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THE GUSTAVE LANSON COLLECTION
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LA VIE
JD'E D M O N D
R I C H E R,
D OCTEUR
DE SORBONNE-
^ar M. Adrien Baillet, Biblio- thécaire de Monjîêur le 'Préfident de Lamoignon.
NOUVELLE EDITION,
A AMSTERDAM, Chez Etienne Roger.
M. D C C. X VU
AU LECTEUR,
LlHifioîre que je vous pré fente , mon cher Lec^^ ' teur , efl recommandable par fin Auteur , £5? par fon ftijet.' Le célèbre M. Baïllet^ dont le nom feul fait reloge , s'eft acquis une réputation fi uni' ver /elle fjf fijufte dans la République des Lettres , qu'il fuffit qu'un Ouvrage porte fin nom , pour mériter notre eftimc ^ (^ émouvoir notre curiofitê, M compofa celui-ci dans les heures de fes délafifi" mens , mais avec cette exactitude , cette précifion £5? cette éloquence , qui brillent dans fis autres Ecrits 5 y qui fe font fentir de tous ceux qui ont quelque goût pour les Ouvrages d'efprit.
En travaillant à la Vie d^ Edmond Richer j M. Baillet eut en vue le bien de VEglifi , les intérêts de la Patrie , le falut des Rois ^13 la confervation du dépôt de la Doctrine ancienne de la S or bonne. Tel" les avoient toujours été celles de Richer , que ni k déchaînement de la Nouveauté , ni la conjuration de fes Confrères , ni les cenfiires des Evêques par^ tiels 5 ni les menaces des Ultr amont ains^ n'ont pu lui faire abandonner. Ce grand Homme , vengeur de la J)o6lrine de PEglife Gallicane , en foûtint T orthodoxie aux dépens de fon repos , (3 ^^^ rifque ^e fa vie. Il fut , s'il efi permis de le dire , Je
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^ftaytyr de fa Partie y dont il éfoit Je défenfear. tes perfecutions obfcurcirent alors la vérité qu^ik foùîènoit avec zèle : les temps qui ont fuivi , ont fait hommage à la pureté de fes fentimens : i^ fi la Sorhome ^fa plus cruelle ennemie , entraînée far des confideraîions politiques yeut lai fpihlejfe de donner les mains à la conJpiration\elle a depuis réparé Tinjure^ en confacrant par fes Décrets jjes Dogmes qu'elle tenta d'opprimer.
Ces variations de la plus illuftrè Faculté du monde fe remarqueront dans les cours de cette Hif ioire. On y verra les rafinemens de la plus noire Tnalignité ^ les détours artificieux de la politique profane j les firatagêmes de F erreur joints à Vauto^ rite i3 à la multitude , concourir à la deftrudlioft de la Doêfrine de Richer ^ (â à la ruine de foft Auteur, 3/. Baillet a développé tous ces myftéres avec cette liberté que V amour de la vérité infpirej f^ que la vérité exige d'un Hiftorien. Il n'a ni épargné ni dijfimulé aucune des circonftances qui pouvoient mettre le Le6ieur en pojffejfton de la con- noiffance exadie des faits £î? des perfonnes. Tout eft ejfentiel 0 une naration intereffante 5 fc? Von n'eft: en droit de fe plaindre dtt narrateur 5 que quand il trahit la vérité .
Le Public eft redevable de cet Ouvrage pofthu' me à un ami de cet illuftrè défunt. Il doit luifça* voir gré du préfent qu'on lui fait, B ne pouvoit être offert dans un temps plus convenable j 6? je doute qu'on ait pu lui en faire un plus précieux.
LA VIE
DTDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE.
LIVRE PREMIER,
E p u I s que la politique feculié-» re & le gcnie de l'iiuerct humain fe forit inclez dans le gouverne- incnt de rEglirc,il s'elt trouvé lî peu de perfonnes capables de délivrer la vérité de leurs vexations , qu'oa ne içau- roit taire paroître trop d'emprefîement pour connoître quels ont été ceux que Dieu a fufcitez de tems en tems pour une fi fain- te entrcprife. L'autorité de ceux qui veu- lent qu'Edmond Richer , Docteur de Sor- bonne, ait été du nombre de ces hommes extraordinaires , m'a tait rechercher d'abord avec le foinpolfible ce qu'il a fait , ce qu'il a foufiert , bu ce qu'il a écrit pour la dé- fenfe de la même vérité. La mcme auto- rité m'a enfuite déterminé à communiquer au Public ce que j'en ai pu remarquer , foit pour i'tni inllruire j^foit pour luitaireju^et
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fi c'eft-àjufte titre que ce Dofleu? porteis'^ qualité de Défenfeur de la vérité. y- Il étoit né à Chource , petite ville du
^^i r' ^'^^^^^ ^^ Langres , dans la Comté de ce de Ri- Champagne , à cinq lieues de Troyes , le ^ ^^ ^^ dernier jour de Septembre de Tan 15-60. • ^ °' fous le pontificat de Paul IV. & le règne de François II. dans le tems que l'on brû- loit les Huguenots à Paris fous le nom de Luthériens.
Ses Parens étoient de famille fort hon- nête dans le commun du peuple , & en ré- putation de probité parmi les habitans du Pays, mais peu accommoder, des biens' de la fortune. Le grand nombre des enfans qu'ils avoient de l'un & de l'autre fexe les avoir réduits à fe contenter de les élever auprès d'eux , ou à leur procurer une édu- cation telle que les petites écoles du lieu la pouvoient donner. Néanmoins la pieté qui leur avoit infpiré d'en confacrer un par- ticulièrement au fervicc de Dieu , leur avoit fait trouver le moyen d'entretenir l'aîné de leurs garçons aux études , efperant que dans l'état ecceleiiaftique ou religieux il pour- roit attirer la benediélion du Ciel fur leur maifon.
Edmond , qui étoit celui d'après , n'avoit pas lieu de prétendre qu'ils fiffent jamais de femblables efforts en fa faveur ; mais cette conlîderation ne fut pas affez forte pour vaincre en lui l'inclination qu'il avoit toujours eue pour l'étude : de forte que fe voyant âgé de dix-huit ans , & prefle par fes parens <ie fe déterminer fur le choix d'u- ne vacation qui pût faire fon établifTemcut
d'E dmond Riche r. 5
^ fa fubfiflence , il fe fervit de la liberté qu'ils lui donnoient de quitter la maifon paternelle dans cette vûë , & s'en vint à Paris.
Il entra fans délibérer dans un Collège II. de rUniverlîté : & jugeant qu'il ne pour- ^^^ ^^u* roit parvenir à la jouilfance de la fagefTe, ^^^* que -par un affujettHrement fcmblable à ce- lui auquel Jacob fe reduifoît pour obtenir RacheJ , il mit fa vie en fur té contre la faim par quelques fervices qu'il rendit au Collège , & donna tout le refte de fon tems à l'étude. Ainfi , fans attendre d'au- cun autre endroit que du Ciel les fecours neceffaires à une iî grande entreprife ; il s'appliqua premièrement à la connoilTan- ce des deux langues fçavantcs avec un tra- vail (i opiniâtre & li heureux , qu'en moins de trois ans il fe vit en état de pafTer en Philolbpliie, & fut reçu Maître - es - Arts deux ans après.
De là il fut admis dans les Ecoles de ^^l^- ^ Théologie , où il eut pour compagnons ^P^^^^ ceux qui avoicnt été fes Maîtres dans les ^'^^"' ClalTes d'Humanitez. Ce fut pour lors que J^^^** P^t la fortune, dont il avoir fupporté les rnau- ^^' vais traitemens pendant cinq ans avec un courage invincible , fe lafTa de le perfecu- ter , & fe laifTa vaincre à la réputation que * r» a fon mcrire lui avoit déjà acquife dans tou- ^j^^ ^y^ te rUniverlité :car un Dodeur de Théo- s'apeiioû logie nommé Etienne Roze,* Vicaire de 3)01.5 Jq faine Yves , le retira chez lui , le traita ciiape- comme un perc feroit un tils , & l'aflilla lain do dans tout ce qui lui étoit neceffaire pour cette . mener une vie un peu plus commode , & Eglif^
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4 La Vie ' " '
fournît aux dcpenfes que Ton fait dans lei^ Ecoles pour les Thefes & les Adions pu- bliques. Richer ufa toujours frugalement de la table & de la bourfe de fon bien- faiteur ; mais il n'en fit pas de même de fa Bibliothèque : il ne fe contenta pas de don- ner à la Icdure de fes Livres toutes les heures du jour qu'il ne de voit pas abfolu- ment aux Clalfcs de Sorbonne ; il y paf- foit encore les nuits, fur lefquelle^ il ne prennoit que deux heures pour fon repos, profitant des avantages d'une complexion robufte qu'il avoit apportée en nailfant , & que la dureté de la vie qu'il avoit menée dans le Collège n'avoit fait que fortifier.
Il fut choih quelque temps après pour profeifer dans l'Univerfité , & il fut ravi que Dieu lui procura cette occalîon , pour cefîer d'être à charge à fon bienfaiteur. Après avoir enfeigné les Hurnanitez pen- dant deux ans, il fit la Rhétorique, où il fe diftingua principalement par le nouveau De opt, moyen qu'il fournit pour peife6lionner cet ^ca.ftat. Art , & pour en prévenir le mauvais ufa- 'f,i77* ge. Il apprit fur-tout la manière de ne point donner prife à fes Adverfaires , &de pren- dre toujours fiirement fou avantage. G'eft ce qu'il continua de faire encore plus fen- fiblement dans la Logique, qu'il enfeigna l'année fuivante. Sesenga- Après avoir di6lé un cours de Philofo- gemens phie , il fe remit fur les bancs de Theolo- dans la gie pour finir fa Licence. La Faculté fe Ligue. trouvoit alors entièrement déréglée par les defordres que les fureurs de la Ligue eau- foient dans la ville de Paris , révoltée con*
d'Edmond Ri cher. f
tre fon Roi. Depuis quelques mois elle Le 7; avoit donné un Décret en Sorbonne, par Janvicc lequel elle avoit eu l'infolence de decla- 1586* rer tous les fujets du Roi difpenfez du fer- ment de fidélité qu'ils lui dévoient, & les avoient excité à prendre les armes contre lui , fous prétexte de conferver la Reli- gion. Cet horrible Décret avoit été publié dans toutes les Eglifes , & dans pluiieurs Provinces , par les Prédicateurs Mendians, & par la plupart des Curez mêmes. On refufoit déjà tout communément Tabfolu- Traite de tion & la Communion , & même la fepul- ^^ ?^^^<^ ture eccleiiaftique , a quiconque refufoit de ^^^ ^^' fe départir de l'obciliance d'Henri III., J'J^j^ P^ qu'on n'appelloit plus autrement que l'A- j^g.^ç*!- * poftat & le Tyran. Enfin il n'y avoit pas ^ quinzejDurs que ce Prince ^fortuné avoit ^' perdu la vie avec la Couronne par un par- ricide, que pluiieurs regardoient comme le fruit du Décret de la Sorbonne, lorfque A^ i"oî^ Richer fefitinfcrire en la Faculté pour le d'Aoult Doélorat. Ainli , fc trouvant enveloppé ^^89* dans les malheurs de la Théologie dutems, il continua dans le préjugé où il avoit été élevé , fans que Dieu permît qu'il rencon- trât quelque perfonne éclairée pour lui def- lîUer les yeux. Son peu d'expérience, la mauvaife conjondure des temps, & la na- ture des études qui lui étoient préfcrites, fuivant la difcipline fcholaltique, lui ôtoient la connoillance des anciens Pères & des Conciles, qui auroient pu d'ailleurs pro- duire en lui un bon eftét : de forte que toute la palfion qu'il faifoit paroître pour appiejidre les veritei de U Religion , &
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Ihid,
De jujia
Henrici
Abdicat.
Synod. Richer.
Son châ- gemem*
De opiim Acad. fiat.pag. 173.
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pour fe rendre le plus habile de faLicen* ce , le détermina pour lors aux Ecrits de ProfefTeurs , & au Traité que Bellarmin, Jefuite , depuis Cardinal , avoit publié, de^ puis touchant l'autorité du fouverain Pon.- tife , qu'on lui faifoit refpeâer comme un cinquième Evangile, s'il eft permis de re- peter fes exprefTions.
Il fallut foûtenir des Thefes conformes à la do6trine de fcs Maîtres ,& il s'en- ac- quitta avec tout le zèle d'un jeune Ligueur difpofé à jurer fur les Ecrits desEfpagnols & des Italiens, & infedé des maximes du Doâeur Boucher , Curé de faint Benoit, le plus féditieux boutte-feu de la Ligue, qui dans la fuite des temps fe rendit l'un de fes plus, implacables ennemis.
Il fe lailïa emporter au torrent qui ra- vageoit alors toute la Sorbonne , & le mau- vais exemple l'engaga comme plulieurs au- tres à louer le parricide de Jacques Clé- ment comme une aâion héroïque qui de- voit procurer la liberté de l'Etat & de i'E- glife de France.
Mais Dieu ne permit pas qu'il demeu- rât long-temps dans fon aveuglement. Per- fonne ne put l'empccher de faire connoî- tre dans fes dernières Thefes combien il étoit oppofé à ceux qui parloient de faire venir l'Infante d'Efpagne en France , pour la mettre fur le Trône au préjudice du Roi de Navarre. Il fit valoir dans la dif- pute le droit de la Couronne avec une li- berté qui penfa lui être funefte:il fit voir combien il eft plus avantageux à un Etat d'avoir des Rois par fuccelilon heredit^i-
d'Edmond Rîcher. 7
re, que par éledion , & de quelle impor- tance il elt pour la Monarchie que les fem- mes foient exclues du Gouvernement. La crainte d'être refufé au Doélorat l'empê- cha alors d'aller plus loin ; mais il n'eut pas plutôt reçu le Bonnet , qu'il fc porta ouvertement pour Henri iV. & travailla puiiiamment dans la Faculté à ramener les efprits , & à les faire rentrer peu à peu dans leur devoir. Il fe fervoit (i utilement du crédit que lui donnoicnt les charges & les emplois par où on le faifoit palfcr dans rUniverlitéôc dans la Maifon de Sorbon- ne, qu'il fe. rendit bientôt redoutable aux Ligueurs & à ceux qui cherchoient à pro- fiter des defordres publics , & du relâche- ment de la difcipline.
Il porta le même fentiment & le même ,, J "" efprit dans la prédication de la parole de . " Dieu , à laquelle il s'appliqua tres-fcrieu- V^^l -^ fement depuis qu'il fut Doéleur. Mais au ^^Jj. '^ lieu qu'il avoit l'air fcvere dans les aflcm- blées de l'Univerlité , & dans toutes les occalions où il s'agilîbit de rétablir la dif- cipline fcholaftique ; il fe donna un carac- tère doux & pacifique dans la chaire, s'é- tudiant à tenir toujours le jufle milieu d'une gravité modérée cSc digne de la gra- vité de l'Evangile , pour éviter les deux extrémitcz de la badinerie & de l'empor- tement , où tomboit la plupart des Prédi- cateurs de fon temps.
Quoi que fa manière de prêcher fût ex- Jùi^. p^ trémemcnt goûtée , & qu'il fût l'un des 176. plus fuivis , on no laiffa pas de lui don- per ^vis de divers endroits qu'il devien-
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droit encore plus agréable au peuple, s'il vouloit fe rendre plus moral, & s'il s'ap- pliquoit fortement à déclamer contre les vices. Mais la crainte de fe voir confon- dre avec certains efprits turbuîens de fon temps, qlii fembloiènt ne monter en chai- re q^e pour détruire la charité chrétien- ne , fit qu'il s'excufa fur fon peu d'habi- tude qu'il avoit à faire des portraits & des defcriptions , & fur ce qu'il fe trouvoit mieux difpolé à expliquer les myfteres de îa Religion , qu'à débiter de la morale.
• En etfet fon application principale étoît de donner à fes auditeurs une intelligen- ce parfaite de l'Ecriture : ce que la plus grande partie des Prédicateurs fembioient avoir beaucoup négligé depuis le liecle de Jhià.pag. S. Thomas, & l'introdudion de la Scho- V7' laftique dans J'Eglife. Il en recherchoit fur-tout le fens littéral & hiftorique, l'ex- pofoit fidèlement après l'avoir trouvé , fans jamais s'en écarter : & il le faifoit tou- jours fervir de fondement aux maximes qu'il avoit deffein d'établir. Il prérendoit que le fens littéral de l'Ecriture fùffit feul pour la connoilfance & l'établifTement des dogmes , & qu'il n'y a que ce fens qui puifle fervir à le trouver , à quoi il elH- inoit que tous les fens fpirituels & allé- goriques étoient entièrement inutiles : il ne faifoit pas même difficulté d'avancer que toute la doélrine des mœurs ,. & tou- tes les règles de la vie chrétienne tirent Jeur force , & tout ce qu'elles ont de fo- lide du fens littéral ; que toutes les expli- cations morales & fpirituelles ne font pas
d'Edmond Richer. p
recevables , & ne doivent jamais même être propofées , ii les veritex qu'elles con- tiennent ne font établies littéralement dans quelqu'endroit de l'Ecriture , à moins qu'el- les ne foient évidentes par elles-mêmes.
Les fuccés dont le Ciel bénit cette mé- thode de prêcher attirèrent fur Richer la jaloufie de plulicurs envieux , qui tâchè- rent de le décrier ,ôc de le faire palfer pour un Prédicateur fans onâion. Mais jamais leur inquiétude & leur chagrin ne furent capables de lui faire changer de conduite: les grands fruits que fes Prédications pro- duilirent parmi le peuple , fervirent plus que toutes autres chofes à démentir leurs médifances.
il continua pendant plufieurs années de ""^
prêcher des Avents & des Carêmes , des ^>94' Dominicales & des Fêtes particulières dans la plupart des Paroilfcs , & dans diverfes Egiifcs de la Ville , ce qu'il ht toujours avec beaucoup de réputation , fans fe dé- partir de la méthode ordinaire.
La converiion du Roi Henri IV. qui fe fit Catholi.que l'an i5'93, ^^ rendit encore plus hardi qu'auparavant à prêcher la foû- niiffion & la fidélité que lui doivent fes fujets. Non content d'agir fur l'efprit des .peuples par la prédication , il fe joignit jy^ encore à René Benoît & à ceux des au- Ihravail- tres Docteurs qu'il eftimoit les mieux in- le à foû- tentionnez pour la paix de l'Eglife & le mettre repos du Royaume : ils firent li bien par l'i^nivec- leurs exhortations & leur crédit^ que tou- ^*^^. -iw te l'Univerfité fe trouva enfin difpofée à ^°'» rcconnoîirc le Roi , lorfqu'aprcs s'ctre fait
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facrer à Chartres , il entra dans Paris le 22. de Mars de l'année faivante. Ils ne travaillèrent pas moins heureufement au- près des Religieux , fur-tout desMendians qui font du Corps de TUniverfité en la Faculté de Théologie , & des Moines qui ont des Collèges dans l'Univerfité : de forte qu'après les délibérations d'une Af- femblée célèbre tenue aux Mathurins le i8. d'Avril , fous le Re6teur Jacques d'Am- boife , tous les Membres de l'Univerfité prêtèrent ferment au Roi , & dreflerent un aâ:c public de leur foûmiffion , qu'ils foû- fcrivirent le 22. du même mois.
L'exemple de l'Univerlîté fut fuivî in- continent par les Ordres Religieux & le$ autres Communautez Régulières. Il n'y eut que les Jefuites & les Capucins qui re- fuferent alors de prier pour le Roi , & .de lui promettre fidélité. Sur les inltances qui leur furent faites, ils alléguèrent que com- me ils étoient fournis au Pape , ils dévoient attendre les ordres de la Cour de Rome pour cela ; qu'ils prétendoient fur tout être exempts de la jurifdidion royale, & qu'ils neferoientriende ce qu'on exigeoit d'eux, li le Pape ne leur commandoit expreffé- ment. BuU.Hîfl. Ce refus fervît de prétexte à l'Univcr- Umverf. fité pour recom.mencer le procès qu'elle Parlf, to. avoit intenté contre les Jefuites depuis plu»- 6. /. ùï-j. fieurs années , & que les troubles du Royau- me lui avoient fait interrompre. Elle n'ac- ^ cufoit leur Compagnie entière de rien moins que d'être ennemie de la France; de favo- tifer la Faâion Efpagnolle ; dç voulo;r
d'Edmond Riche r. ii
rendre la puîflance des Papes abfoluc fur k temporel des Royaumes de la terre ;& d'enfeigner des maximes féditieules con- tre la puifTance royale, & la furctc de la vie des Rois : & elle demandoit qu'on leur interdit les Ecoles publiques, c^c l'inllruc- don de la jeuncflc dans la Ville & dans le Royaume. Les Curez de Paris intervin- rent à la caufe de TUniverlité , pour tâ- cher de faire ôter aux Jcfuitcs f adminif- tration des Sacremens , & les exclure fur- tout des Confeifionnaux & de la chaire. Mais l'attentat de Jean Chatel , Ecolier de ces Pères , qui furvint vers la fin de la même année, termina pour lors cette af- faire d'une manière peu favorable aux Je- fuites : & ils furent tous challez du Royau- ,
me après le fupplice de l'Ecolier parrici- de qui avoit blelié le Roi,& celui du Pè- re Jean Guignart fon Maître , dans les Ecrits duquel on avoit découvert la doc- trine meutriere que l'Univcrlité imputoit à la Société.
La part que Richer avoit eue au fuc- . ^' . ces de l'Univcrlité , lit connoîtrc qu'il étoit Jl ^^^^^^ capable des emplois les plus difficiles : de ^^^^ . forte que le Dodeur Etienne Lafilé , Grand pc^n^jp,! Maître & Principal du Collège du Cardi- ^j^ q^j, nal-le-Moine , étant mort quelque temps i^:,re du après, on jetta les yeux fur lui pour rem- Cardinal plir ces deux places, qui fe trouvoient va- le Moine, cantes. C'étoit de tous les Collèges de rUniveriité que la guerre avoit défolez , celui qui paroilfoit le plus abandonné : la commodité de fa iituation à l'entrée de la Ville avoit dçnné lieu aux foldats de s'y
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loger , & d'y introduire toutes fortes de defordres, dont le moindre fembloit être l'interruption de la plupart des exercices, & la défertion des Ecoliers. Les Bourfiers mêmes qui s'etoient maintenus dans leur établiflement durant les troubles , fem- bloient avoir oublié leur Inftitut , & vi- voient dans un dérèglement qui ne difFe- roit gueres de la vie oilîve des foldat^ en quartier d'hyver. fiÇ'
Il réduit Richer comprit d'abord l'obligation que ics Bour- lui impofoit ce nouvel emploi : & fes com- ijers qui mencemens furent pour les Bourfiers des sctoient pi-éfjjges d'un renouvellement, qui ne de- &^rér^' voit pas être favorable aux defordres de blitladîf- ^^^^ Communauté. Son air naturellement ciplinc. f^v^r^ ^^^^ ^^ juger qu'il n'auroit pas pour eux la complaifance ou la foibleilë de fes prédéceffeurs. Ils commencèrent à le re- garder comme un Reformateur importun, qui fe voyant l'autorité en main , ne maii- queroit pas d'exécuter dans fon Collège ce
^.— qu'il avoit confeilié de faire dans toute
1595. rUniverfité, dont il étoit déjà tout com- munément appelle le Caton. Ils cherchè- rent donc de bonne heure les moyens de traverfer fes deffeins : & ne pouvant em- pêcher qu'il foit Grand Maître, ils tâchè- rent de lui ôter la Principalit^é , fous pré- texte qu'ils ne l'avoient pas choifi eux- mêmes , prétendant que- rien n'étoit capa- ble de les frulirer du droit d'élire un Prin- cipal , qui leur appartenoit de droit. Ils voulurent procéder juridiquement contre lui ,& formèrent oppolition non feulement à fa réception , mais encore .à tout ce qu'il
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^ourroit entreprendre en qualité de Grand Maître pour tout ce qui les regardoit. L'af- faire fut portée au Parlement , où ils tâ- chèrent de prévenir les Juges contre luf par la foUicitation de leurs amis , & par tous les artifices de la chicane 'dont ils purent s'avifer. Le Grand Maître fe fou- Beopt. venant que Caton avoit été cité quaran- Aca.flst^ te-quatrc fois par les Tribunaux , & ab- à p. 187. fous autant de fois ; crut devoir fe rcpo- ad pag, fer fur la bonté de fa caufe , & fur Tin- ^04. tegrité de fes Juges. Il obtint des provî- iîons fuffifantes pour agir dans toute re- tendue de l'autorité que lui' donnoit fa Charge :& tous les délais que fes Parties obtinrent dans la décifion de cette alTaire, ne cauferent aucun retardement à la re- formation de fon Collège.
Mais l'approbation qu'il reçut des Ma- gîftrats & des gens de bien , quoique ca- pable de le foûtenir&de l'animer, ne fer- TÎt prefque de rien pour diminuer les dif- ficultez qui fe rencontrèrent dans fon en- treprife. Les plus anciens d'entre fesBour- fiers étoient les plus intraitables : & depuis que le calme étoit rentré dans la Ville par la réception du Roi , ils ne s'étudioient qu'à reparer les pertes que les malheurs publics de prés de trente années leur avoient fait fouftrir. Mais comme ils prétendoient fe dédommager fur le Collège même , & qu'ils ne fembloient fonder le rétablilFe- jnent de leurs affaires que fur fes ruines; Richer crut devoir employer d'abord les voyes de douceur, pour les avertir de fe Conformer aux Statuts de la Communau-
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té, & de ne point facrifier le bien public a leurs intérêts particuliers.
Ces moyens n'eurent point la force de les ramener : & toures les raifons qu'il put leur al léguer, ne fervirent qu'à les ir- riter davantage. Il fallut employer des re- mèdes plus efficaces, & interpofer l'auto- \ rite du Magiltrat pour les réduire. Ils ne \ purent oppofcr à fes pourfuites que des libelles diffamatoires, & quelques vers fa- tyriques pour déchirer fa réputation. La Cour reconnut & condamna les calom- nies dont ils avoient rempli un fa£tum , & une requête qu'ils lui avoient préfentée contre Richcr. Ceux qui pofledoient des bourfcs depuis 27. ans , contre les regle- mens de leur Fondation , les perdirent par un Arrêt du Parlement , & furent chalfez du Collège. Cet exemple de fcverité ne lit pas rentrer les autres dans leur devoir : ils demeurèrent dans cette haine irrécon- ciliable qu'ils avoient reçue de leurs an- ciens, & qui depuis l'établillement de leur Communauté fembloit avoir été prefque continuelle & héréditaire parmi les Bour- iîers contre leurs Grands Maîtres. Ils eu- rent grand foin de la faire palier aux nou- veaux venus , de crainte de la laillèr pé- rir ;& la palliant du beau prétexte de c©n- ferver leurs droits & leurs privilèges , ils la leur firent regarder prefque comme un de leurs Status , & comme une des prin- cipales conditions aufquelles ils les ad- mettoient dans la Communauté : en forte <îue la qualité la plus requife parmi eux pour recevoir un Bourfier , étoit d'apprca-
d'Edmond Rîcher. if
are à plaider contre fon Grand Maître.
Richer fe moqua de toutes leurs caba- les : & quoiqu'il témoignât fouvent qu'il lui auroit été plus facile de dompter les I montres d'Hercule que de gouverner ces I Bourfiers , ou qu'il lui auroit été plus doux I de vivre avec des Cyclopes & des Har- I "pies ; il ne voulut néanmoins rien rabat- : tre de cette fermeté inflexible & inexora- I ble avec laquelle il avoit entrepris de les remettre dans l'ancienne difciplinc de leur règle. Il en vint à bout par une perfeve- rance de plufieurs années , durant lefquel- les ils lui fufciterent mille traverfes , 6c lui firent efTuyer beaucoup de méchans Procès, dont les ifTués lui furent toujours glorieufes.
Il ne s'appliquoit pas tellement au bien VI. fpirituel de la Maifon , qu'il ne prît aulîî H répara foin du temporel qui avoit été diflîpé ou ^e CoUc- mal maintenu durant les Guerres Civiles. Ç^ .<!"» Dans le temps qu'il en banniiToit les vi- <^to»tpref- CCS , il entreprit de faire défricher la coiir qu'entie. <lu Collège, toute herilfée de ronces &de "^^^.^enc chardons , où les couleuvres & les lézards ^^^^^ trouvoient une retraite aulfi commode que dans les deferts les plus affreux. Il réta- blit l'Eglife <5c les autres édifices qui étoienc prefque tous tombez en ruine. Il fit re- venir la plus grande partie des biens qui avoient été aliénez par la facilité ou la négligence de fes prédécelfeurs. Il revit tous les comptes que l'on trouva qui s'é- toient rendus depuis le premier établifTe- ment du Collège : il examina de nouveau tous les ticicj , & remit tous les droits de
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la Maifon en leur entier. Il apprît par CQ moyen en combien de manières lesBour- iïcrs avoient fçû attirer jufques-là les biens du Collège qui ne leur appartenoient pas, & il remédia furcment à ces defordres , en coupant toute relfource à leurs uiurpa* tions & à leurs friponcrîes.
Entre les plus récentes de ces fripone* ries, il découvrit qu'i]s avoient diftrait & vendu la vailîelle d'argent aux armes da Cardinal Fondateur, appartenante au Col- lège, & qu'ils avoient détruit un corps de logis de trente -huit chambres à chemi- Eéps,dont ils avoient partage l'argent en- tre quatre ou cinq d'entre eux.
Ces conliderations l'obligèrent de veilr 1er continuellement fur la conduite de ces Bouriîers , qu'il regardoit comme autant d'efpions qui ne fervoient qu'à l'obferver lui-même, & comme autant d'ennemis qui ne s'étudioient qu'à lui tendre des pièges par-tout. 11 régla leur dépenfe fuivant l'a- bondance ou la cherté des vivres : & il leur fit voir , malgré leurs murmures , qu'en cela comme dans le refle , le Grand Maître étuit l'unique interprète des inten- tions du Fondateur. Il porta la retbrmation jufques dans leurs exercices particuliers, & les obligea de lui rendre compte de leur travail ; alléguant que pour fuivre la vo- lonté du Cardinal leur Fondateur , ce n'é- toit pas allez qu'ils fulfcnt exempts de cri- mes greffiers , mais qu'ils dévoient fuir l'oifiveté dans toutes les heures du jour; à. que la bourfe n'étoit que pour ceux qui cmployeroient leur temps à l'étude &.aa fervice divin. Il
t)'E D M o N D Ri c"h e r. i-f
Il fit de nouveaux Reglemens , par Tun defquels il fut refolu qu'on ne pourroic plus recevoir aucun Bourlier, qu'il n'étu- diât aâuellcment en Théologie , & qu'iî n'afîlftât à tous les Exercices : refolutîon qu'il rit autoriier par un Arrêt du Parle- ment , & qu'il exécuta toujours inviola- blement depuis ce temps-là. Il en obtint un autre, par lequel il lui étoit permis de çhalîer les vicieux, les rebelles & les fcan- daleux : ce qui fit que lu Communauté fe renouvella en peu de temps.
Apres avoir purgé le Collège, & avoir fuffilamment pourvu à fa fureté & à fou repos par une bonne clôture, il fit ouvrir les Claliès , que les deibrdres de la Ville avoient fait fermer , les remit au même nombre qu'elles avoient été avant les Guer- res Civiles ; il y fit fur-tout refleurir la Rhétorique & la Philofophie , dont il y avoit eu interruption , à caufp que les Bour- liers, profitans des malheurs publics , s'é- toient emparez des revenus deftinez pour les gages des Profefîcurs.
Ses foins s'étendoient aulTi fur les de- hors du Collège, & même fur le quartier des environs , par l'inclination qu'il avoit de fervir le Public , & de faire du bien à tout le mondt'. Il détruifit près de S. Ni- colas duChardonet une cloaque infuppor- table appellée le trou punais, qui infedoit tout le voifinage. Il vint à bout de la dé- tourner dans la Seine par de grands tra- vaux qu'il fit faire; ce qui rendit depuis le quartier fort fain , & mieux peuplé qu'au- paravant : en quoi il travailla aulîî pour les
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Religieux de l'Abbaye de S. Vi£tor, dont ils lui rendirent des témoignages publics de leur reconnoiflance , aunî-bien que le Prcvot de Paris , & les Magidrats de la Ville. 11 remédia aufîi aux inondations fré- quentes de la Seine , qui regorgeoit fous terre tous les hivers dans le grand Jardin de fon Collège, & dans ceux des Bernar» dins. Pour en garantir les uns & les autres, il fit élever des terraffes & des chauffées jufqu'auQuay de la Porte de S.Bernard.
Il n'étoit pas aifé de comprendre que l'exécution de tant de grands ouvrages étoient de l'entreprife d'un (impie particu- lier, & l'on aimoit mieux fe perfuader que quelque main fupericure le gouvernoit avec l'alfiflance de la Cour & de la Ville : mais ces faux bruits étoient encore les fruits de la jaloulie & de la médifance des ennemis deRicher. L'épuife^iient où étoient encore le fifc du Prince.& l'épargne d,e la Ville, ne permettoit pas de recourrir ti-tôt à ces four- ces. Richer fe contenta pour toutes ces dépenfes de ménager les fonds qu'il avoir fait revenir , & d'y employer genereufement les revenus de la Maîtrife. L'économie ad- mirable qu'il y apporta fut prefque toute la relfource qu'il crut devoir chercher à fes befoins. C'elt ce qui fit remarquer en lui un defintereflèment , une generofité , & une grandeur d'ame que l'on ne trouve guéres dans les perfonnes à qui la nailfance & la fortune ont refufé le fecours d'une bonne éducation. Il étoit très - facile pour lui de s'enrichir dans tous les établiflèmens qu'il lit pour renouveller fon Collège; 6c il au-
d'Edmond Rîcher. ip
toit pu s'autorifer de certaines âmes baffes & intereffées , qui avant lui & de fon temps cherchoient à profiter des occafions fem- blables : mais Join de croire qu'il lui fût permis de pécher par imitation , ou d'agir même dans des chofes indifférentes ieuie- ment par le motif d'en avoir vu d'autres que lui agir de la même manière; il fe re- garda comme un homme obligé par fa pro- t'eflion & par fon rang à faire un exemple <le fa conduite pour les autres. Dans le temps même qu'on le croyoit accable de befoin \j il relâcha une portion confidera- ble de fes gages , pour être moins à char- ge au Collège ; & fans s'arrêter à la con- lideration des Grands Maîtres qui en avoient joiii avant lui , il fit remettre les chofes où le Parlement les avoit fixées en I5'44 : en quoi l'envie ne manqua pas de publier qu'il y avoit plus de vanité &d'indifcretion que de véritable definterelTemcnt , & que c'é- toft moins à lui qu'à fes fucceffeurs que cette remife portoit préjudice. Mais elle eut beau le fuivre par-toui pour le décrier & pour tâcher de ternir l'écluc de fes ac- tions ; fans elle nous aurions ignore une grande partie de Ion mérite.
Après le rètabliflèment du Collège & ^]^' . de fes Exercices , Richer entrant dans la ^^ ^^'^ ^*" confideration de tous les devoirs de la charge de Grand Maître & d'un Prin- cipal , fe crut obligé de travailler en par- ticulier pour les Regens & ks Ecoliers ; il chercha tous les moyens de faciliter aux premiers la véritable méthode d'en- Xeigner , & aux autres la manière d'étudier yraye
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metliode fondement. Il n'eut pas honte de fe rc* de l'étude nicttre lui-même à la Grammaire pour cet desfcien- effet; & il ne fit nulle difficulté de parta- ces. gej. fo2i temps entre la Théologie & les
De opt. Humanitez , quoique la Théologie depuis jîca.fijiî. pluiieurs années lemblât faire toute fon f. 12 8. étude. Quand il n'y auroit pas eu l'exem- ple de plulicurs grands Hommes de l'An- "7" tiquité, tant ecclefiaflique que prophane ^ ■'^^^* pourjullifier fa conduite contre les repro- ches injurtes que lui en firent quelques- ** George uns -de fes envieux , * la vûë feule de fes Critton? obligations étoit plus que fuffifante pour le confoler. Il ne croyoit pas qu'il y eût rien de bas pour nous dans tout ce quieft de la protellion que nous avons une fois embrafiée ; outre qu'il n'y a rien que de grand &-de noble dans l'art de former l'ef- prit de l'homme, & de donner entrée à la vraye fcience, qui eil ce qu'il envifageoit principalement dans ce qu'il avoit entre- pris de faire en faveur des Regens & des Ecoliers de fon Collège.
Après avoir beaucoup médité fur ce fu- jet, il trouva que tous ceux qui l'avoient traité avant lui , n'avoient pas tellement épuifé la matière qu'il ne reftât toujours quelque chofe de nouveau à produire , ou du moins qu'il y auroit toujours lieu de donner un nouveau jour, ou une nouvel- le méthode à ce qu'ils en avoient dit. Pour en faire l'épreuve, il propofa fon Livre de l'Analogie , qui étoit proprement un extrait laifonné d'un autre ouvrage de Grammai- re qu'il avoit compofé peu de temps au- paravant. Les moyens qu'il ydonnoitpour
D^EdMOND RliiHER.' it
apprendre à parler purement, & d'une ma- nière toujours corrcde , pour enrichir les langues maternelles , & pour trouver les. véritables caufes de l'éloquence, lui paru- rent {l nouveaux & C\ faciles , qu'il ne crai- gnit point de laillcr comparer fon ouvra- ge à ceux de Varron , & des Auteurs qui avoient écrit de l'Analogie avant lui : en quoi on peut dire que le Public lui a ren- du toute la juftice qu'il pouvoit attendre. Quand à ce qui regarde l'ouvrage qu'il donna enfuite fous le titre de De Gram- matica ohftetrict ^\\ crut devoir y employer par-tout le raifonnement ou la dcmonilra- tion,& l'analyfe pour lier les caufes & les principes avec les règles les plus courtes & les plus faciles de la Grammaire , que les enfans peuvent ailcment apprendre en (îx mois. En quoi il fit voir qu'il nefiiffit pasd'ctrc bon Grammairien pour bien trair ter de la Grammaire , mais qu'il faut en- core polfeder cette fcience générale que les Auteurs appellent Mathejis , pour fça- voir expliquer les vrais principes de tous les Arts & de toutes les Sciences particu- lières. On fçait aifément faire la ditferen- ce d'un Géomètre d'avec un lîmple Ma- çon , dans la manière de parler du triangle & du quarré ; un Géographe difcourt au- trement des parties du monde qu'un Mar- chand qui a voyagé : ainli le Philofophe fe fait bientôt diliinguer d'avec le (impie Grammairien par ta manière de traiter d^î la Grammaire. Richcr avoit bien vu qu'il ne fuffifoit pas d'écrire comme avoit fait Piifcien , Feltus , Nonius , Chariiius , Dio.'?
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mede, Donat, & les autres Grammaîneni^ ' du commun , qui ne Tont fait que corn-!- ine de fimples Maîtres d'Ecole : mais il prit pour modèle Ariftote , Jules Scaliger, & les autres grands Hommes qui ont ta" ché de ramener cet Art aux premiers prin- cipes de la nature , & de le réduire fous les loix de la raifon & de la fcience ; & qui ont fait voir par leurs excellens Ou- vrages qu'il faut êtrePhilofophe pour fça- voir rechercher , & pouvoir découvrir la fcience , l'ordre /& la méthode de toutes chofes.
Richer fe fervit des mêmes moyens pour çcrire enfuite de la Rhétorique : & fans le contenter d'expliquer les caufes de cet Art^ il voulut encore donner la méthode d'en réduire les maximes à l'ufage de la vie ci- vile. Mais aucun des Ouvrages qu'il fit alors pour les Etudians , <5c pour les Maî- tres qui dévoient les inftruire , ne parut avec plus d'e'clat que celui que l'on publia depuis fous le titre d'OhJieirix an'tmorum. Tout fou deifein étoit de former Tefprit de l'homme , de le perfeélionncr , & de le rendre capable de tout. L'Auteur avec f^ méthode ordinaire entreprenoit d'y décou- vrir la véritable manière d'enfeigner , d'é- tudier, de converfer , d'imiter, de juger ^ de raifonner , & de compofer.
G'eft ainlî que pour fatisfaire aux de^- voirs de fa Charge, il voulut employer au profit de la jeuneiie les grands talens qu'il àvoit reçus de Dieu , & qu'il avoit culti- vez par l'étude des fciences les plus fubli- zïies. Il fallut pour cela fe priver de to.Ur i
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tes les douceurs qu'il trouvoit dans l'Ecri- ture , dans les livres des anciens Pères de l'Églife, & dans les Auteurs Eccleliafti- ques , & renoncer au plailir que lui don- noient les exercices & les études convena- bles à un Théologien. Ce ne fut pas le feul facrifice qu'il nt à Dieu dans cette occa- iîon : cet engagement à des travaux de Grammaire lui tit encore abandonner plu- iieurs intérêts particuliers , que tout autre en fa place auroit eu grand foin de ména- ger, & le porta même à interelTer fouvent la famé dans la vue de l'utilité publique.
Mais il ne s'employa pas tellement à for- mer l'efprit des jeunes gens, qu'il ne s'ap- pliquât aulfi particulièrement à leur cœur. Il avoit fait un point capital de fa difcipline de les élever dans la pieté , & les inftruire des maximes les plus pures de la Religion, & de leur procurer en même temps une éducation plus polie qu'on avoit encore fait jufqu'alors dans l'Univerlité. Il veil- loit par lui-même fur tous les particuliers, fans perdre jamais perfonne de vue , & fans s'en rapporter trop facilement aux foins de ceux qui étoient commis fous lui pour le foulager.
Autant qu'il avoit paru fevere aux Bour- fiers qu'il avoit fallu retirer du libertinage & de l'indépendance ; autant étoit-il affa- ble & carelîànt envers les Ecoliers , à qui il tâchoit de rendre la vertu aimable. Il avoit pour tous les Regens de ion Collè- ge des manières d'agir toujours honnêtes àc officieufes ; il entroit le premier dans leurs peines ; il les prévenoit dans les bc-
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foins qu'ils pouvoient avoir de lui ; leut faifoit rendre un refpeét & une obéillànce parfaite par les Ecoliers; les protegeoit & les louoit toujours en public , pour con- ferver leur autorité , refervant pour le fe- cret & le particulier les remontrances qu'il avoit^. à leur faire ; & leur apprenant par fon exemple à joindre toujours la pruden- ce avec Texaètitudc dans toute leur con- duite. 11 maintenoit entre eux une union tres-étroite, dontilétoit lui-même le lien, & il tiroit des avantages merveilleux de leur correfpondance réciproque pour le bien de Ion Collège. Mais comme il étoit incapable de foiblefle , & de quelque lâ- che complaifance pour le vice, il étoit en même temps la terreur des Ecoliers & des Regens déréglez ; de forte que ne pouvant fupporter long -temps fa prefence & fon autorité en cet état, ils étoient obligez de quitter fans délai ou leurs vices ou foii Collège , qui devint par ce moyen le mieux difcipliné , & le plus florilTant de toute rUniverlité. C'eft ce qui donna aux per- fonnes de qualité beaucoup d'emprelfe- nient poui mettre leurs enfans fous facon- ^M.Bou- duite. On a dillingué long -temps depuis cherar fes élevés , par les fervices qu'ils ont ren- Chance- dus à l'Eglife & à l'Etat, & on en a vu îier de q^f ont exercé avec beaucoup de dignité Trance. les premières Magillraturcs "^ du Royaume. VIII Pendant que Richer travailloit au réta- 11 eft fait bliffement de fon Collège , le Roi dormoit Çenfeur P^^^r 1^ réparation entière de toute l'Uni- de r[Jni- verlité des ordres , dont l'exécution lui yerfitc fut auffi commife. Ce grand Prince infoii-^
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hic de l'état pitoyable où elle étoit, lorf- pour ""^ ^u'il fit fon entrée dans Paris ,avoit com- vaiiler a pris d'abord la neceflîîé qu'il y avoit dç ^'^ \^^^^' rétablir promptement cette ancienne hco- ^
le du Royaume , où fe devoit apprendre la Religion , les Loix , les Sciences & les beaux Arts , d'où femble dépendre la fé- licité des peuples. Il avoit nommé pour travailler à ce grand ouvrage les perfon- nés les plus confiderables du Royaume par leur capacité , leur içavoir , leur cré- dit , & leur expérience ; fçavoir Renaud de Beaune , Archevêque de Bourges , grand Aumônier de France; Achilles deHarlay, premier Préfîdent au Parlement ; Jacques Augufte de Thou , Prélident à Mortier ; Lazare Coqueley & Edouiird Mole , Con- feillers de la Grand'-Chambre ; Jacques de la Guelle , Procureur General ; & Louis Servin, Avocat General , auxquels on joi- gnit depuis MelTieurs Seguicr , Lieutenant de Police, & Faucon de Ris , premier Pré- lident au Parlement de Bretagne.
Les Commiffaircs ayant commencé la Reformation par la vifite des lieux , n'a- voient trouvé par-tout que des objets d'hor- reur & de compafTion : ces lieux qui avoient B'ù'.HiJf.. été 11 long -temps le fejour agréable des ^cad. to. Mufes ,étoient devenus la retraite des fol- 6. /. 916, dats , des voleurs & des bêtes ; on n'y voyoit que de triftes relies de la défolation que la fureur des Guerres civiles y avoit bif- fée. Les ClafTes&les Sales derti nées pour t/av.ïw^ les Exercices publics , n'étoient plus que H'tft. l. des étables,&des écuries toutes rompues, izi.ad mais qui regorgoient encore de l'ordure <î^. 1600*
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des chevaux , & des troupeaux qu'on y avoit retirez ; ce qui reûoit d'apartemeos que le feu ou la brutalité du foldat n'a- voient pas entièrement détruits , étoit oc- cupé par des étrangers , qui y entretenoient leurs femmes & leurs ménages.
La vue d'un fpedaclc fi affreux porta les Commiffaires à tenir fouvent des Af- femblées dans TUniverlité avec les Rec- teurs , les Procureurs des quatre Nations, les Principaux des Collèges , & les Doyens des trois Faculté?^ fuperieures , pour agir avec eux de concert dans cette entreprife. On fe reprcfenta d'abord l'état où on avoit remis l'Univeriîté après l'expulfion des Anglois fous Charles VIL On remit alors les Reglemens que le Cardinal d'Eftoute- ville avoit faits pour le rètabliffement de la difcipline. On jugea qu'il étoit necef- faire d'y retoucher, pour les mettre dans une plus grande perfedion ; & on le fit principalement fous les lumières du Pré- iident de Thou , & de l'Avocat General Servin , qui pafToient pour les Magiftrats les plus éclairex , & les mieux initruits des affaires de l'Eglife , & du Royaume , des Hiftoires des liecles paffez , & des droits de l'une & de l'autre Puilfance. Ihua», On fit de nouvelles Conflitutions , qui /?{/?. ibid. furent autorifées par un Edit du Roi , & é publiées par les ordres du Parlement, qui
donna enfuite un Arreft pour en remet- tre l'exécution aux foins du Prélîdent de Thou & des Confeillers Coqueley&Mo- • îé. Ces Magiftrats , accompagnez de Ser- vin , les firent recevoir dans rAffemblée
d'Edmond Riche r. 17
de rUniverfité tenue aux Mathurins le 18. Septembre de Tannée 1600. Servin, après une belle harangue prononcée par deThou,<&la ledure des Statuts pour les quatre Facultez , marqua tout ce que les ProfefTeurs feroient obligez de faire pour maintenir l'autorité du Roi contre les mau- vaifes dodrinesqui avoient caule une par- tie des troubles. Mais parce que le plus grand mal étoit venu de la Facilite de Théologie , où les Ultramontains & les au- tres perfonnes mal intentionnées avoient toujours entretenu des intelligences pré- judiciables à la liberté de l'Eglile Gallica- ne , <5c au repos de la Monarchie ; il fut arrêté que tous les Externes qui voudroient y entrer , comme dans les autres Facul- tcz, s'obligeroient par ferment, avant que d'y prendre aucun degré , à vivre félon les loix du Royaume, à rendre une obéifTan- ce parfaite au Roi & aux Magiftrats , & à ne jamais parler ou écrire contre la Re- ligion Catholique , les Libertez de l'Egli- fe Gallicane , qui ne font autre chofe que les anciens Canons , le gouvernement de l'Etat , & la Puilfance royale.
Tous ces Reglcmens furent reçus avec beaucoup de joye & de foûmilfion par tout le Corps de l'Univerfité, qui en ren- dit publiquement des actions de grâces au Roi & au Parlement par la bouche du Re6leur Marc Gigaut. On prit toutes les mefures poflibles pour commencer cette Reformation avec le lîccle; mais on s'ap- perçut bientôt qu'il filloit purger ce grand Corpj) de beaucoup de mauvaifes humeurs
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qui lui étoîent refiées , & qu'on ne pou* roit établir la difciplinc préfcrite par les nouveaux Statuts , qu'aprcs avoir fait une information exadtede la vie & des mœurs des particuliers qui le compofoient. On crut qu'il falloit choifir pour cet emploi des pcrfonnes de toutes les Facultez , en qui la capacité & la prudence fe trouvaf- fentjointes à Tintegrité des mœurs , telles que la qualité de ces temps pouvoit l'exi- ger , pour être en état de corriger les au- tres : de forte qu'à la requête du Procu- reur General , le Parlement nomma Ri- cher de la part de la Faculté de Théolo- gie; Claude Minaut, dit Minos , Profef^- leur en Droit Canon ; Nicolas Eclain y Dodeur en Médecine ; & Jean Gallart, Principal du Collège de Boncourt, ancien Redeur de la Faculté des Arts, pour tra- vailler enfemble à cette Reformation fous l'autorité de la Cour.
Mais les nouveaux Cenfeurs y trouvè- rent de grandes relidances dès l'entrée de leur fonction de la part de plufieurs Re* gens, & de quelques Principaux mêmes v qui trouvoient leur compte dan's les defor^ dres de l'Univerlité. Ceux-ci n'ofant s'en prendre au Parlement pour la publication des nouveaux Statuts , à l'obfervation def- quels on vouloit les obliger, déchargèrent leur chagrin fur les Cenfeurs , & princi- palement fur Richer, qu'on 'regardoit non feulement comme le Chef des autres, mais encore comme le grand promoteur de tou- te la Reformation , avec René Benoît, Con- feifeur du Roi , nommé à l'Evêché dç ' Troyes.
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Richer , que les dangers les plus pre- fens fembloient ne devoir jamais épouvan- ter , fentit croitre fa force & fon coura- ge à mefure que l'oppolition des rebelles s'augmcntoit;il refolut de les traiter com- me des malades que les Médecins lailfent crier , lorfqu'ils ont peine à fouffrir les remèdes. On punit les plus mutins &:les plus incorrigibles par des amendes pécu- niaires , par la prifon , & même par la dé- poiition de leurs emplois ; & il refolut de fupporter les infultes&les injures des au- tres , dans l'efpcrance de les gagner par fa modération.
Néanmoins fix mois fe pafferent fans —
beaucoup de fuccés. Richer appréhendant 1601. que fcs Collègues ne fc rebutaiîent dans la fuite , ou ne fuccombaffent à l'efFet des contradiélions , alla trouver le premier Préiident de Harlay , & les autres Com- milïùires nommez par le Roi pour la re- formation de rUniverlité : il leur repre- fenta l'importance qu'il y avoit à ne point abandonner un ouvrage fi neceffaire, & fî heureufemcnt commencé ; il voulut enfui- te fe démettre entre leurs mains de fon oflice de Cenfeur , afin de lui donner lieu de lui fubftituer une perfonne qui eût plus de capacité , de refolution , & de bonheur que lui.
Le Préfident de Thou , qui fçavoît dé- couvrir &eftimer le mérite mieux qu'hom- me de fon iiecle , remontra à la Cour que ne connoilfant perfonne qui fût plus ca- pable que Richer , il talloit , fans avoir cgard à fa modeftie , le continuer dans foa
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^ "■ ■ nouvel office, & augmenter mémo fespon-à
1601. voirs, s'il étoit polfible. Son avis fut fui- vi. Richer & fes trois Collcgues furent de nouveau établis Cenfeurs de l'Univerfité par un Arreft du î^- Septembre de Tan- née 1601. Leurs Olfices devoiventétrede deux années , & ils en prêtèrent le ferment entre les mains du Reéleur Guillaume Pou- lart ou Poulet , dans le Collège de Sor- bonne , le jour de la naillànce du Dau- phin , qui étoit le 27. du même mois.
Sur ce que Richer reprefenta enfuite à la Cour qu*il y avoit beaucoup plus à tra- vailler dans la Faculté de Théologie que dans celle de Droit & de Médecine , & que celle des Arts demandoit aufli d'au- tant plus d'application & de foin , qu'elle ctoit la bafe & le Séminaire des trois au- tres , & plus infedée de la corruption eau- fée par les guerres civiles ; on lui donna encore deux Adjoints pour le féconder , Charles LoppéDodeur de Sorbonne pour la Faculté de Théologie ^ & Jean Morel Profeffeur Royal dans celle des Arts. ' IX. Les Cenfeurs reprirent leurs fondions
Peine de ^^^15 le mois d'Oétobre fuivant , firent la Richer vifite de tous les Collèges , & conférèrent aboHr le ^^^^ ^^"^ ^^^ Principaux, pour les porter Lundi ^ ^ coopérer avec eux , & à tenir la main, Miner- chacun dans l'étendue de leurs reflbrts , val, & ce à la difcipline qu'on vouloit établir. Ils qu'il eut réglèrent les exercices de pieté, ils pour- ii fouffrir vurent à l'infpeâion des mœurs , & ils tâ- tantde la cherent de rendre la police fcholaftique part des uniforme par tout ; mais ils furent tra- Liguçui's verfez rudement dans la reformation qu'il»
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voulurent faire de certains abus , où les que Ma Princrpaux & les Regens intereflèz trou- P'^i't <^e^ voient du profit. Cela regardoit fur-tout ^^"-'^' q^» la fixation des penlions pour les Etudians, J.'^y^"- que Richer & les autres vouloîent mode- ^o'^^^ye rer, & le Lundi des deux femeftres , com- V^/v5 iiiunement appelle Mincrval dans le Pays ç^iJ^^^ Latin , qu'ils vouloient retrancher. Ce ___ ' Lundi étoit une Fête fcandaleufe qui fe '' ^ faifoit dans les Collèges pendant plufieurs ^^^^* jours en hiver & en été, à Toccaiion de la rétribution que les Ecoliers payoient à leurs Maîtres. La Fête fe palfoit en fef- tins & en débauches ; c'ctoit une fource de defordres, dont les fuites étoient tou- jours fâchcufes.
Richer ne croyoit pas que Ton pût bien remédier à ces abus fans en retrancher en- tièrement l'ufage : mais loin de réduire les Regens à mourir de faim en abolilTant les Lundis, comme fes envieux le publiè- rent depuis ; il travailla fortement à faire ré- tablir par-tout l'honoraire menftruel , c'ell- à-dire le falaire modique & honnête qui fe donnoit auparavant par mois, pour recon- noître les peines des Maîtres. Ce n'eft pas qu'il fût pcrfuadé que le remède fût encore fouverain contre le vice de l'intérêt , les partialités , les préférences & les accepta- tions de perfonnes , que l'on vouloit ban- nir; mais il faifoit efpererque les liberali- tei du Roi mettroient les Maîtres en état d'enfeigner gratuitement dans toute l'U- niverfité , 11 par les faveurs d'une longue paix l'on voyoit dans les finances de ce Prince , qui fe çéublifloient de jour en
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— jour, l'abondance dont on fe flattoît.
1601. Ceux qui s'intereflcrent à la conferva- tion du Lundi, ne furent pas fatisfaits des raifons des Cenfeurs ; & ils s'élevèrent con- tre leur entreprife , croyant que Ton at-/ tentoit à la liberté ancicnce des Ecoles ^; & qu'on ne cherchoit qu'à les détruire , en couvrant du nom du Roi & du Parle- ment, toutes les violences qu'on leur fai- Ibit : non feulement ils refuferent de ii- gner 6c de jurer fur les nouveaux Statuts comme les autres pour s'obliger à leur obfervation ; mais ils débauchèrent enco- re plufieurs de ceux qui avoient déjà prê-, té le ferment , & les portèrent à rétrac- ter leurs f]gnatures,& à fe rendre même parjures , plutôt que de fc foûmettre à un i\ honteux cfclavage. Non contens d'avoir Ibûlevé les Maîtres, ils animèrent encore leurs Ecoliers , & armèrent même les va- lets des Collèges contre les Cenfeurs.
Richer fut néanmoins le feul fur qui tomba le gros de l'orage : il fe trouva fort Ibuvent en danger de fe voir lapider al- lant dans les quartiers de l'Univerfité ; 51 fut à diverfes fois charge d'injures & d'opprobres en pafîant devant les Collè- ges , quelquefois même couvert de boue par la canaille & les Ecoliers , dont l'in- folence étoit foûtenué par leurs propres; Hegens. Le Collège de Lilieux fe fignala fur tous les autres dans les infultes qui lui furent faites à l'inlligation de deux fu- rieux , qui ne pouvoicnt Ibuffrir qu'on ar- rêtât leurs déreglemens, & qu'on retran- chât les fcftins. L'un étoit un'Confeiller
dégradé,'
d'Edmond Richer. ^^
dégradé, nommé Duron , qui s'étant fait — — ^ Commiflaire de Quartier, après avoir été 1601* honteufement chaire du Parlement , s'étoit retiré dans ce Collège ; l'autre étoit Geor- ge Critton , Protefleur Royal , qui avoit dé- jà été Procureur de la Nation Allemande. Richer, tout intrépide qu'il étoit, fe crue obligé de prendre des furtez contre leur fu- reur , & ne fe prefcnta plus dans leur Col- lège qu'avec une puilfante efcorte.
La confpiration des autres Regens qui liguèrent par canton , ne fut pas nioins cmbarrafTante pour lui : ils cabalerent par peloton, pour tâcher de ne plus élire pour Redeur de l'Univerfité que ceux qu'ils fçavoient être ennemis de la Reforma- tion, «5c qu'ils jugeoient alfez hardis pour s'oppofer aux Cenfeurs, & éluder les. or- dres du Parlement. Les tumultes , & les mauvais exemples que proauilirent les ré- voltez , fcandaliferent toute la Ville : ils furent caufe que beaucoup de perfonnes de qualité retirèrent leurs enfans des pen- lîons des Collèges publics , & qu'ils les mirent en Ville fous des particuliers , ou leur donnèrent des Précepteurs chez eux; ufage qui avoit paru aifez rarejuf4ues-là, &qui elt devenu depuis fort commun. Il n'y eut que la fuite du temps qui pat fai- re connoître la grandeur du tore qu'en re- çut rUniverfité. Il fut tout autrement con- iiderable par le préjudice qu'elle apprehen- doit de l'ouverture du Collège de Cler- mont, contre lequel elle parut lî allarmée. . Il le trouva néanmoins quelq^jcs Rec- teurs , dans l'efpace de deux années quct
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«— — — dura la Cenfure , qui ouvrant les yeux lût ïdoi. la défertion des Collèges, écoutèrent Ri- cher , & travaillèrent à ramener les efprits irriter dans leur devoir. Ils prirent fes avis pour retrancher la dilTolution (& les defor- dres parmi les Regens & les Penfionnai- .res ;& ils fe joignirent à lui pour faire re- cevoir les nouveaux Statuts : mais les fédi- tieux s'en vengèrent bientôt par la brièveté du Redorât , dans lequel ils n'eurent garde de les continuer ; & ils rendirent prefque toutes leurs bonnes intentions inutiles, en leur fubftituant des gens de leur cabale.
La prudence de Richer ne lailTa pas de détruire toutes leurs pratiques ; & l'égali- té d'efprit qu'il confcrva toujours, la fer- meté & la patience qu'il fit paroître par- tout, le rendirent viâorieux des ennemis de la difcipline , dans les principaux Col- lèges de rUniverfité,dès la première an- née de fa Cenfure. Mais ces fuccez atti- rent fur lui une autre tempête de la part de ceux qui s'étant imaginez que les maux de rUniverfité étoient incurables , efpe^ roient toujours que l'on feroit obligé de rappeller les Jefuites de leur banniflement, pour leurs taire ouvrir leurs Ecoles. Ces gens , qui paroiflbient n'avoir été nourris que des maximes Italiennes & Efpagnollés durant les troubles du Royaume , fouhai- toient de tout leur cœur que Richer & fes Collègues fuccomballent fous la multitu- de des difficultez & des contradidions ; ils faifoient des parallèles odieux de cette Reforme de rU.niverfité , avec celle que les Proteftans avoient prétendu faire dans VE^ViCe^ ajoutant quç le Ciel ne bcniroit
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pas Tune plus que l'autre. Ils tâchoient ■ mcme d'infinuer que le rétabliflement de 1601 l'ancienne difcipline ne tendoitqu'à la rui- ne de la Religion Catholique. Mais fous Je beau nom de Religion Catholique , ils ii'entcndoient autre choie que le refte de la Ligue , avec les opinions ultramontai- nes , contraires à celles que tient l'Eglife Gallicane & le Parlement touchant l'au- torité du Pape. Ils publioient que c'étoit une chofe honteufe à Richer , qui étoit Prêtre & Dodeur de Sorbonne , de tra- vailler ainii à détruire une Société aulli fainte qu'eft celle des Jefuites ; comme R c'eût été ôtcr à ces Pères toute efperan- ce de retour , que de remettre le bon or- dre & la paix dans rUniverlitc,&d'yfai- le refleurir la vertu avec les Icicnces.
Ces t'u6ticux prirent occalion de-là pour le décrier comme un Parlementaire , qui ctoit alors la même chofe qu'hérétique parmi les fedtateurs & les élevés des Li- gueurs. Car depuis que le Roi avoit ab- jure le Calvinifme , & reçu l'abfolution ou Pape , la grande herefie du temps n'é- îoit plus de fe déclarer huguchot ; mais de ne point adhérer aux prétentions de la Cour de Rome » qui avoit une iiiJinité d'émiiïaires dans le Clergé de l' rance , 6c principalement dans les Maifons Religiea- fes'du Royaume. Les reproches & les plaintes de ces nouveaux adverfaires , quoi que très - méprifables aux yeux des Ceii- feurs , ne laifTerent pas de produire une efpece d'avantage , en ce que Richer , pour fe rendre capable de s'oppofer un jour à
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leurs entreprifes , refolut alors de fe don- ner tout entier à l'étude de l'Antiquité ecclefiaftique , qui avoit été négligée de- puis le règne des Scholaftiques. X. Dès la féconde année de la Cenfure de
Succès Richeron vit la face de l'Univerfité pref- des tra- que entièrement changée par le renouvel- vauxdans Jeinent de plufieurs Collèges , dont on la refor- j^yQJj ^^^ ç.q^-^ ^ç^ Regens qui avoient été IJ^'^y,?!^ • reconnus vicieux ou ignorans. La Fête du i ,"'' Lundi fut entièrement abolie avec les fef- ve) itc. jj^,g ^ j^ coutume de payer les Maîtres Difficulté ^^ ^^ temps-là ; mais les Cenfcurs retom- fur le ré- bcrent dans de nouveaux embarras , lors tranche- qu'ils entreprirent d'empêcher qu'il n'y ment de eût dans la fuite deux Regens pour cha- rufage que Clafïe de Rhétorique, qui fouf- Il ri'y avoit que cinq ou fîx ans que froitdeux cette coutume s'étoit introduite dans l'U- ^egens niverlité , à l'imitation des Jefuites , quî dans une avoient établi cet ufage dans leurs Collé- 5^Iaiie. ggg Richer , après s'être beaucoup tour- menté durant l'année i6oi- pour perfua- der aux Principaux que c'étoit une tres- méchante coutume, & qu'il étoit de l'in- térêt & de l'honneur de l'Univerlité qu'on l'anéantît avant que de lui laifler prendre de plus fortes racines , avoit obtenu dès la S.Jei^H qu'il n'y auroit plus qu'un feul ProfeÛèur en chaque ClafTe : il faifoit dé- pendre de ce point la facilité de quelques Reglemens nouveaux qu'il devoir faire exécuter à la S. Rémi , fans quoi il ne pouroit jamais efperer de voir la difcipli- lie entièrement rétablie. Peu de gens étoient entrez dans les in-
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itonveniens qu'il y avoit de faire faire une . *» m^ ClalTe par deux Regens ; & beaucoup de 1601, perfonnes affedionnces au Public avoient jugé que cette inftitution pouvoit êcre fort utile aux Etudians. Mais Richer , qui por- toit fes vues beaucoup plus loin , avoit tellement fait goûter fes raifons aux Com- miffaires nommez par le Roi pour la Re- formation , qu'on en avoit voulu faire un article exprès dans les Conftitutions nou- velles ; il fut dit aulTi que TArrell du 17, Septembre 1601. feroit partie du premier Règlement pour la Faculté des Arts, qui portoit la dcfenfe en ces termes : Ca^eant in pojîerum GymnafiarchiC , ne duo l?rce^ ceptores eidem Clajfi pr^ficiantur , ha ui tinus hor'îs matuttnïs. , alter por(ieridiams docèat : quod ftcitnUtm dïllgenter fervetur à Remigialibus annï l6oi. ne Prccceptori- bus qtii hoc anno fidem dederunt Jit fraudi.
Quelques-uns voulurent d'abord ména- ger une exception en faveur de la Rhé- torique , comme ii l'intention des auteurs du Règlement eût été qu'on fe gardât feu- lement de faire pafler cette pratique dans les autres Claliès , où l'on ne s'çtoit pasi encore avifé de l'introduire ; mais Richer fit voir que le Statut ne regardoit préci- fément que la Rhétorique \ n'étant pas à craindre qu'aucune autre Clalfe pût jamais imaginer un prétexte plaufîble pour de- mander aulfi deux Regens.
Sur ce que Richer , parmi les raifons qu'il allégua pour adoucir les efprits , <Sc les refoudre à l'obfervation des Statuis y ajouta qu'un fécond Rçgent ctoit à char-
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■ i". ■ ■ ge à rUniverfité ; Critton fon adverfaîref. 602. deTannce préccdente prit occafion de s'c- lever de nouveau contre lui. Il follicita le Principal de Liiieux , nommé François Adrien Baven , qui avoir cté Rcéteur de rUniverfité lix ans auparavant , de vou- loir entrer dans fes dellcins , & il lui ne entendre qu*il avoit trouvé un moyen fur pour maintenir fon Collège dans les ufa- ges , & rendre inutiles la Reformation & les entrcprifes de Richer. ■
Il s'otfrit comme Profeffeur furnumeraî- re & hors de rang pour faire la Claffe de Rhétorique Taprcs-midi ,dans la feule vue d'honorer la profeffion , & d'attirer les Eco- liers, fans prendre néanmoins la qualité de fécond Régent. Baven fe lailfa perfuader, & il crut faire honneur à TUniverlité de permettre qu'un Hiftoriographe & Profef- îeur Royal vînt de furérogation faire la Claffe de Rhétorique chez lui , feulement pour donner de la réputation à fon Col- lège. L'affaire réufîît d'abord fuivant le projet de Critton , de qui l'expédient pen- fa rendre entièrement inutiles & l'Arreft du Parlement, & les Statuts de la Refor- mation. Les autres Collèges voulurent en ufer de même : & lorfque Richer entre- prenoit de s'y oppofer , on lui alleguott toujours Texempie du Collège deLilieux, qu'on ne pouvoit fe difpenter de fuivre.
Ces conteftations durèrent pendant tout l'Eté , jufqu'à ce que Richer & les autres Çenfeurs appréhendant qu'elles ne conti- nuaffent encore à la faint Rémi fui vante, députèrent Eclain leur Collègue au mois
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d' Aouft vers le premier Préfident de Har- — i ,mt lay , pour lui reprefenter les fuites de ce i6oi. mauvais exemple. Ils prefîerent de leur côté Claude Palliot Redeur de l'Univer- iité,& Baven Principal du Collège deLi- fieux , de faire celfer le fcandale qui cau- foit l'inexécution des nouveaux Statuts , auxquels ils s'étoient obligez l'un & l'au- tre par un ferment folemnel.
Les Vacances furvinrent , & Mcffieurs du Parlement étoient à la campagne. Non- obftant la fatisfaftion que le premier Pré- fident avoir promife à Eclain , Critton 3t Léger , Profelfeurs ordinaires de la Rhé- torique à Li lieux , entreprirent au mois. d'06tobre de régenter la même Clafle al- ternativement ; celui-ci le matin, & l'au- tre l'aprcsmidi. Ils fe flattèrent même de l'appui du Parlement, efperant de lui fai- re voir la furprifc qu'ils prétendoient avoir été faite à la Cour. Ils menaçoient d'aK 1er au Roi, prés de qui ils s'étoient pro- curez des amis , fi le Parlcmenr ne leur étoif point favorable à la S. Martin.
Cependant Critton publia un libelle plein d'injures & d'indignitez contre les Cen- feurs II y attaquoit principalement la per- fonne de Richer ; & le refte n'étoit qu'u- ne déclamation puérile & féditieufe con- tre les Reglemens nouveaux de l'Univer- lité. 11 alla cnfuite avec Baven trouver les Juges qui tenoient la Chambre des Va- cations. 11 tâcha de leur perfuader que ce qui avoir porté le plus les parens à don- ner leurs cntans aux Jefuites , étoit le Çrand nombre des Regens qu'ils avoicnt
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t..—— dans leurs Clafres,&que la difette deRe-» 460*. gens avoit fait ôter plufieurs Ecoliers i rUniverfité, fur-tout dans les premières CldfTes , où l'on manquoit de bons Pro- feflcurs. Que cette feule conlideration ', malgré fes grandes occupations , préférant le bien public à fes intérêts , l'avoit fait refoudre à régenter , & foulager un Ré- gent de Rhétorique, afin de maintenir par ce moyen la réputation de l'Univerfité , & ôter par - là tout prétexte de faire rcr venir les Jefuites ; qu'au refte tout ce qu'il faifoit étoit entièrement gratuit , tant du côté du Collège de Lilieux , que de celui des Ecoliers qu'il enfeignoit ; & que com-^ me la peine qu'il prenoit étoit toute vo^ lontaire , fa conduite ne devoit être tirée à confequence pour les autres Collèges, qu'autant qu'il plairoit à la Cour.
Critton ajouta quelques raifonnemens fpecieux aux artifices de fon difcours , & il fçut fi bien impofer à Meilleurs des Va- cations , qu'ils jugèrent même à propos de le remercier de fes foins. On avoit lieu d'appréhender quelque furprife dans ces nouveaux Juges : c'eft pourquoi Eclain fut envoyé vers le Préfident Seguier , qui pré- iîdoit dans cette Chambre , pour l'infor- mer de toute l'atfaire, & le defabufer. Il obtint que Critton & Baven feroient man- dez à la Cour le 4. jour d'Odobre ; mais ils ne comparurent que deux jours après l'ajournement , parce que Critton avoiç demandé du dçlai , pour fe préparer à ré^ pondre. Les quatre Cenfeurs s'y trouvèrent e^
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ttteme temps. Richer porta la parole pour — ' «" ""S eux. Il fit valoir avec beaucoup de poids i6o> les bonnes intentions de Sa Majellé , & celles du Parlement. Il fit voir la julîice des trois Arrêts de la Cour qui autori- (bient la conduite des Cenfeurs , 5c il mon- tra rinconvenicnt qu'il y auroit que le Collège de Lilieux tût excepté de la rè- gle des autres, foit pour ralternative des deux Regens d'une feule Claire,loIt pour les feftins du Lundi. Il fit remarquer à la Cour que Critton ne faifoit la Rhétorique de Lifieux en fécond , que pour fe mo- quer des Statuts & des Arrclh ; qu'il en fortoit toujours un moment après y ctre entré, pour donner fa place à un autre; qu'il lui avoit déjà été ordonné par un Arreft de l'année précédente, où il étoit exprimé pcrfonnellement , de délîlter do cetee entreprife.
Critton eut permiflîon de répondre, & le Préfident des Vacations le lailfa parler aufii long 'temps qu'il put le fouhaiter : mais lorfque Richer voulut répliquer , il lui impofa lilencc , difant qu'il n'étoit pas jufte que pour la fatisfaélion d'un ou de deux hommes on détruisît les Reglemens du Corps entier de l'Univerlité , & qu'on en renversât toute la difcipline. Il ajouta qu'il falloit attendre le retour du premier Prélident , & remit l'atfaire après la faint Martin. Et quoique cette délibération ne fuft pas trop favorable à Critton , il ne laiifa pas de prendre un air triomphant , comme s'il eût reçu toute la fatisfadion qu'il ^vuit demandée à la Cour. Il revint
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,.if 77....»« plein de gloire & de vanité au Collège de ^6oz, Lifieux, où il fit accroire qu'il avoît ren- du inutiles tous les efforts des Cenfeurs , & qu'il avoit expliqué le vrai fens des Sta- tuts de rUniverfité , dans un Ecrit qu'il avoit compofé exprès , & qu'il avoit pro- duit devant les Juges. Il fit aufîi-tôt im-^ primer cet Ecrit , qu'il intitula Parammusi pour inlinuer d'abord à fes Le6teurs, que les Adverfaires qu'il y attaquoit , ne fai- foient autre chofe que renverfer les loix àans l'exécution des nouveaux Statuts. Il eut m^me la hardielfe de le dédier à Me)Pr lieurs du -.Parlement , & de publier par-» tout qu'il avoit été approuvé par les Juges de la Chambre des Vacations.
Plufieurs Regens de l'Univerlîté prirent droit ià-deffus pour fe rendre les maîtres d'enfeîgner & de fe gouverner comme il leur plairoit ; ils ne parloient plus qu'avec mépris des Statuts 6c de leurs auteurs ; ils rejetterent le falaire ou la paye de chaque mois , dont on venoit de rétablir l'ufage, prétendant faire revivre la fête du Lundi ; ce qui fut même appuyé du Redeur.
Ils commencèrent cette nouvelle rébel- lion par tant d'excez 6c d'infolence , que Richer voyant les progrez que les defor- dres avoient faits pendant tout le moi* d'Odobre , crut que c'étoit fait de la Fa- culté des Arts. \jQ chagrin qu'il en con-» çut penfa le jetter dans le découragement, àon indignation retomba principalement contre Criton 6c Baven : h ne trouvant plus de furté à continuer fes fondions de Cen^ leur , il fe crut obligé de prendre la plu-?
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tne pour réprimer les calomniateurs , & ta —
cher au moins d'arrêter le cours des affai- i6oa. res à Touverture des Audiances. Il com- pofa avec l'aide de Minaut , un de fes Col- lègues , l'Apologie du Parlement & de TU- niverlité contre le Paronome du Collège de Lifieux. Il découvrit précifement la Iburce de tous les maux , & en marqua Jes vrais remèdes , mais il épargna les noms de fes Adverfaires.
Le retour de Mefîieurs du Parlement le ranima , & il ne fut pas trompé dans l'efperancc qu'il avoit conçue du premier Prclident. Ce Mngiftrat , après avoir pris les conclulions de l'Avocat General Ser- vin , donna un AïïcÛ le 22. de Novem- bre 1602. portant ordre d'exécuter de point en point les Reglemens faits pour le réta- bliflèment de la difcipline , & les Statuts de rUniverfité , avec défenfe de mettre plus d'un Regcnt dans chaque Clalfe au Collège de Lilieux , ôi injonction de pei- ne pour ceux qui y contreviendroient , ou qui attaqueroient de vive voix, par écrit, ou autrement , les Loix établies pour re- former rUnivcrfité,ou les Arrefts donnez pour les maintenir.
Critton plein de dépit & de confufion , que l'entrée du Collège deLiheux lui fût nommément interdite, tâcha de s'en ven- ger par des libelles fatyriques qu'il fema fecretement pour déchirer la réputation de Richcr,& ditiamer l'ouvrage de la Refor- mation de rUniverlité. Richer trop fatif- fait des heureux fuccez de la Cenfure , n'y auroit eu aucun égard , s'il n'avoit eu en
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^m ,. vue que lui-même , & les perfonnes de foii
;6oa. temps : mais croyant qu'il étoit bon d'in- former la pollerité de tout ce qui s'étoit pafTé durant les deux années de fa Genfu- re, il écrivit un Traité Latin , qu'il inti- 'Deopt. tula,Z)^ la meilleure manière de régler PU" i^ca.Jiat. nivçrfité ; où travaillant à fa juftification particulière , il eut foin de cacher Crittoii fon adverfaire fous le nom de Palemon. 11 le dédia au premier Préfident de Har- lay , & le fit paroître en public à Paris l'an 1603. '
X I Richer voyant la difcîpline rétablie en- fin dans rUniverfité , alla remettre foa office de Cenfeur,avec fes Collègues, en- tre les mains des CommifTaires nommez par le Roi pour en être les Curateurs. Mais l'amour qu'il avoit pour elle ne lui permettant pas de demeurer enfuite dans l'indifférence à fon égard , il ne put s'em- pêcher de marquer aux Prélidens de Har^- lay & de Thou , aux Confeiilers Giilot & Mole , à l'Avocat General Servin , & à tous les autres Magiftrats , qu'il fçavoit être les plus éclaire2,& les plus 2elez pour le bien de l'Etat & de l'Univerfité , l'in- quiétude qu'il avoit du retour des Jefuites en France , dont on parloir comme d'une choferefoluçdansl'efprit du Roi. Ce n'eft pas qu'il ne fût bien-aife de voir la Com- pagnie de ces Pères rétablie dans le Royau- me, & à Paris même, pourvu qu'ils s'ab- ilinlfent d'enfeigner d'autre jeunelTe que leurs Novices : mais il craignoit beaucoup pour rUniverlité , qui commençoit à fe remplir & à devenir plus tloriifante que
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jamais , fi l'on permettoit à ces Pères d'où- «...^^n, vrir leur Collège de Clermont ; qu'on n'a- '1^03. voit pas grand befoin de Témulation que cette Ecole pouroit donner à TUniverli- ré: puifque tous les Collèges de ce grand Corps étoient capables d'en produire une fuffifante entre eux , tant qu'on y main- tiendroitladifciplinedans la vigueur qu'on venoit de lui communiquer. Qu'enfin il prévoyoit que les balles jalouiies ^ l'inté- rêt , & l'appréhenfion de perdre des pen- fionnaires feroient commettre bien des lâ- cherez & des foiblcfles , qui pouroient fai- re retomber l'Univerfitédansde nouveaux defordres.
MelTieurs du Parlement eurent prefque les mêmes vues & les mêmes appréhen- lions que Richer ; mais ils ne purent em- pêcher le retour des Jefuites , que le Roi eut la bonté de rappeller en France fur la lin de l'année 1603. après neuf ans de ban- nillement hors de Paris & des autres Vil- les du Royaume. Ils furent même obligez de vérifier l'Editdeleur rétablilfement par unArrert qu'ils donnèrent le 2. de Janvier de l'année fuivante 1604. Néanmoins Ri- — — 1 cher , & tous ceux qui prenoient à cœur 1604. la gloire ôc l'intérêt de l'Univerlité , fu- rent délivrez û'une partie de leurs appré- henlîons : car les Jefuites n'eurent pas fi- tôt la liberté d'enfeigner à Paris , cette per- miiïion ne leur ayant été accordée que 14. ou 15^. ans après. * L'Univerfité eut tout * En le loifir de fe remplir , & de fe fortifier x^iS, avam que l'on fift l'ouuerture du Collège de Clermont.
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— — — « Richer ne fongeant plus qu'à refpîrer 1604. des travaux & des tourmens que lui avoit coûtez la Reformation de rUniverfité,fe renferma dans le Collège du Cardinal-le- Moine , refolu de donner à l'étude tout le temps que le foin de la Communauté pouroit lui laifTer de relie ; mais les Bour- iîers , jaloux de fon repos , tâchèrent peu de temps après de renouveller la querelle qu'ils lui avoient faite autrefois fur le ti- tre de la Principalité du Collège , qu'ils lui conteiîoient par une conclu iion de leur . Aifcrnblce du i)". Janvier 1605-. Ils refo- ^ _^' lurent de pouil'tr le procès qu'ils lui avoient ^* intenté pour cela dès le commencement de fa grande Maîtrife. Ils en avoient fait un tout femblable vingt ans auparavant au Grand Maître Lafilé , fon predeceflèur ^■ pour le même fujet, & ils l' avoient per- du avec dépens, après avoir été contraints ^jir d'abandonner le Principal * qu'ils avoient DCi-eu"^" ^^^^^^ • "^^'^ ^oit qu'ils ayent auffi per- ** ^ ^' du leur caufe dans cette nouvelle tenta- tive, foit qu'ils ayent délîfté de leur pour- fuite , Richer demeura toujours Principal'; & il ne fe démit de cette charge., qu'il etoit bon.de tenir réunie avec la grande Maîtrife dans une feule pcrfonne pour le bien du Collège , que iorfquc fon âge & fes infirmitez ne lui permirent plus de l'e- xercer avec fa vigueur & fon alfiduité or-* dinaires.
C'eft à cette même année que l'on -doit rapporter l'origine des troubles excitez en Sorbonne au liijet de la puilïànce eccle-^ liaftique à. fcculiere. Les Libraires de Pa?
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rîs , qui avoieiu formé une focieté , pour — — — fe remettre en état de redonner au Public 160S» tous les Ouvrages des Percs , & des Auteurs Ecclefiaftiques les plus célèbres, ayant en- trepris de ralfembler en un corps ceux de Gerfon, autrefois Chancelier de l'Univer- iitc de Paris, avoient engagé Richer à les revoir , & Tavoient prié de préfider à leur Edition. L'amitié qui étoit dès -lors fort ctroitc entre notre Dodeur & le tameux Paul Sarpi , Vénitien, Religieux Scrvite, & Théologien de la Republique de Veni- fe , nommé vulgairement Frapaolo , ne permit pas qu'il lui difllrnulât ce qu'il fai- foit à la gloire de Gerfon & le bien public.
L'Edition n'étoit pas encore achevée , >»- ■ ' lorfqu'en 1606. on vit éclater le fameux 1606. dirterend qui s'étoit élevé entre le Pape Paul V.& la Republique de Venife. L'in- terdit que le Pape jetta fur la Ville donna lieu à Frapaolo de rechercher la qualité & la valeur des cenfures ecclcfiaftiques ; & l'engagement où il fe trouvoit de défen- dre la Republique , le porta à publier en Italie deux petits Traitez de Gerfon con- cernant la matière des excommunications & des irrégularité!. Ces deux Ecrits fu- rent regardez par les Vénitiens comme une puifTante défenfe contre les cenfures du Pa- pe, & ils déplurent fort à la Cour de Ro- me. Le Cardinal Bellarmin y répondit auf* li-tôt en langue vulgaire : mais il s'en ac- quitta d'une manière 11 injurieufe à la mé- moire de Gerfon , qui étoit en vénération par toute la France , & à la doctrine en- tière de rUuiverfué de Paris , qu'il cho
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— — qua plufieurs Docteurs de Sorbonne , & 2606. les plus habiles d'entre les Confeillers & les Avocats du Parlement.
C'ell ce qui donna lapenféeàRicherde rechercher les moyens les plus propres à faire encore mieux connoître qu'aupara- vant quelle avoit toujours été la dodri- ne de la Sorbonne & de l'Univerfité de Paris touchant l'autorité du Pape & du Concile General. Il crut qu'il feroit bon pour ce delTcin de publier , autant qu'on pouroit, les Ecrits de ceux qui avoient été autrefois les témoins & les dépolîtaires de cette dcétrine : & tandis que les Théolo- giens de Venife étoient occupez à repouf- 1er Bellarmin , il confeilla aux Libraires de Paris d'imprimer à la fin des Oeuvres de Gerfon quelques petits Traitez du Cardi- nal Pierre d'Ailly Evêque deCambray,de Jacques Almayn Ôt de Jacques Lemaire, dit Major ^Dottem de la Faculté de Paris. Dans le même temps Maffé Barberin, Nonce du Pape en France , & depuis fou- verain Pontite fous le nom d'Urbain VIII. cherchoit dans la Faculté de Paris des Théologiens qui vouluflènt écrire de la puîiiance du Pape contre les Vénitiens, & il employoit le Dôdeur André Duval, qui lui avoit toujours paru tres-attaché à fon fervice, pour chercher quelqu'un qui fût dans cette bonne difpofition. DuvaP étoit un homme élevé dans les préjugez de la Schoiadique moderne , & entière- ment dévoué à la Cour de Rome. Quoi qu'il fût aiOTez peu verfé dans l'étude des Pères & de i'xintiquité ecclefiaftique , il
avoir
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àvoît été choiii avec Philippe de Samaches :;
pour être premier ProfefTeur royal en Théo- j ^q^^ logie politive Tan i5'98. incontinent après rinftitution des deux chaires , faite par I0 Roi Henri le Grand.
Duval , au lieu de s'acquitter de fa com- mifllon , crut devoir donner avis au Non- ce de la nouvelle Edition des Oeuvres de Gerfon , comme d'une chofe plus préju- diciable encore à l'autorité du Pape , que tout ce que l'on pouroit faire & écrire en faveur des Théologiens de Venife, Le Non- ce en eut peur, & alla fur le champ ren- dre vifite au Chancelier Brulart deSillery, de qui il obtint qu'on n'expoferoit pas en vente les Ouvrages de Gerfon pendant tou- te l'année i6c6. La défenfc qui en fut û- gnifiée aux Libraires , toucha fcnfiblement Richer , qui regardoit cette entreprife du Nonce comme une première démarche que faifoit la Cour de Rome pour opprimer & détruire même dans le cœur du Royaume la doctrine des Anciens touchant l'autori- té de l'Eglife & du Concile fur le Pape. Il crut en même temps que l'on faifoit af- front à Gerfon & à toute i'Univeriité : de forte que le 2ele qu'il avoit pour con- ferver la réputation de l'un & de l'autre, lui fit entreprendre la défenfe de Gerfon^ qui avoit été le principal appui de la 1^ a- culté de Théologie , & l'un des grands ornemens de TEglife de France en fon temps.
Le deflein de cette Apologie n'étoit pas XIÎ.' de s'élever contre ce que le Nonce vc- llichcr Doit de faire à Paris au préjudice de Ger^ çQmpofe
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uneApo- fon ; maïs de réfuter l'Ecrit Italien , que Jogie en le Cardinal Bellarmin avoit publié contre luveurde jes deux petits Traite2 du Dodeur très- Gerfon. Chrétien * imprimer par Frapaolo , & qu'on ^C'eftle venoit de taire paroître en Latin àMayen- nom de ce. Richer , aulTi-bien que ce qu'il y avoit Gci-ron. de gens d'honneur ,& d'amateurs de la ve-
^—^ rite en France , étoit indigné de la har-
1606. dielTe avec laquelle Bellarmin avoit ofé deshonorer un li faint pcrfonnage : il ne pouvoit comprendre dans quel elprit cet Ecrivain avoit avancé que la do6trine de Gerfon , qui a été confacrée, & comme canonifée dans le Concile Oecuménique de Confiance , eft une dodrine témérai- re, tres-injurieufe au faint Siège, entière- ment erronée, fchifmatique , & fort appro- chante de l'herefie des Hérétiques de no- tre temps. Néanmoins il s'appliqua beau- coup plus à développer les fophifmes de ce Cardinal , qu'à repoufTer les injures : & joignant toujours la modération à la for- ce , il fit voir que la dodrine de Gerfon &de la Faculté de Paris touchant la puif- fance du Pape, étoit autorifée par le Droit divin & naturel , & par la tradition ancien- ne de l'Eglife , & par un ufage fuivi & confiant des huit premiers Conciles Gé- néraux , & qu'elle avoit été depuis plei- nement rétablie par celui de Confiance ; ce qu'on ne pouvoit plus diffimuler de- puis ce temps- là , fans être ou parfaite- ment ignorant , ou aveuglément palTion-' né pour les injuftes prétentions de la Cour de Rome. Richer ne put travailler fi fecretement
d'Edmond Rtcher. fi
â cet Ouvrage , que Duval n'en eût le — — vent. Celui-ci en prît Tallarme , & alla 1606, déclarer au Nonce queRichér étoit foup- çonné d'écrire contre le Cardinal Bellar- inin pour la dcfenfe de Gerfon , & qu'il étoit d'une très-grande confequence de l'ar- rêter dans les commencemens. Le Non- ce , qui avoit été crée Cardinal depuis peu de jours , voulut fe lervir de Duval niê- inéme, comme d'un Inter-Nonce , pour déclarer fes intentions à Pvicher. Duval le vint trouver par fon ordre , & le preila de fa part de s'aller purger devant lui des foupçons & des rapports defobligeans pu- blics dont on l'avoit prévenu. On étoit alors dans les rcjcuifîances publiques de la cérémonie que l'on lit du Baptême du. Dauphin , & Richer fe fit confcience de troubler la joye qu'on affe^toit d'y faire paroître , en lui refufant la fatist'adioii qu'il demandoit de lui. Il l'alla trouver à l'Hôtel de Clugny, où les Nonces avoient coutume de loger, pour être plus près de la Sorbonne. il prit des détours, pour lui ôter le foupçon qu'on lui avoit donné de lui , & il lui fit accroire que ce qu'on lui avoit rapporté de l'Apologie de Gerforè contre Bellarmin , dont les difcours le fai- foient auteur, venoit'principalement de ce qu'on le faifoit palier pour un homme fort attaché aux anciennes prétentions de l'E- glife de France , fort zélé pour la gloire de la Faculté , & grand admirateur de Gerfon.
Le Nonce parut content de cette défai- te, & Richer revint continuer l'Apologie
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fi L A V t E i
— avec encore plus d'alÏÏirance qu^auparîP?
i6c6. vant , mais fans dcflein de le faire paroî- tre alors par refped pour le Cardinal Bar- bcrin. On fçut ce qui s'étoit pafTé chez le Nonce. Le bruit qu'on en fit excita la cu- rioiitc de plulieurs Sçavans delà Ville, qui allèrent importuner Richer, pour leur faire voir fon Ouvrage. Il ne put refufer cette fa- tisftidion à fon intime ami Nicolas Lefe- vrc , qui fut depuis Précepteur de Louis XIII. Une infidélité que d'autres firent à cet ami, qui leur en avoir communiqué la vûë , fut caufe qu'on l'imprima l'année fuivante en Italie , mais d'une manière fi dcfeétucufc , que l'Auteur eut honte de le reconnoîire en cet état.
Son dclfein fut pour lors d'abandonner, & de laiifer même cet Ouvrage, dans l'ef- perance que l'accommodement du diffé- rend de Venife avec Rome ôtcroit aux dé- fcnfeurs de la puilfance ablbluë du Pape l'envie de ne plus mal-traiter Gerfon & la Sorbonne. Mais 4. ans après , lorfque tou- te la France pleuroit la perte de fon Roi, BcUarmin ayant pris occafion du détefta- bîe parricide qui avoit ôté du monde ce grand Prince, pour publier fon livre de la puifTance du Pape dans le temporel , con- tre Braclay , où ce Cardinal fembloit affez ouvertement approuver le crime de Ra- vaillac; l'indignation failit Richer de nou- veau : de forte que la tendrelfe qu'il avoit pour fa Patrie , & la compaiïion dont il rat touché par le trille état du Royaume, & pour le bas âge du Roi Louis XIII , fe joignant à l'amour de la vérité , qui fc trou- i
d'E d m O N D R I c h E R . f 5
va offenfée en même temps par des The — — •
fes conformes à la do6lrine de Bellarmin, i6c6. foûtenuës au grand Convent des Jacobins de Paris , lui firent remettre la main à fon Apologie pour Gerfon. Il y apporta plus de foin & d'étude qu'il n'avoit fait encore à aucun Ouvrage qu'il eût compofé : parce qu'il prétendoit y renfermer tous fes véri- tables fentimens fur ce fujet d'une maniè- re également exade & fuccin6le ; afin qu'on pût juger de fes autres Ecrits par ce Livre, & qu'on pût reformer fur lui tout ce qu'il auroit dit ou écrit ailleurs , qui ne s'y trou- veroit pas conforme,
Mais l'engagement où il fe vit enfuite de donner fon petit Ecrit de la puiifance ecclelîaftique & politique , qui n'étoit qu'un extrait de cette Apologie, & qui excita de grands bruits dans la Faculté de Théologie, fut caufe qu'il en différa la publication jufqu'après la pacification de ces troubles. Lf'occalion une fois échappée ne fe pre- fenta plus commodément de fon vivant; & l'Apologie pour Gerfon, pour l'autori- té fouverainc de l'Eglifeôc du Concile Ge- neral , & pour l'indépendance de la puil^ fancc temporelle des Rois, demeura enfe- velie avec les autres manufcrits de Richer jufqu'à ce qu'on la fit imprimer en Hol- lande la première année du pontiiicat d'In- nocent XL avec la vie même de Gerfon.
Quoique le Cardinal Barberin parût cx^ XIIï.' trémement jaloux de l'honneur de la Cour Pi-atiques Romaine , & 2elé pour la défenfe de fes du Non- prétentions ; Richer ne lailfoit pas de s'ef- ce pour limer alfez neureux pendant fa Nonciatu- faire re-
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fconnoî- re : parce qu'étant éclaire , & naturelle- tre la rnent bienfaifant , il n'einployoit ni la vio- puidance lencc ni l'artifice pour détruire la dodri- abfolue ^g oppofée à celle qu'il fouhaitoit faire du Pape, recevoir.
^•irr-r^' ^^'^ ^^ Cardinal s'en étant retourné à laillibihte j^^^^ j,^^ j^^^^ aufll-lôt après l'accord ea irian- ^^^p^^p^ p^^l y^ ^^,^^ la République de
^^ Venife , fait par l'entremife du Roi Très-
' . " Chrétien , on vit venir en France un au- 1^7- tj-e Nonce de Sa Sainteté , qui apporta peut- être plus de 2ele, mais moins de modéra- tion dans le maniment des efprits. Ce Non- ce étoit Robert Ubaldin, natif de Floren- ce, Evêque de Monte -Pulctano, Il avoit pour Auditeur Alexandre Scappi ,Dodeur en Droit-Canon de l'Univerlité de Bolo* gne , homme remuant & hardi , ayant toû* jours l'efprit inquiet & turbulent, toujours difpofé à brouiller les affaires , & à mettre la divilion dans les Allemblées. Cet hom- me profitant du voiiinagedeSorbonne,où T) DUS ^^ Nonce étoit logé , ne fut pas long-tems raniJe ^^^^ troubler toute la Faculté deTheolo- l'ôoi. les g^^ de Paris par fes intrigues continuelles. Nonces i/C Nonce qui appuyoit Ion Auditeur ,agif- loi^eoient foit de fon côté par des intrigues un peu à VHotei plus concertées , pour tacher d'engager les 4e Clu- principaux du Clergé à prendre la défenfe gny. de ce qu'il appelloit la puifiance du Pape;
car c'cll le terme fpecieux dont on fe fer- voit pour colorer les embûches qu'on tcri' doit à la liberté àci Eglifes.
Il y avoit deux raifons principales qui portoient le Nonce à faire toutes ces fol- liçicîinoiis. La première étoit i'iflUé dç;
d'Edmond Ri cher, ff
rinterdit de Venife , qui n'avoir pas rcul-
fi au contentement de la Cour de Rome. 1607 L'autre ctoit la découverte qui s'étoit fai- te en Angleterre de la conlpîration des poudres contre le Roi Jacques. Pour dé- tourner le foupçon de cette confpiration, dont on vouloit charger les Catholiques du Pays, TArchiprétre' George Blaikwel , &plulieurs autres Prêtres Anglois avoient écrit que les Catholiques d'Angleterre pou- voient en fureté de confcicnce prêter le ferment de fidélité au Roi , ôc figner le Formulaire qu'on leur prefcntoit pour ce- la ; de plus , que la Faculté de Théolo- gie de Paris tcnoit que la puilFance fpi- rituelle du Pape étoit limitée par les Ca- nons , & que pour la temporelle il n'en avoit aucune, pas. même indire^lcment de droit divin , comme le prétendoit le Car- dinal Bellarmin.
Ce dernier point fit queleN'onceUbal- din chercha principalement à s'alllirer dans la Sorbonne de ceux qui étoient porte^ pour la dodrine de Rome. Il communi- qua fur-tout avec le DofteurDuval , qu'il trouva aulfi zélé pour le fervir en ce point, qu'il Tavoit paru fous fon prédéccUeur Barberin ; il lui parla d'abord de faire en forte que la Faculté donnât une Décla- ration de la puilfance que le Pape devoit avoir fur le temporel : mais Duval , qui convenoit qu'on ne pouvoit pas trop éten- dre l'autorité du fouvcrain Pontife pour la gloire de Dieu,& le maintien de la Reli- gion, ne crut pas que l'expédient pûtréuf- iir. Son avis fut que le Nonce obtînt plu-
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._^. — tôt du Chancelier que la Sorbonne s'aP- *■ ij5o7. femblât , pour refoudre fi le Pape avoit quelque pouvoir fur le Royaume d'An- gleterre.
Richer , qui depuis plus de deux ans ne fe trouvoit plus aux Aflemblées de Sor- bonne, pour donner plus de temps à fes .^Jean études parriculieres*, apprit d'un Doâeur,'*^ Jortin.. qui étoit l'ami & le confident de Duval , la refolution qu'il avoit prife avec le Non- ce. Cette nouvelle l'affligea d'autant plus fenfiblement , qu'il ne voyoit prefque per- fonne dans toute la Faculté qui eût affez de force pour s'oppofcr efficacement à cet- te entreprife. Mais Dieu qui le deftinoit lui-même à cet ouvrage , fit bientôt naî- tre l'occafion de le faire retourner en Sor- bonne. ÏLichei- Dans rAflTemblée de la Faculté qui fe eft clû tînt le 2. de Janvier 1608 , Richer fut Syndic élu , d'un commun contentement de tous dekFa- jes Douleurs qui la compofoient , pour être culte. Syndic en la place de Rolland Hébert , Curé de faint Cofme , qui fut depuis grand Pénitencier de i'Eglife de Paris , & enfui- te Archevêque de Tours , & qui avoit dé- claré en quittant le Syndicat qu'il ne con- noiflbit pas de Doéteur plus capable de l'exercer dignement, que le grand Maître du Collège du Cardinal-le-Moine.
Richer, qui écoit non feulement abfent, mais qui étoit fort éloigné de pcnfer à rien de fem.blable , & de croire que l'on dût fongcr à lui, parut un peu embarrall'e de ce choix. Il fe tranfporta en Sorbonne kl y. du même mois, & déclara dans l'af*
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femblée de la Faculté , qu'il ne pouvoit — ■' » fc refoudre à accepter le Syndicat , à moins 1608. que tous les Dodeurs ne promifleiit de travailler avec lui pour rétablir 1-ancien- jie difcipline de la Faculté , qui étoit en- tièrement déchue. La Compagnie le lui promit tout d'une voix , & elle le remer- cia Iblemnellement d'avoir des intentions Il louables.
Il commença les fondions de fon Syn- Il empêr dicat par revoir tous les titres & les re- chequ'on giftres de la Faculté , qui étoient en(ève- ne foù- lis dans la poufficrc, & mangez des vers, tienne Outre l'ordre qu'il y remit, Ôc les fupplé- *^^"s ^^^ mens qu'il fit faire à tout ce qu'il y avoit "^hefes de défeduex ; il y apprit aufli les délibe- ^''^" .^ rations des Anciens, dont il croyoit avoir^°"l'^f^*^ befoin dans les conjondures des affaires ' j du temps. Il s'appliqua en même temps p£o]{fc à découvrir toutes les intrigues dont fe Gaîlica- fervoit l'Auditeur Scappi pour gagner la ne. Sorbonne : & voyant de quelle confe- quence il éto't d'arrêter promptement le cours de fes artirices , il fit ordonner par la Faculté aflcmblée le premier jour de Février fuivant , que tous les Bacheliers en Théologie apportalfent leurs Thefes au Syndic un mois avant que de répondre en public ; afin qu'il eût le loilîr de les exa- miner avec plus d'exaditude qu'on avoit fait auparavant.
Il fit avertir en même temps tous les Bacheliers de s'abflenir de toutes Propofi- tions odieufes dans leurs Thefes , parce que l'état prefent des affaires du Royau- me demandoit beaucoup de circonfpec-
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<^— — *• tion ; & que la neceflité où Ton étoît de 1608. tolérer les Huguenots eu France , pour jouir de la paix fuivant les Edits du Roi, obligeoit à ne les point fcandalifer mal- à-propos, & à ne leur donner aucune prife fur l'Eglife Catholique ; qu'il falloit qu'ils fe conformafTent fur-tout aux maximes de l'Eglife Gallicane & de l'Univerfité de Pa-. ris, qui de tout temps étoit demeurée dans le Julie milieu entre les extrémitez vicieu- fes de ceux qui donnoient trop , ou trop peu de puiiTance au Pape, comme on pou- voit le voir dans les Lettres de S. Ber- nard , & dans les articles de la Faculté, qu'on avoit coutume de figner : & afin que l'ignorance ne leur fifl: rien faire en ce point qui fût préjudiciable à leur de- voir , il obtint dans l'ilifemblée du pre- mier Mars fuivant , que les articles feroient réimprimez de nouveau, & que tous ceux qui étoient du Corps de la Faculté en au- roient un exemplaire.
Mais Duval , qui étoit entièrement dé- voué au Nonce du Pape , & qui demeu- roit aveuglément attaché à la do6lrine des Jefuites, chez qui il avoit fait toutes fes études , empêcha par fes brigues & fes fol- Mcitations , que Ton n'exécutât ce Décret de la Faculté. Ce Dodeur profitant de l'autorité que lui donnoit la chaire roya- le , & de l'accès qu'il avoit auprès des Prélats , & de quelques Grands de la Cour, avoit acquis dès - lors beaucoup de crédit en Sorbonne ; aulTi a-t-on remarqué que depuis qu'il s'étoit vu en charge , il a tou- jours tâché de difpofer de toutes chofes à
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fa fantaifîe , (bit dans la Faculté de Thco — -^
îogic, foit dans la Maifon particulière de 1608. Sorbonne , fans vouloir s'afïùjettir aux Sta- tuts, ni à aucune autre règle.
Richer ne laifïa pas de demeurer toujours ferme à empêcher que Ton ne foutînt au- cune Propolition contraire aux véritables maximes de Sorbonne. Il fçut li bien bri- der rx\uditeur Scappi , & les autres émif- faires du Nonce , que Duval chagrin de voir qu'il biftbit tous les jours quelques ■J'htfes, &. particulièrement celles des Men- d'ants , ians qu'il puft y apporter d'ob- llaclcs , difoit publiquement qu'il auroit» fouhaité devenir martyr de la puiflanccdu Pape, ou fe voir au moins condamné au bannilîement , pour la délcnfe de cette cau- fe : mais toutes fes plaintes turent alors fans effet , & elles ne fervirent qu'à faire mieux connoître de quel génie il ctoit in- fpiré. __^
Sur la fin de l'an 1609. les Jefuites ob- , tinrent des Lettres Patentes du Roi pour ^IV ouvrir lesClalFes de leur Collège dcCler- jj ^^' mont à Paris. Ces Pères fe fouvenant de p^Çç ^^ ce qui s'étoit pafié dans le. temps de leur l'ouver- rétablilîement , avoient adroitement diviie tu.e des Jes quatre P^acultei , & en avoient gagné Clafles les principaux fuppôts, pour empêcher que desjefui- rUnivcrlité ne s'opposât à ces Lettres. Ri- tes, 5c cher , à qui la charge de Syndic facilitoit s'attire toute chofe, travailla fortement pour rcu- ^^"i' ^^i* nir les efprits. Il fçut tellement encoura- ^^ ger les quatre Facultez , qu'il fit former l'oppolition au nom de toute l'Univerli- té. h employa aulTi le crédit du Cardinal
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— —- •- du Perron, qui rendit en cette occafîon J|l 1609. rUniverfité tout le fervice dont il fut ca- pable , & qui continua fes bons offices pour elle, tant que le Roi Henri IV. fut au monde.
C'eft ainfî que Richer fit échouer l'en- treprife des Jefuites. Ils fçurent bien lui en attribuer tout le mauvais fuccès,& ils le regardèrent toujours depuis comme un objet digne de leur haine. Ce qui fe paiFa depuis entre TUniverlité & eux pendant le temps de fon Syndicat , ne contribua pas à diminuer cette averlion. La confiance • de Richer ,& fon égalité d'efprit fervit en- core à la faire croître ; & il apprit par fon expérience à quoi doivent fe refoudre ceux qui ont quelque chofe à démêler avec cet- te puilfante Compagnie. Ufçavoitque lors qu'on leur a déplu une fois , ou qu'on les a traverfez dans leur chemin , non feule- ment ils ne pardonnent jamais , mais qu'ou- tre autant d'ennemis qu'ils font de têtes, ils arment encore tous leurs amis & leurs créatures , & qu'ils mettent en œuvre tous les moyens que leur nouvelle politique leur fuggere , fous le beau prétexte de la plus grande gloire de Dieu , pour perdre au moins de fortune & de réputation ceux dont ils fe croyent offenfex. Mais il aima mieux fe préparer à tout foutirir , que de jamais abandonner les intérêts de la }uih'- ce & de la vérité , refolu de n'oppofer à tous les artifices de fes x\dverfaires que le témoignage d'une bonne çonfcience, avec ce qu'il plairoit à Dieu de \m donner de courage & de lumière.
d'Edmond Riche r. 6i
L'àflàffmat imprévu commis le 14. de --— ^ !May 1610. en la perfonne de Henri le 1610^ Grand, entre les malheurs où il plongea la France, caufa auffi une étrange révolu- tion dans les efprits de beaucoup de gens; & Ton vit à découvert bien des delîrs fe^ crets , & des pcnfées qui avoicnt été ca- chées jufques-là : car glufieurs de ceux que la prefence & le reiped de ce Prince avoient retenus dans le devoir, levèrent le mafque , & cherchèrent à brouiller l'E- glife & l'État , dès qu'ils lui virent les yeux ferme/.
Incontinent après le fupplice du parri- ^ R»chec cide Ravaillac , le Parlement ordonna le ^'^^^^^ 27. de May que la Sorbonnc s'afîemble- ^^"^'^ ^^ roit pour délibérer fur le renouvellement "^'^f/'^!/* àc fon ancien Décret contre ceux qui en- 1^;J^/; ^^ feignent , qu'on peut licitement tuer les ^^^^ ^^ ' Tyrans. Le Syndic Richer , pour fecon- Tyrans, der les bonnes intentions des Magiftrats, enfei- reprefenta à la Faculté , qu'après Dieu , le gnée par falut des peuples dépendoit de la perfon- les Jefui- ne du Prince; que l'année précédente un tes, ôc il Jcfuite , nommé Sebaftien Heilfius , avoit eft tra- piiblié une Apologie pour la Compagnie, ^ei'fc pac où il montroit que * les Jefuites ie font leNonco les Dire6leurs de ceux qui cherchent à re- ^ /^^ muer , & qui veulent troubler un Etat ; & ^^'^^*^*5 qu'il appartient autant à ces Pères de fe mêler de dépofer les Souverains, que de
"'' Cùm de rébus pollticis , 6c mutandis Re- gibus agitur , de quo conlukarc Jci^iitaruin non. minus elt quam gialî^inte lue curare ne delîuft amulera. Hajf. c. 5. a^h. i. n, 96.
6z L À V I E
~-— donner des remèdes contre la pcfte ; que î6îo. les deux grandes maximes des Jcfuîtes , qui enfeignent lo. que le Pape fcul efl: infailli- ble ; 20, qu'il peut depolFeder les Rois qui rcfufent de lui obéir, étant conférées avec les réponfes que Ravaillac avoir faites de- vant les Juges , faifoient allez connoître que le peuple ignorant concluoit de ces deux Propolitions', qu*il étoit permis , & qu'il y avoit même du mérite à entrepren- dre ilir la vie des Rois ; que c'étoit ainfî que Ravaillac fe l'étoit pcrfuadé : puifqu'é- lant alTis fur la fellette , il avoit foutenu - ^ devant les Juges , que c'eft la même cho- fe de refifter à Dieu qu'au Pape ; qu'il avoit refolu de tuer le Roi , parce qu'il armoit, contre la volonté du Pape, pour des Princes Proteftans, & qu'il ne faifoit pas la guerre aux Huguenots de fon Royau- me , comme il y étoit obligé ; que com- ineles gens de bien fe plaignoient de cette doftrine des Jefuites, le P.Jean Gontcry, l'un des plus célèbres Prédicateurs de leur Compagnie , avoit pris de-là occalion pour faire d'aigres inventives dans fes Sermons contre ceux qu'on appelloit bons Fran- çois , & que par mépris il appelloit Catho* tiques Royaux , voulant perfuader par -là que c'étoit une nouvelle Se6te qui s'éle- voit dans j'Eglifc;que c'étoit aulîi ce que venoit de faire en Flandres un autre Je- fuite, nommé Heribert deRofweide ,dans le livre qu'il avoit imprimé nouvellement De la foi que Von doit garder aux Hère* -tiques.
La Faculté de Théologie s'étant alTem*
d^Edmond Richer. 6^
• blée, à la requifition du Syndic, pour ar ■ ■
; rcter le cours d'une do(ftrine fi pernicieu- i6iO. fc,renouvella le 4. de Juin leDerct qu'el- le avoit donné autrefois contre Jean Pe- tit, dit Parvi. Mais il n'y eut point de bri- ^
. gucs , point d'artifices que les Partifans de ' la Cour de Rome n'employalfent pour
: détourner ce coup. Le Nonce Ubaldiii n'ayant pu empêcher que la Faculté ne s'alfemblat , voulut au moins faire en for- te que ce' Décret ne fût point publié dans les Paroifies. Il en vint à bout avec le fe- cours de Henri de Gondy Evéque de Pa- ris , de Roze Evcque de Clermont , de Charles Mirons Evcque d'Angers , <5c de quelques autres Prélats, c'elt- à-dire, de ceux mêmes qui par le devoir de leurs Charges étoient obligez de faire tout le cuntraire.
Richer , qui dans fa Remontrance n'a- vait été que l'organe du Parlement , ne put empêcher que toute l'envie & le blâ- me de cette affaire ne retombalfent fur lui: <5c peu s'en fallut que les Jefuites , qui avoient agi de concert avec le Nonce pour la faire échouer, ne le facrifiaffent à leur rcllentiment. Les calomnies dont ils le ci largerent dans cette ocoalion , redoublè- rent encore tout autrement , lors qu'au mois d'Aouft fuivant l'Univerfité s'oppo- fa de nouveau aux "Lettres que ces Pères avoient obtenues de la Cour pendant la minorité du jeune Roi , pour ouvrir leur Collège de Paris. Le mauvais fuccès de cette leconde tentative les irrita de telle forte, qu'ils ne gardèrent plus de mefure^
(54 L A V I E
> avec Richer, qu'ils en croyoient l'âUteur;
i6io. mais ce qu'ils purent faire pour lors, fut de le d*écrier par-tout, de le déclarer hé- rétique , & de faire courir le bruit qu'il avoit été excité par les Huguenots , pour eiTipêcher les Jefuites d'enfeigner à Paris, & de rendre par-là les fervices , dont ils étoient capables , inutiles à la Religion Catholique. VX. L'exemple de la conduite que gardèrent Le Cler- les Prélats amis du Nonce du Pape pour gé de traverfer le Décret de Sorbonne,qui vou- jFrance Jqjj- aflurer la vie des Rois contre les at- tache de j^i-ij-ats ^fjjit voir que le Clergé de ce temps- rabaiHer j^ n'étoit guéres moins porté que les Je- f ^■^•" du ^'^'^^^^ P^^^^ '^ Monarchie abiblué du Pa- Ti^^&L pe , au préjudice de l'indépendance , & de la des Ma- fouveraineté de la Puifïance royale ou fe- «iftmts culiere. Incontinent après la mort du Roi, ^ ' plulîeurs Prélats , animez par le Nonce , tirent entre eux pluiieurs conférences pour délibérer fur les moyens de relever le cré- dit & l'autorité des Eccleliaftiques , qu'ils croyoient avoir été trop rabaiiïèz enFran- i ce fous le règne précédent.
C'eft ce qui fit que dès le mois de Sep- tembre de la même année ils formèrent de grandes plaintes contre les Parlemens & contre les Appellations comme d'abus. Leurs cris n'empêchèrent point qu'avant la fin du mois il ne Vint un Edit du Roi pour régler les Appellations conformé- ment à l'Ordonnance de Melun , donnée en i5'79.& *^^^ l'Edit ne tût vérifié un an &dcmi après, & autorifé par un Arreit du Parlcuient de Paris.
Ce
d'Edmond Ri cher. 6f '»'•' Ce ne fut pas le feul effort que firent —• ■ « les Prélats pour remettre le Clergé dans le i6ia rangdont ils le croyoient déchu par les en- treprifes des Laïques ; ils s'aflemblerent en- core quelque temps après chez le Cardinal de Joyeufe , où fous le nom fpecieux d'u- ne fainte union , & d'une bonne intelli- gence, ils fe liguèrent contre ce qu'ils ap- pelloient la Seae des Parlementaires , dont on publioit que Richer s'ctoît déclaré le défenfeur dans l'Univerfité. Ils promirent auffi de ne feparer jamais leurs intérêts , &dcs'affifter mutuellement dans leur cau- fc commune , qui félon eux étoit celle de toute l'Eglife. Le Cardinal de Joyeufe pria le Cardinal du Perron Archevêque de Sens, dont Paris étoit encore fuffragant , de vou- loir entrer dans cette union , à laquelle il fçavoit que fon autorité & Ion mérite don- neroient beaucoup de poids. Il n'eut aucu- ne peine à l'obtenir. Du Perron , après la mort du Roi , n'avoit plus de fortes conli- derations pour fe tenir dans les intérêts de l'Eglife Gallicane. Il ne fe foucia plus de pratiquer Richer avec tant d'alfiduité ; il commença à croire que la pratique des Jc- luites,pour lefquels il avoir eu jufques-là beaucoup d'averfion , pouroit être bonne à quelque chofe : & il ne parut point fâ- ché de voir naître , durant la minorité où étoit réduit le Gouvernement , les occa- fions de fatisfaire aux engagemens que lui impofoit la Pourpre dont il étoit revêtu.
On ne pouvoit trouver des conjondu- res plus favorables aux entreprifcs des UI- tramontains , que le temps auquel le Cler*
(5<5 L A V I E »
•^ gé commençoit à former ces projets. Cifl
1610. fut nufîi pour lors que Ton fit entrer en France le nouveau Livre du Cardinal Bel- lannin touchant la puiflance du Pape dans les chofcs temporelles , dont nous avons parlé ailleurs ; les brouillons & les mau- vais fiijcts de l'Etat eurent grand foin de le répandre par la Ville, pour tâcher d'é^ tablir fur Tefprit des Peuples le règne ab- folu du Pape. Ils firent courir un bruit jburd dans le même temps , que les en- lans des hérétiques ctoient incapables de régner ; doârine venue d'Italie & d'Efpa- gne, qui fe trouvoit dans le livre intitu- lé, Le Direétoire des Inquifiteurs , & qui fembloit être tirée des Décrétâtes.
Richer indigné de voir que les perfon-^ nés mal-intentionnées ne cherchoient qu'à, profiter de la foiblelîe de la Régence , & du bas âge du Roi ; & perfuadé en même temps que la dignité de Cardinal mettroit Bellarmin à couvert de tout ce qu'il pou- roit requérir en Sorbonne contre fon Li- vre , crut qu'il étoit plus à propos de pren- dre la plume , pour préparer les remèdes qu'il jugeoit les plus propres contre fes pernicieufes nouveautez. Pendant ce temps le Livre de Bellarmin fut condamné par un ArrefI: du Parlement donné le 26. No- vembre, fur les conclufions de l'Avocat Ge- neral Servin, comme un ouvrage injurieux à la fouveraineté des Puiffanccs légitimes,, & tendant à faire révolter les fujetsduRoi, & attenter à fa vie.
Le Nonce fit grand bruit de cet Arrefl: au Confeil du Roi ; il menaça les Minif-
d'Edmond Richer. 6y
très , que s'ils n'empéchoient l'exécution '■■ "■»
de cet Arreft , il s'en retourneroit à Rome i6iO. fans prendre congé du Roi , ni de la Rei- ne Régente. Ses plaintes eurent la force d'intimider le Confeil : en quoi l'on re- connut aifément quelle étoit la foiblefTe du Gouvernement, & jufqu'où étoit déjà monté le crédit de ceux qui tavorifoient le parti de Rome à la Cour de France, de- puis la mort du Roi. On rît donc lurfeoir l'exécution de l'Arreft contre le Livre de Bellarmin , aufli - bien que le Procès de rUniverfité contre les Jefuites ; mais on ne reprima pas l'animolité des Partis , qui s'attaquèrent par divers Ecrits , où les uns cntreprenoient de défendre la fouveraine- t€ de nos Rois , & les autres fe rangeoient du côté de Bellarmin pour la Cour de Ro- me.
Fin du premier Livre*
Eij
LA VIE
DEDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE.
LIVRE SECOND,
ï- TAmais la Cour de Rome ivavoit moins Theies 1 f^ouvé fon compte dans la Faculté de
.' o ^Thcoloeie de Pans, que depuis queRi-
bins ton- , ^^ • c i' a ' '^ ^
charxt ^ ^^"^ ^^ oyndic. Sa vigilance a ne l'aïuorité ^'^" laifier glifTer dans les Theies qui tût du Pape, <^<^i^traire à l'ancienne dodrine de l'Egli- ^ du ' fe , & fa fermeté à taire retrader ceux à Concile, c}iii il cchapoit quelque chofe qui n'y étoit tiaver- pas conforme , déconcertoit toutes les me- fces par .fures de ceux qui cherchoient à y faire re- Richcr. connoître la Puilîance ecclefiaftique abfo- luë du Pape. Mais au mois de May de l'an i6ii.raflemblée du Chapitre General des Jacobins, où l'on devoit foûtenir des Thefes durant plufieurs jours , & où le Syndic de la Faculté n'avoit pas la mém.e autorité qu'en Sorbonne , fournit enfin aux créatures du Pape l'occafion qu'ils cher- choient de débiter publiquement leurs fna- ximes.
d'E d m o n d R I c h e r. 6^'
L'Auditeur Scappi n'eut pas de peine à ,
obtenir des Jacobins ce que le Syndic avoit ^^^^^
toujours empêché que les Bacheliers de
Sorbonne ne lui accordaflent : de forte que
la veille de la Pentecôte , qui ctoit le pre-
, mier jour des Difputes , on jetta les fonde-
I inens fur lefqucls on vouloit enfuite cta-
i blir rinfaillibilité&lapuilîance abfoluë du
1 Pape. On avança & on foûtint dans cet-
I te première Thcle, qu'on devoit tenir pour
1 article de foi que Paul V.étoit le Pape le-
fi£ime,& donné de Dieu ;Propolition que . ïançois de Harlay , Abbé Commendatai- ^ redeS.Vidor, avoit inférée dans fesThe- fcs de l'an 1609 , & qui avoit été rayée par le Syndic Richer en préfencc de Philippe de Gamachcs , l'un des Profelfeurs Royaux.
Le Vendredi d'après , qui étoit le 27. ^^^^ ^^^ May, jour auquel fe trouvèrent des Do- /,;V;^/; g^, miniquains , non feulement d'Italie, d'Ef- neralis pagne & des autres endroits de rpjarope, Dommi- mais encore de l'Amérique & des Indes canorum Orientales ; Wibert Ro2.cmbach , Lcdcur ^/^. 1611. du C5nvent de Cologne , foûtint avec beau- coup de pompe & de folemnité une Thc- fe dédiée a Erncft de Bavière , Archevê- que & Eledeur de cette Ville; & il avoit pour Prélident à fon Ade un autre Do- miniquain étranger , nomme Cofme Mo- rclly , Protefièur en Théologie dans le mê- me Couvent de Cologne.
Richer averti des Proportions que con- tenoient ces Thefes , prit avec lui quatre Do6teurs de Sorboïme*pour fervir de té-p.
* Vincent Marchand , Antoine de Heu, Nie. Ledcrç , Nie, de Paris.
E ii)
>J0 L A V I E
— — — , moins à ce qui fe pafleroit , & monta aux 561 1 . Ecoutes de la Salle des Jacobins, qui étoient déjà remplies de Dodeurs, & de quantité de perfonnes fçavantes , de l'une & de l'au- tre Robe, venues pour y entendre la Dif- pute. Il y trouva le Doâeiir Nicolas Coef- feteau , Prieur du grand Couvent , accom- pagné de quelques autres Religieux de fon Ordre , aulii Docteurs de la Faculté de Paris.
Il s'adrefTa au Prieur , en qualité de Syn- dic de la Faculté , que lui & fes Confrè- res regardoient comme leur Mère. Il lui dit qu'il étoit honteux qu'on fouffrît dans les Thefes qu'on alloit foûcenir , trois Pro- pofitions , dont la première étoit , que le Pape ne peut errer , ni dans la foi , m dans les mœurs. La féconde, que le Concile ^en au- cun cas que ce fait , ne peut être au - def- fus du Pape, La troifiéme , qu'/7 appar- tient au Pape feul de propofer au Concile tout ce qui doit y être décidé , de confir- mer ou de caffer tout ce qu'on y a rejbluy d*impofer filence pour jamais aux Parties, Que li ces Propolitions étoient véritables, les François qui avoient toujours tenu les Décrets du Concile de Confiance pour ar- ticles de Foi , dévoient être regarde! com-' me des hérétiques ou des fchifmatiques ; que par ces Thefes il fembloit qu'on vou- loir tenter les François , ou les infulter dans la Capitale du Royaume ; que fî le Roi Henri le Grand eût vécu , on fe feV roit bien gardé d'avancer de telles Propo*^ |îtions;& qu'on n'étoit pas porté à les dé- fendre par la yûë de la vérité , mais pouç.
' d'Edmond Ri cher. 71
I î'interêt particulier de ceux qui vouloient »
[avoir des Privilèges du faint Perc contre 161 1. le droit commun ; que fi de telles Propo- litions palToicnt fans être publiquement contredites , ce filence ou cette dillimula- tion donncroit lieu de croire que la Sor- bonne auroit renoncé à la doélrine ancien- ne de TEcole de Paris ; & qu'il falloit qu'une faute publique fût publiquement réparée.
Richer montra enfuite un A61e d'oppo- iîtion qu'il avoit dretîé pour le lairc ligni- fier fur-le-champ, de la part de la Facul- té , au Prélidcnt & au Répondant de la Thefe , avec défenfe à tout Bachelier de diiputer contre les trois Propolitions qui étoient contraires aux Conciles Généraux, aux libertez naturelles de l'Eglilc Gatiu)- ,
lique , à la Police du Royaume de Fran- ce, & aux anciens Décrets de l'Univerii- té de Paris.
Coélieteau ayant vu le Formulaire d'op- polition figné du Syndic, jura par fon la- cerdoce qu'il n'avoit aucune part auxThe- fes; que c'étoit à Ion infçû , & fans ion avis qu'on les avoit faites ; que durant le Chapitre gênerai il n'avoit aucune autori- té dans le Couvent; que dès le moment que CCS Thefes étoient venues à fa con- noiflance , il étoit allé les déférer au Par- quet de Meilleurs les Gens du Roi , qui lui avoient ordonné expreffément de ne point permettre que perfonne difpiuât con- tre ces Propolitions ; que fur cet ordre qu'il avoit reçu , fl avoit averti tous les Bacheliers de n'y point touciier ; que le Père General des Dominiquains étoit tres-
E iii)
c-
1
72 L A V I E
— — — fâché que les Propofitions fuflent dans la î6ii. Thefe, & avoit donné ordre au Préfident & au Répondant , que fî quelqu'un venoit à les attaquer , ils declaraffent publique- ment qu'il leur étoit défendu d'en trait ou d'en répondre.
Sur cette proteflation autorifée par u ferment , Richer changea de refolution & au lieu de former TAdc d'oppofition qu'il avoit projette , 11 fut d'avis de laif- fer difputer un Bachelier fur l'une de ces propofitions , à condition que le Préfident Morelly déclareroit devant toute l'AfTem- blée que fon General lui avoit défendu de répondre fur telles queftions en Fran- ce , & que la Faculté de Théologie fe » tiendroit fatisfaite de cette déclaration.
Louis Dès que le grand Bedeau * de la Facul- de la . té eut apporté la permiflion du Syndic , Court, un Bachelier f de la première Licence at- f Claude taqua la première Propofition , où il étoit ^ertin. dit qu'/7 n'y a aucun cas où le Concile foh au-deffus du Pape ; & foûtint qu'elle étoit hérétique , parce qu'elle étoit contraire aux décilions d'un Concile œcuménique. Le Préfident ayant remarqué que le terme d'heretique avoit extraordinairement cho- qué le Nonce du Pape , qui étoit préfent, répondit au Bachelier, que l'on auroit pu fe contenter de qualifier cette Propofition comme fimplement faulfeôc erronée, fans la déclarer hérétique : mais qu'au reite il protefioit publiquement , qu'en inférant ces Propofitions dans la Thefe, il n'avoit eu aucun deiiein de choquer ni la Faculté de Théologie , ni l'Univerfité de Patis,
fr
d'Edmond Ri cher. 75 ; qu'il reconnoifîbit pour la Mère de tou - — Ites les autres Univerfitez. D'ailleurs qu'il 1611. ne les regardoit que comme des queftions problématiques , & qu'il ne prétendoit pas défendre autrement celle que le Bachelier attaquoit , s'il lui étoit permis de repon- dre.
Aufli-tôt k Nonce ordonna qu'on en difputât ; & le Préfîdcnt voyant que le Ré- pondant , plus fidèle que lui à exécuter les commandemcns du General , n'ouvroit pas la bouche , prit la parole ponr défen- dre la quellion : mais il fat interrompu par un grand bruit qui s'cleya dans les Ecoutes. Les Do6lcurs quis'y trouvoient, & beaucoup de perfounes qualifiées avec eux , dirent tout haut , qu'on ne devoit pas fouttrir qu'on traitât ces quellions com- me problématiques , puifque depuis le Con- cile de Confiance l'Eglile Gallicane avoit toujours tenu le contraire comme de Foi.
Le bruit pafiTa bientôt des Ecoutes dans la Salle même où fe faifoit la Difpute,& où il y avoit plus de deux mille perfon- nés. Le Préfident de Haqueville fe leva, & dit tout haut que la Propofition de la Thefe écdit hérétique. Sanguin Confeil- 1er au Parlement & Prévôt des Marchands en fit de même, ajoutant qu'il falloit dé- chirer la Thefe publiquement. Ribier aulîi Confeiller , & les autres Magillrats qui étoient préfens , commençoient à en mur- murer, lorfque le Cardinal du Perron Ar- chevêque de Sens , & Grand Aumônier de France , appréhendant le tumulte , fit def- cendre le Syndic des Ecoutes , ûifant à
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•*— — Jita haute voix devant les Evêques & le Rec- l6li, tcur de rUniverfité , & le répétant à del'- fein devant tout le rcite de T Afîemblée , que la queftion de l'autorité du Concilov fur le Pape étoit problématique , à cauie des raifons que les Ultramontains oppoJ foient au Concile de Confiance. i
Lorfque Richer fut arrivé dans la Sal- le , le Cardinal lui demanda d'abord pour- quoi il avoit commandé aux Bacheliers, de difputer contre les Propolitions , puif- que Mefîieurs les Gens du Roi avoient or- donné qu'on les laiflcroit enfevelies dans le fîlence , & enfuite il jugeoit à propos lui-même qu'on en traitât. Richer répon- dit qu^il avoit laillé la liberté d'attaquer les Propolitions, afin de tirer par ce moyen ua témoignage public du Préiident de l'Ade. contre elles-mêmes , & de lui donner lieu de fatisfaire à la Faculté de Théologie , & à l'Uni verfité, qui s'en tenoient oifen- fées ; que l'ordre dé Meilleurs les Gens du Roi n'avoit été donné que de vive voix ^ & en particulier feulement au Père Coéf- feteau ; qu'au relie il étoit tres-alIuré quç MelFieurs les Gens du Roi ne trouveroient pas mauvais que la Faculté fe fervît des» moyens publics pour mettre à couvert une ancienne dodrine contre des Thefes qui ctoient publiques , <Sc qui dévoient être bien^ tôt répandues par toute l'Europe. >
Il ferma la bouche au Cardinal en lui alléguant le vingt-troifiéme article de la Reformation de l'Univerlité, homologué en Parlement , portant ordre de punir le Syndic , le Préiident & le Répondant , fl
d'Edmond Riche r. -jf
l'on foûtenoit dans les Thefes quelque cho -— ^
fe de contraire aux droits & aux maximes i6il. du Royaume.
Le Prcfident de l'Ade ayant entendu parler ainfi le Syndic, réitéra (a protcfta- tion, iniillant toujours à perfuader TAu- ditoire qu'il ne regard^^it la quePiion que comme purement problématique-
Le Nonce , nonobllant le chagrin que lui caufoit cette déclamation, ne iaiflapas de demander qu'on continuât la difpute. Le Bachelier le fit, (^lipoulFa (i vivement k Prélîdent,qui n'alleguoit que Cajetan pour lui & de foibles exceptions aux Dé- crets de la 4. & f. Sellions du Concile de Confiance.
Le Cardinal du Perron interrompît la Dilpute, fous prétexte que le Répondant ne difoit mot , & lit argumenter fur l'Eu- chariiiie.
Le lendemain, qui étoit le 28.de May, les mêmes Dominiquains affichèrent des Thefes encore , & marquèrent le Diman- che fuivant , Fcte de la fainte Trinité y pour le jour de laDifpute. Mais Nicolas de Verdun , qui avoit été tait tout récem- ment premier Prélident du Parlement , par la ceiïion d'Achilles de Harlay , ne vou- lut pas fouffrir qu'on ouvrît la Dilpute un jour de Dimanche; & il ne le permit les jours fuivans , qu'après avoir ordonné de rayer l'article de ces Thefes où il étoit dit, qu'// n'appartient qiC au Pape de définir les l'eritez. de la Foi , en quoi il ne peut errer. La difpute ne fe fit que le Mardi, dernier jour de May , auquel Je Chancelier Bru-
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■■■■— I — lart de Sillery permit aux Jacobins de foû- j6ii. tenir la Thefe , pourvu qu'on n'y parlât point de cette Propofition , qui fembloit attribuer l'infaillibilité au Pape. IL Sur le rapport que le Préfident de Ha-
Du Per- queville , & le Confeiller Sanguin firent à l'on ôc les la Cour du Parlement de tout ce qui s'é- autres toit pafTé aux Jacobins le 27. de May , Prélats Sanguin fut chargé par la Compagnie de Trancois y^j^ jg Chancelier & le Marquis de Vil- attachez ieroi,qui gouvernoient l'Etat fous la Re- a la Cour g^j^^g ^^ j^ Reine Mère , pour prévenir deilome ^^ fe^blables licences à l'avenir. Ces Mi- ni ftres renvoyèrent l'affaire au premier Préfident de Verdun , qui fuivant fa com- miffion envoya quérir le Syndic Richer , le loua hautement comme un homme qui venoit de rendre un fervice confiderable au Roi, à l'Etat, & aux libertez de l'Egli- , fe Gallicane, lui promit de féconder par- tout fes bonnes intentions , l'aifura que la Cour fçauroit reconnoître fon mérite, Ôc lui dit que M. le Chancelier & M. de Vil- Jeroi fouhaiteroient de voir le Procès ver- ■ bal de ce qui s'étoit paflé aux Jacobins.
Richer n'obéit qu'avec beaucoup de ré- pugnance , fçachant que cela ne plairoit pas au Nonce. Il fit drefier l'ade qu'on demandoit avec toute l'exaditude poffi- ble , & le porta au premier Préfident figné * Louis du Redeur * de l'Univerfité , du Syndic , Hoiau. de la Faculté de Théologie , & des qua- tre Po6teurs deSorbonne, qui avoientété témoins de toute l'affaire. -Le premier Pré- fident témoignant vouloir s'inftruire à fonds fur des matières fi importantes à
d^Edmond Ri cher. 77
l'Eglife, & à l'Etat, dont la connoifTance — — — étoit f\ necefTaire au Chef du Parlement, 1611. pria Richer avec beaucoup dMnftance de lui donner un petit abrégé de la dodrine ^incienne de rUniverfitc fur ce fujet. Ri- cher répondit que ce n'étoit ni le defîr de la gloire , ou des faveurs de la fortune, ni les follicitations d'aucun homme , mais la vue des obligations de fa charge de Syn- dic, & la connollfance de la vérité qui lui im- pofoient lanecelfité d'agir pour la défenfe de l'Eglife & de l'Univerlité. Que de- puis qu'il étoit Sindic, il avoit fouvent empêché que toutes les Propofitions qui tendoient au fchifme & qui alloient à éta- blir la dodlrine de dépoler & de tuer les Rois , ne fuifent agitées dans la Faculté, où l'Auditeur du Nonce avoit tâché de les introduire par toutes fortes d'intrigues; que cet Auditeur n'ayant pas réufli à les faire propofer en Sorbonne , avoit eu re- cours aux Jacobins , & qu'il en étoit ve- nu à bout par le moyen des étrangers , qui <5toicnt venus foûtcnir leurs Thefes à la faveur du Chapitre gênerai de leur Or- dre , durant lequel ni le Prieur du grand. Couvent, ni les autres François Domini- quains bien-intentionnez n'avoient aucun pouvoir ; qu'il ne falloit pas efperer que tant que le Nonce du Pape logeroit à la porte de la Sorbonne, ks Doéteurs de la Faculté pulîcnt jouir de leurs fuffrages ; que pour ce qui le regardoit,il prévoyoit que ce qu'il vcnoit de faire pour la dé- fenfe de la vérité, & pour le bien du Roi ^ du Royaume ;, attireroit fur lui la mau-
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. vaife humeur du Nonce & des Ecclefîaii
.1611. tJ^"^^ Partifans de la Cour de Rome,qu^ abufoient de la minorité du Roi ,& des ca- lamité?- de l'Etat , pour femer ces nouveau- tci , & diviûr les clprits par des tadions : mais que le trouvant par la grâce de Dieu également détaché de la crainte & de TeC- perancc pour toutes les choies de la ter- re , nulle coniideration ne lui feroit ou- blier les devoirs ; & qu'il étoit refolu de tout fouffrir pour la vérité catholique , pour le gouvernement julte & légitime de TE» glile , & pour Tancienne dodrine de Sor- bonne.
Le premier Préfîdent lui répondit qu'il n'y avait rien à craindre pour lui,(Sc que les deux Minllres écoicnt dans la réfolu- tionde le protéger : mais il ne fçavoit pas encore ce que le Nonce du Pape , le Car- dinal du Perron, les Evêques de Paris & d'Angers & les autres Prélats meditoient pour fe venger de Richer. Ils n'avoient pas feulement à cœur la reliftance & Top po(ition que le Syndic avoit faites aux The- fes des jacobins le Vendredi 27. de May ;• ils fe croyoient principalement oftenfei de la dcfenfe que le premier Préfident avoit faite aux Dominiquains d'ouvrir leurs Dif- putes le Dimanche fuivant , à caufe de la Propofition de la Thefe , qui marquoit que c^eji au Pape feul qiCtl uppûrtient de défi- Kir les ventez de la Foi , en quoi il ne peut foi?it errer.
Malgré cet ordre ils n'avoient pas laifTo de fe rendre aux Jacobins ce jour-là-méme^ conduits par le Nonce & par le Cardinal^
d^Edmond Ri cher, ^-fg !& ils avoient tâche par toutes fortes de »*■ ■ ma moyens d'y faire ouvrir la Difpute : mais i6iï, pas un des Bacheliers n'avoit voulu fe rendre à leurs ibilicitations,ni fe trouver aux Jacobins.
C'cfl: pourquoi le Cardinal , tout en co- lère , s'etant fait accompagner de quelques Evéques,alla trouver fur le foir le Chan- celier & M. de Villeroi , auxquels il ne fut pas honteux de dire , qu'// étoit autant permis de révoquer en doute l^état du Ma- riage de la Reine ^ de fes enfans , que la futjfance du Pape qui avoit donné au Roi Henri 11^. la dijpenj'e pourfe remarier. Ces deux Minières eurent horreur d'une corn- paraifon ii odieufe , & d'un difcours qui îembloit ne refpirer que la fédition. Ils répondirent au Cardinal & aux Evéqucs que la Cour de Rome étoit 11 entrepre- nante , qu'il étoit à craindre qu'eux-mê- mes ne s'en trouvaient mal , auffi - bien que la France. Ceux qui étoient prefens à cet entretien ne purent auffi diflimuler l'in- <ifgnacion où ils étoient de voir que des Prélats P>ançois fe rendirent ainfilesMi- niftres de la palTion de ceux qui cherchoient par toutes fortes de brigues à faire recon- noître & établir la puiifance abfolué& l'in- faillibilité du Pape dans le Royaume de France.
Quelque 2ele que le Préfident de Ver- dun fit paroître de fon coté pour s'oppo- fer aux entrcprifes de la Cour de Rome, Richer , que la prudence n'abandonnoit jamais, lui lit promettre qu'il ne feroit aucun ufagedu procès verbal ni de ce qui
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^— w— s'étoît pafTé à la Thefe des Jacobins , di l6ii. qu'il ne le feroit pas voir aux deux Mi* niftres, jugeant que cela ne ferviroit qu'à aigrir les efprits déjà mal difpofez , & à augmenter les troubles ; mais voyant que ce'Magillrat le preflbit de plus en plus de lui donner l'abbregé qu'il lui avoit de- mandé de l'ancienne dodrine de Sorbon- nc , arin d'apprendre ce que c'ctoit que les libertez de l'Eglile Gallicane , dans la dé- fenfe defquelks il prétendoit ne le point céder à fonilluftreprédéceffeur deHarlay, il crut devoir prendre quelque temps , non pas tant pour compofer l'Ecrit , que pour délibérer avec fes amis fur ce qu'il avoit à faire. RicKer j)^ Gamaches fut d'avis qu'on ne devoit î^!^. T ^'^^^ donner au premier Préfident , parce ■^^^ -r ^uc cet homme avoit été élevé chez les £3jj^"^J^_ Jefuites,& qu'on croyoit qu'il n'étoitpar- clefiafti- ^^^^ ^ ^^^^^ nouvelle dignité que par leur ^^. ^ moyen , & à la recommandation du Non- politique, ce : mais tous les autres que Richer con- a la prie- fulta jugèrent que ces coniiderations ne re du pre dévoient pas l'empêcher de fatisfaire les mierPrc- delirs d'un Magillrat , qui paroilibit fi fin- fidentdu ctre dans l'ardeur qu'il faifoit paroître pour Parle- connoître la vérité , & à qui il ne man- ment de quoît peut-être que cela pour faire tout Pans. |g j^jj^.^^ qu'on pouvoir attendre d'un pre- mier Préfident; qu'il étoit à craindre qu'on ne fe rendît coupable devant Dieu des fau- tes que ce Magidrat pouroit faire dans la fuite par l'ignorance de fes devoirs , ou par le relièntiment du refus qu'on lui fe- roit des initrudions qu'il demandoit , pour
s'ac-
d^Edmond Ri cher. 8i
s'acquitter dîgnement d'une Charge , dans - laqueHe on eft oblige de maintenir en mil- 1611. le rencontres les liberté! de TEglife Gal- licane , & de régler les reflbrts de la puif- fance ecclefiaftique & feculiere.
Richer , quoique touché des raifons & des inftances de ces derniers , ne croyoit pas devoir fe prefler d'accorder au pre- mier Prélident ce qu'il exigeoit de lui par des foUicitations qu'il réiteroit prefque tous les jours , foit par fes amis qu'il dé- putoit à Richer , foit en l'envoyant qué- rir. Il appréhendoit que de Gamaches ne fût prophète : mais d'un côté voyant que lesjefuites cherchoient à profiter de lare- traite du premier Prélident de Harlay , qu'ils avoient regardé comme leur fléau ; & que pour oppofer la rufe & l'artifice à la for- ce ouverte qui leur reliftoit , ils reccvoicnt des Ecoliers-dans leur Collège , qu'ils n'en- feignoient pas par eux-mêmes , mais qu'ils faifoient enfeigner par des Maîtres qu'ils prenoient de dehors , & qu'ils tenoient à gage ; il crut qu'il étoit important de s'af- lùrer de labonne volonté du nouveau pre- mier Prélident, pour traverfer ces nouvel- les entreprifes : il confentit que l'Ecrit qu'il •lui demandoit fût le prix de la protedion qu'il otfroit à l'Univerfité.
Il voulut compofer cet Ecrit félon les règles de la Théologie dogmatique, pour montrer la fource , où l'on devoit puifer cet- te dodtrine,que non feulement le premier Prélident de Verdun , & d'autres Magif- trats, mais encore une infinité de jeunes Théologiens fouhaitoient d'apprendre avec
F
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———tant de palTioii. Il lui donna le titre^ Ûè l^IÎ. h Puiffance ecclefiaflique l^ foUtiqtie ; & il ne le tira, comme nous l*avons marqué ailleurs , que de TApologie qu'il avoit faite pour Gerfon , & qu'il n'avoit pas encore publiée : mais avant que de préfenter ce petit Livre au premier Prélident , il crut \q devoir donner aux Théologiens pour rexamincr.De Gamaches, Profelfeur Royal en Sorbonne ^ qui n'avoit pas été de cet avis, le vit fort exaélement, &y fit quel-^ qucs remarques. Richcr y eut égard , & cor* rigca dans fon livre tout ce que ce Doc^ teur avoit fouhaité ; non pas que fes re- marques fullcnt véritables , mais parce que l'Auteur eftimoit que fon ouvrage ferofè mieux reçu , s'il étoit approuvé de ceux* mêmes qui n'étoient pas verfez fi exaéle- ment dans une matière qui cil tres-amplé & très-difficile , qui demande une connoiA- fance parfaite de toute l'Antiquité ecclef- fiartique , & qui depuis dix ans faifoit le principal fujet des études de Richer. ,,^ Pendant ce tem*ps-là le Cardihal duPer*
Pratioues ^^^^ "> ^'^^'^'^^^^ ^^ f*^ris fon SufFragant , & des Parti- ^^^'l^^-^^s autres Prélats toujours pleins de uns 'de rellèntiment de ce qui étoit arrivé à là là Cour Thefe des Jacobins , étudioient les moyens de Rome de fe venger de Richer. Ils convinrent avec pour fai- le Nonce qu'il falloit le faire dépofer du re dépo- Syndicat , où fcmbloit confifter toute la fer Ki- force & fon crédit , & ils commencèrent cher du dès-lors leurs brigues dans la Faculté de Syndicat. Théologie pour en venir à bout.
Ils publièrent que Richer alloit être eau- fc d'un grand fchifme , s'il n'étoit promp-
d'Edmond Richer. 85
tement dégradé ; comme û ceux qui de- — > < m meuroient dans l'union, qui retiennent &c i6ii. défendent la difcipline& les mœurs qu'ils ont trouvé établies , dévoient pafler pour auteurs ou coupables de fchilme , plu- tôt que ceux qui font la divilion , & qui introduifent les nouveautez ; comme il dans la Religion Chrétienne l'antiquité n'é- toit pas le vrai caradere de la vérité , & la preuve naturelle de l'excellence de cet- te Religion.
Mais ils s'appcrçurent bientôt que leurs cris & leurs plaintes auroient peu d'etFet, s'ils ne trouvoient un fujet propre à être fubftitué à la place de Richer,&un hom- me capable de foûtenir le perfonnage qu'ils iui vouloient faire jouer. Ils jetterent les yeux fur le Dodeur Jean Filefac , Curé de S. Jean en Grève , Théologal de l'E- glife de Paris ;jugeant que comme il étoit capable & fçavant , il ne feroit point defa- gréable à la Faculté ; & que comme il ne paroilfoit pas encore avoir borné fon am- bition à l'état prcfent de fa fortune , l'ef- perance de parvenir à quelque chofe de plus élevé , lui feroit faire tout ce qu'ils pouroient fouhaiter de lui.
Filefac, qui fe voyoit déjà fexagenaire, qui fçavoit le prix de tout ce qu'avoit fait Richtr , pour avoir pafïé lui - même par tous les Degrez & les Charges des Facul- tés des Arts & de Théologie, & qui avoit été même Redeur de T Univerfité , reçut afles froidement les propofitions qu'on lui fit. Il s'excufa fur fon peu de difpofition , & fur fon âge ; il répondit même fort li-
Fij
§4 La Vie
brement au Nonee & aux autres qui fi?
^6ii. plaignoient de la conduite du Syndic, que tout ce que Richer avoit fait ne tendoit qu'à la confcrvation & à la défenfe des libcrtcz de TEglife Gallicane , & que les François ayant à vivre avec les Hugue- nots , dévoient chercher les moyens les plus convenables pour les attirer douce- ment à l'Eglifc Catholique ;& non les re- buter par ridée de la puiflance abfoluë & de rintaillibilité du Pape.
Le Nonce ne defefpera pourtant pas de Je gagner, & il crut pouvoir fe repofer de ce foin fur le zèle & l'induftrie de François de Harlay, Abbé de S. Vidor, qui lui paroilfoit bien intentionné pour la Cour de Rome, & qui avoit déjà don- né des marques de l'averfion qu'il avoit conçue pour Richer , depuis qu'il lui avoit bifté fes Thefes. C'étoit un jeune hom- me fort ardent, qui avoit pris tout nou- vellement le Bonnet de Doâeur, & qui ne dilîîmuloit pas l'ambition qu'il avoit de monter par les Dignitez ecclefîaftiques
^ jufqu'au Cardinalat.
Cet Abbé fut chargé par le Nonce de re- quérir dans Tx^lFembleé de la Faculté du premier de Juin , que Richer fût dépofé du Syndicat, & que tout ce qu'il avoit fait au Chapitre gênerai des Jacobins le vingt- feptiéme de May fût calfé. Dans cette vue l'on avoit brigué les fuftrages depluiieurs Dodcurs, fur-tout parmi les Mendians , qui fe trouvèrent ce jour- là jufqu'au nombre de trente dans cette Allembleé de la Fa- culté de Théologie. Ou vit aufli y accou-
d'Edmond Ri cher. 8f
rir tous ceux qui étoient dans les intérêts — — — ^ des Jefiiites, & qui avoient trouvé mau- i6n. vais que Richer fe fût oppofé aux Lettres Patentes que ces Pères avoient obtenues du Roy Tannée précédente, pour faire l'ouverture. de leurs Clallès.
La brigue ne fc trouva pourtant pas encore ailèz forte, & Tx^bbé de S. Vi*âor n'ofa même ouvrir la bouche pour cette ibis. Le Nonce tidelementfervi dans cet- te affaire par fon Auditeur Scappi , & par le Do6leur Duval , jugea qu'il avoir be- foin de prendre du temps pour la lailîèr meurir. Cependant il recommanda à l'Abbé de faint Viélor de chercher l'occalion de s'infînuer dans l'efprit de Filefac , & de ne rien oublier pour tâcher de vaincre fa répugnance.
Richer, après avoir fait examiner fon ^Y' petit Livre ke la Fuijfance ecclejiafiiquc ^ Iviclier politique par plulîeurs Dodeurs , aRa fur ^°""'^^}'" la fin de Juillet le prcfenter écrit à là ^^''^ ^^^* main au premier Prélident de Verdun, & '^" ^^^'e il lui porta en même temps la cenlureque ^j^j^^ ç^ la Faculté de Paris avoir faite en 1429. ^^^ >^ contre le Jacobin Jean Sarralin,qui avoir fenrant avancé beaucoup de Propolitions qui ten- ç^x\ Li- doient à établir la Monarchie, ou puif- vrc. fance abfoluë du Pape fur les autres Pré- lats. Le premier Préfident reçut ce pre^ fent avec beaucoup de plailir& toute ladé- monftration de bienvailJance dont il étoit capable. Il protefta de nouveau qu'il étoit relblu de défendre hautement l'ancienne dodrine deSorbonne,& les droits de l'U- niverlité. 11 prelïà mC*me ie Syndic de lui
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— — marquer en quoi il pouroit le gratifier per-!- i6ll, fonnellement , & de voir quel Bénéfice ou quelle peniion il fouhaitoit qu'il deman- dât pour lui aux Minières.
Le Syndic l'ayant tres-humblement re* " mercié , lui dit qu'il étoit content de la médiocrité de fon état , & qu'il ne cher- choit pas à en fortir pour le peu de vie qui lui reftoit ; qu'il n'avoit pas d'autre iur terét que celui du Public ;& qu'étant fort ^ indiffèrent pour tout ce qui pouvoit le re-
garder , il n'avoit en vûë que le bien de la Religion & de l'Etat, & en particulier celui de rUniveriité de Paris, dont, la pro- tedion fembloit lui être refervée depuis Isi retraite de fon prédécefleur. Il entra en^ fuite en conférence fecrete avec ce Mar gillrat,pour lui faire comprendre l'imporr tance de cette affaire , d'où fembloit dé- pendre le bon ordre & la tranquillité noij feulement de l'Eglife Gallicane, mais en- core du Royaume , contre la pratique des Etrangers , & fur-tout des EmifTaires de la Cour de Rome, qui en vouloient à la li- berté de notre Eglife , & à la fouveraine^ té de notre Monarque. 11 lui témoignîj qu'encore qu'il n'eût jamais étudié au^ Jefuites , il ne laiflbit pas d'eitimer leur Compagnie , dont l'Inftitut pouroit même être de grande utilité à l'Eglife , s'ils ne cherchoient point à s'introduire par des intrigues dans les Fondions eccleliaftiques au préjudice de l'Hiérarchie, & à exercer lur les Etudes & les Lettres un monopole tendant à la ruine des autres Univerliteï & Collèges de la Chrétienté. Car pour lei
d'Edmond Richer. 87
rendre utiles, il falloit empêcher qu'ils ne — ■? fe rendiflent necefîaires ; qu'on pouroit le i6ii. régler fur la conduite qu'ils avoient gar- dée depuis I5'74. jufqu'en lySç. lorfqu'ils le contentoient d'enfcigner les Lettres à Paris , fans avoir l'ambition de fe jctter dans les atîaires du Royaume & des Fa- milles , comme ils avoient fait depuis la Ligue; que depuis le retour de leur exilée jeur rétabliffement en France, ils s'étoient tellement avancez à laCour, qu'ils ne gar- doient plus de mefure dans la paffion qu'ils avoient de dominer , & que cette ambition cauferoit un jour la ruine de leur Com- pagnie, ou celle de la Republique Chré- tienne.
Le premier Prélident parut fi touché de ce que le Syndic venolt de lui dire, qu'il lui demanda encore une féconde confé- rence pour fe faire inllruire à fonds. Ri- cher la lui donna deux jours après, & lui fit un long difcours fur la manière dont le Parlement devoir agir à l'égard de Rome, & des Miniilres mêmes de la Cour de France durant la Régence d'un Femme; après quoi il lui laiiîa quelques Mémoi- res pour le foulager dans le fouvenir des maximes qu'il venoit de lui doimcr.
Peu de temps après la Faculté de Théo- logie ayant donné ordre de faire impri- mer la cenfure qu'elle avoit faite le premier jour d'Août contre le Livre de Dupleflis- Mornay , intitulé, le Myjicre d'iniijmte\ Ri- cher en prit occalion pour faire en même Impref- tcmps tirer trois cens exemplaires de fon hon de petit livre de la Futjfance ecclefiajltque ^ ion livre.
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88 La Vie
iP^— politique , non pour le divulguer dans le*
i6u. Public , mais pour le communiquer fim- plement à fes amis & aux perfonnes de çonfideration , qui en pouroient faire quel- que ufage. Il s'y étoit déterminé aulîi dans le deflein d'arrêter le cours des mauvaifes copies , fur lefquelles il étoit à craindre qu'on ne l'imprimât, comme on avoit fait en Italie fon Apologie pour Gerfon ; & que la vûë des fautes qui s'y feroient gliffées ne l'obligeât à renoncer un ouvrage qu'il ' étoit bieri-aife de reconnoître à la face de
rUnivers. -^
Il divifa l'Ouvrage en dix-huit articles , dont il fit un enchaînement fi bien fuivi , que le fécond dépend neceflairement du premier, le troifiéme du fécond, & ainfî des autres jufqu'au dernier, dans la même liaifon des confequences aux principes. Il voulut y faire voir d'abord que la jurif- di^lion ecclefiaftique appartient efTentiel- -, lement à toute l'Eglife, & que le Pape & les Evêques n'en Ibnt que les Minières ^ & montrer que Jefus-Chrift a conféré cette jurifdidion à tout l'Ordre Hiérarchique, par la mifîion qu'il a donnée immédiate- ment à tous les Apôtres & à tous les Difci- ples. Il y définit l'Eglife zm Etat Monarchi- que injîîtîié de'Jefus-C hrift pour une fin fitrr Naturelle , k^ ternperé d'un Gouvernement Anjîocratique , qui e[i le meilleur de touSy Cîf le plus convenable à la nature. Après avoir montré que jefus-Chrifi: en eft le ChefeJ/e»- tiel^h le Pape feulemement le C\\QÎ mini- fier iel , pour me fery ir de fes termes ; il don- ne \d, ditferenee d'un Etat d'avec un Gou-
p'Edmond Ri cher, 8p
vcrnement. Il fait voir enfuite que la puif- — ■■ fance infaillible de faire des Décrets &des 1611. Conftitutions appartient à toute l'Eglife, 6c non au Pape feul ; & il marque la qualité & retendue de l'autorité du fouverain Pon- tife, qu'il met fous la diredîon & la cor- redion du Concile General, qui rcpre- fente l'Eglife univerfelle. 11 fait part auflî du Gouvernement de l'Eglife aux Princes feculiers en ce qui regarde la difpoiition des biens temporels & les peines corporelles , le maintien de la difcipline , l'exécution des Loix & des Canons dans le relfort de de leurs Etats. Il veut que le Prince en qualité de Protedeur de l'Eglife , & de Dé- fenfeur des Canons , non feulement qu'il ait droit de faire des Ordonnances pour la Difcipline Eccleliaftique, mais qu'il foie encore Juge légitime des appellations com- me d'abus ; & il prétend que c'elt de -là que viennent les libériez de l'Eglife Gal- licane.
La penfée qu'il avoit de ne diftribuer cet Ouvrage qu'à des Particuliers, fans ja- mais permettre qu'il fût expofé en vente, fit qu'il ne jugea pas à propos d'y mettre fon nom , nr celui de l'Imprimeur. Mais cette confideration ne fervit de rien à ceux qui dans la fuite voulurent lui faire un cri- me de cette fuppreflion. Filefac fut un de ceux à qui il en donna un exemplaire. Le jugement qu'il en fit après l'avoir lu , fut que ce Livre ne plairoit guércs à la Cour de Rome, où l'on n'aimoit pas tant de difcernement touchant la différence entre l'ancienne & la nouvelle Dodrine. Le
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"■"^ froid dont il accompagna ce témoignaga i^n. fut pris pour un ligne évident du change- ment qui fe faifoit en lui peu-à-peu , par les infpirations du Nonce du Pape & de l'Abbé de S. Vidor. V. Ce Dodeur ne laifla pas de remontrer
Tilefac, affez fortement dans rAlFemblée delaFa- qiioique ^uj^^ ^^ ^ d'Odobre , que beaucoup de peutavo- ggj^5 jg j^jgj^ parmi les Catholiques étoieut rable aiix ^candalifez de trois Sermons prêchez en fe^laiif^ ' E^P^g^^ ^ ^^ Béatification de faint Ignace oa^ner ^^ Loyola , traduits en notre langue par le contre ^^^^ François Solier Jefuite , imprimez ea Kicher. France, & recommandez au peuple com- me d'excellentes pièces. Il propofa même pour la cenfure quatre articles tirez de ces Sermons Sermons. Sçavoir lO .Qu'Ignace avec fon fur faint nom écrit fur un biU^ù avoiî plus fait ds Ignace miracles , ^ue Moyfe n'en avait faits au. cenfurez nom de Dieu avec fa baguette, z ° • Q^e en Sor- /^ faintete dUgnace était fi relevée , même bonne. ^\ l'égard des Bienheureux iff des Intelli- gences celefîes ^ qu'il n'y avait que les Pa- pes comme faint Pierre , que les Imper atri^ ces comme la Mère de Dieu , que quelques, Monarques comme Dieu le Père ^^ fon Fils^ qui eujfent le bien de le voir. 3 ° . Que les autres Fondateurs des Ordres Religieux a^ votent été fans doute envoyez en faveur de VEglife ; mais que Dieu uoviflimè diebus ilHs locutus eft nobis in filio fiio Ignatio, quem conllituit hxredem univerforum i ç'ejh-à-dire , que Dieu nous a parlé en ces derniers temps par fan fils Ignace , qiCil a, établi héritier de toutes chofes. 4 '^ . Qu* Igna- ce affeâionnoit particulièrement le tape de
d'Edmond Ri cher, pi
Kome , le regardant comme le légitime fuc- r ^
cejfeur de Jefus-Chrift , çjffo» l^itaire en l6ll. terre.
Richer ne fut pas fâché que le zèle de Filefac le difpensât de faire le devoir de Syndic, en une occalion qui n'auroit pas jnanqué d'irriter de nouveau les Jefuites contre lui.
Le DoâeurDuval ,qui s'intereiToit au- tant à l'honneur de leur Société qu'à ce- lui de la Cour deRome,s'oppofa aux re- montrances de Filefac, & foûtint que les quatre articles pouvoient avoir un fens pieux & favorable.
La Faculté n'y eut pourtant pas d'é- gard, & elle condamna les trois Sermons par une cenfure du même jour. Les Je- luites rirent paroître quelque temps après O^i P^^f- fous le nom du Père Solier une Lettre '|^|^ ^^^^'^ langlante & fort injurieufe contre cette "''"<^^^'" cenfure. Elle ne fit qu'irriter encore da- P°!!^/ vantage l'Univerfité, qui recommença peu ■ |IJj*^^ de jours après fes pourfuites contre ces L^.f^.ç- " Pères , fous le Redeur Pierre do Hardi- vil lier s.
D'un autre côté les Jefuites alTiftez du Dodeur Duval , de l'Abbé de Saint Vi- élor,& de l'Auditeur Scappi,travailloient fecretement à divifer la Sorbonne , & à y •former un puilîant parti pour Rome h pour eux. 11 fembloit qu'il n'y eût que Richer dans toute la Faculté , qui fût capable de traverfer leurs dcileins, & on ne pouvoit lever cet oblhicle qu'en lui ôtant le Syn- dicat. On n'avoit plus d'oppolicions à crain- dre du côté de la Cour , depuis qu'on an
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-■ voit fçu gagner le Chancelier de France ,
i6u. l'un des deux Minières qui s'étoient laiflei, prévenir contre Richer depuis le récit defr- obligeant que le Nonce , le Cardinal du Perron , & les Prélats lui avoient fait de ce qui s'étoit pafTé aux Jacobins.
L'Abbé de S. Vidor eut commiffionde redoubler fes follicitations auprès de File- fac, nonobftant le mauvais office que celui- ci avoit rendu aux Jefuites le premier jour d'Aouft. Il n'étoit alors queftion que des moyens de pourvoir la Faculté d'un nou- veau Syndic en gênerai , fans parler de ce- lui qui devoit prendre la place de Richer. Filefac fe laiffa enfin mener chez lesGrands. Le Chancelier & le Cardinal du Perron lui firent promettre qu'il s'employeroit en Sorbonne , pour difpofer les efprits à la dépofition du Syndic : & l'Evêque de Pa- ris , pour l'y engager plus fortement , lui fit cfperer l'Evêché d'Autun, s'il faifoitréuf- fîr l'affaire ; propolition qui lit tant d'im- preflion fur l'efprit de Filefac , que fe croyant Evéque dès qu'il agiroit contre Ri- cher, il fongea peu de jours après à fe dé- faire de la Cure de S. Jean en Grève, a- fin de fervir ceux qui le mettoient en œu- vre avec plus de loiiir & de liberté.
Pendant que cette intrigue fe pratiquoit fecrctement , il fe répandit un bruit que le Roi, c'elt-à-dire le Chancelier , vouloit don- ner des Lettres aux Jefuites pour être adop- tez & incorporez dans l'Univerlité de Pa- ris, fous prétexte d'afToupir la diviiionquî rcgnoit depuis tant de temps entre eux & la Sorbonne. C'eft ce que les Jelùites de-
d'Edmond Ri cher, pj inandoient , & que TUniverfité appréhen- ■■<
doit pour plus d'une raifon. Les Facultcï i6ll. fuperieures fembloient être partagées fur ce point, & fur-tout celle de Théologie , qui fembloit y être plus intereflee, avec celle des Arts. Filcfac cnpritoccaHon pour fai- re bande à part , & mieux tramer l'affaire qu'il avoit entreprifc. Le Dimanche 13. de Novembre il tint un conférence chez le Doâeur de Gamaches , à l'infçû de Ri- cher , qui fembloit néanmoins y devoir être appelle en qualité de Syndic. L'Aflemblée, outre lui & le maître du logis , n'étoit com- pofée que de cinq Dodeurs , Etienne Ba- lenot , Provifeur des Bernardins , fon ami particulier , Pierre Leclerc Principal da Collège de Clugni , * Nicolas Ifembert 1 • /-.i . Jacques Flegmequin, & Jérôme Parent. Q^.c^*'
Richer , félon la coutume qu'il avoit de- ^**
puis quelques années de voir le Doôeur Gamaches les Fêtes & les Dimanches , pour traiter enfemble des affaires de la Fa- culté, furvint fans être averti de rien , 6c crut d'abord que c'étoit le hatard qui avoit formé la Compagnie chez fon ami.
Filefac, furpris de le voir, n'eut pas le loifir de trouver une défaite ; & l'ayant pris à l'écart , il lui avoua que c'étoit une Aflemblée ordonnée par le Chancelier , qui avoit défendu qu'on n'y appellât le Syndic, parce qu'il paroifToit trop animé contre les jefuites. Richer voulut fe reti- rer, témoignant qu'il étoit venu fans au- tre delfein que de rendre une limple vifî- te à un ami ; qu'il ne trouvoit pas à re- dire qu'on s'aflemblât, ni qu'on délibérât
P4 L A V I E
•'»— même fans fa participation , & qu^'I n'éi i<^i-. toit pas curieux des affaires d'autrui.
Mais Filelac , pour ne lui être pas ful^ ped, le prefl'a de refter,fous prétexte qu^î tous ceux delà compagnie luiétoient con*î nus, & qu'il ne feroit pas fâche d*enten- •' dre ce qu'il avoit à leur dire.. i
Richer demeura , quoiqu'il s'imaginât' voir Duval dans la perfonne de Leclerc, & d'ifambert , qui étoient particulièrement attachez à lui.
Filefac déclara que depuis quelques jours l'Abbé de S. Vidor, & le Père Alexan- dre George l'étoient venus trouver pour ménager un accord entre l'Univerfité & ks Jcfuites; que le Cardinal du Perron, ^ le Chancelier Tavoient appelle pour le même lujet , alléguant qu'il s'alloit for- mer un dangereux Schifme, fi l'on nere- concilioit promptement ces deux grands Corps , & que l'unique moyen d'en ve- nir à bout étoit d'immatriculer les Jefuites dans rUniveriité. Il ajouta que (i le Chan- celier vouloit faire recevoir les Jefuites dans l'Univerfité de Paris par un Edit du îloi , comme k bruit en couroit , il étoit rcfolu de quitter le Chaperon & de le jet- ter à la porte de Sorbonne, & qu'il y a- voit plus de trente Dodeurs dans la me-, me difpofition. Mais il fe garda bien en prcicnce de Richer de dire un feul mot de la commifîlon qu'il avoit reçue du* Nonce, du Cardinal du Perron, du Chancelier, & de l'Evcque de Paris touchant l'éledioii d'un nouveau Syndic. " Richer, plus ieniible que perfonne à Tin-
d'Edmond Ri cher, ^f
terct que TUniverfité avoit de ne pas ad- — — — • mettre les Jefuites dans fon Corps, & à la 1611. idiviiion qui fe formoit en Sorbonne, ne Ce <de{^ [trouva plus d'autre moyen pour fauverî'un fdn eft !& Tautre que celui d'oppoler le Parlement traverfé jà la Cour & au Cierge. Ce fut dans cette p-^r Ri- Ivûc qu'il fe rendit amdu à foUiciter leprc- ^^^^\ 'mier Préfident de Verdun pour faire vui- idcr roppolitionderUnivcrfité aux Lettres ique les Jefuites avoient obtenues de la Cour pour ouvrir leur Collège.
L'affaire fut plaidée au mois de Decem- Arreft dd bre par la Martiliereen deux grandes Au- Parle- dianccs pour l'Univerfité ;enfuite pour les ment Jefuites par Montolon, qui ne parla qu'une contre demi-heure , pendant laquelle il fut pref- ^^s Jefui- que toujours interrompu par les tumultes ^"• de la Salle : après quoi le RedeurHardi- villiers, par manière de Réplique, haran- gua la grande Chambre en Latin avec beau- 1 coup d'éloquence & de grâce. Les Conclu- ' fions de l'Avocat General Scrvin furent , qu'outre ce qui regardoit la demande de M'Univerfitc , il y avoit quatre points fur lefquels il falloit obliger les Jefuites de renoncer à leurs do6lrmes ordinaires , & i fe conformer à celle de la Sorbonne; qu'il I falloit leur faire ligner, i ° . Que le Con^ cile eft au-dejfus du Pape. 2 ° . Que le Pa- -pe n'a aucune puïjj'ance temporelle fur les Rots , y qjî'H -ne peîit les priver de leurs ■Royaumes après les avoir excommuniez^ B ^ • Qj^*^ ^^-^ Confejfeurs doivent révéler cux^ Magijirats les conjurations ^ les af- 'fjfjlnnts contre les Rois ow contre rEtat, . Que Us Ecchfiafliques font fujets att
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Prince feculier oh aux Magiftrats poUti^\ que s.
Les Conclufions furent fuivies , l'Ar- reft fut prononcé contre les Jefuites le 22. de Décembre. Il leur fut défendu de fe inéler de Tindrudion de la Jeuneflc dans Paris, ni par eux-mêmes, ni par l'en* tremife de quelques autres pcrfonnes ; & il leur fut ordonné de fc conformer à la doftrine de TEcole de Sorbonne , même en ce qui concerne la confervation de la perfonne des Rois , le maintien de l'auto- rité royale & des libertez de l'Eglife Gal- licane. V I. Le grand éclat qu'eut cette affaire , qui
Richer avoit occupé & rempli le Palais pendant «ft enga- fix jours,fit du bruit jufqu'au Château du gc par la Louvre, & rouvrit la playe que la mort Cour a ^g Henri le Grand avoit faite dans le cœur 1 T^^--^ des bons P'rançois. Tout Paris ne parloit î" que du plaidoyer de la Marteliere , où cet trîerrqui ^^°^^^ ^^^^^ ^'^ ^^ évidence les maximes regarde ^ ^^^ procèdes fecrets des Jefuites. la vie ôc -^^ premier Préfident envoya quérir Ri- la fureté ^h^r le 26. du mois, jour de S. Etienne, des Rois. P°"^ ^^ féliciter d'avoir fi heureufement travaillé à faire connoître une dodrine lî pernicieufe , qui avoit ravi deux de fes meilleurs Rois à la France : & pour l'ex- horter à continuer fes foins , il lui dit en même temps que les deux Minières , c'eft- à-dire le Chancelier & Mr. de Villeroi, delîroient qu'il drefsât en Latin & en Fran- çois par chapitre tous les points princi- paux de cette dodrine, parce qu'il avoit iié refolu dans le Confcil de les envoyer
à tous
À
d'Edmond Ri cher. 97
a tons Icà AmbafTadeurs du Roi , pour en — — donner connôifTance aux Princes étran- 161 1. gers. Il ajouta qu'on vouloit ferieufement donner ordre au rétablillement de l'Uni- verlité , & empêcher l'accroiflement des Jefuites , comme tres-préjudiciable au Roi & au Royaume.
Les Jefuites , avertis de cette refolu- tion y en furent encore plus allarmez que de la perte du procès. Ils crurent queRi- cher leur alloit porter le dernier coup qui devoit renverfer leurCompagnie : mais pour le parer avec avantage , ils fongerent aux moyens de faire tomber fur la tête de Ri- cher-mcmc la tempête qui les menaçoît. Ils renouvellerent toutes les brigues qu'ils avoient fecretement fait naître en Sorbon- ne pour troubler la Faculté de Théolo- gie , & la faire partager en cabale. Ils apo- Iterent des Emilîàires pour publier que ce n'étoit pas aux jefuites , mais au faint Pè- re qu'en vouloit Richer , & à la Religion Catholique ; qu'il en avoit concerté la ruine avec Frapaolo de Venife, & les au- tres ennemis de la Papauté, dont le Par- lement de Paris n'étoit que trop rempli. Se voyant appuyé du Nonce & du Cardi- nal du Perron, en qui ils avoient fçû vain- cre l'averlion qu'il avoit eue autrefois pour leur Compagnie; ils attirèrent divers Evé- ques dans leur parti, tâchèrent deleurper- fuader que pour remédier au Schifme qui déchiroit la Faculté de Théologie, il fal- loit détruire la Sorbonne , où il fe formoir, & perdre Richer , qui en étoit l'auteur. On entendit même dire hautement à Du-
G
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— -— val en plus d'une rencontre, qu'il feroîtà 1611. fouhaiter pour la gloire de Dieu, qu'il n'y eût pas de Sorbonne au monde en ce temps^ là. Le Cardinal du Perron manda Richer *Cethô- à l'Hôtel Archiépifcopal de Sens * le 2.8; tel eft à de Décembre , pour ie plaindre à lui de P'iris ce que l'on avoit traite de la puifTance du près de p^^pe en plaidant la caufe de l'Univerfité. S.Paul. ][ im' dit qu'il pouroit bien arriver que des elprits brouillons & des féditieux pren- droient de -là fujet d'appeller au Concile General de la difpenle que le Pape Clé- ment VIII. avoit accordée au Roi Henri IV. pour époufer la Reine Marie de Me- dicis , & que cela ne manqueroit pas de troubler la tranquillité du Royaume ,.& de caufer un fchifme. Réponfe Richer lui répondit que la difpenfe du deRicher mariage du Roi Henri le Grand étoit une nu Cardi- queftion de fait , & non de droit ; que tous nal du les Theolagicns demeuroient d'accord que Perron, ^^j^^ j^g chofes de fait l'Eglife ou le Con- cile General n'étoient pas infaillibles , non plus que le Pape : qu'ainli il n'y auroit point lieu d'appel au Concile pour le ma- riage du Roi. D'ailleurs , qu'encore que la Sorbonne eût toujours tenu pour l'au^ torité du Concile au-delllis du Pape, elle ne laiûbit pas d'enfeigner que le faint Pè- re, à raifon de fa primauté, peut & doit interpréter le droit divin , naturel & ca- nonique, & donner des difpenfes pour le bien & Téditication de l'Eglife univerfel^ le : que le mariage du Roi étoit dans ce cas , & qu'il ne connoilfoit perfonne en France qui en doutât : que pour fon par-^
d'Edmond Ri cher, pp
tîculier il avoit toujours fouhaité quêtant — ■■ - dehors que dedans la Faculté de Theolo- i6ii* gie , on ne remuât pas ces queftions odieu- t| fes , qui mettent en compromis la puif- .| fance du Pape avec celle du Concile ; mais que jamais il n'avoit pu gagner cela fur l'efprit de l'Auditeur du Nonce Ubaldin, qui loin d'avancer les affaires de fon Maî- tre par ce moyen , avoit beaucoup caufé de Icandale par fes intrigues : que depuis fon Syndicat il avoit toujours reiîfté aux entreprifes de cet Auditeur , & prévenu allez heureufement les defordres que fon humeur turbulente avoit caufez en Sor- bonne ; mais que ce brouillon ayant ob- tenu des Jacobins , ce qu'il n'avoit pu en Sorbonne , qu'on agitcroit chez eux des queftions contraires aux droits du Roi , & aux maximes de france , le Syndic de la Faculté n'étoit plus refponfable du fcan- dale , qu'il avoit d'ailleurs tâché d'étouf- fer dans le lieu mcme où on l'avoit fait naître : que la Sorbonne demeuroit tou- jours conftante & uniforme dans la doc- trine des Anciens , qui n'avoient jamais cté foupçonnez de fchifme , pour avoir maintenu les Décrets du Concile de Con- fiance.
Ce fut pour la féconde fois que Richer împofa lilence au Cardinal du Perron, ce que nul autre n'avoit encore fçû faire a- vant lui. Le même jour après-midi le Car- dinal excité par le Nonce Apoftolique , fe tranfporta au Château du Louvre accom- pagné de plulieurs Evcques. Ils ne trou- vèrent pas de fureté à fe plaindre du plai-
Gij
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■ doyer de TUniverfité, où Ton avoît dif-
1611. couru de la dodrinc qui attribue au Pape le pouvoir de dcpofcr , & de faire tuer les Pratique Rois,fuiYant le itylcde rinquilition : mais des Gens ils firent de grandes clameurs fur ce que d'Eglife l'Avocat General Servin avoient dit en dillipcc plaidant, que toutes les fois qu'il s'agiffoit par Ser- de la vie du Prince, il étoit permis de re- vin. velcr la Confelfion ; Ce qu'ils regardoient
comme une propoiition hérétique, qui fé- lon eux renverfoit notre Religion de fonds en comble.
Le Cardinal du Perron y réitéra contre Richer ce qu'il avoit déjà dit aux Mini- lires dans le mois de May dernier ,& qu'il avoit fouvent répété depuis comme le re- frein d'une chanlbn , ^«';7 étoit autant per- mis de révoquer en doute Vétat du mariage de la Reine ct' de fes enfans , que la pmf- jance du Pape , qui avoit donné au Rot dé- funt la difpenfe pour fe marier. C'étoit un artifice du Cardinal , pour tâcher de porter un contre-coup, & pour faire diverfionau vacarme qu'excitoit la dodrine féditieufe qui autorifoit le parricide des Rois ,& dont on prétendoit que les Jefuites étoient les principaux auteurs.
Pendant que le Cardinal du Perron fai- foit tout ce bruit devant la Reine , & les Minières , on vit entrer Servin qui avoit été mandé au Louvi;^ par la Majelté. Ce Magiilrat apprenant la plainte qu'on étoit venu faire de lui , répondit au Cardinal qu'il n'avoit parlé de la révélation de la Confelfion que fclon le fentiment desTheo- logiens , qui enfcignent qu'on peut fans
d*Edmond Ri cher, ioi
rompre le fceau du fecret déclarer d'une ■ — ^
manière générale les circollances d'une i6n. entreprife faite contre le Prince , pourvu qu'on ne nomme point les particuliers , & qu'on ne fpecitie rien qui puilfc les dén'gner. Cette réponfe diflipa tout le bruit eue faifoient les Prélats ; & Servin prit cette occafion pour découvrir au Chancelier & à Villeroy , & aux principaux de toute la Cour tout le myllérc des intrigues que l'on employé pour procéder fecretemcnt contre la perfonne des Rois & des Prin- ces, la forme dans laquelle on leur fait leur procès à l'Inquilition , (5c la manière cachée & indirede dont on leur ôte la vie. Il produilit pour faire foi de tout ce qu'il avançoit le Livre intitulé Direâunum In- ^uifitorum, imprimé à Rome en 15-85'. qu'il avoit fait apporter avec lui dans cette in- tention. D'un autre côté le Nonce, le Cardinal du Perron , & l'Evêque de Paris, qui afpiroit au Cardinalat, voulant détour- ner la haine publique de dellus les jefui- tcs, & empêcher queTUniverlité ne pour- fuivît fa pointe au Confeil , publièrent qu'on en vouloir ouvertement au S. Perc & à toute l'Eglife, qu'on ouvroit la por- te au fchifme & à l'herelie.
Le Nonce & le Cardinal jugeant du — ■ peu de fuccès de leurs plaintes par la dif- 1612. ; polition de la plufpart des efprits de la V 1 l. Cour , crurent devoir revenir à Richer. Filefu-ôc Ils ralfemblerent contre lui uniquement ^i^^val fe toutes les forces de leur parti; ils ranime- ^y^ent rent le courage deFilefac, que l'affaire de S^-'^^, rUniverfité avec les Jefuites fembloit a-» ^^'"^^^
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•— ^-— voir ralenti ; ils firent revivre les efperan- 1612. ces qu'on lui avoit données de rEpifco- pat, pour le payer de ce qu'il pouroit fai- re contre le Syndic Richer. Le Cardinal du Perron le voyant au commencement de l'année 161 2. lui dit qu'il n'étoit plus queftion des Jefuites , mais qu'il s'agiflbit de la caufe du faint Siège , & de la Reli- gion Catholique ; qu'il fe formoit un fchif^ me dangereux , dont Richer étoit l'auteur; il le conjura de venir au fecours de l'E- glife, ajoutant que tout le monde jettoit les yeux fur lui, comme fur le feul homme capable de remédier au mal prefent, & d'é- touffer le fchifme dans fa naillance. Il lui fit entendre que pour mieux exécuter H chofe, chacun jugeoit qu'il devoit fe char^» ger du Syndicat , qu'on étoit refolu d'ôter à Richer : qu'outre la gloire d'avoir renr du un û grand fervice au Pape & à l'Egli- fe , il y trouveroit encore de l'utilité , & que bientôt les Prélats du Royaume der voient l'avoir pour Confrère.
Filefac prit cette promeffe pour la con-f firmation de la parole de l'Evéque de Pa- ris, qui quelques mois auparavant lui avoit parlé de l'Evêché d'Autun. Ilrefolutd'ac-. cepter le Syndicat , efperant que ce fcroit le moyen d'obtenir gratuitement les Bul- les du Pape ; il promit au Cardinal & au Nonce de faire cnforte que la Sorbonne n'auroit plus qu'une voix, & qu'on n'y en- |:enderoit plus parler deiado6lrine que Ri- cher défendoit.
Pour commencer à affoiblir le parti de ' Ilicher par la dif corde, il s'afTûra de.plH-
d'Edmond Richer. loj
fieurs Dodeurs mccontens de la feverité — — avec laquelle Richer vouloit rétablir Tan- i6i2« cienne doiSbine , il gagna dix - neuf Ba- cheliers tout nouvellement retranchez du cours pour leur incapacité , & il le fervit de leur organe pour publier que le Syn- dic tbrmoit un fchifme fous le nom de la Faculté. Pour lui il fe contenta de dire à tout le monde qu'il étoit Papifte , & non Jefuite; qu'il tenoit toujours pour l'Uni- verlîté contre les adverfaires : mais qu'il s'agiflbit maintenant du Pape , & non des JeiUites , manière de parler qu'il avoit ap- prife du Cardinal du Perron , & dont il afteda de le fervir en toute rencontre, pour empêcher de croire qu'il voulût obli- ger les Jefuites , en agillânt contre Richer. On avoit remarque jufques-là queFile- fac & Duval avoient alFez mal vécu en- femble. La jaloulie , & l'incompatibilitc d'humeurs avoient commencé à tbrmer eu eux cette averlion mutuelle ; mais rien n'avoit tant contribué à l'entretenir que la palTion que l'un & l'autre avoit de domi- ner feul en Sorbonne : néanmoins l'uni- que point dans lequel ils (e trouvèrent d'accord, & qui tendoit à la ruine de Ri- cher, fut pour eux une occalion de le re-r concilier , & de réunir leurs forces pour travailler enfemble à le faire dépofer da Syndicat. Cette reconciliation fervit beau- coup à Filefac pour lui faciliter les moyens; de le faire élire Syndic dans la fuite. El^ le lui ménagea les amis de Duval , & mç- jne beaucoup d'autres Dodcurs,à qui l'in^ confiance & la fierté de Fiieiac avoienç Ço^jours déplii. Q iiij
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* — Duval afTuré dés diTpolîtions de File-
l6iz. fac, & foûtcnu de pluiieurs Jefuites qu'il avoit apollez, commença à publier que le Livre de la Puiffimce ecclefiafiique (^ po-^ l'iÙQue , que l'on fçavoit avoir été com^ poié par le Syndic , étoit rempli d'erreurs & d'herelies , & que c'éioit fur les maxir mes de ce Livre que la caufe de l'Uni- Verfité contre les Jefuites avoit été jugée au Parlement. Il fit même des remarques fur cet Ouvrage , qu'il communiqua à l'E- véque de Paris & au Préfident Seguier , qui jugèrent tous deux que le Livre de Richer meritoit une réponfe régulière , parce qu'il fembloit qu'on vouloit rédui- re le Pape au-delà des monts.
Richer s'appercevant du bruit defavan- tageux qu'on élevoit contre lui , crut le pouvoir diffiper en didribuant ce qui lui reftoit d'exemplaires de fon Livre , qui n'étoit encore connu qu'à quelques amis, &à quelques Confeillers de la Cour, pour fervir de Fadum dans la caufe de l'Uni- lls atti- verlité contre les Jefuites. Duval & Filè- rent de ^jjj, travaillèrent en même temps pour at- Gama- ^^^^^ ^^ Gamaches à leur parti , fçachant j^ . ' que s'ils en venoient à bout , ils prive- jui- p r- j.Q-^j^j. j^içj-^cj- (j'^-j j)QQ ^jyji ^ d'une gran- de relfource de confolation. Ils firent maii-< der de Gamaches au Palais Epifcopal le 20. de Janvier. L'Evcque de Paris lui dit /> en leur prefence : // court un bruit que
'VOUS ^ Richer êtes les auteurs du Livre> de la Puijiance ecclejiajîique ^ politique. De Gamaches l'ayant nié , l'Evêque lui re-- partit : Au moins on du que 'vous Pavesi
d'Edmond Riche r. lOf
approuvé , ^ que vous avez confeillé au "~" Syndic de le publier. De Gamaches nia en- i6ia. core l'un & l'autre ; & l'Evéque repre- nant la parole : Puis donc , lui dit-il , que *vous n'en êtes pas l'hauteur , CJ^ que vous ne Pavez pas approuvé y ^ que vous n^a- 'vez pas été d\ivts qu^on le publiât , il faut le cenfurer dans V Ajfemblée du premier jour de Février prochain. De Gamaches répon- dit que cela ne fe pouvoit ; qu'il y avoit à la vérité quelques Propolitions hardies dans ce Livre , mais qu'il n'y avoit pas d'erreur , & qu'il contenoit l'ancienne doc- trine de Sorbonne.
L'Evéque & les deux Dodeurs voyans que de Gamaches étoit inaccelfible par cet endroit , l'attaquèrent par un autre , par lequel il fc doutoient bien qu'il feroit plus foible. Ils lui firent reiigner au mois de Février fuivant l'Abbaye de faint Julien de Tours ;_& le Nonce pour achever de le corrompre , promit de lui faire avoir fes Bulles gratuitement.
Cet artifice ne leur fervit pas mal , de- puis ce temps-la on vit de Gamaches prê- ter l'oreille aux brigues de Fileiac ; & il n'y eut point d'x^lîemblée de Sorbonne, où il n'opinât contre Richer toutes les fois qu'on propofa de le dcpofer du Syndicat : pour l'obliger à la pcrfeverance & le tenir en bride, le Nonce donna ordre qu'il ne reçût fes Balles , qu'après la dégradation du Syndic.
Lorfque Richer apprit que fon ami s'é- toit lailfé pourvoir d'ane Abbaye enCom- maiide , il vit bien ce que leur amitié en
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n'y eut que l'jnte-
Hebert demeure toujours fidèle à Richer.
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_*-, devoit fouffrir ; mais il
lôii, rêt public de l'Eglife qui lui fit concevoir du chagrin de cette adion : car il fem-. bloit que cet homme qui avoit de la ver- tu d'ailleurs & qui occupoit l'une des pre- mières chaires de laSorbonne,alloitauto- rifer par Ion exemple les Commandes, que les perfonnes éclairées, & les gens de. bien regardoient comme un des grands a-, bus de rEglife dans la difcipline.
Il ne fut pas 11 facile aux partifans de la Cour de Rome de corrompre le Doc- teur Rolland Hébert , Pénitencier de l'E- glife de Paris , & prédécefieur de Richer dans le Syndicat. L'Evéque & fon grand Vicaire Silvius de Pierrevive , Chancelier de l'Univerlité, employèrent tous les artifi- ces imaginables pour lui faire prendre parti parmi les ennemis de Richer ; mais rien ne le put ébranler. Il demeura ferme dans les fentimens d'équité , où l'honneur & le Revoir l'avoient toujours retenu. Il aima mieux s'abfenter des Affemblées de la Fa- culté , où il fçavoit que l'on devoit trai- ter de l'abdication du Syndic , que de fai- re ou de voir faire quelque chofe au pré? judice de Richer. Il fit même des repro- ches à Pierrevive qui l'obfedoit continuel-; lement; il lui dit que c'étoit une honte à des Chrétiens, & bien plus encore à de^ Eccleiiailiques , & à des Théologiens , dç vouloir employer la calomnie , pour opr primer un homme d'honneur , à qui d'ail- leurs le Public étoit très-redevable. Cette genereufe refiftence mit mal pour un temps le Pénitencier de Paris avec fon EvêquçL
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d'Edmond Ri cher. 107
& le grand Vicaire : & il difoit depuis — — ^ qu'on lui avoitfait faire pénitence pendant 1611. deux ans entiers pour la ndelité qu'il av oit gardée à Richer. vur
Le Nonce Ubaldin jugeant que la Fa- p . culte de Théologie étoitfuffifammentpar- j ?!l^^ ^ tagée , pour ne pouvoir plus former un " ^ '^^'' corps allez confiderable contre fon parti , f^j^e^^en^ alla au Louvre faire grand bruit devant la ç^^^^ j^ Reine & les Miniftres. Voulant tirer a- Li^^-c ^jg vantage de la foiblefTe de la Régence , il Richer, protelta avec menaces que fi l'on ne fai- sc lui foit juftice au Pape fon Maître de Richer ôter le & de fon Livre , il fortiroit de [Paris dès Syndicat* le lendemain , & s'en retourneroit à Ro- me.
D'un autre côté fon Auditeur Scappî conduit par un ancien Do6leur de la Fa- culté' nommé Ofachim Forgemont , ami particulier des Jefuites , alloit de porte en porte follicîter les Dodeurs au nom du pape & du Nonce, & briguoit leurs voix pour l'abdication du Syndic , & la cenfu- re du Livre de la PuiJJance ecclejiajiique ^ politique.
Richer étudioit tranquillement dans fon cabinet tandis que le bruit de cette fadion fe répandoit.par toute la Ville. Le nou- veau Procureur gênerai de Bellievre , fils du Chancelier de ce nom , ôr gendre du Chancelier Brulart , qui avoit fuccedé à Jacques de la Guele, mort le 2. de Jan- vier, en fut touché, (Scil manda Richer le dix-huit du même mois. Il lui apprit fur fon affaire beaucoup de chofes qu'il ne f:avoit pas. Il lui dit que le Nonce , &
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— '— les Prélats briguoient beaucoup pour faî- lôil. re condamner fon 'Livre en rx\fremblée du premier de Février, mais qu'il étoit re^ folu de l'empêcher par l'autorité du Par- lement.
Le Syndic lui répondit qu'il n'avoit rien à craindre, fi l'on gardoit Tordre & les formes ordinaires de juftice qu'on a- voit toujours oblervées en faifant les cen- fures ; parce que fon petit Livre ne con- tcnoit rien qui ne fût parfaitement con- forme à ce qu'avoient^enfeignc les Con- ciles, les anciens ►Percs, & les Docteurs Catholiques les plus univerfcllement re- çus. Le Procureur General repartit que l'animofitc étoit fi grande, & les intrigues fi puilfantcs , qu'il ne lui feroit pas poflî- ble d'y refifter par lui-même , & que la privation du Syndicat feroit luivie de la cenfure du Livre. Richer connut à ces paroles le danger qu'il couroit ; & il pria le Procureur General , qu'à fa requifition, il plût à la Cour d'envoyer deux Confeil- 1ers à la prochaine Afiemblcc de la Faj culte de Théologie , pour y faire garder l'ordre & la liberté des fuffrages ; que tout ce qui feroit dit de part & d'autre fût fi- dèlement mis en écrit , comme i'avoient autrefois pratiqué les Magiftrats & les Sé- nateurs, que les Empereurs députoient aux Conciles Généraux , pour empêcher les violences , les brigues & les tumultes : & que ii cela étoit ainfi obfervé , il ne feroit pas poffible de donner atteinte à fon Lin vre. De Bellicvre objeéta que fous la mino-»
d'Edmond Ri cher. lop
îtîté du Roi les Prélats prendroient de-là -" occafioii de calomnier le Parlement , com- i6ix. me s'il vouloit empêcher la liberté desfuf- frages ; mais que dans la conjonélure pre- fente des aftaipes du tems , il valoit mieux défendre à la Faculté de Théologie de tou- cher à ce Livre , fous prétexte qu'elle étoit divifée par faction , & qu'elle n'étoit pas libre.
Aufll par Arreft du Parlement du pre- mier Février 171 2. furent cite^ à la requê- te du Procureur General le Doyen & les plus anciens Dodeurs de la Faculté* avec le Syndic , pour être interrogex fur la vé- rité de tout ce qui s'étoit paffé , & fur ce qu'on avoit deflein de faire en Sorbonne touchant le Livre de la Puiffance eccle- ftafttque^ politique. Leurs dépolitions fu- jent uniformes touchant les brigues de l'Auditeur du Nonce , qui demandoit la cenfure du Livre , & la dépolition du Syn- dic au nom du Pape. Forgemont , pour l'avoir conduit chez quelques Doâeurs ^ & aidé à mandier les fuffrages , fut admo- neté de la Cour comme mauvais François, qui avoit communiqué avec un étranger fans la permiffion du Roi, qui avoit contri- bué à léduire & à fuborner fes fujets , con- tre le droit des gens , & deshonoré l'an- cienne -DocSlrine de la Sorbonne , dont il étoit Membre.
"*" Claude Petit-Jcnn Curé de S. Pierre desAr- cis. Nie. RoquenautSenieur dehMaifonde Sor-, bonne, Joachim de Forgemont, Charles Coppc Grand Maître du Collcge de Navarre , Etienne Michel Colin Grand Maiae du Collcge du Pleffis.
iio La Vie
^ Il fut ordonné par le même Arreft que
1612. les exemplaires du Livre de Richer fe- roient apportez au Greffe du Parlement, & enjoint au Doyen & aux Dodeurs de la Faculté de furfeoir toute délibération fur ce fujet , jufqu'à ce que la Cour fût éclaircie de ce qui regardoit le fervice da Roi dans cette affaire , pour en ôter la connoiflance à d'autres , & empêcher par ce moyen les troubles & les faélions qui s'élevoient à cette occafion. C'ell ce qui auroit dû avoir lieu , fi durant la mino- rité du Roi les loix euffent été obfervées comme on le devoit : car c'eii au Magi- ftrat politique à maintenir la paix, & à fai- re garder la juftice par -tout : mais la ca- bale l'emporta bientôt fur les loix. Richer L'Alièmblée de la Faculté qui avoit été demande diflerée , fe tint le 3. du mois. Le Syn- l'examen die y demanda que l'on Livre y fût rigou- de fon reulement examiné par des Juges qui ne Livre en fulîènt pas intereffez dans la caufe , 6c éloi- Paculte. gj^^.^ ^ç. f^jj-g aucune grâce à l'Auteur , rilefac ir.ais dégagez en même temps de tout s'y oppo- mauvais préjugé : Que fi la Faculté ju- ^e. geoit que les trois principes établis dans
Repro- cet Ouvrage n'étoient pas certains , ou che mu- que les conclufions'ou les indudions qu'il tuel de avoir recueillies de ces trois principes n'é- ces deux toient pas tirées conformément aux re- Dodeurs gles de la Logique & de la Théologie , à la do6i:rinc des anciens Pères, aux Dé- crets des Conciles de Conftance & de Balle, ou même qu'il y auroit quelque autre er- p,. reur que ce fût, il éioit prêt de l'effacer
& de la plume , & de fes larmes devant toute la terre.
d'Edmond Ri cher, iir
A'f A cette propofition du Syndic la plû- '■ part des Dodeurs deiîroicnt qu'on exami- i6i2. liât ce Livre fans brigues, fans faveur, & fans inimitié; & qu'on mît enfin l'ancien- ne do6trine de la Faculté dans une i\ gran- de évidence , que perfonne ne pût l'igno- rer dans la fuite. Mais la délibération fut traverfée par Filefac , qui oppofa une plainte contre ceux qui publioient les con- clufions & les fecrets de la Faculté, fans en avoir obtenu la permiflion. Il deman-
; da qu'il fût ordonné qu'à l'avenir les li- vres & les Regillres des conclulions delà Faculté, qui avoient été jufques-là entre les mains du Syndic , feroient enfermeî^ fous trois clefs ; qu'on n'en pouroit do- refnavant rien publier ou communiquer à
' qui que ce fût , qu'avec la permiffion ex-
I prelfe de la Faculté.
Tout le monde reconnut que cette plain- re regardoit Richer, quoiqu'il n'y fût pas "^ nommé : car il avoit communiqué fon Livre , & quelques Décrets de la Facul- té à ceux qui plaidoient la caufe de l'U- niverfité au Parlement , afin qu'ils vilfent la différence de l'ancienne dodrine & de celle des Jefuites touchant l'autorité & l'adminiftration de l'Eglife : ce qui ne s'é- toit néanmoins fait que par manière de fac- tum (5c de mémoires ou pièces fervantes au procès, qu'il falloit iuliruire , comme Ri- cher en fit fouvenir enfuite Filefac même, qui avoit approuvé pofitivement cette ac- tion dans le temps , & qui y avoit même contribué de fes confeils & de fes foins. Filefac faifant une grimace terrible de
112 La Vie
- la bouche & des yeux , dit d'un ton me^
1612. naçant qu'il étoit Papifte, mais que Ri- cher vouloit, faire un fchifme. Richer re- jetta cette calomnie avec horreur, & ne put s'empêcher de reprocher à Filefac qu'il étoit lui-même l'auteur du fchifme qu'il imputoit à d'autres ; qu'il divifoit la Fa- culte' par fa faâion , & qu'il minoit l'U- niverlité leur Mère commune, en lui ar- rachant des mains la vidoireafliirée qu'elle ^toit prête de remporter fur les Jefuites. A dire le vrai, ces Pères ayant fçû que le Confeil du Roi étoit refolu de don- ner avis aux Princes étrangers de la pcr- nicieufe dodrine d'attenter à la vie des Rois , fous prétexte de tyrannie , & que Richer avoit été chargé par le Chancelier & le premier Prélident d'expofer cette doc- trine en abrégé pour cet effet , s'étoient avifez , pour détourner le coup , de déta- ^ cher Filefac des intérêts où il avoit été engagé jufques-là,& de lui faire tourner contre Richer le lele & l'animofité qu'il avoit toujours fait paroître contre leur Compagnie.
Les Jefuites , nonobftant l'avantage qu'ils avoient reçu d'une intrigue qui leur avoit il bien réuffi , appréhendoient toujours que rUniverfité ne pourfuivît fa pointe au Conieil , & ne produisît les pièces ju- liificatives de tout ce qui avoit été avan- cé par les Avocats. C'eit ce qui les fit enfin refoudre , après de longues délibé- rations , à fe foûmettre à l'Arrell du 22. de Décembre dernier. Voyant que la Far culte de Théologie étoit tellement brouil- lée
d'E dmond Riche r. 115
He par la divifion des Dodeurs , qu'il ne "' '"'=*,
feroit pas polTiblc de prouver qu'elle étoit i6li» l'ancienne dodrine de Sorbonne , & qu'on ne pouroit plus ai fé ment confulter fes an- ciens Décrets , depuis que l'on avoit refolu de renfermer les regiftres fous trois clefs ; ils ne trouvèrent plus tant de danger à ' dire qu'ils voulûient bien adhérer aux fen- timens de la Sorbonne. Ils députèrent iîx des principaux * d'entre eux pour aller au Greffe de la Cour avec leur Procureur, & y donner une déclaration par laquelle ils témoignoient Je conformer à la doéîrine iie V Ecole de Sorbonne^ même en ce qui con- cerne la confervatîon de laperfonne des Rois^ le maintien de leur autorité royale ^^ les libertez de l^Eglife Gallicane , objervees -<le tout temps en ce Royaume. Ils en lignè- rent rA61:e au Parlement le 22. jour de Février*
Mais Richer, qui croyoit voir clair dans leurs intentions ^ s'apperçut bientôt de l'ar- tifice d'un aéle qui ne les engageoit à rien, & qui palferoit même pour nul quand ils le jugeroient à propos , par le défaut de jîermifllon , ou de confentement de leur General , qui étoit une condition elîèniiel- le, nonobltant la liberté que ce General leur lailFe de s'accommoder aux ulages & aux maximes des lieux où ils vivent.
L'Arrêt , outre le commandement de £ç conformer à la dodtrine de Sorbonne ^
"^ Chriftophe Baithaziir, Provincial. Barthelemi Jaquinot, Rcdeur de la Maifon Profelle. Ale- xis Georges. Jacques Sirmgnd. Fronton, fraiv cifcus Jaconius.
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if-4 L A V I E
r. """;■» perçoit encore que leur Avocat Jacquef
i6t2. de Montholon corrigeroit fon plaidoyer^
avec perraiflion d'y ajouter néanmoins ce
qu'ils jiTgeroient à propos pour leur défen-
ce contre celui de TUniveriité.
C'eft ce qu'ils firent faire par le P. Co- ton fous le nom de Montholon , qui n'a- voit pas plaide refpace d'une demi -heu- l'e dans TAudiance qiui fut fuivie de l'Ar- tca.
Ce fécond plaidoyer devint un jufte vo- Kime par fa grofleur dans l'impreffion qu'ils en firent faire. Mais ils n'ont pas fouffert long-temps que le Public attribuât cet Ou- vrage à Montholon , dont ils lui avoicnt fait porter le nom ; & les Bibliothécaires ée leurs Ecrivains , en nous avertilfant que c'étoit une ample Apologie pour leur So- ciété plutôt qu'un plaidoyer d'Avocat, Pont fait adjuger au P. Coton, malgré Pinquie- ^ tÀide des defcendans de Montholon , qui •fâchent encore aujourd'hui de le revindi- q'ùer , & qui en gardent la copie de là main, qu'ils prétendent originale, pour leur fer- vir de titre. Les Pré- Le Nonce voyant qu'il n'avoit pu réuf" lats folJi- iir à faire cenfurer le Livre de Richer en citent, Sorbonne,ni à le priver du Syndicat , laif- condiiits f^ jgg Dodeurs pour un temps, & tourna ^^\,^ , fa brigue vers les Evéques. Il alla voir le arci. u Caj.(jjfjal du Perron àBagnolet,ou unein- I.i^con-' dj^potition l'avoit fait retirer, & lui donna cianina- ^^^ lettres de Rome pour Pexciter encore tioii de davantage. Le Cardinal retourna inconti- Richer lient à la Cour accompagné des Evéques niiprèsde d'Angers, de Paris, & de quelques, autres
d^Edmond* Richer. Ilf
prélats, renouvella devant la Reine & les '^ """^ Minières le refrein de la chanfon ordinai- 1612. re , qiûil étojt autant permis de révoquer \^ Reine en doute Vétat du mariage de la Reine ^ &cie£Mi-« de fes enfam , que i'^ autorité' du Pape. Pour niftres, les irriter contre l'auteur du Livre de la PuiJ/ance ecclejiafiique ^ politique , qu'il ne iiommoit point , il leur fit entendre que cet Auteur avoit été porté par un grand Prince ( c'ctoit Henri de Bourbon , Prin- ^ . ce de Condé, ) à mettre fon Ouvrage en lumière pour troubler TpAat ; que par fa doétrine il armoit les Hérétiques pour at-
; taquer la mifîion légitime des Palteurs.
1 II ajouta que la Sorbonne , qui s'étoit oppofce à nos Rois , en fe déclarant con- tre le Concordat pour les Eleélions fui- vaut la Pragmatique , avoit coutume de fc mêler parmi les troubles & les fédi- tions publiques , & de fuivre toujours le pire parti ; que dans le temps de la Ligue, lorfque les Prélats demcuroicnt attacher înviolablement au fervice du Roi, la Sor- bonne s'étoit débandée contre Sa Majef- té , avoit décrété contre Henri III. & qu'en particulier Richer avoit alors foû-
' tenu des Thefes , où Jacques Clément ,
I parricide de ce Prince , étoit loué comme vengeur & protefteur de la liberté des François ; que la cenfure de Sorbonne contre Sarralin , que Richer avoit fait im- primer avec fon Livre, étoit de nulle con- lideration , parce que la Sorbonne étoit alors le parti des Anglois, ennemis & maî- tres de l'Etat , & qu'elle avoit condamné lî^Pucelle d'Odeans corne forciere ; qu'en
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ii6 L A *Vi E
- un mot Richer , dont les Prélats du Royàu-» ïôiz. nie demandoient la condamnation par fa bouche , étoit Tennemi déclaré des Rois & des Etats Monarchiques ;& que les maxi- mes qu'il employoit pour attaquer la Mo- narchie des Papes, rninoient celle des Rois & des autres Souverains.
11 parla avec tant de chaleur & d'em- portement , qu'il perdit la fuite de fon dilcours, & fe trouva hors de lui-même. La Reine & tout le Confeil en parurent fatiguez , & un Confeiller d'Etat ne put s'empêcher de dire allez haut : ah le long ferrnon ! ciu'il ejl ennuyeux ^ dégoûtant pour les jours gras !
La Reine n'y voulut pas répondre pour lors : mais elle tit furfeoir l'atîaire jufqu'à ce qu'on eût mûrement délibéré avec fon Confeil. Cependant le Chancelier & Vil- leroy, qui étoient déjà gagnez, pour ne pas fe charger delà haine &de l'envie que la condamnation de Richer pouroit atti- rer fur fes auteurs , donnèrent avis au Nonce de faire écrire le Pape à la Reine^ pour demander immédiatement par lui- inéme la ccnfure du Livre & l'abdication du Syndic.
Le Cardinal de retour à fon hôtel , ne put s'empêcher de témoigner à fes gens & à ceux qui le venoient viliter, le regret & le chagrin de fe voir embarqué li mal à propos , ajoutant qu'il n'avoit jamais eu d'attaire iî malhcureufe que celle-là , & dont il craignoitplus riflué. Certainement il étoit un peu étrange que d-ans le temps même que le Cardinal & les Prélats acca-
d'Edmond Ri cher. 117
foient Richcr au Confcil d'Etat d'être en ■■ j;
nemi des Rois, d'autres Prélats de la mé- i6iZ» ïTie cabale, &c liez avec le Nonce, lui re- ,
prochafîent comme un choie honteufe & indigne d'un Prêtre & d'un Théologien , r.
d'avoir défendu plutôt l'autorité du Roi que celle du Pape; èc que ce qu'il avoir écrit , çtoit plus féant à un homme du palais , Qu à un Parlemantaire qu'à un Ecclefiaftique. ,
D'autres parmi le Clergé convenoient de la vérité de ce qu'il avoit écrit touchant les droits du Roi, & la fuperiûritédu Con- cile fur le Pape ; mais ils difoient qu'il é- toit beaucoup plus à propos que le Cler- gé ne dépendît que du Pape feul , que d'avoir tous les jours le Parlement & les Cens du Roi fur les bras.
Le Cardinal du Perron ayant appaifé Aflem- peu à peu les remords de fa çonfcienne, blce des & rallumant fon premier feu, fit afTem- Prélats , bler à fon hôtel tous les Prélats qui fe chez le trouvoient à Paris , pour les difpofer à fai- C.ird. du re la cenfure du Livre qu'on n'avoit pu fai- Perron re en Sorbonne. Les Archevêques d'Aix poui'cen- & de Tours s'y rendirent, avec les Eve- %^^' ^^ ques d'Angers , de Beauvais , de Paris , ^'.^'j'^ ^® d'Orléans , de Luçon , de Boulogne , de f '^''^': Bazas, de Rieux, de Grenoble, de Graf- j;,^m fe, de Digne, &c. Le fujet de l'Affem- s'oppofe blée tut l'examen du Livre de Richer. en vain a L'Archevêque de Tours, qui étoitjeande leur pra- laGuefle, frère du feu Procureur General, tique Jes fut comme le Rapporteur de cette atîaire. Prélats Il en fit la kvfture en préfence des autres ; corrom- & le Cardinal du Perron l'interrompant p^n.t le
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ïi8 La Vie
\ . I lÉ ■ ' ■ .■' par intervales difcouroît fur chaque perîo- ' 1612. de, & exageroit tout ce qu'il voulôit fai- Chance- re trouver mauvais, pour rendre Richer lier par plus criminel.
^gent. L'Archevêque de Toufs & TEvcque de Beauvais , René Potier , que le Cardinal du Perron faifoit palFer pour le plus fçavant des Prélats du Royaume, foûtenoîent que Richer devoit être oiii dans fes défenfesi, puifqu'il s'étoit déciaré publiquement au- teur du Livre, & qu'il pouroit donner un bon fens aux propofitions que l'on regar- doit à fon abfence comme abfurdes 6c er- ronées. Le Cardinal repartit que le Livre avoît été mis au jour fans nom d'Auteur ni d'Imprimeur , qu'ainli il valoit mieux le condamner fans y appeller Richer ; puif- qu'on pouvoit raifonablement douter qu'il en fût l'Auteur , ajoutant que s'il étoit oiii, il faudroit necelfairement inférer fon nom dans la cenfure , & qu'il en feroit plus' noté que fi on ne faifoit aucune mention de lui.
L'Evêque d'Angers (Charles Miron) voulut appuyer ce que difoit le Cardinal, & il remontra que li on appelloit Richer, il empêcheroit TefFet pour lequel ils étoient affemblez , par fcs di(lin6lions & fes fubti- litex fcholalHques. L'Evêque de Beauvais prit la parole , & dit qu'eftedivcment il étoit dangereux d'appeller l'Auteur de ce Livre , qui étoit Dodeur en Théologie , que les Prélats feroient obligez de fe tai- re devant lui , ou de parler Latin comme on avoit accoutumé de faire dans les Sy- podes , àç que ce feroit une chofe bien ft-
d'Edmond Ri CHER, a^
cheufe pour les Prélats qui iftoient aflem • -— — ^ blez,&dont la plûpart.avoient oublié leurr i4j^. Latin. Raillerie qui déplut un peu au Car- dinal fon ami , mais encore plus aux ^vé- ques , qui trouvèrent leur ignorance taxée par un Confrère , que fa grande érudition mettoit à couvert de toute repartie.
Il étoit aifé à juger que tout ce que le Cardinal trouvoit à redire dans ce Livre, étoit altéré dans fa bouche , ou détouraé par de mauvais tours dans le fens qu'qa y vouloir trouve!: malgré l'Auteur. Mais étant abfolument déterminé à facriticr le Livre au Nonce & au Pape , il dit , pour achever de gagner TAffemblée, que fi les éledions étoient de droit divin , comme Richer le prétendoit,il n'y avoit pour lors aucun Evcque en France; que Richer éga- loit en tout les Prctres aux Evéques , en quoi confiftoit l'herefie des Ariens. Ce fut là le point le plus fcnfible aux PréLits : & le Cardinal le fit valoir avec tant d'adrcf- fe, que pour refultat des Conférences , on conclut que le Livre de la P.mjfiwce eccle- fiaftique ^. politique ci^oiù digne de censure. Ce font les termes dans lefqucls ils don- nèrent leurs avis , attendans les nouvelles de Rome , & la permilfion de la Reine .pour porter cette cenfure.
Mais l'Archevêque de Tours & l'Evé- que de Beauvais ne voulurent jamais con- sentir à cette refolution de leurs Confrères. -Celui-ci comme confervateur apoltolique -des privilèges de l'Univerfité de Paris, prétendoit qu'il n'appartenoit qu'à lui feul de cenfurer.ceLivre. Le Cardinal duPer«^
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■- ' ■ ron , nonobftûnt cette efpece d*oppofitîoiT, r6ii. ne laiflTa pas de donner cette forme dé cenfure au Nonce du Pape le 1 6. de Fé- vrier , & le Nonce l'envoya fur le champ au Pape par un Courier extraordinaire.
La Cour de Parlement avertie de tou- tes ces pratiques , chargea dès le lende- main le premier Préfident de Verdun , les Confeillers Bouyn , Scarron , Sanguin Pré- vôt des Marchands , & les Gens' du Roi d'avertir la Reine & le Chancelier de ce que les Prélats avoient fait au préjudice de l'autorité du Roi , & de protcfter au Chancelier que la Cour Te déchargcoit fur lui de tout l'événement de cette affai- re ; qu'il ne tenoit point au Parlement que les droits du Roi ne fuffent maintenus ; que malgré l'Arrêt du premier Février, les Prélats ofoient cenfurer le Livre de la Puijfa»ce ecclcfiajiique ^ politique ; que les regiftres de la Cour feroient chargez de ce qui fe paiferoit dans cette affaire.
Le Chancelier félon fa coutume ne leur donna que du galimatias , & de belles paroles ; il leur dit qu'il n'étoit pas vrai que le Nonce eût envoyé un Courier à Rome , ni que les Prélats enflent cenfu- re le Livre de Richer; mais- qu'il tien- droit la main à la défenfe des droits du Roi, & de l'autorité du Parlement.
Au retour des Députez de la Cour,Ri^ cher alla voir les Prélidens de Verdun & de Thou , & les pria de lui ménager une audiance auprcs du Chancelier & de Mon- sieur de Vi44eroy ^ en prefence du Cardi- nal du ferron, & des autres Prélats qui
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témoignoient tant de pafîion pour cen y-r
furer ion Livre , afin de répondre à ce i6i^, qu'ils trouvoient à redire. Le Chancelier n'y voulut jamais confentir, quoique la re- quête fût tres-juftc; & dans leConfeil da Roi pas un n'oloit parler ouvertemeni: pour Richcr , excepté le Prince de Condé, Ce qui fut caufeque Je Chancelier, fuivant les faulfes interprétations que le Cardinal du Perron lui avoit données au Confeil du Roi & dans les entretiens particuliers, acculbit tacitement le Prince de Condé d'avoir confeillé à Richer de mettre fou Livre en lumière.
Ce faux bruit vint jufqu'aux oreilles du premier Prélident du Parlement , qui fe crut obligé d'aller détromper le Chance- lier, à qui il alfura quec'étoit lui feulqui avoit porté Richer à écrire le Livre de U Piiîjfance ecclefiaftique ^ politique. Ce Magiftrat dit enfuite à Richer qu'il avoit enfin découvert le rnyllere de toutes les intrigues que fes ennemis avoient auprès des Miniftres ; que le Nonce & le Cardinal du Perron étoient venus à bout de faire d'une difpute purement theologique une af- faire criminelle d'Etat : mais ce qu'il y avoit de plus honteux pour notre fiecle,& du plus incroyable pour la pofterité, c'ell que les Prélats avoient corrompu l'iiitç- grité du Chancelier , appréhendans de ne -pouvoir fe le rendre favorable autrement , & lui avoient fait préfent>er une bourfe.de deux mille écus d'or par l'Evéque de Pa- ris, afin de faciliter la dépolition du Syn- dic de Sorb.o;ine.
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f— ' ' ' ■ Cette libéralité du Clergé eut tant d'ef- 1612. fet flir le cœur du Chancelier, qu'il pror mît en la recevant de faire conduire Ri- cher à la Baftilc , comme ennemi de l'Etat & du Roi , & de le faire condamner com- me criminel de leze-Majellé , pour avoir écrit un Livre féditieux , troublant l'état du mariage de la Reine & celui de fes enfans. Calomnie qui n'écoit fondée que fur ce que Richer enfeignoit que ie Con- cile General , reprefentant ^Eglife -univer»» felle , ëtoit au-deffus du Pape , & qui n'a- ^oit pu être colorée que par un tour delà chicannerie, & de la malignité du Cardi- nal du Perron , prétendant que la doftri- ne de Richer donnoit atteinte à l'état lé- gitime de Loiiis XIII. : à caufe que la Validité du mariage de Marie de Medicis avec Henri IV , qui avoir répudié Mar- guerite, dépendoit de la force de la dif- penfe que le Pape avoit donnée.; & qu'il falloit félon lui que la puiffance de celui qui donnoit , fût abfoluë.
C'eft auffi ce qui avoit rendu plaufibles les foupçons que le Cardinal & le Chan- celier firent tomber fur le Prince deCon- dé , comme s'il n'eût favorifé Richer que dans l'efperance de fe voir élevé fur le thrône, par le droit héréditaire qu'il avoit de fucceder à la Couronne , ii un Puiifan- ce fuperieure à celle du Pape venoit à dé- clarer nul le Mariage de Marie de Me- XI. dicis. Xe Pape Les nouvelles qu'on attendoit de Rome demande arrivèrent à Paris des le cômencement de la înfliceàla féconde femaine de Mars avec des lettres
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du Pape pour la Reine & pour les Prélats, ■ ■. ^ ■qui ctoient datées du fécond jour du mois, i6î2. & qui firent connoître que le Chancelier Reine, ôc avoit voulu tromper les Députez du Par- ordonne lement , lorfqu'il leur avoit protefté que ^^^ P^'^- le Nonce n'avoit pas envoyé de Courier ^^^^ ^^ à Rome. Le Sieur de Brèves , Ambafla- F-'ïncede deur du Roi près de Sa Sainteté , manda ^^ 7^^" en même temps que le Pape lui avoit re- ^^^' fufé audiance , jufqu'à ce qu'on lui eût fait raifon du Syndic & de fon Livre. On fçut aulîi par d'autres lettres écrites de Rome par des Secrétaires ou domelliques de quelques Cardinaux , qu'après que le Cardinal Bellarmin eut fait au Pape le re- port de ce que contenoit le Livre de Ri- cher, le faint Pcre avoit été quinze jours dans un chagrin extraordinaire, fans don- ner audiance à pcrfonne, & fans fe lailîèr voir en public.
Le bruit s'étoit répandu d'abord que cet écrit renverfoit tout l'état de ia Cour de Rome; & l'on commeîiçoit à craindre les fuites fâcheufes que fa leéture devoit produire : mais on fe rafîura un peu fur les nouvelles qu'on eut à Rome, que la Sorbonne étoit divifée fur ce fjjet. Car auparavant on croyuit que tous les Doc- teurs de la Faculté de Paris, ou du moins la plus grande partie, ctoient d'accord avec Richer : ce qui étoit vrai fans doute avant que les intrigues de Filefac enflent tout gâté.
Les Prélats ayant reçu la lettre du Pa- pe qui leur étoit adrclTée, fe joignirent au IsFonce & au Cardinal du Pc-rron pour ai-
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>*-' 1er en Cour prefenter à la Reine celle quç
l6i2. le faint Père lui écrivoit pour lui deman- der juftice de Richer. La Reine, dcja dif- pofée par le Chancelier , & comblée des termes obligeans & dateurs de Sa Sainte- té , accorda enfin aux Prélats la permif- iion de ccniurer le Livre de Richer cop- ine ils le jugeroient à propos.
Villeroy , qui étoit Tautre Miniftre d'Etat , & qui fe trouvoit pour lors au Confeii , ayant été ex^adement informé de tout ce que contenoit le Livre de Richer par Nicolas Lefévre, Précepteur du Roi, Tun des plus fçavans & des plus hommes de bien de ce temps-là , dit au Cardinal du Perron & aux autres Prélats, qu'il s'é- tonnoit de ce qu'ils pourfuivoient fi ar- demment la cenfure de ce Livre, vu qu'on ne permettrpit jamais qu'ils touchafTent aux droits du Roi , & aux libertés de l'Eglife Gallicane. Il ajouta q\ie fi cette exception etoit inférée dans leur cenfure , comme il çtoit neceffaire qu'elle y tût , il ne voyoit pas qu'elle pût être agréable à R,ome ; que pour cette raifon il vaudroit mieux ne point faire cette cenfure en France , & laifler aux Romains & aux autres peuples de delà les monts la liberté d'en ufer com- me ils jugeroient à propos.
Ce difcours de Villeroy fut caufe que le Chancelier, après y avoir fait reflexion, donna aux Prélats une claufe pour être inférée dans leur cenfure en ces termes , faf2s toucher néanmoins aux droits du Roi ^ de la Couronne dç France , aux. droits^ immunttez ^ liberté:^;, de VEgUfe Galliça-
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•iî'è. Mais cette rellriftion ne mit pas le wf
Chancelier à couvert du blâme qu'elle lui 1612. attira de la part de beaucoup de perfon- nes éclairées. On ne pouvoit comprendre comment celui qui eft le gardien des loix^ & le premier Officier deJuQice du Royau- me avoir eu la foibleflè de permettre con- tre toutes fortes de Loix , & fur-tout con- tre les Ordonnances des Rois de France, dont un Chancelier eft garant , que les Prélats fulTcnt les Juges d\in homme dont ils s'éioient publiquement déclarez les en- nemis.
I^e Cardinal du Perron s'étant fouvenu Cenfurc des raifons que l'Evéque de Beauvais lui ^ Livra avoir alléguées pour lui faire appercevoir ^^^J^^hen la nullité de la ccnfure qui avoir été pro- P^^'a jettée dans l'AlTcmblée des Prélats tenue jjj'^'^^f^^ chez lui le 16. du mois de Février, & dont yLce^dô il avoit donné un modèle au Nonce pour 5^^^ être envoyé à Rome , s-'avifa d'un autre ^ moyen pour î:endre la procédure canoni- que.
Les Evéques de la province de Sens , dont il étoit le Métropolitain , s'étoient rendus tous à Paris, pour y élire un Agent du Clergé de la même province , & des gens pour oiiir & recevoir les comptes du lieur de Callille. Le Cardinal trouva cet- te occation favorable à fon delfein , parce qu'elle le difpenfoit de toutes les peines éc des difficultez qu'il y auroit à les fai- re venir exprès de leurs Eglifes.
Il les alfembla tous fept le 13. de Mars dans l'Hôtel Àrchiépifcopal de Sens qu'il avoit à Paris , & il leur propofa comme
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r ' M. un Metropolitfiin à fes SufFragans*lé.fQr4 1612. mulaîre d'une cenfurc qu'il avoit drefféo auparavant.
On fe contenta de lire cet a<Sle , fans par- ler d'examiner , ni même jetter les yeux fur l'ouvrage qu'il étoit queftion de con- damner. L'a6te portoit néanmoins : /Iprès avoir U tsf examiné diligemment un Livre fans norti d'' Auteur ni d"* Imprimeur , intitulé DE ECCLESIASTICA ET PoLlTICA PoTES- TATE ; ils l"* avaient jugé ^ déclaré digne de cenjure ^ de condamnation : qu'aujji ils le cenfuroient ^ condamnaient pour pltifieurs fropojnions s expojitions ^ allégations fauf- jes ^ erronées , fcandaleufes ^ jchifmatiques ^ hérétiques comme elles fonnoient^ qui y étaient contenues ^Jans toucher aux droits du Roi y ni aux immunitez ^ aux libertez de l'E- gltfe Gallicane ; non pas que ces propofî- lions loient hérétiques en elles-mêmes , mais parce qu'elles frappoient les oreilles d'une manière qui reveilloit l'idée que ces cenfures avoient de l'herelie.
Tous les Piélats lignèrent cette Cen- fare fans fcrupule, lî l'on excepte l'Evê- que d'Orléans, Gabriel de l'Aubefpine, qui étoit le fcul de toute l'AlTemblce avec le Cardinal du Perron, qui fût capable de ju- ger de la dodrine contenue dans le Livre de Richer , & qui fe fût donné la peine de le lire. Ce Prélat, quoi qu'encore jeune ^ €toit l'un des plus doâes Evêques du Roiau-i me , ayant pris pour guide dans l'étude des
* Paris , Auxerre ^ Meaux , Orléans , Troyc^i» Nevers ô^ Chartres.
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i Pères, des Conciles & de rHiïloire Eccie- — — < ik(lique,rEvéque de Beauvais , qui avoit i6i2t. le bruit de paflcr du Perron en fcience. JL'Evéque d'Orléans, non plus que celui de Beauvais, ne trouvoit rien dans le livre de Richer qui ne fût conforme à I4 doc- trine de TEglife , hors Tendroit où il fcm- bloit donner lieu de croire , qu'on peut c- galer les Preftrcs auxEvéques, parce qu'il déclaroit la miiïîon de lxxii. Difcipks venue auffi