes du polygraphe. Le llousseau n'est pas moins intéressant, bien (pie eoneu dans nn sentiment tout opposi''. C'est la rêverie iln solituiri' qne l'aitisle exprinu' ici. dans une composition plus ramass(M' et jilus cahne. Le vaste manteau qui enveloppe de ses plis Iranquilit's je philosophe assis, son inclinaison méditative, son
iiillaid. La terre cuite de
aractère, montre néanmoins
l'écrivain avec des jambes
([lie leur décharnement fait
paraître immenses, et un
long torse évidé, sous une
ir-ti- (lù inanqiii' absolument,
■ oritrc . le rictus coii-
II' (I csi debout et lit un
livre, avec une expression
ilatlcntion et d'intérêt lu-
■.ivr. d'où tonte ironii a
di^fiani. Ci'sl le X'oltaire
' lii'ux. en syni-
Ics efforts
luiiuniespour
il justice et
11-^ la liberté.
Irie du pouce
■' !■■ pliis spi-
nioiii- iiilpri'sv,aiil la rêverie du soli;. plus ramassée cl plus plis tranquilles le plnlt
vaste m;
issis . son
ir^e fauteuil
•ssoires : lyre
■ -, masque co-
sant les multiples
■1m polygraphe.
-eau n est pas
i"Ul opposé. C'est
'lue composition
■luppe de ses
ilitative, son
1-.
LUCAS 1»K MONTIC, ^•^ 109
expression absorbée, sont en parlait aeeord avee l'espèce de di-taelieinent contemplatif de ses dernières années.
Le vaste IVonl Inmineux est toujoui's <4rits de pensées, mais la nu me réticente de la bonclie. due sans douti' à l'absence de (piebpics di-nls. semble dire adieu aux poli'-miques, et comme ravaler les ai'dentes adju- rations d'autan. Le contraste des deux |)ersounai.;cs e^l lii'uriMiscMncnl acceutu(' par la dilVéreuce de silhouette des deux .cuvr-'s. et jamais la concentration et l'ex|)ansi(Ui n'ont l'IT- opjiosi'es d une l'arou <|ui parlât mieux au regard Tu di'tail iniicuienx \ieiit iompli''ler la [iliysiouoniie UKU'ale de lloiisscan. L'amant de la nature et le pocir •■ dans les nuages ■> iju il fut. a la (lilVi'rcnce de son u,-rand rival, sont ra-ijndcs d un trait discret et tin : en nu''me temps ipi'un uKinuscrit, .lean-lacipies lienl une liuille d'ai'bie. (|u'il vient sans doute d'interroner louiiUi'menl. lanilis (|u un petit p'uiic. lapi sous sou nuintcau. lui ti'ml un laincan di' laurier, que sa di-lracli(Mi n aperçoit point. Le socle i\f la statu.' ne porte pas de (laie, et l,i ^i^iiaturc» pr(''sente d'assez notables ditVérences avec celle de son pendanl. 17. de Liuas l't 1.1/ de Moidign.v étant ici dépourvues de toute enjolivure. ( Mi aimerait à savoir si l'artiste connut et l'duilia </f c/.s7/ ses deux modides, ([u'il put rencontrer à Laris. notammeni p.Midant le séjour de \ollairc (}ni précéda sa mort.
.l'ai eu la lionne fortune de retrouver le> bustes expos.-- par Lucas .le M.Mitieiiy aux .<al..iis de l'an W et .!.■ l'an \l. i.e pr.'ini.-r . c.dui d'.\ntoiii.' l'.'til, réu(.nt de la l'acuité de méde.in.-. a .t.' .I.M-ouvi-rt parmi l'ému-nu' entassiunent d'etligies à la grosse .pii couvr.'ul l.-s rayons .!.■ la salle du Conseil d'ailminislration. au Mus.'Him d'lusl..ire natundle. le savant y .''tal.'. .•nti.' une p.'rru.pu' a b..ncles cl un Iriple menton, s.ui nmsque amen.' et grassouillet. Le camail d iiermin.' du d.'canat l'.-iigou.e .!.■ s,i .liuiiile épaisseur, encon- amplilié.' par i'évasiMu.'iil d'un.' robe à franges. L .envre. dans sa facilité souriaide. olVr.' quidipie molli'sse. l'Ius intéressant .'st le bust.'. m.ntionm' au lixr.'t du .^ai.m .!.• l'an \ l.d«' Le.-oiil- teux de Cantelen, reconnu au mus.'.' .!.' Ilon.'U, ..n il tigmait san- nom d'auteur, ('e personnage, important .'1 ollici.'i. .jm'll.' .pu' fut la form.' .In pouvoir, tour à tour Constituant, m.-ud)re tin Conseil des .\ucieMs. s.-ua- leur de Napoléon V' et pair de la Restauration, servit .es divers réginu-s avec une égale aisance, apprécié dans la rédaction d.-s rapports .-l
LA REVUE DE L'ART
reclierc'lié pinir le-s emplois île linances. C'est un type très représentatif de grand bourgeois et d'homme d'affaires, de ceux qui, au travers des erises et des di''sastres ])ul)lii-s. maintii'unent les traditions et perpétuent
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lE MilNTIGNV. — BUSTB Li h L F. C u U L 1 E L X 11 F, C A i\ f E L K I Plàtrp. — Musée île Rouen
les cadres essentiels au fonctionnement de la société. Il apparaît avec cette importance dans le buste, fastueusement drapé de la toge à palmeltes et à glands qui affublait, sous le Directoire, les membres de la Chambre haute. La tête rejetée en arrière, lœil dévisageant l'interlocuteur, le bas du
l.rCAS DK MOXTIiiNV m
visa^rc ^'épanouissant en un largv pli circulaire de satislaction et d'assu- rance, Lecoulteux semble vraiment l'incaination même d'une classe, celle ([ui dcchaino les révoliilions pour se p(iuss(M-. et les arnMe pour s'airermir.
Tu troisième Imsle. ddut la trace n a pu .'Ire suivie, avait passé, les lii-17 mai I'.kk;. à la vente Jacques Doucel. dû il lut adjui-V' à .", 020 francs. Le catalogue le désignail comme celui d un tics IVeres Mcintgollier. Il serait curieux, s'il se retrouve, de le eonfroider avec un autre hnsie, ((luservi- au musée d'Orléans, qu'identilieul àlalVus l'endjlcme parlant d un a.T..>tal <■[ la date de 178;{, époque des premières ascensions des deux inventeurs.
Telle est, à ce jour, la moisson de renseignements el (['(vuvres reiueillie sur Lucas de Montigux ; il y uuuKiue encore, entre autres pièces capitales nientionnc-es par les livrets, le Supplier d'une evslalv, exposi' au Salon de 1 an \II. Il se retrouvera un jour ou l'autre, dans fiuehjui- cnllee- lioti dr France ou de l'i'traugvr. On \n-v[r aiijoind'liiii. sous laiguillon des grossi's enclières, une alleidiou liés iveilliT a hud ce (|ui porte, eu art, la marque du \vm' siècle, et le hul de <el article serait afli'iut. s'il devait orienter vers l'artiste distingué qu'il concerne les recherches de (el ama- teur, averti du :nérite d'une u-uvreen sa possession, mais (pii en (dn-rcherail encore le sujet et I Origine.
llKNiiv M.\|{CI-:i,
NOUVELLE ETUDE DE NU
i'\n \i" A\(n;i.i-: iiKi.xsAi.M-:
^ \ ail. t>ii la Inriiir cl la peiisét' .soûl indissolubles, a toujoui's mis ! siiM plus bel (uuiicil à dévoiler la beauté ; sa plus ]iui-e virtoire
T]
■ ) csl de rendre à la \ erite sou costume d'Kve. Mais que de uuauees. dans cette mélodie souveraiuc des arts silencieux-! (^)uelle éteruelle antithèse dans l'éternel idéalisme ! Si le Midi, sculptural, adore la raphaéles(pie eurythmie de la Faruésine. le Nord, (jui pense, n'a jamais préféré VAiu/c/i/nii/èjic anticpie à la Jif//is(tùre ûnn Rembrandt.
l'nnr peu(|iril connaisse lieuvre antérieur d'une Parisienne voyageuse cl letti-ee'. le regard devine les préférences de l'aquafortiste interrogeant la splendeur du nu. Laissant à la plus païenne de nos />e//;//'('.v.se.v(pour adop- ler di'finitivcnient le vieux néologisme de Jean-Jacques l'indolente volupté di's Antonuies endormies dans la tif'deur blonde^ où passent des cygnes noirs, M"^ Delasalle exprime une intimité que l'heure fait un peu tragique. Iji giavant, cette française ('rudite aime à se souvenir ([u'elle appartient au groupe crépusculaire ipii tenla de ndialiiliter. en jdeine vogue du >oleil. le roiuaulisme des grandes ondires. Depuis cin([ années qu'elle grave, (die clu'rit l'almosphere où sa pointe a icteiui, connue son crayon, la calme énergie des fauves, la profondeur d'nn jour de vitrail, la brumeuse animation de nos (pniis. VA liaudelaire apjirouverait l'artiste d'asservir mystérieusement " l'argile idéale » de la chair féminine au baiser d'une lumière soulVrantc.
K.AVMo.xu BOUYEli
I
l'un !■ I W.ll K IIP. I,\ IIA I MK liK .M.K II K M n N 1 I. r r 0.\ .
(Il i:i,()i i:s rniMiTii s m ckmhk iik la fmwck
()
wii il alioi-ilc 1(> ohnpifro (■(insiicri' aux " l'-i'ulrs du ronlre », ilaiis sdii livre sur /rs l'rlniilifs fr(iii<(iis\ M. (Icoryos Lal'r- iiestrc ccinstalc huit d'aliord i|ui'. ■ daii^ le r>iiiirli(iiiiiais fl l'Aii- ^^ vergue, autour du bel artiste iiicuuiui. provisoirement appelé le Maître des Bourbons ou le Maître de Moulins, plus eneore cpi euTouraine autour de Jean Fouquet, une multitude de ipiestions se posent, toutes intéressantes pour l'histoire de l'art national •«. Il ajoute : ■■ ^■ eut-il des peintres, y eut-il une eeole dans cette re^^iion. avant la lin dn \\" sièele ' Par quels liens les artistes du (lenlie se rattailièi'enl-ils a li'uis pn-di-ces- seurs, les protéo;i''s du duc de llerry. doni le s mvenii-. cdumu' ((instructeur et amateur, survit dans toute la ctMitiM'e y... ■■ Kt apn'-s avdir euumt''re toutes les questions qui s'ae-itent autour duMaiIrede Miuilius : .. Autant de pi'idilèmes posés, conclut M. ('ie(M'u('s Lalenestre. autant de iii'cbh'Mue-^ en suspens, tant qu'une investin'alion plus complète des monuments n'aui'a |tas permis de les rt'-soudre ».
Mais ces monuments, ils ne sont |ias encore tous mi> en lumière, et
e'est une contribution à l'hisloiic des •• |irimitils du Centr |u on voudrait
apporter dans les pages ipii vont suivre, en publiant des iruvres encore ignorées ou mal connues de ([U(d(pies arti-tes du I^ourbonnai^;. ciuileni- porains de Jean de Monlluçon.
I. L'Exposition des primitifs franrnis 1904. in-(*!. p. "8.
I.'i
I.» RFNTJE liE I. AKT. — I\V
LA HEVUK DE 1/AHT
\'ci-s le tpni|)s ()ù imiui;iil .Iimii l'duijuet. m'i l!f>iir(lirli(iii naissait à la iTiiiiiiiiiK-r, vivail à llouigcs iiii pciiilrc iioimiii' .leaii de Moiitliiçcjii, sur leqiiol il ne ikhis rsl j)arvemi ([ii'iui lr(''S petit iinnibro de renseignements. \oiei ceux tiiii' niius ont permis tie grouper les fiches de M. de Mély, inestiniaMc Iri'sor i\c docuineiits jjonr lonl ce ipii ctinrerne les iirtistes (In niovcu àgr cl de la licnaissancr.
La première l'ois ipidn icncoiitic son nom. c'est en 1 'i77 : le 12 octobre de cette anni''e, le lieutenant du yanjc de la prév('ité de lionrges mande au l'cceveur de liciiy de pa\er à >• Jehan de Molisson », peintre, demeurant à jioiu'ges, vingt sols tournois <• ]ioui' ses peines et sallaires d'avoir faict et |)eint en 'i l'euilles de papier en la gianl l'orme, la tigui'e de nii'ssii'c Jehan de (dialiin, chevalier printi' d'nrange. comme ])endu par les pieds à un
gibet et ses aimes ren\erst''es aiusy i[u'ung traisire desloyal au roy
jiour chacune d icelles l'euilles de papier et ligure estre attachées es
'i carrefours de la ville de ilourges >■ L'arlisie donne (piittance le
IS octobre sui\aiil ' .
On resti' huit auni'cs sans retrouver le nom de .lean de Moutiuçon dans les comptes de la ville de l'.ourges, mais à partir de l 'iS,") il y ligure coup sur coup en |)lusieurs occasions solennelles, où l'on met à l'ontribu- tion ses talents.
Voici d'abord une mention extraite des comptes de 1485-1486 : « Jehan de Molisson. peintre, (i 1. t. pour 'i tournelles et 4 escussons qu"il a peints aux armes du roy et de la ville, qui ont esté mises aux quatre grans torches, appelées estandarts, c£ui ont esté portées à l'entour du corps \. S. eu faisant la procession de la Feste-Dieu, ainsy qu'il a esté par cy-devant faict, et pour la peinture de douze bouloyses ' à lleurs de lys qui ont esté baillées à douze sergents, pour l'aire mettre en ordre le peuple en taisant lad. procession de la f^'ste-Dieu ".
I. liornard Prosl. ijiii'/ijiies iluciiiiienla xin- riiislnire des a/is- en h'rinice. dans la Gaze/le ila Heaiij-Ai-ts, t. XXXV (188*,, p. ,')2'.t.
i. Ces biiiili.ysp^ r-laient des LioinroliMs i',r loilr ri'i]i|jli< di' loin pi.ur l'aire écai'ter la foule en la frappant.
i,u"i:i,qi;F':s pixIMitii s im chniki-; hk i.a i k.wck ils
En 1487, .Irllall dr Molissoll li<^lll-r l'iicoir (l.llis le- r(i||i|ilr> ■• |ii>lir
li's [iciiiturcs à ystoiros aux anncs du rov cl i\r l.i villr...
lui 1 'i8!t, il Iniii'hi' H livres pnur avoir jM'inl iiiir statue ilc la \ Iit^t. " iiiiy' niaiil \ iiiaii-c (Ir X.-D. l'I uiil;- aii^ddl . hunit iji' liiuan-irr
l'iiiic l.rnicslr. |)lac('r à la pnilc Saiiil - ! 'livi' Kiiiléc l'I rccdiislrnile I amiri' prt'ci'dcnli'.
Mil l'î'.t2. « à .Icliail de M(dliss.)ii, lid s. |.|iiiiir avuir laid i|ilalrr
Iniii iifijc- L;aniif> i|f- aillir- du \n\ . .le la lnVlir ri dr Mi i||Si'i<,nirU 1' Ir Itaulpliiii. avrc ipialrc cscll-soll^ lairK ail\ alllir> i\r ladilli' xillr ilr Itouijicsi pour les lorclirs de la procosinii (|iii lui lailr piiiir les linuiio umivcllcs dr la iiativili' de Mi ihs.'i^iMMir Ir l»aulpliiii " cl (>() s. daulic pari •■ pMiir avoir paiiul uiic' \ iiia;^r (\r \.-l>. de l'ilii', ave<' les deux aiit;e> fslaii> a l'eiiloiir dudit yniat^-r. tant d'or (|Ut' da/.ur, qui u esté luis >ur le portai du poiil d'Aiii'oii > '
I. Lex Arlisles dr houir/es : flocuiiicnl public pnr Ir \<nr«n do Oirurt, dnn» lo» Archive.\ dr Liirt frainuiji. 2' siTic, I. I ,1861:. p. 2M. 240, iVJ cl J4i.
ik; i,a revue de l'akt
(l'esl la diTiiiiTt' niriilioii ([u'oii ail de cet arlislc : el cemuiie on reu- coiitre (le temps à aiiti'f, vers la iiièiiie r|)0([ui', dans les comptes île lîourges, un certain .iacquelin de Montkn'dn, dont la ville rétribue les ser- vices tour à tour comme peintre, HH'dailleur ou lournisseur de " patrons » de veriières'. nu a conclu, sans aucune espèce de [ireuves, que ce .iactpieliii de Monllui.'on ('lait le lils de .Jean el qu'il avait reuqdacé son père à la mort de celui-ci, survenue t;n 1 'i!l7 '■ Encore une l'ois, ce sont là des li\ pcilhèses toutes gratuites et que rien dans les textes ne justilie. Tout ce i|ui)u est autorisé à retenir, c'est que, vers la fin du xv^^ siècle, deux artistes originaires de Montlu(;oii vécurent et travaillèrent à iJourges : l'un, .lean, s'y rencontre en 1477, l'iS:., l 'iSli, 1487, 1489 et 14'J2 .; l'autre. Jacquelin, apparail pour la première lois en 148'.l, et pour la dernière en ir)(i."> ; mais on n'a pas de renseignements sur leur parenté possible el rien n indique que l'année penilant la(|uelle ils out cessé de travailler pour le conqde de la ville de liourges soil réellement l'année de leur mort. Quant aux oeuvres qui viennent d'être meidionnées, il est snperllu de dire quelles (iid disparu.
Il reste pourtani nue (cuvrc antlieuticpii' de Jean de Montlui;(in : c'est un manusci'il bien coiinn de tous ceux ([ui oïd eu à s'occuj)er des nunia- turisli's IraïK-ais du w siètde. jdusieiu's l'nis dé'cril à l'occasion des expositions où il ligura ' el tout n'ccnuiienl enci)i-e signalé par M. Henry Martin, adminislrateur de la liibliothèque de l'.Vrsenal, où il est actuelle- ment conservé. Ce volume est un livre d'iieures qui. nudgré quelques mu- tilations anciennes, ne contient pas moins de vingt-neuf grandes miniatures el quarante-trois petites, sans compter les initiales ornées de ligures, au nondjre de trente et une, el les douze grandes et douze petites miniatures du calendrier. Toutes ces peintures ne sont pas comparables à celles des Fouquet et des Bourdiclion ; mais l'une d'entre elles oH're néanmoins un réel intérêt : au folio 74 de son livre d'heures, Jean de Montluçon a repré- senté le nuuiage de la \ ierge el de saint Joseph, et, content sans doute de son œuvre, jugeant en outre la place favorable, il a mis sur la bordure du vêtement du grand prêtre olliciant cette précieuse inscription : Jo/ian/tes
1. Ibid.. eutre 14S9 et loOii, p. 242. 24G, 24" et 24S.
2. Annales archéoloyiijnes. I. IV (1844). p. 227.
."!. La dernière fois i|u'ini I.m vu, c'était à lexpositiun des Primitifs français, ou II portait le u° liS.'i du ratalofui' des nianusorils e.vpuses à la Bililiotliéque nationale.
QUELQUES l'IilMnilS DU CHMUE L) E LA l'ItANCK 117
lie Mo/i/e/ucio me pi/i.ii/ < [lig. 2\ I'imii- <|iii sait cdiiiliicii smit rar.'-- Irs iiiiiiialnres du w" ^\rr]r sio-iK'cs en Liutcs lotlics. crll,' ((uirtc innilinii
Jkan i.f m. .m
, . — l,K M V h I \i.K II
vm iii' l'Ar^piiiii, r* 7t.
[)rt'ii(l un iutr-ii'! i'\(i'|)ti(UHicl. l'.Wr )piTiiir| l'ii tiius cas (le i-onsidériT li- livre d'heures de l'Arseiud idunue un doeument dùnn-nl aullirutii|ue e\ comme un critérium qui pourra servir, à l'occasinu, à identilier d'autres
1. Ribliolhiinn- de l'Arsciiiil. lus. 4:i8 ; — Iliiiry Miirlm. /(f.< Miiiiiiliirisle» françau,f. 97.
lis LA REVUE nR I/ART
(iMivres^ cil' .li'iui (11' MoiitliK.dii ; m d autres lerincs. cr livir d heures est à l'artiste ce (|u l'sl à Jean l''oiiquel le tome l" des Aii/ii/i/i/rs ./iifh/ï</iics de la Ilihliotliè(|iie iialidiiale.
Les grandes niiiiialiires. <[uelle ijne -oil leur iiii|)<irtaiiee. ne sont pas ce (|n'il V a de |iliis ieniari|ual)le dans ce uiauuscrit; ce quelles uiontreut Miildul. e est la |iauvi-eli' du dessin, la .iiau(dierie des g-estes et des atti- luiles. 1/artiste sernhie avoir rései'vé le meilleur de son talent pour les petites images, et en |iartieulier pour les miniatures du ealiMidriei-. Kst-ce pane (pTaueum' lormnle ne le eontrai,Linail pins ^ Mais il si'st abaudonué la a une si rliarmanle fanlaisie, il y a l'ait pi-enve d une si j(die reeherehi' de coloris, en nii'me temps cpie d un sens sijnsie el si sincère de la nature, (piOn en vieid a se demander >i ces saynètes de yeiire sont bien de la nu'Mue main (pii peignit /<■ MaiiciiiC de la \'ii-/\^c. La l'eninn' iini se eliaulle à l'alie. ayant r(deve m'> jnpi's et montrant ses lias noirs jusciuaux gcnouA l'iArier : le seigneur, joyeux d'avoir cueilli les premières fleurs des cliauqis avril , ou se |)romenant à cheval avec sa dame eu croupe tuai : les paysans, dans leur cellier, l'onlaut la vendange et emplissant leurs tonneaux oct(dire tig. 1 . abattant les glands dans la foreM pour donner la paliire a un Ironpeau de itourceaiix encore à demi sauvages, (pi une servante garde en Ijlant sa (pienonille novembre: ifig. 3), ou tuant Icnr cociion dans la cour de leui- nuiison décembre : les scènes de l'au- chaison. i\v moisson, de baltag(^ de grains, de semailles, Icms ces thèmes, souvent repris par les artistes du nuiyen âge et de la Itenaissance , se IrouvenI renoineles ici par nm' (d)servation t(Uite fraîche. Sans doute h'S gestes <int encore (piehpie gaucheiie, et l'on naui'ait pas de peine à chica- ner I artiste sur la coireetion de son dessin, nuiis la mise eji scène est d'un naturel parl'ail la perspective a(M-ieune est rendue avec sûreté et délica- tesse, pal- lui piiiilre (|ni ne craignait pas d'ouvrir le fond de ses tableau- tins sur les vastes h(u-i/.ons plaut(''s d'arbres et paisemé's d'haJntatitins. C'est ici. et ici seuli'inent, (ju'on retrouve le lien de parenté qui rattache I auteur de ci's niiuiatuics au grand paysagiste que l'ut Jean Fouquet; cai- il ne saurait être (piestion de rapprocher les rudes et lourdes ligures de ce manuscrit des souples compositions du maître tourangeau, pas plus d'ailleurs que des nMivres ex((uises du Maître de Moulins.
Dn ne sembh' pas s iMre préoccupé jusqu'à présent du jiersonnage
QUKLQURS l'HIMITIFS l)V CKNTKR 1>R I.A l-HANCK 119
pour lequel a été exécuté le livre dheures de Jean de Moutluvoii, et nous sommes eu mesure d'apporter quelques éclaircissements à ce sujet. Au bas de plusieurs miniatures, on rencontre des armes portant d'azur à une bande d'argent chargée de trois croissants de sable: ce s<mt les armes du premier possesseur: il faut néolio;er l'écusson. collé postérieurement au folio l'il. qui indique scnlein.Mil (juc Ir inanuscrit a passi- dans la familli' ilonui' de Li^sdiouières '.
Kir.. 3. — Jran iiE Miix ri.riMN . \ ,i .\ i i i a ilL\NnKr. 1 alr-iiiiriiT Hii fjirp iflleiires. ni«. LIS ilo I Arsonal
Or. l'écusson à la liandi' darL^ent changée de trois croissants de sable était celui dune tamill(> notable du Moiirixuinais, la lamille de Cliappes. Cette maison, qui tirait son nom du