a;l! liii. ii^iigfjiiHjl il . r ♦ i '|||; if' jSiiMJi ESSiiil ^^Jl c^^ ^^ ^i X\\t (Si:ftoiagitul PRINCETON. N. J. ^^fj ^* Sr T:''- 's^*^ PER BR 140 .R42 v.lO Revue de l'Orient chr etien --^..^ REVUE DR! UORIENT CHRÉTIEN f t 10^ volume. — 1905 REVUE . ^"WmScs D£ L'ORIENT CHRÉTIEN RECUEIL TRIMESTRIEL DIXIEME ANNÉE PARIS LIBRAIRIE A. PICARD ET FILS 82, Rue Bonaparte, 82 1905 TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME Pages. I. - QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE, par J. B. Re- bours I II. — HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE L'ARMÉNIE, par Fr. Tournebize, S. J 15, 135, 365 III. - VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES, par Léon Clugnet 30 IV. — LE DOGME DE L'IMMACULÉE CONCEI'TION ET LA DOCTRINE DE L'ÉGLISE GRECQUE, par D. Placide de Meester, O. S. B. . . 57, 154 V. — SIVAS, HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE, par D. M. Girard, S. J. 79, 169, 283, 337 VI. — DANS QUELLE MESURE LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHY- SITES? par F. Nau 113 VIL — LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES DUES A SAINTE HÉ- LÈNE, D'APRÈS UNE RÉDACTION DU X» SIÈCLE 162 VIII. — DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE, par A. Mallon, S. J 182, 251 IX. — TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE .JACQUES d'ÉDESSE (EXÉGÈSE BIBLIQUE), par F. Nau 197, 258 X. — L'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE, par C. Daux. . . 225 XI. - TRAITÉS LITURGIQUES DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GER- .MAIN TRADUITS PAR ANASTASE LE BIBLIOTHÉCAIRE, par S. Pétri- dès, A. A 289, 350 XII. — LE CHAPITRE IIEPI ANAXOPHTQN AriQN ET LES SOURCES DE LA VIE DE SAINT PAUL DE THÉBES, par F. Nau 387 XIII. — LES VERSIONS ARABES DU « TESTAMENTUM DOMINI NOSTRI •JESU CHRISTI », par P. Dib 418 VI TABLE DES MATIERES. Pages. XIV. — LE PASTEUR D'HERJMAS, FRAGMENTS DE LA VERSION COPTE SAHIDIQUE,. par L. Delaporte 424 MELANGES I. — CIIRYSIPPE PRÊTRE DE JÉRUSALEM, par S. Vailhé, A. A m II. — LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES (I9-2G avril 1905), par F. Nau lÔU III. — CÂRION ET ZACHARIE, MOINES DE SCÉTÉ (COMMENCEMENT DU IV^ SIÈCLE), par F. Nau 209 IV. - RABBAN DANIEL DE MARDIN, AUTEUR SYRO-ARABE DU XIV' SIÈ- CLE, par F. Nau 314 V. — LES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE, LE DIVORCE ET LE REPOS DOMINICAL EN RUSSIE, LES MASSACRES DU CAUCASE, par N. Lon- gueville 319 VI. — XPrSANeOS O SIBHPIQTHS = CHRYSANTHE LOPAREV, parX. . 434 VII. — LETTRE REL.\TIVE A LA CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN. PAR SA BÉATITUDE M^^ RAHMANI, PATRIARCHE DES SYRIENS CA- THOLIQUES 435 BIBLIOGRAPHIE A. Audollent, Carlhage romaine (Louis Bréhier) 105 René Basset, Le synaxaire nrahe jacobile (V. ^a.u) 108 C. Fouard, Les origines de V Église. SctinlJean et la fin de l'âge aposlolir/uo (F. Nau) IIO Le Père Camille Bcccari, S. J., iXolizia esaggi di opère e documenli inedili riguardanti la storia di Eliopia (René Bas.sct) 213 E. W. Crum et N. Riedel, The canons of Alhanasius of Alexandrin (F. Nau). 215 P. Pautigny, Justin, apologies (F. Nau) 216 Gaston le Hardy, Histoire de Nazareth (F. Nau) 220 Le Père H. Lammcns, S. J., Le Pèlerinage de la Mecque en VX)2. (P. Dauby). .326 A. Dufourcq, Saint Irénée (P. Dauby) 326 C. Terlindcn, Le pape Clément IX et la guerre de Candie (F. Nau). .... 327 G- Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient (F. Nau) 328 TABLE DES MATIERES. VII Pages. M»' Ralimani, Chronicon civile et ecclesiasticum (F. Nau) 439 Dom C. Butter, The Lausiac Hislory of Palladius {F . Nau). 440 A. Mallon, Grammaire copte (F. Nau) 441 Le P. Constantin Baclia, Traités de saint Jean Chrysostome et de Théodore Abou-Kurra (F. Nau) 442 Livres nouveaux 221 à 223; 330 à 336; 442 à 448 Sommaire des revues 112, 223, 336, 4'18 Tables de la première série. I. Table des matières de cliaquo fascicule 451 II. Table des matières par ordre alphabétique • 461 III. Table alphabétique des auteurs 466 QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE (Suite) (1). Dans cette seconde partie du premier traité (ms. 332. Jéru- salem), on s'occupe surtout des tons. Malheureusement, la clarté fait absolument défaut. On ne s'en étonnera pas; c'est ciiose habituelle dans tous les traités similaires, mais on le regrettera, car, il faut bien l'avouer, la question des r;/zi est de beaucoup la plus importante dans la musique byzantine. Les gammes, c'est du moins notre humble avis, n'ont pas été aussi altérées qu'on a bien voulu le penser. Elles n'ont pas subi à tel point l'influence turque, qu'elles ne soient plus en îHen identiques aux gammes des -^'/cr, byzantins. D'ailleurs, ici, nous ne pouvons que répéter ce que nous avons écrit déjà : on confond la pratique et la théorie. Lorsqu'on écrit sur la musique grecque, on ne distingue pas assez, ce nous semble, entre population hellène, c'est-à-dire, actuelleuient hors de toute influence musulmane, et population arabe de rite grec, habitant les États du Sultan, Turquie, Syrie, et Egypte. Toute réserve faite sur la question d'origine de ces populations, il est certain qu'actuellement leur musique est identiquement celle des Turcs qui les dominent, ou des Arabes, à côté desquels elles vivent. Or, qu'est-il arrivé? On sait que les Grecs de Syrie font usage indifféremment dans les offices liturgiques, de l'arabe ou du grec. Ils chantent également dans les deux langues, et alors, à moins d'études spéciales de la psaltique (elles sont rares!) les chantres, et cela naturellement, hai)illent les mélo- (1) Voy. 1!;MJ4. |>. -m. ORIENT CHRÉTIEN. 1 2 REVUE DE L ORIEXT CHRETIEN. dies grecques à l'arabe, d'où jugement porté par les musiciens européens de passage : « rintluence turque a été néfaste à la musique grecque ». Nous ne voulons pas nier qu'il y ait eu quelque altération dans les gammes; toutefois, et nous ne sommes pas seul de cet avis, l'histoire de ces altérations successives, n'est pas facile à écrire Nous ne nous en chargerons pas. Quant à la question du rythme, une longue discussion s'est élevée ces temps derniers sur ce sujet; discussion intéressante, mais pas pleinement satisfaisante comme résultat; car ici en- core la question est difficile. Nous ne pensons pas cependant que Ton puisse prouver que le chronos (ne pas confondre avec le rythme) ait existé de tout temps dans le chant ecclésiastique grec. Nous devons cette malheureuse innovation aux réforma- teurs du commencement du siècle dernier (1819). Assurément, s'il eût- existé quelque chose de précis pour la mesure, les traités très détaillés que nous avons entre les mains, en eussent parlé; or, nulle part il n'est fait allusion à ce fameux clironos. On parle de longues et de brèves, de certains retai'ds ou au contraire d'allure plus rapide sur certaines notes ou sur les neumes : c'est tout. Point de temps divisé ou subdivisé; point de dlgorgon ou de trigorgon, point de tripii ou ietrapli. Le Klasma lui-même n'a aucune valeur déterminée. Villo- teau (1), nous le savons, se sert de nos notes européennes pour assigner aux sept signes rythmiques, une valeur déterminée; mais il a soin aussi de nous avertir que ce n'est qu'une com- paraison, et que ces valeurs ne sont qu'approximatives. Nous pensons donc qu'avant le xix® siècle, la musique ecclésiastique grecque, était purement rythmique; nous ne saurions mieux la comparer qu'à notre plain-chant actuel, avec lequel, d'ail- leurs, elle a beaucoup de parenté. La même objection reviendra toujours : comment a-t-il pu se faire qu'une telle réforme ait été accomplie en si peu de temps, et ait été admise plus vite encore par toutes les églises du rite'? Assurément il y a là quelque chose qui peut surprendre; mais, outre que la réforme n'a pas été admise sans conteste, on peut cependant expliquer sa prompte admission en constatant (Ij État actuel de l'art musical en Egypte. ■ QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 3 qu'effectivement, la nouvelle méthode, en simplifiant l'an- cienne, offrait aux chantres une plus grande facilité pour arriver à la pratique de leur art. Et serait-il téméraire de penser qu'il en était, il y a cent ans, comme il- en est maintenant, c'est-à-dire, que le nombre do ceux qui savaient réellement la musique grecque, surtout en Palestine et en Egypte, était plus qu'insignifiant? On peut même dire qu'il devait être beaucoup plus restreint autrefois, étant donné la plus grande difficulté des traités. A preuve, ce bon moine Gebraïl, le grand mélode pourtant, et qui laisse. Vil- loteau, devenu son élève, ignorant sur une foule de points, qu'il s'avoue impuissant à expliquer. Donc, on peut dire qu'il y a cent ans, comme aujourd'hui, on ne tenait pas grand compte du véritable chant ecclésiastique que l'on ignorait, pour se livrer au contraire aux inspirations du moment, propres aux Arabes et, en général, aux peuples de l'Orient. Mais, ne l'oublions pas, ces improvisations arabes (ce mot a son expli- cation dans ce qui a été dit plus haut) ont leur mesure régu- lière, correspondant parfaitement au chronos. Et alors, de là à faire passer dans le vrai chant ecclésiastique, cette mesure régulière, il n'y avait qu'un pas, les chantres y étant si bien préparés. Et qu'on ne dise pas : « Nulle part dans leurs ouvrages, les maîtres susnommés ne parlent du chronos comme d'une in- vention récente, ignorée encore d'un grand nombre de chan- teurs ils en parlent, au contraire, le plus simplement du monde, comme on parle d'une chose connue, pratiquée de tout temps et dans toutes les églises du rite grec (1). » — C'est très vrai, mais que de points dans leurs ouvrages en sont là; et cependant, on ne peut nier qu'ils soient absolument nou- veaux. Prenons un exemple. Les réformateurs nous parlent, le plus naturellement du monde, des trois genres : diatonique, cliromatique et enharmonique. Or, il faut pourtant bien admet- tre que tout ceci, si ce n'est pas une création, c'est au moins une résurrection; car dans toute la période byzantine, il n'est pas question de ces genres; et si dans l'antiquité on les trouve, il faut avouer aussi qu'on ne les trouve pas tels qu'ils sont actuel- (1) R. P. Dechevrens, Le rythme grégorien. 4 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. lement; tellement bien, qu'on a pu dire avec raison, que ce que Ton nomme chromatique ou enharmonique, n'a de chro- matique ou d'enharmonique que le nom (1). De même, les réformateurs nous présentent certains signes dont il est impossible de se rendre compte de la signification si on n'est pas au courant des traités anciens. Nous dirons, après le R. P. Thibaut, que l'sTspov actuel, par exemple, est un non-sens. Les réformateurs nous expliquent-ils d'où il vient? pas du tout, et le plus naturellement du monde ils ont sup- primé le signe chironomique r.y.pxAÔCkza\>.oL, pour ne laisser que l'i-spov ■Trapay.iAsGiJi.a, OU mieux ÏTEpov tout court. Nous disent- ils aussi qu'ils sont les inventeurs de l'âvSâîwvcv? toujours non, etc. etc. On peut donc conclure a pari pour leur silence sur l'introduction du chronos. On a trouvé très étrange aussi que le chronos qui se rencon- tre partout dans les mélodies populaires, qui est pour ainsi dire naturel aux peuples de l'Orient, ne se soit introduit qu'au commencement du xix' siècle dans le chant ecclésiastique. Ici encore, il y a, ce nous semble, confusion. Il faut bien distinguer en effet, entre le chant mondain, à'cr;j.a. et le cliant ecclésiastique, àv'.o-sXir/;;. L'un pouvait avoir le chronos, s'en- suit-il que l'autre l'avait"? Si un jour, par impossible, on arrive à donner au plain-chant les mesures usitées dans la musique, sera-t-on plus tard en droit de conclure que toujours le plain- chant a été mesuré? Or il est certain, et le traité qui suit en fait foi, qu'il y a une différence entre rà'c7s^.a et l'àYior.oAt--/;?, quant au nombre des gammes, et, jusqu'à preuve certaine du contraire, quant au rythme. Le mot rythme, il est vrai, peut prêter à discussion; c'est une expression suffisamment vague, pour signifier tantôt une chose, tantôt une autre, en un mot, pour permettre à chacun de s'en servir pour le besoin de sa cause. Pour nous, quand nous disons que la musique byzantine était essentiellement rythmique, nous entendons parler du rythme tonique, c'est-à-dire basé sur l'accent. Et si l'on nous demande sur quoi nous nous fondons pour incliner plutôt vers la non-existence du chronos dans la mu- (1) Boui'gault-Diicoudray, Études sur la mus.eccl. grecque. QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 5 sique byzantine, nous répondrons qu'outre les raisons déjà données, nous nous appuyons encore sur les signes de chiro- noniie. En elïet, ces signes qui n'ont aucune valeur tonique, sont destinés à marquer les différentes expressions particulières à chaque neume. Et comme nous en avertit le Hiéromoinc Gabriel dans un des traités du manuscrit 332 de Jérusalem (811 du Métochion-Phanar), « chacun de ces signes tire son nom de sa propre énergie ». C'est-à-dire que pour savoir ce qu'il produit dans la mélodie, il suffit de recourir à sa signi- fication. Or, il est certains neumes qui semblent bien exclure tout temps régulier. Ce rythme des neumes était indiqué, comme nous l'enseigne encore Gabriel, par le doiiiesticos : « En voyant tous la main du domesticos, nous caantons avec en- semble, c'est pour cela que la chironomie est très utile, » t.ç>V-> "^(xp xv)V Toû oo,y.£crTizou X^^P^ axavTcç aTCo8X=TCov7îç a-j[X90)vsu;j.£V; y.7.1 Stà xauTa yp'qtjiifM'àxr^ èai'tv rnxXv ■'(] '/zipovc[JÂx. Outre cela, comme nous l'avons déjà dit, certains signes marquent un retard; mais nulle part nous ne trouvons indiquée la valeur de ce retard. Par exemple, au sujet des oûs à-6cr-pc^:i, on lit dans un traité : « oî es oùo à-ba-pcooi, el 7.21 [xis. 6-ia":ac7',ç k-(évzxo, àXX ïyonai vrxl cpojvr,v 7.:zc àpYî'':zv, y.y). yzipovz\uœ) . — Du même pour la onCkf^. « Kal -Jj oi-'kt^ r.yXv/ où -:y;v àp'(v.xv èYÉVcTC 7:a-J]v oà ^wvrjv gjz, è''/£i, cûo y^P i^îisti G'jrq^([j.ivoi'. è'AaSov ocp^^iixv, y.xI TYjv àpYîiav à-coXsffav ty]V -lirrjv xal xy;v o'Jva[xtv ». Il serait facile de multiplier les citations, et toujours on trouverait ce terme àpyziy., sans plus de précision; On embrasse donc volontiers l'opinion de Villoteau, qui d'ailleurs écrivait avant la réforme, à savoir que les signes, marquant retard ou accélération, non pas dans la mesure, mais sur une note, avaient une valeur indéterminée. Ce qui permettait, à l'aide de la chironomie, de donner au chant une expression autrement belle que celle qu'eût produit le martellement du chronos. La question n'est pas tranchée; nous n'avons pas cette pré- tention. Nous avons simplement montré qu'il n'y avait jusqu'ici, aucune donnée positive permettant de conclure à l'existence du chronos dans la musique byzantine. Que si de nouvelles découvertes nous apportent le document désiré, nous ne ferons aucune difficulté pour changer notre opinion. Disons un simple mot de la question de notation : « Le chant 6 R-EVUE DE l'orient CHRÉTIEN. grec, a-t-on écrit, n'a rien à perdre à être transcrit suivant notre notation moderne L'unité de notation facilitant aux artistes de tous pays l'accès des différents genres de musique, serait, pour l'art musical lui-même, le principe de nouveaux et utiles progrès (1). » Nous sommes loin de méconnaître les difficultés réelles de la notation actuelle; nous ne pensons pas cependant que l'on puisse la remplacer par notre système de portée. Outre l'inconvénient de n'être pas accessible aux musiciens de tous les pays, la difficulté principale est peut-être celle-ci : un même signe peut indifféremment représenter une note quel- conque de l'échelle ; tantôt un ré, tantôt un soi ou un la, etc. Avec notre notation, la difficulté disparaît assurément; mais aussi, surgissent des inconvénients, selon nous beaucoup plus graves, et dès maintenant, nous disons que si l'on veut conserver au chant grec son véritable caractère, il faut, avant tout, lui con- server sa notation. En effet, on sait que plusieurs signes ont à la fois une valeur tonique et un caractère distinct comme signes de modulation de la voix. Or, ces modulations, tout cet ensem- ble de coups de gosier que l'on peut appeler la glose en psal- tique, tout cela disparaît. Quel mal dira-t-on? Le mal, nous le savons, sera plutôt un bien pour nous, qui sommes si étrangers au génie musical des Orientaux, et qui nous accoutumons si difficilement à ces ritournelles nasillardes si pleines de charme pour eux! Mais ici, question de goût, et ce n'est pas à nous à nous imposer. Passe encore, si nos gamines européennes étaient identiques aux gammes grecques; ce que nous appelions ci-dessus la glose, pourrait à la rigueur être suppléé par une quantité pro- digieuse de notes d'agrément. Ajoutons toutefois, que ces notes d'agrément ne rendront jamais parfaitement le laisser aller produit par ces enjolivures si naturelles. Mais comment rendre exactement sur notre portée soit le deuxième authentique, soit son plagal le sixième? Il suffit d'avoir essayé pour être convaincu de la difficulté, ou plus exactement, de l'impossibilité. Oui, il y a certains intervalles impossibles à rendre. Soit par exemple, dans le deuxième (1) Thibaut, Les nulaliuns byzantines, mars, 1901. QUELQUKS MANUSCRITS DK MUSIQI.K HY/.AXTINi:. 7 authentique, rintervalle v.z-Zo). Ce n'est pas un ton, mais un Ion ' forcé; or pour rendre ce ton forcé, on a trouvé le moyen, assez ingénieux assurément, de mettre le signe f devant la note. Très bien; mais un Européen qui chantera cette note forcée, la for- cera tellement, qu'il vous servira, ni plus ni moins, un ton et demi. Or, l'intervalle est dénaturé, ce n'est i»lus du second ton. Voilà, selon nous, un des inconvénients (il y en a d'autres) qu'offrirait aux Européens, qui voudraient s'occuper de musique grecque, cette notation sur portée. D'ailleurs, qu'on nous per- mette cette remarque : Si un Européen veut étudier la musique orientale, il ne le fera utilement qu'en Orient. A ce compte, il aura vite fait d'apprendre la notation telle qu'elle est, il aura de plus ce que nous jugeons indispensable : Véducalion de l'oreille. Si au contraire, il ne veut s'en occuper qu'en passant, ou, comme on dit, s'il veut en avoir une simple idée, alors, qu'il se contente des essais de traduction qu'on a faits de quel- ques morceaux grecs, arabes, etc.. Mais alors, qu'il se per- suade qu'en eflét, il n'en a qu'une idée. Le morceau qu'on lui présente ainsi, n'est, si l'on veut, que l'ossature d'un morceau; c'est un tableau sans les ombres. Nous ne pensons pas être contredit, du moins par ceux qui, en Orient, s'occupent de musique. Qu'ils se souviennent des difficultés de leurs débuts, et du temps qu'il leur a fallu pour entendre avec plaisir ce qu'au principe, ils qualifiaient peut- être de faux, ou au moins, de très drôle. Ces préventions ne sont tombées, qu'après ce que nous nommions plus haut, l'é- ducation de l'oreille. Donc, pour en revenir à notre notation, et à cause de ce qui vient d'être dit, ce serait en somme ren- dre un mauvais service aux musiciens de tous les pays, que de leur présenter la musique grecque sur une portée. Quant aux Grecs, nous ne pensons pas qu'ils en éprouvent le moindre désir. Un exemple pour finir. Supposons qu'on ait à traduire trois ou quatre àxicj-potpoi consécutifs portant y.Xâaij.a (notons que c'est un des groupements les plus traduisibles), nous écrirons ainsi : îi 01 .K\) • ùi 8 REVUE DE l'orient CHRKITIEX. C'est là, à notre avis, et de Tavis d'un maître en musique grecque (1), l'interprétation la plus proche de la réalité; et cependant, il faut bien l'avouer, ce n'est pas l'effet réel. Chanté avec Tcxactitude que demande notre notation, ce groupement ne serait certainemont pas admis par nos Grecs. II serait facile de multiplier les exemples. Nous nous arrê- tons là, en faisant toutefois une dernière remarque : c'est que les Russes n'ont admis la portée, que parce que leur chant est essentiellement diatonique à l'heure actuelle, et a pris com- plètement le caractère européen, même quant à l'harmonie. Suite du 1" traité (Ms. 332. Jérusalem). 'Ep(ÔT. T{ ïg-i v/cç ; 7:apà TroXÀcov, */^yc'jv r, £/,/.po'Js;j.évrj, •/,y.l vuawxoO ipY^vou r.zp\ tou Ofôpxy.sç '/.7.1 TtOV p'-VWV. EpwT. Kal 7:i(7a do-q xwv r()^(i)v C^?) ; W.-by.p. OxTà), TjYOUV zpwTcç, os'JXcpiç, -piTor, -i-xp-zq, y.al zi kz aùxwv 'Khiyizi. Epii)-. Tî IcTTi y£'.pcvc|j,{a ; 'xV-6y.p. Xzipzvz[jJ.x kij-l vi;j.c^ -apaccoo;/sv:ç twv ôc^[uùv TraXipwv, Tou 5' «Yicj Kc7[j.x -si -cr^TOîj, y.a'. tcj aYiou Itoàvvou toîj oaixaay.r^- voD' r,vr'/.a y^? k'^ipyt'x'. r, ocovy; tcj [j.i'kz'j-zq 'bi'hKziv -i, zapau- TÎy.a /,y.l r, y£'.p:vc;j.{a, w^ ïva -apaoîr/.vj-/; r, ysipovoixia xb [/.éXoç* 'Kh^t-y.i zï y.y). aAMoç, ysip t:j ('ôy.iu to i^ov, Btà ~o èxvsXsTaOai "V' yî'~pa Î7CV TCJ (ôj^.c'j s'.; 7Y;;;,ic',a ;j.£piy.â' ypîr, zk Y'-^'^^ijXstv (3), ';■:'. ; -p(oTc; V/-^?- ^'jxto hi^'t-xi -pwT^ç, où xb -ptoosûsiv. r,TOi xpyz'./ TO)v à'AAojv r,yM'^- Tb os ;vo;j.a tojt;u \i^^'e-y.i zltôptor, tcjx' (]) Nous voulons nommer le R. P. Couturier, professeur de liturgie et de chant au séminaire grec de Sainte-Anne à Jérusalem. Nous sommes heureux de lui témoigner ici toute notre reconnaissance, poui' les services qu'il nous rend au cours de nos études. (■2) La définition précédente du mot Ion (-^/o;) ne saurait convenir ici. Il est clair, en ellét, que précédemment l'auteur parle de ton. dans le sens de voix (çwvri). Jlaintenant, au contraire, il va parler des ri^oi, c'est-à-dire des huit modes. (3) Ce ypr, oï yivwffXEiv devrait logiquement l'aire suite à la réponse précé- dente, et ne pas être rangé sous la rubi'ique ■< x£'povo(iîa ». Ce manque d'ordre, si l'on n'j' était habitué, tendrait à prouver que nous sommes en présence de plusieurs traités dont les morceaux sont mal cousus. QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 9 ia~\ è/. Twv oojptéwV Aojptîî; yàp XsYovxai o'. Mov£[j.5a(jtwxat, où Tvîi-o YOJV /viY^"^^ oo)pioç' y.ai kv. toD toicjtcj Tzvsûixaxcç sûpsô-r] s UTCiGtôp',!?, f^T^t S u'.bç TOU TUpwTCU, tout" saTiv 5 TïXâY'.s;. Kaf, £•/. -:•?;; Auoaç s Xûouç;, TiYO'JV 6 $E'jT£po;' Austa yàp ASY^xat X(ov NîCv,a7Tpo)V ô T2-SÇ, o; ôvc[Ji,â^îTai /.ai l^-r/pi xou viiv, -•?;; xVucta; 6 7.a[/T:;-;* y.aî. è; ajTOu o UTroAÙoioç, v/'^'-''' = -Xà^^icq. Kai è/. r^; p'JY''5;ç, ti)piHr, b ^pù^ioq, Vi'C'JV 6 xpiTSç. 'I>puY''a Y^? Asy^"»^ ^ x-^ç Aacor/.ciaç t6t:3;" où xouTO -(ou'i \é-[Z^.M cppÛY^oç, wç £•/. ■:f,q ^l'pu-^^iaq' 7,a\ s; aùxoD c ÛTïscpp'JY^^?) f/Y^uv o TxXaYioç tou ipixcu' tsjt' èaxlv o ^ap'j^. Kal èy, T^ç MiX'/iToa 6 \).CK-qGioq' rfp'JV 6 TxXaYtoç toD TStapTOu (1) £7. Twv TotoÙTwv Y^P "^^^^^'^ £Ûp£Orj(jav xà ij.fkTt x(ov r,yMy. Olov IXeyov cî owpi£îç xà [J!,£Xy; xoD a' 'O/ou, o'. Auoioi xûîj aucicj, ci •■, répond notre traité. Milet, on le sait, fut, bien avani Athènes, le foyer le plus brillant de là civilisation hellénique; rien ne s'oppose donc à ce que la grande ville ait tenu à honneur d'avoir un système musical à elle, comme la Phrygie, la Lydie, etc., ses voisines. On serait presque forcé de se rendre à cette hypothèse, si dans quelques autres traités on trouvait men- tionné ce ton milésien. Malheureusement, le seul passage cité, fait mention de cette dénomination. C'est un témoignage trop seul, pour entraîner une complète adhésion. Villoteau veut voir dans le mot milésien une corruption de mixolydien. « Au lieu de mixolydien, dit-il, on aura pu prononcer d'abord, par syncope, milydien; et comme les Grecs modernes adoucissent beaucoup la prononciation de leur ô, on aura dit, sans doute, milysien; de là le ton milésien et son origine supposée de Milet. » L'explication peut s'admettre; ce qui est certain, nous le répétons, c'est qu'on ne trouve nulle part ailleurs ce ton milésien. — Le ms. 11389,91 de la bibliothèque royale de Bruxelles, cité par Dom Gaïsser, donne les modes comme il suit : ô TrpwTo; ),£Y£Tai ôwpio;, ô Sôûispo; X-jôtoç, ô tptTo; çp-jyto:, ô TÉTapToç (ai^oaû- cioç, ô irXây'O'î * ÛTroSupio:, ô irXàyio; [i ' ùttoX-jôioç, 6 :t),àYto; y' "/îyo'J^ à ^apù; Oifo^pv;- yioç xai 6 Tt^âytoi; S ' ÛTro|xt?OAiJSio;. D'ailleurs notre traité nous parlera plus loin, lui aussi, du mixolydien. (2) L'auteur ne confondrait-il pas ici Ptoléniée Aulètes (80-52) avec Claude Pto- lémée (u^ siècle apr. J.-C.)? Voici d'après ce dernier les dénominations des tons : Dorien, Hypolydien, Hypophrygien, Hypodorien, Mixolydien, Lydien, Phrygien (Clément, Uisl. de la mus., p. 170). 10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Xzbv.p. 'H)^c( zIgi v.'jpÎM^ -iarjy.pzz y.y.l Tiîjapîç -'hx^iizi' 7.7.1 oùz à-rj'/Tjij.a^a (1) , -q-ci çpOipai, xb vsvavo) /.al -o vavvi' o'. tcicjtci 'r,'/^i 'hcn'iXzv'.OLi î'.ç xbv àYiO':roXiT'/)v Trcpia-aô-uspcv (2). 'Epon. nio-;i v/oi 'bi'ù.zv'y.'. tl: -Iv âYi^TrsAiTr^v, /.ai -i 'i.i'it-y.'. àyior.o'/J.vr,q (3) ; 'A-ixp. II^oi ;j-Èv 'liXXcvTa', oxid'»' Cf^'.OTZo'/.ivr,: o ÏTUiJ.z'/.c^'ii-y.i. cià -b Tiov àvtwv p.apTÛpojv, S7(tov T£ y.a'i t(ov 'AOf::())v -EptÉysiv -;"/,i- Tciav, -i^ où TO èv t'^ aYÎa tïÔAîi à-b t(ov «Yicov TiaTÉptov tôv Tioir^- TO)v, Tsy 03 aYiou 'Iwâvvou toj oajj.aay.rjvoj, v.al STÉpojv ttoaXwv ^y^ov s'/.TîOîTvai. EpcoT. riocrct •^)^oi y.jpioi; 'ATcoy.p. Téatjapsç" -ponoç, osJTcpoç, xp'lTCç, iftapTOç. 'A7:b oè à-oppo'^ç To)v Tsuffaptov toij-o)v iy-''^''''^^ ^'- '-'fîpof, TÉaaapsç ziXâYioi, y.xl (oijTïîp àzb TO)v Tî(jjâp(.)v tojv Tïpco-oxj-ojv £Yîvvr,0rj7av o'. tî'a- capîç zX^Yioi, Tov ajTOv or, -poTïCv, xa; à^b twv Tîaaâpojv T:XaY''wv £Y-VVYj6*^aav oî Tsaaapsç [xe^ci, (ôaaijxtoç /.at à^b twv iscj^âpcov p.suojv èYsvvrjOvjaav oct Teaaapsç «fOopal, y.al àvî6i6a<70-/)!jav -^^joi iç ' outoi (1) Villoloaii fait dcM'iver ce mot du verbe èTnxEuw, je verse sur. Dans le ma- nuscrit qu'il avait entre les mains, on lisait, parait-il, kmyyit.'xxaL. Le mot n'existe pas; il est avantageusement remplacé par à7riîx''l[Jiaj écho. Ci) Il faut entendre ici par HagiupoUle,\o chant ecclésiasti(iue, par opposition •au chant mondain, àTtAa. Ce dernier comprend 14 ou 15 tons (on ne s'entend pas sur le nombre), alors (lue le chant d'église n'en a que 8. Dans son Hymnographie de V Église grecque (Rome, 18(57, p. 61) le cardinal Pitra fait naître ràYioTto).ÎTyi; entre le xr^ et le xiu" siècle. « En même temps que le typicon de Jérusalem, un système musical qui porte le même nom (c'est-à- dire Hagiopolite), arrive jusqu'au mont Athos. » Ailleurs, dans les Analecla sacra, I, p. lxix, l'éminent cardinal insinue la même chose. « Vereor ut apud Graecos et gravior et frequentior sit melodiarum tumultus. Vereor ut in priscis quoque eorum codicihus sœc. X et XI (vix enim prœler leclionaria raro apice nulala anliquiores sunt) occurrant alla hieroglyphica tironiana, quœ lyn- ceis ociilis impervia sint. Vereor ut velustis 'mclodiis maie perceperint scolx musicœ sseculi XIII, quorum (ji.£)oupYot jam se mulla novasse glorianlur, qui ausi sunt. ut aiunt, Cosmam et Damascenum et priscos pulchiores efficere (£)ca),>w- 7t(ff0yi Ttoî-ojJ-a TtaXaiov x t. i.), ut alibi fusius exposai. >• Remarquons d'abord qu'il ne i^eut être question d'un système absolument nouveau, car les 8 tons de rilagiopolite existaient dès longtemps. Ensuite, on a voulu voir dans ce « nou- veau système musical » une corruption de l'ancien; corruption due à l'influence de la tonalité arabe. Pour nous, nous préférons voir dans les paroles du Cardi- nal, une allusion à la réforme, ou mieux, aux nombreuses additions de Kou- kouzélès qui vivait au mont Athos vers le xn° siècle. Rien n'empêche en effet qu'un disciple du mélode ait apporté ses théories à Jérusalem. (3) Certains traités ajoutent ici,: xal ti È(tti ^x°'> — L'auteur a supprimé cette question à laquelle il a répondu plus haut. QUELQUES MANUSCRITS DE .MUSIQUE BYZANTINE. 11 ouv y. iq' ihà'k'hcvxoLi zlç 'b Oia\j.x Y.y.l z'r/l i\q tbv â^iiz-Kz^irr^v. Epo')T. riwç à'px'f/ iv TO) [JÂKtvf fj£ 'biX'kziv r^ oioâ^at. ti ; 'Azôy.p. Mt-'oi hr,'/rt'iJ.ix-oz. 'Ko('i)z. Tr' ècTTiv vrr^'/riiJ.x', Xr.ôy.p. 'ErqyriiJ.i ÈaT'-v y; toj V/;'j i7:i5cA-r;, ol^v àvTt toJ '/.i^'iv/, à'vx vè à'vîç, r,Y;'jv av:zç 3cv£ç(l). 'Epo'jT. 0 osuTîpo; TCwç sv^yiLî-ai; 'A^^ôxp. Ne i'vsç. Ep(i')T. Tl SŒTl vè àvîçj, 'A7î6/,p. "Hyouv K'jpr.; açsç. EpwT. 0 §£ -piTOç tim; vrr,yi'C,ZTy.i', ÀTT^xp. Navvi, r,YOUv T^apT/Xr,it ajYy^ojprjaov. 'Ep(.')T. '0 TÉrapTO? TCO)Ç £V/]yiC-'^3'-'' )' A';ri/,p. "Ayia, r,Y;uv Ta 7.sp2'j5t;j., xal Ta aspas'i;;-, tsjt" kaxh r, «YU Tpià; -r) 7:ap" aÙTWv !jp.vou[j.£vr/ /.al 3oçaÇo[j.£VY], à'vsç, acp£ç, G\jyyMpr,(30'i xà[j.ci, TCîi oo^âi^siv y.ai ' àv'j[;-v£Ïv ij[xvov àç',iyp£Ci)v, ty;v aï;v àota''p£TOv ©siTYjTa. 'Ep(.')T. nitra 7:v£'J[j,aTa, y.al oià ti Xiyovzai 7CV£J;xaTa; ATîi/.p. Atà Tb çwvà^ à7iOT£X£Tv. Xtopi^ oè y.a'- cT£po)v Tovtov ;xr, ojvy) A£Y£Tat ctà to çwç sîvai voo; (vcOç), a y^P ^ ^^^^ vc£t, Taî)Ta •/; ©(ovï) ô'.ç «poiç è^XY^^" '^ ^'-^ '^ô èv xaîç ço)vaï;; 'Z-'-'' TO thaC obyrq yV 3:-iT£X£(7[j,a toj èv r^ixïv T£GYja-aupia[J,£VO'j 'iuv£tj[;.a- Toç otâ Tivoç àpT'^pia^ '::pca-0£0[;,svcv. 'Ep(.')T. T{ èaTi -jra-aor.y.r^ ; 'ATîoy.p. M;u(7',xY] T£'/vr,. Ep(t')T. IIo);; £7:svo;xâLCVTai o'. v/ci; 'ATlixp. llpCOTO.;, Sî'JTcpOÇ, TpÎTÎÇ, T£TapTSC, Y.y). Z\ Ï\\Z' O'jy. V.'3\ y.'jpû.)ç 5vo[;,d£T(iiv sxtÔ) "(/'/(ov, to y^P sI'kSÎv, a, (3, y, 5, |jaS[/c( £'.jt, y.al O'jyi 2vii;-aTa' £Ï7:o) aci f,YO'JV 5 -JTpwTCi; ocopic^, 6 0£'jT£poç Xûcicç, 6 tp'Ito? çpÛYio^, 0 Téxapto^ [j.uoAijîtoç, ô TrXaYt^ç toî) •ÂiptoTiu û-octopi:;;, 5 TCAaYts? tou o£'JT£pcu Û7:oA'jO'-2ç, 6 TiXaYioç toj TpÎTCu, (1) Ces îvyiyiô(i.aTa ont rloiiin^ liou déjà à bion des discussions. Pour nous, il nous semble i^ue c'est remonter un peu loin, que d'en rechercher l'origine jusque dans rassyrioIogie..Les efforts qu'on a faits pour les expliquer, sont assurément très sérieux, mais, il faut l'avouer, jusqu'ici sans résultat ; aussi, jusqu'à preuve nouvelle, on peut continuer à y voir de simples syllabes de vocalise diversifiées selon les tons. ■< 'Evr.yvjjj. à èanv f, toO •/î/oy èjitêoXr). » 12 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Tf^OM^/ b ^xpbq, \)-KO'fpù\'io:. '/S.'. 5 iCtA^[\.zz, toj -t-.xp-y^ 'J-cija^caûoioç* Tau-â cîo-i xà y.jpia ivs[j-3:-a twv ôy.xo) v/ojv, y.al à/.p'.6îA:Yr(;j,£va 'A7:iy.p. Asy.a-ÉVTS. 'Epcox. llc(jx TTVî'jiJ.aTa; 'Airôxp. TsGffapa. Ep(.')T. Ilcffa Tji/iTiva; 'A7:i>:p. név-s. 'EpwT. Ti iîTt. -ivoi, y.a'. ti Y);j,{':sva, y.al tî -vs^ixaTa; 'A-iy.p. Tivo'. [j.£v ûrjV) C'j-ci(l), to ïaov, to cai'ycv, •/; i;£ta, y; ZExaa-TY), TÔ à::i3sp[Aa (5), 5 àzôîTpOiyGç, r; jiapsïa, xb àvxr,y.£V(i)[xa, xb y.pax'/;[j,a, y; Bi-a-^ (3), xb àvâ7xa;j.a, xb 7î(aa[j.a, xb /.axâ5a7[j-a, xb xpiTTAbv rjXOt xb a£f!7[J.a y.al xb 7:apay.â"A£-;j.a" xà oà è'x£pa, cicv xb çr,'ff,7xbv, wç ^^y;9t(jxcy.axâ5a(j[Ji.a, ày.axpe-xbv, [^-sAr^ s'icrt, y.ai ojyî. xivoi. 'Htj.ixcva (4) ce î'.ff'- xauxa, xb èXaœpbv, xb y.Xaap-a, xb y.côçpiJ[J.a, y; 7:apay.XY]xiy."J;, xb ^•''•/jcpiaxoy.axaôaafAa, xb è^axpsxxoy.axdcSaafxa" Aeyovxai 03 y.a'. [j.iX-/;. IlvîûîJ.axa oi v.zi xajxa, xb û'VfjXbv, xb -/aiJ.TjAbv, xb sAacppbv, xb àTcbospiJ.a, xb y.£vx"/;[j.a. ('::£pl 7:v£'j;j.axwv) 7:v£Ù[j,axa cà \b'^zv-oi\^ Zib-i çwvàc à7:;x£A:jï'., /jwpW °- ^-^ci k'.ipiù-^f xbvojv [;,r, 3"jvijxa[j.£va, y.aî yàp )(ojpî; à-c^xpiçcu cj jjvtaxaxai xb yy.^.rj.i^i^ C'joè auvx(0£xa'.. IIàX'.v '/toplç ôXi'yo'j r^ c^£i'a^ r^ 7:i~(XQ-riq c'jc£[j,iav £'jpo[j.£V ùdir^Ar^v, b[j.o(wç TraXiv cvx;; x:îj à-co-xpiçcu ex/ £'jpcjj.£V iXaçipbv, r^ ya[j.'/;Abv, £'.C£ y.al £Jps;j.£/ xgjxiv, 6£y,xbv r,YCÛ[j.£Oa ctvat, xb y.£vxr,;j.a, y.al '/wp'.ç âxspwv xivwv cj 7'Jvi7Taxa'., çwvàç ;a£v à-o- (1) Il est clair qu'il y a ici confusion. — Confusion qui vient, connue le re- marque Villoteau, de ce que les Grecs n'ont pas idée de la méthode. Do là, ex- plications vagues ou fausses qu'ils donnent souvent! — La plupart des signes appartiennent à la chironomie et sont par conséquent muets. (•2) L'apodorma ne saurait être rangé parmi les ï)çi(TToxaT(ji- êadfjia, etc. QUELQUES MANUSCRITS DE MUSIQUE BYZANTINE. 13 TsXst, [j.ôvov oà CL) (TUvfoTa-:ai(l). Ta âè sxspa rfj'O'Jv otà ::vsu[j.xt(.)v, a xat slat xaDta, to ;j.èv yàp û'^^TjXbv ïyzi ©wvàc; (2) xéffaapaç, tc> [j.èv y.ÉVTY;;j.a ey^si çxovxç àvicjjaç oùo. c;j-oio); xat xo èXâçpbv y.ai ib )^at;//;Xov, to ;j,£v ^ip ya;j.r]Xbv lysi stç èXà-Ttoaiv owva-; -sj^apaç, Tb ce èXacppbv stç èXaTtoiuiv çojvàç ojo* è[j-Ciojç oè y.al cl etspci tovoi (3), cTcv TO y.pâTY;;j,a, i^ BittX^, to ^-^povAAàaixa, ib àvjc-p{yia[m, ib Tziy.Gim, y.aî xà STspx oo-a staî xotaijTa, toç 7:ps£cpr,|j,£v, Xé^fz^xai gùvOcTOi tsvci, ffûvOîTOt oè Xs'YOVTai, oià tb auviGTao-Oai otà oùo xai xpiôv tÔvojv (4), r,Y0uv •/] o'-X^, Bià cûo ôçsiwv, ib èXaopbv, xb -(aa[j.a, oià 5uo pa- pîiwv, Tb àvâa-:a;/a oià oittay;?, y.ai TîSTacTvjç, v.al '.ooit Xo'.Trbv w- £ç-/;;j.£v 07a sîcjr, , TC.auTa, (jôvOsto', tovoi À£Y0V-ai(5). Kai tocù l'iJ.aOsç, (I) ày.poaTa, -zi ia-:'. tivot y.a'i ti -rjiJ.i-rova, y.ai t'. TTVSÛy-aTa y.ai oia xoiov Tpô'ïrov Xi'YSxa'. xb y.aOsv. Tôacr, y,a'. xôos y-at èy. twv Ttpo- XsyôÉvxwv ctai Tps^s Tovot, riY^'-*'^ "^'^ oaiy^v, r, o^sfa, y.ai ■/] K^xac-c-J;, à'xiva xai statv îaoçcova (6)' xb oè bcv ©wvJjv eux 'éyj.i, àXX' saxr. xwv •:iâvxojv xaTrsivcuiJ.îVcV otïou sùpsOYj xb îasv, y.avxs eiq o^stav a'YOU, o^siaç, y.a'. à'ïrojxpoçpou, xal xwv xstJtrâpwv Travxwv ■jrpoX£y6£vxo)v, r^Ycuv xoj >lir/jiiaxou , xou yay//)ÀO!j, xoj y.svxTjp.axoç, xai xcj àXaç'poj, oia-cpw;j,£v, ~z\jq ôy.xw iv xoîç èxèpoiç xovo'.ç, è;j-ç(ovou^ aùxcù;; aTCOOî'.xvjovxE^ y.a'. (1) Il eût été plus simple et plus clair de résumer tout ce qui précède en cette simple phrase : Les signes de la catégorie des esprits ne se rencontrent jamais seuls, mais sont toujours joints à un des signes de la catégorie des corps. (2) Le mot qpwv^ a ici évidemment le sens d'intervalle ou degré. Nous avons dit ailleurs pourquoi le mot ton ne serait pas exact. (o) Tout ceci ferait naître une réelle confusion, si nous ne savions par d'au- tres traités, et même par quelques passtiges de celui-ci, que le xpâTyifjia, la ùm'/.r,, le îripovxÀaajAa, etc., sont simplement des signes aphones, employés, les uns pour le rythme, les autres pour la chironomie. (4) Le mot tôvo; prend ici le sens de signe. (5) Ce passage a trait, non plus à la seule chironomie, mais au.x neumes, ou réunion de pUisieurs signes toniques. Ces groupes reçoivent une dénomination spéciale, telle que : àvâdtafia, àvarpixiffi^a, y^ctiçexi'ju.Ô!;, etc. En étudiant l'exercice chironomique de Koukouzélès, on peut remarquer que certains de ces neumes n'ont aucune chironomie spéciale; le -/aipsxiajxôç est dans ce cas. C'est ce qui a conduit le R.P.Thibaut à diviser les neumes byzantins en deux classes : 1° Ceux qui ont une chironomie spéciale. 2° Ceux qui ont seulement une dénomination spéciale. (G) Ces trois signes sont appelé isophones, parce (pie chacun d'eux indiqui' que la voix s'élève d'un degré. On peut y joindre les x£vx%aTa, ce que fait d'ail- leurs notre auteur dans la première partie du traité « îffoçwvst tô o),iYov, rj oÇsîa, ■^1 mxoLavri, v.oi là. Suo xîVTT^iAaia ». 14 REVUE DE l'orient CHRETIEN. evçpvoDvTaç' "/ojpiç y^P ~2'Jt(i)v r.hny. à7.iVY;Ta y.y.1 àvzvépyqxà staiv, Cl Y^p 'V' ^^yy^C* "^V' -x-aor/.'Jjv à7:i.7Tâ;xîvi', ày.piêwç, cïBaai y.at ty;v IvepYsiav tcutwv. Téojç oùv [j.'.y.pbv ozs;o);XiV ti [j.sp'//,w;;. •ttwç oçpsi- A0'J7iv IvspYïïv 0'. Tîvci ;x;-:3: twv -veu'j.xtwv sic -àç àvappoi; y.al t"^^ 0-;ppoY;^, y.x9(oc /.a', 6 ép'x-^vs'j-/;^ ajTà; à/.piSwç èoioaSî -sp'; tîov IvaAAaYwv twv f^yj.. à'va vè â'vcç, à-âvw Bè toD a°" v/-'J? -'■ -t'^î'/Î^Ti? [j.iav ç-ojvjjv, ^[bn-3.\ ^. c'jtw oà , ava v£ avs; vs avsç, 5[x:»o; ■;:âX'.v àvwôsv TOJ i3°"' oîliTOj; rf/ou, £'. à^'/;-/iJY;; ;j,tav cpo)vr;v, -(v/z-xi y"^ C'jto) ce, àvE; àv£ avsç aYia' c;j.c{a)ç à'vcoOsv tcj A"" r,x-'-' ^'^^XOs ;j.{av ço)v/;v Y^'''-''3ci a°^ "EptoT. Iltoç es' 'fVitTy.1 oCt. -0 àva6i6à^civ iwç tcj TîTapTCU V/c'j ; 'A-iy.p. KaOo)ç i -cv^^a-; tcjç V/^'J? Ts'o'japa^, -ia^xpo^z V/^"'' lo£(7;j-£U3-ôv, f(YC'Jv TÉo-o-apa; scovàç, cjtwç oà l'vi 5 d"^ '^X^?? àYtit- Bien que le traité continue encore pendant quelques pages, nous le terminons ici, à cause des difficultés graphiques; tout ce qui reste consistant surtout en exemples. Nous aurons d'ailleurs occasion d'y revenir dans la suite de nos études. jL'i'iisalein, 10 octobi'O l'.tUt. J.-B. Rebours, des Pères Blancs. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE UÂRMÉNIE {Suiie) (1). I II. — Ambassade de Grégoire Dgha au pape; sa foi re- connue intègre; prescriptions disciplinaires. — Pendant que les liens incomplètement renoues par Nersès avec les Grecs se relâchaient un peu sous son successeur, les relations avec la papauté, qui crailleurs n'avaient jamais été positivement rom- pues depuis Grégoire III, devenaient plus actives. A partir des Croisades surtout, les Arméniens se sentaient beaucoup plus en communion de sentiments et d'idées avec les Latins qu'avec les Grecs. Quelques-uns de ces derniers, plus jaloux peut-être de séparer les fdsde Haïg des Francs, que de corriger les tendances schismatiques de leur propre Église, avaient profité de quelques rapprochements passagers entre Byzance et Rome pour repré- senter aux Occidentaux les Arméniens comme des monopliy- sites avérés. Des paroles agressives, on passait facilement aux voies de fait. Vartan le Grand raconte que, dans trois diocèses 1600 prêtres furent maltraités, parce qu'ils ne voulaient point se conformer à certains usages religieux des Grecs. Pour détruire l'effet de ces rapports malveillants, autant que pour exprimer ses propres sentiments et ceux d'une grande partie de son Église, Grégoire Dgha, ajoute le contemporain Vartan, « se tourna vers le pape, et, comme le faisaient les an- ciens, sollicita son secours et sa bénédiction ». Il envoya Gré- goire, évêque dePhilippopolis vers, Lucius III. Le messager rejoi- gnit le pape à Vérone (II84); il était porteur d'une lettre qui expliquait le but et l'objet de l'ambassade : Le catiiolicos pro- (1) Voy. vol. VII, VMyi, p. 26, 2:7, ôUS; vol. VIII, l'JUiJ, p. 206, 577; vol. IX, 1VJU4, p. 1U7, 212,393,537. 16 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. testait de sa filiale soumission envers le pontife romain; il priait celui-ci d'intercéder auprès de l'empereur en faveur des Arméniens persécutés, lui démasquait l'injustice de quelques- unes des récriminations des Grecs contre la Foi arménienne et lui demandait enfin un exposé de la discipline de l'Église ro- maine. — La réponse du pape nous a été conservée; elle est pénétrée d'une onction toute paternelle. Lucius reconnut que la foi du catholicos était intègre; il lui conseilla seulement d'améliorer ce qu'il y avait d'imparfait dans sa liturgie, de mélanger un peu d'eau avec le vin à l'autel, de bénir, à son exemple, les saintes huiles le jeudi saint, et de célébrer la Nativité le 25 décembre. En signe de sa particulière bienveillance, il fit remettre au catholicos un anneau, le pallium et la mitre qu'il avait lui- même portée (1). (Quatre ans plus tard, cette importante corres- pondance de Lucius était rappelée par Clément III écrivant à Grégoire Dgha et au baron Léon. Les lettres de ce dernier pape sont animées du souffle qui suscita les Croisades; elles respirent aussi une bienveillance vraiment paternelle pour « son bien- aimé fils, l'illustre prince montagnard » et pour le catholicos. Ce surnom de montagnard est celui que donne Clément III au grand politique qui ceindra dix ans plus tard la couronne en Cilicie (2). § 12. — Déposition et fin tragique de Grégoire V Qaravêj. — Le catholicat, illustré depuis un siècle par des hommes de grand mérite, déchut un peu sous le successeur de Grégoire (1) Le pallium est une bande de laine blanche, qui se place sur les épaules et dont les extrémités sont retenues en avant et en arrière par deux plaques de plomb recouvertes de soie noire. La veille de la fête des saints Piei-re et Paul, le pape bénit les palliums, qu'on dépose dans une urne sous le maîti-e-autel, au- dessus de la tombe de saint Pierre. — Grégoire Dgha, par sa science et son zèle pour l'union, était digne de cet honneur. Outre plusieurs lettres sur l'union reli- gieuse, il a laissé une élégie sur la prise de Jérusalem par Saladin. Voir Vartan, cil. xi.ix, dont le récit contient de manifestes exagéi-ations; Sarbanalian, Mémoires, p. 500. La lettre de Lucius 111 datée du 3 décembi'e 1184 est reproduite par Asgian {Bessarione, septembre-octobi'e 1902, p. I!t0-191): voir aussi Alishan (Léon le Magnifique, pp. 161-1G5); Balgy, 54-55; Tchamitch, 111, 142, où est reproduite la version de la Lettre par Nei'.sès de Lampron. Recours de Grégoire Dgha au pape Lucius d'après Vartan, dans Dulaui'ier, Docurn. armén.. 438. (2) Alishan, p. 163-165, d'après la Version arménienne de Nersès de Lampron. HISTOIRE POLITIQUE ET, RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 17 Dglia. Grégoire V (1193-1191) était le fils de Vahram, frère de Grégoire IV. Il fut surnommé Manough (jeune homme) à cause de son extrême jeunesse; après sa mort, on l'appela aussi Qa- ravêj (précipité d'un rocher). Il dut, dit-on, ce dernier sur- nom à une tentative imprudente dont il fut la victime. Soit qu'il eût contre lui de justes sujets de plainte, soit qu'il fût circon- venu par les rivaux du Patriarche et un parti de mécontents à la tête desquels était Grégoire Toutévordi, abbé de Sanaliin, le prince Léon fit enfermer Grégoire Manough dans la forteresse de Gobidara, près de Sis, et convoqua les évoques pour le déposer : c'est encore l'un de ces innombrables faits qui mettent en évidence les inconvénients de la mainmise du pouvoir civil sur l'autorité religieuse. A défaut de vices entachant son élec- tion, les évêques, d'après Nersès de Lampron, trouvèrent dans la jeunesse d'âge et de caractère de Grégoire V, un prétexte pour le déposer. Cependant, le jeune captif céda, semble-t-il, aux instances de quelques-uns de ses partisans qui lui conseil- laient de s'échapper. 11 descendit le long des murs de sa prison, au moyen de draps attachés l'un à l'autre; mais les nœuds s'étant défaits, il se brisa la tête sur les rochers. § 13. Grégoire VI Abirad et V union religieuse : elle est favorisée par le Roi et surtout par Nersès de Lampron. — Peu de temps après, sur la recommandation du prince Léon, Grégoire VI Abirad (le Méchant) fut élu catholicos (1195-1202). Il était fils de Schahan, frère de Nersès IV Schnorhali et de Grégoire III. Le surnom injurieux d'Abirad lui fut probablement donné par les tenants du schisme; car il imita la conduite con- ciliante de ses illustres oncles. Si l'union religieuse, surtout avec les Latins, devint officiellement plus complète que sous ses devanciers, ce résultat fut dû en partie à ses efforts. Deux autres personnages, il est vrai, y contribuèrent plus encore que lui : ce furent le prince Léon II et l'évêque Nersès de Lampron. Nous connaissons le premier, dont nous avons essayé d'analyser le génie politique et raconté le règne brillant. Le second, tout aussi remarquable par les dons naturels et les qualités acquises, offrait avec Léon un vif contraste qui ^— nous le verrons plus loin — n'était pas à l'avantage du roi. C'était, dans toute l'acception du mot, l'homme de l'Église, dont les principes larges et élevés, inspirés surtout par l'amour du Christ et du ORIENT CHRÉTIEN. 2 18 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. prochain, vinrent se heurter plus d'une fois aux plans du pru- dent politiquo, qui envisageait toute chose du point de vue de l'intérêt temporel de son royaume et de sa dNiiastie. Nersès de Lampron (Lampronatsi) appartenait à la famille des princes Héthoumiens de Lampron. Il était le second fds d'Oschïn II, seigneur de Lampron et, par sa mère, le neveu de Nersès Schnorhali. Apparenté au catholicos Grégoire VI et au futur roi Léon II, il réunissait toutes les distinctions de la nais- sance, du cœur et de l'esprit. Il naquit en II53, étudia au couvent de Sguévra sous le doc- teur Jean, puis reçut le sacerdoce des mains du catholicos, son oncle. Celui-ci, à cette occasion, lui donna le nom de Nersès, au lieu du nom de Sempad qu'il avait porté jusque-là. Il l'en- voya ensuite compléter ses études dans un couvent de la Mon- tagne Noire sous la direction du docteur Etienne Diratsou ou Le Clerc. En peu de temps, le jeune prêtre acquit la connaissance du grec, du latin et du syriaque. Ses qualités se révélèrent avec tant d'éclat que Grégoire Dgha, le successeur de Nersès Schnor- hali, le consacra évêque de Tarse, à l'âge de vingt-trois ans. Peu de temps après, les moines de Sguévra le choisissaient pour leur supérieur. C'était, en effet, au témoignage du connétable Sempad, un prélat orné de toutes les perfections et également admiré des Arméniens, des Grecs, des Syriens et des Latins, pour sa science et sa vertu (1). Poète, comme son gracieux homonyme, il composa les hymnes sur le Saint-Esprit que les Arméniens chantent le jour de Pâques, le dimanche in Albis et le jour de l'Ascension. Orateur surtout à la parole véhémente, imagée et nourrie de doctrine, il sera, pour ainsi dire, Fàme du concile de Tarse. (1) Sempad (ad ann. 646 =: 31 janv. 111I7-30 janv. 11!>8). Nersès composa à vingt-quatre ans. au monastère de Saglirou, son livre : Ré- flexions sur les InsLitiUions de VÉylise et mystère de la Messe (Venise, 1817) en extraits dans Hist. arm. des crois. (I, 569-578). L'année suivante, il composait un Comment, sur les Ps. et explic. du livide de Salomon et des douze petits prophètes. Ses Lettres et panégj-riques ont été publiés avec les Lettres Dogmatiques de Grégoire Dgha (in-24, Venise, 1838). Dulaurier a publié, loco cit., p. 579-603, sa fameuse lettre à Léon II que nous analj'serons plus loin. On lui attribue aussi la traduction des Dialogues de saint Grégoire le Grand, celle de la Vie de ce pontife et des Vies des Pères du Désert. Mais il est bien douteux que la traduct. armén. du texte latin de la Règle de S. Benoît, et des lettres de Lucius III et de Clé- ment III à Grégoire Dgha soit de Nersès. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l' ARMÉNIE. 19 Tel était, à la fin du douzième siècle, le plus brillant cham- pion de l'union religieuse. Les circonstances voulurent qu'il déployât d'abord son zèle et son éloquence pour sceller l'accord depuis longtemps projeté des Arméniens avec les Grecs. Mais la portée de ses paroles, dépassant de beaucoup la sphère étroite d'une Église particulière, élèvera et dirigera naturellement l'esprit de ses auditeurs vers l'Église catholique et son centre de gravité, qui est la Chaire de Pierre. § 14. Concile de Tarse ; Discours de Nersès : unité néces- saire, la formule chalcédoîiienne sur Vlncarnation est con- ciliée avec le latigage des Arméniens les plus éminents. — La mort de Manuel Comnèiie (1180) avait ralenti, sinon arrêté, les négociations de Grégoire Abirad avec le haut clergé grec. Elles furent reprises avec plus d'activité sous son troisième suc- cesseur Isaac II Angeles (1185-1195), qui écrivit une lettre au catholicos arménien (1). Bientôt, l'intelligente politique de Léon II vint donner un nouveau stimulant à ces tentatives de rapprochement. Alexis III Angeles (1195-1203), sachant que le prince arménien sollicitait la couronne des mains du pape Célestin III et de l'empereur Henri IV d'Allemagne, se hâta de les prévenir. Il offrit à Léon une couronne avec un titre dont il ne pouvait le frustrer (119G). Léon, de son côté, favorisa de tout son pouvoir la convocation longtemps différée des évêques grecs et arméniens au concile de Tarse. Avec l'historien armé- nien contemporain déjà cité, nous pensons que ce concile s'ou- vrit le dimanche des Rameaux de l'an 1196, et non l'an 1179, comme on l'a cru communément. Quoi qu'il en soit de sa date exacte, il marque l'un des der- niers et des plus vigoureux efforts pour renouer les anciens rapports de l'Église arménienne avec l'Église greque. Cet effort est représenté surtout par le grand nom de Nersès de Lampron. 11 fut l'âme du concile, et, s'il se trompa, en cherchant un remède au schisme dans une Église travaillée elle-même de ce mal, il eut, du moins, le singulier mérite de montrer la nécessité de l'unité dans l'Église fondée par le Christ et d'en indiquer les conditions. — S'adressant particulièrement aux (1) Ed. pr. A. Papadopulos Korameus, MaypoYopSâTsto? P(6^., 'Ave'xSoTa i\\t\\ Constant., 1884, p. 59-63. 20 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. évêques arméniens, dont plusieurs avaient assisté au synode de Hromgla : « Pères et pasteurs des âmes dispersés dans toute l'Arménie, leur dit-il, vous êtes arrivés avec le Christ versSion, la cité de l'éternel salut; vous voilà à même de réédifier le tem- ple spirituel qui fut fondé sur Pierre (1). » Il félicite en parti- culier le catholicos Grégoire IV et le nouveau Zorobabel (Léon) de s'être mis à l'œuvre; il fait appel à « la charité, fruit de l'Es- prit-Saint » ; il flétrit les principes des partisans obstinés du schisme; il en dénonce les funestes conséquences pour sa re- ligion et sa patrie : « Loin de nous, dit-il, l'envie et les préjugés qui engendrent l'aveuglement d'esprit et la discorde et nous séparent de la communion avec les autres nations chré- tiennes. » Abordant ensuite les questions en litige, il montre « que re- connaître Jésus-Christ comme Dieu et homme et confesser qu'il existe en lui deux natures, ce sont deux formules équi- valentes, également éloignées du monophysisme et du nesto- rianisme ». « Quant à la fameuse locution : inie nature du Verbe incarnée, ajoute-t-il, elle a été employée par les docteurs ar- méniens, entre autres par le patriarche Jean le Philosophe (Jean Odznetsi?), par Ezr (Ezdras), par Grégoire de Nareg, cet ange revêtu d'un corps mortel, et par Nersès Schnorhali qui nous a formé; mais, par ces termes, ils voulaient exprimer l'étroite vuiion des deux natures en une seule hypostase, et non point faire entendre que l'une de ces natures est anéantie ou confon- due avec l'autre. » 11 maintient d'ailleurs la doctrine de Nersès comme étant à l'abri de tout reprociie : avec cet éminent catho- licos, il admet que les deux natures gardent après l'union leurs différences et leurs propriétés; bref, comme les catholiques, il défend l'union des natures, non la confusion des Eutychiens; et la distinction de ces natures unies, non la séparation des Nestoriens. Il justifie ainsi la foi des Grecs touchant l'Incarna- (1) Ouor hymnetsa^^■ i wierah Bedrossi {np i^fiifhhifujL f> i/fibptàjj ^Iiuipnu^), Discours synocl. (Venise, 1812), p. 71... I>An%fiQii Considérations surla Hiérarchie ecclésiastique, Nersès do Lampron déclare que l'Église de Rome, bien que la troisième seulement dans l'ordre chronologique des fondations faites l)ar saint Pierre, est la première quant à la puissance, zorouthiamp aradschin q^opnLpbiuifp lun.ujÇfiii . voir Balg}', Le siè(/e de Pierre (en armén.), p. 241; Bessarione, t. III, p. 148. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 21 tion et fait observer que les évêques arméniens réunis en synode à Tovin, à Manazgherd, aussi bien que les docteurs Etienne de Siounie, Ananias de Schirag et Paul de Daron ont eu tort de ranger parmi les nestoriens ceux qui ont souscrit aux dé- cisions dogmatiques de Chalcédoine. — 11 conclut enfin que l'union est tellement nécessaire, que, s'il en était besoin, il fau- drait, pour la réaliser, modifier les usages disciplinaires et changer la date fixée pour la célébration des fêtes (1). § 15. Suite du concile de Tarse : conditions imposées par les Grecs. — Les représentants de l'Église grecque admirèrent ce sage libéralisme, mais l'imitèrent peu. Ils formulèrent à nouveau les conditions d'union que Théorianos avait déjà pro- posées à Nersès. Nous demandons, dirent-ils aux Arméniens, 1" que vous anathématisiez ceux qui ne reconnaissent en Jésus- Christ qu'une seule nature : Eutychès, Dioscore, Timothée Aelure et tous leurs partisans; 2° que vous reconnaissiez en N.-S. une seule personne, à la fois Dieu et homme, ayant, par conséquent, deux natures, deux sortes d'opérations, deux vo- lontés, Tune humaine, l'autre divine, parfaitement concor- dantes; 3" que vous retranchiez du Trisagion l'addition : « qui as été crucifié pour nous ». Ils exigèrent de plus des Arméniens l'acceptation des sept conciles reconnus par les Grecs; la célé- bration des fêtes de N.-S., de la sainte Vierge, de saint Jean- Baptiste et des Apôtres aux jours fixés dans l'Église catholique; l'Annonciation, par exemple, à la date du 25 mars, la Nativité au 25 décembre, la Circoncision au 1*"" janvier, TÉpiphanie au G janvier. Ils exigeaient enfin que le saint chrême fût préparé avec le fruit de l'olivier, non avec le sésame; que le pain em- ployé pour le saint sacrifice fût fermenté et non azyme ; qu'on mêlât quelques gouttes d'eau chaude au précieux sang, immé- diatement après la consécration ; que tous les clercs et les fi- dèles, sauf les pénitents qui en étaient exclus temporairement par les saints canons, fussent astreints à rester dans l'église pendant toute la durée du saint sacrifice. — Enfin, une dernière clause, plus onéreuse pour les Arméniens que toutes les (1) Orazione sinodale (éd. Aucher, armén. et ital., Venise, 1812), pp. 84, 88-94; ot Venise, 1865; importants extraits dans Balgy, op. cit., p. 48 et siiiv.; Tclia- mitch, II, 2-28. 22 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. autres réservait à l'empereur la nomination du catliolicos (1). § 16. Suite du concile de Tarse. Les Arméniens condam- nent les monopliy sites, expliquent ou corrigent quelques formules et usages suspects. — Des conditions précédentes imposées par les Grecs, les unes étaient lég-itimes, les autres mal fondées, ou, du moins, excessives. En tout cas, l'Église grecque schismatique était mal venue d'exiger l'abolition de certaines pratiques aussi anciennes et aussi vénérables que les siennes. — Néanmoins, les Arméniens firent, presque sur tous les points, les concessions qui semblaient raisonnables : « Nous condamnons, dirent-ils, Eutychès et Sévère. » Quant à Dioscore, ils déclarèrent ne point savoir qu'il eût été disciple d'Eutychès; mais ils s'engagèrent à le condamner, dès qu'on leur montrerait son accord avec cet hérésiarque. Ils expliquè- rent ensuite qu'ils employaient la formule une nature du Verbe Incarnée smYâni le sens admis par Athanase, les Gré- goires, et surtout Cyrille d'Alexandrie. A leur suite, ils pro- clamaient Jésus-Christ Dieu et homme et répudiaient énergi- quement l'absorption de l'une de ces natures dans l'autre après l'union, ou leur anéantissement. Comme les Grecs ne parais- saient point entièrement satisfaits de cette explication, les Arméniens ajoutèrent que, par amour de la paix, ils n'emploie- raient plus désormais les termes ambigus de la nature une du Verbe Incarné et les remplaceraient par ceux de deux natures, deux volontés, deux opérations. L'addition « qui as été crucifié pour nous », continuèrent-ils, n'a point, dans notre bouche, un sens hérétique : nous ne nous adressons, en effet, ni au Père ni au Saint-Esprit, ni au Fils en tant qu'il est Dieu, mais au Verbe fait homme, au Christ souf- frant. Et, ici encore, pour dissiper, conformément à votre désir, toute équivoque, nous modifierons ainsi les paroles du Trisagion : « Dieu saint, saint et fort, saint et immortel, qui vous êtes incarné et avez été crucifié pour nous, ayez pitié de (1) Concile de Tarse: Mansi, Collecl. Concil, t. XXII, p. 197-206: Héfélé, Concll. gesch-il"" éd., Fribourg-en-Brisgau, 1863), p. 629-631; — cd. franc, (trad. Delarc, Paris, 1872), t. VII, p. 498-199. — Galan., pars I, p . 326 et scqq. — A défaut des actes du Concile, qui n'ont pas été conserves, on trouve aussi dans Balgy (appendix VI) les conditions posées par les Grecs pour l'union ainsi que les réponses des Armé- niens et leurs réclamations. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 23 nous ». — Tout en observant qu'ils ne se croyaient point tenus à de telles concessions, ils consentirent, toujours par amour de la paix, à célébrer la Nativité de N.-S., l'Annonciation et la Puri- fication, aux jours demandés par les Grecs. C'étaient, d'ailleurs, les seules fêtes dont la date ne coïncidait pas avec celle adoptée par l'Église grecque. Ils promirent, avec plus de bonne grâce encore, de préparer l'huile sainte avec des olives et de mêler un peu d'eau pure avec le vin du sacrifice; mais ils refusèrent de substituer au pain azyme le pain fermenté, alléguant pour se justifier, l'usage suivi « par la chaire apos- tolique de Pierre ». Quant à la coutume des fidèles de rester hors des églises pendant le saint sacrifice, les évêques arméniens la blâmèrent comme les Grecs. Elle s'était introduite peu à peu, dirent-ils, parce que les églises étaient trop petites et trop peu nombreuses pour contenir le peuple et que, d'autre part, les églises grec- ques lui restaient fermées. § 17. Suite du concile. Les Arméniens acceptent le concile de Chalcédoine et, sous condition, les trois suivants; nomi- nation et juridiction du catholicos. — Les Pères arméniens réunis à Tarse ayant constaté que les décisions de Chalcédoine étaient d'accord avec celles des trois conciles précédents, y souscrivirent de bon gré. Ils se déclarèrent aussi prêts à recon- naître les trois conciles suivants (V% VF et VIP), dès qu'on leur en aurait montré les décrets, les définitions et l'harmonie avec les trois premiers conciles œcuméniques. Quand vint l'examen de la condition la plus importante imposée par les Grecs, la nomination du catholicos par l'em- pereur, les Arméniens ne la rejetèrent pas; ils considérèrent même cette clause comme la meilleure garantie d'une récon- ciliation durable. Mais, en retour, ils exigèrent des Grecs une grave concession. Il faut, dirent-ils, que l'autorité du catholi- cos arménien s'étende sur le siège d'Antioche et les églises de son ressort; il deviendra ainsi l'intermédiaire autorisé entre tous les Arméniens et l'empereur, et sera plus à même de ré- concilier leur Église avec l'Église grecque. I 18. Réformes disciplinaires exigées par les Arméniens ; protestataires arméniens; exagérations des Grecs: ils rebu- tent Nersès. — Outre le siège d'Antioche pour leur catholicos, 24 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. les Arméniens demandèrent aux Grecs la correction de plu- sieurs usages disciplinaires, dont quelques-uns étaient, en effet, abusifs. Ils voulaient que tout sujet grec coupable fût jugé selon la rigueur des saints canons; que nul ne fût admis aux Ordres sans un sérieux examen; que les honneurs de la clé- ricature fussent interdits aux manchots et aux mutilés; que tout sujet promu aux Ordres fût, s'il était convaincu de quelque crime, déposé après un jugement public. — De plus, les évê- ques Grecs devaient s'engager à ne plus laisser garder sous terre les restes du saint sacrihce; à ne plus permettre aux religieux et aux clercs de rompre le jeûne, en faisant usage de vin et de poissons; à défendre aux prêtres de mêler de l'eau chaude au précieux sang, après la consécration. Enfin, on de- mandait aux Grecs de préparer la sainte hostie avec du pain azyme, « suivant la vraie tradition » suivie par l'Église armé- nienne et « la grande Église des Romains ». On voit qu'à des exigences outrées les Arméniens répon- daient par des demandes également excessives (1). Au reste, l'unité de discipline n'était point nécessaire pour arriver à l'union dans la foi et la charité. Les bases d'un accord présen- tées par Nersès de Lampron dans un esprit extrêmement libéral furent adoptées par l'assemblée des Pères. Néanmoins, une certaine confusion, faite par les historiens entre le concile de Tarse et le synode de Hromgla, laisse planer des doutes sur la nature des conditions ratifiées de part et d'autre. Ce qui est certain, c'est que l'accord, bien que signé par les principaux représentants des deux Éghses, ne devint jamais effectif. Dans les deux camps, les partisans de l'union se heurtèrent à des résistances opiniâtres, acharnées. Du côté des Arméniens, les opposants se recrutaient surtout parmi les moines de Zorogt, d'Ani, de Sanahin, d'Aghpad(2); ces monastères, situés sur la rive gauche de l'Araxe, étaient, nous l'avons dit, hors du cercle d'influence des princes chrétiens; et, favorisés parles princes infidèles intéressés à la désunion entre chrétiens, ils combat- taient de parti pris tout projet de réconciliation. Ils étaient restés sourds aux exhortations de Nersès Schnorhali, comme (1) Balgy, appendix YI. (2) Le monastère d'Aghpad était voisin de Sanaliin , près de la vallée des Sé- vortieris (aujourd'hui rivière Bortchalo), sur les limites de la Géorgie. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 25 plus tard à celles de Nersès de Lampron. Ils avaient même rompu avec le catholicos Grégoire Dgha et lui avaient opposé un anticatholicos, Basile » d'Ani (1195-120G), fils de Grégoire, né lui-même d'un frère de Basile V. Peu après surgissaient deux autres anticatholicos, Anania Sebastatzi (1205-1209) et David III Arkaghnétzi (1107-1210). Tandis que ces esprits travaillaient à détruire l'accord bien incomplet, si péniblement élaboré par les derniers synodes, certains Grecs ne montraient pas moins d'étroitesse d'esprit. Ils poussaient la prévention jusqu'à soumettre à un second baptême les Arméniens qui passaient au rite grec. A de telles animosités, Nersès de Lampron lui-même ne pouvait porter remède, bien que son esprit fût enclin à juger avec la même bienveillance toutes les divergences purement rituelles. L'an 1197, Léon II l'envoya avec trois princes arméniens à la cour d'Alexis l'Ange, afin de conclure l'union religieuse tant de fois projetée. Mais ses pourparlers avec les prélats grecs n'aboutirent pas. Ceux-ci maintinrent les conditions posées à Tarse et exigèrent que le catholicos arménien fût désormais sacré par le patriarche grec de Constantinople. Nersès répondit en réclamant quelques-unes des concessions déjà formulées par les évoques arméniens, notamment la cession du siège d'An- tioche au catholicos. Les Grecs refusèrent, et la conférence fut rompue. Nersès, n'ayant pu atteindre au but si passionnément poursuivi, jugea sévèrement ses interlocuteurs grecs : « Dans les discussions que nous avons eues avec eux, raconte-t-il, ils se sont montrés ignorants, grossiers, matériels, obstinés comme des juifs, fermés à l'Esprit de vie et esclaves de la lettre. » Est-il surprenant que, se voyant impuissant à rapprocher et à vivifier Tune par l'autre les deux Églises, il ait tourné les regards de ceux qui l'entouraient vers le tronc d'où ces deux puissantes branches avaient été détachées, et qu'il ait invité à nouveau ses antagonistes « à se conformer eux-mêmes à la discipline du Siège apostolique de Pierre et à se' soumettre aux lois delà grande Église romaine » (1) ? (I) Cr. la dispute avoc les Grecs altribuco à Nersès de Lampron (Constantiiioijle, 1757); Léon Alishan, Léon le Magnifique, p. 159; Balgy, le S-iège de saint Pierre, p. 241; voir aussi le livre des Conc. Armén., les Lettres de Nersès et Grégoire IV; citations dans Azarian, op. laud. 26 ' REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. % 10. Union religieuse avec l'Église Romaine. Léon II, en recevant la couronne, souscrit aux conditions du pape, avec les évêques présents. — L'union vainement tentée avec Byzance devait, en effet, pleinement aboutir avec Rome. Le pape qui, sous le catholicat de Grégoire Manough, avait continué d'être pour le peuple arménien un allié et un protecteur, allait être reconnu avec tous ses droits et tous ses privilèges, sous le patriarcat de Grégoire Abirad. Le couronnement de Léon II en fournit naturellement l'occasion. Le baron d'Arménie, comme on l'appelait alors, avait demandé à Célestin III de l'admettre expressément dans le giron de l'Église catholique et de lui octroyer la couronne royale (I). Le pape fut heureux d'obtem- pérer à sa double requête, moyennant certaines conditions, qui sont racontées avec quelques variantes par les anciens his- toriens. Avant la cérémonie, et sur le désir du pape, le délégué apostolique exigea du catholicos Grégoire VI Abirad (1194- 1203) la réforme de quelques points disciplinaires. Il désirait que le jeûne fût observé par les Arméniens, la veille de Pâques et de Noël; que cette dernière fête fût célébrée le 25 décembre comme dans l'Église latine; qu'il fût interdit aux fidèles de sortir de l'église avant la fin du saint sacrifice; que le catholi- cos fût tenu d'envoyer à Rome, à époque fixe, un légat pour rendre en son nom hommage au pape. Enfin, au dire de Vin- cent de Beauvais, le légat pontifical aurait, en outre, exigé que l'étude de la langue latine fût introduite dans les écoles ar- méniennes. Comment ces demandes furent-elles accueillies? D'après un récit, dont un contemporain, Guiragos, s'est fait l'écho, Léon II, s'aperce vant que les observations du légat étaient écoutées très froidement de la majorité des évêques, se serait tourné vers ceux-ci et leur aurait dit : « Ne vous inquiétez pas de ses réclamations, je vais le satisfaire, pour le moment, par une soumission apparente. » Et puis, s'adressant à l'ar- chevêque latin, il aurait ajouté : « Nous nous conformerons sans (I) Langlois a publié le premier une monnaie en argent représentant, d'un côté le roi couronné, à genoux devant le Christ qui lui donne la croix; au revers, deux lions adossés, ^vec une croix entre eux, avec la légende ordinaire : « Lévon, roi d'Arménie, par la puissance de Dieu ». Num. de l'Arm. au Moyen Age, p. 38, pi. I, n. 1. , ' HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 27 restriction et sans délai aux ordres du grand empereur et du souverain pontife. » Conrad a3"ant exif^'é que douze évêques scel- lassent rengagement par un serment, Léon persuada à douze prélats arméniens de prêter ce serment, et ils en jurèrent la formule (1). Telle est la version de Guiragos. Elle nous semble suspecte; car il n'est guère vraisemblable que les évêques présents aient souscrit par serment à des engagements que le roi, au vu et au su des prélats assemblés, aurait eu l'intention de ne point tenir. Bien que les règles disciplinaires proposées par le pape ne fussent point des conditions indispensables pour l'union reli- gieuse, nous croyons que la plupart des signataires les acceptè- rent sincèrement. En retour de ces concessions, ils demandè- rent seulement que nul concile ne fût célébré en Orient sans la participation du catholicos arménien, et que le pouvoir d'ex- communier les Arméniens fût réservé au pape. § 20. Léon II et Grégoire Abirad confirment par leurs lettres leur foi en la suprématie réelle du pape sur V Église universelle. — Au reste, peu après le couronnement, Léon II et Grégoire VI Abirad adressèrent au nouveau pape Innocent III plusieurs lettres, où ils confessaient nettement la primauté de juridiction et la suprématie réelle du pontife romain (2). Dans sa première lettre, Grégoire appelait Innocent III « le chef, après le Christ, de l'Église catholique romaine, mère de toutes les Églises » et « fondement de toute la chrétienté ». Je suis, ajou- tait-il, « le fils de votre Église »; avec nos archevêques, nos évêques, nos prêtres et tous nos clercs, je vous sais gré de nous avoir rendu la couronne royale dont nous étions privés depuis longtemps; et « bien volontiers nous avons écouté et voulons observer les prescriptions (vestra pra;cepta) ei la loi (legem) de la sublime Église romaine, mère de toutes les Églises ». Un peu plus tard, le catholicos Grégoire Abirad renouvelait cet hommage de soumission filiale envers celui qu'il nommait « le (1) Guiragos (éd. Osgan, Moscou, 1858), p. 92; p. 78 de la traduction Brossot : Bibl. des Crois.; Doc. Arm.; I, 423: Alishan, Vie de Léon, p. 1G5; Vincent de Beau- vais, Spccul. hisl., xxxr, 29; Vartan, ch. 82: voir aussi Ilayton, IMicliel le Syri(Mi et Samuel d'Ani. (2) Rer/. Innoc. 111, lib. Il, ep. 217-2-20; dans .Migne, CCXIV, 775, etc., Baiuze. AcUi Innoc. III, cxiv; Baronius, ann. 1197, n. 10; ann. 1198, n. 65-70 (éd. Thei- ner}; Rer/., 1. V, ep. 15. 28 rf:vue de l'orient chrétien. chef suprême de toute l'Église », « le successeur du Bienheureux Pierre, prince des apôtres », « le pape universel assis sur le siège suprême de la Ville romaine » : Parce que vous êtes le père de la chrétienté, répétait-il, nous avons tous reçu avec amour votre prescription (mandatum). En témoignage de notre gratitude, <^ tant que nous conserverons notre charge de catho- licos, nous maintiendrons sous votre autorité le roi, les barons et tous ses fidèles ». Une autre fois, après avoir assuré Inno- cent III de sa prompte obéissance aux décisions du S. Siège, il priait le pape de lui envoyer l'anneau, la mitre et le pallium en signe de son affection pour le siège de Pierre et de l'autoriser, en même temps, à faire bénéficier des avantages spirituels accordés aux croisés les soldats de Léon en lutte avec les infi- dèles. Le 23 mai de l'an 1199, le roi Léon II témoignait la même gratitude et .le même dévouement à l'égard d'Innocent JII, auquel il donnait le titre de pape universel. Il affirmait « son désir de ramener à l'union avec la sainte Église Romaine tous les Arméniens, quelque dispersés qu'ils fussent » ; et il implorait le secours du pontife pour l'aider dans cette tâche et le soutenir contre les ennemis du nom chrétien. ^ 21. Le pape envoie le pallium au catholicos, un éten- dard de S. Pierre au roi. Celui-ci ne pourra être excommunié que par le pontife romain. — Ces hommages qui nous sem- blent sincères affermirent encore les bonnes dispositions du pape envers Grégoire Abirad et Léon IL Au premier il témoi- gnait sa vive satisfaction de lui entendre dire que le pape était le chef de tous les fidèles et que le catholicos avec les évèques étaient les fils de cette Église romaine, mère de toutes les Églises. Il loua son humilité, la pureté de sa foi, le proclama un organe important (magnum membrum) de l'Église de Dieu; et par l'intermédiaire de ses deux nonces les cardinaux Sof- fred (Geoffroy) du titre de Sainte-Praxède, et Pierre du titre de Saint-Marcel, il envoya au catholicos le pallium, cet insigne, disait-il, de la plénitude du pouvoir épiscopal. Innocent III, dans une lettre datée du 24 novembre, félicita également le roi de reconnaître chez le pontife romain cette « primauté de juridiction que Dieu avait fait passer de Pierre à ses successeurs » ; il lui annonça qu'à la voix du père de la HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE UE l'aRMÉNIE. 29 chrétienté de nombreux soldats avaient pris la croix et allaient lui prêter main forte contre les Sarrasins. Peu de temps après, un officier du roi, Robert de Margat, envoyé en ambassade au pape, l'assurait de nouveau que son maître s'était fidèlement conformé aux prescriptions du Siège apostolique, et qu'il for- mait le projet d'arracher la Terre Sainte aux Sarrasins (1). Aussitôt, le pape chargea Robert de Margat de remettre un éten- dard de saint Pierre au prince arménien (2). Ce fut pour celui- ci une nouvelle occasion de protester de « son immuable atta- chement au Saint-Siège, dont il désirait ne jamais se départir ». A preuve de sa sincérité, il rappela que, dans toutes les affaires importantes, il avait recours au pontife romain. Aussi, chaque fois qu'il marchera contre les ennemis de la Croix, il veut que l'étendard de saint Pierre soit porté devant lui, en témoignage de son respect et de son affection pour la chaire apostolique. Cependant, à travers toutes ces protestations réitérées d'obéis- sance, le fin politique poursuivait son but, qui était de se rendre indépendant, au point de vue politique et religieux, dé ses plus proches voisins. Les liens qui l'unissent à la chaire de Pierre, ajoute-t-il, sont si étroits qu'il ne veut ni ne doit être placé sous la juridiction d'aucune église latine particulière. En con- séquence, il supplie le pape de le soustraire à l'autorité de tout autre pontife, en sorte que nul, hormis le chef de l'Église uni- verselle, n'ait le pouvoir de lancer l'excommunication, soit sur lui, soit sur le^ Latins de son royaume. Cette requête de Léon, présentée par son ambassadeur le chevalier teutonique Garner, qu'il appelle son cher et fidèle soldat, fut agréée du pape; par l'ordre d'Innocent III, tout pouvoir d'excommunier le roi d'Ar- ménie ou quelqu'un de ses sujets fut réservé au pape seul ou au nonce du pape (I20I). A moins de vouloir taxer de pure hypocrisie la ligne de con- duite suivie par le roi à l'égard du pape, il faut en conclure que sa profession de foi catholique fut sincère. Si la reconnais- (1) Reg., ep. 1., II, ep. 252-255, 259; Migne, pp. 775-819. (2) La bannière de saint Pierre était un drapeau, sur lequel étaient représen- tées deux clefs surmontées de l'image de saint Pierre ou d'une croix. — La for- teresse de Margat (aujourd'hui Markab) est sur les côtes de la Syi-ie, à mi-che- rnin entre Antioche et Tripoli. Après qu'elle eut été cédée aux Hospitaliers (le 1" février), Robert de Margat s'était mis au service de Léon (Rej-, ouv. cité, p. 32). 30 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. sance publique et réitérée de la suprématie réelle du pape sur l'Église universelle n'empêcha pas certains lieurts entre le prince arménien et le pontife romain, il est juste d'observer que ces conflits, dont nous parlerons plus loin, eurent pour causes, non point quelque difl'érend d'ordre doctrinal ou même disci- plinaire, mais seulement des querelles politiques entre le roi d'Arménie d'une part, le prince d'Antioche et les Templiers de l'autre; querelles c^ue, par la force des choses, les légats du pape furent amenés à juger, et pas toujours dans un sens agréable à Léon. § 22. Mo7H de Nersès de Lampron. Ses dernières luttes pour runion contre les dissidents. Sa défense présentée au roi prévenu coidre lui. — L'illustre Nersès de Lampron avait vu poindre le conflit entre le roi et le chef de l'Église. Il n'en con- nut pas ici-bas la période aiguë. Il venait de mourir le 14 juillet 111)8, à l'âge de quarante-huit ans. Il avait disparu au moment où la cause de l'union religieuse pouvait le plus espérer de sa vertu, du prestige de son nom et de son éloquence (1). Il est vrai que, s'il avait gagné la sympathie et l'admiration des La- tins, de beaucoup de Grecs et de la plupart des Arméniens, il avait aussi rencontré dans les rangs de ces derniers un parti absolument rebelle à ses principes de conciliation. La lutte de l'éloquent et saint évêque contre ces fougueux séparatistes est trop honorable pour lui; elle jette un trop vif jour sur l'état politico-religieux de l'Arménie, pour ne point fixer un moment notre attention. Le plus souvent, nous laisserons parler celui qui en fut le héros, soit qu'il se justifie auprès de Léon II, indisposé contre lui par les accusations de ses adversaires, soit qu'il accable ces derniers et atteigne le roi lui-même des traits de sa parole tour à tour familière, ironique, véhémente et indignée. Léon II estimait sans doute et admirait Nersès. Informé de l'approche de Frédéric Barberousse, il avait désigné l'évêque de Tarse pour aller, avec Grégoire Dgha, au-devant de l'empe- reur. Nersès avait d'abord été arrêté au delà de Marasch par les Turkomans et avait vu massacrer une vingtaine de moines (1) + 647 = 31 janvier 1198 à 30 janvier 1199. Le ménologe arménien ct'lèbre sa fête au 9 août et au 17 juillet. — Vies des saints Arméniens, t. V. p. 344 et suiv. La lettre de Nersès à Léon, que nous résumons plus loin, a été publiée à Venise, 1865; elle est clans Dulaurier, t. 1 des Duc. Armén., pp. 579-603. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 31 ' et de laïques qui raccompagnaient. Un peu plus tard, au mo- ment où il se mettait en route avec le roi, on avait appris la mort du prince allemand. Les années suivantes, Nersès semble avoir été, tantôt approuvé, tantôt désapprouvé par le roi. Après l'élévation de Grégoire Manougli aucatholicat, il fut écarté de son siège de Tarse; puis il rentra en faveur auprès de Léon et prit part à la déposition du patriarche, dont il regardait l'é- lection comme irrégulière et funeste à son Église. Néanmoins sa bienveillance envers les Grecs et surtout les Latins, la faveur dont il jouissait auprès d'Amaury de Lusignan, roi de Chypre, et de Henri de Champagne, roi de Jérusalem, son zèle à ré- former quelques points de la foi et même de la liturgie armé- nienne avaient excité contre lui de violentes hostilités. Les prin- cipaux opposants étaient surtout groupés sur la gauche du moyen Araxe, autour d'Ani. L'ancien évêque d'Ani avait, pen- sons-nous, comme les évêques de Tovin, d'Édesse, de Kars, etc., signé les décrets du concile de Tarse. Mais les réfractaires avaient opposé au catholicos qui siégeait à Sis Tanticatholicos Basile et l'avaient intronisé à Ani. Autour de lui s'étaient rangés des auxiliaires aussi entêtés que remuants. C'étaient Grégoire Doudêorti, du couvent de Sanahin et plus tard de Haghpad, Jean de Sanahin, David de Kopaïr (dans le Daschir), les vartabeds Ignace, VartanetMékhitar de Khoraguerd; enfin les religieux de Tzoroked, voisins d'Ani et placés sous la juri- diction de l'archevêque de cette ville. Ces hommes, retenus sous l'étroite dépendance de princes infidèles, loin du cercle d'influence des puissances chrétiennes, pouvaient moins faci- lement que Nersès connaître et surtout approuver les raisons et la nécessité d'une union religieuse. N'écoutant que leurs préjugés, ils écrivirent à Nersès trois lettres, où il était violem- ment attaqué; ils dénoncèrent, en outre, à Léon II l'évêque de Tarse comme un dangereux novateur. Le roi craignit de s'a- liéner un parti influent, en ne tenant pas compte de ces griefs. D'ailleurs, il était trop enclin à subordonner les choses reli- gieuses à ses vues politiques pour applaudir au zèle brûlant du grand évêque. Il lui dit nettement que son ardeur excessive à poursuivre, coûte que coûte, l'union des Églises était le seul mais grave obstacle qui avait écarté de sa tête la dignité de patriarche. Il lui manifesta plusieurs fois son mécontentement 32 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. de le voir faire céder les barrières d'un nationalisme étroit, exclusif, devant les intérêts supérieurs de l'unité religieuse. Un jour, Nersès célébrant devant des Grecs le service divin voulut lire l'évangile en leur langue; le roi qui était présent le lui interdit. Léon II était donc un peu prévenu contre l'évêque de Tarse, quand lui parvinrent de nouvelles et plus violentes accusations de la part des moines de l'Arménie orientale. Aussitôt, il en- joignit au frère de Nersès, Héthoum, seigneur de Lampron, d'aller le trouver et de lui interdire, sous peine de déposition, toute réforme disciplinaire dans l'Église arménienne. Mais le saint évêque, qui avait puisé dans la prière et l'étude les principes inspirateurs de sa conduite, était inaccessible à la peur aussi bien qu'à l'ambition. Il adressa au roi, qui était son parent, une réplique à la fois ferme et respectueuse. Cet écrit, composé vraisemblablement vers le printemps de 1198, fut le testament religieux du grand évêque. § 23. Hauteur de vues, caractère de V apologie de Nersès; tout mérite, où qu'Use trouve, provoque sa sympathie ; paral- lèle entre sa tenue ecclésiastique, sa conduite et celles de ses détracteurs. Ce qui importe, c'est l'unité dans les dogmes, non dans la discipline; autorités en faveur de Nersès; il rétorque les objections du roi: — La marque caractéristique de sa lettre est une largeur et une élévation de vues qui con- trastent avec l'étroitesse d'idées de ses adversaires. Il n'est pas choqué de voir les prêtres occidentaux se raser la barbe. Il apprécie les hauts motifs qui leur ont fait imposer le célibat, grâce auquel ils peuvent se dévouer corps et âme aux fonctions sacerdotales. Ce n'est pas, certes, que les Francs soient à ses yeux sans défauts. Mais, ajoute-t-il, ce qu'on imite d'eux, c'est leur manque de retenue, non leur foi active, non leur générosité et leur zèle à élever des églises, à fonder des paroisses dans tous les lieux où l'on peut réunir des fidèles. Eux seuls, pour- suit-il, ont érigé un évêché et une église à Marasch et à Kessoun, bien que les Arméniens y fussent établis longtemps avant eux; ces mêmes hommes, à mesure qu'ils se sont installés autour de ces deux villes, ont élevé des églises dans tous les bourgs qui en dépendent. Peut-être Nersès pousse-t-il un peu trop loin le contraste au détriment des Arméniens, quand il représente HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 3o leurs évêques retirés dans des monastères, et ne s'occupant que d'ordinations, tandis que Sis est sans évêque et sans évèché, Anazarbe dépourvu de zélés pasteurs, et qu'Édesse, Samosate, bref toute la Mésopotamie manque d'églises et de prêtres dé- voués. Il s'excuse ensuite de prendre à partie ceux qui prétendent le juger. Excommunié par eux, il ne les excommunie pas. Cepen- dant, il a été blessé au vif de leurs violentes injures, de leurs graves accusations. Déjà, sur les plaintes du roi, il avait fait parvenir à celui-ci une première défense; mais Léon semble n'en avoir guère tenu compte; et il paraît toujours ému par les mêmes allégations. Aussi, le ton du prélat indigné monte par degrés et il s'anime jusqu'à éclater. Il adjure Léon II de com- parer sa vie et ses actes à ceux de ses adversaires. S'il trace un tel parallèle, ce n'est pas, sans doute, pour avoir la triste et stérile satisfaction de décrier des rivaux, mais pour justifier sa doctrine; cette doctrine qu'il ne veut pas laisser avilir et pour laquelle il est prêt à mourir comme saint Jean-Baptiste, décapité par Hérode; comme saint Houssig, assommé par le roi Diran; comme saintNersès I", empoisonné par le roi Bab. Vient ensuite le tableau de sa vie sacerdotale : 11 offre tous les jours et publi- quement le Cbrist en sacrifice à son Père. Pendant la céré- monie, il se tient tète nue, revêtu des habits sacerdotaux, con- formément aux prescriptions de saint Paul et des saints Pères. L'évêque d'Aghpad, au contraire, célèbre la messe, revêtu de la pelisse, la tête couverte du capuchon long de deux empans. Ses adhérents offrent le saint Sacrifice, vêtus de la saccoula grégorienne et d'un manteau noir ou violet (philon), séparés des fidèles par un rideau, n'observant pas plus les anciennes règles de la liturgie que les lois de la hiérarchie. Mais on ne lui reproche pas seulement d'avoir changé, pour la célébration de la messe, le vêtement des anciens. On lui fait, de plus, un crime d'être en communion avec tous les chrétiens. Loin de s'en excuser, il s'en glorifie. Peu lui importe, dit-il, les divergencespurementdisciplinaires, les usages et les observances diverses qui ne sont pas d'institution divine. Ce qu'il cherche chez les Égyptiens, les Syriens, les Grecs et les Latins, c'est l'accord dans l'unité de foi. Il maintient contre ses détracteurs que sa ligne de conduite est bien conforme à celle des plus illus- ORIENT CIIHÉTIEN. Q 34 REVUE DE l'orient CHRETIEN. très catholicos de T Arménie ; et il se réclame de la profession de foi, des exemples et des institutions de Grégoire Vgaïacer et de son neveu Grégoire, que le premier, en quittant l'Egypte (1076), avait établi, sous le titre d'Aradchnort, directeur spirituel de ses compatriotes. C'est d'eux qu'il emprunte l'ordre et la forme de la liturgie et les règles essentielles qui conviennent aux religieux : consécration à Dieu, pratique de la pauvreté et de la vie commune; à leur exemple, il veut que les prêtres séculiers soient soumis à une direction vigilante, à des examens et des confessions fréquentes, et s'occupent avec zèle à décorer les églises et à célébrer solennellement les fêtes. Sans doute, ces règles austères ne peuvent trouver grâce devant Basile d'Ani et ce « ventru de Doudêorti qui aiment à faire bombance, en compagnie de séculiers ou même de chanteuses » ; le dernier néglige de remplir les fonctions sacrées, ne forme aucun dis- ciple, se révolte contre son supérieur ; et si grande est son indif- férence religieuse, qu'il traite plus volontiers avec les Turcs qu'avec des chrétiens de rite différent. A ces adversaires qui sont, d'après lui, aussi bavards qu'i- gnorants, Nersès oppose l'autorité des graves personnages qui approuvent sa conduite, en Cilicie, dans la Montagne Noire, dans le Vasbouragan et, en particulier, au couvent de Varak. Les évêques et les prêtres de Daron, d'Éghéghiatz, son maître Etienne Diratsou sont ses défenseurs; le catholicos Grégoire Abirad, comme jadis Grégoire Dgha, pense comme lui. Il compte, enfin, de nombreux partisans de ses idées jusque dans l'Artsakh et l'Albanie, au nord-est de la Grande Arménie; et il s'attend même à voir bientôt son fidèle disciple, Joseph, devenir catholicos des Aghouans. Pour tous ces motifs, le roi, poursuit-il, doit s'attacher à con- sidérer, au milieu des divergences disciplinaires, l'unité dans les dogmes et reconnaître, comme le proclame l'une de leurs hymnes, que l'Église arménienne a été bâtie sur le fondement posé à Rome. Et puis, Léon II, par son exemple, ne l'auto- rise-t-il pas à garder quelques usages latins, qui d'ailleurs n'in- téressent pas la foi? Que le roi, en effet, abandonne, le premier, lui dit-il, les coutumes féodales empruntées aux Franks : « Ne tenez point la tête nue, à l'instar des princes et des rois franks; mais coiffez plutôt le charpouche (turban) de vos aïeux; laissez, HISTOIRE POLITIQUE ET RELKUEUSE DE l'aRMÉNIE. 30 comme eux, croître les cheveux et la barbe; revêtez le large et épais toura (manteau en poils de chèvres) et non le pilon (manteau de pourpre) et les habits serrés autour du corps. Montez des coursiers couverts du caparaçon (djouschan) et non des chevaux couverts de la housse franque (lehl). Prenez les titres d'émir, de hadjeb (gouverneur de ville ou chambel- lan), de marzban (gouverneur des provinces frontières), de Espalassar (commandant), et non pas les titres usités chez les Latins : Sire, Proximus (assesseur^, lieutenant, intendant), con- nétable, maréchal, chevalier. — Rétablissez l'ancienne éti- quette des Perses et des Arméniens, et nous célébrerons la messe, comme les gens de Tzoroked, avec la saccoula, le ve- larium (capuchon noir de forme conique placé sur la saccoula) , nous revêtirons la pelisse grossière au lieu de la longue tunique de lin prescrite à Aaron par le Seigneur. A l'imitation de ces moines et de leur ami Basile, nous boirons dans des coupes ornées de petites sonnettes et nous nous plairons à banqueter au milieu des Turks. Mais, puisque Votre Majesté ne veut pas abandonner ces habitudes raffinées des Franks, pourquoi re- jetterions-nous les règles admirables que nous leur avons em- pruntées, pour la gloire de la sainte Église? Tel l'usage de chanter sept fois le jour, à l'église, le divin office; tel encore, l'usage de distribuer, le mercredi et le vendredi, du pain et des fèves à des centaines de pauvres. — Quant aux pratiques disciplinaires qu'il accepte, comme la séparation de la Nativité et de l'Epiphanie de N.-S. et la licéité des troisièmes noces, il est prêt à en montrer l'accord avec les livres arméniens. Léon II fut persuadé, semble-t-il, par ces raisons; et il im- posa silence aux détracteurs de Nersès. Mais les opposants ne furent désarmés ni par l'ordre du roi, ni par la mort de l'évêque de Tarse. Ils continuèrent une agitation qui, en relâ- chant les liens des diverses parties de l'Arménie, soit entre elles, soit surtout avec le centre indestructible de la catholi- cité, contribueront puissamment à entraîner la. ruine du petit royaume. § 24. Le catholicos Jean le Magniftr/ue, son caractère; son opposition contre Léon II, (jui fait mettre à sa place David; autre anticatholicos à Sébaste; Jean fortifie Hromgla et finit par se réconcilier avec le roi. — Cinq ans après Nersès de 3G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Lampron, mourut le vieux patriarche Grégoire Abirad. Avec lui s'éteignit la familledes Pahlavounis (4 mars 1203). Sur l'avis du roi, la dignité de catholicos fut conférée à l'archevêque de Sis, Jean VII. Ce personnage présente un singulier mélange de grandeur mondaine, de faste, d'humeur belliqueuse, avec des aspirations élevées, un sens droit, religieux et même catholique; assez semblable, au demeurant, à certains évêques, à ces batailleurs du moyen âge que leur allure de grand seigneur, d'homme de guerre ou d'homme de cour n'empêchait pas, le cas échéant, de se prononcer énergiquement pour l'union re- ligieuse contre toute sorte de schisme. Les Arméniens, accou- tumés à caractériser par un surnom la qualité ou le défaut do- minant de leurs catholicos, appelèrent celui-ci Medzabaro, le Magnifique. Il était de la famille des seigneurs de Lampron, et cousin de Nersès et de Héthoum-Élie, auquel, nous l'avons vu, le roi avait déloyalement enlevé sa principauté. Comme tous les princes de sa famille, Jean était un linguiste et un lettré. Actif, entreprenant, il tenait par ses talents le premier rang après Nersès. Son savoir l'avait fait désigner par Léon comme chancelier du royaume et juge des différends entre les Occidentaux établis à Sis. Le roi, si habile à s'entourer d'utiles auxiliaires, s'était jadis servi de lui pour enlever Grégoire le Qaravêj de Ilromgla et le remettre entre ses mains. Cependant, l'accord entre Léon et Jean devenu catholicos ne se maintint pas longtemps. Nous l'avons dit: Jean Medzaparo avait l'allure d'un prince séculier plus encore que d'un prince ecclésiastique. Fastueux, libéral jusqu'à la prodigalité, tenant une table qui pouvait rivaliser avec celle du roi, il ne craignait pas, non plus, quand ses intérêts ou sa conscience l'exigeaient, d'entrer en conflit avec l'autorité royale. L'an 1207, on ne sait pour quels motifs, Léon fit saisir et tenir en prison pendant un an le sébaste Henri, seigneur des châteaux de Camardias et de Nor-pert (dans la vallée de Séleucie), avec ses trois fils Constance, Josselin et Baudoin. Or, le sébaste Henri était le beau-frère du catholicos. Celui-ci intercéda pour ses parents; puis se voyant rebuté, il se détourna du roi et laissa paraître, en maintes circonstances, son vif ressentiment. Léon irrité outrepassa les limites de son pouvoir. « Il déposa le catholicos, avec le consentement des prélats et des barons de la Cilicie », HISTOIRE POLITIQUE ET RELIflIEUSE DE l'auMÉME. 37 et fit élire à sa place David, archevêque de JMissis et abbé d'Arkagahni, le prélat qui tenait le premier rang, après le catholicos Grégoire, au sacre de Léon. David établit s-a rési- dence à Sis (1207-1210). Tous les Arméniens, néanmoins, n'acceptèrent point comme légitime le nouveau catholicos. La division, ce mal endémique de l'Arménie, en fut accrue. Déjà, après Basile d'Ani, Ananie, évêque de Sébaste, s'était déclaré indépendant. S'appuyant sur la protection du sultan et s'autorisant d'une prétendue parenté avec Pierre Kedatardz, il érigea son siège épiscopal en un patriarcat, qui devait subsister quatre ans. — Quanta Jean VII, il se retira à Hromgla; et, toujours défiant à l'égard de Léon, il acheva de faire de cette forteresse une place formidable. Malheureusement, pour subvenir aux frais de ces fortifications, il dépouilla l'église de ses objets les plus précieux, or, perles et diamants; et, au scandale des contemporains, comme en témoigne le connétable Sempad, il fit disparaître jusqu'aux plus magnifiques souvenirs laissés par les catholicos Pahlavounis, notamment le reliquaire en or et argent, monté de pierres pré- cieuses, légué par Nersès Schnorhali, etc. — Comme s'il n'était pas encore suffisamment protégé par les épaisses murailles de Hromgla, il excita contre le roi le sultan d'ikonium, Keï- Khosrow, qui, à son instigation, s'empara du fort de Pertous (1208). — Pourtant, deux ans plus tard, le catholicos David étant mort, Héthoum-Élie, abbé de Trazargh, parvint à réconcilier Léon avec Jean VII et à faire rendre à celui-ci son ancienne dignité (1209-1210). § 25. Hommages de Jean le Magm'fit/ue à la primauté du pape; il reçoit le pallium; visite ad limina; présence aux conciles cis-marins. — Il est assez piquant de constater que l'accord de Jean VII avec le pape Innocent III (1198-1216) et son successeur Honorius III (1196-1227) fut, en dépit de quelques malentendus, plus intime et plus constant. Dès le mois d'octobre 1201, étant archevêque de Sis et chancelier du roi, il écrivait à Innocent III qu'il « reconnaissait la primauté et le magistère du Siège apostolique » ; il s'engageait à pousser de tous ses efforts le roi, les barons et le peuple d'Arménie à l'union avec TÉglise romaine. Enfin, il sollicitait instamment deux faveurs, en témoignage de l'affection qui l'unissait au 38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Saint-Siège apostolique. C'était de lui accorder l'anneau, la mitre et le pallium, avec l'autorisation de confirmer, en faveur (le soldats de Léon, les indulgences concédées par le pape à tous ceux qui passaient la mer pour aller combattre les musul- mans. Innocent III félicita le catholicos de « son ferme atta- chement au magistère et à la primauté du Siège apostolique », « de la pureté de ses croyances » et de « sa résolution de ramener à la foi catholique tous les Arméniens ». Il lui annonça, en même temps, que ses deux nonces, les cardinaux Geoffroy, du titre de Sainte-Praxède, et Pierre, du titre de Saint-Marcel, lui porteraient le pallium, « cet insigne de la plénitude de la charge pontificale (1) ». La remise tlu pallium au catholicos Jean eut lieu en 1205. La cérémoni'e fut précédée de longues délibérations entre les nonces apostoliques et les évêques arméniens, pour amener le plein accord de l'Église arménienne avec l'Église romaine. Grâce aux efforts du roi et du catholicos, les Arméniens ac- ceptèrent enfin tous les points essentiels qui leur étaient proposés. En leur nom, le catholicos, comme on le voit par la lettre de Léon et celle de Jean VII au pape, prêta le serment « d'obéissance à la sainte Église romaine, en présence du car- dinal Pierre ». Puis, ayant reçu le pallium des mains du nonce, il promit de visiter tous les cinq ans, en personne, ou par dé- légués, le centre de l'Église romaine, comme étant la mère et la maîtresse de toutes les Églises. Jean VII promit aussi d'as- sister, ou en personne, ou par ses délégués, aux conciles qui se tiendraient en deçà de la mer; et l'on convint de part et d'autre que ces conciles n'auraient point lieu , sans que le catholicos fût invité à y prendre part, en personne ou par ses envoyés. {A suivre.) Fr. TOURNEBIZE. (1) Rer/., 1. V. 47 et 48; VIII, 119, liO. Raynaldi, ann. 1205, n. 30-40. aligne, t. CCXVI, p. 692; Baluze, Gesla Innoc, cxvii; Balgy, p. 64-65. Il est regrettable que le livre de Ter-Mikélian, bien documenté au point de vue exclusivement gré- gorien, le soit si peu, à un point de vue plus large. Il ignore les nombreuses lettres écrites au pape par les rois et les catholicos arméniens; cf. Die Arme- nische Kirche..., p. 115 et 116. VIES ET RÉCITS D'ANACHORÈTES (IV^-VIP SIÈCLES) I. — ANALYSE DU MS. GREC DE PARIS 1596 PAR F NAU II. — TEXTES GRECS INEDITS EXTRAITS DU IIÉIIE MS. ET PUBLIÉS PAR Léon CLUGNET {Suite) (1) Le scholaslique d'Ascalon, dont les œuvres de charité sont miraculeusement encouragées par Dieu. 1 . — * <ï>t>.oy picToç Tiç cyo'ko'.aTiy.hq yayovsv iv A'j/.a'Xcovt l'y wv * p. 370 ^è Yjv aÙTOu r. cu^y^TrocGeia, ojcxe tov olx,ov aÙToO ^£vor^oy_£Tov x.aTa- (j/teuaGoci, )tal Ù7ve^£)(_£T0 xxvTaç, £^aip£TOj^ ^à Toù^ [7/jvay_o'Jç. ï'/^wv 5 c)è x,Tri(7i.v 'KoXk'/iv, TaoTviv ^izanci^i zlq t'/iv (pi,'Xa()£7v^iav àv7i'Xi.<7'/£, /,ai où p,rJV0V ToTç £7ri071[XOU(7lV £VT0TT101Ç TTjV fiÙaTClayy Viav £7Tr£0£flx.VUTO, àXXà xal Tolç £tcI Ç£VOt.? [7/jva<7T-/ipiotç 7C£7rovri[/,£votç. 2, — 'Ev olq ï'vxiyv^ aùrov Trorè tw y.aipoî £V w £[J.£'X'X£ toI^ i-\ ^iv'r\q TC£[j.iV£i,v 'XsiipÔviva!. x.y.xa'XÉTTTtov, xal io P^^ (~) ^'^"^ to-jtw ïva 10 po sjxtto^igG-^ Tviç 0 ia^O'7£tO(; . xal Iv to) /.aOé^^ecBa'. aùrov £v tw o'txw (j'jvvouv, àvÉpyexai ô p£(JTiy.pcoç T-Eyo^v 7rp£'jé'ÙTViv Tivà ()£7;£iv aÙTOv (1) Voy. vol. VII, 1902, p. GOl et vol. YIII, 1903, p. 91. (2) Sans doute èôuacpopeu 40 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. C'jvTuyEÎv, x.y.1 èx£Tp8(];£v àvsT^Oeîv aÙTo'v. '/iv 8ï UporpeTC'/i; rw sï^ei. •/.ai cîiç £/.à6i(7£v 7;£y£i 7:poç aOrov « ti 'X'j7:7i«7ai, xûpi G^rAacxi/.s ; » 6 Se (pTiGf (C dix Ta; «[xapriaç jaou ». oÛTcoç yàp si/^sv à'Ooç ").al£lv. ./.al T^zT-iv £X. ^£UT£pou 7.£y£i aÙTÛ* « val, val, yXkx alV/iv X'jxyjV £y__£i(; ». à 8e tzvXw tov aùrov àTTExpiO'/i VJyov. -/.al 'X£y£i aÙTw to 5 TpiTOV « x,al T;^-/] eI-ov (701 OTt oXkri'i £)(_£i.ç 7.'JTCYiv t( O'Jv [;-£pt[xvaç /.al GTuyvz'C^'? j Q'^"''- oi(^a<; oti ô Osdç Ittiv ô [X£pt.[;.vcov /.al (ppovTi{^iov TixT'/iç TTvovi'ç; » /.al £|£V£y/.aç £x, Tou /.o7>7vou aÙTOu àivo/.oy-êiov <^£'- ^(o/.£v aÙTco }iycov « tàoù £y£i; Tpiax,o<7iwv vo{X[G{ji,aTcov /.aTxXexTa, xoiviTov O'Jv Tr,v xarà Guv/îO£iav Sia/.oviav ». ei^jeIÔwv oè ô cj^^o'XaGTt/.oç lo £0-/;/.£ TO à7:o/.o[xét,ov £iç TO àp[;.àpiov, xal è^eT^Gwv où^Éva sOpe, /.al vîp^aTO àyava/.T£Îv /.aTa twv sv tû oi/.w Tcapaytop'/jçàvTcov xaT£>.6£'.v TOV 77p£G&JT71V TTplv '/) TCOl'/l'(j£l EUJÇ^rlv. ol §£ ^l£ê£é'atOllVTO [/.eQ' Op/.WV j7//l^£va £(opa/.éva!, to C'jvoVjv. /.al /.a'XETaç tov ocTiapiov rîpçaTo /.à/.cîvov È-iTï^./iTTciv (î)ç TraoaywprjCavTa àx£7.0£Îv tov ayiov. ôixoitoç 15 o£ /.al oÛTOc Ta aÙTa toîç xpÔTOiç à7r£l£'y£T0. t6t£ guvieIç £/. Ofiiaç ouva[7,£toç y£vov£vai tyjV ot/.ovojxiav, -£(7cov £-1 rpoGtoxov [/.£Ta oa- p. 371 /.p'Jtov ToiaoTaç* vpui «piovaç* « tiç £t[;.i 6 oi/.Tpo; /.al à[J.apTC'Ao;, xup'.£, OTI ToiauTa ot/.ovo[X£i; £iç £[7.£ TOV ava<;iov; » 3. — Kal yàp alT^OTe y^v.oLç aùxw tic, t-/iv TOia'JT-/iv 0'!/-ovo[i.iav 20 y£Vojx£vr,; Sûo y.ovayo'jç £(pr,G£V £'G£7v0ovTa; à£àco/.£vai aÙTw )(^pi)Gtou /.avviv TCo<7oV/;Ta. to? ^£ y.à/.£ivou; 7uap£/.àl£i TroiTjGai soyviv /.al àyâuviv [A£t'' aÙToO ^iyo'jGiv aÙToj" « £i; toÙç âytou; AtyuTTTiouç /.aT£7vû(7a|/.£v, àWy. TVi copa 8r,\oi,ot£ ^3 TO'j TC160U £V w TO È'T^aiov Tviç Sairzvviç >,£i']^avTOç OEwp'/iTa; ô ■AcXky.o'.r-rç Ig/.suteto eÎ'TteIv tw [7.axapÎT-/i ilatou çpovTîSx 30 7:oi-/,c7a(70ai /.al £7:i"Xa06'J.$vo; Tcpo; /.aipov, to'j Oeoù ôoviyoOvTOç, tWn'yJiz §t,à yp£Îav Tivà £v tw /.E'XT.apûo x,al eûpiV/.Ei tov xpô oXiyo'j /.£vùv 77tGov x£77'X'/ip(0[7.£vov /.al 0" £p£/./£ovTa TO l'iaiov. TO'JTO o£, oùy aTTa^, à)Jà /.al 77oX7.axi; D.£y£ yivza^ai. /.al èXOcov à-*/}yy£iX£ tw £v âyioiç. /.al y.aTav'jy£lç £i^a/.pu(7£v, ÈT^u-riBvi ô£ oti àv/{yy£'.l£ tivI, Xéyoiw 35 (( èvcTvdoïicra; Tvi oiXiOVO[j,ou[7.£VY| £Ù).oyta ». VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 41 . 5. — TaOra ne ôiriyYi<7z[X'/iv, àosX^pol, 6au[/.îc(^cov tt/V to'j Oeo'j àya6oT'/)Ta, ^toç [a.i/.pà(; à^poppiàç \ai]j£'ki()iv Û7i:èp [xsxpov iia^éyei xà yapif7[7.aTa. xa'Xov oùv s>c tcjccviç rWa[j,sojç eTCiSsixvuaOai, ttjV sic à>.- V/l7>ouç (jufATVicOeiav.. . toû' Geoû ^'â^^-ov £7i:i)(_opyiyo0vTOç tîoÔç tviv £x.a(7Tou TCpo'Geaiv. Le moine jaloux d'un de ses confrères. 1. — * 'Hv TTOxè [j.Qvayoq àvaj(^(op-/lTviç tuzvi» (^laxpiTixoç. xal * P- 371 TiÔele [/.sivai etç xà xs'X'Xia, x.al où/C £upt.c7/.£ Tupôç xo Trapov xax' îr^tav. r.v ^£ l/CEt ys'pojv £X.wv xzXkiov Tvapà [/-spoç xoù 7vap£/.zl£'7£V aùxov "kéycov (( d£'jpo [j-£Îvov £Ïç xo X£7^>.iov )) , y.cà à7v/i'X0£V. •/îpyovxo oùv 10 xivèç àf^£'X(pol xpoç aùxôv wç icpoç ^évov, (pÉpovxsç aùxw xo xax£uo- oo'j[X£vov ïva toçp£7v-/i6coat. /.al aùxoç £,£y£i' « £Î7:£, TTzxep, ô'xi "^'XéTCw y.e'X'Xiov x,al ù— ayto ». iza.'kiv [X£xà 20 oùo •/i[/.£paç "kéjtv « y7vay£, £ITC£ aùxw Ôxi iàv ir/i à^ccyio^'/iri-fiq, £yà> ï^yo[j.a\ Y.cn rz-êoclco c£ £v pxêow ». à7ï'^^^G£ r^£ xpo; aùxov x,al >.£y£i aùxcV « TiXOU'jfiv 6 àêêaç [j.ou ô'xi àa6£V£Îç /,ai tczvu IutteT- xai, /.al àTC£(7X£i'X£ \j.z £7i:ir7y.£'|acOai ae ». /.al \iyzi aùx(o" « £ix£ aùxw" oià xwv cùyCi'^ cou /aAw; syw ». /al àTV£pj(^£xat. /al "kéyu 25 aùxw 7r£pl aùxoù' « £t7r£V â'ojç xvji; /upia/Tiç, /al £/êaivco G£V/i'[j.axt, xoO ()£0Ù ». 3. — Clq oùv •/i'XG£v VI /upia/T; /al où/ £Qrj'X6£, 'ka.^jio'j x'/jv pa'- ê^ov ô yÉpcov àiT'^'XQs xoù (^vipai aùxov. /al 7;£y£i aùxài ô y.y.^r,Tr,ç aùxo'j' a [7-£Îvov, TTpo'Xaêco £yô>j T^xxsp, [J//;77W.; £Ùp£6cO<7tV £/£Î XtVÈç 30 /al c/av^aXiOwn!, ». /al TrpoXaê^ojv X£y£i xoi yspovxi' « ùWj, o àêêà; [J.OU £py£xai 7rapa/a7^£(jai a£ /al }^aê£Îv £t; xr^v /£*A};av au- 42 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Tou ». wç ol vix.ou(7£ Tvjv àyx-*/iv ToG yépovTOç, ■fî\bev ai; à7ravTr,(jiv aÙToO, j^yA'Xwv aÙTÔi [i.cTavotaç aTiro [/,ax.po6£v xal "Xsycov « p//i T/CuV V/îç (1), xupi à^Sa, eyco £p-^o[J.ai. Tcpôç ttiv àyicoTuvYiV cou, x.al auy- ycopTiCrov p-oi ^tà tov x.upwv ». xoçl sl^ev ô Geo; tyîv èpyaGtav toO V£{o-£pou /.al x,aT£Vu^£ Tov àêêav aÙTOû. xal pivj^aç t-/iv paé^ov £to£- ^ y£v £tç TOV aTTTaGaôv tou y£povToç, >tal xpocpOsccaç aÙTov -/iTTCzcraTO, xai T.'K'/iya.yev elq to x£>>7.îov aÙTOù wç [j,r,^£v àx,ou(javTa. i. — Asyei oùv ô yspwv tw [AaGviT-^ aÙTOO" « où^lv £l7V£ç aÙToJ wv EtTTov (Tot, ; )) 0 o£ eiTTev « o'jyi ». xai eyapvi 7:avu. iiaccycc- ytbv oùv TOV yÉpovTa àv£7rau(7£v aÙTov, y.al k'yvco ôti tou «^laêoXou 10 YIV 6 ^GoVOÇ, Xxl 7VpOCXt7UT£l TW [7.aG*/lT'?î aUTOU 'XÉyOJV « (TU [XOU £Î TraTYip (XTiàpTi,, xàyco aou [xaGv;Tyi!;, ô'ti ^iz t^'ç èpyaaia; cou a[ ij^uy^al Twv à[^(poT£p(ov ècciÔvicav ». Vie abrégée d'Euphrosynus, le cuisinier. p. 400 i- — * Bîo; cuvTOjv-oç Eùcppocùvou [/.ayaipou. oûtoç ô £v àyioiç iza- T-/ip •/îawv Eùcppo'cuvoç £v x(oj7//i Tivl ysvvviGelç xapà. tcictwv yo'vecov 15 x.al àypoiVaoi; àvaTpa^elç, ypa[x[xaTa [7.vi [;-£[AaG"/iy.wç, ào'xvwi; Taç ev- TOlzÇ TOU GsOU £7rOt£l. SIC T£"X£iav ^£ (pGxCaÇ ■ffklY.ioiV TOV )to'(7{/.OV à7:coc7.[X£V0(; Tïpôç xoivo'êiov £Spa[X£, to ^£ àyy£>tx.ôv y.al àytov ayri^xa. àu.(Lia.a^t\ç, T/jV tou ypicTou Ta7r£tvcoct,v £V£/,o7.7rw(jaTO wç oùS£lç à*X- >;o;, /caGwç TO xÉpa; £^£t^£. >caTa(ppovr,G£lç yàp wç iouotyi; à£l ttiv 20 TOU [j,ay£ipiou cppovTiSa [xovo; évEiricTeuETo, xal TzoXkki; [7-àv /cpuuTaç Èpyactaç y.aG' éauTov £'I7£t-/i<'ΣU£v, olov vvicTeiav, àypuiirvixv, irpoceu- y/iv, yajAauoiTia.v, Tvpo ^i toutcov xal [j.£T5C toutcov àya-rtviv xpo^ xzvTaç y.otl ijTCay.or,v xal capy.o; y.aGapoT*/îTa, àaxpuov oè àoizTvau- I7T0V, àfl yàp Tviv tou TCupô; àvGpay.i5cv pX£7ro)v val £tç to aùoviov 25 p. 401 TTÛp cuyy.pivwv y.al àvaTUTrtov où oU'kzi'KS, xocç 7ra p£i.àç tt'Xuvwv toïç r^ay.ouciv. •/icêo'Xwvivoç èï côv s/, Tviç tou [/.ayeipiou ^laxoviaç T'/i'v Te czpy.a x.al tov yiTiova £Ùy.aTacppovviTOç toi; Traciv iTuyyoï.'iZ'^ . (1) Cod. (Txu).£t;, avec un deuxième X ajouté au-dessus du mot. VIES ET RÉCITS d'aNACHORÈTES. 43 ovraç TOÛTOv [xei,ovw>; £ooi;aa£v. '/iv oà £v tw aÙTw xotvoêuo tcqe- cê'jTepoç eù'ka.ëéaxxTOç xal iixn-/]^ àpsTYi; à7ïpor70£r,ç, x>al T,7/J£v aùxw TTOxè â'vvoio. waT£ TrpoGOsîvai si^ 'kS.gccv Tr,v y.G7.riGi^ aÙTOû £v tciti. 5 ypovot^ Ô(jr,ç ouvzjJ-Ewç £ly£v È/AixapEÎv t£ to 6£rov -/.xl 7.£y£t,V* « x.upi£, ofiî'^ov [j-oi à "kéyzi ô Oeioç àTTOGToT.o; àyaGà à ■}\xoi]j.riGy,ç TOtç àyaTTcoGi ce ». 3. — Toutou ^à [j//] |7-ovov £vGu{/.yi9£VT0ç TauT-/iv ttiV è'vvoiav àT,!' •/l'oYl /.xl TeXo^ XaêoUGYlÇ Tviç TOiaUTTlÇ SÙy^Ç X.a6£UO0VT0Ç aÙTOU £^ ^^ TÔi /,);ivi^uo aÙTOu, ■ôpTCxy/i ô vouç aùxoO xal £Ûp£'6-/i' £V 77apao£ic7co olov oij^£7t:ot£ out£ aÙToç etS£V 0'jT£ oiXkoq Tiq ^eoiaccG^cci vi^uv/i^-/). £lj(_£ yàp oe'v^pa n:o).là /.al iroixiT^a xai TCa[;-(X£y£Or] x-xi -jvaaviç o^|;£wç TrappïiTvT^ayjxsva. "£y£[j.ov ^à xitavra tov xapuôv uxèp tviv twv cpul- Itov x'Xvic[xov/i'v. TOiouTOv ^£ xxpTTOv dyov £'j^pouv /.al £Ù[X£y£6yi xal 15 suoTi^ov côç [;!,7i^£'7roT£ ppoToî'ç ôexG-flvai ToiauTa. ùttoxxtco c^£ twv ToiouTtov ^sv^pojv uf^xTa TCoT^là 'l'uypx xxl ^lEt^ÉcTara xai irav £t(^oç [AUpifTTl/CWV £X,eîC£ TC£(pUT£U[X£VOV "/IV. TCXCa 0£ £ÙOJ^ta £K£iO£V £^£- x[£[x]7r£T0 ô)q ho'AS.l'^ TûV écTTCOTa £V XOlTÔivi {7.Up£(|^t/-W OcGpOCOÇ eiCTC'/l- • orlcavTX. £V toutoiç tôv ^ievoeTto X£ycov « àpx xivoç ô tvi'Xdcoùtoç 20 Tîapx'èo^oç y.ai (poêepoç xxpa^e'.TOç xxl ti; o toutov cpu'Xxcfjtov ; » y.al wç Taûra xxO' éauxôv è'T^eye, ^léizei £V to) [7.£(jcp écTWTa tov Eùçpocuvov £X£Î'vov 7C£pl OU vi[xtiv Ô T-Oyoç, xxl coç eio£v xÙtov è^£- TïXzyvi x,al cpïiGl xpôç aùxo'v « ti xoietç wo£; » ô ^l (7->cy£t.poç Tupoç aÙTOv £l';r£v (( £1 Ti Tuoulç, 0 TraTTjp [xou, xàyoS ». o t£p£Ù^ d-Ke' 25 C( TIVOÇ ô 77apaO£l'70.; OÛTOÇ; )) ô EÙ; xùxo'v * (( syco [jiv, àc)£}^(p£, ôiç y'.v(orr/,£t(;, £i xxl àvx^uoç, * p. 402 'xkV oùv xal Σp£uç £Î[7,i /.xl où xwv TCoT^lôiv àX>.à xwv Èxicpavcôv, /.xl 30 où xouxo [j.o'vov y.W TiO'/] crr,[X£pov xpixov ypovov TrexT^Tipcoxa [x-/] /.opé- Gx? XTiV /.oi>.{av [7.0U [j//i'x£ xpxou [;//ixe ù^xxoç, [7//{x£ xoïç {i^Eipapo!,; [7,ou vuaxxyi^-ôv f^ûùç [7//i^£ scvaTCauTiv xoTç /.poxa(pot(; {/.ou /.xxx xov [;-a/.apiov TrpocpvfxTiv , cù-V xsl vu/cxoç xxl •/ip.spx; £àed[j(,7iv xou OcoO OsxcracGxi [J-époç X'. £Q (Ôv •/Îxoi[7,xg£v 6 Geoç xol^; àyaTTÛciv aùxov, /.al ^-"^ ùîoù [j,o)^i.; TilGov ÈvxxOOa /.al r,9£>.ov [7.a6£îv xapa xivoç £l oùxo^ £(7Tiv ô £xoi{/,acGet(; xo'xoç xolç x^/axcoçi xov Gsov ». o r^s Eùcppocuvd^ 11 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. •"pyici Tipoç Tov îspea" (( h,'i'i piv, tîixie TTOCTep, w^ yivcôa/ctr, à[7jj-/iToç Xe'yei o aTrocTù^o;* « z o o'^ÔxXjj/j; o'j/. eii^e /,xl ô o-jç où/. Y,y.o'jc£ « xal £7rl /.apr^iav àv6pw7ro'j oùx, àvéêr, y. •/Îtoi[xx'7£v o Oeôç toîç àya- « TTcorjiv aÙTo'v ». eTTSif^/j ^è vî[xeîç [xt,x.pov ti Tzy.^t^iy.noL^tv éauToùç, 5 £vex.£v Tviç TO'.auT'/iç ÛT:o6érjzoiç i^^oiayj^j.ihix [i,£poç ti £^ otv ô (izhq -/ÎTor (7.a(7£ Totç àyaTCwciv aÙTov y.al */îjxaç Tiavraç (3£êauov xal tov àxo'- CToXov àV/;6-^ çpu>.àTTcov. où yàp (^uvaxai tiç £v Gapx.i wv tt'Xeîov ti GEctcaTOai ». y.al ô TrpEGêuxepo; waliv irpoç aÙTov « xo zTra^ pjvov '/jT^Oeç ÈvraOÔx -^i xai alAoxc ; » ô Eù(ppo'ai»vo? elTvev' « èyw yzptxi Ôeou lo àsl àvTaOÔa (^izyw ». y.al ô Σp£'J;* « x.al Tt ipya'C*/) woe £pydp.£- voç; » EùcppoGovoç £t7r£' (( (pu>.a^ £Ï[;.l twv évTaOôoc ». ô Σp£Ùç eIt^e* « y.cà 0 sàv xïWtw aoi £/£i; È^ouctxv ^o'jva( [j.oi; » ô Se a7rey.p1- V£TO' (( il ri Os'Xeiç aiTTiTOV, y.al otocoiy.i goi ». y.xt «pYi^i rpoç aù- To'v (( 00; [xot, Tpia ey. toutwv [XTiltov ÙTro^Ei^aç aùxà. t*?) /£ipt' »• 15 ô oÈ EÙGstoç y.o'-j'scç Slocoxev aÙTw rpia i/,-^la, Osiç aura eîç àv pipo; ToO ';ra"X}a'oi» aùxou. Ti^av yàp [X£yz7^a aço'r^pot xal eùsi^-^ xal ^ev/jv • eùwotav £>tTC£y7rovTa, y.al T£0£iy.coç Tr,v y.£cpa.'Xy;v aÙToO Itu/.vw tojv [;//i},cov (bcrçpaivETO ày.opÉGTcoç. i. — Rai w- Tauxa ojcçpaiveTO '£(p6a'7e tÔ (;'J'Xov t'^ç àypurviaç, 20 y.al (jUGTzy.abd^ £^oy.£i ovap P'Xétueiv ô 7rp£(jouT£po;, y.al à7r7.w'7aç t'/jv p. 403 eùwvu[7.ov* Y£Îpa aùxou £c;(o tou Tra'X^^iou éy.pzTVj'jc xà [AYi7.a a'!GGr;Xt6ç, y.al £^£(7xr,Gav ai çp£V£ç aùxoij. OeIç r^k aùxà £U xo y.T^ivif^tov EÙ^p-jok Èay.ETïaGE, y.al yj.zico!.^ x'/iv Ôupav £Çr,'XO£, y.al aTTfiT^Ôojv £i; xô GxaGioiov xoù [xayEipoi» £Ùp£v aùxôv écxioxa y.al xviv «py/jv xr;? ào^o"Xoyia^ 25 7:poG[7-£Vovxa. y-al TrpoGiwcCwv aùxio 7^£y£i' « xov Ôsov gÙ, avGp(077£ xo'j Geou ov àel f^ou7.£'J£tç, ô £pwxô) COI à-nroy-piGïixt p.01 ». 0 oè 7:poç aùxov £Î7U£V « £'l7w£, TTaXSp, £1 XI y.£l£'J£i; ». 0 UpE'JÇ "X£y£l- (( XO'J VIÇ XaÛXV) x-Ig vuy.xl, r^tà xov x'jpiov àvzyy£i7^ov p-oi ». 6 ^s àTC£y.pivaxo* « iy,zi •/î|7//iv, Trzxep, oTTOu [X£ £up£ç ». xal — x7.iv 0 Σp£u;* «. y.al -oO g£ 30 £Ùpov, SoO'Xe XO'J Gsoij, àvayyElVjv [7.0'. ». ô Eùippoauvoç eIttev « £v xô) xapa^£iG{o w zlèz: ». y.al ô [£p£Ùç TuaAiv xpôç a'jxov « y.al d 7.\r,bri "kéyeiç, zi [j.oi 6i8viy,y.ç] » ô Eù(ppoGuvoç £It:£* « xavxfoç £l' xi -/iXTiGaç ». 0 8ï Σp£Ù; TïpocTTEGwv "xapEy.yAEi aùxov lÉycov (( ôpy.ii^w g£ xov OeÔv, XI <70i */îx'/iGa; » ô ^£ à77£y.3ivaxo* (( xpia [7/ô7^a T,x-/iGa? y.al oi^orAx 35 çoi ». y.al 6 p.àv UpEÙç (ialôiv (/.sxxvoiav à7;Yi>.6£V eî^ xov xo'ttov aùxo'j VIES ET RÉCITS d'aNACIIORÈTES. 45 £Ùco(^Lotv SX ToO xa'XT.iou atc6o[7,£vo; aXko; tc, aXko'j syivsxo. 5. 'O EÙCppOCUVOÇ r^2 ï(JTaTO ^xXkiùv coc, "/_0è^, /.al TpÎTnv •Â[J.£pav T6>.er76eii7y;; ^è t"!^'^ àypuTrv-aç TCpos^sT^Owv ô Tûpedêurepoç l'iaês 5 Ta Tpia [jS/Çka y.ai £ir;ri7.Ô£V £v Tto vato I'ti T(Ôv ào£Vp(iv £/.cra£ (HJvyiy[j,£vcov, /.ai «pviGi xpo; aùro'jç* « E'j^aaÔE /.al cuyycopvî'caTE [j.ot, 7raT£p£ç àyiot, [7.apyaptT-/iv 7roA'JTt,|i.ov £yovT£ç £v tco {j-ovaiTTyiouo •^[xôv Tov /.'jfpiv Eijcppo'cruvov /.aTaiçpovo'j[/.£v aÙTOv 7ravT£; (oç àypziy,- [j.aTov, /.ày.£Îvoç X,^-?'"^'- ^^^^'^ vJTC£p£/£!. Tcàvraç •/î[7-àç ». tcov ^è £77t[X£'Xw; 10 £7vax,poto[X£vcov £^viy/i<7aT0 xavxa /.aOà).; £Ïp*/i'Tai. ÛTTO^ei^aç ^à aÙToTç xà jj.rfka. ■7:'kiiov va toutcov siziaTVJGxv aùrov. Ticav yàp, w; TrpostpY)- Tai, £^ct) T^^ c£Î'vo<; {;.zy£ipoç, tou 7up£<7ê'uT£po'j àpça- t7-£V0U TaÛTTlÇ TT,; <'HViyr,G£{OJ, TTZVTCOV S" t[J-£};Û(; £/.£ÎG£ TTpOCrîpajy/jVTtOV /.XI (ô; à7;"Xa j^piGTOu EÙayyalia £TCaxpo(«>{/.£'vwv, àv'jt^a; t-/iv rrlaysiav O'jpav T7ÎÇ è/.>cV/)(7iaç è^-^IÔe, [7.vi cpavelç xojtcote [-«.éj^pt Triç T'/iyspov Ç£'jytOV TVjV TWV àvOpCOTCOJV «^O^aV. 7ip.£tÇ Sa TaUTO. à/.OUG'a.VT£Ç £V [X£- 25 yà>.Yi £/.77l-^Ç£i y£y6va[i.£v, ^o^à'ÇovTSç xal £Ù};oyoijvT£; TCaT£pa, uiov xal àyiov irvE'jjj.a, vjv xal à£l xal £t; toÙ; aiwvaç twv aù-jvtov. à|r/iv. Nicon, père du Sinaï, accusé à tort de fornication. 1 . * '4à£*X'p0Ç '/ipcÔT'/li7£ Tivà TCOV ITaTc'pCOV "kéyOi^ OTl « 77Co; 0 * p- 437 fJiaéoVj? cx£iv7.vxo; oè aùxoû 5 xô ^t(|>o; l'va cpov£U(j-/i aùxov, àTTE^u'XojGvi vî j(_£lp aùxou. xal cctteXOcov ô (pxpavtXTiÇ £Î; X71V £)t"/clvicriav £t7ïe xot; Tcps'jêuxepoi;, y.al £77£[7-i|;av It: aOxov, /.al r;l6£v o yÉpwv. /.al £77i6£vx£ç aiixw 770*XXàç xV/iyà; rI6£'Xov ^wô^ai. /.al 77ap£/.a"X£'7£V aùxoùç )v£ycov « acp£X£ [X£ w࣠[j-exavo'^aai ». /.al sycopwav aùxôv xpîa â'x'/i, x.al âowxav £Vx67;yiv iva [xr;0£lç aùxw lo xapaê/A'/). xal £770r/iG£ xà xpia â'xrj £p/oy.£vo; /.axà /.upia^c-^v xal tjLexavoûv, 7rap£/.a''X£i 'XÉywv « e'jçacOE ÛTirèp laoù oià xov xupiov ». 2. — "Ycx£pov ^£ £^aip.ovtaO-/i o 770i'/fç7a; x'/jv âjj.apxlav /.al pa7iov xov 77£'.par7[xàv £7^avoi xoO àvay(op'/ixoO, /.al co[j.oXoy*/i(j£v stç xr,v s/.- 15 xV/iclav dxi* (( £yio £TTOiviGa x'/iv à[jt.apxiav, /.al eiTra t'va G'j/.ocpavxriCrv) xov ^0'j"Xov xou Ôeo'j ». /.al ztûeIÔwv 7rà^ 6 ^^aoç [xexevovias xco y£- povxi 7^£yovx£ç' « <7tjyy(^wpyi(70v 7Î[J!,î'v, àêÇâ ». xal 'Xéy£i aùxoi"?' « xo piv Guy^iù^-riCOLi cruvx-sjç^wpvixai u[xTv xo ^è [xeîvai, où/, â'xi [j.£vw ^eO' Ojxwv, oxi oùy lùùib'ri elç £^ ûfJLtôv â'ywv oia/.piTiv xoij (jUfJ-TraOxaai 20 |xoi ». /.3(l oOxwç àv£ycGp7j(7£V ô yÉptov ÈxsTÔfiv. /.al eîtte- « OîwpsTç w; d ^laéoVjc ^£p£i xo'jç X£t,paa[;.0'jc £77y'vo) xcov àyuov » . Le moine, ancien préfet du prétoire, qui se faisait passer pour un ancien esclave, p. 504 1. — ^EiTTEV ô àêê'aç 'ItoG-/i(p 0 xoO fl'/i'Xo'jcto'j ôxi /.aO'/',|X£vo'j p. 505 u.oO *£iç XO opo; xo S'.va, r,v à6£'X(poç £/.£t /caT^oç àc/.y]X7iç, àXkx xal £Ù£i'^'Oç xw Gwy.axi, /.al -nr/^zzo £1; xr,v Guva^iv çopwv iroTv'jpacpov yi- 25 xcova xal y.ixpov f7-a.o^ £Î[xi Tivoç [j.sya'Xou èxst, xal sàv yvwpiVi^ [A£, à7ro(j^vi[/,aTt^£i [X£ y.al 5 to>.oijO£i t-^ * p. 505 àyi'a £;cx,>/icia -/ly^epaç x,al vuxtoç, xai t'/jv }^oi7V'/}V aùx-^ç à/.oXouOiav C7rouoz(^ojv éiTcTsXsi. îoovTSÇ o£ aiiTOV 0'. crùv aÙTW cpiloTTovoi };£you- civ a'jTw* (( yjjpt naOXe, o'jt£ yaveî"!? £)(_£i;, out£ yuvxTx.a ÔeXeiç ^aêfiîv, f^iaxî où y'v/i y,ova^o'ç; » ô ^ï Xs'yei aÙToîç* « xalôç axaTS, ûxzyto xal yîvo|7-oci i^j.ovoLyéç » . ocTZS.'kBiùV oùv -riOvy^oLGev dq -/.eXkiov [xovoç Tïi ài7X.'/,G£t /.al ToTç XoiTuoî; ttovoiç cyykx^tov . -/jv <^£ tti yvwy.Yi à/.£pat6T£poç. 2, — ToÛTOv ïocov 0 Trovvipo; à'a,;;j.tov toioûîtov scpàvra^Ev aùrov (j)ç oiyyzloç Tirpolsycov Tivà zaï j(^l£uz(^cov aùxo'v. * wç ^è â'yvw o 8x1- * P- 506 jj,wv ÔTi e^£i a'jTÔv {)7r-/]'/.oov Isysi aÙTCc « 6 yoKjzoç ioxaHv.q cou Tf,<; 7ro}^t.T£''aç £py^£-:ai Tupo; crà a-jpiov Soyvaî coi. yxpicax '7ro)aT£taç. cù oùv £Q£>.Ocbv £■/, Toù /«eaKou xpoc/.ùv/icov aùrÇ) xyà 'ka.ij.^oivziq tô 25 y apicy.a, -xal xxT^iv £ÎC£p^*/i £cç to )C£X>^iov cou » . tTi k^rii; oùv é^vilBsv £)c TOÙ /.£XXtou y.otl pX£TC£i TCapxTa^iv côç àyysXoJV >.a|j,TCa^-/l(popcov -/.al TOOy^ôv irùptvov, xy.l Iv ;/,£C(;) toù xpoyoù cyviy.aTOÙy.svo'v Tiva, ov ÛTCsvovicsv Eîvai TOV ypiCTo'v. tô; as sy.sl'Xs yjj.vy.i tov aùys'va sï; to 7vpocx,uvYicai, £ÙO£œ; àcTpayaAoç /stpôç (>{^tociv aÙTÛ ozxtcaa xat 20 48 REVUE DE l'orient CHRETIEN. (orôvicrsv auTov dç Ta àiziao) ha y-Yi TirpoG/tuv/ifT'/i, xa.1 tcscwv etç Tr,v Y'flv Tioocéaj^e xal oÙ/,£Ti toÙ^ );a;j-7ua.oriCp6pou; iy,v.wo'j; siàsv oùos tov TDoyôv Tou TCuodç. TOTE siriyvoùç T'/]V y^^^EUTiV TOu ôaîy.ovoç S;X£tV£V èv TÛ aÙToJ TOTTTco Y.XyJxov ÈttI ouo vuyG"/i|X£pa >,£ytov ÈvwTirtov Toij ôeoû" (( 017.01 TÔ) àaapToAw, ■riiJ.y.^T'ny.x y,al àTrwAeTX Tuacrav ttiv {^to/iV aou, 5 x,al Ti TiroiTiVio où/w, oio X » . 3. — 'Hv f^è à)40uà)v £v T'^ àvwTspco 0-/iêai6i, yépovTa àvajç^wp'/i- T'/iv àxo ypovcov ttoT^Iûv y.o'vov iv àypcp (^tzyovra. x.ai sêou^^sucaTO aTTï'XBEÎv TTOo; a'jTOv xal àva^IscÔai aÙTw toc GuaêzvTa a'jTÔi. w; oè s— V/icia<7£ Tw TOTTo) Too àyîou ptTCTEi a'jTOV £xl 'Mikiav ilç tÔ â'oaooç lo y.Aaûov xal T^éycoV « ■ri[J-y.^x-f\y.cL , (7uyj(^t<')p-/l(7ov |7.oi xai Eu^at ÛTvèp £'j,o'j ». ô ^£ y£piov £xpa"(ev a'jTÇ)* « oùx àiz^iyri w^£ /)^£uvi tojv ^ai'xovwv; vz/i Èrvicviç w^£ », iu.^ovjxoij.t'^oc (li aÙTw. ô oè £TC£a£V£v £Îç TO £^a(po; /.£t[j,£voç xXaîcov. cu^-TraO-ziGaç oùv aÙTco ô àyioç "Xs'yEi. a.ÙTÇ)' (( £t àTTvilGsç [j.aGîî'v T£yv/iv TTiv oiav oyi'ttote, oÙx £i/£; 7:po; 15 T£^viT7]v àTC£)vG£ïv xal jj.aGEîv Ta T'^ç T£yv/iç; cù Se à';r^).G£ç éauTÔ xaTa v.ovaç ot/.(ov y.al ;x-/;o£vl Ta xaTà cEauTov àvaOÉjxEVo; ; xal £'! 7//; 6 Gsoç ifjO-ri^riCi cot xal vî ^E^ià tou àyiou àyy£7.ou, xpo(7£Xtj- VA^aç àv Tw ^aiy-ovt xal tov voûv cou àTutoAEcaç, xal £tX_EÇ TTEpiz- p. 507 ysiv Txq Tzô'ktiq * wç Et; Ttov ^at|xovi{^o;j-E'va)V. àXT^à to'j Aoitïo'j eu- 20 yapicTviGOV tôî Geô tco poviGr^cavTÎ <>£, xal oEÛpo eI'ge'XGe eîç to xoivoêiov ». • A. — Rai >,aêà)v aÙTOv ô yÉptov Etç ev tcov xoivoêtcuv 07i€at()oç, xapÉGETO aÙTOV tw àêêa 'XÉytov « ^o; aÙTÔ to y,ay£ip{ov IV/î (^ , ïva rîoDls'JCri TYi' EVToXvI TOG ypiCTOλ xal GEpaTTEUCYl TOÙÇ àoEl^ouç ». 25 eItiï ^e tco TTa'jAto o^r « y.sTà ÉXTa IV/; Ep^ojj-ai xal Aa)vto goi ». 7rA-/ipt6(7avTO!; os aÙToG tx ÉTiTa et?) yAOev ô yÉpwv xal Is'yEi toj àéêa' « ^o; auTÙ x£l)>iov È'^to toO xoivoêîou ». (l'yo-jci yàp Ta xoivoota Tïiç ©'/i^aiSoç [j.ixpà, àvaycop'/iTixà XE^Xta, iva ÔTav yvipicdWTÎ tiveç TV) à(7X7j(jEi £v aÙTOîç ^làycodi Txç TTEVTE '/îaspa^ TTi'ç sê^ojj.ai^oç' tÇ) 30 ^è caêêicTW xal t*^ xupiaxY, EÎcEpyovTat £t; to xoivoCiov |j.ETà twv à^£l(p(Ov). xal ELTTEV ai»T(p 0 yEptov « 7rOt-/l.iov, ouT£ Tivoç £y£U£TO ikç "Khit •/î'j-£paç, * Y^v oï x,ai [J.iyy.; tw TWJXaTl, £t,'-770|;,£V (^£ TCO àosXfpÇ»' (( TU oùv i^XOTùC^O^ £•/. TOÙ '/.ÛCkiou TOU ^"'' ^i.à TYjv àyy.77"/iv wv y^ziav £yo[7-£v, ïva £up(of/,£v [i.£Ta'Xaê£Tv Tupôç tov x.a7.oy/ipov ' ». i^jxaxxÇs.'J oùv Ta; y^Z'.y.ç, y.yj. •?iXG£ [jleÔ' vîaoJv T^poç aÙTOV. ÏX£y£ Ô£ •/ip.l'v ÔTl (( oÙT£ ÙoO)p £ijy£ 770T£ £V TW ■/.zWioi xSj-r/j. Trapaêa'Xo'vTwv i^è aÙTwv tcot£ tivcov èv tco xaipôJ toO x.xù[i,xToç rUà T'^ç 77xv£p-/ifxou Y.cà T^âvu àn|;covTCov, (/.'/i s/_wv ù<^wp G T:\xyyy iG^^ûç àvx- 2^ GTîcç Tiu^aTO /.ai £•/. TOÙ xapxooi^ou £tco'//)(7£v ù ()£o- ùôwp ïvhx ry sùyo'- [j.svo; 7.7.1 TTiovTsç /,aT£^|;uç,av ». à77£'X06vT£; oùv /.al àTTTacrajJLJVot. aÙTov xal £Ù.(7Ta £v Toî; Èy/taivioiç, £V ol; G'j^ièr, tov àooâv ©soootiov tov /.otvo- fiiy.yyry tov [Asyav Trapaé'aAeî'v aÙTw, £Trav£pyoy.îv(;j à~Q ttÏ; xyiy.ç 1. Cof/. y.a>,ôyr(pav. Un grattage a changé l'a en o. — 2. Corf. à;iu)'îît. ORIENT CHRÉTIEN. 4 '.08 p. 508 50 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Tro>.£(D^ [Jt-srà twv i^ûov [xaO-/îTùv, /.al iGrr/.s TpzTTs'Cav /.arà to eOoç, €oikm £^|/r,fi.a .£Y£f (( £p£UV7Î(7aT£ Ta SiGpcîtia, /.al Ô(jOu; apTOu; eG^ete, TvapâOETE ^ £Îç Ta; TpaTTs'Ca;, y,cà [J-z-ol to yEucacrOai, TTOiyifjavTEÇ £Ù/r,v avto £Ç£l- 2. — RaT' or/.ovo[7.{av Gsou ^^oaéjjôi ô âêêaç ©EO^oTtoç tov Trwywva TO'j àêêà Maû/.'.avo'j, xal )^£Y£t. aÙTw' (( xou 7^sy£iç oùx, £5(_0ij gîtov, i(^où w^£ Giroç xpuTTTo; ». [j-£Tà oùv T'^ç Tip 0 cr) /COU G VI ç aÙTw y.yix.~r,; t:i- lo GTEUGaç, oi8v. tÔv x.Ôx/.ov Tto /.ElT^apiT"/) T^Éyœv « xve'XOe pî<];ov aÙTOV p. 509 Eïç T-,ov GiToêolôJva * xal -/.T^Efcov ». 6 ^è •AzXkoi^iT'/i<; ûtuo OsoO /.'.vr,G£lç (XTr-fl'XOE y.STa r^ixEca; T7îpr,<7ai £Î; tov ciroêo'Xàivx tov -/.o/.y.ov, /.al Oî'lcov àvoi^ai TOV ciToÇoXùva, £'jp£V aÙTOv [aecttov ctîtou, wtte y.vi S'JvacÔai àvoiyvîvat Tr.v Bupav £Î [xyi jj-etz Pta;, xat opa[;-cov àuvi'lOE irpoç tov 15 àêêav Map/.iavûv, /.al 'XÉyEt aÙToi to cujatcxv. o oè [X£TE77£[A>t6a(^6[7-evov, y.cà wcpslviOsvTsç TTxp' aùxoij xavu Isyoasv aùrû* « etTwà "/îi^-Tv, xaTsp, TTÙiç ysyovaç p.ovay^oç ». ô oà yspcov GTSva^aç ixsya Isysi* « tckttju- TTIGTIV -/.al TCoGoV sly^OV EÎÇ TOÙ? [JLOVa^O'J^* /.al OTÏOU o' àv £Upi(7/.0V [j.ova^ôv xwlouvTa to Ipyo/stpov aOxou £X3C[7.êavov aùxov /.al 0 xt. o'~àv ïyj^'f\C,t xapEîy^ov aùx(o. cuvÉêv; ^à sv [xta xûiv Tjjxspûv (XGÔcvviGai xyjv Ô'jyax£pa |xoij /.al ûtco xcov taxpwv àxoyvwfïGriVai /.al iravxcùv vîjxcov, xoiv x£ 'juyy£vôv xcov x£ çîXwv /.al ystxovojv ctfjp£u6rivai. xpoç 'iîaaç, /.al /.latovxEi; 7îap£[j.u6ouvxo •/îy-âç. 2. — Aa'ysi oùv xpoç [7.è ô yJn'kc^ôç, [xou" (( aTrslôs, (s^doYrinw xov cxa!jpo(pula/.a OTrojç uor/{(j"/i aùx'^ llacjj.ov, iva lot-yio"^ eoyY) vi 4'^}(^ri aùx'^; /.al [xy] /.p^vr/xat, ' £xi )> . £^£X96vto; ai [7-ou cuv4vxv](7£ [xoi ô 15 àêé^àç Za/.^aîoç /.al ÔEojpvfcyaç xoùç o(pOa}.|7,ou; j;-oo àiro ^a/.puojv >v£y£t aoi" « xî /,lai£t; ; xt £)<£i; ; » )^£yoj aùxco* « x£/,vov p.ovoyevèç l'j^w /.al à-TToGvfl'G/.Ei, /.al 7:op£uo|j,ai xpôç xov cxaupo'^uXajca ô'xw; s>.Oojv TTOf/fc"/) IXaG^-ôv ixxvct) aùxviç, iva xayiov TrapaSû' où yàp TCd(jxp£(|^ov Ôtucoç 20 aùx'/iv ï^w /.àyco ». /.al uTC0(Jxp£^|>a; >iy£t [j,oi' « làv eîc' xiv£ç ïaia icé^eyy,z aùxouç ». /,al eiceXôwv éxoi'/iGa xoù.; 7rapa/.a6r,[X£vouç ottwç aTO'XOcoct.v £iç xo aXlo 6gtc7ixi.ov. £tc;£lOtûv * 0£ 0 y£pwv /.al à<|/a;x£- 'p. 512 vo.; X7ÎÇ X^'P^-*^ aùxTiÇ 'kéysi |7.o'.* « eIç Geoç, îooù xOp /.aîov /coplç ^'jltov /.al "XaaTTTpôv ». /.al è.^(fMVjr:ci.q ô y£'pwv )^£y£i [v-oi* « ^ulaxxEiç a Ifiyw 25 /.al ^api^Exat coi ô Osôi; x'/iv (^coviv aùxvj;; » lyw ^è T^poGSTrsGa xoT; TTOGiv aùxoj Guv6£|X£voç aùxw . /.al laé^wv ûotop /.al £Ù^a[/.£Vo; /.al GcppaytGaç aOxo, l'ppavEV dq xo TrpoGwuov x-^ç /.opviç, /.al cbç ItcI x.u- piou x-^; So'i^r.ç àv£xaGiG£V yj Tuaîç w; y//) ëyouGcc Xyyoç ocaOi'iiictç. /.al >iy£t j7,oi' « i^où ô Geoç ^i' eùjç^wv xwv xax£pa)v xojv cpilo^£V'/iÔ£v- 1. C'od. xpiv... i. Deux ou trois lettres ont disparu. 52 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Tcov £v T(p oï/.a) cou lyoL^'.fjOL'ù G(ji y.Ù7ri^. y.WÎk u/h 'ù6çr; aÙTV]V àv- opl, cùXoc V'jy.cps'JcaTî aùrÀv tco àA-/i8ivo') vuacpuo ypicrroj tw Oeto T^y.ôiv ». xal £^j)vGcov 6 yspwv STïops'JS-/]. iyw Ss xal •/) [7.r;T-/ip aùx'^ç x.ai xzvTs; ol à/.o'JcavTsç è^o^y.caasv tov 6sov sttI tco Tuapar^ocw Ga'Jy.aTt. 3. — 'JIv ol TO zopaciov (o; otcov o)ctol). sV.TOTe oOv riV(oy louv ty; 5 yuvar/.'! [xou ô~(oç àxîvsyy.coy.sv aù-'ôv eiç — aoOsvwva. aùrr, ^è sXeys [j.of « ai^s; aÙT'/iv ewç àv ysv/ixai vojxîaou 7Î>.i-/.{aç ». ysvov.evvi; fîs aÙT7;ç £T(ov '^EX.aTSCcxpcov, Isyw t'7| yz/iTpi a'jTTi'ç' « î^où ysyovs vo- p.îy.o'j •/ÎAi/.taç* Ti oùv x,paTO'ja£v a'jT'/iv ; » y.al ).£y£t, [xot '/î TÛjAêioç y/j'j oO't(');- « £y(o où/, àcpico aÙT/jV [xovacai, à^Aà Csuyvjto aÙTViv 10 àvopi ». y.7.\ ïjy.civîc iviauTOV oylwv y.al /toXaxs'jwv, xa-! ttotî [viv eruxTOV aÙTTiv tocxe sIOeÎv '/i[Aàç eiç c£xp£TOV. è/.piOyijxev Sa otio tou C'jy)C£llo'j xoil ToO (7Taupo(pu>.a/.o; hx spcorviOvi vi iralç -/.al èv ÏKloyri TÛv O'jo yi^rr-ai. -ri rJè [r/irrjp kùttiç •7,£0' Éxipojv yuvaiy.wv ^n^àc/.O'jcra a'jTr,v ïva eIV/i ôti « à'vopx ôiAco » , oTTEp xal ysyovs. tot£ l£y£i ixoi 15 6 cTaupocpÙAa^* « [x-/i }oj77'/iO'^ç àlli aTr£AO£ xai àyopacov x.opviv irap- Osvov x,al [iz).£ aÙT'/jv àvx' au—?,; £!ç p.ovaTT'/iptov, -/.al ô Oeo; ISs- çaTO ». £y(o bh y.Erà xpoOj7,'!a; r^£^a[j,£voç tov AÔyov y.77£A0tov r/yo- parra -y.rba — apO£vov stojv ïv^zy.x £iç vo|xtc;[xaTa £t/.oc;t, /.-/l £!CV]'v£yx.a aÙTTiv £iç jv.ovacr^'piov, £'.t:(ov ttî àêêx rJpo/.oxia- « <'^££ai ttjV Trxl^a 20 I'. 513 Tau— /iv x,xl * Tûap' iaou ê/_£Î; ttiv Tpocpviv xal t'/jv svi^ucrtv aùr^ç TTxcraç Ta; 7Îtj-£paç t-^; Cwvi? |v,ou, xal £i; tov OzvaTov [j.O'j "kzya.zv'jci'i aiiTr,v voj/.iTiy-XTx oybo'/f/.ovTa ». -/.y.i £'C£u^aa£v Tr,v GuyxTspa •/itj.àjv. •4. — Kal [XETa 7rV/ip(o(77.i TTjV oyf)or,v 7;[j,£pav ToO yzaou £tàov )taT' ôvap oTt à~£^/iv ' [X£tz tivo; Aaii,7rpo/.ov. riOyovTO f)3 tivc; tcov ^ AiOiOTTOiV £X,£iv('j>v xocl •/i'7ra^''^vT0 as, /.àyco aÙTOoç riTTra^oy-riV -/îr^sojç. •/.al â'T^eyov [j.of « ttots tvo'.'si;; tov yy.[7/jv îva r,[xzç y apo— or/far,;; » y.al >.£yfo aùroît;* « ir^où 0£(op£ÎT£ 071 àycovi^O[xat, ». /.'/l 7r£pi,r77r(6[X£vo; y.al wç T'jVTiOpoirrG-/] 0 7.ao; xal oî Tvapa'vujxcpoi £yovT£; tov f){'ppov £[7,- 7ïpof70£v ToO rr'Aôivoç, ÈityiXOov iyco /.ai -/i g'j[7.?!.o; [7-ou /.al £^yiv£'y/,a|7-cv 10 xviv OuyaT£'fa r,[xwv /.al r.v to TCpo(7(07rov a'jTïii; /.al 0 Tpx/'/îVjç zal TO CTTiGoç /.al ol [ipayiov£; aÙTViç xai al TraXxfj.at. tcov yzi^ôi'^ £{o; t-^^ (^(6.'Xy![Z£va £Î;* cfSjTr,^. £/.aOi'ja[X£v as a^T/iV £Îç r^i-ppov. /al àvElOcov AïO'Vyi |7.!,/.poç 'p. 514 è)câ9ir)£v £Ùcov'j[7,x aùxr.ç, /.al Yjp^avxo xo'7'7'-(^£t.v a'jT-/{v. £^£lGovTO)v «-^à •5 7,(7.0)7 TViV O'JpaV £'jp£6rjGaV ol AiOîoTCEÇ 77l£'>jV£Ç XCOV àvOpcoTTCOy, /.al £/.ayya'Cov, /.al vipcavTO Puy.'i'Cs^v /.al op/ElaOai /.al /.poTalî^Eiv /.al T'j[7-Trava /.po'J£!,v. eTspoi 8ï ùq Tpi€7.(a è'yovxc; ètvo'Vj'jv oTCppa^vETOai. /.al t'va [7/^ -o'Xlà >,£y(o, £(pOzGa[7,£v TC7.r,'7(ov xr,; £/t/.7//i'7taç /.al içiyr- oav TCzvxsç, /.al oùr^s si; AtOlo'| dr:ri\Ht '7'jv r,[7.îv év x-^ i/.x.lY.m'a. /.al 20 cb; £Ç/i"X0o[7.£v STCc'Xaé'ovxo /.axa x-/iv 7ïfwx-/iv xa^iv xal £là£'îOai (?) ' 6x1 £ijp£6-/iv [7.£xà xoO' '>,a[7.Tcpo''popo'j £/.£(vo'j. /.al 7:£pi7raxo'jvxcov r,[/,wv oGi'^paivoiT.a!, £'j(oot!av 7;v où^cTOXe (I)'7ippa'v6"/iv a'jxviç, /.al 7.£y£'. f7,o'.- « ^XTiOi, où yàp zl açtoç £'!'7£7-0£!,v 7cap£«7co ». /.al Oîcopco 7:o7.iv T,r xô •ACfXkoq /.al X-/1V wpa(.ox-/ixa xal xo [7.£'y£0oç yJ^yj^y.Tzl y7.c)c;Ga xvOpw- 25 TTOU r^iyiyrjTa'jOau /.al i/.x£(va; xtjV yETpa 7.£yît [7.0!.- « 6£top£Ï; x'/iv roliv £X£'V7iv; )) Xiyw « 6£cofcb ». /.al 7^£'y£i [mv « ifîoù £/.£iO£v £^-/j'v£y/.a; xviv 0'jyax£pa gou /.al lêa7.£; aùx-^v £■'; [iopêopov /.al 07.'''i£!.; /.al TTo'voij? » . o. — Kal £'jO£to; £^ij7ûvI'jO-/iv /.al r^r/iyo'jaai xvi yjvat/.i [;.oo Tca'vxa. 30 /.al 7.£y£i, [7.01 /.al aux*/)'* « ovxcoç /.àyw 7ro7.7.à [7.£xavo(.ô, à7.7,a xo y£vo- j7,£Vov £y£V£xo. è'vco yàp xû£Îç vu/.xaç 0£copo'j'7a AïOioTra Tràvj r^airpocK-V?; — £pi7r7;£/.o'i7.£vov 17.0'. /.al nuy\o) /.axa(pi,7^0'jvxa' |7.£ y.al 7.c'yovxz [7.0'. • « ya- ptv r>0'. è'yto [/.£yz7.v,v oxt, ■riyxTzrtny.q [7.£ /.al 7rpocX'.[7.7,Ga; 7r7iov toO 'l'/](70Ù' ». xal £Cpoé'riOr,v rroi yyoLyye'ikcii », xox£ 7.£yco a'jx"^* « où/. 1. Passage difficile à lire. Il semble qu'il y ait dans le manuscrit eloeaôaî suivi d'un mot de deux lettres elTacé. 54 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. l'Xsyov (701 ; àl*).z apTi aycojxsv l'va [xovarrco[j.sv xai jt^.auTWj^.ev Ta;; àjj.aoTiaç r;[xtov ». xai 'Xsyei [xov « èyco t) aÔXta /.al xaT^aiTTCopoi; eêoÔptaa ttjV OuyaTe'pa [j.ou, -/.ai apTi ttwç Èxgw a'jTTjv, ovtcoç toûto où ytvexat » . 6. — 'Ava^xàr oùv syw to rpcoi àirvil^iov xpoç tov àêêâv Zaxyatov 5 /.al oùx. 'h^iX-nni jj.£ hic^'XG^rj.v àXkcf. ypa/psi [xot sic Trtvax.i^iov oGtox;- « r)'jyywpr,cov [ao-, àoeX^s, 6 yàp Oeoç àTTcTTpzcp'/î gs, /.àyt) où (^ùva- p. 515 [xaî TS * ^sEariOai ». -o'ts àTïTJlOov sic tV/V [xov/;v toO otyîou EùO'j[A'>j'j, /.al ^tV)yrj(7z[7.riV tw à^oa naij7.(o tw èvapsTC;) xà G'jp.êocvxa [xoi, /.al >.£y£i [xot 0 yî'pwv « ovxtoç èx^xav/fOriÇ oo'jç Tr,v /.«-.'p'/jv àv^pl, /.al ô lo cujj.Ço'j'Xeùcra-; coi où/. -/lOsls T7)v c(OTr;p'!av aou. •/î'-^uvaTO yàp ô 'Aê'paàji. ors si— £v aÙTw ô Qsoç g'|)x£^-!' '^o'' '-'l^-'"^ aÙTOû oouvai àvx' a'jTO'j rîi/.a ^où"Xouç" /.al 'leoOzE, ei y^si oti touto T^poG^sysTai ô Oeoç, £ty£ (jcpa'^ai àvTi TYJç Ouya-po; aÙTOU £ix,ocrt, èoû"Xoitç* /.al o 'la/.wê T-flç Pa"/-/]^ ÈpacOslç, /.al àvx' aùxxç t'/jv Aiav ev tw Oa'Xzfxw £'jpti)v où/, i^ YlvÉGyexo, à);Aà /.a.l xv' Aiav où/. £ ' xal xrjv Payvi>. oùx àç{-/i- ctv. 6 yàp 6£0ç x'/iv Traloa i/. goù "...^axo /.al x-/iv Ouyaxlpa gou àxatx£u /.al [X£l>.£X£ /.al g'j /.al -/; GÙy.êto- rjou xco alcovuo ttudI ra- pa^oG'^vai (o; -Kapaêâxai. £TC''Gxac6£ yàp oxi 6 Oso; où [xu/.x*/)p('(£xai. ysypaxxat, yàp* « xà £/.';rop£uo[X£va hix xàiv yiikéoiv [xou où {/,•/) à6e- 20 xvi'gco ». àXka a77£>.0£, x£/.vov, yj.auay.i xx^ â(;.apxîaç gou ». xox£ Gxpa''p£lç £v xcjj o'î/.co [j.o'j »x£xà xpslç -^[XEpaç cupov [^.ovayoùç ilq xo opoç xo Sivà, /.al Gi»vwo£i)Ga aùxoiç /.al ysyova yzpixt. ypiGxo'j p.ovayo'ç* /.al t^où syw 7v6 £xyi vùy,xav xal r,(Xî'pav 'TCapay.a>.oiv xôv Ofôv si' -wç Guyywp-/;G£i. [7,ot xàç TColT^â; [xou à[j!,apxtaç ». 25 7. — TaOxa à/.ouGavx£ç 7Î[J.£Ï(; àr^o^âGajxsv xov Ofiov. £ypx'];a[X£v oà aùxà xooç x-/)v xcov xuyyavovxcov oj(pO.£iav. Le moine orthodoxe qui, pour prouver à des moines hérétiques qu'il possède la vraie loi, se tient pieds nus sur des charbons ardents, sans être brrtié. p. 541 * 'Hv xi; /.lovixr,; £iç xà p'.£pvi xviç AGiaç ttzvj èvzpsxoç /.al 6au- 1. Deux syllabes ont été efï'acées. — 2. Le commencement de ce mot, une seule syllabe, semble-t-il, est illisible. VIES ET RÉCITS d'ANACHORÈTES. 55 [/.acTo;- riv Se £/_wv -/.zto) [i,ovar>T7fpiov. j^petaç oOv yavofAsV/^ç tivôç TlvaY/Cocjav aÙTov oî àosXcpol àvs'XGsîv sv KwvGTavTivouTcoT^st, /«al aiTTÎTa-. Tov paaiXsa. x,al «^'•^ àvsXOcov ■/.axs'Xucsv e^ to ^svoôoyeî'ov toO op(pa.vo- Tpo^psio'j. TiV fîs XoiTTOV yeiij.oiv, y.y.\ sV.siTO à'pou'XXx tcXyiP'Iç ' àvBpxxoiv. 5 S/caOïivTO ^£ Tive; aïpsx'./.ol y.ovxyol 9ep;7-7-iv6[X£Vùr ivAHint h\ -/.al aùxôç TOG Ôepjj-avO-ôvai. x,at -/ip^avTO xxraGTrgtpsiv aÙTO) r/. tvÎç oI'av.Uç cc'.çéaeoiç. y.7.1 "kéysi aÙTOÎç" « iyvi opOio; tci'jTEuoj, eî oà ûjj.'dç •/.psî'TTOv [/.ou xkjTS'jste, TTOir'TaTS oiç 7i:oiw ». /,al àvac-àç ïct/] àvj-oôSToç sî; TO TC'jp â-Tvl TzoXkTiV (opav, y.al où/, s^ployiaOy). ïôovtsç oà sx-eivoi 10 ■/.aTri'jyuvO-/iaav èxTrXayévTsç s-l tw Trapa^oEo) Oau[7.ocTi. xal oî à/.ou- cavTsç sào^acav tov Qeov. 10 L'anachorète qui, ayant édifié des chrétiens par l'abnégation avec laquelle il accep- tait ce qu'on lui ofl'rait pour le produit de son travail, meurt bientôt après et dont la mort est suivie de celle d'un autre anachorète, son voisin. 1. — • ^ 'Ev Als^av^psia Ty;; AiyjTCTOu èv tw ol'xw -viç àyiaç Mapîa; * p. 6o4 ipiXoTïovoi xivîç y.al oikôy^iGxoi à'vdpsç £Î(7cpy6[J!.£vot £t; T'/jv £-/./.};ri'7''av x.al £^cpyo[X£voi k'ê'XsTrov Tiva yspovTa [xovaj^ov xaO'/ijxsvov s^w toîÏ 15 Tïultovoç xal 7ït7rpa(7/'.ovTa CTTupiSaç. sItcov r^à T^pô; àlV/ilouç* « eç où p>.£-OJJLcV TOV yî'pOVTO. TO'JTOV TTwlo'JVTX TZÇ (77;:'jp'!àa; O'JX, 7i/.0U'7ay,£V aÙToO 'pi'Xovcr/.o'jvTo; £v ou;> f^/]7V0Tc 'Xo'yo- ^£0t£ hoy,iijJ.GOi^j.ev a'jTÔv ». "/.xl £yy{'7avT£ç 'XsyouTiv aÙTtV « eiTCs, y£'fcov, Tzoi'kzTq TauTx » ; ô os ''^viTi' (( voc' ». 01 8é' « 7r6(70D » ^•/iciv. 6 ^s XéyEi aÙToTç* « à~o 20 ^£)cx voufx'xuov ». 7;£You<7iv aÙTÔ)' (f T:oXkou Ei'jlv, àXlà. 'Xxê'e àxo — £VT£ vo'jij-y.icov ». /.al 7;£y£t aÙTOÎç" « w^ 6£"X£T£ 'Xy.bsTc ». /.ai 77x>.tv Ac'youaiv aÙTw* « à"XXà tcoI'Xou eiatv iàv ^ùcnç xtzo voujj.- * p. 605 [tJ.ou >;aj;.êxvop.£v aÙTz ». y.xl "Xiysi aÙTOïç" « wç ôiXaTc "XaêsTS »• /.al ^sSw/.oTEç a'jToJ Ta vo'jt7.[X''a Daêov ô'Xa Ta cxupif^ia. ô os yspcov ■J5 Aaêtov T'/-,v {îa/.Tïio(av a-jTovi £— opi=u£TO £t^ to /.sXliov aùroO. •2. — Q.Ç, §£ Eyvwaav t'^v àpsT'/iv aÙTO'j y.oLTT.Xy.u.oy.vouGiv aÙTOv /.al Xî'you'7'.v a'jTor « à€êa, t*' sTror/iTaç ; » /.al Isyei aù-olç* ce ti 1. C'orf. TilriÇiSiç. p. ma 10 15 56 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. £77'ji.7,'77. ; » ÀôYour*!. "/.ai aoTO'." « OTi ciiraç r,[xi.v a7;o oa/.a vou[jL[xtwv £iç Ta GTT'jc'^^ia* -/.a!, $Ï770[7,£v COI oTt ûoT^Xoû eîciv, xXkk T^zêe xtco 7:£VT£ voup-»7-''cov x,7.l £Ï'7U£ç* (oç 0£')'>£T£ 'Xa^ETe* xal TiàT^iv £Ï7ïO[7,£v Gor àuo vouujjj.rju iy.v OîXr.ç >vàé^£ /,al vivacyoo '^[mv /.al slaêeç àTCO voup-[/,iou )>. xal P7.A7.01JGIV aÙTio fA£Tavo!,av X£yovT£;" « o'.z tov y/joiov zi-KÏ vîjv.î'v Ti toOto ÏT:oi-/]fjy.ç )K ':ot£ 7^£y£i a'jTOlç* « o'jtwç è'^co ïOoç Xc'yEiv Tr,v T'.u'/iv, -/.al el Ti (^oOvi ' [JOi Aa[;-Çav(o ». /.al 7rap£/.y.>.£<7av aùrov àrfiA- (Jeîv [X£t' aÙToO Etç to y-tWiov a^ToO. /.al à7:£};(ldvT£; £'jpî'j/.ouG'.v £/.£l xi'Xt/.'/l'ciov u()aToç /.al yJTpav, /.al }.£yo'j'7iv aùxôr « /.£X£'j£'.ç TroioOfxev p.i/.ûzv à8'/i|Cav Iva y£'jr7a)[i,£0a |7.£tz goO /.al £''jloy'.';0(ot7,£v 5 » /.al £iTr£v « TCoi7,(7aTc ». cl Si iTTOircav. r,v r^è TO v.tX}.w) aÙTOu £i; tô (j-f'ya TEToz'jru'Xov. (oç àï liîfr'.rtGav , "kiyei aÙTolç 6 y£pwv « y.izé'khcf.zî cl: Xry {Ùtrjr^Qaiw, /.al £()pi'7/.£T£ £/.£Î y£povTa TToAo'JVTy. CTïfiipo/.uOpia, /.al cl7ïaT£ aÙTw" lsy£i ô cuvy£piov cou* f^£Opo ïva çzyr.ç tviv àOvipav acTa Twv ào£7.'pc7)v ». 3. — 01 (^ï à77£7.0ovT£Ç £{>ptax.ouci TÔv yepovTa /.aOcoç sItïev aÙTOl; 0 /.a}.oyTipo;, /.ai À£yo'j'7'.v auTco' « £ipri/.£v 0 c7uvy£poiV cou* o£upo iva ozyr.ç T'/jv àO'/ipav y.cTa twv ào£'X,Oovt£i; £Ùpov tov ''£oovTa Tc7.£UT'/;GavTa. /.al Gyr,iJ.x~ir;y.v-i^ aÙTOv /.al /."Xau'7avT£; èxl ~o7;'j £Oa^|;av aÙTo'v. /.al -77ap£/.z7.f.Gav tov jî^rmy. 7^£yovT£ç* « ^iz TOV /.'JOIOV /.zOoU £i; TO /.£7;7v'.'0V GOU, /.7.1 'fl[J'i^Ç d^ZOO^UV GOl TOV £(p7[;.£- pov zpTOv, * l'va vjyr, Û7r£p r,[xcov ». 0 ^s 7>c'y£i aÙTOï;- « ^iùn tt, éê^oy-T; 'h^A^a. /.al iàv £{>p£T£ [X£ (wvTa, ':Tot£iT£ /.aGwç £i7raT£. 7vo'yov ^-^ yào £7 0) {i-eTà toO' Ma/.apiou yfpovToç, /.à/.£Î'vo; [^.£t' £[/.où, ïva ô •rcpo- T£A£'JTÙv 7:apa/.aX £Gr, tov Oeov /.al tov a7.7;Ov -apa7;aê£îv t-!^ £€§o'|j./i r,|X!'ca » . 4. — Kal 770i'/;GavT3; o-jtw; 01 f^iXoypiGTOi r/.îïvoi avt^pôç TiIOov TTi dér^oari ryp.£pa /.al £'jpov aÙTOv x,oi[r/iO£VTa. /.al è'Oa'j/av aùxov 30 ■::7v7iGiov ToO a7v7.ou yspovTo;, 7roir,GavT£ç /.otïstov p.s'yav /.al ooupp.ôv ^là Taç T£A£ia; toutwv àp£Tâ;. /.al àv£ywpr,Gav tùyapiGToOvTs; tco 6£w, TOI )z Baçpîp-/; irpoç ty;v àAr/)c',av, ■/.a', à'i-r;viâçciç y.y\ àrcava'Iv/; "'J^v sùooy.îav toj Bsou, rrjv £V •îïavaYÎa Ilap- Ofv(|) £7:1 y,:iv/;v a(OT'/;p{av c'.7.vVC[rr/iîÏ7av ; i y^P 5'';[j.t;upY'''/7a? t-zjv tJxk'jx Ti^tpOévov àvucpto-Twç, a'jTs; y.aî. tv' c'.ç oe'jTsp^v £":îy,rf/vaTO àva[j,(oixojç ' y.ai 5 r.zir^7xq to £ço)0£v wpaîojç, ajTs; y,at xo è'irojOîv y.aTîy.ôay.'/;- c£v c'.ç y.aTciy.'Of/^p'. ov 'l>j'//i]: ili7.';C<)ç (2). « Quod si affirma- veris, quid stulte a veritate dissentis, Deique placitum in sanc- tissima virgine ad communem salutem provide dispositum detrectas atque renuis? Qui enim antiquam illam virginem (Evam) sine probro condidit, ipse et secundam sine nota et crintine fabricatus est ; quique quod est deforis pulchre fecit, etiam quod intus est, ad domicitium sanctc perornavit. » Nous pourrions citer encore d'autres textes, de saint André de Crète (3), par exemple, et de saint Isidore de Salonique (4); mais continuons notre enquête. Si d'un côté Marie rappelle nos premiers parents encore à l'état d'innocence, elle les rappelle aussi après leur prévarica- tion, mais pour bien d'autres raisons. C'est le second point de vue auquel se placent les écrivains de l'Église grecque : il nous fait entrer aussi dans la seconde phase du genre humain. Rapprochée d'Eve après sa chute, Marie ne participe pas à ses misères ni à ses châtiments. Telle est la pensée constante (les Pères. En effet, l'on y rencontre à chaque instant des (1) L'hcri'siarque recourait à ce subtorfufje, précisément parce que les défen- seurs de la vérité catholique objectaient à ses erreurs la comparaison de Marie avec la première femme. Cette circonstance ajoute donc plus de poids au tcnioi- gnagc de Tliéodote. (2) Sermon sur la Mère de Dieu et saint Siméon. Galland., t. IX. (3) Sermon pour la Dormition de Marie. Galland., t. XIII. (4) Sermon pour l'Annonciation. Maraccius, vp. cit., p. 83. LE DOfiME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 61 expressions comme celles-ci : Marie n'a pas été séduite, elle ïi^pas été trompée par le serpent (1). Théodote d'Ancyre, traçant le portrait de Marie, relève entre autres ces traits : « Virgo muliebri comprehensa sexu, at liiulicribus exors nequitiae..., oinni culpa vacans... sancta animo et corpore... non docta Evae mala, non muliebri vanitate foedata... Spiritu sancto mala delibuta, divina gratia ut palliolo ariiicta... Deo corde nupta... (2) » Enfin, et toujours dans le même ordre d'idées, qu'il nous suffise de rappeler ce qui a été dit au ; twv àv0ptO7:ivo)v '^Owv -o àv.'qkiHM-ov 5uXa/G"^vai G'^aaupio'iJ.a ' 'éozi à/.otv(ov^TOV t'^ç àixccpxiaq to otau-j'à^ rr;p'^0-^- vai àYtacr[j.a (3). « Neque enim decebat ut tabernaculum illud mundissimum in mundi sordibus versaretur... Decebat ut in- contaminatus thésaurus ab humanarum consuetudinuni con- tagio immunis custodiretur. Par erat ut pellucidum illud sanc- tuarium ab omni peccati communione liberum servaretur. » La concupiscence n'a pas de prise sur elle; et il existe une parfaite harmonie entre la nature inférieure et supérieure de son être. \•^^ky.l■q vw -/.y). ']^uy?i y.yX Gypvj. i)7:i.pyti^ wpaia, COmme s'exprime à son tour PselluS, -/.ai sap-zà ;x£v. wç Twv -/.y-' vnp';iiy.y y.ydypfizX^y zavTOiwv xaftwv 7.a\ -oXq -pbzzi^ 7.oa-[r^6£Ïca twv àpsTwv ' 'Au'/^ es, dyq T.y.ar,^ cpajX'rjç oma'kKy^rzXGy. k-if}'j[j.iaq -/.yJ. -cT^ Xô'(oiq wpaïa-Oîïo-a -wv (1) Cf. entre autres saint Jean Dainascène (sermon pour la Nativité de Marie); Théodote d'Ancj-re (sermon pour la Nativité du Christ) ; les deux Cyrille, etc. (Catéchèse XIP et 'Eyxwfjita £Îç tiqv ©eoto'xov). (2) Sermon sur Marie. Migne, P. G., t. LXXVII, col. 1 127. (3) Quatrième Sermon pour la Présentation. Combel". Auct. I. 62 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. IvToAojv' vo) oè, û)q v.y.1 -wv (juXwv èvvoiœv èXeuôepwOsTaa v.oà \ai).7:p\>vo\jÀY(] £v aol-îri £YYUç [j.ou ycVO[;.cv/; cià TSAsiÔT'/jTa (1). « Mente nimirum et anima et carne pulchra es : carne qui- dem, ut per actionem a vaniis perturbatiotiibus pur gâta et virtutum moribus excellens : anima autem ut ab omni ini- proba ciipiditate sejuncta et sermonibus decorata manda- torum : inente vero ut ab exilibusetiam cogitationibus liberata ac splendida et per gratiam in Spiritu sancto divina effecta. Et propterea macula non est in te, quae milii ob perfectionem pro- pinqua es. » De son côté, l'âme est toujours portée vers le bien et sent la plus grande horreur pour le péché. 'Q ôeîov 'é\v]^\jyQv (X'(a\]j.a, èç' (0 b o-/)[;Ac;'jpYGç îjçpavO-r; ©sb?, yoX>'^ p.èv îyo^ 6£03t'j6£pvr]-cv v,xl jj.ovw 0£w nzpocoLviyov-y.' è.~i 0'j;x(av à'zaa-av x£-:a[j.;x£vr,v 7:pbç to ;;.2viv sçeTÔv -£ y.ai à^iépaaxcv ■ Tiv 0'j;j.bv "/.aTa ;x2v^ç t-^ç «[xapTia^ zal tcj Taj-C'^v 7.uY;ffavTc>;(2). « 0 divinum vivumque simulacrum,cuius conditor Deus pulchritudine delectatusest, quod mentem quidem divinitus gubernatam habet, Deoque soli addictam; cupiditatem vero oninem ad id quod sotuni expetenduni est et amore dignum intentam; iram autem erga peccatum dumtaxat eiusque pa- rentein. » Je ne parle pas des autres effets du péché originel qui regar- dent plutôt le corps, comme la mort, les douleurs d'enfante- ment, les maladies; les auteurs ecclésiastiques n'ont pas manqué d'en parler. Il vaut mieux les citer pour répondre à l'objection déjà mise en avant plus d'une fois. Nul ne conteste que Marie ait été remplie de la grâce divine qui a effacé en elle le péché originel et anéanti ses effets per- nicieux, bien qu'ils continuent à subsister chez les autres mor- tels; la question est de savoir si elle a été saisie de ce privilège dès sa conception. On peut répondre à cette difficulté de différentes façons : Plus haut, nous avons fait observer que les saints Pères, comparant Marie à Eve au moment même de sa création (donc (1) Comm. trium pati'uni in Cant. GalL, t. YI. CIV. aussi saint Germain, Sermon pour la Dormition de Marie. {;l) Saint Jean Dam., 1" sermon pour la Nativité. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 63 avant sa chute), insinuent clairement que cet état malheureu- sement transitoire pour la première femme, est Tétat propre de la Mère de Dieu. Or, sans les mettre en contradiction, serait-il possible d'affirmer encore que celle-ci fut créée avec la faute originelle? Ensuite, il ne manque pas de textes où est proclamée l'im- munité de Marie à l'endroit de la prévarication et de ses effets dès l'instant même de sa conception. Témoin ces paroles de Georges de Nicomédie, dans son homélie sur l'annonce de la conception de Marie (1) : r.Ç)0\):qvùzi jbXaaTr([J(.a":a. oc Hodierna praedlcatione radicis bonorum in sterili utero nasciturae, fore praenunciatur ut hominum natura quae vitio exaruerat, virentia pietatis germina producat. » En troisième lieu, un examen plus approfondi du langage des Pères conduit à la même conclusion. Fréquemment, en effet, ils insistent sur cette idée, que Marie possède la même nature que toute la race d'Adam, que sa chair est la chair com- mune à tous les hommes. Mais si malgré fout cela cette nature n'est pas viciée, si sa chair est immaculée, n'est-ce pas dire que, dans sa conception même où elle reçut cette nature et cette chair, elle n'a pas éprouvé les atteintes du vice orginel? 'Q (J^JKk■^^;, u -qç r^ 7,aT:ixyrtp^^'^'^'^ ^^l^ aiV/ei tyjç •Aocvlaç Ç^^crt;;, xatvbv àAAa^a[j.év^ xaAÂoç èçwpafcra-rc {'2). « 0 conceptionem partumque ac infantem, quibus exitiosus peccati partus elanguit salutisque multa proies innotuit. 0 infantem, per quam natura quae malitiae ac vitiositatis turpi- tudine consenuerat, novum induta decorem praeclare exorna- tur! » Et le moine Épiphane n'est pas moins explicite, quand il dit: Où Y^P ^'^y,^ '^■'iv TcapOîvtav xairà k^cz-pâxtiav /.ai àycova, wazsp twv yjyoci- (1) Combef. Auct. I. Sur la légende qui a trait à l'annouce delà conception de Jlarie, voyez notre article : La festa délia Concezione di ÎMaria SSma nella Chiesa greca, dans le BesscnHone, fasc. 80, sept.-oct. 1904, p. 98-99. (•2) W sermon pour la Nativité. Combef. I. 64 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. 7.WV al ■AOG[xu>)xépy.i y.xl 'f^q GMopocùvr^q k7:i[J.z\où[J.zvy.i, àXX iv. (^ùgzm:, OTTsp saxiv èîar'psTiv 7:a7(ov twv yjvy.i:/.(y\ tSÙm [j-si'ucva twv bizr^- yitov; r.y^râ xcu ov;Xov (4). « Quis non miretur magnam Dei geni- tricis virtutem : et quantopere superemineat quotquot hono- ramus sanctos? Nam si Christus servis suis tantum impertitus est gratiae...... qualem matri virtutem inesse cogitabimus? (1) De vita Deiparae, C. x,p. -^"i. Ed. Dresselii. (•2) Homélie sur la Mère de Dieu. Mai. Spicil. Rom., t. X. (3) ROC. 1904, p. 521 et 522. (4) XXXIX" sermon, pour TAnnouciation de .^larie. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CÛXGEPTION. G5 An non maiorem multo quam ei subjectis? Cuivis notum id est. » Mais, si la justification de Marie dilïere de celle du reste des hommes par son intensité, s'en éloigne-t-clle aussi quant au temps? En d'autres termes, regarde-t-elle déjà l'instant de sa conception, au dire des saints Pères? Ici une difficulté même que l'on objecte souvent servira de réponse. Nul n'ignore que l'Église grecque, comme d'ailleurs la tradi- tion latine aussi (1), vénère dans saint Jèrémie et saint Jean- Baptiste deux justes sanctifiés dès le sein de leur mère. Les livres liturgiques sont explicites pour le premier d'entre eux (2). Quant à saint Jean-Baptiste, ce qui est plus fort, sa conception est appelée sa/^^e, illustre, divine même (3). Comme raison de ce privilège, l'on avance leur relation spéciale avec le Messie, puisqu'ils ont eu la mission de le prédire et de préparer ses voies. Or, dit-on, Marie aussi, en sa qualité de Mère, est unie à son fils; rien d'étonnant donc qu'elle ait été justifiée de bonne heure, sans qu'il soit pourtant nécessaire qu'elle ait été immaculée dans sa conception. Fort bien, mais si Jérémie et le Précurseur ont été justifiés dès le sein de leur mère en prévision de leur haute destinée d'annoncer le Messie, qu'en sera-t-il de la Mère de Dieu dont la sainte mission de donner le jour au Messie est infiniment plus sublime? La loi de proportion exige que sajustification, reposant sur un titre plus noble et plus élevé, soit plus radicale encore. C'est bien, semble-t-il, le sentiment implicite des Pères affir- mant que la justification de Marie dépasse en sainteté tout ce qui existe dans la nature. "Eoîr. vàp ty;v j-sp Tràaav T-r^v oJaiv àYiacOîTcjav ty) /.aOapÔT-^jTi, 7,al oixaLWÔstaav £7. [XYjTpaç, [j.y) vi[.>.o'j SouA£U£r,v ^apùr/)!'. (4). « Decebat enim eam, quae supra omnem (1) Saint Thomas, .S. Theol.lU, qu.xxvii, ad l.Nous prenons lo fait on soi, sans vouloir discuter si oui ou non il est conforme à la saine exégèse biblique. ("2) llpà Tcù (TE 7t),aT6v)vai itpOYvwo'Ttxwç \Lf\xpbz iy. xoiXta; rjYiâaOvic; (T' trojiaire di' la 1'* ode du canon, à l'office de l'aui'ore au l" mai). lù TrpoxaOYiyiaia; tèv \moYr,zr\y aou, AliaoTa, Ttpô toxîtoîj (!''' tropairi^ de la 'A'' ode, ibid.). (3) Dans les tropaires du 24 juin (Nativité de saint .J(\in-Haptiste) : "2* stichaire aux vêpres; Menées. Ed. romaine, p. oi:î. 3'^ stichaire aux laudes; ibid., p. 349; et de même, dans roffice du 2 1 sept. (Con- ception de saint Jean-Baptiste). (4) Théophylacte de Bulgarifi, l. c. ORir.JJT CIIUÉTIE-N. 5 GG REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. naturam sanda erat et pura atque ex ipso utero justificata, liaudqiiaquam subdi oneri legis. » Ces considérations du reste seront confirmées, si nous exa- minons plus intimement la nature de la justification de Marie. La doctrine des Pères de l'Église grecque nous amène à faire les conclusions suivantes : 1. Marie nous est représentée comme \di premièi^e des créa- tures justifiées, comme les prémices du genre humain trouvées vraiment dignes d'être offertes à Dieu depuis la prévarication. T-?;c Tct» yivo'jq -rjiJ.wv xzxpyr;:; oi àp-apTiav 7.axay.piQsiV/)ç, dit en effet Basile de Séleucie, osuiépaç £-/p7^Ço[ji.£V àizapyj^ç àvapiapr/^-su y.al Traaav "TLK'qpoÙGr^ç otxaicauvr^v " oi ■?;: x-xv -o GW[j.a (7Uvap;j,oA070'j;-;.sviv, 7:pci7V,'îT0 zih.v ■ïzXq àv6po)7:ciç (1). « Quum generis nostri primitiae per peccatum fuissent con- demnatae, primitias alias innoxias et quae justitiam omnem implerent, necessarias habebamus, per quas totum corpus capiti coaptatum commissumque hominibus iterum redde- retur. » 2. Comme l'indiquent les paroles mêmes « prémices du genre humain », il s'agit bien de la nature limnaine justifiée, c'est-à-dire lavée de la tache originelle qui contamine la nature de l'homme. 3. Cette justification de la nature humaine, dont Marie est les prémices, est due à la vertu du Verbe incarné, car par ses forces la créature ne peut être constituée dans cet état. Saint Germain appelle Marie : 'II -pwr/; tcu TrpwTou Tu-iwiJ.a-oç xôîv zpoYÔ- vo)v àvay.A-/;(ji,ç, •/) Tipoç àzâOs'.av toj ttîtîovOÔtoç yavouç è-âvcooç (2). « Prima primi 'lapsus primorum parentum revocatio, lapsi generis in rectum statum restitutio. » 4. Le résultat final de cette justification est de faire de Marie les a prémices des fonmes », comme Jésus-Christ est « les prémices des hommes (3) ». 5. Cette justification donc affecte la nature humaine de Marie, ou directement et radicalement ou bien seulement d'une façon accidentelle, c'est-à-dire comme celle des autres (1) Sermon sur la Mère de Dieu. (2) Sermon pour la Nativité de Marie. Combef. I. (3) OI[Aat )>ÔYOv i"/îiv àvôpwv (aèv xaOapôraxov xi;; èv àYVEta aTrap/î)? y-YOVÉvai tov 'Ir- aoùv -yuvaixwv oivfi'i Mapiâa. (Origène. In Mattli., t. X.) LE DOGME DE l'iM.MACULÉE CONCEPTION. 67 justes, après avoir été un certain temps atteinte du vice originel. Le second terme de cette alternative n'est pas compatible avec le langage des Pères, car Marie est appelée simplement et pu- rement prémices, comme Jésus-Christ lui-même, dont la na- ture n'a pu passer d'un état à l'autre; et du reste comment constituerait-elle les prémices du genre humain, si elle ne se distinguait pas du genre humain, dont tous les membres sans distinction sont sujets à la souillure d'origine? Il faut donc que sa nature soit justifiée radicalement, dès l'origine de son existence même, c'est-à-dire que Marie soit justifiée dès sa con- ception. De la nature humaine passons au monde angélique. Nous avons vu plus haut (1) que Marie est proclamée par les Pères plus sublime que les anges, plus élevée en dignité que les ordres angéliques les plus parfaits , et nous avons même tiré cette conclusion que, puisque les anges doivent leur si grande pureté à l'intégrité de leur nature, il faut que l'àme de Marie n'ait jamais pu être un seul instant atteinte de la faute originelle (2). Mais la doctrine des écrivains ecclésiastiques est plus expressive encore; notons-en ces deux traits caracté- ristiques. 1. La nature de Marie, selon Isidore de Salonique (3), est supérieure à celle de l'homme; elle est en quelque sorte une nouvelle créature, TO/.aivbv OT^^.izùç)^('q\}.x -/.y), h 6-èp voùç avOpoj- zoç, ûTTcpçusuTaToç %oa ôeoupYtxw-caxoç av0po)7:oç; elle doit doiic trou- ver sa place entre l'homme et l'ange, étant créée d'après le type de celui-ci, xa-:' àv^sAcu:; o-(]\xiouç)'frf^zXijy.. 2. Tout en participant à la nature de l'ange, elle en diffère cependant. Il faut distinguer deux choses, dit avec grande jus- tesse Sophrone l'Ancien, la nature et la grâce. La nature angé- {\)ROC. 1004, p. 14 et 15. (2) Un rapprochement semblable se retrouve dans un sermon attribué à saint Grégoire de Nazianzo. 'ATrsffxâXvi ôoùXo; àawfxaxo; upô; uapOÉvov à(x<^),uvTQv, à7ie(TTâ),y) ôâ[AapT£ai; IXeiiÔepoî Tïpôç tv); (p6opà; àvETt to jxtov. (3'" sermon pour l'An- nonciation. Inler opp. Grég. Naz., t. II.) (3) Sermon pour la Pi-ésentation de Jlarie. 68 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. lique, dit-il, est plus élevée en dignité que celle de Marie, mais la grâce de celle-ci est plus grande. Elle possède toute la grâce propre aux anges, et plus encore. C'est pourquoi elle est d'au- tant plus élevée au-dessus des anges que les grâces lui ont été données plus abondamment. « Nam angelorum quamvis celsior natura sit, non tamen gratia major, quiaetipsi gratuita gratia ne corruerent sunt salvati. Credendum est ipsam ampliora promeruisse virtutum privilégia, et percepisse gratiam ab an- gelis etiam collaudatam. Hinc et Maria cunctis tanto venerabi- lior, quanto gratiosior » (I). Mais, pour être si considérable, la grâce de Marie ne doit-elle pas nécessairement comprendre la justice originelle? Dans le cours de ce ti-avail, plus d'une fois nous avons déjà relevé le langage des Pères attribuant à Marie des épitliètes et des expressions qui ne se retrouvent appliquées qu'à Dieu ou à son Fils. Nous pourrions encore citer nombre de textes où Marie est appelée divine, amie, fille, épouse de Dieu, où un la déclare l'image parfaite de la divinité, retraçant les traits de la similitude divine d'une manière plus complète qu'Adam au moment de sa création. Mais nous prèli'rons nous en tenir à l'idée (lui dominera t(.>ut ce paragraphe, c^st-à-dire à la consi- dération de sa nature proprement dite, considération qui entre plus directement dans les conclusions de notre thèse, puisque, s'agissant d'un péché qui souille notre nature, il est clair que prouver l'existence en Marie d'une nature incompa- tible avec cette souillure, c'est prouver l'immunité même du péché originel. Nous avons vu jusqu'ici que la nature humaine de Marie est au fond la même, mais plus parfaite que celle d'Adam et d'Eve avant leur chute; qu'en tout cas cette nature n'a aucun des ca- ractères de la nature déchue. Elle a été justifiée, mais cette jus- tification s'écarte eSîentiellement de la justification propre aux saints et aux justes. La nature sanctifiée de Marie, selon le sens et avec les réserves faites au paragraphe précédent, dé- (1) Sur rAssomptioa dft Marie. Œuvres de saint Jérôme t. XI. LE DOGME DE l'IMMACULÉE CONCEPTION. 09 passe en grandeur et en éclat la nature angélique. Bref, elle est sui generis. Que sera-t-elle en comparaison de la nature di- vnie La conclusion est claire : la nature de Marie vient immédia- tement après celle de Dieu, elle est inférieure à Dieu seul. 'Kizsic-q lajTYjV Scuxipav [v.èv ©ôou, où ypcnvMq 'hi^(ii),-fi ob^lr^ os, 7:p('<)--qv Tôâvxwv àopix-ii)^ TE /,izi cpaxwv y.ir.ai^.âxwv ctvai TCiaT£uo;x£v (1). « Etenim hanc secundcwi quidem post Deum, et priiiiain, non tempore dico, sed gloria, inter invisibiles omnes visibi- lesqite creaturas credimus ». Plus loin il dit encore : « sed uni Deo inferior, omni autem creaturae superior ». Isidore de Salonique (2), avec sa précision dogmatique ha- bituelle, prévient toute objection : Aéyo) oà a-Kzpub-qxa. i^.sv -ml zvOpoWoiç ayzZo^ a(fpaGT:a,, Bto\jp\'v/.ot. v.al -aùir, Trpoffîîvai T:'Kî.cys.'/,z-f][J.y.-:y.. 0c(o o' £Ç ïffYjç cùo£7uct£, àXXâ yz TTpb:; [J.àv iiiJ.xq, Seov av cÏtcoiç" t-J^v ■TïâvaYVOV, XYj xaô' ÙTïspSoXr^v aùi-^ç àp£r?i, Tpoç oè ©sbv, toDt' aùxô oTCEp £ffT!.v, à'vBpo^xoç -rj izapOévoç. « Contendo sane mente incom- prehensas et hominibus propemodum ineffabiles ac deificas ipsi {Mariae) dotes inesse; absit tamen ut eam Deo parem tan- quam habueris. Sed purissimam illam DeUm dixeris propter virtutis ejus eminentiam, si nobiscum ipsam compara\eris; sin vero eam cum Deo contuleris, lioc quod reipsa est, Virgo apparuerit, scilicet homo. » Après cela, supposons qu'aux Pères grecs réunis en conseil l'on eût posé cette question : Marie a-t-elle été un seul instant de son existence entachée de la faute originelle? Qui pourrait douter que leur réponse eût été négative? 2. La personnalité de Marie considérée en elle-niênie. Nous entrons dans un autre ordre d'idées. Après avoir considéré Marie dans la synthèse des êtres, il convient de reporter son esprit uniquement sur elle-même et de voir comment les prérogatives, qui forment l'apanage de sa sublime personnalité, ne trouvent leur raison suffisante et (1) Pierre de Sicile, 2' Sermon contre les Manichéens. Jlai, Xova Pabum Bibl., t. V, p. m. (2) L. c. 70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. leur plein <''panouissement que dans son immaculée conception. Commençons par connaître de plus près sa prédestination. 1. La prédestination de Marie, au dire des Pères grecs, con- siste dans la pvéélection que Dieu en fit de toute l'étei-nité, pour devenir la Mère de son Fils incarné. De fait, l'on rencontre sou- vent des expressions semblables à celles-ci, tirées d'une homélie de saint Jean Damascène : Xaipiic r, T.pcMpi7'^.iTQ [vtr-'Cip Ws^D* yaipoiq -^ 7:psc7.ÀîAS7;x£vT, -f, r,pl a-.wvwv [iouAr^ 'Ou ©scj, vyjç OsiOTaTCV |3Xâc7T-/; [j.a (1). « Ave qui\e prae destina ta es Dei mater. Ave quae consilio Dei ante saeculâ praeelecta es, ut divinissimum terrae germen ». 2. Cette préélection suppose différents actes de la part de la divinité : la prescience divine, son amour pour l'objet pré- connu, enfin le décret de prédestination. Le succession logique de ces différents moments est admirablement résumée dans les paroles suivantes du grand Docteur de Damas : 'Q àxa-raX-r^Tr-oiv 7.01.1 àTroàpTjTwv Oaujxâtoiv" aè TcpcYvoiJ? b twv cawv Qibç «Hav T^YâT:"/]ac 7.7}. x';7.-rt(y(xq Tupctopiae, xal è::' ia'/aTœv twv ypôvwv s'.ç to sîvai Traprj- vays, y.al 0scT6y,:v [j:r,~époc 7.~jX TiOr,vbv tcj o'.y.sîcj 'j'.cu y.ai /.ôyca àvé- G£i;£ (2). « 0 miracula mentis captum et sermonem excedentia! Dignitatem tuain /)rrtecop'nosce?GX (j'jv TO) uto), sy-'-PT/ ^''^''~ oiaiwvi^ouaa (2). « Victricia tropaeade natura oxtulisti, puraDeum enixa, simulque factorem et filium imitata tuum supra natii- ram naturae succumbis legibus. Idcirco aeque ac filius mor- tua, excitaris simul semper victura. » 3. Ces derniers mots donnent un nouvel aperçu sur la mort de Marie. La Mère meurt comme le Fils; comme celle du Fils, la mort de la Mère est suivie d'une victoire : victoire par ce que la mort ne peut achever son œuvre qui est de réduire le corps en poussière. 4. Et puisque sa mort est le signal de Tincorruptibilité de son être, il n y a plus rien qui la distingue de la nature angé- lique de ce côté. Elle possède l'immortalité au même degré que les chœurs célestes. Saint Isidore de Salonique s'exprime ainsi:... îozi... vévîaiv [J.5VCV àci TO /,«"' 0£'JTr,v /.ai sivai xal ôvcf^.a^scOat y.xxk y.yX x^('[t'Koi, wv 'j-£pT£pa /.aôio-TaTai, y^TOVotsç, àOcévaioi [ji.evoua-1 xal çôopaç àvwTspoi (3). « ... ipsidebebatur... ut sicipsa semper quamviscreataexisteret, non secus ac angeli quibus ipsa praecellit, postquam seniel facti sunt, immortales permanent et supra corruptionem evecti. » 5. Tel est donc, d'après les Pères, le caractère de la mort de Marie : mort sans dissolution du corps, suivie de l'assomption de celui-ci. Pour trouver la raison suffisante de l'assomption corporelle de Marie, il faut évidemment tenir compte de sa (1) Sermon pour la Nativité de Marie. Cf. saint Germain, premier sermon pour la Présentation. (2) Cité par Glycas dans sa lettre à Alypius. (3) Luc. cit. 78 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. divine maternité, parce que, comme dit saint Germain, il con- venait que celle qui donna la vie au monde la reçût pleine- ment en partage (1). Mais ce ne serait pas s'appuyer suffisamment sur la doctrine des Pères, que de ne pas invoquer un autre motif. D'après eux, en effet, l'assumption corporelle est en relation directe avec le péché originel. Saint Isidore de Salonique a écrit encore sur ce sujet avec toute la clarté dogmatique désirable : wç y^p oùSsvbç Ttov ojy. £7:aivc'j|j.£vo)v àvOpoWct^ ososiy.Tai xsivwvbç, àXXà xat «yy^^^wv aYtwTspa [J.Wq, v.ai [j.zvr,'j è"/p*^v \i-q toïç aX)vOtç t^ç xoivwveïv ouaxXr,- pîaç (2). « Sicut enim exsors apparuit eorum prorsus omnium quae in liominibus non censentur laude digna, immo etiam sola apparuit ipsa angelis sanctior; ita oportebat ut sola a commun! reliquorum omnium miseria eximeretur. » Grâce à tout le contexte dont nous avons [irécédemment déjà cité différentes parties, Ton parvient à établir ce raisonnement. Le péché est la cause de toutes les misères humaines, dont la mort est la principale. Marie, non seulement n'a contracté aucune souillure conunune aux autres hommes, mais sa sain- teté est supérieure à celle des anges. Donc à fortiori a-t-elle droit à leur immortalité. Mais la mort est l'effet direct du péché originel. Donc son absolue sainteté est incompatible avec lui. Donc son assomption corporelle est la conséquence de son immunité à l'égard de la faute d'origine. D'ailleurs, en quoi consisterait le triomplie obtenu par Marie à sa mort, dont nous parlait Côme l'hymnographe, s'il ne s'a- gissait pas de la cause (le péché originel) aussi bien que de son efïet ■? Finalement, comme couronnement de son assomption corporelle, Marie est constituée Reine et Dominatrice des anges et des hommes. Les écrits des saints Pères abondent en témoi- gnages de ce genre. Or, comment serait-il possible que Dieu déclarât souveraine de l'univers une créature qui eût été, même un instant, sous le joug du démon, perturbateur de l'ordre et de l'harmonie par lui créés ? [A suivre). D. Placide de Meester, 0. S. B. (1) Pi-cniier sorinoa pour la Dormition de Marie. Conibef. Auctar.. I. (-2) Loc. cil. SIVAS HUIT SIECLES D'HISTOIRE 1021-1820 Lorsque j'étais à Sivas, il y a quelques années, j'eus entre les mains un manuscrit qui me parut intéressant. C éi'AitV Histoire du monastère de Sainte-Croix écrite par S. G. M*-'' Jean, qui y résidait avecle titre d'archevêque. Ce prélat, mort vers 1827, a en 1801 entrepris ce travail, qu'il a conduit jusqu'en 1820. A cause des documents relatifs surtout au xvii" siècle et au xviii% qui s'y trouvent assez nombreux et proviennent des ar- chives du monastère, je regrette de ne pas en avoir fait prendre une copie. Je ne croyais pas en avoir le temps et me suis con- tenté d'employer tout celui dont je pouvais disposer à écrire à la dictée la traduction que m'en faisait un de nos professeurs. J'espère néanmoins intéresser les lecteurs de la Revue par le travail que j'entreprends à l'aide de ces notes. Je n'ai pas la prétention de dissiper tous les doutes, ni de trancher toutes les questions qui se présenteront; j'aurai plu- sieurs fois cependant l'occasion d'éclaircir des points obscurs, de rectifier un certain nombre de dates et d^identifications locales, voire même de corriger quelques erreurs. Si j'ai pu le faire, je le dois tant à un séjour de dix-huit ans dans le pays dont je parle, qu'au bienveillant concours de plusieurs amis. Ils ont cru, eux aussi, que huit siècles de l'histoire d'une ville située, comme l'est Sivas, tout à fait au centre de l'AnaloIie, est un morceau assez rare pour être publié. PREMIERE PARTIE Sènèkorim s'établit à Sébaste. — Expédition do Basile II. — Le successeur de Sènè- kèt"im. — Ruine du rojaume d'Ani. — Dernières années de Pierre Kédatartz. — Ruine de Sébaste. — Les deux Kakig. — Expéditions passant par Sébaste. CHAPITRE PREMIER sÈNÈKÈRiM s'Établit a sébaste. 1° Origine de Séljaste. — 'i" État de l'Arménie à la tin du x» siècle. — 3° Causes de ri'niigration. — 4" Ambassade du prince David. — .^" La Sainto-Croix à Sébaste. § P''. — Origine de SébasteJ On ne connaît pas le nom primitif de Sivas (Sébaste) ; car, malgré l'assertion de quelques écrivains, il est certain qu'elle ne fut jamais Cabyra-Diospolis. Lorsque Rome, presque au début de l'ère chrétienne, réduisit laCappadoce en province romaine, un camp militaire dut occuper le sommet de la colline isolée qui se trouve à l'ouest de la ville, et le nom de Sébaste qu'elle reçut dans la suite semble autoriser la conjecture que le camp lui- même fut désigné sous celui de Castrum Sebasteum. Sans doute, à proximité de cette colline et probablement à l'est de la ville actuelle , sur la rive gauche du cours d'eau au- jourd'hui appelé Mismil, devait exister une localité dont le nom est resté complètement inconnu. Deux choses le persuadent : d'abord l'établissement d'un camp permanent, — ce que les Romains ne faisaient pas dans les lieux déserts; — puis la situation de Sivas au carrefour des routes d'Erzeroum, de Diarbékir, de Malatia, de Césarée, d'Angora, d'Amasia et de Niksar. Elle dut à cette position l'établissement de son camp et plus tard la présence d'un gouverneur. Dès lors et tout naturellement la localité prit de Timportance et se développa, une ville se SI VAS. 81 forma et du Castrum Sebastou prit le nom de Sebasteia. Comme le reste de la Cappadoce, cette ville reçut la foi chrétienne de fort bonne heure : elle a des évêques connus depuis le second siècle; au v^ siècle, son siège est métropolitain, il devient exar- chat au xiii'" siècle. § 2. — État de l'Arménie à la fui du X'' siècle. Pour comprendre l'histoire des Arméniens à cette époque, il y a deux choses surtout qu'il ne faut pas perdre de vue : le mor- cellement de leur pays et son état de dépendance vis-à-vis de l'empire grec. Les auteurs arméniens semblent dissimuler, et les étrangers ignorer qu'au xi" siècle, il y avait longtemps que les pays chré- tiens du Caucase étaient vassaux de l'empire. Les généraux et les troupes qu'il y entretenait n'étaient fort probablement pas envoyés à titre purement gracieux pour défendre ces minus- cules royaumes contre leurs agresseurs. D'ailleurs, pour deviner cet état de vassalité, il suffit de lire d'une manière attentive les historiens de l'époque et de noter au passage tous les titres dont les rois et les grands se glorifiaient d'avoir été honorés par les empereurs. Dès le IX' siècle, on trouve un roi d'Arménie, Achod le Grand, revêtu de la dignité de Curopalate, titre qui, à la cour de Byzance, venait immédiatement après ceux de César et de Nobilissime. Il y eut aussi des Patrices, des maîtres de la milice et des Vestes ou Chambellans. Je ne prétends pas toutefois que les rapports de ces vassaux avec l'empire grec aient été identiques à ceux que la féodalité avait éta^blis en Europe. Leur éloignement et la difficulté d'aller dans leurs pays contraindre leur mauvais vouloir, devaient sou- vent leur permettre d'affecter des airs d'indépendance. Il n'en est pas moins vrai que l'attraction, le prestige, la fascination que la dignité impériale exerçait sur eux, était grande. A leurs yeux, elle miroitait de toutes les splendeurs du passé et de l'éclat de l'autorité suprême rendue sacrée par un caractère religieux. Depuis, les haines accumulées en ont fait disparaître le sou- venir; mais, au xi^ siècle, il n'en était pas encore ainsi, nous le OKUÎNT CHRÉTIEN. 6 82 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. verrons bien dans Thomas Ardzrouni. Déjà Matthieu d'Édesse, dans sa chronique, tout en traitant les Grecs de « nation cruelle et perfide » et de « race perverse d'hérétiques ■> (n°' 65, 67), parle couramment du saint empereur Basile... enterré à côté des saints monarques ses prédécesseurs {n° 38). Si Samuel d'Ani est moins lyrique, on remarque facilement néanmoins la place prépondé- rante que, dans sa chronique, il donne à l'empire. Quant au morcellement du pays, c'est un fait constant : à partir du ix" siècle, la nation arménienne s'était à peu près com- plètement désagrégée. Les grands vassaux briguaient les pré- rogatives royales et souvent, pour les obtenir, ils avaient recours à l'infidèle et par le fait se mettaient sous sa dépendance. Cette conduite était imitée par les fils des souverains eux-mêmes qui, au lieu de s'entr'aider fraternellement dans l'intérêt commun de la patrie et de la dynastie, ne songeaient qu'à ceindre des cou- ronnes et à partager les États de leurs pères. %3. — Causes de V émigration. Je ne discuterai pas ici l'assertion de ceux qui prétendent que le pays de Sivas est occupé par les Arméniens, depuis les temps antérieurs à Sémiramis. Au reste, je ne prétends pas qu'avant le xi'' siècle il n'y avait pas des émigrés arméniens, en plus ou moins grand nombre, dans les villes du Pont et de la Cappadoce. Ce que j'affirme avec Fliistoire et le manuscrit de l'archevêque Jean, c'est qu'à cette époque il y eut une grande immigration arménienne dans le territoire de Sébaste où l'em- pereur Basile le Macédonien, qui se prétendait Arsacide d'ori- gine, leur constitua sous sa suzeraineté un petit royaume qui subsista cinquante ans ou un peu plus. Cet établissement fut dû à la terreur inspirée par les premières incursions des Seldjoucides dans le royaume arménien du Vas- pouragan. Samuel d'Ani parle de vingt-deux ans de luttes, après lesquelles, au dire de Thomas Ardzrouni, Jean Sènèkèrim, der- nier roi de ce pays, se rappelant cette parole divine : « Si l'on vous chasse d'une ville, fuyez dans une autre », se résigna à ce parti extrême. Matthieu d'Édesse, lui, met en avant une prophétie de saint sivAs. 83 Nersès, catholicos d'Arménie (370-404), prophétie qui n'eut sans doute pas plus d'influence que le conseil évangélique sur la détermination royale. Aussi je n'y ferais même pas allusion, si cela ne me paraissait dépeindre au vif la mentalité de nombreux auteurs arméniens, bien moins préoccupés de raconter les faits que d'arranger et d'expliquer tout ce qui, dans la conduite de leurs héros, peut paraîtremoins glorieux. Ici l'explication choisie est l'accomplissement des oracles. L'auteur s'exprime ainsi (n° 38) : « La description de l'équi- pement des infidèles affligea tellement le roi Jean Sènèkèrim, qu'il cessa de prendre de la nourriture et s'abandonna tout pensif à la plus profonde tristesse. Il passait les nuits entières sans sommeil, occupé sans cesse à l'examen des temps et des paroles des Voyants, oracles de Dieu, ainsi que des saints doc- teurs. Il trouva consigné dans les livres l'époque marquée pour l'irruption des Turks (Seldjoucides) et sut que la destruction et la fin du monde étaient imminentes (?). » Les paroles qui suivent et sont mises dans la bouche du saint patriarche du iv' siècle, renferment une violente diatribe contre le clergé arménien. Ce n'est peut-être qu'une imitation des prophéties de l'Ancien Testament; mais ce pourrait tout aussi bien être une attaque de Matthieu d'Édesse contre les catholicos de son temps qui étaient catholiques, et contre Pierre Kèdatartz, sous qui la prophétie est censée avoir commencé à s'accomplir. 'Voici le texte : « En ce temps-là ils s'enfuiront de l'Orient à l'Occident, du Nord au Midi, et ils ne trouveront pas de repos sur la terre ; car les plaines et les montagnes seront inondées de sang ». Suit un texte d'Isaïe relatif au peuple d'Israël et aux Assyriens, puis l'auteur continue : « Le catholicos et les évê- ques, les prêtres et les religieux préféreront l'argent à Dieu. 0 mes chers enfants, désormais la volonté de Satan sera accomplie parmi les fils des hommes plutôt que celle de Dieu par ceux-là mêmes qui embrassent le service des autels. Aussi le Seigneur fera éclater sa colère contre ses créatures, mais surtout contre ceux qui l'offrent en sacrifice ; car le corps et le sang de Jésus- Christ, consacrés à la messe par des ministres indignes, seront distribués à des chrétiens indignes et Jésus-Christ sera blessé bien plus cruellement par ces prêtres sacrilèges que lorsqu'il fut torturé et sacrifié par les Juifs. Satan a été délivré de ses 84 REVLE DE l'orient CHRETIEN. liens au bout de mille ans depuis que le Christ l'avait enchaîné. » — Cette date montre que cette prophétie ne saurait être de saint Nersès. — Elle continue : « 0 mes enfants, voilà ce que je viens vous annoncer, le cœur oppressé, versant des larmes et gémissant à la pensée qu'un grand nombre de chrétiens renon- ceront à leur foi et renieront avec ostentation le nom du Sauveur. C'est à cause de ces impiétés que les ténèbres ont enveloppé le monde. » Dix-huit ans plus tard, quelques années avant la destruction du royaume arménien d'Ani, le même auteur usera du même procédé. Thomas Ardzerouni montre le roi Sènèkèriin réunissant les principaux de son royaume et leur représentant qu'il n'y a plus pour eux de salut et d'espoir qu'en Dieu qui se sert de l'empereur des Grecs pour ministre de sa volonté protectrice; mais que toutefois le pieux empereur Basile, régnant dans la ville impériale de Constantinople, protégée de Dieu, était dans l'impossibilité de venir défendre leur pays, et qu'enfin les prin- ces arméniens, indépendants chacun dans ses États, étaient im- puissants à résister aux infidèles. En conséquence il fut décidé que la nation recourrait à l'empereur, comme un fils à son père. %4. — Ambassade du prince David. Le roi Jean Sènèkèrim envoya donc David, son fils aîné, avec Elisée, évêque des Rechdouniens, suivis d'une escorte et de 300 chevaux cliargés de présents destinés à l'empereur Basile. Ce souverain, dit Thomas Ardzerouni, animé de l'amour divin, se laissa toucher par ces supplications, -^ il eût même adopté le prince David en pleine église de Sainte-Sophie. — Du fond de leur pays, il appela auprès de lui les princes du Vaspouragan, leur donna des présents, les établit à sa cour, leur accorda en apanage des villes considérables en compensation de celles qu'ils avaient quittées, et les dédommagea des forteresses qu'ils avaient aban- données par la cession d'autres forteresses imprenables, de districts, de villageg, de campagnes et de saints monastères. Le manuscrit, comme nombre d'auteurs, affirme que dans l'acte de donation du roi de \'aspouragan se trouvaient 4.000 vil- sivAs.- 85 lages considérables et productifs, 72 forteresses et 10 villes, que le roi ne se sernit réservé que les iii<»nastères, — au nombre de 105 d'après Samuel d'Ani, — ainsi que les terres et les villages qui en dépendaient. Le même Samuel d'Ani ne fait céder que 8 villes au lieu de 10; d'autres enfin ramènent à 1.000 le nombre des villages. Cèdrénus, historien grec contemporain, dont la chronique s'arrête en 1057, dit que Sènèkèrim, en échange de ses États, reçut les villes de Séhaste, Larissa et Abara, ainsi que d'autres possessions. Je ne trouve nulle trace de la ville d'Abara : quant à celle de Larissa en Cappadoce, les Tables de Peutinger la pla- cent à mi-chemin sur la route de Césarée à Comane. Le Traité de l'administration de l'empire composé par Constantin Porphyro- génète (ch. 50) en parle connne du siège d'un petit gouverne- ment militaire dépendant de Sébaste. Le manuscrit, comme les histoires arméniennes, ne parle que de Sébaste et des districts (thèmes) qui en dépendent. C'est dans cette contrée que se relira Jean-Sènèkèrim : Samuel d'Ani ne l'y fait suivre que de sa famille et de 14.000 liommes sans compter les femmes et les enfants. Le manuscrit et l'en- semble des écrivains sont bien plus larges : le roi s'y rend suivi de ses fils, de ses neveux, de toute sa parenté, d'un grand nom- bre de seigneurs, de beaucoup de moines et d'une population de 100.000 âmes. Les immigrés auraient bâti à proximité de l'Euphrate Agn (Egin) et Arabkir. %b. — La sainte Croix à Sébaste. Les immigrés apportèrent de leur pays ce qu'ils avaient de plus précieux. Le roi Jean Sènèkèrim avait parmi ses trésors la relique insigne de la sainte Croix du mont Varag, qui a toujours été très célèbre chez les Arméniens. Aujourd'hui encore ils en font la fête, chaque année, le 3" dimanche de la cinquantaine ecclésiastique qui précède celle de l'Avent, et leur ménologe donne, à la date du 26 tV'vrier, la légende qui s'y rapporte. Voici les faits : En 653, le catholicos s'appelait Nersès et le pays des Rech- douni était administré par le patrice Vartan. C'est alors qu'un 86 REVUE DE l'orient CHRETIEN. saint moine nommé Tdtig fut averti en songe d aller cliercher sur le mont Varag une croix qui y était cachée et qui avaitappar- tenu à sainte Ripsimé (viei'ge et martyre dont le Martyrologe Romain fait mention le 29 septembre). D'après une fort ancienne tradition, c'était un fragment de la vraie Croix que la sainte aurait apporté de Rome. . cit., p. 30 et Cl. (4) Op. cit., p. 4o. (5) Op. cit., p. ()7. (6) Op. cit., p. 76. CHRYSIPPE, PRÊTRE DE JÉRUSALEM. 97 A deux reprises différentes, lors de son ordination sacerdotale et de sa mort (1), Cyrille de Scytliopolis dit que Chrysippe laissa de nombreux écrits, dignes de passer à la postérité. Aussi n'est-on pas peu surpris de ne voir figurer son nom ni dans la Patrologie grecque de Migne, ni dans aucun des ouvrages récents et fondamentaux, qui traitent soit de la littérature patristique, soit de la littérature byzantine. Les anciens toute- fois ne se sont pas montrés aussi oublieux à l'égard de cet écrivain. Photius rapporte déjà dans sa Bibliothèque (2) qu'il avait lu un ouvrage d'Eustrate, prêtre de Constantinople au vi° siècle, dans lequel se trouvait un fragment du panégyrique de saint Théodore par Chrysippe, prêtre de Jérusalem. Cette citation d'Eustrate qu'a relevée Photius, prouve que Chrysippe de Jérusalem vivait au plus tard au vi'' siècle. Comme nous ne connaissons aucun auteur de ce nom au vi° siècle, comme Cyrille de Scytliopolis nous avertit, en outre, que le disciple de saint Euthyme laissa de nombreux écrits et qu'il était prêtre de l'Église de Jérusalem, il n'y a aucune témérité à voir en lui l'auteur du panégyrique de saint Théodore. Photius ajoute malheureusement que le fragment de ce panégyrique contenait encore l'histoire de l'invention des reli- ques de saint Etienne par le prêtre Lucien, et ce renseignement inexact demande que nous nous y arrêtions quelques instants. L'ouvrage d'Eustrate, qu'avait lu Photius et qui expose l'état des âmes après la mort, a été édité, au moins pour la partie qui nous occupe, par Allatius (3), et la traduction latine de cette édition a été reproduite par Migne dans son Theolo- giae cursus completus (4). Le fragment de Chrysippe sur le martyr saint Théodore s'y trouve (5) et une simple lecture suffit à convaincre que le grand liseur qu'était le fameux pa- (1) Op. cit.', p. 67 et 76. (2) Migne, P. G., t. OUI, codex 171, col. 500 seq. Le texte grec du panégyrique de saint Théodore se trouve au moins à la Bibliothèque nationale de Paris, codex 1452, fol. 139-150, du x" siècle, voir Catalogus codicum hqgiographicorum f/raecorum des Pères BoUandistes et de M. Omont, Paris, 1896, p. 120, et à la bibliothèque du Saint-Sépulcre, Papadopoulos-Kcramcus, 'l£poi7oXu[j.tTixri piSXioOVixyi, t. I, p. 6. (3) De ulriusque eccleslae uccUlenlalis atque orientalis perpétua in dogmale de Purgalorio consensione, Rome, 1655, p. 319-580. (1) Paris, 1841, in-8°, t. XYlIl, col. 161-514. (5) Op. cit., cap. xxii, col. 499 seq. : ORIENT CHRÉTIEN. 7 98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. triarche, parcourait parfois les livres d'un œil passablement distrait. L'histoire de Gamaliel, que Photius rattache au pané- gyrique de saint Théodore par Chrysippe, n'en fait aucunement partie, elle appartient à un autre ouvrage qu'Eustrate cite à l'appui de sa démonstration. Cette constatation, d'ailleurs, n'est pas nouvelle; Allatius (1) et Fabricius (2) l'avaient déjà faite avant nous. On a encore de Chrysippe, prêtre de Jérusalem, une homélie prêchée pour une fête de la sainte Vierge, le jour de l'An- nonciation, selon toute vraisemblance. L'homélie est publiée en entier, mais seulement dans sa traduction latine (3) et les éditeurs qui ne connaissaient pas sûrement notre moine, pas plus que l'attestation formelle de Cyrille de Scythopolis, pres- que contemporain des événements, ont fait sans raison aucune de Chrysippe un auteur du vi^ siècle. Un troisième ouvrage de Chrysippe, c'est son panégyrique en l'honneur de saint Jean Baptiste, que Combefis a édité (4) et qui se trouve dans un grand nombre de manuscrits de diverses bibliothèques (5). Ici encore, l'attribution à notre auteur est incontestée. En effet, six manuscrits au moins du mont Athos qui contiennent cet ouvrage l'attribuent à « Chnjsipm, prêtre et disciple du très divin Eulhyme ». Fabricius mentionne encore (6) un panégyrique inédit de (1) Op. cil., col. 462. (2) Bibliotheca graeca, Hambourg, 1737, t. IX, p. 432. Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, Paris, t. XVl, p. 89, attribue également, mais d'une manière hypothétique, au prêtre Chrysippe le récit sur l'invention des reli- ques'de saint Etienne. Déjà au t. Il, p. 507, il avait été choqué des contradictions que présentait le récit de Chrysippe avec celui du prêtre Lucien et il avait conclu : ■< On pourrait dire que le nom de Chrj'sippe s'était glissé par erreur dans la copie de Photius ou que Chrysippe, qui s'est rendu célèbre par ses ouvrages, avait orné la relation que Lucien avait écrite d'une manière simple ». (3) Mag7ia Bibliotheca veterum Patrum, Cologne, I6I8, t. VI, pars IP, p. 711 seq. Cette homélie se trouverait en grec et en latin dans VAuclarium de Fronton Le Duc, t. II, p. 424 seq., que je n'ai pu consulter. (4) Bibliotheca concionatoria, t. Vil, p. 803. Il n'y a que la traduction latine. (5) Sp. Lambros, Catalogue of the greek manuscripls on mount Athos, Cam- bridge, codex 58 de Stavronikita; codex 586, i'ol. 271, codex 595, codex 083, fol. 297 du monastère des Ibères; codex 745, fol. 1 de Saint-Pantéléïmon ; codex 182 de Xéropotamos. Voir aussi codex 174, barocc, fol. 82, de la bibliothèque d'Oxford, H. Coxe, Catalogi codicum manuscriptorum bibliothecae bodleianae, Oxford, 1853. (6) Bibliotheca, graeca, t. IX, p. 57. CHRYSIPPE, PRÊTRE DE JÉRUSALEM. 99 saint Michel archange par Chrysippe, prêtre de Jérusalem et chartopliylax de la Sainte-Résurrection. Comme Chrysippe remplissait précisément la charge de stavrophylax à l'église du Saint-Sépulcre, on a pu confondre ce titre avec celui de chartophylax. Il y a cependant un autre Chrysippe ou Ar- chippe, prêtre de Chones, qui a rédigé des écrits (1) on l'hon- neur de saint Michel archange et de son sanctuaire de Chones; on a très bien pu le confondre avec notre auteur. L'étude détaillée des autres catalogues nous révélerait sans doute de nouveaux écrits de Chrysippe. J'ai voulu, dans cette courte note, attirer l'attention sur lui, et comme il a déjà trois sermons imprimés depuis longtemps, faire remarquer qu'on pourrait lui réserver une petite place soit dans les Manuels de patrologie, soit dans les Histoires de la littérature byzantine. On y voit figurer, en effet, bon nombre d'écrivains, dont nous ne possédons presque aucun ouvrage et sur la vie desquels nous sommes tout à fait mal renseignés. Constantinople. Siméon Vailhé, des Augustins de rAssomption. (1) Fabriciiis, op. cit., t. IX, p. 57, H. Coxe, op. cit.. codex baroc. 174, fol. 200, codex baroc. 180, fol. 64. Dans le catalogue de Coxe, codex 199 baro., col. 245, ligure sous le nom d'Archippe le panégyrique de saint .Jean Baptiste par le prêtre Chrysippe. II LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES (19-26 AVRIL 1905) Ce congrès vient de tenir sa quatorzième session à Alger sous la présidence de M. René Basset. Sur les huit cents sous- cripteurs il s'en est trouvé près de trois cent cinquante qui se sont rendus à Alger, bravant pour la plupart le mal de mer, afin de prendre part aux travaux. Les Orientalistes se sont répartis, de manière fort inégale d'ailleurs, en sept sections. Section I. L'Inde. Président : Sir Raymond West; Secrétaires : MM. de la Vallée Poussin et Schermann. Section II. Langues sémitiques. Président : M. Driver; Vice-prési- dents : MM. Ilaupt et Merx; Secrétaires : MM. Burkitt, Kiigener, I. Lévy, F. Nau et Thureau Dangin. Section III. Langues musulmanes. Président : M. de Goeje; Asses- seurs : MM. Montet et B. Brown. Section IV. Egypte. Langues Africaines, Madagascar. Président : M. Wiedemann; Assesseurs: MM. Virey et Duchêne ; Secrétaire : M, Hé- ricy. Section V. Extrême Orient. Président : M. de Groot; Vice-Présidents : MM. W.K. Mûller et E. Chavannes; Secrétaires : MM. Murakawa et P. Pel- liot. Section VI. Grèce et Orient. Président : M. Krumbacher; Assesseurs : MM. Cumont, Krestchmer et Vasiliev. Section VII. Archéologie Africaine et art musulman. Président : M. Van Berchem. La section la plus animée, nous pourrions dire la plus orien- tale, était la section des langues musulmanes. La salle était remplie par de nombreux Algériens, Égyptiens et Tunisiens LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES. 101 aux costumes nationaux, qui utilisaient la, langue arabe pour leurs communications. Il ne fallait rien moins que la haute autorité et la compétence bien reconnue de M. de Goeje pour éviter de tumultueux conflits. Une question de grammaire dé- chaîna les hostilités : un orientaliste occidental avança que la grammaire du Koran était moins parfaite que celle d'autres auteurs antéislamiques, d'où protestations des congressistes musulmans pour lesquels le Koran ne peut renfermer aucune faute. Nous ne voyons pas bien d'ailleurs comment on leur prou- verait le contraire. Car la grammaire est une science artificielle qui est venue se greffer tardivement sur les langages parlés pour en cataloguer les formes. Elle se borne donc, à l'origine, à faire des constatations et elle appelle exceptions toutes ûiutes contre les règles générales. Il suffit aux musulmans d'appeler exceptions les fautes du Koran — si fautes il y a — pour récon- cilier aussitôt le Koran et la grammaire et nous ne voyons pas bien ce que la science peut gagner à ces inutiles mais fort ir- ritantes discussions. M. de Goeje a su écarter aussi un sujet de trop brûlante actualité. On sait que l'activité musulmane, si elle semble manquer totalement aux Arabes et aux Kabyles que nous trouvions vautrés sous toutes les portes et dans tous les ruisseaux des chemins, se manifeste du moins périodiquement par des massacres de chrétiens et des rapts. Rappelons pour mémoire les massacres du Liban et les massacres d'Arménie et de Syrie de ces dernières années. Or M. Arakélian, publiciste arménien à Tiflis, voulait raconter à la section musulmane comment les tatares musulmans massacrèrent 190 Arméniens à Bakou les 19, 20 et 21 février 1905. 11 voulait demander en- suite aux juristes musulmans si ces tueries étaient conformes à l'esprit du Koran et les priait de répondre à trois questions posées par la presse du Caucase : 1" Le Koran contient-il des idées altruistes? 2° Le Koran reconnaît-il les autres religions ou seulement les tolère-t-il? 3" Le Koran prescrit-il des per- sécutions contre les non-musulmans ou interdit-il le fanatisme? Le factum de M. Arakélian, qui ne put être lu au congrès, fut publié par la Dépêche Algérienne du vendredi 28 avril, et peu après un juriste musulman répondit dans le même journal, que les massacres des chrétiens étaient contraires à l'esprit du Koran et devaient être imputés aux populaces ignorantes et fa- 102 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. natiques. Il put même, dans mi argumentai? hominem du meil- leur effet, reprocher au gouvernement russe de ne pas contri- buer de manière suffisante à rinstruction de ses sujets musulmans ou orthodoxes et d'être ainsi responsables des massacres des Arméniens du Caucase, qui ne furent pas toujours le fait des musulmans, mais parfois des Russes orthodoxes eux-mêmes. Nous avons analysé un peu longuement cet incident, qui a me- nacé de transporter le congrès des régions sereines de la science dans une arène de lutteurs, à cause de son grand intérêt pour les chrétiens de tout pays, aussi bien pour les chrétiens de France que pour ceux de Russie et de Turquie. M. Arakélian s'est sans doute estimé heureux d'apprendre que le Koran, comme la religion slave et la Déclaration des droits de l'homme, prescrit le respect et la tolérance envers les chrétiens; mais il aurait tort, à notre avis, de compter sur une déclaration de ju- ristes pour museler les ambitieux et les forcenés qui savent à certains jours, pour servir leurs desseins, exciter la meute hur- lante des ignorants et des irresponsables. Nous l'avons constaté en France vers la fm du xviii^ siècle où quelques milliers de bandits, en dépit des plus beaux principes et de la plus sonore des déclarations, ont couvert la France de guillotines pour y faire monter bien souvent, non pas des ennemis du salut pu- blic, mais des adversaires personnels et aussi des vieillards, des femmes et des enfants. Aucune consultation de juristes n'aurait pu mettre fin à cet état, il a fallu — et on aurait dû s'en aviser plus tôt — appliquer aux jacobins la guillotine qu'ils avaient inventée pour leurs adversaires. En quelque jours la France avait retrouvé une relative tranquillité. Nous con- seillons donc à M. Arakélian de publier au Caucase la lettre du juriste musulman, mais de recommander en même temps aux Arméniens de ne pas laisser rouiller leurs armes. Dans la même section, M. Mirante lut encore un éloquent dis- cours d'actualité sur la presse arabe. Il lui reprocha quelque mauvaise foi à l'égard des étrangers et la convia à cesser son opposition systématique à la France et à l'Angleterre, pour aider ces nations en Algérie et dans la vallée du Nil à remplir leur œuvre de civilisation. Nous ne trouvons pas non plus que ce sujet, aussi bien que les précédents, ait grand intérêt à être traité dans un congrès d'orientalistes, car la presse en tout LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES. 103 pays, et en France encore plus qu'ailleurs, n'est très souvent qu'un instrument entre les mains de quelques financiers ou de quelques ambitieux pour placer chez les naïfs leurs valeurs ou leur politique. Nous ne pouvons pas, sans hypocrisie, demander aux Arabes de faire mieux que nous et il est tout naturel qu'ils souhaitent pouvoir jeter à la mer ces étrangers qui leur ont pris toutes les plaines, qui les ont rejetés dans la montagne où ils vont encore les tracasser, surtout lorsqu'une partie de ces étrangers est formée des rebuts, c'est-à-dire des interdits de sé- jour, de plusieurs peuples. — Les Arabes oublient qu'ils sont eux aussi des envahisseurs, et qu'ils ont imposé leurs mœurs et leur culte aux Kabyles possesseurs du sol. Ces Kabyles eux- mêmes, aux yeux bleus, à la barbe trop blonde — parfois pres- que rouge — nous évoquaient le souvenir des Vandales venus des bords de la Vistule pour subjuguer les Romains, vainqueurs des Numides. — Parmi tous ces conquérants, les Français sont sans conteste ceux qui ont montré le plus de justice envers les vaincus; les abus sont le fait de certaines personnalités qui doivent seules — elles et leurs descendants — ^ en être rendues responsables. Les autres sections ne virent se produire aucun passionnant sujet et purent entendre, sans sortir de la sérénité indispen- sable aux savants, la lecture d'une cinquantaine de travaux his- toriques, scripturaires, géographiques, littéraires, philosophi- ques, etc. Citons les communications de M. Asin y Palacios sur la psychologie selon Mohidin Ibn-el-Arabi, de M. Wessely sur un papyrus grec du Fayoum, de M. Cumont sur la destruction de Nicopolis en 499, de M. Vasiliev sur Agapius de Menbidj, de M. Krumbacher sur les éléments orientaux dans la littéra- ture byzantine, de M. Cl. Huart sur l'Afrique de la géographie mozhaférienne, de M. Kiigener sur un traité météorologique et cosmographique syriaque attribué à pseudoDenysl'Aréopagite, de M. Labourt sur Babaï le grand, moine du vu' siècle, de M. P. Berger sur les découvertes faites en Tunisie, etc., etc. Nous avons fait nous-même des communications sur les Clémentines, sur l'histoire d'un célèbre monastère de Mésopotamie et sur quel- ques traductions oubliées. Nous avons offert au congrès, à la séance générale, et nous avons annoncé dans les sections grec- que, sémitique et musulmane, les six premiers fascicules de la 104 REVUE DE l'orient CHRETIEN. Pat7''ologie orientale, collection internationale fondée, dès 1897, par M^^ Graffin. Au point de vue matériel le congrès n'a pas été moins réussi. M. René Basset, directeur de l'école des lettres d'Alger, n'avait encore mis en relief que sa remarquable activité scientifique, il était réservé au présent congrès de nous le montrer comme un organisateur de premier ordre. 11 a su réunir en effet huit cents adhésions et a su grouper trois cent cinquante orientalistes de tout pays dans un chef-lieu de département français séparé de la mère patrie par de vingt-six à trente-six heures de traversée souvent pénible. Il a reçu tous ces orientalistes qui avaient été presque tous convoqués personnellement par lui, il s'est intéressé à leurs travaux, aux détails matériels de leur séjour à Alger, aux excur- sions destinées à leur donner une idée exacte de l'Algérie que la plupart voyaient pour la première et sans doute pour la der- nière fois. En un mot il fut l'âme toujours agissante de ce con- grès. L'école dos lettres d'Alger compte un certain nombre de professeurs, mais — est-ce modestie de leur part? — ils s'éclipsè- rent ou du moins ne surent pas s'imposer à l'attention des congressistes. Signalons cependant M. Gauthier, professeur de philosophie arabe, qui sut se mêler aux nouveaux venus et les faire profiter de son expérience de vieil Algérois. Bon nombre d'excursions eurent lieu aux environs d'Alger, à Blida et aux gorges de la Chiffa, à Staouéli et Sidi Ferruch, à Cherchell, en Kabylie. De plus deux voyages avaient été annoncés dès l'an der- nier, l'un à Oran, Ain Sefra et le Figuig, l'autre à Constantine, Biskra, Timgad, Tunis et Carthage : le premier ne put avoir lieu, car l'autorité militaire ne permit pas l'accès du Figuig et peu de congressistes furent attirés par Oran et Ain Sefra. Le second, au contraire, réunit tant de souscripteurs que l'on dut organiser trois départs les 27, 28, 29 avril pour éviter trop d'encombrement dans les hôtels. Ainsi les orientalistes tinrent à visiter l'Agérie et la Tunisie, avant de rentrer dans leur pays. En dépit des quelques ennuis inséparables de tout voyage, ils emportent, croyons-nous, bon souvenir de ce congrès et des rapports qu'il leur a permis de nouer entre eux en attendant qu'ils se réunissent à nouveau, dans trois ans, à Copenhague. F. Nau. BIBLIOGRAPHIE A. AuDOLLENT. — Carthage Romaine (146 av. J.-C. — 698 ap. J.-C); Paris, 1901, in-8" (Biblioth. des Écoles française d'Athènes et de Rome, fasc. 84), p. xxxu-850. Pendant longtemps les efforts des archéologues qui avaient fouillé le sol de Carthage s'étaient portés exclusivement sur la ville phénicienne ; de la Carthage de Gracchus et de César, l'histoire ne connaissait guère que le déclin, et il avait fallu les noms d'un saint Cyprien ou d'un saint Augustin pour attirer l'attention sur cette ville, qui fut sans doute moins puissante que sa devancière, mais qui, par un retour curieux de fortune, devint une des capitales de l'empire romain. Les fouilles entreprises depuis l'expédition de Tunisie ont montré d'ailleurs qu'il est plus facile aujour- d'hui de reconstituer la ville romaine, dont on retrouve les monuments, que la ville punique, réduite en cendres par les soldats de Scipion et dont il ne reste plus que les nécropoles. Mais si, grâce aux belles dé- couvertes du P. Delattre et de M. Gauckler, on commençait à connaître les grandes lignes de Carthage romaine, il manquait une étude scientifique qui rassemblât les résultats obtenus et montrât le rôle important joué par la seconde Carthage dans l'histoire. C'est cette lacune que vient de combler M. AudoUent dans un livre qui, par l'abondance de ses renseignements, la sûreté de sa méthode, la clarté et le charme de sa forme, fait grand hon- neur à l'érudition française, et en particulier â l'École de Rome, qui a eu l'heureuse idée d'annexer l'Afrique romaine au domaine de ses recherches. Un ouvrage de ce genre ne saurait être d^nitif, puisque des découvertes incessantes viennent compléter les connaissances que l'on avait déjà ; bien que les efforts aient été considérables, le sol de Carthage n'a pas encore révélé tout son secret; mais le livre de M. Audollent nous donne le tableau complet de tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour et il deviendra la base nécessaire de tous les travaux qui pourront être tentés sur le même sujet. Le premier problème qui se présente est celui de la restauration même de Carthage. Après une critique rigoureuse des témoignages, M. Audollent conclut que Caïus Gracchus est le véritable fondateur de Carthage romaine ; sa colonie fut bien établie sur le sol même de l'ancienne ville; les sixmille citoyens qu'il y avait conduits y restèrent même après la suppression of- ficielle de la colonie et devinrent le noyau de la ville nouvelle que César, 106 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. puis Auguste reconstituèrent définitivement. Une première partie est con- sacrée à l'histoire de Carthage depuis sa seconde fondation jusqu'à sa chute après l'invasion arabe de 698 ; ce n'est guère qu'à partir du m" siècle que cette histoire devient fertile en événements; nous assistons aux efforts des Carthaginois pour imposer des Césars au monde romain, puis à l'invasion des Vandales, à la restauration byzantine et à l'effondrement final. Le deuxième livre, qui est sans contredit une des parties les plus impor- tantes de l'ouvrage, est une étude méthodique sur la topographie de Car- thage romaine. Avec une réserve que n'ont pas toujours connue ses de- vanciers, M. Audollent nous donne tous les résultats qui lui semblent acquis, et seulement ceux-là. 11 n'a donc pas eu l'ambition de nous rendre fami- lières jusqu'aux moindres rues de la Carthage romaine (nous ne sommes ici ni à Pompeï, ni à Timgad), mais plutôt de fixer les points de repère que les fouilles et les témoignages anciens peuvent faire considérer comme définitivement établis. Les faubourgs éloignés et les nécropoles, les alen- tours de l'enceinte de Théodose II, la ville basse et les ports, Byrsa et la ville haute sont successivement étudiés. M. Audollent restitue à Hadrien l'aqueduc, oîi l'on avait vu longtemps un monument punique et qui a pu être utilisé de nouveau après quelques réparations. Contrairement au P.Delattre, M. Audollent enlève à Byrsa, pour les reporter dans la plaine, les temples de Caelestis et de Saturne : le temple d'Esculape, le Capitble et le palais proconsulaire suffisaient à couvrir un emplacement oîi les ar- chéologues avaient accumulé un nombre véritablement invraisemblable demonumennts. Enfin on lira avec un grand intérêt l'exposé des recherches et des hypothèses relatives à l'emplacement des ports ; le problème qui paraissait insoluble, il y a quelques années, est aujourd'hui près d'être résolu grâce aux sondages entrepris par des officiers de la marine française. M. Audollent rend pleine justice aux résultats obtenus par M. de Roque- feuil et, plus récemment, par M. Hautz (voir l'Appendice, p. 842); il paraît prouvé aujourd'hui que les deux lagunes dont les dimensions semblent si restreintes à tous ceux qui les ont vues, ne sont que les débris informes du port militaire et qu'il faut chercher le port de commerce plus au sud. Les livres suivants ont pour objet les institutions politiques, la religion, la civilisation de Carthage romaine . A la place des détails sommaires et épars que l'on avait sur toutes ces questions, M. Audollent nous présente un tableau d'ensemble qui est «ne véritable révélation de la place impor- tante que tient Carthage dans l'histoire du monde romain et surtout de la période de transition entre l'antiquité et le moyen âge. Il n'est pas un seul de ces chapitres qui ne renferme des aperçus nouveaux. Signalons l'étude si curieuse sur le culte de Caelestis, survivance du passé phénicien dont M. Audollent amis en lumière toute l'importance; les chapitres relatifs à l'histoire du christianisme, aux premiers martyrs, à saint Cyprien, au donatisme ; l'étude sur l'organisation ecclésiastique ; les détails relatifs aux beaux-arts et enfin le livre consacré à la littérature. C'est dans ce domaine .bien plus que dans les autres, que M. Audollent nous invite à chercher l'expression originale de l'esprit carthaginois. Sans vouloir refaire après tant d'autres l'histoire de la littérature africaine, l'auteur s'est contenté de BIBLIOGRAPHIE. 107 rechercher dans les auteurs païens ou chrétiens, Apulée, Tertullien, saint Augustin et jusqu'aux poètes de l'époque vandale, les liens qui ratta- chent ces écrivains à Carthage et les détails qu'ils nous fournissent sur la société carthaginoise. Il a pu ainsi terminer son livre par un tableau très vivant des mœurs et de l'esprit public à Carthage. Une pareille œuvre suppose des recherches considérables et il suffira pour s'en convaincre de parcourir la collection de tous les textes relatifs à Carthage depuis l'antiquité jusqu'au milieu du xix" siècle, que M. Audollent a ajoutée à son étude ; mais ce qui fait le mérite de ce livre, c'est que les textes n"en sont qu'une des sources et non la plus considérable; c'est sur le terrain même et par l'étude directe des monuments que l'auteur a pu rassembler les éléments de ses conclusions. Le résultat de ses efforts a été de restituer à l'histoire tout un domaine qui lui avait échappé jusqu'à ce jour. Toutes les parties du monde romain et l'Afrique elle-même ont été dans ces dernières années l'objet de sérieuses études : l'histoire de Car- thage restait encore dans la pénombre ; elle est désormais en pleine lumière et, grâce à M. Audollent, elle fournira des termes de comparaison à l'étude si complexe des transformations de la société antique. Du point de vue car-, thaginois, l'auteur nous a décrit la vie et les institutions de cette société dans une colonie de province devenue une des grandes villes de l'empire ; il nous a montré la politique habile des Romains qui font entrer dans leur panthéon hospitalier les divinités de leur antique ennemie : il nous a fait ensuite le tableau de la lutte dramatique entre les principes de cette société et la révolution morale apportée par le christianisme : l'histoire de l'église de Carthage est une des pages importantes de l'histoire de l'Église : Puis cette ville extraordinaire, de civilisation si raffinée, oîi la débauche la plus dissolue coudoyait l'austérité la plus rigoureuse, est devenue la proie d'une bande de barbares : les Vandales se sont énervés au milieu de ces délices et la restauration byzantine a gardé encore pendant cent soixante- cinq ans Carthage à la chrétienté. L'histoire particulière de Carthage fait donc partie de l'histoire universelle et, grâce à la monographie de M. Au- dollent, elle reprendra la place qui lui est due (1). Quand les autres métro- poles du monde romain, Antioche, Alexandrie, Constantinople, seront-elles l'objet d'études aussi complètes et aussi précieuses? Louis Bkéhier. (1) Voici quelques oliservations de détail qui n'enlèvent rien au fond du livre dont toutes les conclusions peuvent être adoptées sans restriction. P. 34, n. 3 : le jugement sur la valeur archéologique de Salambo est peut-être bien sévère; un certain nombre d'archéologues ont été plus indulgents pour Flaubert (voy. Jullian, Revue Universitaire 1900). — P. 95. La tradition d'ai)rès laquelle Boniface aurait appelé les Vandales en Afri- que a été fortement combattue par Schmidt [Geschichle der Wandahn, lOOi, p. 33); la con- centration en Bétique des Vandales que les Visigoths repoussaient devant eux me paraît être une meilleure explication de l'Invasion de l'Afrique. — Enfin une dernière chicane : M. Audollent a été amené fréquemment à rassembler des faits qui prouvent les relations incessantes de Carthage avec l'Egypte et l'Orient; n'y aurait-il pas eu lieu de coordonner tous ces détails afin de montrer dans quelle mesure les inllueu'.es orientales avalent réagi sur la culture romaine de Carlliage ? 108 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Patrologia Orientalis. Tome I, fascicule 3. — René Basset, correspon- dant de rinstitut, Directeur de l'École supérieure des lettres d'Alger. Le Synaxaire arabe jacobite (rédaction copte.) — I. Les mois de Tout et de Babeh, texte arabe, traduction française ; à la librairie Firmin-Didot et C'<', 165 pages, gr. in-8"^ (format de Migne), prix 10 francs, franco 10 fr. 70 (pour les souscripteurs 6 fr. 30, franco 1 francs.) Ce fascicule est le cinquième publié dans la Patrologie Orientale, les deux premiers ont été annoncés dans \e Journal Asiatique, nov.-déc. 1903, p. 532-535, cf. p. 521 ; et dans la Revue de l'Orient chrétien, 1903, p. 642- 643. Les deux suivants : History of the Patriarchs of the coptic Church of Alexandria (1), texte arabe publié, traduit (en anglais) et annoté par B. Evetts, et les Apocryphes coptes, texte copte publié et traduit par E. Revillout, ont paru en 1904 durant les grandes vacances et ont été annoncés par nous dans la Revue de l'Orient chrétien, 1904, n"® 2 et 4. Le Synaxaire arabe jacobite était l'un des premiers ouvrages — avec le Synaxaire éthiopien et l'Histoire des patriarches d'Alexandrie — dont Msr Graffin réclamait l'édition lorsque, dès 1897, il jetait les bases de la Patrologie orientale. Le texte arabe était en effet inédit, et les six pre- miers mois seulement avaient été traduits en allemand par Wiïstenfeld (2), il était donc fort utile de publier le texte et la traduction de tout l'ouvrage. C'est dans ce but — écrit M. René Basset — qu'il y a plusieurs anné(?s, RP' Graf- fin m'envoyait la photographie du ms. du Synaxaire n" 256 de la Bibliothèque Nationale de Paris, et, en 1903, celle des mss. 4869-70 de la même collection. Il n'a pas été possible, pour diverses raisons, de donner immédiatement suite à ce pro- jet de publication, mais elle n'en a pas été moins préparée, depuis quatre ans, si c'est aujourd'hui seulement que paraît le premier fascicule qui sera suivi, à bref délai, de la suite de l'ouvrage (3). Le fond de l'ouvrage est important en ce qu'il nous montre les trans- formations des légendes et histoires des saints au passage d'une église à l'autre, et en ce qu'il renferme de nombreuses additions propres à l'église copte, par exemple des notices sur tous les patriarches d'Alexandrie. Les deux premiers mois comprennent : Mylious (Abilius) ; Démétrius (f 232) ; Tliéophile (f 412) ; Dioscore F'' (f 454) ; Athanase (f 497) ; Dioscore 11 (t 520) ; Agathon (f 667); Simon (t837); Yousab (t849); Macaire (f 1129). 11 est remarquable que le nom du premier n'est pas altéré seulement dans les documents arabes (4), mais aussi dans les écrits syriaques, d'origine égyptienne (5). 11 faudrait donc peut-être supposer une mauvaise lecture d'un écrit grec égyptien [m au lieu de b) pour rendre compte de la leçon (1) Une partie de cette histoire a été écrite ou compilée par Sévère ibn Moqatfa. (2) Synaxarium... Gotha, 187t». (3) Avertissement, p. 219. (4) Cf. Patr. or., t. I, fasc. 2, Hislory of the Pariarchs... p. WX (5) Cf. Analecla Boit., t.\l\, fasc. 1. Le texte syriaque du martyre de saint Pierre d'A- lexandrie, conservé au moins dans un ms. du vu"" siècle, porte ~^gQ-«.'^ao ou, comme l'arabe, ,|Lœ pour Abilius. w£00 BIBLIOGRAPHIE. ♦ 109 Milios substituée à Abilios. — Sévère, patriarche d'Antioche n'a pas moins de deux commémorations dans ces deux premiers mois, cf. p. 273 et 313; un tremblement de terre, p. 229, et une éclipse de soleil, p. 326, ont même pu s'y faire place. Il est vrai que celle-ci aurait duré une heure, chose impossible à une vulgaire éclipse, si totale soit-elle, mais en faisant Va part de l'exagération et de la légende, on peut croire que l'éclipsé totale mentionnée dans le synaxaire, ne différa point de celles que nous pour- rons encore observer. La forme de l'ouvrage est moins digne d'attention que le fond, car l'auteur arabe offense à chaque ligne la grammaire et le dictionnaire. On croirait volontiers avoir affaire à un traducteur ou à un compilateur d'origine grecque ou syrienne qui aurait traduit ou compilé dans l'idiome mal connu de ses vainqueurs des ouvrages écrits dans sa langue mater- nelle. Avec deux manuscrits seulement, M. René Basset a relevé de trois à huit lignes de variantes pour douze lignes de texte. Dans un ouvrage aussi répandu que le Synaxaire, les différences introduites sont nécessai- rement trop nombreuses et par là même trop peu importantes pour mé- riter d'être relevées. Le fond seul de l'ouvrage importe et M. René Basset annonce pour un fascicule complémentaire les textes que pourront four- nir les autres recensions, la bibliographie et un certain nombre de textes arabes inédits se rapportant à diverses parties du Synaxaire. L'une des principales difficultés consiste à identifier les noms propres, car les Arabes et, à leur suite, les Éthiopiens prennent à ce sujet les plus grandes licences, au point de faire de V Apocalypse un nom d'homme (1). M. René Basset a corrigé en bien des points la version de Wûstenfeld et ne lui ajoute pas moins de neuf commémorations (cf. pp. 235, 253, 255, 258, 268, 272, 280, 294, 369). Certains points demandent encore à être élucidés. Ainsi p. 329, l'auteur mentionne Jacques patriarche d'Antioche qui fut banni par les partisans d'Arius. Or Bar Hebraeus, dans son histoire des patriarches d'Antioche [Chron. eccL, i), n'en mentionne aucun de ce nom. Ludolf nous apprend {Cumm. ad His. A^th., p. 394) que les Coptes mentionnent à cette date Jacques, le 50'' patriarche d'Alexandrie et non d'Antioche, mais à l'époque où vivait celui-ci il n'était plus question des partisans d'Arius, de sorte que la difficulté subsiste entière et que nous ne savons trop à qui appliquer la notice du Synaxaire. A la page 313 les deux mss. donnent le nom d'Anastase (491-518) à l'Em- pereur qui voulut faire emprisonner Sévère d'Antioche. 11 faut lire tantôt Justin et tantôt Justinien, car l'auteur, ici comme ailleurs, mélange à plai- sir les noms et les faits historiques différents. Toutefois, la fin de la notice consacrée ici à Sévère raconte diverses histoires et légendes relatives à son séjour en Egypte et complète ainsi les récits des historiens syriens. 1. Cf. Ludolf, Hist. ^th. Francfort-sur-le-Mein, 1681, 1. m, ch. iv, « Visio Johannis Abukalamsis ». Voir aussi dans Wûstenfeld, I, p. 33 : Porphyrius au lieu du nom bien connu MercuriuH et, p. 110 : Martin, évêque de Thrace au lieu de Martin, évêque de Tours. 110 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Nous aurons occasion encore de revenir sur diverses notices du Sy- naxaire, car cet ouvrage qui traite des saints de l'Eglise Romaine antérieurs au concile de Chalcédoine, des patriarches d'Alexandrie et de plusieurs patriarches d'Antioche, de tous les hommes marquants qui ont illustré l'Eglise jacobite et même de divers événements profanes, semble synthé- tiser toute la littérature ecclésiastique monophysite. C'est une mine iné- puisable de remarques et de notes comme nous aurons encore occasion de le montrer. F. Nau. C. Fou.vRD, membre de la Commission biblique. — Les origines de l'É- glise. Saint Jean et la fin de Tâge apostolique, gr. in-8" de \liv- 344 pages, 7 fr. 50; Paris, Lecoffre, 1904. Cet ouvrage termine la série d'études consacrées aux « origines chré- tiennes » par M. l'abbé Fouard. C'est même « le chant du cygne » du savant auteur, car une note placée en tête de l'ouvrage, à la suite du por- trait de M. Fouard, nous apprend que la mort l'a surpris avant la publi- cation de son manuscrit. Comme dans ses précédents ouvrages, l'auteur ne se borne pas à donner une biographie de son héros, mais, à son occa- sion, il donne un tableau de la société religieuse, juive, romaine et chrétienne à la fin du premier siècle, « à l'époque où. fut rédigé le qua- trième Évangile par saint Jean qui avait survécu à tous ses frères dans l'apostolat et atteint un âge très avancé ». Le précédent volume : « Saint Paul, ses dernières années », qui en est déjà à la sixième édition, se terminait sur la prise de Jérusalem par Titus ; celui-ci, qui lui fait suite, nous raconte donc d'abord la prise des dernières forteresses juives et l'organisation des écoles et des communautés juives après l'écrasement delà révolte ainsi que l'exil et la vie des communautés judéo-chrétiennes ou chrétiennes qui leur étaient mélangées. Passant ensuite à Rome, l'auteur nous définit la société Romaine et les commu- nautés chrétiennes sous les Flaviens, puis raconte la persécution de Domi- tien. Saint Jean en fut l'une des victimes : Api'ès les petits-fils de Jude, amenés à Rome du fond de la Batanéc, Jean, si renommé pour avoir vécu dans l'intimité du Christ, dut être arrêté au même titre. Lui aussi fut déféré à Rome Le lieu traditionnel de son exécution est la Porte Latine, ou, pour mieux dire, l'espace libre alors qu'occupa plus tard cette barrière de Rome. Le supplice commença par la flagellation qui en était toujours le prélude la victime fut plongée dans l'huile bouillante. Mais l'heure pi'édite par le Christ n'était pas arrivée, l'heure où Lui-Mème viendrait prendre son disciple, et le réunir à Lui pour toujours : à la stupeur de tous, Jean sortit, intact et sain, du bain de feu. C'est ainsi que saint Jean est introduit dans le récit dont il va dès lors fournir toute la trame, hors pour un chapitre consacré à la lettre de BIBLIOGRAPHIE. 111 saint Clément aux Corinthiens. L'auteur commente d'abord la lettre aux sept Églises qui forme les trois premiers chapitres de l'Apocalypse et nous apprend à quelles erreurs elle entendait remédier. Vient ensuite un com- mentaire large et très intéressant de l'Apocalypse entière pour aboutir à saint Jean Évangéliste et au quatrième Evangile dont l'auteur s'applique à faire saisir le but et l'importance : Jean n'écrit pas pour conter. Il ne choisit faits et personnages qu'autant qu'ils lui permettent de rappeler, à leur sujet, les discours du Maître attestant sa divinité, aussi ne l'occupent-ils que dans la mesure où ils concourent à cette vue..... Il puise dans ses souvenirs ceux qui lui paraissent les plus propres à étayer sa démonstration ; les quelques faits qu'il allègue offrent matière à de hauts enseignements; mais, en si petit nombre qu'ils soient, ils suffisent à lui assurer une autorité incontestable par l'abondance et la précision des détails qui attestent un témoin oculaire. Le dessein du quatrième Évangéliste, tel que nous l'avons exposé, peut, jusqu'à un certain point, expliquer les particularités qui le distinguent des autres Aucun lecteur qui ne remarque, au dernier Évangile, l'emploi de certaines locutions : « verbe, lumière, grâce, Paraclet » indiquant un état d'esprit nouveau dans l'Église. C'étaient des expressions de l'école Alexandrine, communes chez les Grecs d'Éphèse, et qui répondaient à leurs conceptions abstraites. Jean, accoutumé depuis trente ans à les entendre, eldésireux d'être compris, en revêtit naturellement la prédication du Sauveur L'ouvrage se termine par un chapitre sur la mort de saint Jean qui nous fait assister à l'épanouissement de la Gnose. Il ne nous reste qu'à mentionner la longue introduction de M. l'abbé Fouard consacrée à la discussion de l'authenticité des écrits de saint Jean contenus dans le Nou- veau Testament. L'auteur conclut sans hésitation à leur authenticité. 11 reste ainsi sur le soHde terrain traditionnel en dehors duquel on ne trouve qu'un chaos de discussions philosophiques, c'est-à-dire vaines. L'Évangile saint Jean par cela même qu'il est isolé et qu'il présente un caractère bien différent des trois autres, a servi et sert encore de point de mire aux adver- saires du christianisme. Les synoptiques offrent plus de résistance, c'est le cas de rappeler le fascicultis triplex difficile rumpittir, mais l'Évangile de saint Jean, à cause du style, des idées, des récits qui lui sont propres, prête le flanc à bien des attaques. Les adversaires n'ont pas grand souci de la science bien qu'ils en parlent constamment, sinon ils étudieraient aussi bien quelques-uns des innombrables anciens auteurs qui offrent de nombreux sujets de thèses et consacreraient leurs efforts à la philologie on. les résultats sont indiscutables ; ils veulent seulement saper la base du christianisme en mettant en doute l'authenticité et la véracité des récits évangéliques ; ils trouvent parfois chez les chrétiens des auxiliaires inat- tendus égarés par la vanité et la philosophie. M. l'abbé Fouard n'a pas été de ce nombre. Il n'a pas cru que certaines concessions — que rien n'oblige à faire — le consacreraient esprit critique, il a donc maintenu intégralement la tradition catholique, telle d'ailleurs que nous la lisons dans les savants ouvrages de M. Vigoureux, auxquels il fait de fréquents renvois. 112 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Nul doute que tous deux à la Commission biblique ne se soient trouvés en complète union d'idées sur ces sujets délicats. Aussi leurs ouvrages jouissent-ils d'un égal crédit et d'une égale diffusion, comme en témoignent leurs nombreuses éditions, et nous espérons que celui-ci aura le succès de ses devanciers. F. Nau. SOMMAIRE DES REVUES 1. Journal asiatique. Janvier-Février 1905: Ed. Chavannes. Les livres chinois avant l'invention du papier. — P. Regnaud. Recherches sur le point de départ des noms des 7'isis védiques. — C. FosSEV. Etudes sumériennes. — Nouvelles et mélanges. — Bibliographie. 2. Z. D. M. G. (Zeitschrift der Deutschen Morgenlândischen Ge- sellschaft), t. LIX. 1 : J. Hertel. Eine zxveite Recension des Tantrâkhyai/ika. — E. Nestlé. Dos syrische Alte Testament der Londoner Bibelgesellschafl. — F. Praetorius. Zur Inschrift des Mesa'. — C. Meinhûf. Iloltenlotische Laute und Lehnworte im Kafir. — E. Fagnan. Ibn Chwermandad, note additionnelle. — A. H. Francke. Musikalische Studien in Westtibet. — L. H. Mills. The Pahlavi texts of the Yasna Haptanghaili, Yasna wxv- XLi (XLii) edited with ail Mss coUated. — E. Nestlé. Qahniqara in den syrischen Wdrterbiichern. — S. KoNOW. On some Facts connected with the Tibeto-Burman Dialect spoken in Kanaivar. — Tr. Michelson. The Meaning and Etymology of the Pâli word abbfdhesika. — E. Baumann. Kehrvers- psalmen. — H. Miiller, H. Zlmmern. Zur Hammurabi-Kritik. — J. Oestrup. Zu Matth. VII, G. — J. Barth. Zum semitischen Demonstrativ d. Miszellcn. — Anzeiger. 3. Revue biblique. Janvier 1905. M. E. Cosquin. Fantaisies biblico- mythologiques d'un chef d'école. — R. P. Lagrange. Le Messianisme dans les Psaumes. — Mélanges. — Chronique. — Recensions. — Bulletin. Le Directeur-Gérant : F. Charmetant. Typographie Firmin-Diilot et C">. — Paris. DANS QUELLE MESURE LES JAGOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? La question de la réunion des diverses Églises chrétiennes à l'Église romaine dont elles ont lé malheur d'être séparées a toujours préoccupé les bons esprits. On a voulu pendant long- temps résoudre cette question par la force associée à la persua- sion, et c'est au nom de « l'union des Églises » que les empereurs grecs du v^ au vu" siècle ont persécuté les jacobites en Orient. L'union n'a pu être obtenue et les griefs mutuels se sont beau- coup envenimés. Aujourd'hui que l'emploi de la force n'est ni possible ni même souhaité, c'est de la seule splendeur de la vérité que l'on peut attendre « l'union des Églises ». Il faut donc avant tout se connaître et savoir exactement ce que les uns et les autres enseignent. Catholiques et jacobites apprendront avec plaisir, croyons-nous, qu'ils se sont noircis les uns les autres à plaisir et qu'ils n'enseignent pas ce qu'ils s'attribuent mutuellement. En d'autres termes, les catholiques ne sont pas Nestoriens et les Jacobites (1) ne sont pas Eutij chiens. Il nous paraît important de réunir ici quelques textes inédits et quel- ques idées éparses dans divers ouvrages afin de leur donner plus de force par leur réunion, de les vulgariser, et de montrer à ces anciens adversaires qu'ils ne sont pas séparés par une infranchissable barrière. La controverse qui va nous occuper roule autour du mode de l'Incarnation. Tous reconnaissent que le Messie est Dieu et homme; c'est là un mystère que notre faible raison ne peut (1) Nous désignons sous le nom de jacobites tous les partisans de Dioscore et de Sévère d'Antioche. Ils sont répandus encore en Syrie, en Mésopotamie, en Arménie, en Egypte et en Ethiopie. OKIENT CHRÉTIEN. 8 114 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. comprendre. Aussi est-il assez difficile de rendre compte de cette dualité : Les Nestoriens lui attribuent deux natures (divine et humaine) qui ne sont pas unies substantiellement, mais forment deux liypostases et une personne (1). Les Euty- chiens lui attribuent une nature formée par un mélange ou une composition des deux natures divine et humaine, une hypostase et une personne. Les jacobites reconnaissent une seule nature formée de deux, sans mélange ni confusion, une hypostase et une personne. Enfin les catholiques, évitant les excès opposés, reconnaissent deux natures qui ne peuvent être séparées et qui sont unies substantiellement en une hypostase et une personne. Nous nous proposons de faire connaître brièvement : I. les erreurs que certains catholiques attribuent aux jacobites; IL les erreurs que certains jacobites attribuent aux catholiques et leurs traditions inexactes relatives au concile de Chalcédoine; III et IV. la véritable doctrine ancienne des deux Églises, rela- tive à l'Incarnation du Verbe. I. — Erreurs attribuées aux jacobites. Les jacobites, ainsi nommés de Jacques Baradée, qui sut galvaniser leur Église et la propager au plus fort de la persécu- tion de Justinien, ont été et sont encore confondus par certains catholiques avec les Eutychiens, ce qui est inexact; au concile de Chalcédoine les évoques, mis à même de choisir entre saint Léon et Dioscore, répondent : « Nous croyons comme Léon. Ceux qui résistent sont des Eutychiens » (2) et, d'après les jacobites eux-mêmes : « S. Dioscore fut exilé à Gangres, en Thrace, parce que les partisans de Nestorius répandaient le bruit qu'il pensait comme Eutychès » (3). — Cette accusation est parvenue jusqu'à nous et se trouve dans les manuels qui servent à former la moitié du clergé français. Nous avons étudié (1) On condense souvent leur opinion en disant qu'ils reconnaissent deux na- tures et deux personnes. (2) Chronique de Michel le Syrien, t. Il, Paris, 1901, p. 49 et 5G. (3) Loc. cit., p. 58. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 115 en effet, dans l'excellente Théologie de Clermont, l'exposé sui- vant : Sur VEulychianisme. Eutychès, prêtre de Constantinople et Archiman- drite, c'est-à-dire abbé d'un monastère, défendant très vivement la foi catholique contre Nestorius, et emporté peut-être par un trop grand zèle, tomba dans l'erreur opposée. 11 enseignait que le Seigneur Christ avait eu deux natures avant (leur) union, mais après l'union (des natures) il n'en reconnaissait qu'une; ce sont ses propres paroles au concile de Constanti- nople. Il se rattachait donc par quelque côté à Nestorius lorsqu'il affirmait que la nature humaine du Christ avait existé avant d'être unie au Verbe, mais sa principale erreur qui consiste dans la profession d'une nature, semble provenir de ce qu'il aurait voulu unir les deux natures d'une union physique et immédiate, c'est-à-dire sans l'intermédiaire de la personne ou hypostase du Verbe divin. Comment a-t-il enseigné qu'il en résultait une seule nature, a-t-il pensé que de l'union de la divinité et de l'humanité il résultait une troisième (nature) par mélange ou composition ou bien a-t-il pensé que la nature divine devenait (nature) humaine ou inversement que l'humaine devenait divine, cette question n'est pas claire et tranchée. Autant cependant qu'on peut le conjecturer d'après les paroles de ceux qui, à la suite d'Eutychés, n'ont admis qu'une nature, il semble plus probable qu'il a admis la conversion de la nature Immaine en la nature divine à la maïuère d'une certaine absorption, comme disparait une goutte d'eau mé- langée aux ondes de la mer. Cet exposé des erreurs reprochées à Eutychès est clair et rédigé en termes modérés; nous ne pouvons donc jusqu'ici que féliciter son auteur, mais il ajoute quelques lignes plus bas : Les Eutychiens sont désignés sous le commun vocable de monophysites, ou encore de jacobites, d'après un certain Jacques^ Syrien de naissance obscure. Cette phrase, qui constate la dénomination erronée en usage chez les Occidentaux, donne aux lecteurs une idée complètement fausse de la doctrine jacobite. Tout le paragraphe gagnerait d'ailleurs à être rédigé à nouveau. On lui donnerait pour titre : « Les monophysites » , et on traiterait en sous-titre successive- ment des Eutychiens et des jacobites, caries seconds ont tou- jours anathématisé les premiers et ne peuvent donc leur être identitiés. (1) Theologia dogm. et mor... auctoribus professoribus Theologiœ seminarii Claromontensis..., editio quarta, t. II, Paris, 1886, p. 353. 116 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. II. — A) EtTeurs attribuées aux catholiques. Dès le concile de Chalcédoine les jacobites ont accuse les ca- tholiques ou bien d'être de purs Nestoriens ou du moins d'in- troduire le Nestorianisme sous une forme que l'on a voulue un peu différente afin de ne pas tomber sous les anathèmes du premier concile d'Éphèse. C'est ce qu'écrivait déjà Zacharie le scolastique (v'-vi' siècle) : le concile de Chalcédoine « à cause d'Eutychès, introduisit la doctrine de Nestorius » ; l'empereur Marcien « se complaisait dans la doctrine de Nestorius » [l). Les envoyés du pape saint Léon étaient des Nestoriens; l'em- pereur Marcien gracia Nestorius (2), les évêques réintégrés sur leur siège par le concile étaient des Nestoriens (3) ; les ennemis de Dioscore étaient Nestoriens (4). Vers 515, Jean, évoque de Maïouma près de Gaza, consignait les mêmes idées dans les Plérophories [ROC. 1898). Il raconte avec longs détails le rappel de Nestorius (chap. 36); ses ad- versaires sont les Nestoriens, Dioscore seul leur résista (chap. 11). Les partisans du concile affirment que le Messie qui souf- frit pour les hommes n'est pas Dieu (chap. 20 et 25; cf. C3). Le concile de Chalcédoine a décrété ce qui avait été condamné à Éphèse (chap. 59). Tout cela est inexact : les catholiques ne sont pas Nestoriens mais les ont toujours combattus; le concile de Chalcédoine n'a pas renouvelé les erreurs de Nestorius puis- qu'il a commencé par les condamner. Ce concile servait à lui seul à séparer les adversaires qui se nommaient souvent Chalcédoniens, ou anti-Chalcédoniens, aussi on le dépeignait sous les couleurs les plus noires : l'em- pereur avait été gagné à prix d'argent, il imposa ensuite sa volonté aux évèques. Ces idées qui remplissent les Plérophories se retrouvent dans VHistoire de Dioscore écrite par son dis- ciple Théopiste que nous avons publiée (5). A cause de l'im- (1) Chronique de Michel le Syrien, 11,37 et 43. Cf. p. 109. (i) Ibid., p. 38. (3) Ibid., p. 99. (1) Ibid., p. 40 et 43. (5) Paris, 1903 {Extrait du Juurnal Asiatique). LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 117 portance de ce sujet, nous traduisons ici quelques textes inédits de Sévère, évêque d'Aschmounaïn, de Georges el-Macin et du musulman Makrizi, d'après un manuscrit de Renaudot (1). B) Traditions jacobites Égyptiennes relatives au concile de Clialcédoine. V Extrait de l'histoire (inédite) des conciles de Sévère Ibn al- Moqaffa, évêque d'Aschmounaïn (2). L'Église orthodoxe (3) eut un peu de repos après cette époque (Cyrille), jusqu'à ce que l'erreur d'Eutychès fut annoncée. Eutychès, né à Constan- linople, affirmait que. le corps du Christ était subtil, dissemblable du nôtre et inaccessible aux souffrances. Quand il eut été retranché de l'Eglise par la sentence de Flavien, il alla trouver Théodose et se plaignit à tort que le patriarche avait mal agi envers lui et l'avait privé de la communion. L'empereur ordonna de réu- nir un concile pour éclaircir cette affaire, et un concile de cent trente évoques se réunit de nouveau à Ephése. Il s'y trouva le père Dioscore, pa- triarche d'Alexandrie, Flavien de Co7istantinople, Juvénal évêque de Jé- rusalem et Etienne d'Éphése. Ce ne fut pas par haine pour Eutychès que l'on n'attendit pas la présence du patriarche de Rome ou ses lettres sur cette affaire, mais seulement à cause de la longueur du chemin (4). Le concile s'informa alors de la foi (ï Eutychès. Flavien, patriarche de Constanlinople, montra qu'Eutychès, vu sa doctrine, méritait l'excommu- nication. Tous furent de cet avis et on résolut de priver Eutychès de la communion. Mais Eutychès vint au concile et implora son pardon. Il af- firma qu'il était tombé par imprudence dans une telle doctrine, confessa ses fautes, souscrivit de sa main la foi des Pères qu'il affirma être la sienne pour toute la suite et il s'anathématisa lui-même s'il venait à la vio- ler. Par ces mauvais artifices il obtint l'absolution, les Pères l'admirent cà leurs sacrifices et le rétablirent dans sa charge bien qu'il dût plus tard (1) Bibl. nat. de Paris, manuscrit Renaudot n° 18, fol. 104 sqq. (2) Auteur copte jacobite célèbre du x" siècle; le commencement de l'histoire des patriarches de l'Église copte d'Alexandrie publiée par U. Evetts dans la Palrologia Orienlalis GralTin-Nau, est dû à cet auteur. Nous avons fait préparer une édition du présent ouvrage par P. Chébli, prêtre maronite; ce travail est à l'impression; nous ne l'avons pas annoncé plus tôt pour ne pas suggérer à des auteurs et éditeurs peu délicats l'idée d'essayer de nous gagner de vitesse, comme c'est d(^jà arrivé par deux fois. (3) Nous traduisons ici le latin de Renaudot qui traduit lui-même le manuscrit 173 de Paris, fol. l-2''-19\ Un coptiste a attribué à tort ce traité à Isa ben Zaara, dialecticien de Bagdad (942-1007), et Renaudot a accepté cette attribution. (4) Cette explication tendantielle est inexacte. 118 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. retomber dans ses blasphèmes, être excommunié à nouveau et oublier le souvenir de ce concile. Enfin, on fit mention dans le même concile de Neslorius, des deux na- tures et des deux personnes ; Juvénal avoua qu'il professait cette doctrine et la tenait pour bonne ; il en fut de même de Basile, évoque de Séleucie, d'Iba-i, évêque d'Édesse, de Théodoret, évêque de Cî/r, d'André, évèque de {Samosale), d'Eusèbe, évêque de Dorylée. Le concile excommunia tous ceux-ci et chacun retourna chez soi. Plus tard Théodose (le jeune) mourut sans enfant; il avait une sœur nommée Pulchérie, mariée à un patrice du nom de Marcien qu'elle éleva à l'empire en place de son frère ; il était très attaché à l'hérésie de Nes- lorius, et après la mort de Célestin lui avait donné Léon pour successeur. Plusieurs de ceux qui avaient été excommuniés et privés de la communion de l'Église allèrent trouver Léon, commencèrent à récriminer, à dire qu'ils avaient été opprimés et à attaquer Z>ioscore qu'ils accusèrent d'avoir réuni un concile sans y convoquer (le patriarche de Rome). » 11 ne t'a pas demandé avis, disaient-ils, dans ce qu'il a fait, mais de sa seule autorité il a excommunié le patriarche de Conslantinople et d'autres évêques, lorsque tu es le Père le plus grand, le patriarche de la grande ville de Rome et le vicaire de Pierre, prince des apôtres; comment donc, toi vi- vant, est-il permis à Dioscore d'agir ainsi? » Excité par ces discours, (S. Léon) causa de grands troubles à ce sujet, et, ennemi de Dioscore, il écrivit des lettres à l'empereur Marcien. Ce- pendant il cacha sa colère durant quelque temps et, en son nom ou au nom des siens, il faisait mention (dans ces lettres) du Christ Seigneur, de Dieu et de l'homme et insinuait que Dioscore avait agi de manière inique et qu'il fallait réunir un nouveau concile pour juger la cause des évêques excommuniés (à Éphèse). Quand ces lettres curent été remises à Marcien, ces excommuniés se réunirent près de lui et lui parlèrent de Neslorius, pour qu'il le rappelât d'exil, qu'il fît examiner sa cause à nouveau. Il se laissa persuader et en- voya jusqu'à ^A;»iîm(l) pour le chercher et le faire revenir ; l'envoyé le trouva malade et resta longtemps près de lui dans l'espoir qu'il guérirait et pour- rait être amené devant l'empereur; mais il mourut, par la volonté de Dieu, afin que leur projet ne pût s'accomplir. — Enfin ils demandèrent à l'empereur de réunir un concile, où il y aurait plus de trois cent dix- huit Pères afin qu'ils pussent s'en glorifier et exalter ce concile plus nom- breux que tous les précédents. Ils lui persuadèrent donc de réunir un concile à Conslantinople (2), qui comprendrait trois cent dix-huit Pères et encore trois cent dix-huit, c'est-à-dire six cent trente-six parmi lesquels Dioscore, 'po.iYiwcche d'Alexandrie, Analolios, patriarche de Conslantinople, Maxime, patriarche d'Anlioche, Juvénal, évêque de Jérusalem et Marc, (1) Ou Panopolis en Egypte. (2) L'Histoire de Dioscore, p. I'i6, suppose aussi que le concile se réunit d'abord à Conslantinople. Cette erreur semble caractériser la tradition égyptienne. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 119 évêque d'Éplièse. Ils demandèrent à Xeon, patriarche Romain, d'y assister, mais lui, occupé alors, s'excusa et fit un écrit qu'il appela t tome » sur sa croyance à l'égard du Christ, à savoir qu'il était Dieu et homme en deux natures après l'union, à chacune desquelles il rapportait les actions qui la concernaient. Il envoya cet écrit par deux délégués choisis parmi ses prêtres. Les évêques déposés voulurent renouveler l'opinion de Neslorius, mais n'en trouvèrent pas le moyen, car le concile se tint la première année de l'empereur Marcien et plusieurs évêques qui avaient excommunié Nesto- rius y étaient présents l'an 193 de Diodétien. Dioscore commença et dit : « Je désire savoir pourquoi un concile si nombreux, comme on n'en a jamais vu, a été réuni. Qu'est-il donc arrivé cà la foi, pour qu'il ait été nécessaire de réunir une telle multitude? » On apporta alors le « tome » de Léon et on le lut : Nou8 confessons en vérité [le Christ) Dieu et homme en deux natures distinctes ajirès l'union, à chacune d'elles est rapporté ce qui la coiicerne. Ce qui convient à la Divi- nité est rapporté à la Divinité et ce qui convient à l'Humanité est rapporté à la nature de l'humanité (1). Alors l'empereur dit : « Voilà l'écrit de Léon, voilà sa foi, il est le père le plus grand de vous tous ». — Dioscore répon- dit : a Satanael fut aussi le plus grand des Anges, mais quand il se fut ré- volté contre Dieu, il tomba de son rang et devint Satan (2). Ainsi Léon, aussi longtemps qu'il observa la vraie foi, fut le père le plus grand et le plus illustre, mais quand il pervertit la foi, il tomba de son rang et il doit être regardé comme Satanael. Si vous n'ôtez pas cet écrit du milieu du concile, j'anathématise cette ville et je m'en vais ». — L'un des assistants lui dit : « Cesse ces discours condamnables, car tu ne dois pas rester dans ce concile ». Dioscore répondit : « Dites-moi, lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ fut appelé aux noces de Cana en Galilée, y fut-il appelé comme Dieu ou comme homme? » — Ils dirent : « Il fut appelé parce qu'il était homme ». Et il dit : « Quand il changea l'eau en vin, le flt-il parce qu'il était homme ou bien parce qu'il était Dieu? » Ils répondirent : « Parce qu'il était Dieu ». Et il répondit : « Regardez donc comme un, avec sa divinité et son humanité, celui qui a fait des miracles et qui a supporté librement et volontairement les douleurs et (dites) qu'il n'était pas deux après l'union. « Un autre évêque dit encore que, d'après leur Père Léon, il était en deux natures, dont l'une faisait les prodiges tandis que l'autre supportait les douleurs, car l'autre nature ne pouvait endurer au- (1) Semble plutôt un résumé qu'une citation. On lit dans la lettre de S. Léon à Flavien : « agit uti'aque forma cum allerius communione, quod proprium est, Verbo scilicet opérante quod Verbi est, et carne e.vequente quod carnis est. Ununi horum coruscat miraculis, aliud succumbit injuriis ». On lit plus loin : Unus onim idemque est, quod sfepo dicendum est, vere Dei fdius et vere homi- nis filius ». Cf. Uavna,ck,Do!)mengeschichte,U, 357. (2) Cette idée se retrouve dans ['Histoire de Dioscore, p. 131, mais la suite dif- fère complètement et témoigne ainsi des frais d'imagination qu'ont dû faire les divers rédacteurs. 120 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. cune souffrance. Alors Dioscore dit : « D'après Anba Cyrille mon père, l'union de la divinité avec l'humanité est comme l'union du feu avec le fer, quand le fer est jeté dans le foyer, le feu ne souifre pas, mais le fer est modifié ». — Tous crièrent et dirent : « La foi de Dioscore est la vé- ritable foi ». — L'empereur dit à Dioscore : « Est-ce que tu seras seul l'arbitre de notre foi et feras-tu en quelque sorte la loi à ce concile, de sorte que personne ne doive parler excepté toi ? » Plusieurs évoques ré- pondirent : « Nous parlons comme Dioscore ». Alors l'empereur se leva et l'assemblée fut dissoute pour ce jour- là. Les évéques excommuniés, réunis chez l'empereur, lui dirent : « Per- sonne dans ce concile ne résiste à tes ordres, excepté Dioscore; et per- sonne en dehors de lui ne te résiste en face : Si tu ne le réprimandes pas et si tu ne lui inspires pas de crainte, il en arrivera à dissoudre tout le concile et nous ne pourrons rien devant lui ». D'autres vinrent dire à l'empereur : « Si cela paraît bon à l'empereur, nous userons d'abord de douceur, on convoquera quelques-uns des plus anciens et des principaux de ce concile avec Dioscore. L'empereur les flattera et leur manifestera sa volonté. S'ils l'écoutent, et sont du môme avis, c'est précisément ce qu'on désire ; s'ils n'écoutent pas, l'empereur peut commander et aucun de nous ne pourra résister ». Cette idée plut à l'empereur; il fit venir Dioscore, patriarche d'Alexandrie, Anulolius, patriarche de Constantinople, Maxime, patriarche d'Antioche, Juvénal, évèque de Jérusalem, Marc, évêque d'É- phèse et trois des principaux évoques ; on leur plaça huit sièges dans le palais impérial (1). L'impératrice Pulchérie s'assit aussi sur son siège pour entendre ce qu'on dirait ; il y avait cependant un voile étendu entre eux et elle. Alors l'un des patrices ami de l'empereur qui était présent leur dit : « L'empereur vous aime, et désire beaucoup vos prières, ne refusez donc pas de lui obéir et ne le mettez pas en colère ». Dioscore répondit : « Nous aimons vivement aussi l'empereur, nous lui souhaitons des biens continus et le bonheur dans toutes ses entreprises ainsi qu'une longue vie. Nous demandons qu'il ne tombe dans aucun délit ni dans aucune faute au sujet de la religion et qu'il n'encoure pas la damnation au jour du jugement. Dieu lui a donné l'honneur et le soin de gouverner un empire qui abonde en toutes sortes de biens, qu'il ne s'applique donc pas à autre chose, car cela doit lui suffire ».'0n toucha encore plusieurs fois aux matières dogmatiques et Dioscore dit : « Que l'empereur n'allègue plus les paroles de Léon au sujet de la foi divine et orthodoxe, car elle n'en a pas besoin ». Comme la discussion traînait en longueur et que Dioscore ne changeait pas et ne voulait ni ajouter ni retrancher quelque chose à la foi, Pulchérie irritée lui dit : « Au temps de ma mère Eudoxie il y eut un homme qui montra une arrogance égale à la tienne, — c'était l'illustre père Jean Chrysostome, — mais il ne lui réussit pas d'avoir voulu résister ». Dioscore (1) Cette conférence n'eut jamais lieu, elle n'est mentionnée que dans les écrits égyptiens : dans l'/fisfoire de Dioscore, p. 141, où l'incident est plus épuré et dans le Synaxaire arabe jacobite, édition René Basset, p. 237-238. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPIIYSITES? 121 lui dit : « Tu sais ce que le Seigneur Jésus-Christ a fait à ta mère qui expulsa ce saint liomme circonvenu d'embûches, comment il l'affligea de violentes douleurs en cet endroit que tu sais et elle ne trouva ni remède ni guérison jusqu'à ce qu'elle vint au sépulcre (de Jean Clirysostome) pour y pleurer et lui demander pardon. Elle fit apporter son corps dans cette ville au milieu des honneurs, afin que Dieu voulût bien lui rendre la santé. Me voici maintenant en ta présence, agis comme ta mère, si tu le veux, afin qu'il t'en arrive autant qu'à elle ». Ces paroles irritèrent forte- ment l'impératrice, surtout parce qu'il lui avait parlé de sa mère; elle passa donc sa main sous le voile, lui donna un soufflet, lui brisa les dents et, se jetant sur lui, lui arracha des poils de la barbe. Cette injure frappa tous les assistants de stupeur. Mais Dioscore ramassant les poils de sa barbe qui avaient été arrachés avec ses dents brisées les fit porter à Alexandrie et écrivit : « Voici le fruit des travaux que j'ai entrepris pour la vraie foi, restez-lui fidèles (1) ». L'empereur fut très irrité en ce jour contre Dioscore, au sujet de ce qu'il avait dit en public à l'impératrice Pulchérie; il ordonna aux évèques de quitter Coustantiiiople, de se réunir à Chalcèdoini' et d'y tenir le con- cile. Il fit un écrit sur la nouvelle foi, dans lequel il acceptait la mention d'une seule personne, selon la foi des trois cent dix-huit Pères, puis, selon la doctrine de Nestorius, réunissait Dieu et l'homme en deux natures et deux opérations, comme le portait le tome de Léon et comme il le croyait lui-même. Le concile fut convoqué dans l'église de Sainte-Eupluhnie et l'empereur ordonna de lire à tout le concile l'écrit qu'il avait fait et la règle de foi qu'il avait composée. Quiconque croirait, accepterait et professerait ce qui était écrit demeurerait sur son siège ; quiconque résisterait serait déposé et un autre serait nommé à sa place (2). Quand les évèques furent arrivés et eurent pris leur place, Dioscore entra et aperçut — en regardant à droite et à gauche — plusieurs évèques excommuniés assis sur des sièges au milieu du concile. 11 demanda .• « Qui a ordonné à ceux-là de venir à ce concile? » Comme personne ne lui répondait, il dit : « 0 père Juvcnal, est-ce que tu n'as pas souscrit comme moi l'anathème contre ces excom- muniés, ainsi que tel et tel Père? » Il désignait à la ronde chacun des évèques qui avaient pris part à ce concile (d'Éphèse) et avaient signé l'anathème prononcé contre les autres. Quelques-uns répondirent : « C'est l'empereur qui l'a ordonné (3) ». Alors il dit : « Si ce concile a été réuni par la volonté de Dieu, j'y prendrai part et je parlerai; si c'est par la (1) Comme nous l'avons écrit, tout ceci est œuvre de pure imagination et a été inventé en Egypte. (2) Les évèques ne se sont jamais plaints d'avoir subi quelque violence à Chal- cédoine. Par contre, tous étaient las de la t3rannie exercée à Éphèse par Dioscore et en général par les Égyptiens. D'après toutes leurs paroles, Chalcédoine fut un pou la revanche des opprimés. (3) L'auteur oublie d'ajouter (jue les évèques soupr-onnés de Nestorianisme ne lurent admis à Chalcédoine qu'après avoir anathéraatisé Nestorius. 122 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. volonté de l'empereur, qu'il le dirige à sa guise et en fasse ce qu"il veut ». 11 sortit du concile, se retira ailleurs et chargea ses disciples de lui rap- porter ce qui aurait lieu. On leur lut l'écrit concernant la nouvelle foi, ils en parlèrent entre eux; quelques-uns ne voulaient pas l'accepter, mais on les menaça de l'exil et de les remplacer sur leurs sièges. Enfin, après d'assez longues consulta- tions, tous résolurent d'obéir à l'empereur et de souscrire, et il n'y eut plus d'espoir de les ramener à un autre sentiment. Tous souscrivirent, à l'exception de quelques-uns. Quand on annonça cela à Dioscore, il fut rempli de douleur et de souci à cause des innovations faites à la foi et de ce qu'on avait tant osé contre le roi du ciel et si peu contre l'empereur terrestre. Il fit dire aux évêques : « Plaît-il aux Pères que je m'associe à leurs signatures et à l'obéissance envers l'empereur? car je ne suis pas capable de m'enorgueillir au point de leur résister à eux tous; qu'ils m'envoient le livre pour que je souscrive avec eux et qu'il n'y ait ni dissension ni division entre nous ». Tous en furent bien heureux et lui envoyèrent le livre. Quand il l'eut parcouru, il y mit à la vérité sa signa- ture mais après avoir anathématisé le concile et tous ceux qui modifieraient la foi et y ajouteraient, ou changeraient les écrits des premiers pères, ainsi que tous leurs aides (1). Il rendit ensuite le livre avec cet anathème et le concile frappé et irrité par cet acte fut divisé en deux partis. Les partisans de Dioscore disaient : « Parmi tous ceux-là, il ne s'en est pas trouvé un en dehors de Dioscore pour défendre la foi ». Le nombre des partisans de Dioscore augmenta parce qu'il avait eu cette audace et Victor, chef des patrices, dit à ses collègues : « Si mon maître l'empereur m'ordonnait d'amener maintenant toute cette multitude au culte des idoles, je n'aurais à me servir de cette verge que je tiens en main contre aucun autre que contre Dioscore ». Ils chargèrent quelques é\4éques de porter à l'empereur leurs signa- tures et de lui rapporter ce qui s'était passé au concile. L'empereur irrité demanda quel genre de mort il pourrait infliger à Dioscore. Les uns dirent : Qu'il soit décapité, d'autres : Qu'il soit crucifié; d'autres : Qu'il soit livré au feu. Mais quelques-uns des évêques présents dirent : « On n'a rien fait de tel dans aucun concile et aucun des- empereurs précédents n'a agi ainsi, mais ils envoyaient en exil les récalcitrants, les privaient de leur dignité et leur donnaient un successeur ». L'empereur ordonna donc d'agir de la même manière et de déporter Dioscore à Gangres, île des barbares. Avec lui fut exilé Anba Macaire, évêque de Tkoou. Quatre évêques orientaux s'enfuirent et six cent trente qui se trouvaient à ce concile, souscrivirent la foi de Chalcédoine, ils professèrent que le Christ Notre-Seigneur était Dieu et homme en deux natures distinctes, ils pro- fessèrent aussi de bouche une personne, mais jamais de l'âme et sincère- (1) Cet incident est encore une simple production de l'imagination de l'auteur. L'Histoire de Dioscore reproduit plusieurs lettres qui sont sans doute purement imaginaires aussi, p. 142-147. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 123 ment. Car au moment où Neslorius se rendait au concile (1), interrogé par ses compagnons pour savoir quelle était sa foi, il leur répondit : « Nous croyons au Père, au Fils, au Saint-Esprit et au Christ ». Les évè- ques de Chalcédoine, quand ils mirent leur foi par écrit, dirent : « Nous croyons au Père, au Fils, au Saint-Esprit et à l'humanité du Seigheur ». Nestorius dit : « Dieu habita dans l'homme au moment de l'Incarnation et le fit un avec lui ». Le concile de Chalcédoine dit : « Le Verbe prit un corps et habita dans le corps qu'il prit de l'homme et il le fit doué d'une âme ». Neslorius dit que le corps du Christ qui s'incarna ne fut pas changé en la nature de la divinité, mais qu'il habita dans Thomme ; il dit encore que le corps n'est pas distingué de celui qui y habite et qu'il est ainsi revêtu d'un honneur inséparable. Il dit encore : « Je confesse deux natures et j'adore celui qui n'a pas abandonné le corps ». Le concile de Chalcédoine dit qu'il conserva chacune des deux natures parce que ce n'est pas le Verbe de Dieu (jui en fut réduit à l'apparence d'un esclave. Le Verbe, disent-ils encore, fait ce ([ui a rapport à ses opérations, l'un fait les mi- racles, l'autre supporte les souffrances. Quelle différence y, a-t-il donc entre l'avis de Neslorius et l'opinion du concile de Chalcédoine au sujet de la foi? S'il y en a une, elle semble être que Nestorius confesse deux personnes, en deux natures, deux volontés et deux libres arbitres; il bâtit sa foi sur cet édifice sans fondement et ne cacha rien de son blasphème, tandis que le concile de Chalcédoine ne reconnut qu'une personne, mais il montra qu'il croyait en deux personnes lorsqu'il affirma que le Christ était Dieu parfait et homme parfait en deux natures distinctes entre elles même après l'union ; ils en arrivèrent ensuite à admettre deux volontés et deux libres arbitres lorsqu'ils dirent que Dieu faisait les miracles et que l'homme supportait les souffrances, en entendant par là Dieu créateur et l'homme créé. Cette foi est réelle- ment une foi en deux et non en un, car il n'est pas possible qu'une chose ait la nature, le libre arbitre et la volonté sans avoir aussi la personne. Il semble qu'ils n'osèrent pas confesser une personne dans ce concile, de crainte de Tanathème porté au (premier) concile d'Éphèse contre Nesto- rius, et contre ceux qui embrasseraient sa doctrine ou la professeraient. Ils espéraient être à l'abri grâce à cette dissimulation. 2° Georges el-Macin (2) écrit aussi dans sa ciironique (3) : Dieu sait ce qu'il en est et juge s'ils ont eu des motifs pour diviser la foi et pour troubler l'Eglise, car c'est lui qui commande, qui juge les juge- (It II est inexact que Nestorius ait été convoqué à Chalcédoine. Un n'a donc ici que des récits tendantiels. (2) Auteur chrétien appelé par les Arabes Ibn-Amid, né en Egypte en 1223, mort à Damas en 1273. (3) Une partie seulement de cette chronique a été publiée et traduite un latin par Erpenius, Historia Saracenica, Leyde, 1625, 8°. Cette partie commence à Jlahomet. Elle a été traduite à nouveau en français et en anglais; nous publions le présent passage inédit d'après le ms. Renaudot n" 18. 124 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. ments et qui fait ce qu'il veut. A lui gloire dans les siècles des siècles. L'empereur Marcien épousa Pulchérie, sœur de l'empereur Théodose. Sous son règne eut lieu le quatrième concile réuni à Chalcédoine, avec six cent trente évêques. Marcien le réunitpour juger l'opinion de Dioscore, patriarche à.' Alexandrie , d'après lequel le Christ était une substance formée de deux substances, une personne formée de deux personnes, une nature formée de deux natures et une volonté formée de deux volontés. L'empereur Marcien et ses sujets disaient deux substances, deux natures, deux volon- tés et une personne. Tous les évéques se rallièrent à l'avis de l'empereur, excepté Dioscore^ patriarclie d'Alexandrie, et six évêques qui refusèrent aussi bien que lui d'adhérer. L'empereur en fut irrité et les évêques qui lui avaient obéi firent lui « tome » qu'ils signèrent. Dioscore leur fit deman- der ce « tome », pour souscrire aussi. Ils le lui envoyèrent, mais lui y écri- vit sa profession de foi et un anathème contre quiconque s'éloignerait de son avis. A cette nouvelle, l'empereur voulut le tuer, mais les patrices et les princes lui conseillèrent de le faire venir avec quelques-uns des prin- cipaux évêques, car ceux-ci l'amèneraient peut-être à leur avis et ainsi l'Église ne serait pas divisée. Marcien s'assit donc sur le trône impérial; son épouse Pulchérie était aussi sur un trône à côté de lui. On disposa aussi des sièges pour Dioscore et les principaux évêques. L'empereur leur fit une allocution et comme les patrices conseillaient à Dioscore d'ad- hérer à l'avis de l'empereur et des Pères pour conserver ainsi sa dignité, il leur dit : « Que Dieu accorde un très long règne à l'empereur. Il n'a pas besoin de s'occuper de ces petites choses, mais il doit s'appliquer à diriger les affaires de l'empire et laisser les prêtres s'occuper de la foi orthodoxe, car ils connaissent les Ecritures. L'empereur ne s'appliquera donc à rien de ce genre, mais cherchera la vérité et la suivra ». Alors Pulchérie lui dit : « Il y eut au temps de ma mère un homme qui avait au- tant d'entêtement que toi; il fut excommunié et exilé, c'était Jean Chrtjso- slome ». Dioscore lui dit : « Tu sais ce qui arriva à ta mère et de quelles ma- ladies graves elle fut affligée jusqu'à ce qu'elle allât au sépulchre de saint Jean Chrysoslome et y demandât grâce, pour arriver à guérir » : à ces paroles Pulchérie ne put retenir ses larmes et, pleine décolère, l'attaquant à coups de poings, lui cassa deux dents et lui arracha les poils de la barbe. L'empereur ordonna de l'anathématiser, de le chasser de son siège et de l'envoyer en exil. Ils l'anathématisèrent donc, l'expulsèrent et mirent à sa place Protérius comme patriarche d'Alexandrie. 3" Ajoutons enfin le récit d'un auteur égyptien musulman, Makrizi (1), qui écrit d'après les mêmes sources (2) : Le quatrième des conciles chrétiens eut lieu à Chalcédoine (451); l'au- (1) Taki Eddin al-Makrizi, né au Caire en 1364, mort en 1441 dans la même ville. (2) Nous tirons ce passage de : Taki-Eddini Makrizii, Hisloria Coptorum chri- stianorum. Arabice édita et latine translata ab Ilenrico .JosephoWetzer : Solisbaci, 1828, p. 59 à 65. Wiistent'eld a réédité et traduit en allemand cette Histoire des Coptes. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 125 teur en fut Dioscore, patriarche d'Alexandrie. Il enseignait que le Messie était une substance de deux substances, une personne de deux personnes, une nature de deux natures et une volonté de deux volontés. L'opinion de l'empereur grec Marcien et de sa nation était que le Messie avait deux substances, deux natures, deux volontés et une personne. Quand les évo- ques comprirent que telle était la volonté de l'empereur, ils le craignirent et se rallièrent tous à son avis, à l'exception de Dioscore et de six évêques qui ne donnèrent pas leur consentement à l'empereur. Les autres évê- ques souscrivirent l'opinion dont ils avaient convenu. — Dioscore leur fit demander le libelle afin d'y inscrire aussi sa foi. Quand il eut reçu leur libelle, il y inscrivit sa foi et excommunia non seulement ceux-là , mais encore tous ceux qui s'en écarteraient. Marcien, irrité, cherchait aie tuer. On lui conseilla de l'appeler et de le juger. Il manda donc k Dioscore de se présenter. Il le fit et les six cent trente-quatre évêques se réunirent en même temps. Les évêques et les patriarches conseillèrent à Z>/oscore d'em- brasser l'opinion de l'empereur et de retourner à sa charge patriarcale. Alors ils invitèrent l'empereur (à parler) et il leur dit qu'il n'avait pas be- soin de scruter des choses si subtiles, qu'il lui était plus expédient de s'occuper des affaires de son royaume, de le gouverner et de laisser les prêtres discuter de la vraie foi, qu'ils savaient écrire, qu'ils eussent donc à suivre la vérité sans se laisser conduire par l'amour de quelqu'un. — Ensuite Pulchérie, épouse de l'empereur Marcien, qui se tenait près de lui, dit : « Dioscore, au temps de ma mère, fleurissait un homme doué d'un grand génie, ton égal, nommé Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople ; cependant on l'excommunia et on le priva de son siège ». Dioscore lui répondit : « Sais-tu ce qui arriva à ta mère, comment elle tomba malade, jusqu'à ce qu'elle allât demander pardon près du corps de Jean Chrysostome et qu'elle recouvrât la santé ?» — Pidchét'ie, fort indignée de ces paroles, lui donna un soufflet au point de lui casser deux dents; d'au- tres hommes l'invectivèrent et lui arrachèrent une grande partie de la barbe. L'empereur ordonna qu'il fût excommunié et privé de son siège. Aussi les évêques se réunirent contre lui, l'excommunièrent, le chassèrent de son siège et Prolériicsîiit nommé à sa place. Depuis ce concile, les chré- tiens furent divisés en Melchites, c'est-à-dire « qui suivaient l'avis de l'em- pereur » etj'acobites qui adhéraient à la doctrine de Dioscore. Cela arriva la 193'-' année de l'ère de Dioclèlien. Marcien, durant tout son règne, émit un édit que quiconque n'adhérerait pas à son avis serait mis à mort. Entre ce concile et le troisième il y a vingt et un ans. — Pour ce qui regarde Dioscore, il prit ses dents et les poils de sa barbe et les envoya à Alexan- drie en disant : « Voilà ce que rapporte la foi ». Aussi le peuple d'Alexan- drie et d'Egypte embrassa sa doctrine. Envoyé en exil, il traversa Jérusa- lem etlà Palestine en prêchant sa doctrine aux hommes qui l'embrassèrent et la professèrent (I); enfin, après avoir établi plusieurs évêques jacobites, (1) Ceci est propre à Makrizi, car chaque auteur brode un peu sur le canevas fourni par ses devanciers. En r('alité, Dioscore dut aller par nier de Chalcédoine à Gangres. 126 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. il mourut en exil le quatrième jour du mois de Toth (1). Le patriarchat d'Alexandrie, qu'il avait dirigé durant quatorze ans, n'avait pas de patriar- che sous le règne de l'empereur Morcien; d'autres racontent au contraire que Protérins avait été mis à la tète du patriarchat d'Alexandrie. Les hommes ne sont pas d'accord entre eux pourquoi cette secte fut nommée jacobite (2). Certains disent que Dioscore, avant d'être patriar- che, se nommait Jacques et qu'il exhorta par lettres, ses sectateurs durant son exil à garder fidèlement la foi du pauvre et du proscrit Jacques. — D'autres disent que Dioscore eut un disciple nommé Jacques qu'il envoya à ses partisans durant son exil et que ceux-ci prirent son nom. — D'autres, que Jacques fut disciple de Sévère, patriarche d'Antioche, attaché à la doc- trine de Dioscore, qui envoya Jacques aux chrétiens pour les confirmer dans la foi de Dioscore. — D"autres, qu'un certain Jacques, remarquable par sa piété et ses mortifications et vêtu d'une couverture de bête de somme (aussi fut-il nommé Jacques Baradée), parcourut la terre et excita les hommes à embrasser la doctrme de Dioscore ; aussi tous ceux qui le firent furent appelés yaco6//es, d'après son nom. Le même Jacques serait encore appelé Jacques de Saroug (3). Ilf . — Sentiment des jacobites touchant l'union des deux natures dans le Christ. Il est inexact de confondre les partisans de Dioscore avec les Eutychieus, car, s'ils n'admettaient qu'une nature en N.-S. après l'union, ils professaient que cette unique nature était formée de deux sa?is mélange ni confusion ni conversion de l'une en l'autre, ni division. En d'autres termes, ils professaient une nature double au lieu de deux natures. Ils se recommandaient de saint Cyrille pour dire que la na- ture incarnée du Verbe était une, de sorte que le Christ était « de deux natures » et non pas « en deux natures », comme l'a- vait écrit le concile de Chalcédoine à la suite du pape saint Léon. Dioscore exposa lui-même cette opinion à plusieurs re- prises au concile de Chalcédoine : « J'admets : de deux; jen'ad- (1) Makrizi suppose à tort qu'il y a concordance exacte entre les calendriers syrien et copte. Dioscore mourut le quatre Élul (septembre) 451 (Cf. Histoire de bioscore, p. 175 et 5). Mais au quatre Elul correspond le septième jour de Toth. Cf. Synaxaire, éd. René Basset, p. 236. (2) L'accord existe maintenant. Ce nom provient de Jacques Baradée. (3) Il n'y a aucun rapport entre Jacques Baradée (f 578) et Jacques, évêque de Saroug (t521). LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 127 mets pas : deux (1) ». Quand on cita à Éphèse ce qui avait été fait à Constantinople sous Flavien et que l'on en vint à ces pa- roles de Meliphtongos, évêque de Julianopolis : « ceux qui ne confessent pas que les deux natures sont jointes dans une véri- table unité pour (former) le seul et unique Fils de Dieu, vrai Dieu de vrai Dieu, Jésus-Christ, soient anathèmes (2) » et à celles de Julien, évêque de Coos : « Nous confessons donc deux natures en une personne (3) » ; Dioscore dit à Chalccdoine : « Je blâme ces paroles, car, après Funion, il n'y a plus deux natures (4) ». De plus, Dioscore ne conda.mndi Flavien, comme on le voit par les actes du brigandage d'Éphèse et comme il le dit lui-même à Chalcédoine, que parce qu'il disait « deux natures après l'union », tandis que les témoignages des Pères montraient qu'après l'union, il ne fallait pas dire deux natures, mais une nature incarnée du Verbe (5). Le tome de Léon qui reconnaissait deux natures après l'union, était censé renouveler l'hérésie nestorienne, car, pour les jacobites, la nature suppo- sait la personne, et le concile de Chalcédoine n'aurait prôné une personne et deux natures que pour échapper aux ana- thèmes portés contre quiconque dirait deux personnes, bien qu'au fond leur sentiment fût le même. Dioscore niait aussi que les deux natures fussent confondues dans le Christ, de crainte de tomijer dans l'erreur de Vcdentin et (ï Apollinaire appelés auvouaiaa-aç par les saints Pères qui les combattirent, parce qu'ils disaient que les deux natures s'é- taient mélangées pour en former une seule. Il dit clairement en effet dans la première action du concile de Chalcédoine : (1) T6 £X ô-Jo ÔE'xojAat, to ôûo où 5£xo[j.at. Hardouin, Acta Conciliorum, t. II, Paris, 1714, col. 136. (2) Acia Conciliorum, II, col. 136 (3) '0[xo>>oYoùjj.ev toîvjv xà; SOo çûaeiç èv évlTtporrtoirw. Acla Conc, II, col. 137. (4j 'lôoù to-jTOu i7:OaiJ.6àvo[i.ai, [li-zx ^àp xr)v svwctiv oûo çûustç oOv. zlaiv. Acta Con- ciliorum, II, 137. (5) Aiôffxopo; 6 eùXaêéffTaxo; èTtîcxoTtoi; 'AXE^avSpsîa; eItze. cpavepô): ôià toûto y.a9T]py)Tat ilOauiavôç ÔTt (xexà xvjv ëvwatv ùùo çy<>Et; stuev, èyw ok xpYJdet; ejrw xwv àyiwv Tîaxs'pwv 'Aôavafftou, rpYiyopiovi, Kupt>Xou, oxi où Set XÉyetv [Jiexà xr;v evwtriv ôûo çûaetç, à)là (liav ffe(7apxtùjj,évr)v xoù ),6you çOtriv. Mansi, VI, 682. Acta Conciliorum, t. II, col. 132* Les orthodoxes montraient que par « une nature du Verbe incarné » les Pères indiquaient deux natures, comme le fait Jean Maron dans ses œuvres que nous avons publiées. V. Opuscules maronites, V" partie, Paris, 1899, p. 25-40 de la tra- duction et p. l(.)-22 du texte syriaque lithographie. 128 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. « Nous ne disons ni confusion, ni division, ni conversion; ana- thème à qui dira confusion, ou conversion, ou mélange » : (juyy^uatv, '1^ xpoTCYjv, y) àvaxpaaiv (1). Telle fut toujours l'opinion desjacobiies, qui reconnaissent une nature formée de deux, la nature humaine et la nature di- vine incarnée, de sorte que ces deux natures se sont unies en une sans mélange, division, altération ou changement, et n'ont pas été séparées l'une de l'autre, nulle part, à aucun moment, pendant aucune durée, de sorte que le Christ était homme parfait et Dieu parfait, un Dieu, un Christ, une personne, un suppôt, une substance formée de deax, une nature formée de deux, une volonté formée de deux, né du Père avant tous les siècles et né dans le temps de la Vierge Marie, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'huma- nité, qui souffrit pour nous en vérité dans la chair, de sorte cependant que la divinité ne fut jamais sujette aux souffrances. — C'est pure rêverie de leur attribuer une autre opinion et de les confondre avec les Euty chiens qu'ils ont toujours ana- thématisés (2). On pourrait citer de nombreux témoignages pour justifier les précédentes conclusions, Renaudot en a déjà relevé une demi-douzaine dans la Perpétuité de la foi (3). Nous relèverons seulement celui de Sévère d'Antioche, tel que l'expose Bar Hébraeus : en Jésus-Christ, il n'y a qu'une nature^ la divine et V humaine, sans confusion, sans mélange et sans corrup- tion, et qui demeurent ce qu'elles étaient; de même que la (1) Actio prima. Acia Conciliorum, t. II, Paris, 1714, p. 128. Cité par Harixack, Dogmengeschlchte, Leipzig, 1894, t. Il, p. 369. (2) On reprochait à Eutychès de renouveler les erreurs de Valentin et d'Apol- linaire, de dire que le corps du Christ n'était pas consubstantiel au nôtre, mais tiré du ciel, et que l'unique nature du Christ était formée de deux avec commu- nication et confusion; en d'autres termes, d'absorber l'humanité dans la divinité. Dioscore reçut Eutychès dans sa communion au brigandage d'Éphèse, mais après qu'il eut anathématisé les erreurs de Valentin et de ceux qui attribuent au Messie une chair descendue du ciel, c'est-à-dire après qu'il eut anathématisé la principale erreur pour laquelle, selon les jacobites, il avait été condamné à Cons- tantinople. Dioscore le reçut donc à Éphèse, disent les jacobites, parce qu'il y fit une profession orthodoxe et le condamna plus tard quand il renouvela les er- reurs qui l'avaient déjà fait condamner à Constantinople. (3) Édition Migne, Paris, 1841, t. III, col. 68-70. LES JACODITES SONT-ILS MONOPIIYSITES ? 129 nature de l'homme est de deux natures, de Vâme et du corps; et que le corps est aussi composé de deux natures, la matière et la forme, sans que l'âme soit chamjée au corps et ta matière en ta forme. Nous trouverons plus loin l'opinion de Bar Hébraeus lui- même, telle que l'expose Assémani, et terminerons ici par un texte de Jean Pliiloponos, cité par Michel le Syrien. Cet auteur, qui a écrit en grec un long ouvrage farci de dialectique pour démontrer par la force du raisonnement, sinon des faits et des témoignages, que les partisans du concile de Clialcédoine sont des Nestoriens, nous semble exposer assez clairement la doc- trine jacobitc (1) : Qu'il n'y a pas une seule nalure de la divinité et de l'humanité, mais qu'il y a une seule nalure ou hyposlase du Christ composé, chacune des deux de- meurant inconfuse. Aussi, nous ne disons pas qu'il y a une nature ou une liypostase de la di- vinité et de l'humanité, mais bien du Christ composé; car nous confessons et nous adorons [le Christ en une seule nature] ou hypostase, en tant que composé. Nous n'admettons point la destruction de l'une, ni la confusion [ou le mélange] des deux. Nous avons blâmé cela bien souvent, car nous considérons comme tout à fait ridicule cette opinion de quelques-uns, que peut-être il y a eu quelque conversion ou confusion dans cette union, alors que cela n'a pas même lieu dans les autres composés, si ce n'est tou- tefois dans le mélange des qualités contraires, comme nous l'avons montré dans le AtatTrjxr'ç, à cause qu'elles se contrarient mutuellement et que l'une est détruite par l'autre. Chez l'homme au contraire et chez Notre-Seigneur le Christ, ce qui est moindre est conservé par ce qui est plus grand : le corps par l'àme, ce qiii est humain par la divinité du Christ. — Il est donc évident, d'après cela, que nous ne disons pas une nature selon l'affec- tion pour la chair (2), ni selon la confusion de l'humanité et de la divinité du Christ ; mais parce que nous croyons que le Verbe de Dieu s'est in- carné de telle sorte qu'il y a eu union de la nature divine et de l'iiumanité. Or l'union, si elle a lieu réellement, réunit nécessairement en une les choses qui sont unies. C'est cela, et non autre chose, qu'exprime cette sentence de saint Athanasius et de Cyrillus : « Une est la nature incarnée de Dieu le Verbe. » — En effet, la nature ou hypostase de l'homme est aussi un composé formé de l'âme et du corps ; cependant aucun des deux n'est changé en l'autre dans la composition, pas plus que dans le Christ sa divinité et l'humanité. (1) Chronique de Michel, II, j). IIO. (2) ■■ Pour ne reconnaître en \otre-Seigneur que la nature liumaine?? ORIUNT CHRÉTIEN. 9 13Ô REVUE DE l'orient CHRETIEN. IV. — Sentiment des catholiques touchant l'union des deux natures. Il nous suffira de rapporter la profession do foi de Chalcé- doine et les passages caractéristiques d'une lettre du concile tenu à Rome sous le pape Agathon, adressée au troisième con- cile de Constantinople. 1° Chalcédoine. Suivant donc les saints Pères, nous déclarons tous d'une voix que l'on doit confesser un seul et même Jésus-Christ Notre-Seigneur, le même parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité, vraiment Dieu et vraiment homme; le même composé d'une âme raisonnable et d'un corps ; consubstantiel au Père selon la divinité et consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous, liormis le péché ; en- gendré du Père avant les siècles selon la divinité et dans les derniers temps né de la Vierge Marie, mère de Dieu, selon l'humanité, pour nous et pour notre salut ; «n seul et même Jésus-Christ, Fils unique, Seigneur en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division, sans sé- paration, sans que l'union ôte la différence des natures; au contraire, la propriété de chacune est conservée et concourt en une seule personne et une seule hyposlase; en sorte qu'il n'est pas divisé ou séparé en deux per- sonnes, mais que c'est un seul el même Fils unique, Dieu Verbe, Notre-Sei- gneur Jésus-Christ. 2° Lettre d'Agathon et de son concile (G80) au concile de Constantinople tenu en 681. Unum eumdemque D. N. J. C, Filium Dei unigenitum, ex duabus et in duabus substantiis inconfuse, incommutabiliter, indivise, inscparabililer subsistere cognoscimus, nusquam sublata differentia naturarum propter unitionem, sed potius salva proprietate utriusque naturae, et in unam per- sonam unamque subsistentiam concurrente, non in dualitatem persona- rum dispertitum vel diversum, neque in unam compositam naturam confusum, sed unum eumdemque Filium unigenitum, Deum Verbum, D. N. J. C, neque alium in alio, neque alium et alium, sed eumdem ipsum in duabus naturis, id est, in deitate et humanitate, et post substan- tialem adunationem cognoscimus quia neque Verbum in carnis naturam conversum est : permansit enim utrumque quod naturaliter erat : diffe- rentiam quippe adunularum in eo naturarum sala contempla tione disrer- nimus ex quibus inconfuse, inseparabiliter et incommutabiliter est compo- situs; unum enim ex utrisque et per unum utraque quia simul sunt et altitude deitatis et humilitas carnis, servante utraque natura etiam post adunationem sine defectu proprietatem suam (1). (1) Cité Theologia... seminarii Claromonlensis, t. II, Paris, 188G, p. 322-323. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPIIYSITES? 131 Ajoutons que le concile de Chalcédoine, comme les précé- dents et les suivants, condamna Nestorius et ses partisans et ne reçut Théodoret et Ibas d'Édesse qu'après leur avoir fait anatliématiser Nestorius. « Tliéodoret dit : Anathèmc à Nes- torius, à quiconque ne dit pas que la Vierge Marie est mère de Dieu et à quiconque divise en deux le Fils unique (1)... Ibas dit : J'ai déjà anathématisé par écrit Nestorius et sa doctrine, et maintenant je l'anathématise mille fois (2) ». V. — Conclusion. Les jacobites n'ont jamais été Eutychiens et les catho- liques n'ont jamais été Nestoriens. Dioscore n'a reçu Eu- tychès au second concile d'Éphèse, disent les jacobites, qu'a- près lui avoir fait anathématiser ses erreurs et les catholiques n'ont reçu Théodoret et Ibas à Chalcédoine qu'après leur avoir fait anathématiser Nestorius. Il importe peu que les ja- cobites emploient les mêmes mots : « une nature » que les Eutychiens, puisqu'ils se séparent essentiellement d'eux dans l'explication des propriétés de cette nature unique. Il importe peu que les catholiques emploient les mêmes mots : « deux natures » que les Nestoriens, puisqu'ils se séparent essentielle- ment d'eux dans l'explication du mode d'union des deux na- tures. Les jacobites ne reconnaissent qu'une nature, mais elle est formée de deux, et ils ajoutent : « sans confusion et sans mélange ». Les catholiques reconnaissent deux natures, mais ils ajoutent : « sans division, sans séparation... en une seule hypostase ». Les traditions jacobites et en particulier les tra- ditions égyptiennes relatives au concile de Chalcédoine sont inexactes. Le rôle de la force au concile de Chalcédoine a été infiniment moindre qu'au second concile d'Éphèse, car aucun des intéressés ne s'est plaint du roi Marcien, tandis que de nombreux évoques ont accusé Dioscore en face et lui ont re- proché d'avoir fait entrer des soldats en armes et des moines avec Barsumas, pour les obliger à souscrire sur un papier blanc (1) 8« action. (2) 10'^ action. 132 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. et d'avoir fait chasser les notaires des autres évêques pour faire rédiger les actes par les siens et pouvoir ainsi les falsifier facilement. Par contre, les jacobites ont quelque raison d'affir- mer que le concile de Chalcédoine a été réuni cuntre Eutychès et non pas contre Dioscore et que celui-ci n'y a pas été con- damné pour une erreur déterminée puisqu'il déclarait enseigner tout ce qu'avait enseigné saint Cyrille. Ce qui, donne quelque crédit à cette opinion, c'est qu'Anatolius, archevêque de Cons- tantinople, a pu dire devant tout le concile sans être contredit : « Dioscore n'a pas été déposé pour la foi, mais parce qu'il a excommunié l'archevêque Léon, et qu'ayant été cité trois fois, il n'est pas venu (1) ». Ainsi, à l'origine, les jacobites semblaient former un schisme plutôt qu'une hérésie. Nous pouvons citer en faveur de cette idée Richard Simon et Assémani (2). Dans son Histoire critique des dogmes, des controverses, des coutumes et des cérémonies des chrétiens orientaux {3), Richard Simon écrit : A regard de leur créance, tous les Monophysites, soit jacobites (4), soit Arméniens, ou Cophtes et Abyssins, sont du sentiment de Dioscore tou- chant i'unité de nature et de personne en Jésus-Christ, et pour cela on les traite d'hérétiques. quoiqu"en effet ils ne différent des théologiens la- tins qu'en la manière de s'expliquer. Ce ([ue les plus savants d'entre eux reconnaissent aujourd'liui, ainsi qu'il paraît de la conférence (5) que le P. Christophle Roderic, envoyé du Pape en Egypte, eut avec les Cophtes touchant la réunion des deux Églises : car ils avouèrent qu'ils ne s'expli- (1) 5'"'' action, Acla cunc. Il, 119. Les jacobites se sont toujours pn-valus de ce texte. Ils écrivent aussi que Justinien, dans son édit adressé au cinquième con- cile, a dit : « Dioscore n'a pas péché contre la loi ». Cf. Bullelin de l'Assucialion Saint-Louis des Maronites, 1903, p. 377. (2) Nous pourrions, bien entendu, trouver des auteurs modernes de même sen- timent. Citons du moins Blanc, auteur d'un Cours d'histoire ecclésiastique à l'u- sage des séminaires assez répandu. Paris, 1882, t. 1, p. G03 : « Les jacobites n'ad- mettaient qu'une nature après l'Incarnation, nature formée des deux natures divine et humaine, celles-ci toutefois demeurant sans mélange ni confusion. Ils disaient en conséquence anathèmo à Eutychès; mais ils ne repoussaient pas moins le concile de Chalcédoine et la lettre do saint Lôon... La déplorable rup- ture qui se consomma sans retour au milieu du vi" siècle, était peut-être plus encore un schisme qu'une hérésie". Cf. ROC. 1902, p. 537-538. (3)Trévou.x, 1711, p. 119-120. (1) Pour ne pas prêter à ampli iboloirio, il faut lire : <■ tous les jacobites, soit syriens... ». (5) P. Sacchini, Hist. Societ., part. Il, 1. VI. LES JACOBITES SONT-ILS MONOPHYSITES? 133 (juaient de celte façon que pour s'éloigner des Nestoriens, mais qu'en effet ils ne différaient point de l'Église romaine qui établit deux natures en Jésus-Christ. Ils prétendent même expliquer mieux le mystère de l'Incar- nation, en disant qu'il n'y a qu'une nature, parce qu'il n'y a qu'un Jésus- Christ Dieu et homme, que ne font les Latins, qui parlent, disent-ils, de ces deux natures^ comme si elles étaient séparées et qu'elles ne fissent pas un véritable tout. C'est aussi en ce sens que Dioscore, qui a adouci quelques termes ^^"Eutychès, lesquels paraissaient trop rudes, disait qu'il reconnaissait que Jésus était composé « de deux natures » , mais qu'il n'était pas « deux natures » ; ce qui semble orthodoxe : car ils ne veulent pas avouer qu'il y ait deux natures en Jésus-Christ, de peur d'établir deux Jésus-Christ (1). Enfin Assômani (2), dans une longue analyse de deux ou- vrages tliéologiques de Bar liébraeus, montre d'abord que leur erreur théologique est basée sur une erreur philosophique : pour eux, toute substance est une nature et toute nature une substance. D'ailleurs la nature est ou bien commune à plu- sieurs (comme la nature humaine) ou bien particulière (comme la nature de tel individu) et c'est la nature particulière qu'ils appellent une personne. Partant de là, Bar Hébraeus ajoute que l'être résultant de l'union des deux natures en Notre-Sei- gneur n'est pas un accident, c'est donc une substance; il s'en- suit que c'est une nature et, comme cette nature est parti- culière, c'est une personne. Notre-Seigneur a donc une nature et une personne. Il est intéressant de montrer ensuite comment Bar Hébraeus se rapproche de îa doctrine catholique lorsqu'il résout les ob- jections qu'il suppose lui être posées : Objectio. Si salvae sunt significationes discriminis naturalis in Domino nostro quomodo duas non habebit naturas? Si vero eae liaud salvae sunt, en permistionem et confusionem naturarum quod est absurdum. Besponsio. Etiam in anima et corpore salvae sunt; et tamen una est na- tura hominis vivi rationalis; non duae. Inslantia. Si in substantiae aequalitate (3), unam naturam dicitis, con- (1) Richard Simon a le toit d'émettre des principes analogues en faveur des Nestoriens et des Eutychiens et Renaudot l'en reprend à bon droit un peu vive- ment peut-être. Cf. Perpétuité de la foi, édition Migne, t. III, col. 1203-1214. Renaudot a exposé fort exactement la doctrine jacobite {Ibid., col. <;7 71)ct nous lui avons emprunté bien des idées. (2) Bibl. Or., t. II. (3) |-<>XDO( La..aju>, 134 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. substantialis igitur crit caro Verbo, quod est absiirdum. Si inaequalis in substantia duae igitur sunt naturae. Besponsio. Non unam simpliciter naturam dicimus, sed unam naturam ex duabiis naturis substantialiter diversis. Objeclio. Si con substantialis est Patri, idemque consubstantialis Mariae, quomodo duas non liabebit naturas, quibus utrique inaequall aequalissit? Responsio. Duplex est illa una natura, non simplex. Secundum diver- sas igitur ejus significationes inaequalibus illis ipse aegualis est. Et Assémani termine par la remarque suivante : Vides, jacobitas cum catbolica Ecclesia fere de nomine pugnare, et omnia quae catbolici de bypostatica unione docent et credunt, eosdem docere etcredere, naturam dupliccm appellantes, quam nos duas naluras, ut vere sunt, esse affirmamus; in quo circa ipsa pliilosophiae principia ballucinantur, sibique manifeste contradicunt. « Vous voyez que les jacobites n'ont presque qu'une querelle de mots avec l'Église catholique. Tout ce que les catholiques enseignent et croient au sujet de l'union hypostatique, ils l'enseignent et le croient aussi, appelant nature double ce que nous afhnnons — et avec raison — être deux natures. Ils se font en cela illusion sur les principes philosophiques et se contre- disent manifestement. » Nous terminerons aussi notre dissertation sur ce témoi- gnage d'Assémani afin de la mettre ainsi sous ce puissant patronage, et nous proposerons d'appeler les Jacobites Diplo- phy sites plutôt que Monophy sites (1). F. Nau. (1) On n'a pas tenu assez compte des mobiles politiques qui agirent à Chalcé- doine. Nous avons déjà mentionné les rancunes des évoques contre les Égyp- tiens, mais la volonté de l'empereur put avoir aussi quelque influence; « en Orient, la religion a toujours été chose nationale », écrit le R. P. J. Pargoire, en tète de son volume sur VÉglise Byzantine de 527 à 847. Cf. Échos d'orient, 1905, p. 66. C'est aux théologiens qui recherchaient jadis toutes les causes de désu- nion et qui se prouvaient mutuellement, malgré les affirmations opposées, que les catholiques étaient des Nestoriens et que les jacobites étaient des Eutychiens, à changer de procédé et à rechercher enfin les motifs d'union. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE L'ARMÉNIE (Suite) (1) Le catholicos et le roi allaient bientôt alléguer la prétendue violation de cette dernière clause par le cardinal Pierre, nonce du pape, et essayer d'éluder ainsi la première excommunication lancée contre le souverain d'Arménie. Nous venons de toucher à l'un des plus graves incidents de la fâcheuse querelle de Léon II avec les Templiers, qui amena une rupture passagère du pape avec le roi. Le moment est venu d'exposer l'origine et le développement de ce conflit. I 26. Léo7î II refuse de rendi^e Gaston aux Templiers et d'observer avec Raymond le Borgne la trêve imposée par le pape. Il est excommunié, puis se réconcilie avec le pape. — Le château de Gastim ou Gaston avait été enlevé aux Templiers par Saladin (26 septembre 1188). Quand les musulmans appri- rent que les rois de France et d'Angleterre approchaient de la Syrie, ils abandonnèrent cette place forte. Léon s'en empara, et, malgré les réclamations du grand maître, appuyées par le patriarche et le prince d'Antioche, il refusa de rendre Gaston aux Templiers. Le pape Innocent III lui écrivit en leur faveur (15 décembre 1199). Mais le roi s'obstina et, au lieu de restituer le château à ses anciens maîtres, le donna à Sire Adam, qui était seigneur de Bagras. Dans le conflit qui éclata plus tard pour la succession de Bohémond III d'Antioche (1200), les Tem- pliers prirent naturellement le parti de Bohémond le Borgne (1) Voy. vol. YII, 1902, p. 20, 277, y08; vol. VIll, 1903, p. 206, 577; vol. IX, 1904, p. 107, 212, 393; vol. X, 19U5, p. 15. 136 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. contre Léon et son petit-neveu Roupên-Raymond (voir l'article précédent, | 12). Soit esprit de rivalité contre leurs émules, soit sentiment de reconnaissance pour leur bienfaiteur, soit conviction de la légitimité de ses prétentions, les Hospitaliers s'étaient rangés du côté du roi d'Arménie. Soutenu par de si puissants auxiliaires, Léon confisqua les possessions des Tem- pliers en Arménie, en mit quelques-uns à la torture et chassa tous les autres du royaume (1203). t,e roi aggravait ainsi ses torts. Néanmoins, il était assez difficile de faire le partage des responsabilités, tant était com- plexe le drame qui se déroulait. Les deux légats pontificaux, les cardinaux Pierre du titre de Saint-Marcel et Sophrède (Geoffroy) du titre de Sainte-Praxède, jugeaient d'une manière différente, sinon opposée, les deux prétendants à la souveraineté d'Antio- clie. Le premier était favorable à Bohémond IV. Les sympathies du second, comme celles du patriarche latin d'Antioche, allaient au roi d'ArnK'nie. Cependant Pierre de Saint-Marcel, de plus en plus indisposé contre Léon, réunit à Antioche un synode auquel ne fut pas invité le catholicos arménien; et là, malgré l'avis contraire du cardinal Sophrède, il mit le royaume de Léon en interdit. Le roi et le catholicos, appuyés d'ailleurs par Sophrède, en appelèrent au pape Innocent III (1203). Léon con- testait la légitimité du synode réuni à Antioche en l'absence du catholicos arménien. Il représentait le cardinal Pierre comme un juge prévenu en faveur des Templiers et du comte de Tripoli. Il se plaignait que les nouveaux enfants de l'Église catholi- que, au lieu de puiser au sein de leur mère le lait dont ils avaient besoin, n'en reçussent, disait-il, que du fiel et du vinaigre. Néanmoins, tout en donnant cours à leurs récrimina- tions, ni le roi, ni surtout le catholicos ne prirent prétexte de la condamnation lancée par le nonce pontifical pour se révolter contre le pontife romain. Bien au contraire, dans la lettre jointe à celle de son roi et écrite probablement dans le cou- rant d'octobre 1205, Jean VII affirmait que « l'Église armé- nienne reconnaissait la primauté et le magistère de la sainte Église Romaine, comme étant d'institution divine ». Au nom de l'Église arménienne « devenue la fille très dévouée de l'É- glise Romaine », il jurait obéissance au pape; seulement, après lui avoir donné satisfaction sur les principaux points, il jugeait HISTOIRE POLITIQUE ET RELIflIEUSE DE l'ARMÉNIE. 137 imprudent de pousser plus avant les changements et les ré- formes dans l'Église arménienne (1). Pendant que le roi et le catholicos en appelaient au pape contre le légat Pierre de Saint-Marcel, celui-ci, à l'instigation de son collègue Sophrède, leva l'interdit jeté sur le royaume de Cilicie. Mais, on le comprend, cette solution n'était du gré, ni des Templiers, ni de Raymond le Borgne. Les premiers mena- çaient d'abandonner la Syrie. Le "pape, craignant d'être privé de ces précieux auxiliaires dans sa lutte contre les musulmans, multiplia auprès de Léon ses exhortations paternelles et le pressa de rendre aux chevaliers leurs anciennes possessions. Il chargeait en même temps l'évêque de Crémone d'arranger le différend entre le roi et le comte de Tripoli. Le pape veut que cette cause soit examinée sans parti pris et que les deux rivaux observent une trêve, en attendant la décision du juge qu'il a choisi. A n'en pas douter, pourtant, les sympathies du pape sont plutôt pour Léon, qu'il .appelle son fils très cher. Cela ne surprend pas, quand on songe quel était le rival de Léon. Le comte de Tripoli était sans doute courageux, opiniâ- tre, habile politique. Mais son manque de scrupules dans la poursuite de ses desseins, sa violence contre ses adversaires n'étaient pas moins extrêmes. Il avait enfermé au château d'An- tioche le patriarche latin, Pierre I"' d'Angoulême, favorable au roi d'Arménie; et, au dire du continuateur de Guillaume de Tyr (XXI, m), le pauvre patriarche était mortde soif après avoir essayé de l'apaiser en absorbant l'huile de sa lampe (8 juillet 1208) (2). Les violences du comte de Tripoli attireront plus tard sur sa tête une sentence d'excommunication de la part d'IIonorius III. Mais les torts de son adversaire n'excusaient pas ceux de Léon. (1) Reg., ep. 120; Raynaldi, ann. 1305, n. 30-40. Sur los phases diverses du conflit que nous résumons, voir Reg. Innocenlu III, lib. Il, ep. 251 et 250. Dans la lettre 45 du livre Xll sont cnumérés les principaux griefs des adversaires de Léon; 1. Xlll, ep. 112; 1. XIV, ep. 61 ; I. XVI, ep. 2 et 7. — Dans Migne, t. CCXVL p. 792 etc.; Paoli, Codice dlplomalico del sacra MiUlare orxline gerosulimitanu, t. I, pièces no= xci, xcvi, xcix et c; V. Langlois, Le trésor des Charles de r Arménie; pp. 77-79 : Possessions des Templiers. (2) Cf. 1. X, Ep. Innoc, 214; I. XII. rp. 45; Raynaldi, ann. I22(), n. 55-59; sur le ton affectueux du pape Innocent à l'égard de L('on. voii' I. X, ep. 214 (ibid. febr., ann. 1207). 138 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Celui-ci s'obstinait à ne pas garder la trêve imposée par le pape. Après avoir paru céder à ses remontrances, et au moment même où il continuait de s'appeler « le rejeton nouAeau, dévoué et obéissant de la sainte Église Romaine », il persistait dans sa résistance, rejetant tous les torts sur les Templiers, le cardinal Pierre et le comte de Tripoli, qui, disait-il, usurpait les droits de son neveu Raymond-Roupên. A la fin, le patriarche de Jérusalem, légat du pape en Syrie, lassé de tous les atermoie- ments du roi d'Arménie, l'excommunia (1210-1211). Quelques mois après, le pape, jugeant nécessaire cet acte de rigueur, con- firma la sentence du patriarche (1). — Léon, se sentant près du but si ardemment poursuivi, ne s'arrêta pas avant de l'avoir atteint; mais, dès qu'il eut lait conférer à son neveu Roupên- Rayinond le titre de prince d'Antioche, il se hâta de rendre aux Templiers leurs fiefs ; et Innocent III chargea aussitôt son légat, le patriarche de Jérusalem, de le relever de rexcommunica- tion. I 27. Parfait accord de Léon II avec le pape Honorius. Celui-ci empêche le roi de Jérusalem d'envahir la Petite-Ar- ménie. Efforts en vue d\me croisade; Jean connétable d'Ar- 7nénie. — L'entente rétablie avec Innocent III se maintint avec son successeur, Honorius. Quand Léon fit part à celui-ci des fiançailles de sa fille Isabelle avec le fils d'André, roi de Hon- grie, le pontife répondit dans les termes les plus affectueux à « son très cher fils, le roi d'Arménie » (2). « Léon mort, Honorius continua de suivre avec le plus vif (1) L. XI, ep. IIO, — Le conilit était présenté à un point de vue différent par les Templiers, Reg. Innuc, 1. VII, ep. 188, 189. Pour quelques autres raisons, comme nous l'avons déjà indiqué, Léon méritait encore d'être blâmé. Dans ses alliances de famille, il se laissait dominer par un point de vue trop exclusivement poli- tique. L'épouse de Roupèn-Raj'mond, Ilelvis, fille d'Amaury de Cliypre, avait été enlevée à Eudes de Dampierre, probablement sous l'influence du roi d'Arménie. La légitimité du second mariage était donc contestable. Le 24 septembre 121 1, Innocent III chargea le patriarche d'Antioche, Pierre II, d'examiner cette affaire (Potthast, t. I, p. 371, n. 4307; Baluze, t. II, p. 555). D'ailleurs, Léon écrit la même année à Innocent III que le mariage de Roujjèn avec Ilelvis est invalide, Helvis étant déjà mariée. Innoc, XIV, I04; Raynaldi, an. 12II, n. 25. Voir Far- ticle précédent de notre histoire, g 14. — Là même, nous a\ons écrit par mégarde que Philippa, épouse de Th(^odore Lascaris. était la sœur cadette de Roupén III; c'est fille cadette qu'il fallait dire. (2) Honorii lib. 11, ephl. dlvi, dlvii, dlix, dlxi, dlxu; Raynaldi, ann. 1217: Hcf).^ 1. III, cp. cccxxv, cccxxvi. ccrxxix; Raynaldi, an. 1219, n. o3. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE i/ARMÉNIE. 139 intérêt les événements qui se déroulaient en Cilicie. Une parti- culière sympathie rattachait à ce royaume que, d'ailleurs, Léon le Magnifique avait placé sous la spéciale protection du Saint- Siège. Fort affligé de voir plusieurs prétendants se disputer, les armes à la main, la succession du dernier roi, le pape s'efforça de sauver le pays d'une guerre civile et de faciliter la réalisation des dernières volontés de Léon. Celui-ci avait désigné pour son héritière Isabelle, sa fille cadette. Le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, qui avait épousé la sœur aînée d'Isabelle, Ritha, me- naça d'emporter de vive lutte le trône qu'on lui refusait (1). Mais par une lettre du 11 août 1220, le pape lui ordonna, sous peine d'anathème, de ne point envahir la Cilicie; et le redou- table guerrier s'inclina devant cette décision. Après la malheu- reuse fin ..de Roupèn-Raymond, qui avait eu de nombreuses sympathies parmi les Latins et dont le nonce Pelage avait même agréé la candidature, les droits de Philippe d'Antioche devenu l'époux d'Isabelle n'étaient pas contestables, et le légat Pelage Galvano, évêque d'Albano, le reconnut, au nom d'Honorius, comme roi de la Petite- Arménie. Le pape était d'autant plus satisfait de la paix, au moins passagère, dont jouissait l'Arménie, qu'il s'efforçait alors, vai- nement, hélas ! d'entraîner l'empereur, Frédéric II à une nouvelle croisade. Comme pour encourager ses vastes espoirs, la reine des Géorgiens, Roussoutane, et son maître de cavalerie, Jean, portant le titre de connétable de toute la Grande-Arménie, venaient de lui envoyer un ambassadeur, l'évoque d'Ani, David. Les deux lettres présentées par David étaient un hom- mage rendu à la suprématie papale : elles étaient adressées « au très Saint- Père et seigneur de toute la chrétienté, tenant le siège de saint Pierre ». De plus, le connétable Jean promettait au pape de venir avec 1.000 hommes au secours des croisés qui (1) Ilonorii Ep. \. IV, ep., dci.xii; \. V, ep. cclxiii. Raynaldi, ann. 1220, n. 55- 58. — On a prétendu que Ritha, accusée, auprès de Jean de Brienne d'avoir em- poisonné l'entant qu'il avait eu de sa première épouse, aurait été si maltraitée par ce prince qu'elle serait morte des coups reçus {Bcr7i-:.rd. Ihesaur. Liber de Acquis.. Terra; S., c. ccv, Ber. italic. scriplores, t. VIII, coL 843). Alislian, p. 28'3-284. sans regarder l'anecdote comme certaine, raconte que l'empoisonnement attribué à Ritiia serait celui de son propre enfant. Le continuateur de Grégoire de Tyr (XXXI, IX, 321) donne le nom de Stéphanie à la fille de Léon épousé>(^ par Jean et déclare qu'elle mourut vers le même temps que son fils. 140 REVUE DE l'orient niRETIEN. marcheraient à la délivrance de la Terre Sainte (1). Ce ne fut pas la faute du pape si ces beaux rêves ne s'accomplirent pas. LE CATIIOLICOS CONSTANTIN l'\ I 28. Crédit de Constantin F'' auprès de Héthoum; con- flit avec le Patriarche d'Antioche; distinctions accordées par le pape Grégoire IX au catlnAicos. — Le catholicos Jean le Magnifique était mort, attristé par les sanglants démêlés aux- quels avait donné occasion l'héritage de Léon IL Son successeur Constantin I'"' n'eut pas au môme degré sa fierté d'indépendance à l'égard du pouvoir civil; mais il se concilia, d'une manière plus universelle, la sympathie et le respect des Arméniens. Il fut surtout en grand crédit auprès du roi Héthoum : cette faveur témoignait à tout le moins de la reconnaissance du prince; car, nous l'avons dit ailleurs, la reine Isabelle, malgré son ex- trême jeunesse, était décidée à s'enfermer dans un cloître, après le meurtre de son époux Philippe; et ce fut seulement sur les conseils du catholicos, et par pitié pour les habitants de Séleucie, menacés d'un siège meurtrier par le baïle Constantin, père de Héthoum, qu'elle consentit à se rendre et à épouser ce dernier. Dans ses relations avec Rome, le catholicos avait toujours à compter avec certaines factions, dont le point de vue restait le même : tout sul)ordonner à leurs intérêts, ou mieux à des pré- jugés d'un nationalisme étroit. Ne soyons donc pas surpris que l'accord avec le pape ait parfois sul)i quelques atteintes : no- tons toutefois que, même au moment où les rapports étaient, au fond, le plus froids, les formules officielles employées par le catholicos furent toujours correctes, pour ne pas dire obsé- quieuses. Bref, les liens furent tendus, par intervalles; ils ne furent jamais rompus. Bien qu'il fut octogénaire, le pontife qui, à partir de 1227, occupait la chaire de Pierre, avait vite conquis (1) Ilonorii l.VllI, cp. 1532-1535; Raynaldi, ann. 1224, n. 21-23. On sait quo Frédéric II, chef de la G" croisade, reçut Jérusalem sans combat des mains de Mélik el-Kamel, fds aîné de Méiik el-Adel, frère de Saladin. C'était Kamel lui-même qui l'avait appelé en Oi'ient (1228-1229). HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 141 la confiance et l'admiration du monde chrétien. Le sultan d'Ikonium, Ala ed-Din Kaïkobad, lui envoyait des ambassa- deurs comme au pape suprême de tous les chrétiens, et lui don- nait l'assurance qu'il unirait ses armes à celles des croisés pour la délivrance de Jérusalem. Encore qu'il fût excommunié, Fré- déric, le chef des croisés, entra dans la Ville Sainte; mais la trêve conclue pour dix ans entre chrétiens et musulmans fut bientôt rompue. A défaut d'une nouvelle armée, le pape en- voya du moins aux chrétiens orientaux et même aux infidèles, dont les bras étaient tendus vers lui, des missionnaires avec des lettres de conseils et de consolations (1). C'est à lui que recourut naturellement le catholicos arménien quand, vers fan 1238, un conflit de juridiction le mit aux prises avec le patriarche latin d'Antioche. Celui-ci prétendait étendre son autorité sur l'Église arménienne dont le territoire était enclavé, disait-il, dans son ancien diocèse d'Orient. Il se plai- gnit au pape que ses droits fussent méconnus. De leur coté, Iléthoum et Constantin écrivirent au pontife romain qu'ils ne reconnaissaient d'autre supérieur que lui. Grégoire IX, comme l'indiquent les instructions à ses légats, avait d'abord été favorable aux réclamations du patriarche d'Antioche. Mais il accueillit avec les plus grands égards les protestations du catholicos. Il se plut à reconnaître en lui « l'un des membres les plus dignes d'honneur de l'Église romaine ». Ensuite, faisant droit à d'autres requêtes présentées par Cons- tantin, Héthoum et Isabelle, il approuva et confirma de son au- torité les coutumes religieuses de l'Église arménienne, « en usage depuis Grégoire l'IUuminateur et saint Sylvestre, et non en désaccord avec les règles des saints Pères et les saints cn- nons ». Il accorda au roi et à la reine des indulgences très éten- dues en faveur de tous les soldats qui succomberaient en luttant contre les Sarrasins. Enfin, Constantin lui ayant repré- senté que son pallium était déjà ancien et usé, l'auguste pontife lui envoya, « en témoignage de sa dilection apostolique, un anneau, une mitre et un pallium nouveau, «gage, disait-il, de l'attachement du catholicos envers l'Église romaine », « erga (1) Grcg., 1. VIII, cj). xLiii; 1. XIII, cp. 19S; envoi do huit dominicains à la reine gi'orgicnne KoLissoutane: cf. Rayualdi, ann. 1233, n. 3G-U ; anu. 12 K», n. 38- 44. 142 REVUE DE l'orient CHRETIEN. Romanam Ecclesiam pii studii signa et argumenta (1) ». Il n'était point fait d'allusion à la subordination du catholicos au siège d'Antioclie. § 29. Griefs exagérés contre certains usages arméniens; abus réels au dire de Guiragos; synode à. Sis, réformes {J2i3); elles sont sanctionnées par un règlement ecclésias- tique. — Tels étaient, en 1238-1239, les rapports de l'Arménie avec l'Église romaine. Le pape, on le voit, se montrait moins sévère que les Grecs ou même que certains théologiens latins, qui, avec Galanus et Vincent de Beauvais, blâmaient la manière de jeûner des Arméniens et leur reprochaient l'usage des œufs et du fromage, le samedi saint. Cette petite dérogation à la rigueur du carême pouvait se justifier par l'intention des Arméniens qui prétendaient fêter Jésus-Christ, ressuscité, disaient-ils, la veille au soir de la Pàque. A vrai dire, à côté de quelques usages respectables, ces théologiens en signalaient d'autres fort répréhensibles, comme l'autorisation du divorce pour celui dont le conjoint était con- vaincu d'adultère; telles étaient encore certaines pratiques di- vinatoires. Ces reproches paraissent, en partie du moins, fondés, si on se rappelle en quels termes l'historien Guiragos déplorait, au milieu du xiii^ siècle, les nombreuses infractions au jeûne et aux lois ecclésiastiques régissant le mariage. Com- bien, disait-il, contractent des mariages entre parents, à des degrés illicites, et renvoient leur femme, par passion, pour épouser celle (jui leur plaît! Des évêques, ajoute-t-il, donnent la consécration à prix d'argent et confèrent les saints ordres à des enûmts, à des ignorants, à des sujets indignes qui vivent publiquement dans le concubinage. Lui-même pourtant ne va-t-il pas un peu loin, quand il prétend que tous sont gâtés par l'avarice (2)? Que ces désordres fussent très étendus ou restreints à une partie importante de l'Arménie, il est certain que Constantin P ne les approuvait pas. Il essaya d'y porter remède au IV' synode de Sis (1243), où furent promulgués vingt-cinq canons. Outre (1) Greg. lib. XII, ep. 198, 199, 391-39-1, 398: Raynaldi, ann. 1238, n. 34; ann. 1239, n. 82 et 83; Potthast (Berlin, 1873), t. I, p. 907 (10711). (2) Vincent. Bellovac; Spec. hisl., 1. XXX, c. xcvni; Galanus; c. xxiv, p. 344; Guiragos (éd. Brosset), § xlii, p. 145. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 143 la vertu et la science, surtout dans la sainte Écriture, un mini- mum d'âge était prescrit pour les ordres sacrés, 30 ans au moins pour Tévêque, 25 pour le prêtre, 20 pour le diacre; l'évêque devait ordonner gratuitement et le prêtre célébrer la sainte messe à jeun. Mais les racines du mal étaient trop pro- fondes pour être extirpées en vertu de ces décrets. Trois ans plus tard, le catliolicos, navré de voir- persister ces mêmes errements qui avaient attiré, disait-il, la colère de Dieu sur l'Arménie, résolut de presser l'exécution des décrets du dernier synode. Avec le concours de Vartan de Partzerpert, il composa une encyclique et la fit suivre d'un règlement qui re- produisait en substance les prescriptions synodales (1). En voici les articles les plus saillants : Les sacrements doivent être administrés gratuitement. Le mariage ne peut avoir lieu qu'au delà du sixième degré de parenté; le jeune homme doit avoir au moins quatorze ans et la jeune fille douze. L'évêque doit visiter deux fois par an son diocèse et cliarger un chorévêque saint et savant de régler les affaires de ses diocésains. Il doit s'occuper de l'instruction de son troupeau, surtout de la for- mation intellectuelle et religieuse des prêtres; le prêtre igno- rant, celui qui s'adonne à la chasse, celui qui remplit les fonc- tions de notaire sera éloigné de sa paroisse ; le prêtre indigne sera destitué (can. XVII). Les jours déjeune, on s'abstiendra de poissons et d'huile. Le canon XV^ décrète des peines terribles contre les blasphé- mateurs : qu'on leur arrache la langue; ou, qu'on la perce, qu'on y passe un cordon et qu'on les promène ainsi par déri- sion pendant tout un jour; enfin, que, selon leur fortune, ils paient upe amende qui sera distribuée aux pauvres. La vingt-troisième prescription du règlement reproduit le canon XXV du concile de Sis, qui ordonne de conférer aux ma- lades l'extrême-onction. Il faut, observe le catholicos, que les Arméniens, en rétablissant cet usage, cessent de donner prise au reproche des Francs. Il rappelle, bien à propos, que cette pratique sacramentelle fut jadis en vigueur chez les xVrménieiis, et que Jean Odznetsi, en particulier, l'a recommandée. On re- (1) Pour le synode de Vlio, \o\r cud. arm. Mus. Farnesiani prop. Fidei; Balgj', p. (J(3; les canons, à l'append. VU. La LeUre oncj'clique et les règlements cano- niques du catholicos dans Guiragos, i xlui et xuv. 144 REVUE DE L-QUIENT CHRÉTIEN. connaît ici ce que Guiragos ne songe pas à signaler: si Constan- tin était jaloux de restaurer un ancien usage, il avait aussi à cœur, en agissant ainsi, de se conformer aux prescriptions du pape Innocent IV, très précises sur la pratique de rextrême- onction. ^ 30. Constantin I" proclame que la chaire de Borne est la tête de toutes les Églises. — Dans la lettre qu'il adressa un peu plus tard à Innocent IV, le catholicos lui rendit un hommage auquel n'ajouteraient rien les prélats dévoués au Saint-Siège qu'on appelle aujourd'hui ultramontains. Il recon- nut en lui non seulement « le successeur de saint Pierre », mais « le Père des Pères »; et il joignit à sa lettre une profes- sion de foi, où il confessait, avec les principaux représentants de son Église, que « la très sainte Église romaine est la mère et la tête de toutes les Églises » (1). ^ 31. P synode de Sis {iS^ôi). Les Pères arméniens dé- clarent que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. — Aussi, quand, peu après, Innocent IV invita les chrétiens orien- taux à reconnaître avec les Latins que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, le roi et le patriarche d'Arménie se hàtè- rent-ils de réunir le V concile de Sis (I25I). Les Pères y dé- clarèrent que la foi constante de l'Église arménienne sur la question proposée était bien celle de l'Église romaine. C'est bien à tort qu'on a contesté parfois cet accord sur la Procession du Saint-Esprit. Pour le prouver, nous nous bornerons à deux témoignages, qui sont irrécusables, celui des Vartabeds Vartan et Vanagan (le moine). Le premier, qui a écrit une Histoire universelle estimée, était l'un des conseillers intimes de Cons- tantin. C'était lui qui, en 1246, après avoir aidé à la composi- tion de l'encyclique du catholicos, avait été délégué auprès des pasteurs, des religieux et des fidèles et avait été chargé de faire signer aux évèques le règlement ecclésiastique. Il était (1) Episl. Innoc. IV ad cal/iol. a/-men.{\" ici. Aug., 9 août 1210) : De suproinis cœlorum; — Sbaraleœ Bullar. Francis., I, 4il, n. 111; PoUliast, Reg. ponlif., t. II (Berlin, 1875), 12218: Wad in?., .-bm. Min., III, 177'; Episf. callwl. Jacubil., \\\- nocentlV, 1. lV,c/3. c»r. II'.>, 120 (V Kal. Jun., 28 mai 1219). Voir aussi la lettre d'In- nocent IV au catholicos arménien (1. IV, ep. 130) dans laquelle il lui recommande de soutenir l'autorité de son légat, le l'rère mineur Laurent. — Raynaldi, ann. 1247, n. 31 et 38. HISTOIRE POLITIQUE ET IlELHilEUSE DE l'aRMÉNIE. 145 donc le témoin autorisé de ce qu'il raconte; écoutons son ré- cit : « L'an 700 de l'ère arménienne (1251) le grand pape Inno- cent écrivit à toutes les nations clirétiennes de reconnaître que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Cette invitation ne plut pas aux Syriens, aux Grecs, ni même aux Géorgiens; mais les Arméniens y acquiescèrent. Le docteur Vanagan, ayant compulsé les écrits des saints Pères, constata (ainsi que Vartan, Joseph et les plus éminents parmi les Arméniens) que le dogme proposé par le pape avait bien été formellement et clairement enseigné par Athanase, Gréa;'oire le Théologien, Grégoire de Nysse, Grégoire l'Illuminateur et d'autres personnages aussi remarquables par leurs lumières que par leur sainteté. » Que tel ait été en particulier l'avis du docteur Vanagan (le moine), dont l'autorité pesa d'un si grand poids sur les déci- sions du synode, cela ressort avec la plus complète évidence du texte même de ses écrits, qui nous ont été transmis par l'historien Guiragos. Guiragos et Vartan connaissaient, sans aucun doute, la doctrine de Vanagan, mort peu de temps après la réunion du synode; car tous deux avaient longtemps suivi son enseignement dans le fameux couvent de Kédig, situé non loin des monastères de Aghpad et de Sanahin, au nord-est de la Grande- Arménie ; et il fallait assurément que cet accord de la primitive Église arménienne avec l'Église romaine fût bien manifeste pour ne donner prise à aucune contestation de la part de ces vartabeds, imbus eux-mêmes de quelques préjugés à l'é- gard de l'Église catholique (1). {\) Sur toute cette question, voir Epixt. ad (/eneral. ministr. Ordinis FF. Min. Sedis Ipfjalum « Cumte decujus... ». Regest. Innocent IV, ann. VI; Curialos, n. 88; fol. 76; Élie Berger, Les Rer/istres d'Innocent IV (Paris, Thorin, 1887), t. II (4770). — Vartan est cité par Balgy (p. 67). Il est vrai que le texte de Vartan, dans l'é- dition de Venise que nous suivons (p. 148), diffère un peu de celui de l'édition de JIoscou (p. 194). Mais le premier est certainement le vrai; car la doctrine en est conforme à celle qu'admet Vartan dans son comment, sur les Psaumes (As- trakan, 1797). Sur Vanagan, voir aussi le Conlinual. de Samuel d'Ani, Docum. armén., I, p. 461 ; mais surtout Guiragos (p. 196-199, éd. 0.sgan), S li-liv, pp. 163- 166 de la trad. Brosset : Professions de foi des véritables orthodoxes exposée par le grand vartabed Vanagan, et avis de Vanagan sur la profession de foi; le texte est traduit en latin, en appendice, par Petermann. Voici queique.s-unes des expressions, selon nous, les plus décisives : « Spiritus sanctus eflUivium a Pâtre et apparitio a Filio (p. 201)... Quod si dicas Spiritum e solo Pâtre exire et procédera, irrationalis est spiritus... sed si a Pâtre et Filio dicas, verum est, ut et est », p. 205... Voir aussi G. Avedicliian, Disserlazione supra la jn-ocessione 0!1!ENT CHRÉTIEN. 10 146 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. I 32. Raisons de croire à la sincérité du catholicos; ses rapports avec saint Louis, roi de France. — Forcés par Tévi- dence, certains écrivains grégoriens (comme Ter-Mi Ivélian, toc. cit.) veulent bien convenir que le roi Héthoum, du moins par souci des intérêts politiques de son royaume, répondit comme il convenait aux avances du pape et embrassa l'unité catho- lique. Mais ils prétendent que Constantin T' ne témoigna que du dédain pour les réclamations du souverain pontife et ses appels à l'union. Si ce langage était exact, il faudrait conclure que les hommages rappelés plus haut, et rendus par le catholicos au successeur de Pierre, au chef de l'Église universelle, n'étaient que feinte et hypocrisie : Voilà une singulière manière d'exal- ter le catholicos! Nous préférons ne point lui faire pareille injure, tant que les preuves de sa déloyauté n'auront point été fournies. — Au reste, le souvenir de la situation politique de l'Arménie, au milieu du xiii'' siècle, nous aide à comprendre les bonnes dispositions du roi et du catholicos à l'égard de l'É- glise romaine : c'était le temps où saint Louis, roi de France, venait, à la voix d'Innocent IV, de prendre la croix et d'aborder à Chypre. Le roi d'Arménie lui avait envoyé des ambassadeurs pour le féliciter; à leur tête était le catholicos d'Arménie. Louis IX avait fait le plus bienveillant et le plus brillant ac- cueil aux orateurs arméniens; et il avait bien mérité de l'Ar- dello Spirilo s. clal Pâtre e dal Figliulo; Venise, 1824, p. 71-74; Félix Nève, Re- vue catholique, 18G2, p. 528. 11 est bien vrai que certains polémistes arméniens, à la suite de Vartan, se raviseront bientôt et s'ingénieront à différencier leur doctrine sur la procession du Saint-Esprit de celle des Latins; mais ils n'y réus- siront guère qu'au moyen de subtilités incompréhensibles, contradictoires. Dans un petit traité sur l'Église grecque orthodoxe (Paris, Bloud, 4'= éd.), t. Il, Procession de Saint-Esprit, nous avons montré que l'expression même des Pères Grecs, le Saint-Esprit procède par le fils, Sià, n'est pas en opposition avec la doctrine des Latins. Comment donc les Arméniens auxquels cette expression ])araît insuffi- sante, comme subordonnant une personne à l'autre, peuvent-ils soutenir que les expressions de leurs anciens docteurs, identiques à celles dos catholiques, si- gnifient seulement l'unité de nature, d'essence du Père et du Fils? (Ter Mikélian, Die Armenische Kirche..., p. 110); à ce compte-là, ne pourrait-on pas dire que le Père et le Fils procèdent du Saint-Esprit et que le Saint-E.sprit procède de lui- même, puisque l'essence des trois personnes divines est identique? — D'après le texte d'Agathange, imprimé à Venise (18G2), p. 270, saint Grégoire l'Illuminateur aurait aussi admis que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Ce texte, si mince que soit l'autorité d'Agathange, prouve du moins l'ancienneté du dogme en question, dans l'Église arménienne. HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 147 ménie entière en réconciliant, au moins pour deux ans, Hé- thoum I" avec Boliémond V, prince d'Antioclie. Nul doute que le dévouement chevaleresque, les vertus et les actions héroïques du saint roi n'aient contribué à, confirmer, pour lors, le roi et le catholicos dans l'unité religieuse (Raynaldi, ann. 12 18, n. 34). I 33. Constantin /"' devenu vieux se laisse circonvenir con- tre Borne; raisons de l'opposition des dissidents arméniens, /{rgmnents de Mékhithar contre la primauté du pape. In- fluence de Vartan sur le catholicos; étranges assertions et contradictions auxquelles l'esprit de parti entraîne ce dis- tingué Vartabed. — Après la mort du pape Innocent IV (1254), le roi Héthoum et le catholicos Constantin restèrent en commu- nion avec ses successeurs. Mais, durant les dix années qui suivirent, leurs relations avec la papauté, par suite de certains manques d'égards, d'équivoques et de malentendus, se refroi- dirent sensiblement. — On sait que les Franks, malgré une loyauté et une générosité assez ordinaires, s'imposaient aussi parfois aux populations chrétiennes beaucoup moins par des bienfaits que par des exactions et des violences. Dans son orai- son funèbre de Baudoin, comte de Marasch et de Keçoun, tué sous les murs d'Édesse l'an 1148, le docteur arménien Basile relevait jusque chez son héros cette tendance à ti'aiter sa sei- gneurie en pays conquis. Sans doute, on peut dire, à la décharge de plusieurs, que le souci de tenir tête aux musulmans néces- sitait beaucoup de ressources, dont l'acquisition rapide n'allait pas sans actes de rigueur; sans doute, aussi, plusieurs sei- gneurs franks n'étaient pas moins impitoyables pour leurs compatriotes que pour les indigènes; et Baudoin de Marasch, par exemple, au témoignage de Mathieu d'Édesse, préférait les Arméniens aux F'ranks. Néanmoins, ces procédés hautains, surtout quand on les observait chez un représentant du pape, venaient raviver et fortifier tous les préjugés d'une partie de la population indigène et les désaffectionner de l'union religieuse. D'autre part, les moines du nord de l'Arménie continuaient de subir l'influence des princes infidèles, toujours intéressés à diviser les Arméniens et à isoler leurs sujets du reste de la chrétienté. Ces Arméniens orientaux puisaient dans leur cut tourage et leurs récentes traditions une persévérante opposi- tion contre tout rapprochement avec les Latins. Fiers de la pré- 148 REVUE DE l'orient CHRETIEN. tendue tradition qui plaçait au milieu d'eux, dans l'Ararad, le berceau de leur Église, ils se plaignaient de léloignement de leur catholicos, saisissaient toutes les occasions de lui faire des représentations et, devançant le turbulent évêque de Siounie, Etienne Orbélian (ch. 67), ils laissaient percer la menace de restaurer le siège d'Etchmiadzin. Devant cette opposition irré- ductible, le roi et, plus encore, le catholicos multipliaient d'abord les exhortations, puis se décidaient parfois à fermer les yeux, à louvoyer, à faire même quelques concessions pour éviter un schisme. Cette situation difficile explique en grande partie, croyons-nous, la politique religieuse de Constantin F', qu'on serait tenté de regarder comme un peu versatile. Constantin subit l'influence de Mékhithar de Sguévra, originaire du Daschir, et surtout celle du célèbre Vartan de Partzerpert, formé au couvent de Kédig et qui avait adopté les préjugés traditionnels et les vues un peu étroites de ce milieu. Le même catholicos qui avait adhéré aux conditions d'union formulées par Innocent IV sembla, au commencement de 12G2, se laisser circonvenir par le parti toujours actif des opposants. Nous soupçonnons, plutôt que nous n'accusons, le catholicos d'avoir alors un peu biaisé entre les partis adverses; car le té- moin qui nous donne ses propres opinions comme l'écho de celles de Constantin 1", le Vartabed Mékhithar de Daschir, est trop manifestement du côté des réfractaires à l'union pour ne point inspirer quelques doutes sur son impartialité. — Il ra- conte qu'un légat du pape étant arrivé à Saint-Jean d'Acre invita le catholicos à lui apporter ses présents. Ce légat apostolique était frère Thomas de Lentil ; il voulait sans doute ayant tout remédier aux petits malentendus qui menaçaient la communion religieuse entre les deux Églises. Quoi qu'il en soit, le catholicos, alléguant son grand âge, ne bougea point. Le légat, qui était, si l'on en croit Mékhithar, assez vif et hautain, fut irrité de ce qu'il appelait un grave manquement envers le représentant du pape; et il s'en plaignit à Oschin de Gorighos, frère du roi. « Con- formément au caractère de notre nation, qui se déprécie elle- même pour exalter les autres », remarque ingénument Mékhi- thar, le roi et le catholicos, comme leur entourage, crurent que les reproches du légat étaient fondés. On décida de lui envoyer une ambassade avec des lettres patentes, et Mékhitar de Daschir, HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'aRMÉNIE. 149 assisté de Tévêque arménien de Jérusalem, fut désigné comme le porte-parole. Le rhoix du député était plus propre à satis- faire les adversaires que les partisans de l'union ; car, Mékhithar reconnaissait au pape une. primauté d'honneur dans l'Ég-lise universelle; mais 'rien de plus. L'accueil quelque peu dédaigneux, semble-t-il, qu'il reçut d'abord du légat n'était pas fait pour modifier ses sentiments. Aussi, maintient-il que l'ensemble des évêques a le droit de juger le pape, comme les onze apôtres jugèrent et censurèrent, selon lui, la conduite de Pierre (1). Voici en raccourci son rai- sonnement : Telle la situation de Pierre à l'égard des autres apôtres réunis, telle la position du pape en face des successeurs réunis des autres apôtres. Or, quand saint Pierre prêche l'évan- gile aux païens et mange avec eux, les Juifs nouvellement con- vertis et, avec eux, les onze apôtres murmurent et lui deman- dent pourquoi il a ainsi agi. Ce murmure et cette interrogation sont la preuve, aux yeux de Mékhithar, que saint Pierre est jus- ticiable des autres membres du collège apostolique. D'ailleurs, le prince des apôtres lui-même n'en a-t-il pas convenu, puisqu'il a cru devoir leur exposer les raisons de sa conduite? Pour qui se reporte au contexte du passage invoqué par le docteur Mékhithar, l'objection s'évanouit au premier coup d'œil. Car ce ne sont pas les apôtres, mais des Juifs convertis, encore trop attachés aux observances mosaïques, qui se scandalisent, en voyant les gentils admis de plain-pied dans l'Église, sans avoir été astreints aux prescriptions légales. Dès lors, prétendre qu'en demandant à Pierre les causes de sa familiarité avec les païens, ces chrétiens judaïsants font acte de juridiction, ce serait soumettre l'élément sacerdotal à l'élément laïque, intro- duire un principe d'anarchie dans l'Église. Pierre leur montre, il est vrai, que s'il s'est tourné vers les gentils et a mangé avec eux, ce n'est point par caprice, mais (1) Act. Apost., XI. — L'cjcrit de ]Mckhithar est traduit dans Dulaurier, Hht. des crois., Doc. armén., l, pp. 689-700; Sarbanalian, Iltst. de la lUlérature, p. 730; voir surtout Galanus, t. III, pp. 299-371 dont le texte est beaucoup plus complet. L'écrit cité dans le recueil de Dulaurier, s'il faut en croire le titre du manuscrit, fut composé d'après les exhortations de Jacques évêquc du monastère de Gas- daghôn et, ce qui nous surprend beaucoup plus, sur l'ordre de Iléthoum, i hra- manè thakavorin. 150 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. parce qu'il en a reçu de Dieu l'ordre réitéré, et confirmé ensuite par la miraculeuse effusion des dons du Saint-Esprit sur les nouveaux convertis. Cependant, bien loin que, par cette con- descendance, il se soumette à leur jugement, il pratique sim- plement le devoir de tout chrétien, grand ou petit, qui doit être prêt, selon le conseil de saint Paul, à pouvoir donner à qui- conque l'interroge les raisons de sa foi. Si l'opposition de Mékhithar à la suprématie du pape ne fut point dictée par le catholicos, ce qui impliquerait une déloyauté, dont la preuve n'est pas faite, il faut bien convenir que, sous la pression du parti soi-disant national, il laissa les opposants mener une vive campagne contre l'union avec l'Église romaine, en exagérant même et en multipliant dans la chaleur des po- lémiques les points de divergence. A partir de l'an 1254^ et pendant les années qui suivent, l'an- cien attachement de Constantin à l'Eglise catholique paraît donc bien refroidi, suspect même, quand on songe que Vartan, son confident, peut, sans encourir sa disgrâce, défendre opiniâ- trement certaines thèses hétérodoxes. Le roi, soit par politique, soit par conviction, acceptait avec plus d'empressement que le patriarche les prescriptions du pape. Vartan lui adressa une lettre pour le mettre en garde contre les erreurs des Latins. Il composa aussi, du même point de vue schismatique, ses civer- tissenients aux Arméniens (1). Ses écrits représentent bien la doctrine de cette partie peu considérable de l'Église armé- nienne, confinée surtout vers les régions du Moyen-Araxe, qui restait réfractaire à tout rapprochement avec les occidentaux, surtout au point de vue religieux. Comme ses aînés, Ananias de Schirag, et Paul de Daroii, l'adversaire au siècle précédent du théologien grec Théopistis, comme son contemporain Mékhithar de Sguévra, comme Jean d'Orodn, Grégoire de Da- thève (2), Etienne de Siounie, qui vont venir après lui, Vartan (1) Galanus, t. II, j). 71 et .suiv. On consorvc à la Bibliothèque nationale de Paris (ancien tonds arnién., n. 12, fol. 139 v^-UOIr") un manuscrit en polokir (caractères ronds) a^ant appartenu à la reine Guéran ou Kyra Anna, épouse de Léon III. Il contient une réponse de Vartan à une lettre portée par le Légat Do- minique à Héthoum I"'. (2) Si les Arméniens ne rentrèrent pas d'une manière plus complète et d'une façon définitive dans le giron de TÉglise catholique, la responsabilité en in- combe en très grande partie à l'opposition mesquine et opiniâtre de certains HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'^RMÉNIE. 151 semble multiplier comme à plaisir les divergences même dog- matiques avec les Églises grecque et romaine. Ainsi, après avoir d'abord expliqué le texte de saint Jean relatif au vSaint-Esprit : « Il reçoit du mien », selon le sens admis par les Pères du concile de Sis et par les Latins, c'est-à-dire après avoir admis que le Saint-Esprit procède du Fils comme du Père, il en arrive à dire que le Saint-Esprit est du Fils, uniquement parce qu'il nous communique les biens du Père et qu'il procède du Père seul. Vartan refuse d'admettre la suprématie de juridiction du pape sur toute l'Église ainsi que la dualité des natures dans le Christ. Ce sont Là les deux erreurs dogmatiques capitales des docteurs grégoriens mentionnés plus haut. Pour lui, comme pour ses émules, aucune sorte de distinction entre la nature et la personne. Donc selon lui, les Pères de Chalcédoine et leurs partisans sont nestoriens. Il admet que les deux natures, après l'union, n'en forment plus qu'une; et il ne s'aperçoit pas qu'il se réfute ou se contredit, en affirmant que le Christ est vrai Dieu et vrai homme. Mais de ces deux assertions contradictoi- res, c'est à la première seule, à celle qui est fausse, qu'il s'ar- rête; et il ne recule pas devant les absurdes conséquences qu'elle entraîne. Comme, à ses yeux, la nature et l'hypostase ne présentent ni deux réalités, ni même deux concepts distincts, il s'ensuit que la nature humaine du Christ se confondant, après l'union ou plutôt après la fusion, avec sa nature divine, on ne peut plus distinguer désormais entre la nature unique couvents do l'Arménie orientale, aux couvents de Sanahin et Aghpad (entre Akhalkalaki et Kars), au couvent d'Orodn, sur un petit affluent gauche de la Bai'chouchat au nord-est de Dathève; enfin au couvent de Dathève. Dathève ou Stathève fut ainsi appelé en mémoire de saint Eustathius, prétendu dis- ciple de saint Thaddée. Le couvent de Dathève est situé dans un vallon sau- vage à 100 kilomètres au sud-est du lac Goktcha, entre Ouroute et Migri. Il s'élève à pic à 1.000 mètres d'altitude, au sommet d'un rocher, au pied duquel coule l'impétueux Bazar-Tchaï. Dathève fut depuis le ix* siècle le siège mcHro- politain de la Siounic. Là, réside encore un descendant de l'ancienne famille Orbéiian. Outre le monastère et le Mcdz Anabad (grand Ermitage), qui s'('lève dans le vallon de Dathève au bord du Bazar-Tchaï, on compte aujourd'hui 150 maisons. Leur isolement complet, même des villages voisins, maintient les habitants dans un état de superstition qui surprend les voyageurs. Cet isole- ment explique en partie l'ancienne opposition du couvent à l'union religieuse. Sur l'état actuel de Dathève et Bledz Anabad, voir Mad. B. Chantre, A travers l'Arménie Russe (Paris, 1893), ch. vu et vui. 152 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. du Christ qui en résulte et Tl^ypostase du Verbe. La nature humaine devient donc, dès Tlncarnation, impassible, immortelle, immense, transformée en la divinité : erreurs monstrueuses, qui ruinent toute l'économie de l'Incarnation et sur lesquelles, cependant, renchérira encore Grégoire de Dathève. Chez ces hommes qui ne paraissent pas avoir manqué d'in- telligence, voilà donc où aboutissait une interprétation inexacte et obstinée de la tradition des saints Pères. Ils continuaient de prendre dans un sens trop étroit, et par conséquent inexact, la formule cyrillienne, une nature du Verbe incarnée, et la comparaison faite par le symbole dit de saint Athanase, entre l'union du corps et de l'àme dans l'homme et l'union des deux natures dans le Christ (1). Dans ses avertissements aux Arméniens, surtout au chap. vi, Vartan réduisait à deux, au sacrement de baptême et au sa- crement de l'Eucharistie, les sacrements strictement dits; il allait plus loin et dénaturait l'essence même du sacre- ment (2). (1) Nous avons expliqué ailleurs le sens de ces expressions. Encore une fois, saiiil Cyrille {\tiv exemple, dans son discours aux Alexandrins) déclare qu'il n'y a ni confusion entre les deux natures, ni unité d'essence, ni déperdition d'au- cune d'elles; sa doctrine est celle de Grégoire de Nazianze qui dit (sur la Trinité): " il y a dans le Christ deux natures, mais une seule personne ». Quant à la comparaison employée dans le symbole dit d'Athanase, il est bien clair que la nature divine ne peut s'unir à la nature humaine, comme notre âme à notre corps dont elle est la forme; la nature humaine s'unit d'une manière immédiate à la subsistence du Verbe, et d'une manière médiate seulement à sa nature; voir Epist. S""" Cyrilli ad Nestor.; voir plus haut cette Histoire, g 7, note 1. (2) Voir Galanus, III, 440, etc.. On voit que les divergences dogmatiques qui séparaient des catholiques un parti arménien dissident s'étaient fort accrues depuis les synodes de Tovin (Twin) et de Manazgherd. Nous avons dit combien est incertaine la date des premiers synodes arméniens condamnant le concile de Chalcédoine. Il se peut que la publication du Livj'e des Lettres (Tiflis, 1901) et le redressement des dates du règne de plusieurs ca- tholicos permettent de fixer avec plus de vraisemblance l'époque de ces synodes. S'inspirant de ces-données, un livre bien documenté nomme synode P'de Tovin le synode l'éuni par Babgen (190-515?) et le place en 505-506 (18"= année du règne de Kabadès, 488-531); le synode II de Tovin, qui consomme l'union avec les mo- nophysites (sous Nersès II, 548-557?), est mis en 554 (24* année du règne de Khosrov-Anouschirvan, 531-579); le synode III de Tovin est fixé à l'an 603, après la mort du catholicos Moïse. Le même livre montre, d'après la chronique syrienne de Michel (éd. Chabot), que le synode arméno-syrien de Manazgherd fut bien présidé par Jean Odznetsi (726). Cf. D- Erwand ter-Minassiantz, Die Armenische Kirche in ihren Beziehungen zu den syrischen Kirchen bis zum Ende des 13 lahrhun- HISTOIRE POLITIQUE ET RELIGIEUSE DE l'ARMÉNIE. 153 Il est bien difficile que Constantin P'' ait encouragé de telles erreurs, incompatibles avec les principes fondamentaux de son Église, ou mieux de toute Église clirétienne. A quel point les toléra-t-ir? Nous ne pouvons, faute de documents, le préciser. Ce qui est certain, c'est qu'il choisit assez mal ses principaux con- seillers et que, leur prestige s'ajoutant au poids de son âge, sa bonne volonté resta, sinon entièrement captive, au moins pa- ralysée par leur influence. (A suivre.) Beyroul. F. TOURNEBIZE, derts (Leipzig, 1904), pp. 30-32, 42, 61, 71, 178, 197). Nous no pouvons cependant admettre, sans de très importantes réserves, l'une des thèses fondamentales de l'auteur: « l'Église arménienne, jusqu'au vni'= siècle, était très attachée à la doc- trine de Julien d'IIalicarnasse, et par conséquent au plus rigoureux monoph3'si- tisme, et que même les pères arméniens des siècles postérieurs adhéraient encore en réalité au strict julianisme ». Vorrede, p. vi. LE DOGME DE L'IMMACULEE CONCEPTION ET LA DOCTRINE DE L'ÉGLISE GRECQUE {Suite et fin) (1) 3. L'Immaculée Conception et V Incarnation. Il est liors de conteste que la tradition est unanime à pro- clamer la singulière pureté de Marie et ses autres pri\'ilèges à cause de l'incarnation divine. C'est même la rnison pour laquelle d'aucuns ^•oudraient voir dans cette relation une objection à l'immaculée conception. Certes, disent-ils, pour être la Mère de Dieu, il convenait qu'elle fût libérée de la faute originelle avec tous ses effets; mais pour cela il n'est pas nécessaire que Dieu l'en préser^•ât à l'instant même de sa con- ception, il lui eût suffi de l'effacer de son âme à un moment voulu, voire même, si l'on veut, dès le sein de sa mère. Et partant de ce principe, ils interprètent dans ce sens le langage des écrivains ecclésiastiques. Au premier abord, cette manière de voir a quelque chose de séduisant, mais malgré son côté spécieux, elle ne résiste pas à un sérieux examen. Il faut avant tout établir la place occupée par l'immaculée conception dans l'enchaînement des dogmes. Marie est imma- culée dans sa conception, parce qu'elle fut destinée à devenir Mère de Dieu, mais la proportion inverse, prise absolument, n'est pas vraie; car Marie n'est pas Mère de Dieu, parce qu'elle fut immaculée. Conséquemment, la maternité divine de Marie, raison finale de son insigne pureté, peut et doit supposer d'au- tres privilèges. Si donc en lisant les nombreux passages des (1) Voy. 1904, p. 1, 180, 512; 1905, p. 57. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 155 saints Pères où sont exaltées la justice et la chasteté de la Mère de Dieu, l'on en infère qu'elles ont trait au privilège de sa mater- nité, Ton n'a pas tort. Mais la question n'est pas de savoir si ce privilège en donne l'ultime explication, question incontestable, mais celle de découvrir ce que suppose en outre le langage de la tradition. Or, prétendons-nous, l'immaculée conception est implicitement contenue dans la tradition grecque, et la maternité divine., loin d'aller à rencontre de cette affirmation, au contraire la confirme et la démontre. Fidèle à la méthode adoptée, nous exposerons la doctrine des Pères point par point : 1. La maternité divine suppose une double préparation : une préparation prochaine et une préparation éloignée. Celle-ci a trait à la prédestination et à la création de Marie, telles que nous les avons décrites plus haut. Dieu avait de toute éternité conçu une femme d'un type exceptionnel et en avait décrété la création. Elle reçut dans le temps l'existence avec les privilèges et la nature qu'elle possédait dans les ar- chétypes divins. Aussi bien, en parlant de la maternité divine, les saints Pères semblent-ils ne pas concevoir comment le Fils de Dieu eût pris chair dans une créature, si pure soit-elle, qui n'eût pas été créée dans cet état. En effet, dit Proclus, le Christ n'a contracté aucune souillure dans le sein de sa mère, puis- qu'il l'avait créée absolument pure (1). Ce qu'exprime Grégoire d'Antioche en ces termes : ... -l^v vàp y.Ti'aaç où/. kiJ.okùvOr^, laùvqv o'jcà xaToix,r((7a? i'/pàvO-^ (2). « ... Quam enim creans poilu tus non est, neqiie in eam habitans sordes contraxit. » L'incarnation est donc mise sur le même rang que la création. Mais la création de Marie comprend aussi sa conception. Donc celle-ci fut vierge de la souillure originelle. C'est le raisonnement que nous avons fait plusieurs fois déjà, et qui trouve ici une application naturelle. 2. Les relations étroites de la maternité divine avec sa pré- paration éloignée se retrouvent non moins intimes dans les circonstancesqui l'ont immédiatement précédée, c'est-à-dire dans sa préparation prochaine. (1) Oùx £(1o).ûv9yi oîxïiaai; jj-i^xpav, -/ivTcep a-Jtôç àvySpïcrTtoç £ÔYi[Ji,io-jpYi(j£v. 6" sermon sur les louanges de Marie. (•2) CIV. Mai. Class. auct., t. X, p. 5G3-564. 156 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Nous n'y insisterons pas, car elles nous entraîneraient loin. Mais si, au dire des saints Pères, il était nécessaire que la voie, par laquelle le Sauveur devait passer, fût pour ainsi dire munie de miracles (1), ils ajoutent aussi que Marie en devenant Mère acquit une beauté plus grande encore : Tb xiXkoq xo outjixbv wpai6- Tôpov âvioît^aç, l^aatpaTUTC'ja-a aâpy.a Os6rr;TOç. EÙAoycDixsv, E'jAoy^- [X£V/) llapÔÉVc, Tov tÔxov ffOL), y,al biztpwhz'JiJ.vt z\q Tiaviaç Toùç alwvaç (2). « Nativam pitlchritudinem ostendisti venustiorem, quum effecisti ut divinitatis caro splcndesceret. Benedicimus, o virgo benedicta, partum tuum et in omniasaecula super extollimus. » D'où l'on voit que la tradition établit clairement la distinction entre l'état de l'âme de Marie à soïi origine et au moment où elle devint Mère. La beauté plus grande dont fut ornée Marie revient à sa maternité effective, tandis que son insigne sainteté, elle la possédait dès sa conception. Elle pouvait donc tout à la fois, dès cet instant, être préservée de la faute originelle, et, en possédant la divinité dans son sein, recevoir un lustre nouveau. 3. Considérons maintenant la maternité sous un autre aspect. Qui dit Mère appelle l'idée de Fils. Quelles sont les relations entre Jésus et Marie? Puisqu'il s'agit de l'union de la divinité avec l'humanité, ou celle-là devait perdre en se mettant au niveau de celle-ci, ou celle-ci devait être exaltée en vertu de celle-là. Le choix entre ces deux hypothèses n'est pas douteux. Dès lors la Mère qui devait fournir l'humanité au P'ils devait être ornée d'une dignité correspondante à la dignité de celui-ci. a) Cette dignité regarde en premier lieu sa nature. Divers motifs de la part de Dieu réclament en Marie une sain- teté telle qu'elle ne peut être compatible avec le péché originel. a) Dieu en effet se présente d'abord comme createwr. L'attribut du créateur est la toute-puissance. En Marie tous les trésors de beauté, de grâces, de privilèges ont été accumulés, en sorte que nulle autre créature ne lui est semblable. 'Oç TïàvTwv y.Tia-fACtTWV 7rot*^TY;v ^ew/^a-aca, 0£O[j(.'^Top, b'KepèéSriY.ocq 7upoT£p'/)[;.a(jtv • oGsv as T;avT£ç \j.eyy.\ù^oixe^ (3). « Ut quac creaturarum (1) "ESsi Y«P 1^'^ foy 0eoù àcppacTTov xal ayYxaTaêatixfjv o-àp/wfftv 7tpooôo7roiy)6rivat ToT eaujxatnv. Saint Jean Damascène, 1" sermon pour la Nativité do Marie. (2) napaxXvixtxiî. Venise, 1742, p. 125. (3) Menées. Canon de Théophane'au 23 janv., 9- ode. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 157 omnium creatorem, o Dei mater, genueris, creaturam omnem tlivina gloria et sanctitate et gratia et omnigenis virtutis praero- gativis supergressa es. Quare te omnes magnificamus. » Or, la toute-puissance qui a été si généreuse à son égard, lui aurait-elle refusé la justice originelle ? i3) Il faut ensuite considérer la majesté de Dieu. Celle-ci à son tour exigeen Marie unepureté etune sainteté telles qu'elle puisse y habiter, comme elle réside au ciel. C'est la raison pour laquelle les saints Pères appellent si fréquemment Marie ciel, nouveau ciel, etc.. Mais pour cela, que fait Dieu? Il l'orne dès sa conception de l'Esprit-Saint et de grâces de toutes sortes. « Cum illo vivebat spiritu conjunctissima, utpote mater; sicut etille cum ipsa. Quin etiam simul ac nata fuit, dixerimquoque, simul atque concepta beata Virgo, sua illam gratia implebat, qui sibi futuram praestituerat matrem; immo vero cum illa erat ipse, antequam esset nata (1). » Mais en quoi consisterait cette abondance extraordinaire de grâces, si on ne suppose point parmi elles la plus grande, la plus efficace, la plus belle, sans laquelle l'âme, malgré tout, garde comme un reste de souillure, la grâce de la justice ori- ginelle? C'est bien cette justice que saint Jean Damascène avait en vue, en disant que Jésus-Christ habita la « vù^ginilë origi- nelle qu'un jour nous possédions ». 'Qq y.y.fiapï.^ /.aiotx-i^aaç tï]V p/rJTpav (jo'j 6 o-q\j.'.o\jpYoç tvjç àv6po)Tv''v/)ç çùffswç, i^wy/^as, AsiTroiva, --rjv £V •rj[J.ïv o'.xr^aaaav -Kpo-Kcc-opv/.TiV -Kccp^z-iio.^ , toùç TràXai à':ï0xi(7Ô£VTa(; toj T£p-voÎj -apaosbo'j àvwy.iffsv èv -cJxw oo^oXoyoûvTaç (2). « Humanae conditor naturae, o Domina, in tuo sinu habitans utpote puro, origiaaleni incoluit virginitatem quae in nobis fuit, etpridem ab jucunditate paradisi extorres revocavit qui ipsum propterea glorificant. » y) L'amour filial de Jésus exigeait aussi dans la sainteté de sa Mère une certaine similitude. C'est une loi de l'amour. Or comment les regards de Jésus eussent-ils pu se reposer sur Marie de toute éternité, si sa beauté n'eût été en tout irrépro- chable? Qç y.aAY]v, w; wpaïav TrcOrjjag ot h '/,oCiCkoi:oCz!; Ir^ao'jq, -ava- (l) Einporour L(''Oii. StM'iuou poui' la Doriuitioii do Marie. Cfr. Maraccius, Cae- sares Mariani, Roinae, MDCLVl, p. 63. {;!) Saint Jean Damascène. Mai. Spicil. Rom., t. IX, p. 738. 158 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. [/o')[j//]TS, ïf, COU capy.l yeyévrixoci y.ocl Osoî \J.t oi cr/.TOV àixi'p-q'o^ (1). « Te, 0 penitus immaculata, utpote pulchram venustamque con- cupiscens Jésus, pulchritudinis auctor, ex tua carne genitus est, meque immensa pietate in consortium divinitatis adduxit. » b) A la similitude de nature réclamée pour divers motifs par la divinité, s'ajoutent : a) la similitude entre certaines propriétés qui en découlent immédiatement. Nous entendons par là les attributions com- munes à Jésus et à Marie de premiers-nés, pleins de grâces, divins, etc., dont nous avons parlé plus haut; [6) ridentification de la chair de Jésus avec celle de Marie, qui a été également plus haut l'objet de remarques importantes ; y) enfin, la similitude de rôles dérivant directement de l'in- carnation, lis seront incessamment examinés à part à cause de leur importance. Avant de clore cet ordre d'idées, il nous semble bon de faire une observation qui s'applique à tout ce paragraphe. C'est déjà une marque de honte et une souillure pour l'àme que d'avoir contracté un seul moment le péché originel. Si donc les saints Pères insistent sur la parfaite pureté de Marie, il faut conclure que même cette souillure d'un moment n'a pu exister en elle. D'ailleurs, c'est recourir à un procédé captieux que d'admettre celle-ci en principe, sans vouloir convenir du moment précis; car, si Marie a été libérée de la faute originelle, pourquoi en déterminer un moment de sa vie plutôt que de l'admettre dès le début de son existence? En commentant plus haut les paroles du Protoévangile à l'aide des Pères grecs, nous avons vu que Marie, associée au triomphe du Christ sur le serpent infernal, le fut aussi dans la rédemption. Le moment est venu de développer cette doctrine. 1 . D'abord, le rôle de corédemptrice attribué à Marie se con- fond avec celui de conciliatrice ou de médiatrice, puisque la médiation auprès de Dieu a eu pour effet de racheter l'homme de la malédiction qui pesait sur lui. Ces deux fonctions sont (i) Menées. Canon de Joseph riiymnographe au 3U février, 0« ode. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 159 appliquées à Marie par les saints Pères avec un accord unanime et de tous les âges. 2. Bien que la rédemption du genre humain appartienne en propre à Jésus-Christ, néanmoins cette même attribution res- sortit aussi à bon droit à Marie, non pas directement ni d'une façon absolue, mais à cause de ses relations avec son Fils. En effet, s'il est vrai que le Christ seul sauve le monde, d'un autre côté il n'a pu le faire qu'en prenant chair dans le sein de Ma- rie. Dès lors, il y a comme une compénétration des deux êtres, et ce que l'un a en propre, l'autre le reçoit en partage. Ces deux aspects se retrouvent dans le langage des Pères, car Marie nous est représentée sauvant les mortels tantôt elle-même, tantôt de concert avec son Fils. La seule, mais notable différence dont nous avons déjà parlé est que Jésus-Christ rachète l'homme sans avoir eu besoin de rédemption; Marie au contraire est dûment rachetée par les mérites de Jésus-Christ, et est seule- ment associée à l'œuvre de son Fils (1). 3. Après avoir vu le fait et le bien-fondé de la doctrine pa- tristique relativement à la participation de la Mère de Dieu au mystère de la Rédemption, approfondissons-en la nature. Plusieurs en sont les caractères. a) En premier lieu, cette médiation de Marie était prévue dans sa prédestination. Aa6£ t-^jv elq •m-aKky.^cq^t -^[j.wv TCpoopiaôefaâv aou [^.sciTiv, dit le moine Jacques (2). « Accipe quam tibiinme- diatricem jjraedestinasti ad reconciliationem nostram. » b) Dès sa conception, Marie exerce pour ainsi dire ce rôle. Georges de Nicomédie dans son sermon pour la conception de Marie (3), s'exprime ainsi : "AyysAoi t-J]v t^ç (TTspcwcrswç xpo- [xzab-ciyo^ . « Praenuncian.t angeli solvendam sterilitatem, et per ipsam disjectum iri médium peccati ■parietem praedi- cunt. » c) h' efficacité de la médiation de Marie est assurée. Us 7cpc(7Ta(7tav 'iyp]j.v), aypavzs, chante l'Églis grecque (4), cl csuXoi (70U, y.od Trpbç "TOV Tiiv aou xal 0sbv [j.îji'tiv ix'/,7.~a((7yjjy-zw, 7,ivB:jvo)v (1) Voyez /?0C'. liJOl, p. .517. (2) Sermon pour la Nativité de Marie. Combef., 1. c. (3) Combef. Aiict. i. (4) Menées. Canon au 8 avril, 8" ode. 160 REVUE DE l'orient CHRETIEN. r,\).2ç dwÇc xa\ x^ler.Siv r.tipxaixSiv... « Quum te, 0 iiitemerata, nos servi tui tutelam habeamus atqiie apud Filium tuum et Deum ynediatricem quae non confunditùr, libéra nos a periculis et nocivis tentationibus... » 4. Et pour ne point se méprendre sur le véritable effet de la médiation de Marie, notons encore que les écrivains ecclé- siastiques parlent avec insistance du péché originel. C'est la malédiction divine que Marie avec son Fils écarte de l'humanité; c'est le genre humain comme tel qui est réintégré dans son antique splendeur. Ceci fait encore l'objet d'une cantilène sacrée. M-^r^p ©sou £'j1oyï3H'£v*/] 7:avâ[j.a)iJ.£, àOXooopwv ôsîov eYxaXXwTctaiJ.a, ''(] ojpavwaaaa TÔiv To5 (Si'o'j cry.avoâXoJV •/.xl Ty/cîv JWT-^piaç àçlOiGGv (1). « Mater Dei benedicta etpenitusimmaculata, divinum victorum decus, quae naturam nostram serpentis suggestione dejectam ad coelum revocasti, ab omnibus vitae scandalis me serva, meque dignum effice qui salutem nanciscar. » 5. La conclusion est facile à tirer. Si Jésus-Christ, auteur principal et premier de la rédemption du genre humain, a réconcilié celui-ci avec la divinité en prenant la nature humaine et si cette nature par lui empruntée était in- demne de la faute originelle, Marie, qui lui a donné cette nature en devenant sa Mère, qui a été par le fait même associée à l'œuvre de la rédemption, devait, elle aussi, à ce titre, être préservée du vice d'origine. Cette raison provient de la simili- tude de fonctions entre le Fils et la Mère. Il y en a une autre. A considérer la rédemption et la médiation en elles-mêmes, il ne peut en être autrement. Pour avoir le droit vis-à-vis de Dieu de concilier avec lui la nature humaine déchue, pour exercer efficacement son action conciliatrice sur cette même nature, il ne faut rien avoir de commun avec elle, il faut lui être supérieur. Donc, l'œuvre de Marie, tout en n'étant qu'une coopération à celle de Jésus-Christ, même exercée en vertu de sa grâce, pour être efficace, devait être basée sur cette condition sine qua non de n'avoir jamais été sujette à l'empire du démon, (1) Menées. Canon au 22 février, 4*^ ode. LE DOGME DE l'iMMACULÉE CONCEPTION. 161 comme le sont tous les mortels. Donc, dès sa conception, elle a été immaculée. Aussi bien saint Ephrem avait-il raison d'appeler Marie la première médiatrice après Dieu : A£(77:civa, ù-éZ^payio. [/.ou 6scTè/.£,... '(] [xezoï. ty;v Tptaâa ■::âvTO)v Asa-oiva, -q [j,£-ià xbv Ily.piy,\r,-ïO^ akkc^ ~xpx'/Xr,-oq xxl [xsxà tov [^-so-itt^v jj-sa-îtr,; •/.oa-[J,ou xavTÔç (1). * Domina mea sanctissima Dei genitrix,... omnium post Trinitatem do- mina, post Paraclitum alius consolator, et post mediatorem mediatrix totiiis mundi. » CONCLUSION Arrivés à la fin de notre enquête, jetons un regard en arrière. Examinés l'un après l'autre, tous les points de contact de notre dogme avec les vérités de la théologie catholique démontrent : 1° Que l'immaculée conception est bien loin de leur être con- traire en quoi que ce soit ; 2° Que même elle en est logiquement déduite, à tel point qu'ils réclament cette vérité comme une conséquence naturelle. Nous avons suivi dans ce travail la doctrine des Pères grecs, choisissant parmi leurs témoignages les plus expressifs et ceux qui répondaient le mieux au caractère général de leur enseigne- ment. Leurs paroles, jointes évidemment à un raisonnement suivi et, comme nous le disions dès le début de cette élude, nécessaire pour le dogme de l'immaculée conception de Marie, auront, nous l'espérons, imprimé dans les esprits la conviction que la doctrine de l'immaculée conception se retrouve, certes implicitement, mais clairement aussi, dans l'enseignement tra- ditionnel de l'Église grecque (2). D. Placide DE Meester, 0. S. B. Rome, Collège grec. (1) Precal. IV ad Deiparam. (2) Cette étude, nous le savons, aurait pu être plus complète. 11 eût notam- ment fallu développer davantage le côté apologétique de la question et citer les théologiens modernes de l'Église orthodoxe que nous avons à peine mentionnés dans les premières pages. Mais ce travail aurait pris des proportions exagérées pour des articles d'une revue trimestrielle. Nous nous en occupons pour le publier dans un opuscule spécial, dans lequel les articles parus ici même seront refondus et feront corps avec le reste de l'ouvrage. ORIENT CHRETIEN. H LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES DUES A SAINTE HÉLÈNE D'APRÈS UNE RÉDACTION DU X*' SIÈCLE SOURCE DE NICÉPHORE CALLISTE, VIII, 29, 30, 32. Le présent travail est tiré de la Vie de Constantin et d'Hélène qui est conservée dans de nombreux mss. du xii® siècle (Lon- dres, add. 19458; Paris, 1453, 1534, Dép. 56) et dans un du xi% Vatic, 974 (1). La fin de cette Vie mentionne les empereurs Maurice et Hé- raclius. Sa composition se place donc du \\f siècle (après Hé- raclius) au xi^ (avant la transcription de nos mss.). Mais si l'on remarque qu'elle se trouve dans les grands ménologes (au 21 mai), on pourra supposer avec une grande vraisemblance qu'elle a été rédigée par le Métaphraste au x*' siècle. Ce ré- dacteur a pu utiliser une source plus ancienne, comme il lui arrive souvent de le faire. En attendant plus ample recherche, nous présentons donc la présente Vie comme un témoin du ix' au x^ siècle, sinon plus ancien, de la tradition relative aux constructions palestiniennes dues à sainte Hélène. Nous avons transcrit en 1902 le texte grec du ms. de Londres add. 19458, etnous avions oublié cetteébauche quand la lecture de divers ouvrages de topographie Palestinienne nous a montré qu'elle comblait une lacune importante, en faisant connaître l'ancienne source à laquelle a puisé Nicéphore Calliste (mort vers (1) Des mss. plus récents se trouvent à .Jérusalem, au Mont Athos, à ôlessine, à Munich, à Oxford, etc. LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. " 163 1350). Nous lisons en effet dans Nazareth (cf. infra, p. 220), p. 120 : Dans le même temps à peu près où Marino Sanuto composait son livre (vers 1321), le Grec Nicéphore Calliste présentait à l'empereur de Constantinople, An- dronic Paléologue l'Ancien, son Histoire ecclésiastique. L'écrivain courtisan s'é- tait naturellement appliqué à y relever toutes les gloires impériales. Il n'énumère pas moins d'une trentaine de sanctuaires palestiniens dont il attribue sans scru- pules la construction à l'impératrice Hélène mère de Constantin Les alléga- tions de Nicéphore Calliste ne s'appuient d'ailleurs sur aucune autorité. 11 est inexact que Nicéphore ne s'appuie sur aucune autorité, et qu'il ait fait œuvre de courtisan (1). En réalité il reproduit assez fidèlement, au xiv" siècle, une rédaction du x". L'auteur de Nazareth, à l'exemple de plusieurs critiques re- nommés, utilise trop volontiers l'argument tiré du silence des auteurs (2) : « Tel fait m'apparaî t à telle époque, il ne figure pas auparavant dans les ouvrages que je connais, il a donc été inventé vers cette époque ». Dausle cas présent, cet argu- ment prouve simplement que l'auteur de Nazareth ignorait les sources de Nicéphore et, pour terminer par une remarque un peu générale, nous dirons que l'argument tiré du silence des auteurs, si usité à cause du vernis d'éruditioa qu'il comporte, devrait être appelé bien souvent, de la source d'où il procède,. « une preuve d'ignorance » (3). (1) Le « sans scrupules » que nous avons souligné dans le texte de l'auteur de Nazareth est aussi très joli. (2) Il semble encore l'utiliser (p. 121) au sujet de la translation de la maison de Nazareth. ■■ On peut remarquer que Nicéphore parle de lu Maison de V Annon-^ dation à Nazareth. On peut remarquer aussi qu'il ne dit rien du miracle de sa translation qui se fût accompli depuis une trentaine d'années -. Nous savons maintenant que Nicéphore a reproduit un auteur du x« siècle. Celui-ci ne dit rien — et pour cause — de la translation ; il en est donc de même de Nicéphore dont le silence ici ne prouve rien ni pour ni contre la translation. (3) Il est à remarquer aussi que les auteurs contemporains n'ont pas pour les an- ciens la même indulgence que pour eux-mêmes. Ils se permettent d'ignorer des ou- vrages catalogués dans de nombreuses bibliothèques lorsqu'il leur suffirait souvent d'une démarche ou d'une lettre pour être renseignés et ils ne permettent à un ancien, par exemple à Eusèbe, de rien ignorer; mieux que cela, ils ne compren- nent pas qu'il ait pu ne pas écrire tout ce qu'il savait dans les ouvrages qui nous restent de lui. — Pour nous, nous croyons qu'Euscbe, tout comme nos contem- porains, a pu ignorer bien des faits et bien des ouvrages. Nous croyons aussi qu'il n'a pas écrit tout ce qu'il savait, soit parce qu'il n'y songeait plus au moment où il rédigeait, soit simplement pour économiser son parcliemin. Nous tenons donc que l'argument tiré du silence des auteurs n'est qu'un indice et n'a en général aucune force probante. 164 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Nous omettons ou résumons les passages les moins importants, et nous donnons le mot à mot ou, en note, le texte grec des pas- sages relatifs à la topographie palestinienne. On pourra compa- rer à Nicéphore Calliste (viii, 30), et utiliser son texte grec en attendant que nous puissions publier celui de la présente Vie ; Ni- céphore introduit d'ailleurs un certain nombre de remaniements. Nous renverrons souvent dans les notes à C. J. M. de Vogué, Les Églises de la Terre Sainte, Paris, 1860, et à Geyer, Itinera Hierosolymitana, 1898 (forme le t. XXXIX du Corpus scripio- rum écoles, latinorum. de Vienne) : Sainte Hélène fait détruire le temple de Vénus et trouve trois croix avec les clous ; une malade est guérie par l'une des croix, la sainte prend donc une partie de celle-ci avec les clous pour les porter à son fils Constantin à Byzance, et met le reste dans une châsse d'argent qu'elle donne à Macaire, archevêque de Jérusalem. L'auteur distingue le saint Sépulchre, le Cal- vaire (1) et l'endroit situé au levant non loin des deux premiers où l'on trouva les croix. Sainte Hélène fit construire l'église de saint Constantin sur l'endroit où elle trouva les croix, 1' 'Avâixaffiç sur le saint sépulchre et « des saints temples » sur le Cal- vaire (2). Elle lit aussi des degrés de marbre au levant de la sainte cité, descendant vers le lieu (3) de Gethsémani où est le tombeau de la très sainte mère de Dieu. Après avoir cons- truit en ce lieu un temple splendide au nom de la très pure mère de Dieu, elle enferma son très saint tombeau dans l'autel de l'église (4) : « H est dit par beaucoup, comme nous l'avons appris, que le même lieu incliné est appelé Vallée du Pleur, et Torrent de Cédron, et Vallée de Josaphat; mais le jardin dans lequel le Christ et notre Dieu fut livré était là ainsi que le lieu dans lequel le Seigneur pria la nuit où il fut livré (5) ». Sainte Hélène alla à la montagne des Oliviers au levant et y bâtit une église (6); elle descendit au tombeau du bienheureux (1) 'G TÔTioi; ToO Kpavioy. (2) Églises, p. 149; Itinera, p. 234. (3) Xtopîov. (4) Cette église est mentionnée dès le v" siècle; M. de Yogiié place sa cons- truction au iV siècle. Églises, p. 305-306. (ô) Cf. Églises, p. 313. (6) Mentionnée au iv'= siicle par Eusèbe et le pèlerin de Bordeaux. Églises, p. 56 et 319. LES CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. 165 saint Lazare à Béthanie, qui est à deux milles de la sainte cité; elle arrosa de larmes brûlantes le tombeau du juste Lazare et fit construire au-dessus une église en son nom (1). Elle gagna le Jourdain où le Christ fut baptisé (2), elle le traversa et trouva la caverne où le précurseur avait habité, elle y bâtit une église au nom de Jean le Baptiste. En face de la caverne est un lieu très élevé (3) duquel saint Élie fut enlevé au ciel; elle ordonna d'y bâtir un temple très majestueux au nom du prophète Élie, et alla à la ville de Tibériade distante de la sainte cité de quatre jours de route. A l'entour de Tibériade on trouve l'endroit (4) où le Christ s'asseyait et enseignait; où il multiplia les sept pains et nourrit les quatre mille, et au même endroit est Cafernaoum (5) où le Christ demeura, où se trouve aussi la maison de saint Jean le Théologien, où (N.-S.) mangea avec ses disciples (6); là aussi eut bien le miracle du centurion et ils descendirent le paralytique par le toit. Sainte Hélène ordonna de construire des églises en ces endroits. Elle traversa le fleuve qui était près de là et, trouvant une pierre en forme de croix (7) sur laquelle le Christ guérit l'hémorroïsse, elle éleva une église au nom de la croix vénérable et vivifiante; partant de là et arrivant à un certain castel (8), près de la croix dont nous venons de parler, où il y a un grand jet d'eau appelé Sept-Sources (9), où le Christ fit le prodige des cinq pains et des deux poissons, elle y construisit un temple très remar- quable. Elle alla de là à la mer de Tibériade et, trouvant l'en- droit où Notre-Seigneur, après la résurrection, apparut aux apôtres pendant qu'ils péchaient, où se trouvaient les charbons et le poisson dessus avec du pain (Jean, xxi, 9), où il mangea avec eux et où ils prirent les cent cinquante- trois poissons, elle y construisit une église au nom des bienheureux apôtres. Elle marcha encore deux milles et, trouvant la maison de Marie de (1) Saint .Jérôme connaît cette église. Églises, p. 336. (2) Jlinera, p. 265-266 (Arculf). (3) 'ÀTtô Se TÔ anYJXatov àvTty.puç la-zi tÔttoç O'j'i'l^.ÔTepo;. (4) Tô ),£YÔ(i£vov ôwSsy.âô&ovov. (5) KauepvaoûtJL. (6) "Oiroy 6 ôsîo; xaî Seanoxixô; oeÎTtvoç yéyovz. (7) riÉTpav £}(0U(Tav tûitov axaupoù. (8) lva.),iov Ti. (9) Epûatç (jLEyâX"/] tô )>£yôji£vov i-Kzân-r\'^ov. 166 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Magdala (1) et l'endroit où le Christ la délivra des sept dé- mons, elle y éleva le temple de Marie de Magdala Elle entra dans la ville de Tibériade et, trouvant au milieu la maison de la belle-mère de Pierre qui fut guérie de la fièvre, elle y éleva une très belle église : saint Pierre, coryphée des Apô- tres. Elle sortit de Tibériade, marcha dix milles vers le cou- chant et alla au mont Thabor (2) où Melchisédek bénit Abraham, puis cherchant le lieu où le Christ notre Dieu fut transfiguré, elle y bâtit une église au nom de Dieu notre Sau- veur et de ses saints Apôtres Pierre, Jacques et Jean. Elle consacra à ce très auguste (ouvrage) des hommes pieux pour travailler avec art et chanter (3) ainsi que beaucoup de ses revenus { 1). Elle alla ensuite de la montagne vers le levant et arriva à Nazareth. Cherchant la maison où la mère de Dieu fut saluée par l'archange Gabriel, elle y construisit le temple extraordi- naire (5) de la très sainte Mère de Dieu. De la ville de Nazareth, elle gagna le pays (6) de Cana de Galilée et cherchant l'endroit où eut lieu la noce de Simon le Cananite, où le Christ changea l'eau en vin, elle y éleva un temple très auguste (7). Allant à Bethléem qui est à six milles de la sainte cité, après y avoir construit une grande église élégante (8), en forme de croix, au nom du Christ notre Dieu, et après avoir enfermé en dedans sous le grand autel et la crèche et la sainte caverne, elle sortit de Bethléem. — Cherchant le lieu dans lequel les (1) Tri; MaYÔa),tvri<; Mapîaç. (2) Sic Cod. Par. 1453. Notre copie du ms. do Londres porte : Hpb; tô pôpetov Spoç. (3) Eîî TÔ y.alhtpysX'j %où <]/ii.)ltiw. (4) Ces deux églises étaient sans doute sur le Thabor. Il y reste les ruines d'une église que M. de Vogiié considère comme un des plus anciens monuments de la Terre Sainte, Églises, p. 353; Uinera, p. 275. (5) Nabv irapâSoÇov. Cf. Églises, p. 348-351. (6) Xwptov. (7) Cf. Églises, p. 355. (8) 'ExxX. [jLEYâXTiv Spo(Atxriv- Cf. Églises, p. 50, 51 et 47, 61, 63, 64. D'après notre auteur, sainte Hélène semble avoir contourné le lac de Tibériade par l'est et le nord. A partir de Tibériade les indications ne concordent plus avec la carte. L'auteur ne plaçait pas la rencontre d'Abraham et de Melchisédek au Thabor ou ne connaissait pas la position de cette montagne. On écrirait maintenant : elle sortit de Tibériade et marcha dix milles vers le sud-ouest jusqu'au Thabor, puis vers l'ouest jusqu'à Nazareth. Li:S CONSTRUCTIONS PALESTINIENNES. 167 saints Innocents (1) tués sous Hérode avaient été massacrés et vénérant cette caverne comme il était juste, après avoir bâti une église au nom des saints enfants, elle alla au saint champ des bergers (2), et, trouvant l'endroit dans lequel les saints an- ges annoncèrent aux bergers la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ et dirent : Gloria in excelsis Deo et in terra pax^ y ayant élevé un temple très remarquable en l honneur de Marie, mère de Dieu, et de Joseph le père nourricier (3), elle courut à la sainte Sion. La sainte Sionest sur le lieu surélevé de la sainte cité, vers le midi: sainte Hélène y construisit une église élégante, grande en longueur et largeur (4); au lieu de tuiles elle la couvrit de plomb et elle enferma à l'intérieur vers les parties de derrière du temple (5) : à droite l'habitation des saints disciples où ils étaient cachés de crainte des Juifs et le Christ parut au milieu d'eux les portes étant fermées; à gauche la colonne de porphyre sur laquelle le Christ notre Dieu fut attaché et flagellé par les Juifs. Dans ce (temple) à droite de l'autel est le saint Niptêr (6) et la descente du saint Es- prit en la sainte Pentecôte (7)... Elle fit aussi de la cour de Caïphe le temple du saint digne des plus grands éloges, du coryphée des apôtres Pierre (8). La distance de la sainte ré- surrection (Saint Sépulcre) jusqu'à sainte Sion est d'un mille. La sainte et première reine des chrétiens Hélène bâtit beau- coup d'autres églises de Dieu dans ces saints lieux : sur le lac (la citerne) du prophète Jérémie, sur la source de Siloé (9), sur le champ du potier pour la sépulture des pauvres; au chêne de Mambré où le Sauveur apparut à Abraham (10) et au saint Li- (1) Ta àyia Ppécprj. (2) T6 àytov Tcot|X£V£îov. (3) Toù [xvrjffTopo;. (4) 'ExxX. ôpo(j.(xriv [jL£YâXY)v eï; te jArixo; xai Tr^âxo;. (5) nepi£x).ei(î£v evSoôev Ttpà; ta ÔTtioÔEv (xÉpïi toù vaoù. (6) Vase à laver les pieds, Jean, xiir, 5. (7) On trouve ensuite : upè; ôàtô £ijwvu[j.ov [lépo; tou ôiaxovixoû èv w ècttiv ô Taçoî Toy âyiou irpotfiÔTou Aaêto, v.axEcrxeûaaEv vj aOtvî |J.axapîa 'E).£vri -criv Tri; âyi'aç àvacpopàc 7tpoffxo[j.iSr;V. 'E7ro!r|T£v os xai tïiv aùX:^v toù Katdtqja" vaov toO àyîou xai uavEuyrijJiou xal xopucpaiou twv ànoaTÔXwv lIÉTpou. 'EffTi oè to (xfixoi; toù tottou, aTtô r/jç àyia? 'Ava- ffTâffEo); [xéypt Tri; àyia; litwv [jiîXiov, £v. Cf. Nic. Call., YIll, 30. (8) Itinera, p. 15."). (0) É;j lises, p. 321. (10) Églises, p. 58, note 1 et -347. 168 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. thostroton (elle bâtit une église en l'honneur) des saints Cyr et Jean. Sainte Hélène ayant commandé brièvement de fonder vingt- huit églises dans ces saints lieux, prit avec elle la portion de la sainte croix qu'elle s'était gardée et les saints clous (du corps du Christ) (1) et retourna à Byzance près de son fils Constantin. Celui-ci l'accueillit avec joie; il plaça la portion du bois vivi- fiant (de la croix) dans un reliquaire d'or et le donna à garder au très saint évêque Alexandre, car le bienheureux Métrophane était mort. Quant aux clous, il en mit à son casque et il en mé- langea au (fer du) frein de son cheval afin que la parole du prophète fût accomplie : En ce jour-là ce qui est sur le frein du cheval du roi sera saint au Seigneur Tout-Puissant {2). Le roi très honorable et très saint, Constantin lui-même, écrivit à Macaire, chef de l'église de Jérusalem, de veiller à la construction des églises du Christ et 11 envoya des chefs pour ce travail avec abondance de richesse pour faire construire les saints lieux de manière à ce qu'il n'y eût rien d'aussi beau sur toute la terre; il écrivit encore aux chefs de la province de concourir avec zèle aux travaux à l'aide des deniers publics (3). Ici s'arrête la partie de la Vie de Constantin et d'Hélène qui concerne la Palestine. La suite est utile pour dater la pré- sente pièce, car elle mentionne Maurice et Héraclius (Cf. Nie. Call., Vni, 32), comme nous l'avons dit. F. Nau. (1) Ces quatre mots manquent clans Cod. Par. 1453. (2) Cf. Zacharie, XIV, 20. (3) D'après la présente histoire, sainte Hélène fait donc un pèlerinage ana- logue à celui que devait faire sainte Paule, mais beaucoup plus restreint; elle est accompagnée de personnages importants (la Vie le dit) et ils projettent, comme cela nous paraît fort naturel, de construire bon nombre d'églises pour marquer et pour sanctifier les lieux saints qu'ils découvrent. Plus tard Hélène raconte ces projets à son fils Constantin, qui en presse par lettres, au moins dans certain cas, la construction. Il n'y a aucune contradiction entre la présente Vie et les textes d'Eusèbe (De vita Conslantini, III, 25-53). On peut même croire que l'un complète l'autre. SIVAS HUIT SIECLES D'HISTOIRE 1021-1820 {Suite} (1) CHAPITRE 111 LE RÈGNE DE DAVID. 1° Fin du règne de Sénèkèrim : sa mort. — 2" Règne de son fils David. — 3° Elisée, second archevêque arménien de Sébaste. ^4° Lettre que lui écrit son maître Grégoire. § 1 . — Fin du règne de Sénèkèrim : sa mort. Après son ambassade, Pierre Kédatartz revint à Sébaste. L'empereur Basile II l'aurait-il chargé d'y porter à Sénèkèrim un message secret où il aurait demandé à ce prince, comme preuve de sa fidélité, de le débarrasser des officiers grecs qui organisaient leur révolte en Cappadoce? Cela n'aurait rien d'invraisemblable et ferait comprendre pourquoi les auteurs arméniens attribuent à leur roi de Sébaste l'assassinat de Nicé- phore Phocas. Mais cela n'empêcherait pas non plus l'empe- reur d'avoir eu recours en même temps à la ruse dont parle Cédrénus. Le monarque byzantin pouvait trouver qu'en la matière une précaution de plus ne gâte jamais rien. En tout cas Nicéphore Phocas une fois disparu, au printemps 1022, la défection se mit dans l'armée des révoltés, et Théo-, phylacte, envoyé alors en Cappadoce, n'eut plus qu'à en dis- perser les restes. 11 s'empara de Xiphias et le conduisit à Constantinople où il fut rasé et enfermé dans un monastère, à (1) Voir p. 79. 170 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. l'île de Proti. Pendant ce temps-là l'empereur faisait en Ibérie sa seconde campagne. Le manuscrit de Sivas dit que le catholicos Pierre séjourna deux ans auprès de Sénèkèrim, puis se rendit à Ani. Il y était encore à la fm de 1025, lorsque mourut l'empereur Basile. Ce prince, d'après Matthieu d'Édesse, aurait par testament recommandé l'Arménie à son frère et successeur Constan- tin VIII, lui disant de traiter ce pays avec un amour paternel et d'être plein de sollicitude pour les fils du roi de Sébaste : David, Atom, Abousahl et Constantin ainsi que pour tous les grands d'Arménie. L'empereur mourut dans les derniers jours de décembre 1025. Sénèkèrim le suivit de près au tombeau. La dernière ma- ladie de ce prince fournit à Pierre Kédatartz l'occasion de retourner à Sébaste. Le vieux roi avait régné 55 ans. A la mort de son père, en 972, le Vaspouragan avait été divisé en trois royaumes. Il avait gouverné les Reschdonni jusqu'en 1003; puis, au détriment de ses neveux, s'était rendu maître de tout le pays qu'il céda à l'empire en 1021. Il passa les der- nières années de sa vie à Sébaste où il mourut en 1027. Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il réunit ses fils autour de lui et leur adressa ses dernières recommandations. Il les ter- mina en les adjurant de ne pas l'ensevelir à Sébaste ; mais de le transporter au pays de Vaspouragan pour l'ensevelir dans le tombeau de ses pères, au monastère du Mont Varag. Il leur enjoignit également d'y reporter la Sainte Croix de la vierge Ripsimè qu'il en avait apportée. Ses fils lui en ayant donné l'assurance, il s'éteignit paisiblement. C'était en fan 476 de l'ère arménienne (15 mars 1027-13 mars 1028). % 2. — Règne de David, fils de Sénèkèrim. Le premier soin des fils de Sénèkèrim fut d'accomplir scru- puleusement les dernières volontés de leur père. Ils transpor- tèrent donc son corps au Vaspouragan, alors au pouvoir des Grecs. La Sainte Croix — sauf peut-être un fragment conservé à Sébaste — fut aussi rendue au Monastère du Mont Varag. Ce pieux devoir rempli, ces vertueux princes rentrèrent dans leurs états de Cappadoce. SIVAS. 171 David, leur aîné, devait régner 10 ans. Sous la conduite de Sapor, général des armées de son père, ce prince avait durant sa jeunesse lutté, avec des alternatives diverses, contre les invasions qui avaient successivement dévasté le ^'aspouragan. Nous avons vu que son ambassade à Constantinople avait eu un plein succès. Il semble donc avoir été capable de gou- verner. Quelques historiens arméniens qui ont écrit tout récemment l'histoire de leur pays, avancent que Sénèkèrim jouit seul à Sébaste du titre et des privilèges de la royauté. Notre manus- crit, comme les auteurs plus anciens, leur donne le plus formel démenti. Cependant il faut convenir que pas plus le manuscrit qpe les historiens ne disent un mot du sacre ou du couronne- ment de David. Le catholicos Pierre se trouvait pourtant à Sébaste lorsque Sénèkèrim mourut. Il paraît même y être resté jusqu'à 1029. Puis, ce qui rend cette omission plus frap- pante, c'est qu'en cette année-là notre manuscrit le fait aller à Kars, pour y sacrer Kakig, fils et successeur d' Apas, qui venait d'y mourir après 45 ans de règne. Les historiens ne nous ont conservé aucun détail sur le successeur de Sénèkèrim. Nous savons qu'il fut marié puisque sa fille, la princesse Marie, épousa Kakig, fils d'Achod et der- nier roi d'Ani. D'après Matthieu d'Édesse (n" 93), ce Kakig est traité de beau-fils par les princes de Sébaste, Adom et Abousahl, qui étaient les oncles de sa femme. Le traducteur a proba- blement trop précisé la signification du mot arménien « péçà » tlikuuij qui signifie bien beau-fils, mais s'emploie également pour signifier l'époux d'une proche parente. Néanmoins cela, joint à la jeunesse du prince en 1020, auto- rise à conjecturer qu'il quitta le Vaspouragan avant d'être marié, et qu'il ne l'aurait été qu'à l'époque de son avènement ou peu avant. Sa fille, en effet, qui semble n'avoir épousé Kakig qu'après la chute d'Ani (1045), devait être encore jeune à la mort de son père, en 1037. Elle eût donc été sous la tutelle de ses oncles qui la marièrent et qui, n'ayant pas d'enfant, devaient aimer et traiter leur nièce comme leur propre fille. Un autre événement de famille fut la mort du prince Cons- tantin, le plus jeune des fils de Sénèkèrim, qui arriva pendant le règne de David. On n'a pas de détails sur cette mort. 172 REVUE DE l'orient CHRETIEN. I 3. — Elisée, second archevêque arménien de Sébaste. L'an 477 (14 mars 1028-13 mars 1029), Sion, archevêque arménien de Sébaste, vint à mourir. Ce prélat n'était point le métropolite grec, mais un évêque arménien qui avait dû suivre les immigrants. 11 ne paraît pas en effet que le mot Sion ait jamais été employé par les Grecs comme nom de personne, tandis que ce nom, sans être commun chez les Arméniens, a cependant été celui d'un de leurs patriarches de la fin du viii* siècle. C'était encore, au commencement du xviii* siècle, le vocable de leur principale église à Titlis. Pour remplacer le prélat défunt, le roi David s'adressa à Pierre Kédatartz : il le priait de lui choisir pour successeur un prêtre pieux et prudent. Le Catholicos écrivit alors à Grégoire Magistros; il lui demandait l'envoi des deux clercs les plus distingués parmi ceux à qui il enseignait les sciences sacrées. Grégoire lui envoya Elisée et Basile, avec une lettre des plus flatteuses à en juger par le début que voici : « Parmi tous les illustres, saints et augustes catholicos qui parmi nous ont porté ce nom glorieux... » Ce fut Elisée qui fut choisi et sacré par Pierre Kédatartz en personne. Malgré l'assertion répétée du manuscrit, il doit y avoir ici une erreur de personne. Vers 1030, l'illustre prince Grégoire Magistros, fils de Vassag Pahlavouni, ne devait pas avoir 40 ans : il se trouvait à la tête d'une immense fortune, occupé de guerres, mêlé à toutes les intrigues de la cour d'Ani et père d'une nombreuse famille, — on connaît quatre de ses fils et l'on assure qu'il eut plusieurs filles qui tous lui survécurent. Il n'est donc pas admissible qu'il soit ici question de lui. La lettre qui suit, pas plus que la formation et l'instruction des clercs, n'est compatible avec la vie de ce prince telle que l'histoire nous la fait connaître. Si donc il n'y a pas là un simple lapsus calami, il faut que l'auteur ait été trompé par la réputation littéraire du prince; réputation qui pourtant n'aurait commencée que plus tard, Samuel d'Ani dit en 1030. 11 n'est pas invraisemblable qu'il soit ici question de saint Grégoire de Narèg, illustre défenseur sivAs. 173 de la foi dans le royaume de Vaspouragan. Il est vrai qu'on le fait mourir plus tôt; mais les auteurs sont loin d'être d'ac- cord. Les uns le disent écrivain du x° siècle, mort en 903, ce qui est presque une contradiction. L'historien -arménien, suivi par Galanus, le dit célèbre sous le catholicat de Vahan de Balk (965-80), ce qui est conforme au dire de Samuel d'Ani : « Vers 970, florissait l'admirable saint Grégoire de Narèg, illustre par sa sainteté. » Les modernes le font naître en 951, com- poser à 20 ans son commentaire sur le « Cantique des Canti- ques » et mourir en 1003, à l'âge de 52 ans. Mais cette date est loin d'être établie : car les mêmes auteurs avouent n'avoir pour l'établir que celle (1002) où fut achevé son célèbre recueil de prières. 11 y joignit, plus tard peut-être, un appendice où il est question de son jubilé de 50 ans. On pense qu'il mourut peu après et qu'il s'agit d'un jubilé de naissance : mais cette idée ne serait-elle pas plus neuve qu'exacte? En tout cas, s'il avait vécu jusque vers 1030, il n'aurait eu alors qu'environ 80 ans, ce qui n'a rien d'impossible. 1 4. — Lettre de Grégoire à so7i disciple Elisée. Grégoire (Magistros, pense l'auteur du manuscrit) écrivit à son disciple une longue lettre. Voici à titre de curiosité l'ex- trait que nous en avons trouvé : « Lettre de Grégoire Magistros à son disciple Elisée, évêque de Sébaste. « Mon fils, j'apprends que toi, agneau il y a quelques jours, tu viens d'être établi pasteur ; qu'à la triple interrogation tu as confessé et ce par- fait amour et le commencement de la profession apprise du Père, et qu'en- suite tu as reçu la suprême autorité du pasteur d'un nombreux troupeau, toi qui t'es confié à la puissance divine dont tu as reçu la participation... « Dès tes plus tendres années jusqu'à l'âge de l'adolescence, tu as étudié Jérémie et Daniel, Salomon et son père, Jean le dernier des prophètes et Arisdaghès (1). Il nous est permis de prendre ces pasteurs pour modèles et de nous inspirer de l'exemple des martyrs, d'Etienne protomartyr et protodiacre, des martyrs Cyriaque et autres... (Ij II s'agit probablement ici du fils de saint Grégoire l'Illuminateur qui assista au Concile de Nicée, mais à qui l'on n'a jamais attribué aucun écrit. 174 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. « Quant à moi, voilà le spectacle qui tout à la fois, m'effraye, m'attriste et me réjouit : c'est de te voir entrer dans une vaste arène de luttes et de combats. En effet dans ces tristes ten^ps d'anarchie, qu'il te faudra d'énergie pour protéger ceux qui faiblissent dans la foi ! « Et quels avis pourra-t-on te donner pour éveiller ton attention? Qui consentira à venir à ton aide, ou à t'avertir, ou bien à te consoler? Car je vois notre vie troublée et continuellement agitée par la tyrannie, je vois les flots tumultueux et les vagues immenses qui ont été déchaînés et troublent la manœuvre des ministres. Qui donc aujourd'hui pourrait prendre la direction du navire? Qui pourrait lui servir de port? Car cette époque est troublée, et tous les oracles divins nous montrent la délivrance du fils de perdition (1). C'est pourquoi l'amour est desséché et l'iniquité multipliée. Mais les élus attendent (dans l'espérance), parce que ce jour a été abrégé en leur faveur. « Toi, sois donc du nombre des élus; car ils n'ont diminué dans aucun siècle. Sois Abel, et n'apprends pas la réponse de Cain disant qu'il n'est pas pasteur. — Sois le fils sauvé de Noé, celui qui n'est pas né dans le temps de la corruption, et ne ris pas de ton père. — Sois Isaac, et jusqu'à l'immolation ne demande pas quelle sera la victime, ne tremble pas et ne prends pas la fuite. — Sois Jacob, ne va pas à la chasse des animaux de la forêt et ne vends pas tes prérogatives pour un plat de lentilles. « Alors même que tu serais vendu comme l'adolescent Joseph, ne sois pas impitoyable pour ceux qui t'auraient vendu, et cela, même en Egypte. Comme Moïse et Aaron, tu seras en butte à la contradiction et tu mourras comme eux sans recevoir de louange. Tu feras sept fois le tour de Jéricho en chantant des psaumes et ses remparts tomberont devant ton peuple. Tu arrêteras les flots impétueux du Jourdain et tu entreras dans la Terre promise par le lit salin du fleuve. « Meurs, s'il le faut, de la main de Saiil en faveur du vrai David. Ne sois pas cupide, ce qui a perdu Judas; sois plutôt comme Jean-Baptiste; ne sois pas menteur comme Ananie, mais semblable à Pierre. Comme Jacques tu seras précipité du haut du temple et tu mourras. Tu seras, s'il le faut, crucifié la tète en bas ayant le nord à ta gauche (2). « Que le ciel s'ouvre devant toi doux, modeste, humble, ainsi que Dieu le demande pour te transformer en son temple et habiter en toi. Il sera ton guide, il assurera le succès de toutes tes entreprises. Tu seras fondé sur la pierre et tu ne rejetteras pas son inspiration, parce que la pierre [qui est le Christ] habitera en toi et toi, en Lui. Sois enfant de la lumière et enfant du jour, afin que le nom de Dieu soit glorifié en tout et qu'il te conserve. « A Lui soit toute bénédiction dans les siècles des siècles. Amen ! » (1) Cette expression désigne Satan que les auteurs arméniens du .\i« siècle, et des deux ou trois siècles suivants, imaginaient avoir été délivré des chaînes dont il avait été lié par la passion de Jésus-Christ. Cette opinion ne semble basée que sur une interprétation arbitraire, quoique littérale, des premiers versets du vingtième chapitre de l'Apocalypse. (2) En cette position, il serait toui-né vers l'Occident {?j. sivAs. 175 Combien le ton de cette lettre pleine de calme et de sages conseils, est différent de celui que Mattliieu d'Édesse (n°' 38 et 48) prête à Jean Gozern dont un fragment de prophétie a été cité dans le premier chapitre de ce travail. Ce serait à faire soupçonner que l'auteur du manuscrit n'a donné la lettre en extraits que pour en faire disparaître ce qui aurait rendu ma- nifeste le catholicisme de son auteur. Il termine en disant que l'évêque Elisée fut le modèle de son peuple par ses bons exem- ples et lui fit beaucoup de bien en lui enseignant la morale et la doctrine de l'évangile. CHAPITRE IV SÉBASTE jusqu'à LA MORT DE KÉDATARTZ. 1° Difficultés d'Atom et d'Abousahl avec la cour do Byzance. — 2° L'archevêque de Sébaste accompagne Pierre Kédatartz à Constantinople. — 3° Mort à Sébaste de Pierre Kédatartz. I I. — Difficultés d'Atom et d'Abousahl avec la cour de Byzance. Le manuscrit ne dit rien du retour à travers la Cappadoce de l'armée que l'empereur romain Diogène avait conduite contre les musulmans de Syrie et qui avait été fort malmenée par eux aux environs d'Antioche en 1030. Il ne nous fait pas da- vantage connaître la conduite du nouvel archevêque arménien de Sébaste, durant la terrible famine et la peste que Matthieu d'Édesse fait commencer au printemps I03I. Pendant le fléau la détresse du peuple fut telle, qu'au dire de cet auteur, bien des gens vendirent leurs femmes et leurs enfants (I). Le manuscrit de Sivas, faisant une longue digression, raconte ici toutes les contradictions auxquelles Pierre Kédatartz fut en butte, pendant 22 ans, jusqu'à son retour définitif à Sébaste, en 1051. Nous ne le suivrons pas. L'étude de cette figure, una des plus remarquables de l'Arménie durant la première moitié du XI** siècle, présente un véritable et très vif intérêt; mais elle nous entraînerait trop loin. Elle suffit d'ailleurs à un travail spécial. Aucun liistorien ne donne la date précise de la mort de David, roi arménien de Sébaste, notre manuscrit se contente de dire que ce fut vers 486, après 10 ans de règne. Ses deux (1) Il ne faudrait pas prendre cette expression au pied de la lettre ; car l'auteur affectionne les formules toutes faites. Il emploiera celle-ci toutes les fois qu'il voudra exprimer que les populations furent réduites à une misère extrême. SI VAS. 177 frères Atom et Abousahl, qui le secondaient déjà dans l'admi- nistration du pays, continuèrent à vivi'e en bonne harmonie et à régner ensemble. Atom — Matthieu d'Edesse l'alTirme — était un prince ver- tueux et juste. Sa conduite était édifiante, ses mœurs douces et modestes. Libéral envers tout le monde, surtout pour les pau- vres et les ecclésiastiques, on lui doit la construction d'un grand nombre d'églises et de couvents dans toute la contrée. En 187 (12 mars 1038-11 mars 1039), un des seigneurs ar- méniens qui était venu à Sébaste en même temps que Sénè- kèrim, jaloux de son roi, se rend à Constantinople et l'accuse de fomenter une révolte et de vouloir augmenter ses posses- sions au détriment de celles de l'Empire. Le calomniateur était un grand personnage, on crut à ses afiirmatiuns et l'empereur Micliel IV fit immédiatement marcher une armée contre Atom et son frère. D'après Matthieu d'Édesse, cette armée était forte de 15.000 hommes, et placée sous les ordres de l'acolythe de l'empereur. Ce général reçut en partant l'ordre de ne se permettre aucun acte d'hostiliti' contre les Arméniens, si leurs princes consen- taient de leur plein gré à se rendre à Constantinople. Dans le cas contraire, il devait les attaquer, livrer leurs biens au pillage, s'emparer de force de leurs personnes et les amener morts ou vifs aux pieds de l'empereur. La nouvelle de l'arrivée de cette armée à Sébaste jeta Atom et Abousahl dans la consternation. Matthieu d'Édesse (n° 55) leur fait proposer la résistance par le vieux général Sapor. Il lui prête même ces paroles : ans un récent article (1) j'ai fait connaître l'offico de la Sainte Vierge dans le rite copte. Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ex- poser rapidement l'ensemble des documents que l'ancienne Église égyptienne nous a livrés sur la Mère de Dieu et en par- ticulier sur le glorieux privilège de sa conception immaculée? En ces fêtes jubilaires {-2], alors que de tous les points du globe un concert de louanges s'élève vers Marie, et que des archives de l'antiquité sortent des témoignages nouveaux proclamant tous les gloires de la Reine immaculée, il ne sera peut-être pas sans intérêt d'entendre encore la voix de l'Egypte, de cette Egypte qui par ses Patriarches et ses Docteurs contribua si puissamment à établir et à consolider les bases du culte de la Mère de Dieu. Les documents mariologiques de source copte se divisent en deux catégories, la littérature et les monuments. LITTÉRATURE. Parmi les documents écrits, les uns sont officiels, liturgiques et nous livrent la doctrine reçAie et professée par l'Église copte, approuvée et sanctionnée par ses Évêques et ses patriarches; les antres ont un caractère privé et nous révèlent les sentiments et les croyances des particuliers. Tous sont unanimes à célébrer les grandeurs de Marie. Parmi les premiers il faut citer : le Missel, le Bréviaire, le Pontifical, le Rituel, la Psalmodie et les Doxologies. (1) Revue de rOrient ckrcticn, lOOl, n° 1. (2) Écrit pour le 8 décembre 1904. DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 183 LITTERATURE OFFICIELLE. Dans la célébration du plus auguste des mystères, au saint Sacrifice de la Messe, Marie est à plusieurs reprises solennelle- ment invoquée par le chant liturgique. Le passage le plus sail- lant est le motet qui se chante pendant que le prêtre encense l'autel et l'image de la sainte Vierge : TAI."J()VpM 'llll()Vr> IIKAOApOC n'r(|AI j)A IIIApCOMA TA (nj)(:ll ll(;IIAI,\ IIAAptOII lllOVIIIi (U)TAA(î CeOIII()V(|l On,"Ja)l KAMHI IIIIIAlKïp^'JtOOV^I. « C'est l'encensoir d'or pur, rempli de parfum, qui était dans les mains du grand-prêtre Aaron tandis qu'il offrait de l'encens sur l'autel. » ■f,"j()vpii iiiiovii ne -friApeeiiOG ii(;(:Ap(t)UATA ne iieiicuoTHp AOLIIOI IIUO(| ACjCtO'h UUQII IIOO IH3 -f^MOVpil llllOVr. IIKAOApOG (■T(|Ai j)A iii3:iir>c iivpinii (-Tr.iiAptoovT « L'encensoir d'or, c'est la Vierge; son parfum, c'est notre Sauveur, elle l'a enfanté, Il nous a sauvés. Tu es l'encensoir d'or pur qui contient le charbon du feu béni. » {Missel, pp. 13, il.) Rappelé et invoqué à l'autel, le nom de Marie l'est aussi dans l'office que le prêtre récite chaque jour. Le Bréviaire copte est composé de sept heures, toutes distribuées d'une manière ré- gulière. Elles commencent par l'action de grâces et le miserere et contiennent un nombre déterminé de psaumes, une leçon tirée des Évangiles, ({uelques prières et invocations à Dieu et à la sainte Vierge. Tierce rappelant les ouvriers de l'Évangile envoyés à la vigne à la troisième heure, on compare Marie au cep et son divin Fils à la grappe : 184 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. C(J 'flIACIIOvi^ IIOO IlO 'ffitO IIAAO.M IITA(|)UHI Gii GTAcqai JJA iiiciiA? irre ntoii') « 0 Mère de Dieu, vous êtes le véritable cep de vigne qui a porté la grappe de vie. » {Brév., p. 135.) Lorsque le soir sera venu, c'est elle qui ouvrira la porte du ciel : e."ja)ri Aii>yAiio?i epATcni j)r:ii neKep<|)oi gbotab Teuton iiiioii Hc|)pH+ iiiiii (îT()?i epATov j)eii T(|)e to ■feeoTOKoc iioo ne "fnvAn ine t<\)G aovcoii iiAn uct^po Ht(3 innAi « Lorsque nous nous trouvons dans ton saint temple, il nous semble être au ciel. 0 Mère de Dieu, tu es toi-même la porte du ciel, ouvre-nous la porte de la miséricorde. » {Br., 137.) A Sexte, le prêtre implore Celui qui a été crucifié pour nous à la sixième heure, et cela par l'intermédiaire de sa Mère vé- nérée : 2(oc 'uiioirreM z\\ "iievKepiA eeee nAj^Ai nre nen- HOBi eoBii+ TAp (() toeoTOKoe unApoenoc TOiKjpnAp- pHciAï.ecoe uMon jjAieii c|)ii eTApenAC(| :xe uA^e iienpecBiA cexeuxou rAp ovoe ce^nn HA?p6U neiicojTHp to-fuAV eTTovBHOVT 'iinep\to -tncto 'ninpec|epnoBi •ieii nenpecBiA ^Aren (|)ii eTApeuAG(| « La multitude de nos péchés nous a fait perdre toute faveur, mais à cause de toi, ô Mère de Dieu, toujours vierge, nous re- prenons confiance auprès de Celui que tu as enfanté. « Oui, grand est ton crédit, puissante est ton intercession, et ton suffrage est agréable à notre sauveur. « 0 j\lère très pure, n'abandonne pas les pauvres pécheurs dans ta médiation auprès de ton divin Fils. » {Br., 177.) Arrivé à No ne, le prêtre contemple au pied de la Croix la Mère de douleurs et s'écrie : GTAcnAV iiAe fnAV (; meins ovoe ninAiieccoov nctoTHp uniKocuoc et|A,'yi e niCTAvpoc nexAC ecpiui DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 185 AH IIIKOCIIOO Linil OG|)A,"JI XV. cV(|f)l IIIIIOVAAI IIACII- AAVIIOII AG (:(3pt()K2 C;IIIAV (3 I KîKA'l 1 1 1,") I OTAKtipeVIIO- IIOIIIII (3|)t)C| (jBBe IITMpCj (() IIA,"Jlipi OVO? IIAIIOvf. « Lorsque la Mère vit l'Agneau, le Pasteur, le Sauveur du inonde, suspendu à la croix, elle s'écria en pleurs : « Le monde est dans la joie, car il a reçu le salut, mais mes entrailles sont brûlées de douleur tandis que je te contemple sur cette croix, mourant pour le genre humain. 0 mon Fils et mon Dieu. » {/?>■., p. 219.) A Vêpres, Marie est invoquée comme le refuge contre les ennemis qui sortent le soir : iiATovAe ii(;02i (o 'fiiA(;ii()v+ OBOA j)eii iiiAiiArKii xe AIIOII TlipOII AII(|)(t)T eApO II6II6IICA cjiliovf lK|)pil+ IIOVCOBT eqAOp ,"J(OIII IIAII lllipO(;TATHG. « Sauve ton troupeau de raffliction, ô Mère de Dieu, car c'est vers toi que nous nous réfugions, après Dieu; « Que ton intercession soit pour nous comme un rempart inébranlable. » (P. 250.) CO 'flIACIIOvi- AII(()(()T bA TOKOIIH IITO I leKIIGT^HOl I2HT minpeiiieo iiiitiiii^eo ijeM iiiAiiAr'KH aaaa Apiiio2eii IIIIOII GBOA jîGII IITAKO tC) OH GTCUApCOOVT IIIIAVA'f. « 0 Mère de Dieu, nous nous réfugions sous le couvert de tes miséricordes; ne rejette pas nos prières dans nos nécessités, mais préserve-nous de la perdition, ô toi qui es bénie à un degré unique. » (P. 253.) Enfin, pour omettre Compiles, l'heure de minuit qui cor- respond à Matines se termine par cette suave prière : a) i~IIAGII()vf liriApeGIIOG rilCOBT IIATOVtOAII ApG- K(opq iioo iinccHnii iiiih gt+ovehii ovoe iiiuKAe ij2HT IITG lIHUOK ApGTACHO(| G OVpA^HI. ApGGpGOBT GTGIinOAIG OVOe ApGUI^MI GAGII IIGIIOT- ptUOV OVOe ApGGpnpGGBGVIII GAGII TeipHIIII IIMIKOGIIOG AG lieo TAp IIG TGII2GAIIIG tO fUAGIIOvf. 186 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. « 0 Vierge, Mère de Dieu, rempart indestructiloie, déjoue les conseils de nos ennemis, et change en joie la tristesse de tes serviteurs. « Sois le rempart de notre ville, combats en faveur de nos rois et intercède pour la paix du monde, car tu es notre espoir, ô Mère de Dieu! » {Br., p. 352.) Le Pontifical et le Rituel associent également la Mère au Fils dans les prières d'invocations qui accompagnent les céré- monies religieuses. La Psalmodie, qui s'appelle aussi les Tliéo- tokies, est suffisamment connue (1). Le livre des Doxologies est un recueil d'hymnes ou de ce que nous appelons proses, pour toutes les fêtes de Tannée. Ce livre est beaucoup plus rare que le précédent. 11 n'a jamais été imprimé. J'en ai vu un manuscrit au patriarcat copte orthodoxe, au Caire. Dans toute cette littérature officielle, ce qui frappe le plus c'est la multitude des répétitions, l'absence de toute variété et le petit nombre d'idées exprimées. En ce qui concerne la Sainte Vierge, tous les textes roulent autour de deux vérités principales, la Maternité divine et la Virginité parfaite. L'Église copte n'a jamais oublié la part glorieuse qu'elle prit, au concile d'Éphèse, à la définition du dogme qui est le prin- cipe et le fondement des grandeurs de Marie; elle n'a jamais oublié que son patriarche saint Cyrille présidait l'auguste as- semblée au nom du Vicaire de Jésus-Christ. Elle a gardé dans sa liturgie l'épilhète même qui résumait et incarnait la croyance imposée à tous les chrétiens, bgotokoc « jMère de Dieu ». Même lorsque Dioscore, profanant l'héritage de son glorieux prédécesseur, eut entraîné à sa suite dans le mono- physisme presque toute l'église d'Egypte, le dogme de la Mater- nité divine de Marie fut conservé intact. Il est raconté dans la Vie de Chenoudi, le fougueux archimandrite du Deir el-Abiad, le plus chaud partisan de Dioscore, qu'il se rencontra avec Nes- torius exilé en Haute-Egypte. Il voulut le convertir. « Confesse, lui dit-il, que Marie est mère de Dieu. — Tous les évêques d'Éphèse n'ont pu me convaincre et toi seul tu voudrais le faire! » répondit dédaigneusement Nestorius. La Virginité parfaite et perpétuelle de Marie est également (1) Cf. notre article sur les Thcolokies dans Revue de l'Orient chrélien, 1904, n° 1. DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 187 affirmée de la manière la plus claire et par une série d'em- blèmes dont nous ne citerons qu'un spécimen : « Elle est le champ mystique où l'on n'a point semé et qui cependant a germé et produit le fruit de vie » {Théot. 91, 206, 203) : iino riG +K()i iiiiov+3:po3: (3poc tvpeTAovo (3bo\ ll()'i'KA|)ll()(; Cî(|Ollj). « Elle a cnfnnté TEmmanuel sans briser le sceau de sa vir- ginité, sans recevoir de semence humaine, elle est restée vierge en tout temps. » « Elle est la porte que vit jadis Ézéchiel du côté de TOrient, scellée d'un sceau merveilleux; personne ne peut la franchir si ce n'est le Dieu des puissances, il entre et sort et la porte reste fermée » (105) (1). Tous les symboles, les comparaisons, toutes les figures, les ti- tres qu'emploient les livres coptes pour exprimer ces deux idées, la maternité et la virginité, sont empruntés à l'Ancien Testa- ment et sont absolument les mêmes que dans TÉgiise grecque, comme les a exposés Dom Placide de Meester dans la revue « L'Immaculée » (édition française). Il me semble donc inutile de les reproduire ici (2) ; je me contenterai de mettre en relief les témoignages qui concernent l'Immaculée Conception. Que l'Église copte ait toujours proclamé la Sainte Vierge exempte de tout péché, pure et immaculée, c'est ce qui ressort avec évidence des textes mêmes de ses livres liturgiques et de l'ensemble delà doctrine qu'elle professe sur la Mère de Dieu. Pour elle, Marie est « la vierge parfaite qui a trouvé grâce de- vant le Seigneur » (91), « la vierge très sainte » (125), « la vierge incomparable » (238), « qui surpasse en pureté les sé- raphins et les chérubins » (14G) : t;iiKVTeii()(()ii+ i"A|) (3 mu c3iiiA3:o(; ,\f3 ov (soiiiii^ to 'f'ceiiiiii ii(;cvr.(3 iiiiApoeiioc (1) Les numéros renvoient aux pages des Théulokies. (2) Une excellente ctiule sur ce sujet a été faite dans la même revue par M. Marius Chaîne. 188 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. cv (J)KOT iwp epueope 'lApo Xe UUOII c|)H (;TGIIOUJHT (jpo « A qui te comparerai-je, et de quel nom t'appellerai-je, ô Vierge vénérable et prudente? le Père lui-même te rend ce té- moignage que tu n'as point de semblable » (264). Te Ol lieiKAIlOO OeOTO IIH (îOOVAB THpOT 6 ApeTtoii? o:xajii to on oeiioe iieuoT Tecroci oiiA.'yto eeoTe iiiiiATpiAp\Hc C)V02 TOTAIHOVT (îeoie II I lipO(|)HTHC oToirre n62^iiJuo;^ji j)Rii oviiAppiiciA eeOTG IlIXepOTBIU linil illO(3pA(|)lll « Tu es plus digne et plus capable que tous les saints d'in- tercéder pour nous, ô pleine de grâce! « Tu es exaltée au-dessus des Patriarches et honorée au dessus des Prophètes! « Tu peux marcher et t'avancer avec plus de confiance que les chérubins et les séraphins » (68). Te epo'iMoiiii e^(>Te (|>pii iiBO ne ncA ii+aiiatoah epe iiiBLiMi :x()v,"iT eBo.v j)AXtoc 1)611 ()voviio{| lien. ovee.\H.\ « Tu es plus brillante que le soleil, tu es l'aurore qu'atten- dent les justes dans la joie et l'allégresse » (126). A ()viiii>y iio^ini (riTAK) Ape(ri(;i iiot) (i^oTeptoov iiipov iieo ne n^yov^yoT 'uuinApoeiioc •feGOTOKOC II Api A « Un grand nombre de femmes ont été honorées, tu les as toutes surpassées. « C'est toi qui es la gloire des vierges, ô Marie, ô Mère de Dieu » (123). Ailleurs, Marie est déclarée « seule bénie entre toutes les femmes (253), mère des vivants (95), pleine du Saint-Esprit (136), sanctuaire de pureté (218), arbre d'immortalité » (206), DOCUMpiNTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 189 Mais il est des passages où la Sainte Vierge est déclarée pure de toute tache. Rien n'est plus fréquent dans les théotokies que les épitliètes A-rotoAHii, ATAcnii, attako toutes trois composées de la particule privative at; otoAor, signifie « souil- lure », Acriii « tache », ta ko « corruption ». Attribués à Marie, ces mots proclament donc de la manière la plus expresse qu'aucune faute n'a terni la blancheur de son lis virginal, qu'aucun mal n'a corrompu la beauté rayonnante de son àine : xepG en eeuee "iieuoT -fnApeeiioc iiAToaj.veii f^CKIIIIM IIATUOIIK ii;xi3: Ml Aeo irro i-iieeum xepe 'fcrpouni eeiiecxoc cîii eTAC2i^jeiiiiovt|i iiaii ii-f^ipHiiH irro c|)ii()'i"i' en eTAC^cjuni v>yA iiipiuiii « Salut, pleine de grâce. Vierge sans tache, tabernacle qui n'est point fait de main d'homme, trésor de justice! « Salut, belle colombe, qui nous a annoncé la paix de Dieu, la réconciliation faite avec les hommes » (137). Cette colombe messagère qui, comme celle de Noé, apporte aux hommes de la part de Dieu le rameau de paix, ne pouvait être elle-même l'objet de la malédiction commune; serait-elle d'ailleurs un trésor de justice, si elle avait aussi perdu le bien incomparable de l'innocence parfaite ""? i^ATOtUABli iioeiiiiii o'/oe eo()'i"AB jjGii ecoii iiiBeii en fîTAOllll IIAII 'u4)IIOv1~ 6t|TA.\ii()VT C3:xeii iiec»:c|)oi CepA^I IIGUe "llAG i~KTHCIG THpC ecco,"i oiiOA e(:^:a) ulioc yii\ \epo OH eoue? iieuor o'i'oe iiooio iieuG 190 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. « 0 Vierge immaculée et vénérable, vierge sainte en toute chose, vous qui nous avez- apporté Dieu reposant sur vos bras; la création entière se réjouit avec vous et s'écrie : Salut, pleine de grâce! le Seigneur est avec vous! » (131). \Gpe iiG tu 'f"iit\|)()<:iM)(; on t3ri()vr.iu)'i"'i" matiako GTA lll.\()l"00 ll"r(; (|)Kt)r I A(|(ri(;Apg (illOA llj)ll + \C;p(i IIIKVUIAMOII IIAIAO'III ovoe (nctoTii iirt: +iiApo(niiA il M III ovoe eii'jviiK (jii().\ « Salut à toi, ô Vierge pure et sans tacite en qui le Verbe de Dieu s'est incarné ! « Salut, vase immaculé, vase choisi de la virginité véritable et parfaite! » (102). Quel sens auraient ces expressions si Marie avait été souillée de quelque péché, si la limpidité de son âme avait été troublée un seul instant? Cette innocence perpétuelle, cette préservation absolue de toute faute est symbolisée par une série de figures. Marie est « la lampe inextinguible » (133) qui a toujours brillé devant son Créateur : elle est « une couronne incorrup- tible » (206), « une arche sans tache » (238), « une arche qui n'a été rongée par la teigne d'aucune souillure, et a été pré- parée dès le commencement pour nous apporter le salut » (208). Tous' ces textes proclament en la Sainte Vierge la virginité parfaite, la pureté immaculée; mais en est-il qui parlent ex- pressément du péclié d'Adam et en exemptent la Mère de Dieu"? C'est ce qui nous reste à exposer. Dans le livre des ordinations (p. 17.5), au milieu des prières faites pour la prise d'habit des moines, on lit le passage suivant : Ape-feito-f- 'ii(J)pA>ui iiGu iioGMiA Apeuop+ IIOVXOIJ to T>yepi iicKoii aj eHeTAct eitoTc irreeBcto iiiiaiii- (|)iiovi ^yAHT6C2toBC iiAAAii HTeciiica) iinieuoT. Ape IIAlATq TAOVO(| On^UJI (3 IIIIIApAAICOG IITOnOC UFIOV- iioq cjJUAiiiiiconi iiiJiAiKeoc. DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 191 « Tu as revêtu la joie et l'allégresse, tu as ceint la puissance, ô fille de Sien, ô loi qui as porté le vêtement des habitants des cieux, pour couvrir Adam du vêtement de la grâce. Par toi, heureux, il est monté au ciel, le lieu de délices, le séjour des justes. » Dans les Théotokies, il est maintes fois répété que Marie est « le salut d'Adam, la joie d'Eve » (04, 92). D'autres passages déclarent de la manière la plus claire que la Sainte Vierge nous a délivrés de la malédiction attirée sur nous par la trans- gression originelle : eiT(;ll IICOOMII IIGVtV T6ll,")0|)ri llllcW AC|()V(Oll MA:(; cVAAII ("liOA j)(3ll IlOVIcVe lllll,"J^yHII AC|^I eiA'tJII ll<;lir(;ll()C 11(311 'fKIIIOIt: TlipO Il3:e IIIG|>."JI."II 111(3 c|)U()V 11(311 ll'IAKO eBOA eiT(3ll IIA|)icV i~€)e()T()K()C AVeil(| (3 ll,"J(()l IIAAAII (3V(JOII (3 1 1 1 1 1 AjlAA IGOG « Sur le conseil d'Eve notre prerhière mère, Adam mangea du fruit de l'arbre. Alors s'appesantit sur notre race et la nature entière le règne de la mort et de la corruption. C'est par le moyen de Marie, la Mère de Dieu, qu'Adam entra un jour au Paradis » (87). ii^jovî'jov 'MiiiriApeeiio(i riipov 11(3 UA|>IA i^UACIIOvf eoBirrc on A()iiajA 6boa \iXG iiicAeovi iiApxeoc ABACIC GTA +ceilll ,"i(()lll UjlUTC AGOVtOII (3 BOA j)GII MOVTAe 'uni^,^mi (30B6 (3 VA AVLIA^QAU 'llc|)pO HT(3 IIIMApAAICOG 2ITGII LIA pi A i^liApe)GIIOG AV(JVa)ll IIAII ll(|)pO M rGIII<|)IIOVI 192 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. « La gloire de toutes les Vierges, c'est Marie, la Mère de Dieu; c'est grâce à elle CLu'a été levée rancienne malédiction, « La malédiction qu'attira sur la race humaine la transgres- sion de la femme quand elle mangea du fruit de l'arbre. « A cause d'Eve avait été fermée la porte du paradis, à cause de la Vierge Marie nous a été ouverte l'entrée des cieux » (109). Voilà, croyons-nous, les textes coptes les plus forts que l'on puisse invoquer en faveur de l'Immaculée Conception. Prou- vent-ils le dogme d'une manière explicite, on ne saurait l'affir- mer. Ils ne font en effet aucune allusion claire et évidente à la conception de la Sainte Vierge et à sa préservation du péché originel. Sans doute, ils proclament en Marie une Virginité et une pureté tout à fait spéciale et supérieure à celle de toute créa- ture, les derniers textes cités tendent à établir qu'elle a coopéré d'une certaine façon à la Rédemption, mais on ne peut leur de- mander davantage. J.1TTÉRATURE PRIVÉE. En dehors des livres liturgiques, il existe deux sortes de do- cuments écrits qui nous fournissent des renseignements sur la Sainte Vierge : ce sont les sermons des Pères et les inscriptions. 1. Sermons. Ces sermons ont été pour la plupart traduits du grec dans les deux dialectes coptes, le bohairique et le sa'îdique. Ils sont en majeure partie inédits. Ceux qui se trouvent dans la collection des manuscrits du musée Borgia, aujourd'hui à la bibliothèque nationale de Naples, ont été analysés par Zoega dans son Cata- logue; il serait à souhaiter qu'ils soient publiés in extenso. Le codex 49 (p. 93) contient une homélie dont voici le titre : « Instruction prononcée par notre Père saint et vénéré en toute manière, Euchodius l'archevêque de la grande ville de Rome (I), au sujet de notre souveraine à tous, Marie, la sainte Mère de (1) Il s'agit d'Evodius successeur de saint Pierre à Antioche; par confusion les coptes le placent à Rome. Le discours dont il est question vient d'être étudié et reconstitué ])ar M. Oscar von Lenim dans ses « Kleine koptische Stu- dien ». DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 193 Dieu, dans laquelle il nous décrit sa dormition et sa sainte mort arrivée le 21 Tobi selon les Égyptiens, dans la paix de Dieu. » Le contenu du codex 50 est une homélie sur TAssomption de la Sainte Vierge (16 Messori), « prononcée par notre Père trois fois saint, l'abbé Théodose, Archevêque d'Alexandrie, confes- seur de la foi, revêtu du Christ ». C'est tout ce que le Catalogue dit de ces deux sermons écrits dans le dialecte bol.iairique. Les codex sa'îdiques sont plus riches en documents sur la Sainte Vierge. Les quatre numéros 117-120 constituent une série continue et complète, un seul ouvrage en plusieurs vo- lumes racontant la vie de Marie depuis sa généalogie jusqu'à sa glorieuse Assomption. Malheureusement nous en ignorons l'au- teur. (N° 117) Marie est de la race de David, elle a pour père Cléo- pas qui est ensuite appelé Joachim; elle a pour mère Anne; elle naît le 15 Hathor. (N° 118) Elle est présentée au temple et y mène une vie angélique. — Autres événements jusqu'à la Nativité de Notre-Seigneur. Le numéro 1 1 9 rapporte un grand miracle accompli par la Sainte Vierge. Les idoles adorées dans une ville qui n'est pas nommée, sont renversées et tombent dans un abîme entr'ouvert; à l'instant, les morts en sortent, les anges apparaissent. (120) Après la mort de Notre-Seigneur, Marie et Jean vivent ensem- ble à Jérusalem pendant quinze ans. La Sainte Vierge fait de nombreuses guérisons; elle instruit les Apôtres qui viennent la visiter. La quinzième année après la résurrection du Sau- veur, un certain jour, elle dit à Jean d'appeler Pierre et Jac- ques. A leur arrivée, elle raconte tout ce qui s'est passé depuis la résurrection jusqu'à l'Ascension, puis elle ajoute que le Sei- gneur lui a apparu, lui a fait connaître le jour de sa mort, et promis que son corps serait porté au ciel par les anges. Elle fait réunir toutes les vierges, ses compagnes; sur sa demande, Pierre apporte un blanc linceul, Jacques achète des parfums, Jean des flambeaux ; le linceul est étendu en forme de couche, on y répand les parfums. Marie se met en prière : « Je te rends grâces, ô Dieu tout-puissant, je rends grâces à ton Fils Unique qui est venu en ce monde pour sauver toute âme : Fils et pa- ORIENT CHRÉTIEN. 1,3 194 revuf: de l'orient chrétien. roïe du Père, il est descendu jusqu'à nous, ses serviteurs, il s'est formé un corps humain dans mon sein, je l'ai enfanté sans participation d'homme, sans souillure, je l'ai nourri sans in- quiétude, lui qui nous nourrit tous. « Je rends grâces à ton Esprit-Saint qui est descendu sur moi, à ta puissance qui m'a couverte de son ombre. « Maintenant, mon Seigneur et mon Dieu, voici l'instant où tu vas venir à moi, pour me couvrir de ta miséricorde, et éloigner de moi les pierres où l'on heurte et les fantômes qui trompent. Qu'ils tombent devant moi ceux qui te maudissent, et que ceux qui sont à ta droite se tiennent dans l'allégresse. Que les puis- sances des ténèbres soient confondues aujourd'hui, car elles ne trouvent rien en moi qui leur appartienne! Ouvre-moi les portes de la justice pour que j'entre et paraisse devant mon Dieu. Que le dragon se cache devant moi, en me voyant aller avec entière confiance vers toi, ô Dieu, seul véritable! Que ce fleuve de feu, où sont éprouvés les justes et les pécheurs, se calme et s'apaise pour me laisser passer. Tu es mon Dieu et mon Seigneur, le Père de tous les hommes, avec ton Fils Unique et le Saint-Esprit. Gloire à toi, gloire à eux dans les siècles des siècles. » Après cette prière, Marie répand du parfum sur le linceul, se tourne vers l'orient, se signe et se couche. En ce moment, le Seigneur arrive porté sur le char des Chérubins, précédé des anges; il se tient debout près d'elle et lui dit : « Ne crains pas la mort, ù ma Mère; une vie éternelle va la suivre, il suffît que tu voies la mort de tes yeux; si je ne lui en donnais l'ordre, elle ne s'approcherait jamais de toi. » Alors le Seigneur dit : « Viens, ô toi qui es cachée dans les profondeurs dy. midi. » Mais à peine Marie la vit-elle que son àme s'envola dans le sein de son Fils. Elle s'endormit du bon sommeil, la nuit du 20 janvier, qui correspond au 21 Tobi égyptien. Le codex n° 273 raconte aussi la dormition de la Sainte \^ierge. Les codex 258 et 259 ont divers sujets. Dans le numéro 258, le premier feuillet contient un fragment de l'homéhe d'Eu- chodius connue par le codex 49 en bohairique. Le deuxième feuillet est une partie d'un éloge de la Sainte Vierge; le troi- sième Commence ainsi : « Encomium prononcé par l'abbé DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 195 Cyrille, archevêque d'Alexandrie, en l'honneur de Celle qui est digne de toute vénération, la table de marbre immaculée, l'ornement sacré du sacerdoce, le vase d'or où est cachée la manne, la porte scellée, le second ciel sur terre, Marie, la sainte Mère de Dieu, prononcé au jour de sa sainte commé- morai son, le 21 Tobi. » D'après Zoega, le n" 259 est aussi un encomium de la Sainte Vierge, peut-être le complément du précédent. Parmi les nombreux papyrus coptes du Musée de Turin, dont une partie malheureusement vient d'être la proie des flammes, il en est un qui contient une homélie de saint Athanase sur la Sainte Vierge et sainte Elisabeth. En voici le titre (1) : « Sermon prononcé par saint Athanase, archevêque d'Alexandrie, au retour de son second exil, au sujet de la Vierge sainte, Marie, la Mère de Dieu et Elisabeth la mère de Jean, pour réfuter et confondre Arius et ceux qui sont de l'abomination des gentils » (2). Le texte est coupé de nombreuses lacunes qui le morcellent; on peut cependant suivre le fil du discours. Marie est d'abord mise en parallèle avec Eve; celle-ci avait introduit la mort de l'âme, la Sainte Vierge par son humilité et sa pureté nous a rendu la vie. « Par elle, la pureté a fleuri dans la nature hu- maine, elle a fleuri avec la chasteté et la virginité. Oh! quel don céleste a été fait aux hommes par toi, ô Vierge véritable! Venez, maintenant, mes auditeurs, allez dans l'Egypte entière, parcourez cette pieuse ville d'Alexandrie et voyez comment germent partout les fleurs de la pureté! Les uns pour se rendre semblables aux anges dans la pureté et la charité ont voué la chasteté perpétuelle, les autres se font eunuques eux-mêmes pour le royaume des cieux et vivent avec leur femme comme s'ils n'en avaient pas. D'autres encore errent dans les déserts, les montagnes et les vallées, s'enferment dans les cavernes inaccessibles et se condamnent à l'abstinence et au jeûne per- (1) Francesco Rossi, / papiri copli del Museo egizio di Torinu, vol. II, fasc. 1, page 5. (2) Cette homélie vient d'être l'objet d'une étude très soignée de M. Oscar von Lemm dans ses « Kleinekoptische Studien »,XLIII (1905), p. 089-0151 ». Après avoir recherché tous les fragments qui en subsistent en différents endroits, il l'a re- constituée presque en entier'. 196 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. pétuel, se privant même de l'eau dont tout animal peut se ras- sasier et cela pour conserver et embellir leur pureté. 0 Vierge pure dans ton corps et dans ton âme, c'est grâce à toi qu'ils ont obtenu ce don excellent ! r> Vient ensuite le récit commenté de la Nativité et de la Visita- tion. Les moines égyptiens n'écrivaient pas seulement leurs ser- mons sur papyrus et sur parchemin, ils en couvraient parfois les murs de leurs chapelles. C'est ainsi qu'on a retrouvé en 1883 dans un ancien tombeau de Thèbes (1) , transformé en oratoire, une série d'homélies parmi lesquelles un éloge de la virginité de Marie. Sur les parois du nouvel oratoire, les moines avaient formé des stèles en terre battue, arrondies au sommet, et les avaient recouvertes d'un lait de chaux; là-dessus ils avaient écrit à l'encre rouge des sentences pieuses et quelques ser- mons des Pères. Une de ces stèles a été excisée et transportée au musée du Caire. Les autres sont malheureusement en fort mauvais état. {A suivre.) Alexis Mallon S. J. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES D'ÉDESSE (EXÉGÈSE BIBLIQUE) INTRODUCTION Le texte syriaque de ces deux lettres a été publié dans le Journal of sacred literature and Biblical Record (1) par M. Wright qui regrettait de ne pouvoir en donner la traduc- tion (2). Nous publions ci-dessous une traduction complète de la lettre XIII, toute de critique biblique, qui est assez longue (i-xviii) et dont plusieurs passages ont été résumés dans la Chronique de Michel le Syrien. Nous ajoutons ensuite la traduc- tion de la courte lettre XII (xix-xx). Nous omettons cependant Fexorde de cette dernière lettre qui est analogue à celui de la lettre XIII : Jacques d'Édesse, durant une longue page, y com- pare encore ses réponses aux mets servis dans vm repas. — La lettre XIII a été écrite entre les années 704 et 708, car Jacques d'Édesse, mort en 708, y cite sa révision de la Genèse conser- vée dans le manuscrit syriaque de Paris n° 26, et composée en l'an 704, dans le monastère de Téléda, comme nous rapprend une note de ce manuscrit (3). Nous croyons faire œuvre utile en vulgarisant cet important spécimen de la critique biblique dans les premières années du viii'' siècle et de l'érudition de Jacques d'Édesse. F. Nau. Cl) T. X (New Séries), 1876, d'après le ms. syr. de Londres Add. 12172, fol. 110-121. (2) I regret that circumstances prevent me froin giving a complète transla- tion of thèse two epistles, and that i am obliged to content myself with briefly indicating the contents of each. Loc. cit., p. 430. (3) On lit à la fin de la Genèse : « ici finit le premier livre de Moyse, appelé livre de la Création, lequel a été rectifié (révisé) avec soin sur deux traditions (versions), tant des Grecs que des Syriens, par le pieux évêque d'Édesse, l'an 1015 de Séleucus (704), dans le grand monastère du village de Téléda ». 198 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. SOMMMAIRE I. Pourquoi est-il dit (Genèse, xv, 13) que les Israélites serviront durant quatre cents ans dans une terre étrangère? — II. Savait-on lire et écrire avant Moyse? — III. Quelle est la femme éthiopienne mentionnée Numhres, xii, 1? — IV. D'où venait l'orgueil qui causa la chute de Satan? A quelle époque cela eut-il lieu? — V. Comment doit-on comprendre Job, ii, 6? — Moyse est-il l'auteur du livre de Job? — VI. Qu'est-ce que Béhémoth, l'oiseau appelé -.^ïa ,*-3ji et Léviathan? (Voir aussi l'appendice). — VII. Qui était ce Zacharie mentionné Matt/iieu, xxui, 35? Pourquoi fut-il tué entre le temple et l'autel? — VIII. Le fils de la veuve de Sarepta (I Rois, xvn, 17-24) est-il le prophète .Jonas? — Téglatphalasar n'était-il pas alors roi de Ninive? — Faut-il lire dans Jonas (ni, -1) quarante jours ou trois jours? — IX. Sur les fruits de la vigne sauvage mentionnés II Rois, iv, 39. — X. Sur le prophète Abdias. — XL Sur les ustensiles du temple portés par Jérémie au mont Nébo. — XII. Sur Sarvia et Abigaïl. — XIII. Sur les auteurs des psaumes. — XIV. Sur l'origine du nom Hébreu. — La langue hébraïque est-elle la plus ancienne? — XV. Sur les ouvrages attribués à Salomon, I Rois, iv, 32-33. — XVI. Sur les forts qui entouraient le lit de Salomon : Cantique, in, 7-8. — XVII. Sur David, I Rois xvii, 55. —XVIII. Sur Lot, Genèse, xvni, 32. — XIX. Sur les Sabbatiens. — XX. Sur les hérétiques d'Édesse. — XXI. Appendice sur Béhémoth ou « la sauterelle ». Lettre XIII du vénérable et saint Mar Jacques évêque de la ville d'Édesse au prêtre Jean, stylite de Litharba (1). ExoRDE. — Il n'est pas regrettable ni répréhensible comme tu l'écris, ô frère spirituel, qu'un homme indigent, affamé ou altéré demande instamment à son ami ou bien la nourriture corporelle — par exemple la boisson ou autre chose — ou bien la nourriture spirituelle qui est plus nécessaire et plus profitable, et qu'il subvienne ainsi par sa demande à ses nécessités; c'est au contraire une chose louable, charitable et fondée sur l'amour fraternel, elle accomplit aussi le précepte du Messie qui a pris soin de dire et d'ordonner aux indigents: Demandez et il vous sera donné, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira; car celui qui demande reçoit, celui qui cherche trouve, et on ouvi'e à celui qui frappe (2). Ta Fraternité a donc bien agi en demandant ce qui lui man- quait, sans chercher à le cacher par fausse honte, en frappant (1) 'Ev AiTâpêoi;, ville de Syrie, non loin de Chalcis, à trois cents stades d'Antioche. Cf. Evagrius, Ilht. eccl., XI, 11. (2) 3Iatth. vn, 7-8. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 199 à la porte de l'amitié avec louable confiance et amour de la sa- gesse, et en me réclamant courageusement comme un dû de satisfaire à ta demande. J'ajoute — ô frère chéri et digne de recevoir une réponse à cause de ta charité et de ta confiance — que tu peux te réjouir et être rassuré, je vais plus loin et je te dis volontiers : Demande et il te sera dominé, cherche et tu trouveras, frappe et il te sera ouvert, car je suis toujours prêt, avec l'aide de Dieu, à te répondre selon ma force et je ne suis pas importuné (fol. 112"') par tes questions. Je ferai cependant remarquer à la sagesse de ta Fraternité que tu demandes à la fois beaucoup de choses qui surpassent la force de mon Humi- lité et qui réclament beaucoup de vigueur pour recevoir une- ré- ponse complète et suffisante à chacune d'elles en particulier. Si tu avais posé chacune de ces questions à part, elles auraient demandé beaucoup de traités pour être suffisamment éclaircies, mais comme — à l'image d'un hôte avide et sage — tu as de- mandé de servir à ta table des mets nombreux et variés pour un seul repas, sache bien qu'en convive habile et en serviteur rusé je placerai devant toi un peu seulement de chaque mets, et je ne les ferai pas nombreux et abondants de crainte qu'ils ne soient surabondants et que notre repas en conséquence ne devienne peu considéré et méprisable, car ce qui dépasse le convenable et la mesure est peu considéré et même méprisable, et n'est pas louable ni utile. Commençons donc l'ordonnance du repas, avec l'aide et le secours de Dieu, et plaçons tous ces mets devant toi dans l'ordre même que tu leur as donné quand tu nous as interrogé. I. — Voici le mets que ta Fraternité a voulu voir placer devant elle en premier lieu, quand tu as demandé : Quelle est la cause pour laquelle Dieu a dit à Abraham : Ta descendance servira durant quatre cents ans dans une terre qui ne sera pas sienne (1) et pour laquelle les fils d'Israël obéirent et furent soumis aux Égyptiens? C'est avec raison et convenance que ta Fraternité a placé là le mot cause, car il n'y a pas une parole vaine dans le livre ins- (1) Genèse xv, 13. 200 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. • pire par TEsprit (saint), rien n'y est placé sans convenance et sans motif. Il y a donc certainement une cause à cette parole dite par Dieu à Abraham, et elle n'a pas été proférée par lui sans raison, ni écrite sans convenance dans le livre divin. Quand on veut l'approfondir et l'expliquer on ne trouve pas seulement une cause mais des causes nombreuses et variées. Pour t'expliquer ce que tu demandes, je toucherai aussi dans mes éclaircissements à beaucoup d'autres faits antérieurs à celui qui fait l'objet de ta demande. Il faut en effet qu'en outre des questions que tu poses, on se demande encore à ce sujet : Pourquoi Dieu a-t-il choisi Abi^aha?)}. parmi tous les hommes qui étaient sur la terre à cette époque, pourquoi il l'a choisi à Ur des Chaldéens, quelle fut de la part de Dieu cette vocation d'Abraham (1), (fol. 112'') pourquoi Abraham quitta la ville d'f/r avec TJiaré son père et Nachor son frère et pourquoi ils vinrent à Uaran. Voilà quatre causes qu'il est nécessaire de connaître pour l'objet au sujet duquel tu m'interroges; je vais d'abord te les mettre en lumière, puis je te révélerai la cause qui fait l'objet de ta demande. Je commence donc à l'époque de la vie de Noé, où il parta- gea toute la terre habitable entre ses trois fils Sem, Cham et Japliet. Il donna à chacun d'eux une partie de la terre pour qu'il l'habitât ainsi que ses descendants, et il porta une malédiction contre celui qui oserait entrer dans l'héritage de ses frères. Il bénit SemetJapheien. disant : Dieu dilatera Japhet et il de- meurera (2) dans la tente de Sem (3); il maudit Chanaan, fils de Cham, sous prétexte de sa nudité (de Noé), mais en réalité parce qu'il devait violer son ordre et sa parole au sujet de la division des héritages et entrer dans les possessions de ses frè- res. Cette terre que Dieu promit à la race à' Abraham fut don- née par Noé à Sem, c'est pourquoi il la bénit aussi et dit (de Dieu) : Il habitera dans la tente de Sem. — Chacun d'eux (des fils de Noé) partagea encore sa part entre ses fils au temps où (1) On lit en plus : v-? v>^of^o^- Lire vî " et de plus ». (2) La suite montre clairement qu'il s'agit ici de Dieu. D'après Jacques d'É- desse, « Dieu » doit habiter parmi les descendants de Sem. C'est l'interprétation d'Onkelos, mais il y en a d'autres. Cedrenus suppose que « Japhet » habitera dans les tentes de Sem. Hist conip., Bonn, 1838. t. I, p. 26. (3j Genèse ix, 27. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 201 naquit Phaleg fils d'Héber, comme le raconte le saint livre de Moyse (1), et ils proférèrent de nouveau des malédictions contre quiconque entrerait dans l'héritage de ses frères (2). La terre de Palestine que Dieu promit à Abraham tomba dans le partage, et tout le pays, depuis VEuphrate vers l'occident jusqu'à la mer, et depuis la montagne appelée Amanus (3) qui sépare la Syrie de la Cilicie, jusqu'à l'entrée de V Egypte fut donné à Loud, fils de Sem (4) — et on trouve encore en Pales- tine une ville qui est appelée Loud (Lydda) d'après son nom — ainsi qu'à Houl et 'Ous fils d^Aram le fils aîné de Sem (5). C'est à eux que fut donné ce pays dans le second partage fait par Sem à ses enfants. Or, après la confusion des langues à Babel et la destruction de la tour qu'ils bâtirent follement, tous les peuples se séparè- rent les uns des autres (6), se divisèrent et se rendirent avec tous leurs biens au pays qui leur revenait par héritage. Quand les fils de Chanaan apprirent qu'ils étaient fils de Cham et que leurs frères étaient en Egypte et au pays de Kousch (Ethiopie) — car cette région était celle des fils de Cham — ils furent frap- pés de la douceur de ce pays (fol. 113') de Sour (Tyr) qui va de la montagne cVAînanus jusqu'à la Palestine, c'est-à-dire la Syrie, la Phénicie et tout le rivage de la mer (pays des Phi- listins), et le Liban, et Séir (7), et YHermon, et les pays (ar- rosés) de torrents et de tleuves. Ils remarquèrent aussi le petit nombre des possesseurs, qui ne suffisait pas au pays, et leur propre multitude; ils reconnurent donc qu'ils pouvaient les op- primer et demeurer dans la contrée. Ils l'osèrent audacieuse- ment, demeurèrent, occupèrent la région (8), et foulèrent aux (1) Genèse x. 25. {2) Ces malédictions sont signalées par Michel io Syrien, Chronique, éd. Cha- bot, t. I, fasc. I, in-40, Paris, 1899, p. 16-17. 11 leur donne la même signilication que Jacques d'Édesse et fait d'ailleurs plusieurs autres emprunts à cette lettre-ci. (3) vdiio/. (4) Genèse x, 22. (.3) Genèse x, 23. (6) Cf. Genèse xi, 2-9. (7) r^V^. (8) Cf. Genèse x, 19. Bar Ilcbraeus raconte aussi qu'ils usurpèrent la Pales- tine de cette manière. Cf. Chron. Syr., éd. Bedjan, page 8. — Voir aussi Mi- chel le Syrien, loc. cit., p. 20. — Item dans le livre des Jubilés. Cf. The jewish 202 REVUE DE l'orient CHRETIEN. pieds les ordres de leurs pères. Ils attirèrent ainsi sur eux la malédiction particulière de Noé leur père et celle de ses trois fils Sein, Cliam et Japhet. Ainsi, quand Dieu s'occupa de tous les enfants de Sem — lui qui connaît toutes choses avant qu'elles ne soient, comme il est écrit : rien de ce qui existe ne lui est caché ou ne lui échappe, lui qui scrute les cœurs et les reins de chacun, qui connaît la volonté de l'homme, voit ses pensées intérieures et considère tous les mouvements qui doivent y naître — il ne trouva pas et ne vit pas parmi eux tous de volonté plus paci- fique, plus pure, plus avide de la parole de la science, que la volonté (ï Abraham, fils de Tharé(l) le Chaldéen, ni parmi les fils d'Elam, ni parmi les fils d'Assur, ni parmi les fils de Loud et d'Aram qui habitaient dans le pays de Sem avec les fils rebelles de C/ianaan, ni même parmi les Chaldéens, fils d'Ar- pliaœar. C'est pour cela que Dieu choisit Abraham parmi tous les fils de Sem et le désigna pour hériter de cette terre que les fils rebelles de Chanaan avaient usurpée, en les massacrant et les détruisant pour que sa race y demeurât et (|ue Dieu y ha- bitât, comme Noé l'avait bénie (2). Voilà pourquoi (il choisit) Abraham. Il le prit à Ur des Chaldéens parce que c'est là que demeu- raient les fils d'Héber le grand, lesquels, de tous ceux qui fu- rent dispersés à la confusion des langues, étaient restés seuls à parler la langue première qui fut celle d'Adam (3). Voilà pourquoi (il le choisit) à Ur des Chaldéens. Voici comment eut lieu la vocation d'Abraham par Dieu : Il y eut, au temps de Tharé, une famine violente sur le pays, et les hommes d'alors pouvaient à peine sauver la semence qui avait été semée sur la terre, à cause de la multitude des vautours et des oiseaux que Dieu envoya et qui la mangeaient; au moment où il avait quinze ans, Tharé, son père, l'envoya pour chasser Quarlerly Revietv, 1893, p. 209 : « And Canaan saw the land of Lebanon to tlio river of Egypt that it was very good » etc. Cependant le livre des Jubilés donne à Lûd le pays d'Ararat et les montagnes d'Assiir (Ibid., p. 206), il diffère donc en cela de Jacques d'Édesse, (1) w-îi. Nous donnons, pour les noms bien connus, l'ortliograplie de la Vul- gate. (2) Voir ci-dessus : Noé dit que Dieu habitera dans les tentes de Sem. (3) Jacques d'Édesse dira plus bas que la langue d'Adam était l'hébreu. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 203 les vautours du champ, comme le montrent les histoires juives (1). Celui-ci était fatigué par le travail et fut vaincu par la multitude des vautours, il les chassait devant et derrière lui et de tous côtés et il fut vaincu et il ne savait que faire quand il étendit les mains vers le ciel avec précipitation et trouble : « Dieu qui as fait (fol. llS"") le ciel et la terre par ta parole, chasse et tue ces vautours », dit-il à haute voix. Et Dieu aus- sitôt, sans peine et sans retard, chassa les vautours du champ d'Abraham et lui dit avec douceur et intérêt : « Abraham, Abra- ham, moi que tu as appelé, je t'ai exaucé et j'ai chassé les vau- tours de ton champ parce que, comme tu l'as dit, je suis (le) Dieu qui a fait le ciel et la terre, et tout ce qui s'y trouve m'ap- partient, l'animal sauvage du désert est à moi aussi bien que l'oiseau du ciel. C'est moi qui ai attiré ces vautours sur vous, et parce que tu m'as invoqué et que tu as connu mon nom, voilà que je t'ai exaucé et que j'ai chassé les vautours de ton champ. » Voilà quelle fut la première vocation d'Abraham par Dieu (2). Quand il alla trouver Tharé son père, et lui raconta ce que Dieu lui avait dit, il lui conseilla d'abandonner Qaïnan, Dieu des Chaldéens (3), et de servir et d'adorer le seul vrai Dieu. Ainsi Abraham avait quinze ans quand il fut appelé par Dieu et il fut confirmé en vérité dans la crainte de Dieu, au point de pouvoir instruire et endoctriner son père Tharé et son (1) Michel le Syrien résume la présente histoire, sans doute d'après la lettre de Jacques d'Édesse, loc. cil., p. 26. — Cf. Bar Hébraeus, loc. cit., p. 10-11. — Cette histoire figure aussi, de manière un peu différente toutefois, dans le livre des Jubilés, loc. cit., p. 211. (2) Saint Etienne (Actes vu, 2) raconte aussi que Dieu appai'ut à Abraham avant son départ pour Ilaran, mais il ne semble pas faire allusion aux mêmes faits que Jacques d'Édesse. — Il est à noter que plus tard (Genèse .xv. II) Abram chasse les oiseaux qui veulent enlever ses offrandes à Dieu. (3) Il s'agirait ici de Caïnan, fils d'Arphaxad (Sept. Genèse x, 24; Luc m, 35- 36), car d'après Bar Hébraeus « ses fils l'honorèrent comme un Dieu et lui élevè- rent une statue. C'est depuis lors que l'on commença à adorer les statues ». Chron. Syr., éd. Bedjan, Paris, 1890, page 7. Cf. Michel le Syrien, loc. cit., p. 16- 17. — L'origine de cette légende juive est inconnue. Il est difficile de rappro- cher Kaïnan de Kewan (Saturne). On peut se demander toutefois si cette h'"- gende juive qui fait de Caïnan « l'inventeur de la magie, des incantations, de la divination par les étoiles », ne suffirait pas à expliquer comment son nom aurait pu être supprimé de la Bible hébraïque postérieurement à la ti'aduction des Septante. — Le genre de mort d'Haran se trouve aussi tlans le livre des Ju- bilés, loc. cit., p. 212. 204 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. frère Nachor afin qu'ils s'éloignassent de l'erreur et qu'ils connussent le vrai Dieu. Dans sa soixantième année, il fut saisi de zèle, prit secrètement du feu durant la nuit et brûla le temple où se trouvait l'idole du Dieu Qaïnan. Quand les Chaldéens se rassemblèrent pour éteindre le feu, Haran frère aîné cV Abraham courut aussi pour l'éteindre, il tomba dans le feu et mourut. Aussi le livre sacerdotal dit que Haran mourut avant son père Tliaré, dans le pays où il était né, à Ur des Chaldéens (1). Quand les Chaldéens apprirent ce qu'avait fait Abraham, ils pressèrent Tharé et lui dirent : « Livre-nous ton fils Abraham afin que nous le mettions à mort parce qu'il a brûlé le temple de notre Dieu, ou bien nous te tuerons et nous brûlerons ta maison (2). » Tharé, ainsi pressé, s'enfuit de Ur durant la nuit et emmena secrètement Abraham son fils et Lot, fils de Haran, son petit- fils, et Sara sa bru, et il vint à Ijaran en Mésopotamie (3) et y demeura (4). Plus tard, Nachor frère di' Abraham vint les re- joindre. Au bout de quatorze ans, Tharé mourut à Haran (5). Telle est la cause du départ de Tharé et d'Abraham de Ur des Chaldéens. Voilà ce que j'ai cru bon de te dire avant d'en arriver à ta demande. Tu me demandais : pourquoi Dieu a-t-il dit à Abra- ham : Ta race sera sujette durant quatre cents ans dans une terre qui ne sera pas sienne {Q)1 Au moment où Abraham avait soixante-quinze ans, après la mort de Tharé son père, Dieu lui dit : Sors de la demeure de ton père et va (fol. 114'') au pays de Chanaan (7). Il obéit à l'ordre de Dieu, quitta Ha- ran et alla au pays de Chanaan. Dieu l'y éprouva dix fois, non (1) Cf. Genèse xi, 27-28. (2) Cette histoire est résumée par Jacques Bar Salibi, ms. syr. 11° 6(3, fol. 21. D^ autres disent qu'Abram brûla le temple de Qaïnan; Haran alla pour réteindre et fut brûlé; Tharé fut pressé par les Chaldéens de livrer Abram à la mort, aussi ils quittèrent Ur des Chaldéens. — On la retrouve encore dans Michel le Syrien, loc. cit., p. 26-27. — Cf. Bar Hébraeus, loc. cit., p. 11. — Par contre le midrash Bereschith rabba raconte une histoire toute difféi-ente sur la destruction des idoles et la mort de Haran, Leipzig, 1881, p. 172-173. (3) ^jovj^j!» k'P- (4) Cf. Genèse xi, 31. (5) Ibid., 32. (6) Genèse xv, 13. (7) Genèse xu, 1 et o. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 205 qu'il eût besoin de l'éprouver pour le connaître — il' connaît toutes choses avant qu'elles soient, comme il est écrit — mais pour qu'Abraham lui-même fût tenté, éprouvé et examiné comme l'or dans le creuset et pour que sa justice éclatât à la faveur (1) de son épreuve, de sa foi et de sa patience, afin qu'il devînt en vérité ami de Dieu. Dieu lui apparut sept fois en songe et fit avec lui une alliance par serments et par sacrifices selon l'usage du monde, et il lui promit de donner à sa des- cendance la terre que les fils de Sem avaient enlevée aux fils de Chanaan, il lui promit qu'il serait père de beaucoup de peuples, et que tous les peuples de la terre seraient bénis dans sa descendance. Abraham crut tout cela et n'hésita pas (2), il fut reconnu (ainsi) véritablement juste. Mais Dieu qui est pa- tient et veut sauver tous les hommes, retardait l'extermination des fils de Chanaan. Il remettait à plus tard l'exécution de la promesse faite à Abraham, pour deux motifs : d'abord pour laisser combler la mesure des iniquités des Amorrhéens, fils de Chanaan, et de leurs frères, afin que de cette manière il les montrât coupables et sans repentance, puisque, après qu'il eut pris patience, ils ne se repentirent pas et ne cessèrent pas leur iniquité; ensuite pour que la race d'Abraham — après avoir été opprimée dans l'exil par une dure servitude et par des souffrances insupportables et de longue durée, et après avoir été sauvée par Dieu avec une main puissante et un bras élevé — connût en vérité qu'il est le vrai Dieu, s'attachât à lui comme à son sauveur et ne le quittât plus. Ainsi Dieu laissa la race d'Abraham dans l'oppression et dans la servitude, afin qu'elle sût de quelle nécessité il l'avait sauvée. Si en effet après tous ces prodiges pour les délivrer des Égyptiens et après avoir eu tant de preuves de la puissance de Dieu, ils l'abandonnèrent et servirent des dieux étrangers, que n'auraient-ils pas fait s'il les avait adoptés simplement sans leur laisser voir l'oppression et leur avait donné la terre promise? Il était donc nécessaire qu'ils endurassent d'abord la servitude avant d'être adoptés, c'est pourquoi Dieu dit à Abraham dans l'alliance qu'il fit avec lui : Sache bien que ta race demeurera dans une teiTe qui ne (1) Lire y-^. (2) Cf. Genèse xv. 206 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. sera pas sienne; on la réduira en servitude, on la fera souf- frir et on V humilier a. durant quatre cents ans, mais je ju- gerai le peuple chez lequel ils auront été esclaves et ensuite ils viendront ici avec de grandes richesses (1). Ainsi Dieu a dit tout cela pour (fol. 114") enseigner sa force et son pouvoir, il le prédit parce qu'il sait tout, et il les sauva quand ils furent dans la détresse parce qu'il est tout-puissant. Voilà tout pour ta première question, c'est-à-dire pour le premier mets de ce repas, car ceux qui font des repas ont coutume de faire le premier plat plus abondant pour le placer devant leurs hôtes qui sont censés avoir faim. II. — Ta Fraternité demande s'il est vrai, comme on le dit, qu'il n'y avait pas d'écriture ni de livres avant Moyse. Pourquoi écris-tu seulement : comme on le dit, et n'ajoutes-tu pas que c'est écrit? car sache qu'il y a un discours sur ce sujet et aussi un écrit de saint Athanase, cet homme apostolique qui est véritablement docteur de toute l'Église de la terre habi- table. Mais cette opinion n'est pas exacte, car même ce saint homme était homme, et tout homme se trompe, comme il est écrit (2), et tout homme erre parce qu'il est homme et il arrive à tout homme d'errer. Toute parole humaine est faible et facile à réfuter, et il n'est personne de ceux qui parlent comme hommes, qui ne commette quelque faute dans ses paroles. Au temps de ce saint (Athanase) beaucoup erraient, suivaient chacun sa propre volonté, montraient beaucoup de livres secrets et y cherchaient des démonstrations en faveur de la perversité de leur volonté. Parmi ces livres secrets qu'on prônait et qu'on alléguait, se trouvait le livre secret (ÏHénoch (3). Comme ce (1) Genèse xv, 13-14. Jacques d'Édesse donne le texte de sa révision faite l'an 704 et conservée dans le ms. syriaque de Paris n" 26, p. 29. Voici le texte de Jacques d'Édesse avec les trois variantes du ms. de Paris. ^oov^ (ms. yOjLSpoj yO «I -> lo yQj{ o, ->v> lo .^oo)^« )J9 ^>|-3 yt^i) \ooyi )-3l.oL« >o.«l. >«.t.^ • (ms. v^j/J M/ vO;f . |l-o.-a^ ov^ ^n^\qij; oô) ^1 >x\.\ .^^j^iVn (ms. H->o.\3Vî) l yOjf y->an, lo Il - - "" ) I «lo vu. |.3>oi^ yOnqii ^>IS.â ^o La Peschito diffère beaucoup de ce texte. (2) Ps. cxv, 71. (3) /«aJL-; U»^so l^i^a. Les fragments du livre d'Hénoch conservés en grec et une traduction allemande de tout -le livre conservé en éthiopien viennent TRADUCTION DES LETTRES Xll ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 207 saint liommo, à Timage d'un sage médecin, qui veut réprimer rindiscipliiie du malade, lui défend toute nourriture, bien que ce ne soit pas juste, celle qui est nuisible comme celle qui est utile, il leur défendit et leur interdit aussi tous les livres cachés à la fois, pour les sauver de leur attraction et de leurs men- songes, aussi bien les livres authentiques que les autres, et parmi tous ces livres se trouva le livre d'Hétioch qui est authen- tique, car il dit dans Tune de ses lettres festales : « D'où leur vient le livre d'Hénoch, puisqu'il n'y avait pas d'écriture ni d'écrit avant le déluge? » Telle est la parole que ce saint prononça à la légère et non pas avec la préparation de nombreuses paroles et d'un long dis- cours, pour obliger tout homme à être de son avis. Comme exemple analogue, remarque, ô ami du travail et digne de (nos) paroles, que ssi'mt Basile dans les discours sur le jeûne, pour empêcher ceux qui jeûnaient de boire du vin, disait qu'il n'y avait pas (fol. 115'^) de vin avant le déluge. Cehi n'est encore vrai en aucune manière, parce qu'il y avait de la vigne et que l'esprit de l'homme, inventeur des choses nécessaires, ne chôma pas durant ces deux mille ans et plus; comment n'aurait- il pas trouvé cette chose nécessaire de presser le vin des raisins et d'en faire cette boisson nécessaire et agréable? J'en dirai au- tant de l'invention des lettres et de l'écriture nécessaire, c'est en vérité un art situé au-dessus de tous les arts et l'esprit hu- main n'a pu rester tant de temps sans trouver l'écriture. Mais sache bien, ô homme, et crois que les hommes d'alors trouvè- rent le vin et se firent aussi des lettres et une écriture; et le livre d'Hénoch est allégué depuis le temps des apôtres, puisque l'apôtre Jude en tire une démonstration dans sa lettre catho- lique (1). Que l'écriture ait existé avant Moyse, c'est ce que montrent encore les histoires écrites alléguées par les Juifs. Et ces histoires ne sont pas mensongères, elles disent de Moyse que son père 'Amram (2) lui enseigna l'écriture et les écrits hé- d'étre publiés par les soins de l'Acad. des sciences de Berlin, Das Buch Enoch, 8% Leipzig, 1901. (1) Jude 14-15. (2) Amram fils de Caath et père d'Aaron, de Marie et de Moyse. 11 mourut en Egypte à l'âge de cent trente-sept ans. Cf. Ex. vi, 18-20; Nombres m, 19; xxvi, 58, 59; I Parai, vi, 2, 3, 18; xxni, 12, 13; xxiv, 20. — Les Musulmans appellent 208 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. breux avec l'écriture des Égyptiens, lorsqu'il était encore jeune dans la maison de Pharaon; nous pouvons donc conclure de là qu'il y avait en vérité (un système) d'écriture et des écrits avant Moyse. Voilà pour ta seconde question. [A suivre.) Moyse Moussa ben Aniran. Il aurait perdu son père un mois après sa nais- sance, ce qui est en désaccord avec la légende consignée par Jacques d'Édesse. Le Pharaon qui régnait alors en Egypte et qui portait le nom de Valid aurait épousé la nièce d'Amran nommée Assiah, laquelle était par conséquent cousine germaine de IMoyse, et cette alliance rendait Amran des plus considérables à la cour du Pharaon; cf. d'Herbelot, Bibliothèque Orientale, article Moussa. MÉLANGES CARION ET ZACHARIE, MOINES DE SCÉTÉ (COMMENCEMENT DU IV^ SIÈCLE) Un article du Synaxaire arabe jacobite (1) (10 octobre, p. 335-337) est consacré à ces deux anachorètes et dérive direc- tement des Apophthegmata Patrum (2). Il nous a donc paru intéressant de faire connaître sa source. Carion, père de Zacharie, vivait au commencement du iv* siècle, car il était contemporain du prêtre de Scété Isidore (3), contemporain lui-même de Pastor (4) et d'Antoine (5). Il est mentionné avec son fds Zacharie dans la version latine des Apophthegmata (6) et dans la version syriaque (7). Ces deux versions toutefois ne rapportent de lui que les trois lignes dans lesquelles il se proclame inférieur à son fils Zacharie et la pos- térité, le prenant au mot, a fait entrer son fils de plain-pied dans (1) Édité et traduit par M. René Basset {Patrol. orientalis, t. I, fasc. 3). CL ROC, 1905, p. 108-110. (2) C'est le seul récit contenu dans les mois de Tout et de Babeh (septembre- octobre) que nous ayons pu identifier avec les Apophthegmata. Les histoires de Grégoire (p. 294), de Paul de Thmouï (p. 321), d'Abib et Apollon (p. 366), d'Abra- ham le solitaire (p. 377) doivent provenir de sources analogues, mais nous n'en avons pas encore trouvé l'original grec. (3) Cf. infra. (4) Pastor cite en effet une parole d'Isidore, prêtre de Scété. Migne, P. L., t.LXXIlI, col. 895. (5) Antoine parle à Pastor. Migne, P. Z,., loc.cit., col. 953. D'ailleurs Pastor était aussi contemporain d'Ammon, mort avant saint Antoine. Ibidem, co\. 920, 936. (6) Ibid., col. 957. Ici Carion est remplacé par Sérapion, grâce à une de ces permutations assez fréquentes. C'est ainsi inversement que Sérapion a été remplacé par Paphnuce, dans la Vie de Thaïs. (7) Cf. The Book of Paradise of Palladiuo, éd. and translated by VV. Budge, Londres, 1904, n° 501, p. 962. OKIENT CnHÉTIEN. 14 210 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. les calendriers copte et éthiopien (1) et dans les synaxaires de ces Églises, tandis que lui-même n'y figure qu'incidemment dans la notice consacrée à son fils (2). Les manuscrits grecs qui ont servi de source au copte (arabe) et à l'éthiopien font figurer en titre tantôt l'un et tantôt l'autre. On trouve : « Sur l'abbé Zacharie (3) » et aussi : « Sur l'abbé Carion (4) »,en tête du récit. Nous traduisons sur l'édition de Cotelier reproduite par Migne (5) et ajoutons, en note, les remarques nécessaires pour mettre en relief cette courte histoire. Il y eut à Scété un moine nommé l'abbé Kaptwv. Après avoir eu deux enfants, il les laissa à sa femme et se fit moine(6). Au bout d'un certain temps, une famine survint en Egypte et sa femme, tombée dans le besoin, vint à Scété avec ses deux enfants : un garçon nommé Zacharie, et une fille. Elle s'assit près de l'étang loin du vieillard. — Il y avait près de Scété un étang où les églises étaient bâties et où les fontaines jaillissaient (7); c'était la coutume à Scété, lorsqu'une femme venait parler à son frère ou à un autre de ses proches, de parler en restant loin l'un de l'autre. — Alors la femme dit à l'abbé Kaptwv : « Voilà que tu t'es fait moine et la famine est venue, qui donc nourrira tes enfants? » L'abbé Kapfwv lui dit : « Envoie-les ici près de moi ». La mère dit aux enfants : « Allez près de votre père ». Ils se (1) Cf. Ludolf, Comm. ad hisl^lh., p. 394. (2) Cf. Zotenberg, Catal. des mss. éth. de Paris, p. 158 (au 13 Teqemt). (3) Dans les notes (ju'il ajoute au synaxaire grec de Constanlinople, le R. P. Delehaye mentionne Kaptwv au 24 novembre. Il n'y a sans doute qu'une similitude de nom entre celui-ci et notre héros. (4) Us. grec de Paris, n" 919, fol. 06. (5) Migne, P. G., t. LXV, col. 249. . (6) Ces abandons se rencontrent d'autres fois : Un ancien moine qui avait pris femme se repent et l'abandonne aussitôt (P. G., LXV, col. 380). Paul le Simple abandonne sa femme qu'il a surprise, il est vrai, en adultère {P. L., LXXIII, col. 1126; cf. col. 886, n''40) ; un autre abandonne ses trois fds(/6id., col. 952). Cependant, dès cette époque, le consentement mutuel était nécessaire, au moins pour les femmes, comme nous l'apprend une histoire relative à Macaire (Ibid., col. 778). (7) Cette dernière phrase manque dans le ms. 919, qui porte : IXoç yàp Ttapé- xetTO £v TY] ly.rjTi t'va el £).9ri yv^i] ).a).r;(jat à8£),çw aÙT>iî ^ â).).w Siaçépovtt aùtî) àirô [laxpôOev xa6£^o[xévwv aÙTûv au' àXXri^wv, ô[Jt.t),tii)aiv à).X-ô),oiç. D'après cette leçon, qui nous plaît assez, « le parloir « de Scété était partagé en deux par un lac afin que l'on ne pût se voir de trop près. Pallade mentionne aussi le lac de Scété (P. L., t. LXXIII, col. II 13 et édition Butler, Cambridge, 1904, p. 49 et 189). — La phrase ajoutée dans l'édition de Cotelier concerne sans doute les étangs d'où l'on retirait le nitre près desquels on bâtit les trois monastères de Baramous, de Bischoï et des Syriens ; Macaire disait que la désolation de Scété serait proche lorsqu'on verrait une cellule construite près du marais {P. L., t. LXXIII, col. 982). — Les moines durent, à l'origine, fuir ces marais afin de ne pas voir les séculiers qui venaient y recueillir le nitre. MÉLANGES. 211 mirent en marche et la fille retourna près de sa mère, tandis que le fils alla près de son père. Alors il lui dit : « Tout est bien ainsi, prends ta fille et va-t'en, et moi (je garderai) le garçon ». Il le nourrit donc à Scété et tous savaient que c'était son fils. Mais lorsqu'il vint en âge, il y eut des murmures parmi les frères à son sujet (1). L'abbé Kapftov l'apprit et dit à son fils : € Zacharie, lève-toi et partons, car les Pères murmurent ». L'enfant dit : « Abbé, tous savent que je suis ton fils ; si nous allons ailleurs, on ne saura pas que je suis ton fils ». Le vieillard lui dit : « Lève-toi, partons d'ici ». Et ils allèrent dans laThébaïde (2). Quand ils eurent pris une cellule et y eurent demeuré quelques jours, il y eut encore des murmures au sujet de l'enfant. Alors son père lui dit : « Zacharie, lève-toi et allons à Scété ». Ils arrivèrent à Scété et, après quelques jours, il y eut encore des murmures à son sujet. Alors l'enfant Zacharie allant à l'étang (X{[avi^) du nitre (3) et quit- tant ses habits, entra dans l'étang et s'y plongea jusqu'aux narines. Il y demeura longtemps, autant qu'il le put, et détruisit ainsi son corps, car il devint comme un lépreux (4). Il sortit alors, reprit ses habits et alla retrou- (1) Paphnuce chassa de Scété un jeune moine qui avait une figure trop féminine (P. L., t. LXY, coL 176). Macaire disait que ce serait le comble de la désolation lorsqu'on verrait des enfants à Scété : Dicebat iterum de desolatione Scylhi ad fratres : Quando videritis cellam aediflcatam juxta j)aludem, scitole quia prope est desolatio Scylhi; quando aulem arbores videritis, jam anlc januam est ; quando aulem videritis pueros, lollite melotes vestras eldiscedile. P. L., t. LXXIII, col. 982. (2) Ces déplacements étaient fréquents, car s'il était facile d'entrer dans l'état monacal au temps où il n'était pas encore hiérarcliisé, il était aussi facile d'en sortir ou de changer de pays. Des moines de Scété portèrent la vie i-eligieuse en Syrie et, s'il faut en croire l'histoire de Mar Eugène, en Mésopotamie. (3) L'auteui- emploie le singulier, mais il y a en réalité six étangs. Il yen eut môme sept (l'un étant partagé en deux par une digue). Ils sont répartis sur environ six lieues de longueur et 600 à 800 mètres de largeur. L'eau des lacs provient du Nil et son niveau varie en conséquence. Cette eau traverse un terrain qui contient du carbonate de chaux et du sel marin abandonné jadis par la mer. Il se forme par double décomposition du carbonate de soude qui se dépose mêlé au sel marin lorsque les eaux des lacs diminuent. C'est ce dépôt appelé le natron ou improprement le nitre, qui était utilisé pour blanchir le lin et pour fabriquer le verre. Cf. Mémoires sur l'Egypte, Paris, an VIII, t. I. (4) Ceci tenait d'abord à l'adhérence du sel : « Les hommes entrent nus dans l'eau, brisent et arrachent le natron avec une pince ronde en fer... C'est un spectacle assez bizarre de voir ces Égyptiens noirs ou basanés sortir blancs de sel de cette opération ». Mémoires, loc. cit., p. 235. — Il est possible aussi que ces sels, utilisés pour blanchir le lin, aient pu à la longue corroder la peau. — Enfin il est certain que Zacharie eut à souffrir des mouches et des moustiques, « car les mouches sont en Egypte un vrai Iléau; les petits enfants de la campagne en ont souvent des rangées entières autour des yeux » {L'Egypte, par le R. P. M. Jullien, Lille, 1889, p. 34), et certains moustiques étaient gros comme des guêpes et pouvaient percer la peau même des sangliers, ;\Iacairc, pour expier un moment d'impatience (d'après une autre version : pour dompter ses passions), imita Zacharie et en fit l'expérience : condemnavit selpsum sedere nudum in palude Scetes, quae est in vasta soliludine, in qua possunt culices vel sauciare pelles aprorum, ut qui sint aeque magni ut vespae, adeo ut in toto ejus corpore infixerint 212 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. ver son père qui eut peine à le reconnaître. Lorsqu'il se rendit, selon la coutume, k la sainte communion, saint Isidore, le prêtre de Scété (1), ap- prit par révélation ce qu'il avait fait, il le vit etTadmira, puis il dit : t L'en- fant Zacharie est venu dimanche dernier et a reçu la communion comme un homme, mais maintenant il est devenu comme un ange ». L'abbé Kapfiov dit (2) : c J'ai souffert beaucoup plus que mon fils Za- charie et je ne suis pas arrivé à sa hauteur à cause de son humilité et de son silence ». Le synaxaire, après avoir résumé la notice précédente, ajoute : « (Zacharie) demeura zélé et dévot pendant quarante-cinq ans. Il avait sept ans quand il vint dans le désert et la durée de sa vie fut de cinquante-deux ans. Que sa prière soit avec nous ! Amen ». Nous ne savons où l'auteur a pris ces dates, elles ont passé de là dans le synaxaire éthiopien (3). Cette notice vulgarisera un peu l'histoire de deux de ces moines de Scété ( 1) qui passaient leur vie dans le travail et la mortification : ils tressaient de ces nombreux roseaux qui poussent encore près des lacs (5) pour en faire des corbeilles et des nattes, ils se louaient aussi chez les séculiers pour faire la moisson durant l'été (6); ils n'étaient donc pas oisifs, comme certains l'écrivent. Quant à leurs mortifications, il nous suffit d'avoir raconté celle que s'imposa l'innocent Zacharie pour empêcher les frères de murmurer à son occasion. F. Nau. aculeos; ut nonnulli existimaverint eum esse leprosum. Pallado, P. L., t. LXXIII, col. 1113, édition Butler, p. 49. (1) Cette mention nous a permis de fixer l'époque à laquelle vivait Carion. (2) Ce dernier apophthegme a seul été conservé en latin et en S3'riaque. Dans le grec il figure en tète, mais nous l'avons mis ici pour suivre l'ordre du synaxaire. (3) Cf. Zotenberg, lac. cit. (4) Dom Butler place Scété au nord de Nitrie jusqu'au Nil. The lausiac Hislory of Palladius, Cambridge, 1904, p. 187-190. Auparavant on plaçait Scété au sud do Nitrie par 28° 10 de longitude et 30° 10 de latitude. L'Egypte, par le R. P. M. .Jullien, Lille, 1889, p. 37. (5) « Les lacs de natron possèdent sur leurs bords des roseaux, des joncs plats en très grande abondance. » Mémoires, loc. cit., p. 237. (6) Cf. Migno P. L., t. LXXIII, col. 950 et t. LXXIV. col. 212-213. BIBLIOGRAPHIE Le P. Camille Beccari, S. I. — Nolizia e Saggi di opère e dncumenti inediti riguardanti laStoria di Eliopia durante i secoli XVI, XVII, XVIII, con Otto fac similie due carte geografiche, Roma, 1903, Casa éditrice italiana, x-519 p. in-4. 11 n'est personne, ayant étudié l'histoire d'Ethiopie du xvi^ au xvni" siècle, qui ne sache de quelle importance sont les relations des mission- naires qui, à plusieurs reprises, y exercèrent leur activité pour arriver à un échec complet. Elles forment le complément des ouvrages portugais écrits généralement par des laïques, et nous fournissent des renseigne- ments qui contrôlent et complètent les données des chroniques indi- gènes (1), sauf celle de Sartsa Dengel (2). Quelques-unes de ces relations étaient connues, mais difficilement acces- sibles dans les recueils de Lettres annuelles publiées par la Société de (1) R. Basset, Études sur l'histoire d'Ethiopie, Paris, 1882, in-8° : le texte a été traduit en italien par M. Béguinot, La cronaca abbreviata d'Abissinia, Rome, 1901, in-8°. Perru- chon, Histoire des guerres d" Amda-Syon, Paris, 1890, in-8", dont un résumé avait été donné par Dillmann, Die Kriegsthaten der Kôni g s' Amda-Syon, Berlin, 1884, in-4. Perruclion, Les Chroniques de Zaréa-Ya'eqob et Daeda Maryain , Paris, 1893, in-8'', dont la première partie avait été analysée par Dillmann, Ueber die Regierung des Kônigs Zar'a Jacob, Berlin, 188i, in-8. Perruchon, Hisar M. Conti-Rossini : Il Gadla Filpos ed il Gadla Yohannes, Rome, 1901, in-4''; Gli Alti di Abba Yonas, Rome, 1903, in-8"; Acta Marqorewos, Paris, 1904, in-8; ou qui se trouvent dans le recueil de M. Touraïev: Momnnenta œthiopica hagiologica, S.-Péters- bourg, 1902, 2 fasc. in-8". Comme complément, on peut ajouter plusieurs ouvrages arabes contemporains des événements : la réimpression (médiocre) du Ritâb el-Ilmdm d'El- Maqrizi, Le Qaire, 1895, in-8"; l'Histoire de la conquête de l'Abyssinie, par Chiliâb eddin 'Arab Faqih, dont j'ai commencé en 1897 une édition avec traduction et commentaire en 2 vol. in-8" : elle a été traduite assez médiocrement par Nerazzini, La conquista mussul- mana delV Etiopia, Rome, 1891, in-8", et par D'Abbadie et Paulitsclike, Futuh el-Haba- rha, Paris, 1898, in-8"; enfin le récit d'une ambassade adressée à Fasiladas, publié et traduit par Peiser, Der Gesandschaftsbericht der Hasan ben Ahmed, Berlin, 1894-1898, 2 vol. in-8". (2) L'édition annoncée par M. Marino Saineano {L'Abyssinie dans la. seconde moitié du XVI' siècle, Leipzig, 1892, in-8") n'a jamais paru. 214 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Jésus. Il y a une vingtaine d'années, une publication de ces textes, ainsi que de ceux qui étaient restés inédits, avait été commencée en Portugal, pour faire suite au Bullarium patronalus. Mais ce travail qui devait être intitulé Documenta habissinica fut interrompu par la mort de J.-A. de Gracia Barreto qui en était chargé. Le magnifique ouvrage de José Ramos Coelho, Alguns documentos do Archiva nacional du Torre do Tomba (Lis- bonne, 1892, in-4), ne contient que peu de documents relatifs à l'Abys- sinie (1). La tâche reste donc entière à accomplir, et c'est celle qu'a entreprise le P. C. Beccari. Le volume qu'il publie aujourd'hui, et qui est pour ainsi dire une table des matières et un spécimen de l'ouvrage, nous donne une idée de l'exactitude et de la conscience qu'il apporte à son œuvre. Il se divise en trois parties : les ouvrages historiques inédits ; les rela- tions et lettres des PP. de la Compagnie de Jésus; les relations et les lettres d'autres personnes. Chacune de ces parties est l'objet d'une table, d'une analyse détaillée et d'extraits. Dans la première catégorie, il faut citer l'Histoire du P. "Paes, les trois traités historiques du P. Barradas; Vllistan'a de Etiopia alla du P. d'Al- meida, qui a été la source du P. Telles (2), et trois livres avec un appendice de VExpeditio œthiopica du P. Mendes. Ces documents sont analysés ainsi que les lettres des deux parties sui- vantes, et le livre se termine par la reproduction d'un certain nombre de textes de grande importance : je citerai entre autres les instructions don- nées par saint Ignace de Loyola pour le choix d'un patriarche; quatre lettres originales du roi Sousnyos, un chapitre de l'histoire du P. Paes ; di- vers extraits du P. d'Almeida avec cartes et fac-similé : et plusieurs cor- respondances, entre autres les lettres supposées de lyasou I'^'" au pape Clé- ment XI et au cardinal Sacripante. Puisse le P. Beccari trouver les ressources nécessaires pour mener à bien la publication de tous les documents dont l'indication seule donne déjà une haute valeur au volume qu'il vient de publier. René Basset. (1) 11 ne faudrait cependant pas méconnaître les services rendus par le Portugal par la réimpression d'ouvrages rares, relatifs en tout ou iiarlie à l'Abyssinie. C'est surtout à l'Académie des sciences et à la Société de Géographie de Lisbonne, que la science en est redevable. Ainsi VHistoria de Castanlioso (Lisbonne 1855, in-4", réimprimée avec d'impor- tantes additions par M. K. M. Esteves Pereira, Lisbonne, 1898, trad. en italien, Storia délia !S/jedizione portoç/hese in Ahissinia, Rome, 1888, in-S"), la Relaçào de Embaixada de Joâo Bermudes (Lisbonne, in-4", traduite en anglais par White>Yay, à la suite d'Alvares!, la Verdndeira Informaçùo das terras do Preste Jodo d'Alvares (Lisbonne, 1889, in-4°, traduite en anglais par Whiteway. The Portuguese expédition in Abyssinia, Londres, 1902, in-8"), les lettres d'Albuquerque publiées par A. de Bulhâo-Pato, Carias de Affonso de Albu- querque (Lisbonne, 188i-1888, i vol. in-4»), les Lendas da India. de Gaspar Correa, éditées par J. de Lima Felner (Lisbonne, 1858-18(iG, 8 vol. in-4'); le Bullarium patronalus Portu- galliae regum in ecclesiis Africœ, etc., édité par L. M. Jordâo, de Paiva Manso et J. de Graça Barrato (Lisbonne, 5 vol. in-f", 1864-79) ; le Roleiro de Dom Joâo de Castro, publié par A. Nunes de Garvalho (Paris, 1833, in-8"), l'ouvrage du comte de Ficallio, Viagens de Perom da Covilham (Lisbonne, 1894, in-8"), etc. (■2) Il existe une version française d'un fragment tiré « du livre imprimé d'Antoine Almeïde Jésuite et du manuscrit d'Alphonse Mendez Patriarche d'Éthyopie » à la On du Recueil de divers voyages faits en Afrique et en l'Amérique (sic), Paris, 1674, in-4". BIBLIOGRAPHIE. 215 E. W. Crum et W. RiEDEL. — The Canons of Athanasius of Alexan- dria. — The Arabie and Coptic versions edited and translated with introductions, notes and appendices. Publishedfor the Text and Transla- tion Society by Williams and Norgate, Londres 1904, 8» de xxxv, 59 et 154 pages. La Société anglaise des Textes et traductions, fondée comme la Patrologie orientale, pour publier des textes orientaux, a déjà publié en quatre volumes le texte et la traduction du sixième livre des lettres choisies de Sévère d'Antioche dans la version syriaque d'Athanase de Nisibe (1). Nous nous proposons aujourd'hui de faire connaître les canons d'Athanase. M. Riedel a publié et traduit le texte arabe des 107 canons et M. Crum le texte copte, malheureusement fragmentaire. L'ouvrage débute par une épigraphe empruntée à Jean Moschus : « Lorsque tu trouves un discours de saint Athanase et que tu n'as pas de papier, écris-le sur tes habits ». Dans son introduction M. Riedel nous apprend que les 107 canons ne formaient qu'un seul tout (p. l\) ou du moins n'étaient divisés qu'en trois parties (p. 67 et 69) : 1" Du respect de Dieu et de l'autel (g 1-81), 2" de la compassion en- vers les pauvres (82-91), 3" De la chasteté (92-104) ; c'est au xi^' siècle que Michel, évêque de Tinnîs, traduisit (?) ce traité et le divisa en paragraphes. L'étude intrinsèque montrerait que leur auteur est un clerc ou même un archevêque ou un patriarche et aurait écrit de 350 à 500; cet auteur pour- rait être saint Athanase lui-même (p. xv-xxvi). Le texte arabe provient d'un original copte (p. x et 81), sans doute d'un texte memphitique perdu, car il diffère beaucoup du texte thébain publié par M. Crum. Ce dernier texte n'en est pas moins le plus important, car il représente le plus fidèlement l'original dont l'arabe semble souvent n'être qu'un résumé (2) ; de plus il est conservé dans des mss. dont quelques feuilles peuvent remonter jus- qu'au VI*' siècle. C'est donc M. E. W. Crum qui avait à publier la partie la plus importante et la plus délicate de l'ouvrage ; d'ailleurs nous trouvons partout des traces de son travail et nous pouvons avec justice lui attribuer presque tout le mérite de cette publication, car, en sus du texte coûte, il a copié une partie du ms. arabe 251 de Paris et a collationné les mss. 252 et 238 (3) de Paris (canons 55-56) et une partie d'un ms. arabe d'Oxford, enfin il a traduit en anglais le texte allemand de M. Riedel. Cette publica- tion fait donc le plus grand honneur à son activité scientifique. Elle ne fait pas moins honneur à sa science et à sa connaissance du copte d'après le témoignage d'un maître, de M. Ignazio Guidi : « 11 Crum ne ha dato un' edizione ed una traduzione ugualmente mirabili per esattezza critica et per fedelta, come del resto era da aspettare da un conoscitore quale è il Crum, délia lingua e délia letteratura Copta». Bessar., 1905, p. 111. (1) Prix : 84 sh. net. (2) Nous avions note d'abord les lacunes de l'arabe. Pour en donner une idée nette, il nous sutfira de dire que les canons 40-52 occupent 208 lignes dans la traduction du copte et seulement 111 dans la traduction de l'arabe. (3) Lire 238 (p. x, 1. 10) au lieu de 138. — Le texte non identifié, p. 121, note i, semble être Ps. cxxxi, 7. 216 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Ajoutons que le lecteur trouvera un fac-similé d'un passage du ms. copte et de nombreuses notes qui lui signaleront les passages parallèles dans les autres collections de canons; enfin l'ouvrage est imprimé avec tout le soin que l'on pouvait attendre de la maison Brill de Leyde et est édité avec l'élégance qui caractérise tant d'éditions anglaises. Les canons de saint Athanase j oints aux Lettres de Sévère nous font donc bien augurer des publications de la Text and Translation Society. F. Nau. L. Pautignv, agrégé de l'Université. — Justin, apologies, texte grec, traduction française, introduction et index (forme le premier volume de Textes et documents pour Tétude historique du christianisme, publiés sous la direction de H. Hemmer et Paul Lejay). Paris, Picard, 1904, in-12 de xxxvi et 200 pages; 2 fr. 50. Quelques libraires-éditeurs français ont entrepris, par des voies diverses, de publier des ouvrages destinés à faciliter les études religieuses : la librairie Lecoffre publie une Bibliothèque de l'enseignement de l'histoire ecclésiastique, la librairie Roger, une Bible Polyglotte, la librairie Lethiel- leux, des dictionnaires de Théologie, d'Écriture sainte et de Liturgie, la librairie Didot facilite la publication des Patrologies syriaque et orientale entreprise par M*^'" Graffin à l'aide de ses seules ressources. La librairie Picard, bien connue aussi dans le monde scientifique, vient de commen cer une réédition des documents patristiques les plus importants pour l'étude historique du christianisme. Une telle collection, de format com- mode, de prix abordable à toutes les bourses et bornée aux ouvrages les plus importants, est indispensable aux étudiants, et la preuve en est qu'il en existe déjà un certain nombre en pays étrangers. Hurter a publié les ouvrages patristiques les plus intéressants pour servir de base aux études théologiques (1); G. Kriiger, professeur à Giessen, a fait publier les apolo- gies de Justin, les Pères apostoliques et des ouvrages de Tertullien, saint Augustin, Léonce de Néapolis, saint Clément d'Alexandrie, Grégoire le Thaumaturge, etc., sous le titre général : Sammlung ausgewàhlter kirchen und Dogmeitgeschichtiicher quellenschriften ah Grundtage fur Seminarûbungen (2). En Italie, on publie une Bibliotheca sanclorum Palrum, Iheologiae tironibus et iiniverso clero accommodata qui annonce, comme cinquième volume des Pères apostoliques, le Pasteur d'Hermas et les fragments de Papias (3). Enfin en Angleterre nous trouvons les Cambridge Patristic Texts dont le troisième volume (saint Denys d'Alexandrie) a paru {\) Sanctorum Palrum opuscula selecla, ad usum praeserlini studiosorum theologiae, edidit etcommentariis auxil, H. Hurter S. J. OEniponti. Cette collection ne publie pas les textes grecs, mais donne seulement leur traduction latine. ("2) Librairie Molir (Paul Siebeck), Leipzig. Les prix des volumes vaiient, suivant l'épais- seur, de 1 fr. 25 à 5 francs. (3) Rome, 1905. BIBLIOGRAPHIE. 217 l'an dernier (1). Il faut savoir gré à M. Picard de vouloir doter la France d'une collection analogue qui comprendra l'Histoire ecclésiastique d'Eu- sèbe, l'Apologie d'Athénagore, les Stromates de Clément d'Alexandrie, les Pères Apostoliques, etc., etc. Les deux Apologies de Justin ont été publiées et traduites en français par M. l'abbé Pautigny, agrégé de l'Université, professeur de seconde à l'institution Saint-Cyr, à Nevers, dont nous avons pu admirer jadis la claire et très vive intelligence. Saint Justin, né à Sichem (Naplouse), en Judée, vers l'an 100 (cette date est d'ailleurs purement hypothétique), se serait converti au christianisme vers 133, aurait composé sa première Apologie vers 150 et aurait été mar- tyrisé à Rome de 163 à 167. « La composition, chez saint Justin, est très défectueuse. Le plan est lâche et manque de logique... La langue est souvent incorrecte, les phrases sont longues, péniblement construites, surchargées d'incidentes, de parenthèses, de renvois, d'un style généralement terne et mono- tone... » L'importance dogmatique et exégétique de ses écrits est par contre considérable, comme M. Pautigny le montre doctement pp. xvii-xxiii de son Introduction, où il énumère les dogmes qui y figurent de manière très explicite. Ils sont donc indispensables à quiconque veut étudier le christianisme au point de vue historique. Les directeurs de la collection, MM. H. Hemmer et Paul Lejay, nous avertissent au commencement qu'ils s'interdisent de faire un travail cri- tique. Ils reproduiront le meilleur texte connu en V accompagnant d'indica- tions sur l'état de la science et sur les progrès qui peuvent rester à accomplir. Notre charmant collègue, M. Paul Lejay, qui manie depuis si longtemps l'arme de la critique avec une virtuosité redoutable à ses victimes, nous permettra à coup sur de lui présenter quelques observations. 11 les accueil" lera du moins avec la longanimité que le triomphateur romain montrait à l'égard des critiques de ses soldats. Nous croyons d'abord qu'une publication ayant à .sa tète des auteurs et au-dessus des auteurs deux directeurs, ne peut pas se borner à « repro- duire le meilleur texte connu », sinon il suffirait à la librairie Picard, pour reproduire les textes, de s'assurer d'un traducteur et d'un bon prote. Les éditeurs semblent d'ailleurs l'avoir senti, car, en dépit de leur aver- tissement, ils ne se sont pas bornés à reproduire la meilleure édition, qui leur a paru être celle de M. G. Kriiger mentionnée plus haut, mais y ont apporté quelques corrections (Introduction, p. xxviii-xxxiv) dues pour la plupart à M. Paul Lejay; pourquoi donc, après avoir ainsi dérogé pendant quelques pages à son principe, n'a-t-il pas continué à le faire en collation- nant le ms. unique des Apologies conservé près de lui à la Bibliothèque nationale de Paris? Cette collation, — ne lui aurait-elle suggéré aucun aperçu nouveau, — lui aurait donné occasion du moins de corriger quel- ques-unes des nombreuses fautes d'impression dont l'ouvrage e.st émaillé. (1) Il est l)on (le noter que les éditeurs anglais donnent un apparat critique choisi et des notes explicatives en même temps qu'une Introduction et des Index. 218 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Nous avons voulu en effet voir ce ms. unique (1), notre but était de pure curiosité, mais nous avons été amené ainsi à collationner les quatre pre- mières pages du texte grec et notre surprise a été grande d'y relever quinze fautes d'impression, c'est-à-dire près de quatre par page (2). P p. 2, 1. 4, ipaaif) (lire : Ipaar^); 2^ 1. 18, ï[Ji£rç ('l>£rç); 3° p. 4, 1. 1, uj^ip^ste (uTcipx.£Tc) ; 4" 1.6, iJvOpwTtapsa/.sfa (àvGpwrtojtapsaxsfa) (3); 5'^' 1. 10, «TOiCTEivat {ino- xtervai) ; 6° 1. 14, à::oÔ£t)cûwvTat (àroost/.vûwvxai) ; 7"|1. 15, -pÉnov laxi (::pÉT:ov iaii); S" 1. 14 et 17, avant une virgule les auteurs mettent un accent grave /.où ou un accent aigu éauroûç, il faudrait uniformiser; 9" 1. 19, [Aovriv {[L6vr^^^)■, lO^ 1. 24, oï (o'O; 11" 1. 25, yàpTïou (yapjcou); 12'^ p. 6, 1. 3, xai (xa\) ; 1. 10, [xsv (jj.lv) ; 13° 1. 12, ÈTid (ircs't) ; 14° 1. 24, TrarrjppouvTaç (-/.aTrjyopouvtaç) ; 15° p. 8, 1. 4, xoXâÇsTS {■x.o'ki'Çzxt) ; 16" 1. 15, èvi (lv\). Signalons encore dans l'Introduction quelques phrases trop absolues, par exemple (p. xi) : Outre les éditions générales de saint Justin, il existe trois éditions spéciales des deux Apologies. Il fallait écrire : il existe trois réce7ites éditions des deux Apologies, car nous en connaissons en sus cinq anciennes éditions, citons : Sancti Justini Apologiae duae, a Carolo Ashton (grec et latin), Cambridge, 1768, et Sancti Justini martyris Apologiae, ex recensione Grabiana..., par Chr. Guil. Thalemannus, Leipzig, 1755. — De même (p. vin), au lieu de : Éditions, nous proposons de lire : principales éditions, car il en existe beaucoup d'autres ; — (p. ix) au lieu de : Édition des Bénédictins reproduite dans la Patrologie grecque de Migne, nous pro- posons de lire : Édition des Bénédictins qui a servi de base à l'édition de Migne, car Migne a pris soin de nous apprendre qu'il a collationné avec l'édition des Bénédictins « non sine fructu » une édition et une traduction publiées à léna en 1842 par C. T. Otto. Beaucoup plus grave est la phrase suivante (p. xxv) : Saint Justin n'est pas toujours un modèle d'exactitude historique. Ne fait-il pas d'Hérode un contemporain de Ptolémée Philadelphe, mort en 246 av. J.-C. (xxxi, 2-3)? // a laissé échapper d'autres menues erreurs : il cite, sous le nom de So- phonie, un texte de Zacharie (i, xxxv, 10); il fait de Jéthro, V oncle et non le beau-père de Moïse (i, lxii, 3). Ce passage, qui tend à détruire l'autorité historique de saint Justin, est (1) Grec 450. L'ancien catalogue le date de 1364, ainsi que MM. Pautigny et Lejay. Le ca- talogue Omont le date de 1363. Nous avons vu à la fin une date donnée par des signes liiéroglyphiques qui ne nous sont pas familiers et que nous n'avions pas intérêt à résoudre. (-2) Les fautes d'impression sont souvent assez nombreuses lorsqu'un auteur donne un nouveau texte et se trouve seul pour corriger les épreuves, car il lui a fallu déchiffrer, transcrire, interpréter son texte et sa patience est bien près d'être à bout lorsqu'il lui faut encore corriger trois ou quatre épreuves successives. Il ne devrait pas en être de même d'une reproduction surveillée par un auteur et deux directeurs. (3) Cette différence n'estjpas imputable à M. Lejay, mais aux précédents éditeurs qui ont modifié le ms. et ont fait passer leur leçon, sous" le nom de S. Justin, dans les diction- naires. Les deux dernières lignes de traduction, page 3, devraient être renvoyées à la page 5 où un intervalle blanc semble d'ailleurs les réclamer. Nous croyons aussi que les citations de la Bible auraient dû figurer dans un Index à part et non à l'Index des noms propres où ne devraient figurer (lue les noms cités par saint Justin ; on éviterait ainsi le mélange des noms français aux noms grecs qui fait placer Zacharie, Hébreux, Ezécliiel à des en- droits inattendus. Nous ne voyons pas non plus pourquoi Jean est en petites capitales et Jérémie en italiques, tandis que Zacharie se contente des caractères romains. BIBLIOGRAPHIE. 219 d'une gravité exceptionnelle, nous sommes heureux d'apprendre aux lec- teurs qu'ici comme précédemment il exagère et dénature un peu. Saint Justin ne mentionne pas Philadelphe, mort en 246 av. J.-C. Voici son texte (p. 59) : « Or, Ptolémée, roi d'Egypte, fonda une bibliothèque où il voulut réunir les ouvrages de tous les écrivains. Ayant eu connaissance de ces prophéties, il fit demander à Hérode qui régnait alors en Judée de lui envoyer ces livres. Le roi Hérode les lui envoya, écrits, comme je l'ai dit, en hébreu. Comme personne n'entendait cette langue en Egypte, Ptolé- mée lui fit demander de lui envoyer des savants pour les traduire en grec (1)... » — Cette liistoire, acceptée longtemps comme authentique, est aujourd'hui universellement rejetée. Elle aurait été imaginée pour donner crédit à la version grecque de l'Ancien Testament. Flavius Josèphe [Ant. jud., Xll, 11), d'après la lettre d'Aristée, suppose que Ptolémée Philadelphe demanda des traducteurs au grand prêtre Eléazar ; Justin a supposé que la traduction avait été faite sur l'ordre d'un Ptolémée (2), contemporain d' Hérode. Tous deux se trompent; on sait seulement que la version de l'An- cien Testament fut terminée avant l'an 130 av. J.-C. (3). La question du texte de Zacharie n'est pas non plus aussi claire que le croient les éditeurs. En réalité, saint Justin ne cite pas le texte de Za- charie que nous possédons. Sa citation se compose de deux parties dont la première se trouve dans S ophonie, m, 14, aussi bien que dans Zacharie, ix, 9, tandis que la seconde reproduit le texte cité par saint Matthieu, xxi, 5, d'après un prophète non désigné (4). — Si l'on ajoute que saint Matthieu lui-même (xxvii, 9) attribue à Jérémie un texte qui figure plutôt dans Za- charie, XI, 12, on comprendra qu'il est difficile de dire jusqu'à quel point se trompe saint Justin et d'où provient son erreur (5). Ailleurs (lu, 10-12), saint Justin cite un long texte de Zacharie qui se trouve à peine dans l'édition actuelle et semble emprunté aussi à divers prophètes ; il semble donc prendre beaucoup de liberté vis-à-vis des cita- tions, mais cette question est très délicate et ne peut être traitée dans une édition manuelle. Car on peut se demander si l'édition des Septante de saint Justin ne différait pas beaucoup de la nôtre puisqu'il accuse les Juifs d'avoir supprimé de nombreux passages dans les Ecritures et en donne quelques exemples (6). Comme il attribue plus loin à Zacharie (Try- phon, 53) le texte qu'il attribue ici à Sophonie, mais avec une rédaction différente, il est permis de croire que l'édition de Sophonie utilisée par saint Justin portait le texte qu'il lui attribue et faisait doublet avec Zacharie. (1) Même récit dans Cohort. ad Grsecos, 13 et Dial. avec Tryplion,'ii, mais il n'y est pas question d'Hérode que l'on pourrait donc croire avoir été interpolé ici. (-2) Ptolémée, comme Pharaon, était devenu le nom commun des rois d'Egypte. Deux (Pt. xn, 48-44 et Pt. XIV, 42-30) furent contemporains d'Hérode (— 40 à -f 1). (3) Cl". Vigouroux, Manuel biblique, Paris, 1901, t. I, n'"- 103-107.— Quelques-uns ad- mettent qu'il s'agit de Philadelphe, mais regardent le mot « Hérode » comme une addition d'un copiste. (4) Le texte de saint Matthieu ne se retrouve pour l'instant qu'en Zacharie, ix, 9, mais les différences des deux textes sont nombreuses. (5) On devine que les derniers chapitres de Zacharie (ix-xiv) ont déjà fait verser beau- coup d'encre aux critiques. (6) Dial. avec Tryphon, 71-7-2. 220 REVUE DE l'orient CHRETIEN, De même, il est vrai qu'on lit de Moïse : « Il gardait en Arabie les trou- peaux de son oncle maternel », mais cette phrase ne permet pas de conclure qu'il fait « de Jéthro l'oncle et non le beau-père de Moïse », car Jéthro n'est pas nommé et surtout Voncle peut être en même temps beau-père, comme il est arrivé à Laban vis-à-vis de Jacob. Il y grande ressemblance entre la rencontre de Jacob et de Rachel {Gen. xxix, 2-13) et celle de Moyse et de Séphora [Exode, u, 15-20). Terminons par une remarque sur le texte grec : nous croyons que l'on doit supprimer le mot îôv (p. 2, 1. 8) et conserver seulement eTçaùxâiv, car c'est la leçon du ms. et c'est encore la leçon qui figure au folio 1 de ce ms. dans la citation d'Eusèbe. Le mot îàv a été pris dans certaine édition d'Eu- sèbe (par exemple éd. Teubner, Leipzig, 1871, IV, xii), mais il ne figure pas dans l'édition y«'mcejw donnée par Robert Etienne (Paris, 1544, fol. 36') ni dans la dernière édition (Berlin, 1903, p. 326). Il est donc à supprimer. Notons de plus que le ms. ponctue ainsi : IIup(aç riaXaiativr]? zXc,, aùxCiv tïjv 7rpoaçwv7](jtv... Le scribe a songé évidemment à la Palestine première dans laquelle se trouvait Sichem (Naplouse). Cf. Georges de Chypre, Lipsiae, 1890, p. 51. Enfin nous souhaitons grand succès à la collection entreprise par la librairie Picard et nous prions nos lecteurs de ne voir dans nos critiques que le désir de lui être utile en signalant quelques-unes des négligences laissées dans cet ouvrage pour que les directeurs les relèvent toutes, les fassent figurer en errata à la fin de l'un des volumes suivants et donnent plus d'attention à la correction des épreuves qui est en somme leur unique travail s'ils entendent toujours se borner à « reproduire le meilleur texte connu pour présenter aux lecteur.s des textes sûrs ». F. N.\u. Gaston le Hardy (ancien pèlerin). Histoire de Nazareth et de ses sanctuaires, étude chronologique des documents, in- 12 de xvi-238 pages, à la librairie Lecoffre, Paris, 1905, 2 fr. 50. Cet ouvrage raconte l'histoire de Nazareth du i^"" au xx*' siècle en nous donnant en particulier la traduction de toutes les notices consacrées à cette ville par les divers pèlerins. L'auteur n'ajoute de lui-même que les lignes nécessaires pour faire connaître et apprécier les extraits qu'il cite et pour combler leurs lacunes à l'aide de l'histoire générale. Nous pouvons donc appeler son ouvrage un Guide historique qui nous montre le déve- loppement et la localisation des pieuses légendes que les guides répètent aux voyageurs. Qui donc voudrait qu'à ces enfants du Christ (aux pèlerins), quand ils deman- dent le pain de la vérité (Matth., vu, 9), on n'offrit que de décevantes légendes nées de traditionnelles imaginations, et de pieuses rêveries combinées dans les récits d'une longue suite de guides et de drogmans, dont les plus anciennes origines s'arrêtent certainement à plusieurs siècles de di.stance des faits auxquels ils prétendent ajouter des détails ! BIBLIOGRAPHIE. 221 En les écoutant avec un naïf rocueillement, les pèlerins pieux et confiants croient naturellement entendre la voix de la tradition autorisée de l'immuable Orient, où on leur a dit que rien ne changeait jamais. Hélas! dans l'immobile Orient, théâtre maintes fois bouleversé de révolutions formidables, au milieu de tant de ruines accumulées sous le sol, il y a quelque chose qui semble subsister sans changement, à tout le moins depuis la suprême dispersion des Juifs. C'est l'àpre amour du gain et du bakchich. Malgré tous les prodigieux mélanges de toutes les races dont procèdent les Syriens et spéciale- ment les Palestiniens d'aujourd'hui, il semble qu'une sorte d'influence endé- mique ait gardé la tradition d'exploiter les souvenirs, en les débitant aux étran- gers. Comme ceux-ci sont avides de voir où se sont accomplis les mystères divins, ceux-là sont empressés de les localiser en les détaillant de leur mieux. En cette terre de miracles, ils n'hésitent guère à montrer, un peu partout, des marques miraculeuses pour appuyer leurs récits. L'auteur n'entend blâmer que les localisations exagérées, par exemple Adricomius (f 1590) raconte qu'à l'endroit où les Juifs voulurent précipiter Notre-Seigneur de la montagne, « tout à coup, au contact de ses vêtements, les rochers cédèrent, et comme ime cire fondue et liquéfiée firent un certain repli où le corps du Seigneur put trouver place et abri, et c'était assez grand pour le recevoir tout entier. Là, aujourd'hui sont restés toutes les lignes et les plis des vêtements que le Seigneur avait sur le dos, et aussi les vestiges de ses pieds, comme si un sculpteur les y eût taillés ». C'est là le grand intérêt de ce livre, de montrer l'apparition des légendes, tandis que les aventures, ou plutôt les mésaventures, des pèlerins lui donnent par endroits (cf. p. 142-150) le charme de ces histoires de voyages si goûtées de la jeunesse. Le texte latin des anciens pèlerins est cité au bas des pages (Cf. supra, p. 162-163). F. Nau. LIVRES NOUVEAUX. ~ 1. Rev. G. U. Pope, M. A. D. D. A Handbook of the ordinary dialect of the Tamil Language Part. III. A compen- dious Tamil-English Dictionary, 1" édition, Oxford, 1905, Claren- don press, 5 sh. net. Dans cette troisième partie de son manuel, l'auteur donne un lexique tamoul-anglais de la langue vulgaire; tous les mots, nous dit-il, sont d'un usage courant, il a exclu la plupart des mots empruntés au Haut- Tamoul. Ces derniers se trouvent dans un autre lexique déjà édité par le même auteur. A l'occasion de la plupart des mots, M. Pope renvoie aux paragraphes des deux premières parties du manuel où ils sont expliqués ou analysés ou simplement cités. L'impression est très soignée, car les éditeurs ont employé deux caractères différents aussi bien en tamoul qu'en anglais, le plus gros pour les racines et le plus petit pour les dérivés. Le succès chez nos voisins de ce livre qui atteint sa septième édition nous est une garantie de sa valeur et nous sommes heureux de le signaler aux rares Français adonnés à l'étude de cette langue asiatique. 222 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. I. — Le P. Barnabe Meistermann (d'Alsace), 0. F. M. — Le prétoire de Pilate et la forteresse Antonia, avec 32 illustrations en photogravure dans le texte et hors texte, 8" de xxiii et 251 pages ; Paris, Picard, 1902. IL — La patrie de saint Jean-Baptiste avec un appendice sur Arimathie, avec 27 illustrations ou photogravures dans le texte et hors texte et une mosaïque en chromolithographie, 8'^ de vui et 290 pages ; Paris, Picard, 1904. III. — Le P. Urbain Coppens, 0. F. M. — Le palais de Caiphe et le nouveau jardin saint-Pierre des Pères Assomptionnistes au mont Sion (avec plans et figures), 8°, 96 pages, Paris, Picard, 1904. Les Pères Franciscains, «'gardiens sept fois séculaires des lieux saints », ont pris à cœur de décrire et de défendre les antiques sanctuaires de Pa- lestine. I. Dans son premier ouvrage, le P. Barnabe s'attache à démontrer que le prétoire de Pilate était situé dans la forteresse Antonia et non pas dans le palais de Caïphe au mont Sion. Cette seconde tradition, qui n'eut pas d'ailleurs bien longue vogue, provenait, dit le P. Barnabe, de la leçon fautive d'une famille de mss. qui portent : Adducunt ergo Jesiim ad Cai- pham inprœtorium (Jean, xviii, 28) au lieu de « on conduit Jésus de chez Caïphe dans le prétoire ». Cette leçon, qui subsiste encore dans l'Evan- gile de Verceil, fut connue de saint Augustin et réfutée par saint Thomas. La première partie est surtout archéologique et montre que l'étude du terrain et l'ancienne histoire ne s'opposent pas à la localisation du prétoire de Pilate dans la Tour Antonia dont on vient encore, semble-t-il, de dé- couvrir une cour pavée, La seconde partie nous fait connaître la tradition relative au prétoire de Pilate, depuis les premiers siècles jusqu'à nos jours. II. Dans le second ouvrage, le P. Barnabe recherche la patrie de sainte Elisabeth et de saint Jean-Baptiste. Il expose et critique d'abord un certain nombre de traditions ou d'hypothèses qui la placent à Macherus, Sébaste, Bethléem, Jérusalem, Hébron, Youttâh, Juda en Nephtali, Beth-Zacharie et Beth-Cha'ar. Nous ne croyons pas non plus qu'on ait placé à Sébaste la naissance de saint Jean-Baptiste; on y conservait ses reliques avec celles du prophète Elisée au V^ siècle. Aux citations du P. Barnabe, ajoutons ce texte des Plérophories, ROC. 1898, p. 345-346 (p. 37 du tirage à part) : Un fait analogue se passa à Sébaste, en Palestine, où est conservé le corps entier de Jean-Baptiste. Le bienheureux Constantin qui était gai'dien de l'église au temps de concile (de Chalcédoine) était favorisé en tout temps des apparitions de Jean-Baptiste. Il y avait dans le temple un endroit orné de grillages où étaient deux châsses enrichies d'or et d'argent devant lesquelles brûlaient perpétuelle- ment des lumières, l'une était celle de saint Jean-Baptiste et l'autre celle du prophète Elisée; un trône sur lequel personne ne s'asseyait était placé dans ce même endroit... BIBLIOGRAPHIE. 223 Ce récit nous montre l'état de la tradition depuis le concile de Chalcé- doine (441) jusque vers Tan 515 où furent écrites les Plérophories. Le P. Barnabe propose ensuite sa solution qui place la patrie de saint Jean-Baptiste à Aïn Kàrem ou S. Jean in Montana, à une lieue et demie de Jérusalem à l'ouest. Il rapporte toute la tradition relative à ce village, elle est remarquablement riche à partir du moins du xui^^ siècle. Enfin dans un appendice il identifie Arimathie avec Ramléh (près de Lydda), suivant l'antique et constante tradition. III. C'est ici surtout un ouvrage de polémique contre les Pères Assomp- tionnistes. Le P. Coppens, 0. F. M., les accuse d'avoir identifié le palais de Caïphe avec la grotte où saint Pierre alla pleurer sa faute et d'avoir trans- porté le tout dans une propriété leur appartenant depuis peu. Les amateurs liront le présent ouvrage du P. Barnabe et la réponse des Assomption- nistes parue dans le numéro de novembre 1904 des Échos d'Orient (p. 372-379). SOMMAIRE DES REVUES 1. Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, cahiers 1 et 2, 28 février 1905 : I (p. 1-280). Max Freiherr von Oppenheim et Hans Lucas. Griechische und lateinische Inschriften ans Syrien, Mesopotamien und Kleinasien. — '1, II. ]MriXi6:îouXoç. 'E;ïtypaœa1 dtvé/.ootot. — W. Fritz. Unechte Synesios briefe. — F. Graebner. Eine Zozimosquelle. — A. Heisenberg. Kaiser Johannes Ba- tatzes der Barmherzige. Eine mittelgriechische Légende. — k. IIa;:aô6TOuXoç KepajAsûç-, 'Pwfiavbç xal'Iwavvrjç Aa[xaaxr]V(5;. — P. N. PapageORGIU. Zu Manasses Hodoiporikon. — J.Draseke. Jiws dem Athen der Acciaiuoli. — IIspivcX^ T.Zsp- XévT»]?. 0EWVCC; 6 kr^b fjyoujjLÉvwv •/a\ Maxâpioç 6 Za/.ûvOio; tîp/ i£;:(ay,o;coi OeaaaXovi/.Éwv, «tp// — ^atpx.O'. — K. Praechter. Zur Geschichte der Regenwunderlegende in byzanlinischer Zeit. A, lia;:. KepajAsûi;. 'Avuj:apî4X0(; /.CJôtÇ Map(ai; paatXfaarjç tou 800 'sTouç. — A. n. K. Etç là (jii)(^o[ji£Tptxà TOU Graux. — K. Praechter. Lexicis addenda. — Th. Preger. Studien zur Topographie KonstantinopeU. — II (p. 281-300). Comptes rendus. — III (p. 301-408). Bibliographische No- tizen und kleinere Mitteilungen (Indication et souvent analyse des publica- tions récentes disposées par lieux communs). 2. Analecta Bollandiana. T. XXIV, fascicule 1. — A. Poncelet. Les saints de Micy (Appendix : I. Vita sancti Viatoris confessoris. — II. Le manuscrit de Paris. B. N. latin 5366). — Mg"" L. Duchesne. Sur la transla- tion de saint Austremoine. — Bulletin des publications hagiographiques. Fascicule 2. — H. Delehaye. Catalogus codicum hagiographicorum graeco- rum bibliothecae D. Marci Venetiarum. — J. de Guibert. Saint Victor de Césarée. — Bulletin des publications hagiographiques. — A. Pon'CELET. Catalogus codicum hag. lai. bibliothecarum Bomanarum praeterquam. Va- ticanae. 1. Codices archivi basilicae sancti Pétri in Vaticano. 3. Revue biblique. Avril 1905. Communications de la Commission pon- 224 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. tifîcale pour les études bibliques. — M. A. Van Hoonacker. Notes d'exégèse sur quelques passages difficiles d'Amas. — R. P. Lagrange. Le Messianisme dans les Psaumes. — M. Hyvernat. Le langage de la Massore. — Mélanges. — Chronique. — Recensions. — Bulletin. Le Directeur-Gérant F. Charmetant. Typographie Firmin-Oidol et C". — Paris. L'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE Un document officiel permet de reconstituer, du moins par- tiellement, l'état de l'Église orientale au moyen âge et les con- ditions dans lesquelles elle se trouvait avec Rome au point de vue de la « protection apostolique ». Ces données sont renfer- mées dans le Liber censuum Romance Ecclesiœ, dont la publi- cation, entreprise par un ancien membre de l'École française de Rome, M. Paul Fabre, est présentement continuée par M^' Duchesne. Dès son apparition, en 1889, les périodiques les plus en vue s'empressèrent de constater l'importance de ce Livre censier. Les quatre fascicules parus depuis cette date, déjà presque lointaine, font désirer de plus en plus l'achèvement de cette publication. Comme preuve de cette importance, la Bévue des questions historiques voulut bien insérer deux articles, qui nous furent suggérés, et les matériaux fournis par ce Regestum censuale, à savoir : La protection apostolique au moyen âge et Le Cens pontifical dans l'Église de France (1). C'est ce même travail que nous entreprenons ici pour l'Orient latin. Sur cette contrée les renseignements se trouvent bien moins nombreux que pour certaines autres parties de la catho- licité; mais, tels qu'ils sont consignés dans cet ouvrage (2), ils n'en seront pas moins une contribution intéressante pour l'his- toire ecclésiastique orientale. Soit la reproduction du texte même (1) Voir Revue dex questions hisloriqiies, an. 1002, t. LXXII, p. 5-60; an. 1904, t. LXXV, p. 5-73. (2) Le Liber censuum de l'Église romaine, publié avec une préface et un commen- taire par M. Paul Fabre; grand in-1", l'asc. Il, p. 237--240. — Pai-is, Fontemoing-, 1901. ORIENT CHRÉTIEN. 15 226 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. avec la traduction, soit l'analyse et le développement des notes et commentaires ajoutés- par le savant' éditeur, feront connaître aussi bien les cadres de l'épiscopat latin en Syrie et en Pales- tine, que les redevances payées au siège apostolique par les diocèses et les communautés du rite latin. Avant d'entrer dans cette nomenclature, disons comment elle fut dressée et a pu arriver ainsi jusqu'à nous. I. — LES REGISTRES CENSIERS DE L EGLISE ROMAINE. Vers la fm du v' siècle, par les soins du pape Gélase, fut établi un regestum ou sommier des cens, état des revenus que le Saint- Siège tirait des propriétés de l'Église, groupés en massœ et en patrimoines. Ce registre, corrigé à fond, un siècle plus tard, par saint Grégoire le Grand, fut tenu continuellement à jour. « Plus tard, lorsque cette dotation foncière eut disparu, soit par la répartition des propriétés entre les divers établissements ecclé- siastiques de Rome, soit par la confiscation des patrimoines, soit par l'eniphytéose et l'inféodation, la caisse pontificale fut obligée de s'alimenter autrement. Elle compta avant tout sur les cens dont furent grevés à son profit les établissements religieux des divers pays de la chrétienté. Ainsi se constitua une nou- velle dotation, aussi importante par son principe que par ses résultats. De nouveaux livres censiers furent établis : ils conte- naient, non plus comme les anciens, un état des revenus tirés des propriétés foncières, mais le tableau des droits à prélever annuellement (1) sur les établissements frappés de cens. « Il est possible de remonter jusqu'au temps de Grégoire VII la série de ces livres censiers ; mais le premier qui nous soit parvenu dans sa forme propre et originale, isolé de toute com- pilation postérieure, c'est celui qui fut dressé en 1192 parle maître de la Chambre apostolique, Cencius, auquel le surnom (le Camerarius est resté, bien qu'il soit parvenu plus tard aux plus hauts degrés de la carrière ecclésiastique et même à la (1) En disant annuellement, l'éditeur dont nous citons cet extrait, commet une légère erreur. Il est dans ce registre quantité de cens qui ne se prélevaient que tous les deux, trois ou même cinq ans. b'ORIENT LATIN CENSITAIRE DU SAINT-SIÈGE. 227 papauté, sous le nom d'Honorius III (I21G-1217). Le manuscrit original de Cencius existe encore; il est conservé suus le n'' 8486 à la bibliothèque du Vatican. Il contient : P le tableau des diocèses de la chrétienté tout entière avec l'indication des éta- blissements qui doivent, dans chacun d'eux, un cens à l'Église romaine, et la quotité du cens, exprimée suivant les divers sys- tèmes monétaires alors en usage; 2° un recueil de pièces rela- tives à l'origine de ces cens et aux autres temporalités de l'Église romaine. « Il était indispensable qu'un tel livre fût tenu à jour par des adjonctions successives. Cencius l'avait prévu. Dans son ta- bleau des diocèses ou Provincial, il avait ménagé de larges blancs pour que l'on pût y inscrire les nouveaux cens au fur et à mesure qu'ils s'établissaient. Ces adjonctions se produisirent en effet d'année en année, comme on peut s'en assurer en no- tant la différence des écritures (I). » — Telle est l'économie du Liber censuum, mine qui va fournir les matériaux de cette étude. II. — l'orient CENSITAIRE ROMAIN. Le Provincial, tableau des diocèses d'Orient dressé sur la fin du xii' siècle, mais d'après des actes bien antérieurs, est dési- gné par le rédacteur Cencius sous le titre : ultramare, « l'Église d'outre-mer ». De bonne heure cette partie de la catholicité dut, comme l'Occident, contribuer pour sa part à l'entretien du Saint- Siège, soit par des impositions pécuniaires ou en nature, soit par des libéralités bénévoles qu'inspiraient l'ardeur de la foi et l'attachement au trône pontifical. N'est-ce pas en Orient, à An- tioche, que le chef de l'Église avait établi la première chaire apostolique! — Pour l'Orient aussi vinrent de funestes époques, surgirent de malheureuses circonstances où les individualités, les monastères, les églises et diocèses eurent à réclamer l'appui du pontife suprême. Guerres, invasions, domination des Huns et des Arabes, schismes, hérésies, en désolant ces contrées et les faisant passer sous des maîtres qui les ruinaient matérielle- ment et moralement, firent jeter des cris de détresse vers Rome. (1) Extrait do VAvh sur feuille détachée placé par réditeur eu tète du pre- mier fascicule du Liber cexsuuii. 228 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. La papauté s'en émut si bien, qu'elle suscita, suivant l'expres- sion d'un contemporain de ces grands événements, « l'entraî- nement divin avec lequel l'Europe se précipita sur l'Asie». Les croisades donnèrent la mesure de la « protection » que le Saint-Siège voulait assurer aux populations orientales asser- vies sous le joug de l'islamisme et de la barbarie. On sait que la première de ces expéditions eut pour résultat la fondation du royaume chrétien de Jérusalem, de la principauté d'Antioche et du comté d'Édesse, en 1099. Et, tandis que Cencius rédigeait son Liber, Saint-Jean d'Acre tombait au pouvoir des Croisés de la troisième expédition (1191), conduite par le roi de France Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre. Or, c'est le cadre de l'épiscopat latin en Syrie, tel qu'il était à cette époque, que reproduit le Registre caméral. Alors étaient établis les deux patriarcats de Jérusalem et d'Antioche, ayant chacun les quelques archevêchés et évêchésque la papauté, mal- gré les luttes des Grecs, avait réussi à établir depuis l'entrée des chrétiens et des soldats d'Occident. Postérieurement à la rédac- tion commencée par lecamérier Cencius, nous trouverons quel- ques dépendances du patriarcat de Constantinople. Dans le ressort du patriarcat de Jérusalem se mouvaient quatre archevêchés : Tyr, Césarée, Nazareth etPetra; plus neuf évê- chés : Hébron, Lydcla, Ascalon, Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre), Sidon, Beyrouth, Panéas, Sébaste et Tibériade. Du patriarcat d'Antioche relevaient six archevêchés : Tarse, Édesse, Aparnée, Héliopolis, Cyr et Mamistra, plus six évê- chés : Laodicée, Gabala, Tortose, Tripoli, Biblos et Valanée. Avec le registre censier voyons chacun de ces établissements diocésains, dans l'ordre où ils sont inscrits. Aux indications, consignées là à diverses époques, nous ajouterons les explica- tions historiques et les identifications correspondant aux titres actuels de ces contrées ou centres ecclésiastiques. 1° Patriarcat de Jérusalem. Avant l'entrée des Croisés, cet ancien patriarcat comprenait trois provinces métropolitaines : Césarée, Scythopolis QiPetra. Dans la rédaction du camérier Cencius et pour les époques sui- l'orient latin censitaire du saint-siège. 229 vantes qui peuvent s'étendre jusqu'à la fm du xv® siècle, date extrême du Liber censimm, on trouve les quatre métropoles que nous avons citées. Jerosolomitanus patriarchalus habet sub se hos metropolos inferius adnotatos, écrit le rédacteur, et il en insère les titres officiels, après la série des espaces lais- sés en blanc, dont il a été question ci-dessus. Ces titres décu- rie sont ainsi libellés : In archiepiscopatu Tijrensi; — In archiepiscopatu Cesaree ; — In archiepiscopatu Nazaree ; — In Petracensi archiepiscopatu. Le premier évéque de Jérusalem avait été l'apôtre saint Jac- ques le Majeur; le siège patriarcal créé en 325, cessa en 1009. A partir de cette époque il y eut des patriarches effectifs (rési- dentiels) jusqu'en l'année 1191 ; puis ceux-ci ne furent plus que titulaires. Tel qu'il est aujourd'hui ce patriarcat fut constitué en 1848 par le partage du vicariat apostolique d'Alep, dont on détacha la Palestine et l'île de Chypre. Les catholiques grecs- melchites dépendent de l'évêque de Ptolémaïs (Saint-Jean d'Acre); les maronites appartiennent, les uns à l'évêque de Tyr et Sidon, les autres à l'évêque de Chypre. Antérieurement à l'année 1192 le patriarche de Jérusalem n'avait pas de ressort spécial; au temps de Cencius trois suffra- gants en dépendaient directement. Ce trésorier l'atteste ainsi : Suffraganei sui sunt episcopi subsequenter notati, à savoir : d'Hébron (Ebroensi), de Lydda {Lidensi) et d'Ascalon ou Beth- léem [Ascha/onensi qui etiam Bethleemitensis est). Aucun de ces trois diocèses ne paraît avoir eu de censitaires apostoliques, ou du moins il n'est fait mention, à leur sujet, ni d'offrandes, ni de cens. Le fait de leur inscription au Liber prouve néanmoins la mise en tutelle de ces diocèses sous le pon- tife romain. Seul, dans la dépendance du patriarcat, le monastère dé- nommé Sainte-Marie de la vallée de Josaphat paLyâit annuelle- ment au Saint-Siège « une once d'or : Monasterium sancte Marie de valle Josaphat débet annuatim I unciam auri ». Cette abbaye avait été fondée sur le lieu considéré comme tom- beau de la sainte Vierge, peu de temps après la prise de Jéru- salem par les Croisés (1). Le cens fut fixé par bulle du pape (l)Cf. Charles de Terre sainte, parFr. Delabordo, dans la Bibliolhèquc des Écoles d' Athènes et de Rome, t. XIX. 230 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Innocent II, datée du 5 avril 1142; mais déjà en 1113 le pape Pascal II avait délivré un privilège d'exemption à ce monastère. D'après le texte du document pontifical qui fixe la redevance, on voit que c'était bien une rente récognitive de la « protection » accordée par le Saint-Siège. Il y est dit : « ad inditium autem percepte hujus a Romana ecclesia libertatis auri unciam nobis nostrisque successoribus annis singulis persolvetis (1) ». — Quoiqu-e inscrit à l'année 1 142, ce cens payé par le monastère Sainte-Marie ne fut inscrit dans le livre censier que bien après Cencius; il paraît n'avoir été inséré qu'à la troisième époque de ce registre, c'est-à-dire postérieurement à l'an 1236 (2). P HÉBRON {episcopatus Ebronensis), désigné dans différents actes sous les variantes Chebronensis, Hebronensis, Eleuthe- riopoleos ou Sancti Abraham, à cause du tombeau de ce pa- triarche; autrefois aussi Arbé ou Cariath-Arbé, aujourd'hui Abre- Ibrahim, et El-Kalil (le bien-aimé). Ce n'est plus main- tenant qu'un des sièges titulaires que le pape confère sous le titre û'in partibus infidelium. Depuis le 3 mars 1882 un décret de la S. Congrégation de la Propagande a supprimé cette der- nière dénomination, et tous ces évêchés sont dits titulaires, à la différence des autres qu'on appelle résidentiels. Celui d'Hébron fut donné en 1883 à un prélat grec-bulgare. Il n'y avait pas eu d'évêque avant les croisades. Le premier qui y fut établi à l'érection du siège remonte à l'année 1167, d'après Guillaume de Tyr, dans son Histoire des croisades (xx, 3) (3). Pas de censitaire mentionné dans ce diocèse, pas plus, du reste, que pour les trois autres qui vont suivre, ainsi que nous l'avons observé plus haut. 2° Lydda {episcopatus Lydensis). Comme le précédent est un des sièges titulaires et qui fut conféré en ces derniers temps à l'auxiliaire de Cambrai, M^'' lAlonnier. Il relève de la métropole (1) Jaffe, Regesla Pontif. rom., n"* 6376 et 8223. Pour ce même monastère, bulles d'Eugène III, n° 8718; d'Athanase IV, 9847 et Hadrien IV, 10004. (2) Une fois pour toutes, nous observons que l'éditeur du Liber a eu le soin d'indiquer, par l'emploi de caractères typographiques différents, les insertions qui y furent faites à diverses ('poques. Il y a la rédaction même de Cencius, ou de première main ; puis les cotes écrites après 1102 et jusqu'en 1230: enfin toutes les autres adjonctions postérieures à cette date et dont les plus récentes sont de la fin du xv siècle. (3) Cf. Patrologie latine, édit. IMigne, t. CCI. l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 231 de Césaréc de Palestine. Cet évèché, selon rhistorien Guillaume de Tyr (vu, 22), fut érigé en 1099, peu de temps avant la prise de Jérusalem par les Croisés, et le siège était alors à //r^«?/^V^ ou Ramla et Rama. La nouvelle fondation, faite sous le vocable de S. Georgii Liddensis, dans l'ancienne Diospolis, fut déter- minée par le culte de saint Georges qui avait là son principal sanctuaire. Aussi l'évêque de Lydda porte-t-il souvent dans les actes le titre de episcopus S. Georgii. Cette ville, jadis dans la Palestine P% est dénommée présentement Ludd ou Loddo dans la Turquie d'Asie. Sur ce point saint I*ierre guérit un paralyti- que. On y voit une belle église dédiée à saint Georges qui, dit-on, y souffrit le martyre. 3° AscALON {episcopatus AscJialonensis qui etia)n Bethlee- me;?s?s fs^). Un siège épiscopal fut donné à Bethléem en 1110. Lorsque le roi Baudouin III se fut emparé d'Ascalon, en 1153, le patriarche de Jérusalem tenta d'installer dans la ville conquise un évèché indépendant, en le détachant de la juridiction de l'évêque bethléémite ; mais celui-ci réclama et finit par obtenir l'union de ce siège avec le sien (Guillaume de Tyr, xvi, 30). De là, pour cet évèché l'appellation tantôt d'Ascalon, tantôt de Bethléem. On le trouve aussi désigné sous la dénomination de Majumœ-Ascalonis. — Les Croisés avaient défait les infidèles à Ascalon en 1099; le sultan Bibars détruisit la ville en 1270. On comprend que le cens apostolique ne fut pas de longue durée dans ce milieu, si tant est qu'il y fut même appliqué. Présente- ment Bethléem est siège purement titulaire uni à l'abbaye Saint-Maurice en Valois ; auparavant il était attaché à un hôpital de Clamecy, en Nivernais. 4° Tyr {archiepiscopatus Tyrensis). Aujourd'hui siège métro- politain, simplement titulaire, du rite grec-melchite et syro- maronite, qui a pour sufiragants : Arados, Biblos, Botri, Cé- sarée, Orthose, Panëas, Porphijre, Sarepta etSidon. Cette province métropolitaine fut érigée par lettres apostoli- ques de Pascal II, en date du 8 juin 1111. Le pape informa alors le patriarche de Jérusalem et le roi Baudouin que toutes les villes conquises ou à conquérir relèveraient du patriarche pour le spirituel. Mais, comme la sphère d'action du roi de Jérusa- lem devait inévitablement s'étendre au delà des limites de ce patriarcat, le patriarche d'Antioche signala au souverain Pontife 232 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. les torts qui lui seraient, faits à lui-même. Le pape se rendit à ces considérations, et par lettres du 18 mars 1113, il atténua la portée de sa première décision (]), Quelques années après, Tyr fut assiégée. Sans attendre la reddition de la ville, le patriarche de Jérusalem se hâte de consacrer un archevêque pour cette ville : Odon, qui mourut avant la fin du siège. La ville prise par les Croisés, en 1124, resta sans pasteur pendant quatre ans. Le pape Innocent II décréta, en 1138, que ces métropolitains de- meureraient dans l'obédience de Jérusalem. Ceux-ci réclamèrent les quatorze sièges suffragants qui jadis relevaient de leur mé- tropole. On ne put en rétablir que six : Saint-Jean d'Acre, Sidon et Beyrouth, dans le royaume de Jérusalem ; Biblos, Tri- poli et Tortose (Antaradus), dans le comté de Tripoli. Le pape Honorius II les attribua à la nouvelle métropole latine, et, en 1139, Innocent II confirma cet état de choses. Malgré ces décisions, le patriarche d'Antioche garda dans sa juri- diction les suffragants de Tyr au nord de Beyrouth. Tyr, ville métropolitaine ecclésiastique, devint en I29I la proie des Mamelucks d'Egypte qui la détruisirent; dès lors, plus de protection apostolique, par suite plus de cens pontifical, dont pas une seule trace n'est restée, même antérieurement dans le registre des finances. — Elle est actuellement sous la domina- tion des Turcs Ottomans, et s'appelle Sour. 5° Saint-Jean d'Acre {episcopatus Aconensis) ou Ptolémaïs, avec parfois la variante orthographique Achonnensis et ^cco- nensis. Actuellement dans le patriarcat d'Antioche du ritegrec- melchite, et simple siège titulaire. A la suite du mémorable siège entrepris par les Croisés et qui dura vingt-deux mois (1 189-1191), cette ville devint la capitale du royaume de Jérusalem, et fut pendant un siècle le centre de la puissance et du commerce des chrétiens d'Orient. En 1I9I un des établissements religieux de cette cité comptait parmi les censitaires apostoliques. C'était l'hôpital (neuf) placé sous le vocable de la sainte Vierge. Il payait annuellement au Saint- Siège la rente de « deux marobotins », mon'naie des Arabes d'Espagne. Cette redevance dans la première rédaction du re- (1) Voir ces pièces dans Guillaume de Tyr, xi, 28; aussi bien dans les Regesta Ponlif. rom., de Jaffe, n-^ 6297, 6298, 6343 et 6344. l'orikxt latin censitaire du saint-siège. 233 gistre est ainsi inscrite : Hospitale novuui sancte Marie duos inaraboiinos. Dans les additions faites entre les années 1192 et 1236 est signalée comme censitaire l'église dédiée à saint Thomas mar- tyr et à saint Georges de Sisto. Tous les ans le prieur devait payer au Saint-Père « deux sarrazins », pièces de monnaie musulmane ou mauresque : Ecclesia sancti Thomœ mar- tyris et sancti Georgii de Sisto singuiis annis II sarracenatos. Inscrite seulement au xiii'' siècle, cette redevance était bien antérieure. Le pape Innocent III dans une lettre adressée au prieur de cette église, signale le fait pour lequel son prédéces- seur Alexandre III, qui siégea de II 59 à II8I, accepta la tu- telle et la redevance récognitive (I). Ce pape avait accordéau dit prieur l'usage des insignes épiscopaux et pris l'établissement et ses dépendances sous son patronage. Pour cela, écrivait-il, « ad indicium protectionis ac libertatis duos sarracenatos per- solvetis ». Cet établissement était un hôpital anglais situé dans le quartier de Montmusart, au nord de la ville (2). Ainsi les compatriotes de l'illustre martyr de Cantorbéry, Thomas Becket, n'avaient pas tardé à se placer sous sa protection, et cet hospice dut être un des premiers consacrés à son vocable, puisque le saint archevêque était martyrisé depuis l'année 1170 seulement. Après 1236 fut enregistré un autre censitaire romain, du même ressort de Saint-Jean d'Acre : « l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem ». Date et origine de la redevance à payer par cet établissement sont indiquées dans la cote même de l'inscription camérale. Le pape Alexandre IV déli\Ta le privilège de protec- tion et stipula le montant du cens par lettre du 8 avril 1255. Les chevaliers, qui à la prise de la ville à laquelle ils donnèrent le nom de Saint-Jean et qu'ils dotèrent d'une magnifique basilique, avaient demandé sauvegarde pour leur château fort de Krak (actuellement Kalaat-el-Hosn) dans le comté de Tripoli. A cet effet, « ad indicium concessionis », ils payaient w une livre d'or » en barre. Les deux clauses sont ainsi libellées : Hospitale sancti Johannis Jerosolimitani unam libi-am ratione (1) Cf. Potthast, Reijesta Punlif. rom., n» 5397; XI, 20i>. {i) Voir Mémoires des anliqualres de France, an. 1878, p. 142, article do M. E. Roy. 234 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. castri Craci, sicut continetur in privilegio quodam doinini Alexandri pape IIIP' indulto fratribus ipsius hospitalis anno ejusdeiii domini prinio. — On voit encore , dit l'annotateiir- éditeur du Liber, quelques vestiges de cet hôpital des cheva- liers de Saint-Jean. Quant au célèbre château dont il est ici question, il en est parlé par M. Rey dans \ Étude sur les monu- ments de r architecture militaire des Croisés en Syrie (l). En plus de cette concession et de Timposition touchant l'ensemble de l'établissement hospitalier, le maître et ses su- bordonnés, déclarés « exempts » de l'Ordinaire par le pape Clément VI, eurent à payer « un marc d'argent tous les deux ans ». Cette exemption fut concédée en 1344. Le tout est spécifié dans cette rédaction : Item debent magister et fratres dicti ordinis sancti Johannis pro exemptione eis concessaper domi- num C lementem papam VI, pontificatus sui anno tertio, unam marcam auri singulis bienniis persolvendum. 6°SiD0N (episcopatus Sidoniensis), dénommée aussi iSÏ. Que si la quotité du cens est consignée pour huit communautés ou individualités seulement, il ne faut pas en conclure que les temporalités du Saint-Siège dans l'Orient chrétien n'aient pas été plus nom- breuses. Évidemment les églises, les couvents et établissements religieux qui, dès la première heure, fleurirent en grand nom- bre dans cette partie de la catholicité, ne furent ni moins dévoués au pontife romain que ceux d'Occident, ni moins intéressés à profiter des avantages de « l'exemption » et des garanties assu- rées par « la tutelle papale ». De leur côté les papes étaient aussi vigilants sur le temporel et le spirituel de ces fidèles, et autant obligés à les faire participer aux charges connues de la sainte Église. Le silence et le laconisme du Regestum censuale ne sauraient infirmer ces droits et ces devoirs respectifs. Malgré leur rareté et leur peu d'étendue, les notes laissées en ce livre par les clercs de la trésorerie apostolique, suffisent néanmoins l'orient latin censitaire du SAINT-SIÈGE. 249 à prouver que, du xii" au xvi" siècle, l'Orient latin était attaché au siège romain plus que par la foi et la hiérarchie : il en était aussi censitaire. Camille Daux, missionnaire apostolique. NOTE ADDITIONNELLE Un nouveau fascicule du Liber censuiim (le cinquième) a paru au moment où ces pages étaient à l'impression. 11 débute précisément par une seconde nomenclature des diocèses de l'Église orientale ; mais, outre que ce docu- ment ne nous apprend rien de plus au sujet des censitaires du Saint-Siège, l'éditeur observe que la majeure partie « est dépourvue de valeur et ne ré- pond à aucune réalité ecclésiastique ». Toutefois ce catalogue, qui repro- duit (p. 4-8) la constitution diocésaine de l'Orient à telles époques qui ne sont pas précisées, fait connaître bien des sièges épiscopaux passés sous silence dans la liste ci-dessus énumérée. De part et d'autre la titulature est com- prise dans les trois patriarcats de Jérusalem, d'Antioche et de Constanti- nople. 1° Pour le patriarcat de Jérusalem on relève 74 sièges épiscopaux, sous 4 métropoles, qui sont : Césarée (avec 19 sufFragants), Scythopolis (8 suff.), Petra (12 suff.) et Bostra (35 suff.). — A propos de Scythopolis, ou Bethsan, le rédacteur remarque qu'à son époque (et nous l'avons constaté ci-avant) ce siège fut transféré à Nazareth, hodie translata est sedes ad Nazareth: et il en donne le motif de convenance, qu'il est bon de consigner ici : ob venerationem annuntiationis dominice et nativitatis béate Marie virginis. — En plus de ces évêchés, il y en avait 26 autres suffragants directs de Jérusalem, tandis que nous n'avons eu à en signaler que 3. Au total, d'aprè.'i cette nouvelle rédaction, dans ce patriarcat se mouvaient 103 sièges archié- piscopaux ou épiscopaux. On pourra rapprocher cette liste de celle qui fut donnée ici même, dans l'article sur L'érection du patriarcat de Jérusalem^ 451, par le R. P. Siméon Yailhé {n" 1, année 1899). D'après le préambule du Liber ce patriarcat aurait été institué au cinquième concile œcuménique. 2° Dans le patriarcat d'ANTiocHE qui, d'après la rédaction ci-avant, devait comprendre 153 cathédrales, le nouveau catalogue en porte 114 plus 11 mé- tropoles ; mais il ne mentionne pas de suffragants directs du patriarche, alors que nous en avons constaté 5 dans la nomenclature précédente. Les métropoles du nouveau catalogue sont : Tyr (avec 13 suffragants), Tharse (5 suff.), Édesse (10 suff.), Apamée (7 siiïï.), Biérapolis (S snîf.), Bostra (19 suff.), Anavarza (8 suff.), Séleucie (24 suff.), Damas (10 suff.), Xicosie 2;!!)0 REVUE DE l'orient chrétien. (3 suff.) et Tirnovo (7 suff.)- H faut ajouter Yerinipolis et Ani, que le ré- dacteur place sous la désignation de calholici. Le premier siège est celui de Bar/dad sur le Tigre, ancien archevêché arien, devenu évêclié latin en 1632 ; le second est VAni-Kari, ou Perside, érigé au concile de Nicée en 325, autrefois siège des patriarches arméniens. 3» En ce qui concerne Constantinople, le rédacteur que nous avons suivi a mis pour cote : in imperio Constant inopolitano, ce patriarcat, au xii<= siècle, n'était pas au pouvoir des Latins ; le second rédacteur porte, au contraire, la rubrique ecclésiastique in archiepiscopatu. Tandis que le premier n'a cité que trois titres, ici nous avons une liste de 23 métropoles, plus 6 évêchés suburbicaires. Les métropoles sont : Héraclée (avec 7 suff.), Parium (3 suff.), Esquise (9 suff.), M é risse (3 suff.), Vadyte, Andrinople Trajanopolis (1 suff.), Makii (1 suff.), Messinopolis (1 suff.), Philippes (3 suff.), Serrés, Thessalonique (2 suff.), Larisse (6 suff.), Néo-Patras (1 suff.), Thèbes (2 suff.), Athènes (8 suff.), Corinthe (1 suff.), Patras (7 suff.), Corfou, Durazzo, Crète (4 suff.), et Colosse ou Rodes. Ce sont donc 59 évêchés, relevant de 23 métropolitains, à ajouter aux 6 sièges autocé- phales ou indépendants. • Dans ce patriarcat nous trouvons les trois censitaires précédemment en- registrés et avec la même formule : a) l'hôpital de St-Samson : b) le monastère d'Acapni ; c) St-Marc Cretensis. Au sujet de ce dernier nous avons ici la ré- ponse au doute que nous émettions : il s'agit d'une église dédiée au saint évangéliste dans la cité même de Crète. — Ainsi donc, comme nous l'exprimions au début et à la conclusion du présent article, la suite de la publication du Liber censuum est venue déjà aider à combler de regrettables lacunes sur la composition de l'Eglise d'Orient à travers les âges. Il en est de même pour diverses parties du monde catholique. Ces listes sont encore complétées par les extraits du ma- nuscrit d'Albinus qui forment une troisième partie de cette publication (cf. pp. 96-106; et, pour le cens du monastère \alle Josaphat, au patriarcat de Jérusalem, voir p. 122). C. Dvux. DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE {Fin) (I) 2. Épigraphie. Le nom de Marie est aussi célébré par Tépigraphie copte. Parmi les nombreuses épitaphes retrouvées en Egypte et con- servées au musée des antiquités égyptiennes au Caire et au musée gréco-romain d'Alexandrie, les unes prennent l'allure de litanies ; la Sainte Trinité, la Sainte Vierge, les Saints y sont invoqués en faveur du défunt. Marie y est désignée sous les titres : BAriA uApiA sainte Marie; ■tnApeeiioc hbovab la Vierge Sainte ; -fuAciiovf, -f-oeoTOKoc la Mère de Dieu; ouAv eeovAB irre nxc la sainte mère du Christ; euAT GTcuApcooTT 'iiT6 nxc la uièro béulc du Clirist ; OUAV u nia)ii J3 la mère de la vie. Comme exemple, voici deux de ces épitaphes copiées au musée d'Alexandrie : N° 289. [neitoT n."JHpe neniiA eTOVAAB ARA lepeuiAC ARA eu] LiiX IIBIIIUJT UIJCA H.\ = PABpiHA = OAT lA UApiA AUA Cl (1) Voy. 1905, p. 182. 252 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. liVAA = ApmueeoT e iiiepHMiAC naco Il iVBBUTOii uoq Il cor = Kï. == unA^o lie == 211 iioveipH Il H eau H II a ii6Tpe lieBCOII ABUTOII LIOB ncov le iieu^ip 2611 OV HipHIIH 2AUHII (« Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, apa Jérémie, Apa) Enoch, notre père Michel, Gabriel; sainte Marie, mère Sibylle; souve- nez-vous de Jérémie, mon frère, il s'est endormi le 27 Pachons, en paix. Amen. Pierre, son frère, s'est endormi le 19 Amschir, en paix. Amen. » N° 275. [neicoT] ii^upe iien [liev]uA 6TOVAAB [ara mjpHUIA ARA [eilCOx] BATIA LIApiA [ctbta]aa naiicoii ■ Il TAB6 IICOOV » r»6iii » « Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, Apa Jérémie, Apa Enoch, sainte Marie, mère Sibylle, notre frère (s'est endormi) le... de ïobi.... » II MONUMENTS La littérature copte n'est pas seule en Egypte à chanter les gloires de la Vierge Immaculée; les arts aussi s'unissent à ce concert de louanges et la note qu'ils ajoutent ne manque pas de suavité. L'architecture édifie des églises en l'honneur de Marie ; sous la main de l'artiste, le marbre, le bois, les toiles s'ani- DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 253 ment pour reproduire ses traits majestueux. Cependant, ne de- mandons pas de chef-d'œuvre à l'art copte, il n'est pas riche en ce genre de productions. Faute de parfait et de fini, contentons- nous de l'idée et de la bonne volonté de l'auteur. Il ne peut être question d'entrer dans tous les détails que comporterait le sujet, nous le limitons à deux chefs principaux : les églises et les monuments figurés. 1. ÉGLISES. Au xi^ siècle, il y avait en Egypte plus de soixante églises dédiées à la Sainte Vierge (1). Elles s'échelonnaient sur les deux rives du Nil depuis Alexan- drie jusqu'à Assouan. Chaque ville, chaque bourg important en possédait une ou même plusieurs. Il s'en trouvait deux à Taha, autant à Aschrouba en Haute-Egypte, trois à Coptos en comptant celle du monas- tère placée également sous le vocable de Marie, six au Caire. D'un grand nombre de ces églises, il ne reste rien aujourd'hui; elles sont tombées, victimes de l'abandon et parfois de l'incen- die ou du pillage des envahisseurs. Déjà au xv" siècle, d'après l'historien arabe Makrizi, beaucoup avaient été détruites. De celles du Caire cinq ont échappé à la ruine et sont encore lieux de culte. Dans la dédicace des églises, les Coptes ne con- naissaient pas ces distinctions de vocables, si répandues dans l'Église latine; ils n'avaient pas l'église de l'Assomption, de la Nativité; c'était toujours « l'église de la Vierge, de la Vierge Ma- rie, de Notre-Dame, la Vierge pure ». Une seule exception se trouve dans une église située à dix-huit milles du Vieux-Caire et connue sous le nom de « Mère de Dieu ». 'Le calendrier de l'Église copte indique au 21 Tobi (Janvier) « la consécration de la première église placée sous le vocable de la Vierge, mère de Dieu ». C'est l'église du fameux monas- tère de la Haute-Egypte, deir-el-Moharraq , construit sur le lieu même où, d'après la légende copte, séjourna la Sainte Fa- mille durant son exil. (I) Evctts et Butler, Churches and inona^tcries in Ef/ypl by Abou Saleh, Oxford, 1895. 254 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Au rapport d'Abou Salelj, c'est la plus ancienne église de la Haute-Egypte; la consécration en fut faite avec solennité le 6 Hathor et le rit qui fut employé servit de modèle à toutes les consécrations postérieures. Effectivement cette église semble remonter aux premiers siè- cles du Christianisme en Egypte et avoir joui dans l'antiquité d'une grande renommée. Tous les historiens musulmans ou chrétiens la mentionnent avec le monastère qui lui est attenant. D'après Makrizi, un nombreux pèlerinage s'y réunissait le jour de la Pentecôte. Le discours attribué au Patriarche Théophile (fm du iv" siècle), prédécesseur de saint Cyrille, en fait un magnifique éloge (1). Théophile était allé en Haute-Egypte pour faire fermer les temples païens. La fête de l'église de Moharraq approchant, on l'invita à venir la célébrer lui-même au couvent où vivaient trois cents moines. Il y arriva accompagné de dix évêques, trois jours avant la fête (21 Tobi), y resta un certain temps et c'est là qu'il aurait prononcé ce discours où il célèbre la gloire de cette montagne sanctifiée par les pas de l'Enfant Dieu et de sa Mère Immaculée. Quoi qu'il en soit, monastère et église sont aujourd'hui en- core en grand honneur parmi les chrétiens de la Haute-Egypte. Soixante-dix moines, malheureusement schismatiques, y gar- dent les traditions de leurs prédécesseurs. Au milieu du xix^ siècle, tous les biens du couvent furent confisqués par le Gouvernement, et ce fut grâce à la puissante intervention d'un Copte catholique, le grand Ghali, qu'ils furent restitués. Les sanctuaires de pierre sont pour ainsi dire le corps de la dévotion à la Sainte Vierge; les pratiques pieuses qui s'y ac- (1) Voici ce que dit Amélineau de ce discours : « Les moines du monastère de Moharraq m'ont raconté que la Sainte Vierge avait conduit l'Enfant Jésus à l'emplacement où s'élève maintenant leur monastère; et il existe dans la littéra- ture copte un discours attribué à Théophile, le patriarche d'Alexandrie, sur la visite de la Sainte Famille à ^Moharraq. Ce discours n'existe plus qu'en arabe et se trouve dans un ms. de la Vaticane, dans un autre de la Bibliothèque natio- nale et dans la bibliothèque de Moharraq. >■ La bibliotlièque orientale de l'Uni- versité Saint-Joseph à Beyrouth en possède une copie faite sur le manuscrit de Rome. Cette année même, j'en ai trouvé un autre manuscrit à la bibliothèque du patriarcat jacobite au Caire. Il est daté de l'année 1470 des martjrs (1754 de notre ère"). DOCUMENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 255 complissent, la ferveur, la charité qu'elles raniment et réchauf- fent, en sont l'âme. Les chrétiens d'Egypte ont plusieurs jeûnes en riionneur de la mère de Dieu; le plus long est celui qui pré- cède la fête de l'Assomption. Les musulmans de la Haute- Egypte l'observent en même temps que les chrétiens. C'est une preuve évidente que leurs ancêtres étaient chrétiens, mais ce fait montre aussi combien étaient profondes les racines qu'avait poussées dans les âmes le culte de Marie puisque ni l'aposta- sie, ni douze siècles d'islamisme n'ont pu les arracher et les dé- truire. Les confréries et congrégations érigées en l'honneur de la Sainte Vierge n'existaient pas en Egypte avant l'arrivée des missionnaires européens, elles ont été reçues avec enthousiasme par les catholiques, elles prospèrent et produisent de conso- lants résultats. La dévotion des chrétiens d'autrefois se portait surtout sur la célébration des fêtes de Marie. D'après le calen- drier, l'Église copte célébrait chaque 21 du mois « la mémoire de la Vierge mère de Dieu ». C'est un privilège qui n'était par- tagé que par deux autres fêtes, celle de la Nativité de Notre-Sei- gneur, le 29, celle de Saint Michel le 12 de chaque mois. Le 21 était donc un jour consacré à Marie ; c'est en effet le 21 Tobi qu'eut lieu la consécration de l'église de Moharraq, le 21 Paoni (Juin) qu'on faisait mémoire de la dédicace de l'église de la Vierge d'Arabie, d'Atribe, et de la construction de l'église de la Mère de Dieu dans la ville de Césarée de Philippe. 2. MONUMENTS FIGURÉS. Pour orner les églises, le christianisme égyptien ne fit point appel à la statuaire ; il rejeta systématiquement la représenta- tion en ronde bosse de sujets religieux. Par ce moyen extérieur, la nouvelle religion marquait la différence essentielle qui la distinguait d'un paganisme dont le propre était le culte des idoles de pierre et de bois. La sculpture ne fut pas cependant exclue du temple chrétien ; au contraire elle y joua un grand rôle dans le travail des boiseries, l'ornementation des chapi- teaux, les moulures architecturales. Différents motifs empruntés à la religion étaient ainsi représentés en relief : croix, anges, vigne symbolique, etc. 25G REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Le musée du Caire a recueilli quelques-uns de ces motifs, malheureusement en trop petit nombre. Il possède entre autres un relief de la Sainte Vierge provenant de Thèbes. C'est une pierre calcaire sculptée, de dimensions plutôt petites. Marie est représentée assise, sur un trône, portant l'Enfant .Jésus sur ses genoux ; deux anges aux ailes déployées se tien- nent à ses côtés. Toutes les figures sont vues de face. Un nimbe rayonnant entoure la tête de l'Enfant Dieu et celle de sa Mère. C'est le seul exemple bien net et bien clair que l'archéologie chrétienne d'Egypte fournit en fait de représentation en plein relief de Notre-Seigneur et de la Sainte Vierge. La peinture heureusement a été plus féconde. Dans toutes les églises dédiées sous le vocable de Marie, il y avait un tableau de la Mère de Dieu ; souvent même dans les autres elle avait un autel avec une image. A ce que raconte Abou Saleli, il se trou- vait à Guizeh dans l'église de Saint-Victor une image miracu- leuse de la Sainte Vierge. Un jour, une lumière brillante parut sur cette image, des larmes coulèrent des yeux de Marie, plu- sieurs personnes dignes de confiance témoignèrent de la vérité du fait. On a retrouvé à Alexandrie dans la catacombe chrétienne de Karmouz une frise qui est un des plus précieux débris de l'art primitif des chrétiens. Les peintures datent peut-être du 111*= siècle et représentent •des scènes de la vie de Notre-Seigneur : les noces de Cana, la multiplication des pains, un repas champêtre avec l'inscrip- tion : « mangeant les eulogies du Christ ». C'est une image complète en trois scènes du dogme eucharistique. Dans la scène des noces de Cana on distingue la Sainte Vierge dont le nom est d'ailleurs écrit au-dessus : h atia uApiA (1). Dans l'église des Saints Apôtres à Kossair, on voyait une re- présentation de la Sainte Vierge, qui d'après la description d'Abou Saleh semble avoir été une superbe mosaïque. Voici ses paroles : « Dans cette église il y a une image de la Vierge por- tant le Seigneur, à droite et à gauche se tiennent les anges, il y a aussi les images des douze apôtres. Tout cela est fait de pier- res précieuses et d'émaux merveilleusement arrangés, comme (1) Dictionnaire d'Archéologie chrétienne, IV, p. 1129. DOCU.MENTS DE SOURCE COPTE SUR LA SAINTE VIERGE. 257 à Bethléem; il s'y trouve des émaux colorés et dorés. Le fils , d'Ahmed ibii Touloun Khamaroueh avait coutume de se tenir I devant ce tableau, il le contemplait avec admiration et s'éton- . nait de sa perfection. Mais ce qui le ravissait par-dessus tout, c'était l'image de Notre-Dame. Pour être plus à même devenir jouir de cette contemplation, il se fit construire une chambre dans le couvent. » Malheureusement l'église fut détruite quel- ques années après par le Khalife El-Hakim et le chef-d'œuvre périt avec elle. Le musée du Caire possède un magnifique tableau sur bois de la Vierge, Mère de Dieu. Comme toujours elle porte l'Enfant Jésus sur le bras gauche; à droite saint Gabriel, à gauche saint \ Michel. Toutes les figures sont nimbées et se présentent de I face. L'ensemble porte le cachet d'une rare perfection; le vi- sage de Marie est en particulier d'une heureuse exécution; il y a dans son regard une expression de majesté et de tendresse qui trahit une main de maître. Une autre représentation de la Sainte Vierge se retrouve sur un triptyque, à côté de Notre-Seigneur, de saint Jean-Baptiste et de trois apôtres. Marie ne porte pas l'Enfant Jésus, mais elle est debout, la tête entourée d'une auréole, tendant légèrement les bras en avant comme pour prier son divin Fils représenté en face d'elle sur la plaquette du milieu. . Dans les églises du Vieux-Caire, on vénère encore aujour- d'hui d'anciennes images de la Sainte Vierge fort bien conser- vées. C'est partout le même type, la Mère de Dieu portant son divin Enfant dans ses bras ou sur ses genoux. Ainsi l'Église d'Egypte a toujours uni le culte de la Mère à celui du Fils. Lorsque ses louanges montent vers Marie, c'est la Mère de Dieu qu'elles chantent, et lorsqu'elle veut se faire un portrait du Sauveur, elle le place entre les bras de Marie. Daigne cette bonne Mère étendre sa puissante protection sur ce peuple qui l'aime et l'honore, ramener au bercail du Pas- teur unique les brebis égarées et rendre à l'Église d'Alexandrie la foi de ses Pères; Beyrout. Alexis Mallon S. J. ORIENT CHRETIEN. 17 TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES D'ÉDESSE (EXÉGÈSE BIBLIQUE) {Fin) (I) III. — Cette femme couschite dont le livre saint dit que Ma- rie et Aaron parlèrent avec elle contre Moyse n'est pas Séfora, fille de Yothor, le fils de Raguel, prêtre de Madian, qu'il épousa après sa fuite de l'Egypte, mais c'est la fille du roi des Kou- schites. Car Moyse, chef d'armée des Égyptiens, fut envoyé par Pharaon pour combattre les Couschites, voisins et adversaires de l'Egypte. Comme Moyse avec toute l'armée égyptienne atta- quaient la capitale des Kouschites et qu'elle allait être prise, la fille du roi de cette ville cria du mur vers Moyse et lui demanda promesse de délivrance (2). Il est dit dans les livres égyptiens qui traitent de ce sujet que cette jeune fille trahit sa ville et son peuple en une certaine manière. Quand il eut pris et ravagé cette ville, Moyse la prit et la garda pour épouse pendant tout le temps qu'il demeura dans la maison de Pharaon jusqu'au jour où il tua ce Kananotés (3) qui voulait le tuer et qu'il cacha (1) Voy. 1005. p. 107. (2) Cf. Michel le Syrien, loc. cil., p. 30 : <• il s'empara de Ragusa (u»ai.5), (iHe du roi Zoros, et la prit parmi ses leiumes ». — Cf. Bar Ilébraeus, p. 13. (3) an-Lajpij. — H tua Casouin {^_^-^^) l'Égyptien ciief des soldats de Pharaon. Sludia SinaUka, t. VIII, p. 4.3. — l-'j^ (^^oojiNâi.; oojLoNai.) «iûA^ai. oii.^ ^^^oio ^oi.;^» woioiooi^-o ^i. .( El alors il iua Pelhsan (ou Pelhcasam ou Pellicoum) VÉ- r/yplien, chef des boulangers de Pharaon ». Die schabhôhle, éd. Bezold, Leipzig, 1888, p. tVf . _ Dans cet ouvrage Séfora est appelée •■ la couschite » ©v^ o-ccuo IN^ijKM ijcisj)^ |lnj/, il est donc en contradiction avec Jacques d'Édesse. Par con- tre le texte de Jacques d'Édesse se retrouve dans la Chronique Pascale, d'a- près l'historien Artaban : çoveuet Xav£6ô6ïiv tôv (lÉXXovTa àvatpEïv xôv A'tyÛTrxiov. Il tua Chanelholhès l'Égyptien qui voulait [le) tuer. — D'après la Bible (Exode ii, 11-12) cet Égyptien frappait un Hébreu, mais Michel le Syrien a repris aussi la leçon de Jacques d'Édesse et de la Chronique d'Alexandrie : « et Moyse tua TRADUCTION DKS LETTRES XII ET XIII DK JACQUES d'ÉDESSE. 259 SOUS le sable. Quand Pharaon l'apprit, il fut irrité (fol. 115') et le condamna. Moyse, saisi de crainte, quitta l'Egypte et alla au pays de Madian près de Yothor fils de Raguel, prêtre des Ma- dianiles, et il épousa sa fille, comme le raconte le livre divin. Voilà quelle était cette femme couschite et quelle était son his- toire; quant à son nom, je ne m'en souviens pas pour te l'indi- quer d'après les histoires. IV. — Ta Fraternité m'a demandé quel est cet orgueil dont souffrit le démon et pour lequel il tomba de sa splendeur lu- mineuse (1) et devint ténèbre, et quelle fut cette envie qu'il eut, et si l'on connaît l'époque à laquelle il souffrit tout cela. L'orgueil dont il souffrit est celui que lui inspira la vue de la splendeur de sa nature, de la grandeur et de l'étendue de sa puissance et de la célérité de ses mouvements, il en fut dans l'admiration et fut gonflé d'orgueil et d'exaltation. Comme, dans son ivresse, il ne voyait pas le Dieu invisible, il dit à lui- même et aux anges ses compagnons : « Qui est Dieu comme moi et qui est plus grand que moi'? » et il apprit cela aussi aux démons ses compagnons qui tombèrent sous ses ordres en l'écoutant et en partageant sa faute. C'est à lui que le saint Livre attribue les paroles suivantes : Je monterai au ciel et je placerai mon trône au-dessus des étoiles et je serai sem- blable aie Très-Haut (2). Tel est l'orgueil qui le poussa dans son ivresse à se révolter contre Dieu qui le fit tomber d'entre les pierres enflammées (3) et il devint ténèbre, tandis qu'aupa- ravant il était compté parmi les chérubins, et c'est pour cela qu'il fut appelé Satan (4) d'après le langage des premiers Hé- breux, ce qui signifie « l'adversaire ». — L'envie dont il fut saisi n'était pas envers Dieu, mais envers l'homme; elle ne lui ar- riva pas avant sa chute, mais après, et après la création de l'homme, quand celui-ci fut admis, dans le paradis, à vivre avec Kànoutis qui avait été envoyé par Kanpliara (roi d'Egypte) pour le mettre à mort ", loc. cil., p. 40. — Cf. Bar Hébraeus, p. 13. — Cedrenus d'après la Petile Genèse écrit Xava8w9ir)ç, Hist. comp., Bonn, 1838, t. I, p. 85-87. (1) Isaïe xiv, 12. (2) Isaïe XIV, 13-1 1. (3) |N*JïQj |^:3|j (les astres?). (4) U-é^. 260 REVUP] DE l'orient CHRÉTIEN. les anges clans la vie contemplative dont il était déchu, alors il envia Tliomme et lui conseilla de transgresser Tordre de Dieu pour qu'il perdît comme lui la gloire et la béatitude de la vie du Paradis où il habitait. Ta Fraternité me demande aussi où et quand tomba le dé- mon. Je te dirai qu'avant la création des anges et du démon lui-même, il y eut pour la création de ce monde visible des es- paces et des intervalles de temps inexprimables; nous savons et nous pouvons dire que le temps qui précède ne peut être ex- primé, car les intervalles (de temps) d'alors ne sont pas appelés temps, ils ne sont pas mesurés par des jours, des mois, des an- nées, et des époques. Et si (fol. llô"") quelqu'un veut dire que la création des puis- sances angéliques et de tout le monde intellectuel précède la création du monde (présent) de quarante mille ou de cinquante mille années, cela n'est ni vrai ni faux, car l'homme ne peut pas déterminer ce qui n'est ni écrit, ni connu. Nous disons donc que les intervalles (de temps) qui précèdent la création de ce monde sensible et matériel ne peuvent être ni connus ni dis- cernés, comme cette éternité dans laquelle il est dit de Dieu qu'il était et qu'il sera éternellement sans commencement ni fin. V. — La parole (de l'Écriture) d'après laquelle le Seigneur dit à Satan au sujet de Job : garde seuietnent son âme (1) et au sujet de laquelle la Fraternité m'interroge ne signifie pas, comme on pourrait le croire, que Satan la garda, sous la force de ses coups, pour qu'elle ne sortit pas du corps, car nous n'ad- mettons même pas pour un impie, que Dieu dise à Satan ou lui permette de ne pas laisser sortir l'âme du corps ou au con- traire de la faire sortir, mais Dieu seul peut délier ce lien et permettre à l'âme de l'homme ou lui ordonner de laisser et de quitter le corps et d'abandonner ce monde. Voici tout ce qu'il lui dit: il t'est donné pouvoir sur le corps pour le frapper au- tant que tu veux et comme tu veux, mais, quant à la constitu- tion et à la substance de son corps, tu n'as pas le pouvoir de la corrompre, de la dissoudre et de la faire mourir, de façon que (1) Job 11, 6. Traduction des lettres xii et xiii de jacques d'pîdesse. 261 Tàme soit comme obligée de quitter le corps. Ainsi il lui dit : garde seulement son àme, afin qu'il ne corrompît pas la com- position du corps, ou celle de l'âme avec le corps, et qu'il ne pût frapper la nature même, c'est-à-dire cette intelligence élo- quente et pensante faite à l'image de Dieu pour qu'elle devînt folle et sans connaissance et ([u'il pût la dominer, parler par son entremise et la diriger comme il voudrait. Ainsi fut obser- vée et confirmée la parole du Seigneur : // ne dominera pas sur les ynouvements de l'âme et sur la liberté personnelle. Voilà le sens du : garde seulement son âme. Tu demandes encore si c'est Moyse qui a écrit ce livre de Job. Je te réponds encore en quelques mots que c'est la tradi- tion des pères et des docteurs de l'Église (1). (l) Pour ôclaii'cir ce passage, nous traduisons ici un texte iniVlit de Jacques Bar Salibi relevé par nous dans sa préface au commentai i-e du livre de Job (ms. syr. de Paris, n° G6, fol. 121») : Moyse ëcrîvil ce livre {Job), et il ne le mil pas au nombre de ses ouvrages, parce que d'après quelques-uns, {Job) descendait d'Ésaû et non de Jacob; d'autres disent qu'il faisait partie des Gentils, fils de loqtan. Moyse ne donna pas de dé- tails sur sa famille de môm,e qu'il n'en donna pas sur Melcliisédech. Ceux qui le font descendre d'Ésaii disent qu'il se nommait Jobab, il prit une femme Arabe et en eut un fils qui fut appelé Hanan. Le père de Job était Zarah (Genèse xxxvi, 33) et sa mère Bosora (alias : de Bosra); il était le cinquième après Abraham : Job, fils de Zarah, fils de Raliuel (Ibid., f. 13), fils d'Ésaii (Ibidem, y. 10), fils d'Isaac, fils d'Abraham. Le prêtre Asaph, compagnon d'Esdras (II Esdras xi, 17), l'historien Aroud (?) et Jacques d'Édesse disent qu'il descendait de Joctan, fils d'IIéber, et qu'il précé- dait Abraham de soixante ans (cf. Genèse x, 25 et 29). Moyse écrivit ce livre pour que les belles actions et la prophétie de cet homme ne fussent pas cachées au monde pour faire honte à Israël de ce qu'il y eût cliez les Gentils un roi, un prêtre et un prophète et aussi pour réprimander, par l'exemple de Job, le peuple d'alors qui ne connaissait pas Dieu, et pour humilier les riches. Le ms. syriaque de Paris n" 8 qui renferme une partie de l'Ancien Testament contient à peu près textuellement le commencement du texte précédent jusqu'à Moyse écrivit ce livre et ajoute ensuite les paroles mêmes A'Aroud et A'.Asapli (foi. 150') : : ^âa.>{ ov^a.» : ^^o^ ^.«.â• J^-'^V* ^^ |oo) |^N-<{ >o>{! wOitA"^^ ...pO) pa^{ joo) >a..i>J.\ OV3 NiJLz>> ■ja.col 'yiola .|.3)o )i.^tt> \aa. ^C^3L{ v^«^^ h"'"; Voici les paroles d'Aroud : il y eut un homme riche de la descendance de Joctan, nommé Job, qui combattit sept fois avec Satan et le vainquit. Et Asaph dit que cette lutte eut lieu la vingt-cinquième année de Nachor. — Cf. Chronique de Mic/iel le Syrien, p. 24. On y trouvera les mêmes textes. Ces détails ont été ajoutés d'après la trailition syriaque à la fin de la version des Septante du livre de Job, et figurent déjà dans les plus anciens manuscrits, dans le Vaticanu..i^i-. est l'oiseau illustre, car les oiseaux sont appelés ani- maux làjo. c'est-à-dire animaux ailés. Léviathan se traduit d'hé- breu en syriaque par p^ul (dragon marin); aussi nous l'appelons dragon, c'est-à-dire grand serpent. — Vuilà donc que je t'ai ex- pliqué les noms hébreux dont tu demandais la signification litté- rale, je t'exposerai maintenant de la manière suivante les réalités qui sont écrites et désignées sous ces noms. Ce Béhémoth qui est appelé « animaux » au pluriel, bien que toute son histoire soit écrite à l'aide de paroles au singulier, est cette sauterelle qui est envoyée par Dieu pour combattre les hommes et pour manger leur pain. Les hommes ne peuvent pas la vaincre et elle ne les craint pas quand ils la poursuivent; elle ne se détourne pas de £x iriz lypiaxrii; pi6Xo'j (Job xLii, 19 dans les Septante) de l'addition, et non de tout le livre de Job comme l'ont compris à tort certains commentateurs. — Cette addition ne se trouve pas à la fin de la version syriaque dans la Polyglotte de Lejay (t. VIII), mais elle se trouve dans la version arabe qui dérive du sy- riaque. — Voir aussi le commentaire de Bar Hobraeus sur le livre de Job, Kirschii Chrest. Syr. éd. Bernstein, Leipzig, 1832, p. 186. 11 donne des détails analogues à ceux que nous avons trouvés dans Jacques Bar Salibi, il appelle Oroud ■< le Chaldéen Phénicien de Tyr » et ajoute que d'après certains Hébreux Job descendit en Egypte avec Jacob et épousa Dina dont il eut ses sept pre- miers fils; elle blasphéma durant la tentation de Job et ne vit pas son revire- ment de fortune, elle mourut et il épousa une autre femme. Voir aussi dans le même sens .S'. Ephraem Syri opéra omnia, t. II, Rome, 1740, p. 1-2, et Dict. de Bar Bahlul, éd. Rubens Duval, p. 116. (1) HYipîa, Job XL. 15. TRADUCTION DES LETTRES Xll ET XIII DÉ JACQUES D^ÉDESSE. 263 son chemin quand ils se lèvent devant elle, ou mettent des barrières sur sa route pour qu'elle ne passe pas. Dieu voulait frapper la pensée de Job qui se flattait de parler contre Dieu et de vaincre; après lui avoir beaucoup parlé de la grandeur et de l'éclat de ses œuvres, il lui dit à la fin deux choses admirables parmi toutes ses créatures, pour lui montrer sa faiblesse, afin' que n'atteignant pas leur puissance, il hésitât à parler contre leur créateur. C'est pourquoi il lui dit (I) : Mais voici Béhé- moth que j'ai fait avec toi, il mange l'herbe comme le bœuf; voilà que sa force est dans ses lombes, sa puissance est dans Vombitic de son ventre, il dresse sa queue comme un cèdre, ses nerfs sont serrés et tressés ensemble. Ses côtes sont comme des côtes d^airain, son échine est comme du fer fondu, il est la première de toutes les créatures de Dieu, qui l'a fait pour combattre les hommes, et pour être la, risée de ses anges. (fol. 117'') Quand il va dans les montagnes escarpées et ro- cheuses il réjouit tout animal du désert, les oiseaux du ciel et aussi les animaur des profondeurs de la mer. Il se repose sous des arbres de tout genre et se couche dans le secret et l'ombre du jonc, du roseau et des plantes aquatiques. Les grands arbres avec leurs rameaux Vombrageni ainsi que les pousses du jonc et du tamaris. Les corbeaux du fleuve l'en- tourent et se réjouissent de sa perte. Si le fleuve bondit, il ne s'émeut pas; s'il y a une inondation, il ne le sent pas, il est (1) Nous transcrivons ici lo toxte donné par Jacques d'Éclesse, car il diffère de tous les textes que nous connaissons. Il nous semble être une combinaison de l'hébreu et du grec. D'après IM. Wright, Jacques d'Édosse cite sa n'vision du livre de Job : .oiNnnrm '^ o>nov ''^^..oO) |0) .^3( |>oL ^.l \ -\m\ .^..^a^ l.,.^>.« oô) La.Mov3 |oi IS~«^ P| I V > (1 |Va^ ^\^ |L{ ^t Y^ ...i 0)0.0 Jl^o ,^ }i.^^Nj«o : pLi.V.13 ya^ \-^\-o v^).J; Of,.a^« .|ov&> IS.>..l ■ I f»v |l^'^â\o .|<-3m |Lo-.^^ oiSjl^ \^Or^ ^^ . \°i'in%o psioV pSi.f w3/ ^J Ot-3 ,^V^iO .>».0» (I)0 I .«. l.flO pL3»/» |lX^O )JlS.CDJO .^.3L3Lil ^iïli,^ ^3» |Ji>^*/ »n« I y( .oMt-sM ^y^o |U^> )j..3Va^ ov^ ^.«.Xi^j -IV^-'O |.â.\a^> j^dco ^{o '|f~.3( ^oo|N.>\o^o OM-o> '^->fio\ .01 w>g^ -) ^>«a.A ov^ oO| » « f» '1 > ^.»^L .>JL^i P 1)1^0 |oov-< v'° '^1' ^ \>oyJ .Oi;,«... I» I -«^^N" Vv - finX , ofivIS.^ 0° >-tO)n «\ 1 fi I Jacques Bar Salibi comuKMite longuement et par deux fois ce passage dans le même sens que Jacques d'Édesse, nis. syr. n" GG, fol. 112. Voir en appendice (page 28U) la traduction île ce texte inédit. 264 REVUE DE L^ORIEXT CHRÉTIEN. persuadé qu'il frapperait le Jourdain sur la bouche (1), on le prendrait devant son œil et avec ses sinuosités, devant l'ou- verture de ses nat^ines, voilà tout ce que Dieu a dit devant Job de la force invincible de cette faible et petite sauterelle, pour lui montrer sa faiblesse et le réprimander de vouloir lutter avec lui (2). Puis il est question aussitôt du grand serpent des eaux qui est plus grand que tous les animaux de la terre et aussi que tous ceux des eaux, celui qui est appelé Léviathan par les Hé- breux et 'A-q-o; par les Grecs. Il lui dit interrogativement : Pren- dras-tu le grand serpent au jilet, enfermeras-tu sa mâchoire dans une muselière et mettras-tu un frein à sa bouche (3)? Dieu n'a dit à Job au sujet de Béhémoth que les paroles écrites ci-dessus, mais Dieu en a ajouté beaucoup d'autres sur Lévia- tlian, c'est-à-dire sur ce dragon appelé •/.•^t^ç, pour émouvoir et réprimander Job afin qu'il n'osât plus parler contre Dieu son créateur qui peut faire de lui ce qui lui plaît. Je t'ai écrit ici tout ce qui concerne Béhémoth afin qu'en le méditant en toi- même et en l'explorant avec ton intelligence, tu saches que tout cela a été dit de la sauterelle. Quant au dragon, c'est-à-dire au x^-oç, auquel se rapporte la suite, tout ce qui le concerne est aussi réuni ensemble, mais ceux qui lisent ne savent pas recon- naître et donner à chacun ce qui lui revient. Tout le monde (1) C'est-à-dire : il est persuadé qu'il peut co/nhattre le Jourdain en face. En effet Jacques Bar Salibi explique que les sauterelles ne se détournent jias devant un cours d'eau mais que les premières font de leurs corps un pont pour les sui- vantes cf. infra, p. 280. (•2) Toute la tradition syrienne semble appliquer aux sauterelles — et cela avec assez de bonlieui' — le passage qui concerne Béhémoth. Voici le commen- taire de Bar Hébraeus (voir le texte dans Kirschii C/trestom. syriaca denuo edidil Bernstein, Lipsiae, 1832, p. 207-208) : (xl, 10) voici Béhémoth que j'ai fait avec toi, c.-à-d. la sauterelle, qui, plus que tous les volatiles, est d'aspect méprisable, et cause plus de tort et de dégâts qu'eux tous. (Il) Et sa force est dans sa protection (cuirasse), c.-à-d. la composition de son corps est son bouclier. Certains lisent o,;tuaii., c.-à-d. dans sa queue. (12) Et les nerfs de ses veines {jugulaires) sont tendus, c'est-à-dire ces deux grandes veines qui sont des (deux^ côtés de la tête, ce ne sont pas des nerfs. (14) C'est le commencement de toutes les créatures de Dieu qui l'a créé j)our faire la guerre, c.-à-d. le commencement des reptiles et des animaux rampants, qui furent créés pour combattre l'homme comme pour le punir. (15) Tout anim.al du désert dort sous son ombre, c.-à-d. elle vole dans l'air, elle cache la face du soleil. (3) Job XL, 25. Traduction des lettres xii et xiii de jacques d'édesse. 265 connaît la petite taille de la sauterelle, c'est-à-dire de Béhé- moth, mais tous ne connaissent pas la taille de Léviathan, c'est-à-dire du dragon; aussi je crois bon de t'ajouter quelques détails à son sujet; dans ce même livre de Job il en est encore question quand ce juste est affligé des souffrances de ses plaies et maudit le jour de sa naissance, il dit : il maudira ce jour, celui qui prendra le grand dragon, c'est-à-dire Lévia- than (1). Il est évident que cette parole s'applique au sens litté- ral (2) au grand dragon des mers, et au sens spirituel (3) (fol. 117^) et hyperbolique (4) elle convient en théorie (5) au grand dragon Satan qui prendra le Messie et le tuera quand il vien- dra de manière visible sur la terre. Il te faut encore apprendre d'autres détails plus frappants au sujet de ce (dragon) si tu veux approfondir et étudier les nombreuses paroles que Dieu a dites à Job à son sujet. Dans les histoires qui le concernent écrites par des profanes (6) il est dit qu'il ne peut pas entrer dans les eaux tranquilles qui se trouvent dans la terre habi- table, à cause de la grandeur de son corps, mais il doit toujours demeurer dans cet océan (7) qui est en dehors de la terre habi- tée ou encore dans cette mer Rouge qui est près des Hindous, parce qu'il y a là assez de profondeur. On dit qu'on en trouve qui ont deux cents milles de long et aussi jusqu'à trois cents milles et plus. Les petits n'ont pas moins de cent milles (8). Voilà tout ce qu'il y a à dire sur Léviathan qui est appelé /.yj-sç (1) Cf. Job III, 8 yl^oi». K*oo/ t.3» \x^Ki. w>oja-.j^p; j-N».; o<>) : oôi ^ioa*.\ ...oiq^q^j;* (•2) l^pv^oxo. (3) N-|j-.o». (4) N-)ju^>o.Kio. (5) )-.Jo|Nj |j3iax). (G) V^i>; ,-^0,.. (7) .a»aj||-oo/. (8) On trouve ces détails dans Jacques Bar Salibi, ms. syr. n» 6G, fol. 136". Il ne peut pas demeurer dans les mers élroiles et petites; l'Océan seul lui donne ses coudées franches. La lon;/ueur de chacun d'eux dépasse mille stades, et le stade vaut quatre cents coudées, un vieux dépasse deux cents milles et le mille vaut sept stades et demi. Il est la risée des anges comme l'a dit David et Dieu seul peut le prendre, selon la parole de Job. Il est la risée des anges, parce qu'ils sont stupéfaits de sa grandeur et voient qu'il est mordu et agacé par les ani- maux de la mer et qu'il souffre. Le Physiologus écrit aussi : « Ceux qui ont vu ces xrjToi, disent que leurs corps ressemblent aux montagnes ». Land, Anecd. Syr., IV, p. 90. 266 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. et sur Béhémoth ou la sauterelle qui est « les animaux nom- breux », dont il est parlé dans l'histoire qui précède (celle de Léviathan). Quand l'Esprit dit dans les psaumes: Tu as brisé la tète de Léviathan, c'est-à-dire du dragon, et tu Vas donné en nourri- ture aux peuples Couschites (1), il n'est pas question de ce 7.r,Tc;, grand animal des mers, mais de Pharaon, roi d'Égi/pte, qui fut noyé dans la mer de Souf. Ainsi lui et son armée reje- tés sui" le rivage de la mer furent ^olés et dépouillés par les Couschites leurs voisins — ce du moins qui leur restait des dé- pouilles des fils d'Israël (2). Sur Béhémoth et sur Léviathan, sur le nom et la chose, voilà que nous t'avons tout dit selon le temps (dont nous disposons) et selon nos forces. .e--^ -ario est un oiseau très puissant du pays des Hindous, qui est appelé par plusieurs l'oiseau éléphant (3), car il enlève même les jeunes éléphants de derrière leurs mères quand ils sont petits, les emporte en l'air et va les manger dans les dé- serts où il habite; il est écrit à son sujet dans les saints livres et aussi dans les livres des profanes qu'il peut enlever un cheval avec son cavalier (4), à ce sujet les historiens racontent que les Hindous, quand ils veulent prendre cet oiseau, attachent les bœufs à un char à l'aide de liens solides et incassables et placent sur le char de grosses pierres. Quand l'oiseau vient pour enlever le bœuf, enfonce ses ongles dans sa chair et ne peut plus les retirer, alors on l'attaque (fol. US') et on le tue. •Dieu le fit insensé et de peu d'intelligence et ne lui donna pas la raison en même temps que la force afin qu'il déposât et abandonnât ses œufs sur la terre et dans le chemin pour qu'ils (1) Ps. Lxxiii, 14. Cf. Ps. cm, ^. 25-20, où il est bien dit que Léviathan se trouve dans la grande mer. — Il nous semble donc très vraisemblable que le livre de Job nous a consigné sous le nom de Léviathan les plus anciennes légendes relatives au ■< grand serpent de mer ». Ces dernières années encore des marins affirmaient l'avoir aperçu. (2) ^^)vm>/ woiia; |L)_3 ^. On peut entendre aussi : de ce que les Israéliles leur avaient laissé. Car les Israélites avaient emprunté et emportaient les objets les plus pi'écieux des Égyptiens. (3) En réalité tous les caractères de cet oiseau conviennent à l'autruche. Il n'est donc pas indispensable de recourir à un oiseau fabuleux. (1) S. Ephrem attribue cette opinion aux naturalistes, w..Vs:i.i^"3. Nous ne l'avons pas trouvée dans le physiologiste. Pitra. Spicil. Soi., t. m, Paris. 1855. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 26") fussent foulés aux pieds et brisés par les passants et qu'il ne se multipliât pas trop et ne nuisit pas aux hommes. Voilà quel est l'oiseau appelé v--^ -^a^^- Voilà tout ce que je suis arrivé à dire au sujet de ta sixième demande; j'ai supprimé beaucoup de choses qu'il aurait été nécessaire d'écrire parce qu'elles dé- passent ma force et l'étendue d'une lettre. VIL — Tu demandes en septième lieu quel est ce Zacharie qui fut tué entre le temple et l'autel (l) et quelle fut la cause de sa mort. Celui qui fut tué n'est pas Zacharie fils de Joïada le prêtre qui fut mis à mort au temps de Joas roi de .Judée, mais c'est Zacharie, fils de Barakia, père de Jean le bapliste. Voici en peu de mots la cause de sa mort : Quand les mages vinrent en Judée au temps de la naissance du Messie et que tout Jérusa- lem s'émut comme il est écrit dans les Evangiles, Hérode les appela aussi, leur parla et les renvoya en leur disant : Allez, explorez, el quand vous aurez trouvé revenez près de moi (2). Ils partirent et ne revinrent pas près de lui. Hérode, irrité d'avoir été berné par eux, demanda aux prêtres et à chacun où naissait le Messie. Pendant qu'il était en grande colère à cette occasion, l'un de ceux qui le servaient lui dit : « Dans le voi- sinage de l'endroit où j'habite, dans cette ville, est né, il y a un an, un enfant fils de prêtres, et j'ai entendu dire à beaucoup que c'était le Messie. » Hérode demanda de qui il était fils et il répondit : « Il est tils du prêtre Zac/tarie. » Hérode fit appeler Zacharie devant lui et lui demanda : « Où est ton fils? » et Zacharie répondit : « il est dans ma maison près de sa mère », et Hérode le faisant accompagner d'hommes armés lui dit : « Va me chercher ton fils, et si tu ne l'amènes pas aussitôt tu mour- ras de maie mort. » L'un des assistants qui entendit tout cela et connut la chose, courut près d'Elisabeth et lui raconta le tout. Elle prit donc en toute hâte le petit Jean dans ses bras, quitta sa maison et même Jérusalem et le porta dans le désert de Ziph; ils s'y ca- chèrent tous deux, elle y mourut et Jean y grandit. Quand Zacharie arriva à sa demeure avec les satellites (fol. 118') (1) MaUh. XXIII, 35. (i) JlaUh. II, 8. 268 kEvuE DE l'orient chrétien. envoyés par Hérode, il ne trouva ni l'enfant ni la mère et crai- gnit la mort dont on Tavait menacé; il se réfugia dans le temple. Hérode à cette nouvelle le fit tuer entre le temple et l'autel où il se trouvait, cf>mnie c'est écrit dans l'Évangile. Telle est la cause de la mort du prêtre Zac/iarie fils de Barakia. Au moment même du meurtre de Zacharie, Hérode en colère porta un décret de mort contre les enfants de Betliléhem (1). VIII. — Ta Fraternité demande encore si, comme le disent quelques-uns, le fils de la veuve de Sarepia que ressuscita le prophète Élie (2) est Jouas, fils de Matthieu (.'3) qui fut envoyé prêcher à Ninive; et si Théglatphalasar toi des Assyriens ré- gnait à Ninive à cette époque; tu demandes encore quelle est la vraie version ou bien : dans quarante Jours Ninive sera détruite, ou bien : dans trois Jours Ninive sera détruite. Il est écrit dans des histoires superflues sur lesquelles on ne peut faire fond qui sont inscrites (sous le nom) de saint Épi- phane évêque de Chypres (1), que l'enfant ressuscité par le prophète Élie est le prophète Jonas; cependant sache, ô frère chéri et ami de la vérité, qu'à te dire vrai je n'ai jamais pu croire ou dire que l'une de ces choses fût exacte, et maintenant encore je ne suis pas persuadé et je n'admets pas de penser et de dire ni que ces histoires sont de saint Épiphane, ni que l'enfant ressuscité par Elie est le prophète Jonas. De plus si quelques-uns prétendaient que ces histoires sont bien du saint (Ij Une rédaction un peu difïérente de cette histoire figure dans les apocry- phes. D'après ceux-ci Hérode ordonne d'abord de tuer les enfants âgés de deux ans et au-dessous. Marie cache son fils dans une crèclie; Elisabeth s'enfuit avec Jean et supplie une montagne de les recevoir. Celle-ci s'ouvre,, les reçoit, se referme et un ange du Seigneur les y garde : Hérode fait alors demander à Zacharie où il cache son fils. Celui-ci proteste de son ignorance mais n'en est pas moins tué. V. Tischendorf, Evangelia Apocrypha, Leipzig, 1853, p. 41-45; Budge, The hislory of the blessed Virgin Mary, Engl. Transi., Londres, 1899, p. 42-44. Cf. Patrol. Orient. I, 3 (Le synaxaire Arabe jac), p. 240. (2) III Rois xvn. (3) -too vj ^o.. Dans l'hébreu, le grec et la Vulgate on lit Amathi. Cf. IV Rois, XIV, 25 et Jonas i, 1. (4) Cf. De vilis Prop/ietarum ap. Fabricius, Codex pscudepiyraphuf: veleris Testamenti, Hambourg, 1713-1723, 2 vol. in-8o; t. I, p. 11 10-11 11. Cet ouvrage attribué à saint Épiphane a été publié par Migne, P. G., t. XLllI, et le récit auquel Jacques d'Édesse fait allusion figure à la colonne 408 : xai Ôavôvta tôv ulôv aùxr); 'Iwvàv àvéffTYjffsv 6 ôeô; Sià toù 'HXia On le retrouve dans saint Je- TRADUCTION DES LETTRES XII ET Mil DE JACQUES D'ÉDESSE. 269 ci- dessus, je ne concéderais pas encore que l'enfant ressuscité par Èlie est le prophète Jonas, il n'y a pas même apparence que ce puisse être vrai, parce qu'une chose est très distante de l'autre dans le temps. Depuis le commencement du règne cVAchab jusqu'à Phacée fils de Romélie, roi d'Israël, et Joa- tham roi de Juda, sous lesquels on pense que Jonas descendit à Ninive, on trouve jusqu'à cent soixante ans (1), d'où l'on conclut que cette parole ne peut être vraie. Voilà ce que je crois devoir t'écrire à ce sujet. Quant à savoir si Théglatphalasar était ou n'était pas roi alors, je te réponds qu'il n'est pas écrit ni dit quel était le roi de Ninive quand Jonas y alla; nous ne pouvons pas trancher la question magistralement et avec exactitude, mais nous dirons par vraisemblance et convenance, qu'à l'époque dont nous ve- nons de parler, on sait que Théglatphalasar était alors roi des (fol. 119'') Assyriens; on le voit parce qu'il est écrit qu'il monta à cette époque contre le pays d'Israël, et non pas Phoul père de celui-ci, ni Salmanasar son fils (cf. IV Rois, xv, 29). Quant aux quarante ou aux trois jours, je te dirai que dans les traditions qui sont chez les Grecs (les versions grecques) on trouve écrit trois jours et non pas quarante, et sache bien que je préfère trois jours, parce que c'était plus étonnant pour le peuple et plus stupéfiant et cela l'amenait à la crainte et à la pénitence plutôt que ce délai de quarante jours qui laissait trop d'intervalle et pouvait conduire à penser que la chose n'était pas exacte ou bien, si on la croyait exacte, à fuir, à quitter la ville et à demeurer au dehors à une certaine distance jusqu'à la fin du temps marqué. IX. — Tu me demandes encore quels étaient ces fruits de vigne sauvage dont il est écrit qu'un fils des prophètes les re- cueillit et les jeta dans un chaudron (2). A ce sujet, sache bien, ô frère investigateur et ami du travail, que ni moi ni un autre ne pouvons te dire avec exactitude rôme, Pvnef. vi Jon.,Migne, P. L., XXV, col. 1118 et dans Cédrénus, Hist. com- pendiwn, Bonn, 1838, I, p. 176-177. Cf. Michel le Syrien, loc. cit., p. 76. (1) Aehab commença à régner en 918 et Phacée en 758, ce qui nous donne bien 160 ans d'intervalle. Cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n° 478. [i] II Rois IV, 39. 270 ' REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. quelle est cette chose; ce qui est écrit chez les Syriens vigne sauvage, est écrit chez les Grecs le nouveau germe qui est dans la campagne, au lieu de fruii on lit les înelons des champs {\) et au lieu cVil alla ramasser des mauves (2) il est écrit dans les manuscrits grecs qu'il alla ramasser Ariout. Ariout est un mot hébreu qui n'est compris ni de moi ni des Grecs qui le lisent ainsi dans leurs livres. Ne t'étonne donc pas si j'ai écrit que je ne puis pas te dire avec exactitude ce que sont des choses semblables, parce que je ne puis t'expliquer avec précision les paroles hébraïques. — Sache bien que celui qui va recueillir l'herbe des champs au temps de la famine, en récueille beaucoup à cause de son dénuement, même de celles qui ne sont pas comestibles. Ainsi nous pouvons dire — comme il est écrit le nouveau germe et les melons des champs — qu'il s'agit ou bien de ces fruits semblables aux concombres (3) dont l'intérieur sert pour les guérisons et qui sont un remède pur- gatif, ou bien de ceux que des paysans appellent po- ^.^ciû (pé- pins du vin?). Après tout cela j'ajoute encore que je ne puis rien' te dire d'absolument sûr. X. — Quant au prophète Abdias, je te dirai en quelques mots que l'opinion des lecteurs est qu'il serait le chef des cinquante qui monta le troisième près d^Élie, le supplia de ne pas le faire périr comme les premiers, et descendit avec lui près d'Ocho- zias, roi A^ Israël (4) ; j'ajoute encore (fol. 119'') à son sujet une autre chose qui est une certitude et non une opinion, c'est qu'il est le mari de cette femme qui vint trouver le prophète Elisée et lui dit : Ton- serviteur mon mari est mort, et tu sais que ton serviteur craignait le Seigneur, et le créancier est venu pour prendre mes deux enfants comme esclaves (5), et il fit chez elle le miracle du chanerement de l'eau en huile, car il avait emprunté cela au moment de la famine (ïAchab, pour (1) lUî 1^^- (3) |l^*Jai-,U>. (4) Cf. II Rois I, 13. Cette première partie figure dans le De vilis prophelarum, Migne, P. G., t. XLIII, col. 408 et 416. O'jtô; è^tiv â Tpîxo; irsvTyixovrapyro;, oy èçeiffavo 'HXta; ô ©saêÎTy);, xai xaTeêrj, xai ^),6e Trpô; tôv Pa<7i>.sa. (5) II Rois IV, 1. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 271 acheter de la nourriture aux prophètes qui s'enfuirent devant Jézabel(l). XI. — Le tabernacle du témoignage que fit Moyse, l'arche du testament, le propitiatoire, les deux chérubins, la table d'or des pains de proposition, l'autel des parfums, le saint chande- lier d'or et toutes ses parties et tous les saints instruments d'or que fit Moyse étaient placés avec honneur et gardés à part, car on ne s'en servit plus après que Salomon eut fait d'autres ustensiles dans le temple qu'il bâtit; le prophète Jérémie et les prêtres d'accord avec lui les prirent durant la nuit, au mo- ment où les Chaldéens entouraient la ville et allaient la sub-* juguer, comme il est écrit dans le quatrième livre des Rois (2); ils sortirent en secret, traversèrent le Jourdain et allèrent à la montagne de Nébo (3) où Moyse était enterré et ils placè- rent tous ces saints ustensiles dans la caverne près de Moyse, puis Jérémie la scella et en cacha l'endroit; depuis ce jour le tombeau de Moyse fut complètement inconnu aux fils d'Is- raël (4). ■ ' Le scribe Baruch en témoigne dans sa lettre par une phrase '■ courte et mystérieuse quand il écrit : ils eiiiportèrent et ca- {[) ^^))|_/. Cedn.-nus {lue. cit., p. 177) raconte aussi qu'Abdias était procu_ reur d'Achab et noiiirit cent prophètes qu'il cacha dans deux cavernes. Cf. I Rois xvni, 4. Michel le Syrien {loc. cit., p. 69j donne d'abord le texte de saint Épiphane, puis résume la seconde partie du texte de Jacques d'Édesse sans doute d'après la présente lettre. — Cf. saint Jérôme, Comm. in Abdiam liber. Migne, P. L., t. XXV, col. lO'J'J. (2) Chap. XXV. (3) o^^p (4) Dans !e livre de Baruch (R. Basset, Les apocryp/ies éUnoplens, I, Paris, 1893, p. 6 et 8-9) le Seigneur dit à Jérémie et à Baruch de partir avant l'arrivée des Chaldéens et de confier à la terre les objets sacrés du culte. 11 n'est pas question du tombeau de Moyse, mais dans la légende de Jérémie {Ibid., p. 28- 29), il est dit qu'avant la destruction du temple, Jérémie cacha l'arche et tous les objets qu'elle renfermait dans un rocher « entre des montagnes dans le désert là où fut d'abord l'arche de la loi. En cet endroit gisent Moyse et Aa- l'on ". Ces paroles semblent tirées du livre De vilis prophelarum attribué à saint Épiphane. Cf. Migne, P. G., t. XLIII, col. 400. Cf. Michel le Syrien, loc. cit., p. 90 et 97 et Bar Hébraeus, Chron. Syr., p. 27 et Hisl. Dyn., éd. Oxford, 1663, p. 46. Dans ce dernier ouvrage, Bar Hébraeus écrit que Siméon, prince des prêtres, demanda à Nabuzardan de ne pas brûler les saints Livres ni les usten- siles du temple et les cacha dans un puits avec l'aide de Jérémie. Cf. II IMac- cab. u, 1-13. 272 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. chèrent des saints ustensiles (1). Au sujet du tabernacle et des saints ustensiles voilà ce que nous savons et tout ce que j'ai ap- pris pour te répondre. XII. — Au sujet de la pierre qui fit couler de Teau (2), je n'ai rien à dire et je ne comprendrais pas que quelqu'un voulût en parler. La question sur Sarvia mère de Joab,d'Abisaï et d'Asaël (3) et sur Abigaïl mère d'Amasa fils de Jéther (1) offre beaucoup de difficultés qui empêchent d'y satisfaire, cependant, pour la tran- quillité de ta Fraternité, je ne la laisse pas sans réponse. Sache donc que Sarvia et Abigaïl étaient sœurs, filles toutes deux de Jessé et sœurs du roi David. Voici les fautes qui existent dans les passages qui les concernent : Vous dites que Jéther père d'Amasa est un \^\a^i (homme de Jesraël). Il n'est pas v^-yt^u mais au lieu de ce mot il faut lire i.Nvy>..t « de la race d'Ismaël », fils d'Abraham. La seconde faute que vous avez (fol. 120'') a été faite, il y a longtemps déjà, par des scribes négligents; elle vous fait lire: Abigaïl, mère d'Amasa, fille de ^jl-j, lorsqu'elle est fille de Jessé (-^-i) et sœur de David (5). XIII. — Les psaumes qui sont écrits dans le livre de David ne sont pas tous de David et ne lui sont pas tous attribués, mais ils le sont les uns à David le psalmiste, le canal de l'Esprit (saint), les autres à des psalmistes prêtres, lévites des fils de Coré, que David lui-même avait établis chefs chantres sur ces deux cent quatre-vingts chantres qu'il avait constitués d'entre les Lévites, comme il est écrit dans le livre des Paralipomènes (6). Leurs noms sont : Asaph, Etham l'Ezrahite, Héman fils de Joël fils du (1) |Juj.o ppib ^ ^\ «i-^o. Cf. Lagarde, Librivel. Texl. apocnjphi, Leipzig, 1861, p. 89, l.'lT. (2) Sans doute Nombres xx, 7-13. (3) Cf. II Rois II, 18. (4) Cf. Il Rois -wii, 25. (5) 11 s'agit ici de concilier les Rois avec les Paralipomènes. D'une part Sarvia et Abigaïl sont sœurs de David et Abigaïl épouse Jéther l'Ismaélite (1 Parai, ii, 16-17). D'ailleurs Abigaïl est fille de Nahas et elle épouse Jéthra de Jesraël (11 Rois xvii, 25). (6) I Parai, xxv, 1-8. Ils étaient au nombre de deux cent quatre-vingt-huit (f- 7). TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 273 prophète Samuel (1). — Parmi ces psaumes il y en a de Moyse le grand prophète, de Jérémie le saint prophète et aussi du roi Saloiiion fils de David vt dldithoum le chantre, ainsi que d'au- tres chantres dont on ne connaît pas les noms parce qu'ils ne sont pas écrits en tète des psaumes (2). XIV. — Ta Fraternité me demande s'il est vrai que les Juifs ont été nommés Hébreux du nom d'Héber et si la langue hé- braïque est la première des langues. Je te réponds qu'en vérité les Juifs sont nommés Hébreux du nom de Héber{3) fils de Salah (4), câv Abi^aham, qui fut choisi par Dieu, en descendait, et qu'ils étaient nommés Hébreux, c'est-à-dire fils d'Héber, par tous ceux qui habitaient à Ur des Chaldéens, chez lesquels la première langue, celle d'Adam, s'était conservée. Ce nom ne vient donc pas de ce qu'Abraham passa l'Euphrate, comme un homme inepte (5) l'a imaginé et transmis (6). H y a été conduit par une faute qui se trouve dans les livres grecs, parce qu'il a vu écrit dans le Livre : Abra- ham T,ep(kTr,ç (7), c'est-à-dire qui traverse, parce qu'il traversa le fleuve Euphrate. Quant à la langue hébraïque (8), je te dis qu'en vérité c'est la (1) I Parai, vi, 33. Johel est fils de Samuel, mais ii n'est pas sûr que ce dernier soit le célèbre propliète. C'est encore en identifiant ce Johel avec le prophète Joël que certains commentateurs ont pu écrire que ce dernier était de race sacerdotale. Cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n" 1071. (2) Sur les auteurs des psaumes, cf. Vigouroux, Manuel Biblique, n" 653 où l'on retrouvera les idées de Jacques d'Édesse. (3) J^^k- (1) ^ii|^. (5) y^j- (6) Cet homme « inepte » a ou beaucoup de disciples. (7) uïi^(»|^. — Genèse xiv, 13. — Il est certain que irepa-rvi; n'est qu'une tra- duction d'un nom propre hébreu. (8) Jacques Bar Salibi écrit aussi que la langue hébraïque est la plus ancienne, il cite parmi les partisans de cette opinion Jacques d'Édesse, Moyse Bar Képha, Clément, disciple des apôtres, et Eusèbe d'Émèse. Il fait aussi le même raisonne- ment que Jacques d'Édesse sur le nom d'Eve. Cf. ms. syr. n" 66, fol. 20^. Mi- chel le Syrien cite d'après cette lettre l'opinion de Jacques d'Édesse « et de Jean de Litarba » sur la plus ancienne langue et l'origine du mot « Hébreu », puis il déclare être d'une opinion contraire : la plus ancienne langue est la langue araméenne, lococlL,]). 20. Cf. Bar Hébraeus, Chron. Syr., p. 9. — Le « Clément » visé par Bar Salibi est sans doute Touvrage qui existe sous ce titre en arabe et ORIENT CHRÉTIEN. 18 274 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. première langue et non pas la langue syriaque ou araméenne, comme beaucoup l'ont avancé à tort, même des hommes re- marquables et illustres. Que la première langue soit celle des Hébreux et non pas celle des Araméens, je pourrais le montrer, l'écrire et l'enseigner très longuement dans un livre si je ne craignais trop de fatigue et de travail. Qu'il te suffise, comme démonstration parfaite, de la parole de Clément disciple (fol. 120"") de l'apôtre Pierre qui dit à ce sujet qu'avant la confu- sion des langues à Babel, il n'y avait dans tout le monde qu'un parler et qu'une langue : l'hébreu aimé de Dieu, et aussi du dis- cours fait par Eusèbe, évèque îVEmèse dans lequel il montre et décide que l'hébreu est la première langue, il confirme son opinion d'après les noms des hommes qui ont précédé le déluge et surtout à l'aide de la parole dite par Adam à Eve sa femme : Elle sera appelée femme (1) parce qu'elle a été tirée de l'hom- me (2). Quelle saveur peut bien avoir cette phrase pour celui qui regarde l'Araméen comme la première langue, qu'il le dise et l'expose, puis qu'il répète après nous, s'il le veut, cette même phrase comme elle est dite en hébreu : celle-ci sera appelée femme (3), parce qu'elle a été tirée de riiomme (4). Car les Hé- breux appellent l'homme ^/ et la femme u/, de sorte que par là on reconnaît encore qu Adam parlait hébreu, lui qui fit cette phrase et dit : on appellera la femme m parce qu'elle a été prise de l'homme qui est appelé ^i (5). XV. — Après tout ce qui précède, plaçons encore pour tran- quilliser ta Fraternité, toutes les autres choses que tu as de- mandées; ce sont d'ailleurs des futilités dont il n'y a pas à re- tirer de profit : quelles sont les trois mille paraboles qui sont attribuées à Salomon, et les mille cinq cantiques (6) et quel est en éthiopien et dont la première partie a été publiée par Bezold (Die Schatz- liohle) et par RI"" D. Gibsou {Sludia Sinaïlica, t. VIII, Londres, 1901, cf. p. 33- 34). Cependant, selon cet auteur, Adam parlait syriaque et non liébreu. 1) ]i-^l (2) l-r-^- (3] ^*^ (4) ^l. (5) Cet argument nous semble irréfutable pour quiconque admet que cette phrase a bien été prononcée par Adam. (G) |iw=ja.. TRADUCTION DES LETTRES XII KT XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 275 le traité qu'il fit sur les arbres, sur les racines, sur les animaux des champs, sur les oiseaux, sur les reptiles, sur les poissons et sur les autres choses (1). Nous avons appris et lu que Salomon écrivit, ô homme ami du travail, mais quels sont les livres qu'il écrivit et quels sont leurs titres, aucun des commentateurs ou des Hébreux ne nous l'a appris. Or, nous ne pouvons pas dire ce qui n'est pas arrivé jusqu'à nous et ne nous a pas été transmis. Ne t'étonne pas que tous les livres écrits par Salomo?i dans sa science ne soient pas arrivés jusqu'à nous, puisque tu as entendu que ni les saints Li- vres écrits par Moyse, ni ceux des prophètes ne sont parvenus jusqu'à nous, nous n'en avons que des fragments que Dieu per- mit au prêtre Esdras de sauver, d'écrire et d'ordonner pour qu'ils nous arrivassent et nous apprissent la science des choses utiles. — De plus, les livres écrits par Esdras ne nous sont pas tous parvenus non plus. De cjuatre-vingt-dix livres qu'il est écrit et dit qu'il composa, il ne nous reste que les livres lus dans l'Église (2). Sache donc que les livres de Salomon ne nous sont pas parvenus non plus, et qu'il n'en résulterait aucun avantage pour l'àme s'ils étaient arrivés jusqu'à nous ; c'est pourquoi Dieu a jugé bon de ne pas nous les transmettre. Il y était question des arbres, des racines, des animaux, des oiseaux, des reptiles et des poissons, science (fol. 121'') qui sert à l'art de la médecine corporelle et que nous trouvons dans les livres des Grecs et des Égyptiens. Comme il est écrit qu'il fit des proverbes et des pa- raboles (3), il est évident que ceux que nous avons et lisons en font partie; nous ne les comptons pas et nous ne cherchons pas combien il y en a dans ce livre des paraboles que nous avons. Puisque j'ai. parlé aussi des cantiques, j'apprends à ta Fraternité que nous n'avons pas mille cinq, mais cinq mille cantiques (4), afin qu'au moment où tu apprendras cela, tu ne me demandes (1) m Rois IV, 32-33. (2) Ce qui précède est basé sur le IV livre d'Esdras qui est apocryphe, ou trouve cependant quelques différences. Il y est dit (ch. xiv) qu'Esdras inspiré par Dieu dicta à cinq scribes ce qui avait été fait depuis le conimonccment. En quarante jours, il dicta deux cent quatre livres dont les soixante-dix derniers devaient n'être lus que par les sages. Ce récit juif fut admis par plusieurs Pères de l'Église. Cf. Vigouroux, Dict. de la Bible, article Esdras. (3) |L)1U3. (4) Il faut sans doute entendre « versets ». 276 REVUE DE l'orient CHRETIEN. pas de te dire quels ils sont, quand tu verras et entendras toute l'abondance de l'effusion de la sagesse de Salomon, et pour que tu aies pitié de ma faiblesse. Voilà tout sur ce sujet. XVI. — Y a-t-il besoin d'une interprétation quelconque pour le passage : Soixante hommes, des hommes d'Israël, entourent le lit de Salomon et l'ëpée de chacun d'eux est sur sa, cuisse (1), lorsque nous voyons les rois et les chefs de notre époque gardés par des hommes armés et portant des lances aussi bien de nuit que de jour et à tout moment? Si tu m'en demandais le sens spi- rituel et la théorie du sens hyperbolique (2), ce que je ne crois pas, je te renverrais à un homme qui te renseignera à ma place et qui t'instruira facilement plus que ne le ferait mon Humilité. Prends saint Grégoire de Nysse et étudie le poème (n^^) qu'il a fait contre ceux qui attaquent {rf^)i) le Cantique des cantiques de Salomon, tu trouveras et tu seras tranquillisé (3). XVII. — Sur Saiil dont il est écrit qu'il interrogea au sujet de David (4), que puis-je répondre à ta demande quand il s'agit d'un homme que l'esprit de Dieu a quitté, qui est possédé de l'esprit mauvais, et auquel toute science a été enlevée? Quant à Abner, fils de Ner, qui lui répondit : Par le Seigneur et par ta vie, Seigneur roi, je ne sais pas de qui cet enfant est fils (5), on peut dire par opinion, vraisemblance et conjecture qu'il n'était pas près de Saut, lorsque Saut envoya David contre Goliath le Philistin (6). XVIII. — Ce qui a été écrit au sujet des dix justes s'ils étaient à Sodome (7), est rempli de vieilles fables, car nous n'admettons pas et nous n'approuvons pas celui qui admet que (1) Cantique m, 7-8. (2) o;îr> i «\%l)œ; ^>o/lo. (3) Le présent passage est expliqué par saint Grégoire do Nj'sse dans sa sixième homélie sur le Cantique des cantiques. Cf. Migne, P. G., t. XLIV, col. 900-904. (4) I Roi.s xvH, 58. Saiil demande à David quelle est sa famille, bien qu'il l'ait déjà eu pour écuj'er (xvi, 18-22) et qu'il l'ait équipé pour le combat (xvn, 31-39). (5) Ibid., xvn, 55. (6) Ibid., xvn, 31-39. (7) Cf. Genèse .xvni, 32. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 277 Lot avait d'autres filles en dehors des deux, ou des gendres en dehors de ces deux, ou quelqu'un de sa famille en sus de sa femme (1), toutes choses que le saint Livre de Moyse ne nous a pas transmises. Voilà tous les mets et les genres de nourriture spirituelle que la main de mon Humilité a pu ordonner et placer devant toi, elle les a choisis pour faire un repas à ta Fraternité qui les aime, ô frère spirituel et camarade. C'est là (fol. 121") une par- tie de ce que tu avais demandé à la charité de ma Pauvreté de placer devant toi sur la table, nous l'avons donné par petits morceaux, peu à peu, et non pour te rassasier ou te donner une indigestion, afin que notre repas ne fût pas d'ailleurs trop peu abondant et sans utilité et par suite de peu de considération et indigne de remerciement. S'il y a quelques mets demandés qui n'ont pas été servis, on les gardera dès maintenant pour pré- parer un autre repas. Pour toi, comme il est convenable, ap- plique-toi à tirer profit selon ton habitude des lectures substan- tielles et nourrissantes, puis en retour prie pour mon Humilité durant ces jours de joie spirituelle. Reste en bonne santé dans notre Seigneur, ô frère chéri, et sois toujours digne de tels fes- tins par les prières des saints. Amen. XIX. — Ta Fraternité (2) m'interroge au sujet de cette femme dont Mar Eplireni dans ses (discours) contre les (fausses) doc- trines dit qu'elle a obligé les Sabbatiens à courber leur tête 50US sa main (3); quelle est cette femme et que sont les Sabba- tiens'? Je te répondrai là-dessus facilement et en peu de mots : 11 y eut (fol. HP) à Édesse une femme qui aima dès sa jeu- nesse la pureté et le naziréat; elle se mêla aux garçons et ap- prit avec eux à l'école ce qu'on enseigne aux enfants. Elle était appelée chez ses parents Qamsou (oj.ioa>). Celle-ci, pour tromper ceux qui la voyaient, changea même son nom, et s'arrangea de manière à ce que chacun la prît pour un garçon et à ce que personne ne sût qu'elle était une femme. Elle apprit les sciences (1) Il est lait allusion ici à une h'-gende que nous n'avons pas retrouvée ailleurs. (ii) Lettre, XII. L'exorcle ^> .aat ^^ pLi >_.« a^;^L{o .yoov^o yOOfJ-^ l-^°>! |-a,^so Les Bardesanites nous paraissent avoir formé une école philosophique et scien- tifique plutôt qu'une hérésie proprement dite. En jnxrticulier Bardesane, d'après ce qui nous reste de ses écrits, n'a jamais professé les théories gnostiques du dualisme et des émanations. Cf. Bardesane l'astrologue. Le livre des lois des pays, Paris, 1899, Introduction. (•2) "»l. Cf. Rubens Duval, Ilisloire d'Édesse, Paris, 1892, p. 120. 280 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. la traduction d'un passage inédit de Jacques Bar Salibi (1) qui est à ajouter aux textes de Jacques d'Édesse et de Bar Hébraeus traduits plus haut au § VI. Sur Béhémoth. Cet animal sauvage est près de toi, lui que j'ai fait avec toi. Béhémoth mange V herbe comme un bœuf, sa force et sa puissance sont dans ses lombes etc. Ce faible animal qui ne peut être vaincu par la force est la sauterelle. Il est appelé Béhémoth au pluriel, c'est-à-dire : animaux nombreux. On rappelle sauterelle au singulier, à cause de sa réunion en troupe, mais il est constitué par beau- coup d'individus séparés. Il mange Vherbe comme {le fait) le bœuf. Quand il détruit les semences, il tire sa puissance de ses lombes et sa force de Vombilic de son ventre. Il saute sur les pierres, les bois et les épines, sans que son corps en souf- fre. Il d7'esse sa queue comme un cèdre; il saute sur la terre comme les animaux et vole en l'air comme les oiseaux; il est fort comme l'airain et Vépine de son dos l'est comme le fer (2) ; c'est la première de toutes les créatures qui naissent et pidlulent, à l'époque du printemps, parce qu'il éclôt le premier, et il se multiplie peu à peu contre les germes des c/iamps. Dieu l'a créé pour faire la guerre aux hommes et aux animaux puisqu'il mange leur noutiiture. Dieu Va destiné à faire rétonnement et la, risée des anges qui le dirigent et veillent à ce qu'il ne cesse pas de faire la guerre ni de rester uni à ses compagnons, afin qu'ils marchent dans un même sens, comme le cours. d'un fleuve. Il passe sur le dos des montagnes et des rochers et rien ne l'arrête. Il réjouit les animaux, les reptiles et les poissons quand il s'arrête ou tombe dans les pièges et dans les fleuves; les oiseaux et les coî'beaux en mangent. Il marche et nage sur les eaux et fait comme un pont pour le passage de ses co7npagnons. Il a confiance qu'il supporterait le courant du fleuve en na- geant devant lui {sans dévier). — Aussi Dieu dit à Job : Tu ne peux le vaincre dans la guerre, coïnment {oses-tu donc) jMiier contre Dieu et vouloir être victorieux? (1) Ms. syr. de Pai'is, ir 66, fol. 142. (2) Il serait peut-être mieux d'entendre ce versi't, non de la force des saute- relles, mais de la couleur dorée ou bronzée de leur corps, comme nous le ferons plus loin. TRADUCTION DES LETTRES XII ET XIII DE JACQUES d'ÉDESSE. 281 Le commentaire de Jacques Bar Salibi, comme ceux des au- teurs syriens en général, est basé sur les traductions impar- faites des Septante et de la Peschito; nous reproduisons donc ici la traduction du texte hébreu que nous avons déjà donnée dans la Revue sémitique. Nous laissons à MM. les hébraïsants de décider si notre traduction « ne doit pas » ou du moins « ne peut pas » être substituée à celle qui a cours depuis Bo- cliart. Voici la sauterelle que j'ai faite près de toi, Elle mange l'herbe comme (le fait) un troupeau de bœufs; La voici, sa force est dans sa fécondité (1), Et sa puissance dans la capacité de son ventre (2) ; Elle dresse [ou elle courbe) sa queue comme un cèdre (3), Ses nombreuses pattes (4) sont entrelacées ; Ses écailles ont des reflets d'airain (5), Ses membres (sont résistants) comme un bâton de fer (Oj ; Dieu la produit dès le printemps (7), Son créateur hâte ainsi ses ravages (8) ; Car pour elle est l'herbe des montagnes, Et tout animal des champs s'y réjouira (0); 4 Elle se pose sous les grands arbres, Aussi l)ien qu'au milieu des roseaux et des joncs; Les grands arbres la couvrent de leur ombre. Et les saules du torrent l'environnent; Si le fleuve bondit, elle no s'émeut pas. Elle sait qu'elle subjuguera (traversera) le Jourdain en ligne droite (10) ; (1) Mot à mot : «Dans ses lombes >>, considérés comme soiu-co et siège de la fécondité. Cf. Isaïe x.xi, 3. (2) Mot à mot : « In firmis ventris ». (3) Cet appendice caractéristique a fait donner à certaines espèces de saute- relles les noms de sauterelles à sabre et de suulerelles à coulelus. Cf. Larousse, Dict. universel, article Sauterelle. (4) Mot à mot : « Les nerfs (les fds) de ses cuisses », c'est-à-dire les diverses parties des pattes qui viennent à la suite des cuisses. (5) Couleur du dos de certaines sauterelles. (6) Les longues pattes sèches et dures des sauterelles donnent, quand on les touche, la sensation du 1er. (7) iliit à mot : « Elle est le commencement des voii?s de Dieu •>. (S) Dans la Peschito : ■■ Dieu l'a créée pour faii-e la guerre (pour dévaster) ». (9) D'après certains auteiu's syriens, tous les animaux mangent l(\s saute- l'i'lles et sont donc heureux de les voir arriver. — D'après Jacques Bar Salibi, elle fait périr (pnUJ ou r\UXà) tous les animaux des chanqis, « parce qu'elle mange leur nourriture ». (Kl) Allusion aux ailes de la sauterelle qui hd permettent e» effet de traverser les fleuves. D'après les Syriens, elle pourrait condjler le (leuve de ses cadavres 282 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. C'est cependant devant elle qu'on la prendra. Dans les filets elle donnera tête baissée (1). Il n'est pas étonnant non plus que Job ait pu désigner la sauterelle par le nom assez vague de mani ou d-qpiy., car il est de bon goût, en Orient, surtout dans les écrits poétiques, de ne pas désigner certains animaux par leur nom propre, mais par une épithète plus ou moins caractéristique; c'est ainsi qu'on peut trouver en arabe un millier de noms consacrés au seul lion. La sauterelle est bien un de ces animaux à désignation mul- tiple, car, dans la Bible seule, on lui donne les noms suivants : S''Dn; n3."iN; Dn:i; na; SïSi*; lan; dï;Sd; Sain; Q'2; phi. Ces mots sont souvent de simples épithètes; le plus usité, niMi, semble tiré de n:n, « il se multiplie ». Il n'est donc pas étonnant que les Syriens aient appliqué le mot mann, « les animaux », à l'es- saim des sauterelles. F. Nau. et faire un pont aux suivantes. Ils traduisent aussi : « Elle a confiance ipiVlIe frappera le Jourdain sur la lace •>. (1) jMot à mot : « Elle enfoncera le nez {la face) ». Allusion à une manière de détruire la sauterelle, contre laquelle on mobilisait déjà les troupes au temps de Pline {Ilisl. Nal., XI, 35). On jjousse les sauterelles vers un cours d'eau ou un fossé, et on élève sur le bord opposé un filet ou des couvertures pour arrêter celles qui prendraient leur vol. SIVAS HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE 1021-1820 {Suite) (1) CHAPITRE V RUINE DE SÉBASTE. 1" Situation des provinces orientales de l'Empire. — 2" Les Persans à Sébaste. — 3" L'archevêque de Sébaste à Constantinoplc. — 4° Les princes arméniens em- pêchent une tentative d'union religieuse. § 1, — Situation des provinces orientales de V Empilée. S'il fallait en croire les auteurs arméniens, et en particulier Matthieu d'Édesse, le gouvernement impérial aurait été la cause de tous les maux qui, dans la seconde moitié du xi^ siècle, vinrent fondre sur leurs co-nationaux. Aujourd'hui que ces lu- gubres événements apparaissent comme estompés dans le loin- tain de l'histoire, on peut trouver qu'ils ont exagéré les respon- sabilités de l'Empire. Les premiers historiens l'ont fait, faute sans doute de s'être trouvés dans un recul suffisant pour appré- cier, comme il convenait de le faire, les personnes et les choses. Ceux qui sont venus après eux, les ont copiés, sans se donner la peine d'examiner le bien-fondé de leurs dires : c'était plus aisé, et puis n'est-ce pas toujours une consolation que d'imputer à un autre qu'à soi les maux dont on a souffert? Sans chercher à faire en rien l'apologie de la politique byzan- tine, ne sont-ce pas les Arméniens qui, en 1021, ont mis les Grecs en possession du royaume de Vaspouragan et, en 1045, (Ij Voyez 1905, 79, 169. 284 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. de celui d'Ani? N'était-il pas naturel que ces pays, une fois ré- duits en provinces impériales, fussent traités comme les autres? Eût-il été sage d'en confier la garde à une armée nationale? et pouvait-on y mettre les meilleures troupes de l'Empire? Ce sont là pourtant les deux griefs que Matthieu d'Édesse formule (n° 84) contre les Grecs : « Ils ont abattu le mur pro- tecteur que formaient notre brave milice et nos intrépides guerriers, et leur unique préoccupation semble avoir été d'éloigner de l'Arménie tout ce qu'il y avait d'hommes de cœur et de vaillants soldats pour les remplacer par des eunuques. » Suit une longue tirade sur les Grecs efféminés, où l'on croi- rait trouver une réminiscence de l'Achille aux pieds légers d'Homère, lorsque l'auteur dit : « Tls ont fait de leur promp- titude à prendre la fuite un de leurs titres de renommée et de gloire. » Pour être équitable, il ne faudrait pas oublier que durant la déi)lorable période qui s'étend de 10.54 à 1059, le sceptre des empereurs, en cinq ans, passa en cinq mains différentes. Au milieu de ces révolutions, des révoltes et des guerres qui les accompagnèrent, était-il possible que les provinces situées, comme les anciens royaumes arméniens, aux extrémités de l'Empire ne fussent pas n(';gligées? D'ailleurs les diverses factions qui s'étaient formées dans ces états, et qui avaient tant contribué à leur ruine, n'avaient cer- tainement pas cessé d'exister. Les gouverneurs grecs que Sa- muel d'Ani (cf. l'an 491 de l'ère arménienne) appelle Kata- pan (1) avaient pour le moins rencontré dans le pays autant d'opposition que les rois nationaux. Dans l'état de fermentation où se trouvaient ces contrées, il est fort vraisemblable que tous les adversaires de la domination grecque aient été amenés à désirer s'y soustraire en s'appuyant sur les Persans. Cette hypothèse qui n'a rien d'absurde en soi, semble con- firmée par le passage où Matthieu d'Édesse dit (n° 94) : « Il (Kakig, ancien roi d'Ani,) avait l'intention de ne plus re- tourner à Constantinople, mais d'aller trouver Alp Arslan et de reprendre possession du trône d'Arménie. Car à plusieurs (1) Il ne semble pas que ce mot soit arménien et, comme à la même époque il était également donné aux gouverneurs grecs de l'Italie méridional'", il pourrait venir par métathèse de Capatano dit pour Capitano. siVAs. 285 reprises déjà le Sultan avait invité Kakig à venir auprès de lui, et seule sa qualité de chrétien avait empêché le prince arménien de se rendre à ces avances. » Le roi déchu devait donc avoir encore de nombreux partisans tout disposés, en vue d'une res- tauration, à faire appel à Tlnfidèle. Les Persans ne pouvaient donc désirer circonstances plus fa- vorables pour envahir les pays récemment annexés à l'Empire, et, au besoin, en faire la conquête. Voici ce que rapporte le manuscrit de Sivas : « Vers le temps où mourut Pierre Kéda- tartz, le Slar (gouverneur militaire) du Koraçan avisa Togrul bey de la faiblesse des garnisons grecques, absolument inca- pables de protéger les frontières qu'elles avaient à défendre. Le Sultan se résolut alors à faire une incursion sur les terres de l'Empire. Il mit en mouvement toute la Perse et toute la partie du pays des Scythes qui était soumise à son autorité. 11 y leva une armée innombrable dont il confia le comman- dement à trois de ses généraux : Samoukh, Amoukafr et Guidjorkis. Il les envoya en Arménie, dans tous les pays dont les Grecs s'étaient emparés, avec l'ordre de ravager toute la contrée jusqu'à Sébaste et de piller cette célèbre et populeuse cité. » % 2. — Les Persans à Sébaste. L'armée persane « semblable à un tourbillon » s'avança sans rencontrer d'obstacle. Selon Matthieu d'Édesse « son principal objectif était de s'emparer des fils de Sénèkèrim, Adom et Abousahl ». Il est étrange vraiment que le manuscrit de Sivas, qui cite Matthieu d'Édesse ets'accorde avec lui pour l'ensemble, ne signale pas cette particularité. Les princes arméniens, avertis de l'approche des ennemis, eu- rent le temps de s'enfuir et de se mettre en sûreté à Kavadanèk(l) (1) Le manuscrit dit que « c'était une petite ville fort bien défendue ■'. JI. Du- lauricr, dans ses notes à Matthieu d'Édesse, la place au S.-E. de Sivas. Méchitar d'Aïrivank la range, avec Marache et Béhesni, parmi les localités de la Cilicie dont les princes arméniens s'emparèrent dès le début de leur puissance dans cette province. C'était donc une forteresse du Taurus et je pense qu'elle devait se trouver à proximité de Dandaxena (cava Danexa), station que l'Itinéraire d'An- 286 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. (Khavatanèk) avec une foule de seigneurs de leur entourage. La ville de Sébaste fut investie par les infidèles, le dimanche avant la Transfiguration, par conséquent le 4 juillet 1059. Matthieu d'Édesse affirme qu'à cette époque la ville était dépourvue de remparts et que néanmoins les envahisseurs n'avaient pas osé y pénétrer tout d'abord, parce que, apercevant de loin les blan- ches coupoles des églises, ils les avaient prises pour les tentes d'une armée grecque. Ils eurent bientôt reconnu leur erreur ; alors se précipitant dans la ville, ils en massacrèrent sans pitié les habitants, firent un grand nombre de prisonniers et enlevè- rent un immense butin. « Car, dit l'auteur, cette ville était la résidence des souverains arméniens. » Lorsqu'il raconte la prise d'une ville, Matthieu d'Édesse sem- ble n'avoir à sa disposition qu'une série de formules assez peu variées. C'est toujours la plaine inondée de sang, le cours d'eau qui traverse les murs de la ville — même lorsque, comme à Sébaste, elle n'en a pas, — dont les eaux limpides sont rougies par le sang répandu à flots et qui coule de toute part, les nobles et clercs massacrés, les mille églises détruites, — parfois pour- tant il n'y en a que 800, à Ani il en compte mille et une où se célébrait le saint sacrifice, — enfin ce sont les matrones, les jeunes filles et les enfants réduits en un honteux esclavage. Ici, pour achever le tableau de la ruine de la ville, il ajoute : « En quelques instants Sébaste devint semblable à une chaumière que l'incendie aurait consumée. » Bien qu'il en appelle au témoignage de Matthieu d'Édesse, le manuscrit donne à sa narration une nuance toute différente. « La ville, dit-il, qui n'était pas suffisamment défendue, fut bientôt inondée par des soldats à demi barbares qui mirent à mort tout ce qu'ils rencontrèrent et firent un massacre épou- vantable des habitants. Pour déblayer les rues, on fut obligé d'entasser les cadavres comme les bûches d'un bûcher. Le sang qui de toute part ruisselait à torrent fit déborder les ruisseaux qui traversent la ville et qui coulaient rouges de sang jusqu'à l'Halys. » Cela montre le sans-gêne avec lequel l'auteur du manuscrit tonin indique à 72 milles de Mélitène sur la route de Césarée et à 86 milles de Gu- euse sur la route de Sébaste : ce qui conduit aux environs de la petite ville actuelle de GiJrûn. SI VAS. 287 traite les documents dont il se sert. Ce qui suit le montrera davan- tage encore. Il continue en effet en disant : « L'historien Mat- thieu d'Édesse raconte qu'il y eut quatre cents édifices ornés de dômes, tantpalaisqu'éghses, qui furent dévorés par les tlammes, que les habitants périrent tous par le feu ou par le tranchant du glaive, et qu'enfm, après un séjour de /««//( wo?'s dans la con- trée totalement dévastée, les Persans rentrèrent dans leur pays. » Or Matthieu d'Édesse ne parle ni de 400 édifices, ni du massacre de toute la population, ni de huit mois de séjour des ennemis; il se contente de dire qu'ils restèrent huit jours dans la ville incendiée, puis retournèrent chez eux. § 3. — L'Archevêque de Sébaste à Constantinople. Le manuscrit de Sivas affirme qu'après le départ des infidèles, — probablement dès l'automne de 1059, — Adomet Abousahl, sortant de leur retraite et renonçant à habiter leur capitale rui- née de fond en comble, se retirèrent à Constantinople où ils firent un assez long séjour. Ils y furent rejoints, probablement dès l'année suivante, par Elisée, archevêque de Sébaste, qui accompagna à la capitale le catholicos Khatchig. On place ordinairement ce voyage en 1059 et cela expliquerait fort bien que le manuscrit n'ait pas eu à mentionner l'archevêque, à l'occasion du sac de la ville. Pourtant les auteurs étant unanimes à affirmer qu'il eut lieu sur les in- jonctions de l'empereur Constantin Ducas, il faut nécessairement, avec Saint-Martin {Mémoires sur V Arménie, t. II, p. 441), le pla- cer en 1060, puisque ce prince ne monta sur le trône que dans les derniers jours de 1059. Cela d'ailleurs ne contredit pas les anciens historiens, puis- que Samuel d'Ani n'assigne pas plus que Matthieu d'Édesse, une date précise à ce voyage. Le dernier dit seulement (n° 85) que le catholicos fut emmené à Constantinople « ainsi que plusieurs évoques, entre autres l'éminent seigneur Elisée », archevêque de Sébaste, et qu'ils y restèrent trois ans en prison. Il paraît également indiquer (n" 89) que le but du gouvernement était d'obtenir la cession par Khatchig de tous les biens du catholicat. Il assure (n" 85) que ^ pour trouver les trésors cachés, on mit à 288 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN- la torture une multitude de personnes ». Samuel d'Ani avance que « le Catliolicos eut beaucoup à souffrir de la part de ce mé- chant prince (Constantin Ducas) et de la cour impériale ». A l'occasion de la mort de ce prélat, Matthieu d'Édesse écrit (n" 89) : « A Constantinople, il eut bien souvent à souffrir les injures des Grecs et toutes sortes de tribulations à cause de sa foi. Nous avons entendu dire qu'il fut soumis à l'épreuve du feu et qu'il traversa les flammes sans en éprouver aucun mal. Ils (les Grecs) le racontaient eux-mêmes, sans pouvoir cacher le dépit et les soupirs que ce souvenir leur inspirait. » L'auteur se tait sur le rôle de l'archevêque de Sébaste et des autres prélats arméniens durant leur séjour à Constantinople ; mais il nous apprend que les princes Adom, Abousahl et Kakig, ancien roi d'Ani, qui se joignit à eux, mettant en commun leurs efforts, « parvinrent, en se donnant toutes les peines du monde, à obtenir pour le Catholicos et les évêques la permission de retourner au milieu des Arméniens » . Leur retour dut avoir lieu en 1062 : car, d'après le manuscrit, il semble que l'archevêque Elisée soit mort dans sa ville archi- épiscopale, trois ans après qu'elle eut été ruinée par les Per- sans, et dans l'intervalle il avait également été trois ans prison- nier à Constantinople. L'année 1062 seule répond à ces données, en supposant que l'archevêque soit mort peu après son retour à Sébaste. De plus le catholicos Khatchig, mort en apprenant la prise d'Ani par les musulmans, le 16 août 1064, avait été trois ans catholicos à Tavplour, depuis son retour de la capitale. Or pour pouvoir trouver ces trois ans, il faut bien encore placer ce retour en 1062. Il semble que Khatchig et l'archevêque, avec les princes Adom et Abousahl, firent alors quelque séjour à Sébaste. Certains écri- vains vont même jusqu'à dire que, comme son oncle Pierre Ké- datartz, il y établit le siège du Catholicat. Ce serait alors proba- blement qu'ilaurai't consacré Khatchadour, successeur d'Elisée, prélat qui, d'après le manuscrit, fut élu avec l'assentiment d'Adom et qui gouverna le siège de Sébaste, pendant 31 ans, au milieu de difficultés inouïes. {A suivre.) R. P. Girard S. J. TRAITÉS LITURGIQUES DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GERMAIN TRADUITS Par ANASTASE le bibliothécaire INTRODUCTION En 1868, le cardinal Pitra signalait (1) un manuscrit con- tenant la traduction par Anastase le bibliothécaire d'un résumé de la Mua-caYWYia de saint Maxime le confesseur et du commen- taire liturgique connu sous le titre de M'jGzv/Sq O£0)p{a; il pu- bliait en même temps une lettre à Charles le Chauve, où Anas- tase affirme avoir exécuté ces traductions pendant son séjour à Constantinople, c'est-à-dire en 869-870, et un double spécimen des dites traductions (2). Pitra n'indiquait pas dans quelle bibliothèque se cachait le manuscrit découvert par lui. Il se proposait de publier plus tard en entier la Muair/Y; Gswpia, mais mourut sans avoir réalisé son projet. On a pu croire le manuscrit perdu (3), il n'en est rien. Dans un volume postérieur, le savant cardinal se montrait heureusement moins discret, et, en éditant un nouveau passage du commentaire liturgique, avait soin de (1) Pitra, lurls ecclesiastici Graecuriim historia et monumenla, t. Il, Paris, 1868, p. 287. (2) IbicL, p. 287-290, 298-299. (3) Brightman, Liturgies eastern and îuestern, t. 1, Oxford, 1896, p. xcv (intro- duction). ORIENT CHRÉTIEN. . 19 290 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. dire qu'il le tirait ex duplici codice Cameracensi et Pari- siensi, utroque saecuU IX (1). Ces deux manuscrits sont le cod. Camerac. biblioth. municip. 711 et le cod. Paris, biblioth. nation. 18556; je les désignerai respectivement par les lettres C et P. Voici la description que Pitra donnait de C : » Saeculo IX, sine ulla controversia, manu eleganti scriptus est; immo eam curam singula folia praeferunt, quae ipsum produnt operis auctorem; ils quippe scholiis in margine munitur, ils supra lineas ornatur correcturis, liturisque sollicitatur, quae ipsam- met manum obstetricantem significant; scriptura carolina est, non tamen gallicana, sed italica, longobardicis, ut aiunt, rustî- cisque conspicua litteris : quae quidem et alla minutiora dum olim intuerer in ipsa meinbrana, pellucida et rigida, in minore forma circumcisa, et quasi regiae lectioni simul et itineri longo accommodata, in hanc veni suspicionem aut codicem esse quoddam archetypum, aut ex primigenio exemplari pri- mum esse apographum, quod Anastasius, ecclesiae Romanae bibliothecarius, Carolo Calvo imperatori, cum nuncupatoria epistola, misit (2). » Dimensions du manuscrit : 20 x J5. La partie qui nous intéresse compte 60 feuillets, de 16 lignes à la page. Titres, initiales des paragraphes et chiffres en rouge; une seule ini- tiale ornée. Abréviations usuelles pour Deus, Christ us, eccle- sia, sanctus, spiritus, rares dans les autres mots. Reliure moderne. Le fol. 1 est blanc, sauf, au verso, cette table des matières, écriture du x" siècle : Hystoria niistica ecclesie catliolice Maximi, quant trans- tulit Anastlmsius. Item hystoria Fi^ancorum et regum Francie. LXXVII. Ce dernier ouvrage, dont nous n'avons pas à nous occuper, a été réuni dès le x" siècle à la version d'Anastase, mais il forme bien un codex à part; le parchemin sur lequel il est écrit est beaucoup moins fin que celui du début du volume. Quant aux soixante premiers feuillets, ils contiennent en (1) Pitra, Analecta sacra spicilegio Solesmensi parata, t. II, Frascati, 1884, p. 208. (2) Pitra, Iiiris eccles. Graec. hist. et monum., t. II, p. 287. TfÏAlTÉS LITURGIQUES. 291 réalité non seulement VHystoria mistica annoncée, mais plu- sieurs autres morceaux : P La lettre d'Anastase à Charles le Chauve, fol. 2. 2*^ L'index des chapitres de saint Maxime, fol. 5. 3" L'index des chapitres de la Muutixy] Oeojpi'a, fol. 6. 4° La traduction de saint Maxime, fol. 8 v°. 5" La traduction de la MijffTiy.Y] 9£o)pia, fol. 25. 6° La traduction d'une lettre de saint Nil à Nemertius, fol. 59 r. P compte 61 feuillets de parchemin; c'est un in-quarto de 0,175 X 0,225, tout entier de la même main. Pas de rubriques, pas de scolies en marge. Bonne écriture, très lisible, mais nombreuses abréviations. Le volume contient : Symposii aenigmata. — De computo. — Collectaneum Servati Lupi de tribus quaestionibus. — Ejusdem epistola ad Carolum Calvum. — Quaestiones theologicae. — Maximi et Germani historia mj/stica cum praefatione Anastasii Exigui ad Karoluin (1). L'œuvre d'Anastase s'étend du fol. 38 au fol. Gl. Le volume ne contient pas la lettre de saint Nil. Pour Pitra, on l'a vu, ce manuscrit, comme celui de Cambrai, serait du ix" siècle. M. L. Delisle dit ix" ou x*^ siècle. M. H. Omont, qui a bien voulu l'examiner de nouveau à mon inten- tion, hésite aussi entre la fin du ix^ et le commencement du x*" siècle. Le texte de P ne présente pas de variantes importantes; l'orthographe est beaucoup moins correcte que celle de C. J'admets que C soit une copie faite directement sur l'original, peut-être même pour l'empereur, comme le suppose Pitra; P est indépendant de cette copie, mais a été exécuté sur une copie très voisine, quoique moins soignée. (I) L. Delisle, Invcnlaire des manuscrUs lallns de Notre-Dame et d'autres fonds, Paris, 1871, p. 102. 292 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Dans sa lettre à Charles le Chauve, Anastase déclare n'avoir pas traduit la MuaTaywYi'a entière de saint Maxime, mais seu- lement des extraits déjà faits par les Grecs. Ces extraits ne sont autre chose que le dernier chapitre de l'édition de Com- befis, sauf les deux paragraphes de la fin contenant l'éloge de saint Denys l'aréopagite et les protestations d'humilité de l'auteur (I). La traduction permet de constater qu' Anastase avait sous les yeux un texte peu différent du nôtre. On peut se demander quels titres possède à figurer dans l'œuvre authentique de saint Maxime un morceau qui, dès le ix"" siècle, circulait à Constantinople sous le nom de cet auteur, mais comme un simple extrait de son ouvrage. L'intérêt capital de la trouvaille faite par le cardinal Pitra est dans la traduction de la MuŒxty.r, Oewpu. Les cod. Vatican. 1070, 2051, 2146; Ottobon. 338, 378; Regin. 46; Vallicell. F, 70; Nan. 34; Paris. 502, 854; Baroc. 42; Eborac. S. Pétri 50; Hierosol. biblioth. patriarch. 343; Mosq. biblioth. synod. 333 (276), contiennent un commentaire litur- gique sous le nom de « Germain, archevêque de Constanti- nople t>. Cet ouvrage est anonyme dans les cod. Vatican. 112, 339, 375, 504, 790, 1151 ; Palat. 367; Ottobon. 408; Laurent, pi. LVII, G. 48; Vindobon. 196. D'autres manuscrits l'attribuent à saint Basile; ce sont les cod. Vatican. 430, 640, 662, 1277; Barberin. III, 72; V, 18; Paris. 502, 1259 A, 1555 A; Nan. 228; Cryptofer. B, 14; Oxon. S. Magdalen.; Neapol. 236; Sinaït. 384; Athoi 4871, 5026 (?); Hierosol. biblioth. patriarch. 39; Hierosol. S. Sabb. 86; Hierosol. S. Crue. 2. Celte attribution invraisemblable, qui a pourtant fait largement son chemin, provient sans doute du fait que le commentaire s'applique à la liturgie byzantine dite de saint (1) Dans MiGNE, Palrologia yraeca, t. XCI, col. 701 seq. TRAITÉS LITURGIQUES. 293 Basile, ou du moins qu'il lui a été appliqué dans l'idée des copistes. Cette dernière explication me semble valoir pour le cod. Baroc. 27 qui attribue le commentaire à saint Cyrille de Jéru- salem. On saisit un procédé analogue dans le cod. Hierosol. S. Sabb. 414, qui en fait honneur à saint Basile « et autres saints Pères », et dans le cod. Paris. Coislin. IM, qui lui donne pour auteurs l'apôtre saint Jacques, saint Basile, saint Athanase, saint Cyrille d'Alexandrie et saint Jean Chrysostome (1). Ce commentaire fut imprimé pour la première fois à Rome en 1526 par le Cretois Demetrios Doukas, avec l'approbation du pape Clément VII et le concours de Livio Podocantaro, archevêque de Chypre, et de Léonard de Balestrinis, métropo- litain de Rhodes. II est placé à la suite des trois liturgies byzan- tines. Voici du reste le titre complet de ce livre rare, dont la Bibliothèque nationale de Paris possède un exemplaire, Inven- taire B 1556, Réserve : AI 0EIAI AEITOTPFIAI. | TOT AFIOY IQANNOT TOT | XPTSOSTOMOT. | BAIIAEIOT TOT MEFAAOT. ] KAI H TQN nPOHriA:!:MENQN. \ FEPMANOT APXIEniSKOnOT | KwvCavTivouT^ÔXstoç , l^xopioc 'Ev.yX-QciaÇiv.ri ^^^'^ iJ.uffTixYj (izoipia. A la fin du volume : 'Ev ptoij.rj ■/iXtoCw çxç'. MtjVoç 6y.To6piou (sic). Ae^uôr/jti (sic) ^r,\j.-qxpio'j Aouxa TOU 'ÂpYj-ô; (2). Autre édition, également à la suite des trois messes, dans AeiToupytat xwv hfidiv Tiaxépwv, Paris, 1560, p. 145-179. Traduc- tion latine dans la collection correspondante, Liturgiae patrum, Paris, 1560, et dans la Bibliotheca sanctorum patrum de Marguerin de la Bigne, Paris, 1575 (plusieurs rééditions). Troisième édition (avec la traduction latine) par Fronton le (1) PiTRA, Juris eccles. Graec. hist. et monum., t. II, p. 297, signale encore notre commentaire dans le cod. Ottobon. 459 sous le nom de saint Sophrone, et dans les cod. Ottobon. 418, Paris. 2500 et Marc. 228 sous le nom de saint Jean le Jeûneur. Il s'agit d'ouvrages très différents de celui que nous étudions. On s'étonne que Pitra ait oublié que le pseudo-Sophrone a été publié par Mai, Spicil. Rom., t. IV, Rome, 1840, p. 31 (réimprimé dans Migne, Patrologia graeca, t. LXXXVII, col. 3981) et le petit traité de saint Jean le Jeûneur par lui-même, Spicil. Solesm., t. IV, Paris, 1858, p. 440. (2) E. Legrand, Bibliographie hellénique, xv'-xvi" siècles, t. I", Paris, 1885, p. 193-195. 294 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Duc dans son supplément à la 4" édition de cette Bibliotheca sanctonnn patrimi, Paris, 1624, t. II, p. 131. Le Duc attribuait l'ouvrage, non à saint Germain I", f 730, mais au patriarche Germain II, 1220-1240. Quatrième édition, Venise, 1639, par les moines Philothée Bellerianos et Épiphane de lanina, d'après un manuscrit appartenant à Matthieu Cigalas : 'H Osîa AciTcupYta èpir^vci^ivr^ {sic) 7:a.çiCf. tûu èv à^(io\.ç, iiaxpbç y;[^,wv r£p[;.avou, TCaipiip/ou Kwvarav- TivcuTtiXewç (1). Réimprimé à Venise en 1690 (2) et en 1751 (3). Cinquième édition, par Thomas Milles, d'après le cod. Ba- roc. 27, avec les œuvres et sous le nom de saint Cyrille de Jérusalem, Oxford, 1704. Sixième édition, par Galland, dans la Bibliotheca vetermn patrum, Venise, 1765 seq., t. XIII, p. 203. Galland défend dans sa préface, ihid., p. 7, l'attribution à saint Germain. C'est son édition que Migne a reproduite dans sa Patrologia graeca, t. XCVIII, col. 383. Septième édition, accompagnée d'une vieille traduction slave, par N. Krasnoseljéev , Svedenja o nekotorih litur- gièeskih rukopisiah Vatikanskoj biblioteki,KsiZSin, 1885, p. 323. Un simple coup d'œil jeté sur le commentaire tel que nous l'avons, suffit pour s'assurer qu'il a été misérablement interpolé. Mal impressionnés par ce triste aspect de l'ouvrage, Allatius, Gretser, Oudin, etc., après Le Duc crurent devoir en refuser la paternité à saint Germain pour en attribuer la composition à Germain II (4). Richard Simon, comme Galland, tint pour Ger- main I" ; il eut même l'intention de donner du commentaire une édition améliorée, d'après un manuscrit lui appartenant (5). Le meilleur argument en faveur de Germain F'', c'est que l'auteur indique la fm du monde pour l'année 992, ce qui évidemment ne se comprendrait pas sous la plume de Germain II. (1) E. Legrand, op. cit., xvii" siècle, t. I", Paris, 1894, p. 403 : un exemplaire de ce livre est dans la bibliothèque de la laure Saint-vSerge près Moscou. (2) E. Legrand, op. cil., xvn" siècle, t. II, Paris, 1894, p. 474, d'après un cata- logue d'A. Papadopoulos-Bretos. (3) P. Lampros, KaTaXoyo; ouavîuv fli6X(a)v, Athènes, 1864, p. 18. (4) Voir Fabricius, Bibliotheca graeca, édit. Harless, t. VIII, p. 444; t. XI, p. 157. (5) R. Simon, Bibliothèque choisie, t. II, p. 174; voir ses notes à Gabriel Sévère, Fides ecclesiae orienlalis, Paris, 1671, p. 249, 287. TRAITÉS LITURGIQUES. 295 La découverte de Pitra tranchait définitivement la question. Le commentaire date au moins du ix* siècle; ses interpolations du XI*' ou du XII' (1). Mais est-il bien l'œuvre authentique de saint Germain, comme Ta cru Pitra? Sans prétendre donner une solution certaine, je crois devoir émettre quelques observations à ce sujet. D'abord, Anastase indique l'attribution à saint Germain seu- lement comme une tradition répandue chez les Grecs de son temps : quae hinc reuerendae memoriae Germa7ius, ut Graeci ferunt, ecclesiae constantinopolitanae sensit autistes, ex toto transferenda duxi. De même, dans la table des matières, nous lisons simplement : capitula historiae mysticae, ut fertur, Ger- mani episcopi constantinopolitani. Ensuite, les chapitres LV, LVI, LVII, LXI et LXIl sont em- pruntés textuellement à saint Maxime, non au résumé traduit par Anastase, mais au corps même de l'ouvrage dont ce résumé, ai-je dit, me semble distinct. Enfin, notre commentaire finit brusquement, sans conclusion, sans même l'inévitable doxologie qui clôture tout traité ecclé- siastique. Il est donc possible que, si saint Germain a vraiment composé un commentaire liturgique, et ceci me paraît très probable, il est possible qu'Anastase n'en ait pas connu le texte authen- tique, mais seulement un résumé, analogue au résumé de saint Maxime qu'il avait aussi entre les mains. La lettre de saint Nil, moine, à Nemertius, scholastique, con- tenue dans le manuscrit de Cambrai, est sans doute aussi une traduction d'Anastase, bien qu'il n'en parle pas dans sa lettre à Charles le Chauve et qu'elle soit absente du manuscrit de Paris. Cette lettre ne figure pas dans les œuvres éditées de saint Nil. (I) Brightman, op. cit., p. xciii (introduction). y 296 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Avant de transcrire le texte des diverses pièces que je viens de passer en revue, je me fais un devoir d'offrir mes sincères remerciements à tous ceux qui ont bien voulu me faciliter ma tâche d'éditeur, en particulier à M. L. Clugnet, qui a pris la peine de collationner pour moi le manuscrit parisien, et à M. Capelle, conservateur de la bibliothèque municipale de Cambrai. CamS'ac Domino gloriosissimo et magno principi Karulo Anasta- 711 fol. 2. sius exiguus. Nil gratins, nil prorsus acceptius offerri cuiquam dinoscitur, quam id quod ipse gratum habere cernitur et acceptum, cui 5 offertur. Unde quia tu, dictator optime, prae omnibus et super omnia sapientiam dilexisti, licet uenerint tibi omnia pariter cum illa, nil inerti et imperitomihi famulo uestro salius pietati uestrae offerendum occurrit, quam id quod pertinere ad sapien- tiam comprobatur. Quid autem magis diuinae sapientiae proxi- foi. 2v" mum I quam mysteriorum nosse uirtutem, quibus ad fidem imbuimur et ad pietatem sedulis exercitiis erudimur? Ecce enim cotidie, ut pauca intentes reddendi causa fidelium animos dicam, ecclesiarum parietes intuemur, panem et uinum offerri Deo super altare conspicinius, sacras lectiones et cetera diuina 15 in eis eloquia recenseri et audiri non ignoramus. Sed quid haec innuant, uel quid intus utilitatis habeant, aut quid haec arcana uel mystica sint, nec aduertimus nec saltem sciendi gratia stu- foi. 3. diose rimamur. De quibus omnibus quia sanctum | Maximum graece scripsisse Theocaristo cuidam repperi, de ipsius opimis 20 sacrisque uerbis excerpere quaedam et, sicut ea quoque graece iam excerptainueni, latino sermonitradere duxi. Uerum, sicut ipse confessor et martyr Christi testatur, haec partim sicut magno cuidam seni, quem miris sapientiae sanctitatisque attol- lit praeconiis, fuerant mystice per contemplationem uisa, de- 25 scripsit. Sane mémorandum censeo quid idem beatus Maximus de sancto Dionysio dilecto et dilectore uestro in huius operis 7, tuo au-dessus de uestro. — 8. tiiaj au-dessus de uestrœ. — 11, at pietatem C. — 14, conspicimur C. — 16, aut quod corrigé en a. quid C. — 17, psaltem P corrigé en saltem. — 19, repperimus C. ipsius | opimis, fol. 38 v" P. — 26, tuo au-dessus de uestro. TRAITÉS LITURGIQUES. 297 praefatione perhibeat. Aitenim : sed quoniam a sanctissimo et reuera deiloqiio Dionysio areopagita | in opère, quod deeccle- foi.sv siastica scripsit hierarchia, de sacra sanctae synaxeos celebra- tione digne, utpote magno, contemplata sunt symbola, sciendum quod non eadem nunc sermo prosequitur neque pereadem quae 5 ille progreditur (temerariiim quippe ac praesumptiuum et dementiae proximum est conari quosquam, quae sunt iliius, attingere, qui nec capere illum nec intelligere ualeant, uel sicuti sua proferre, quae illi soli diuinitus per spiritum sunt mani- festata mysteria); sed illa quae et aliis ab eo ut comprehensi- 10 bilia sunt misericordi uoluntate Dei relicta ad manifestationem •et exercitium consuetudiniseorum, | qui circa diuina deside- foi. 4 rio flagrant. Sane non solum quaedam ex Iiis, quae beatus Maximus de mystica ecclesiae catiiolicae celebratione scripsit, excerpsi ; sed et alia, quae hinc reuerendae memoriae Germanus, ^^ ut Graeci ferunt, ecclesiae constantinopolitanae sensit autistes, ex toto transferenda duxi et tibipotissimum, praestantissime et sollertissime principum, offerenda proposui, ut scilicet iudicii tui lima polita piisque ac solitis exercitiis frequentata ceteris amabiliora et acceptiora reddantur. Quamuis autem liinc et 20 latine quaedam scripsisse quosdam audierim, ego tamen, quia illa non | uidi, haec intérim latino danda sermoni conspexi. Gui foi.4 v ergo utraque placent, utraque relegat; cui uero minus utraque placuerint, légat potius quod elegerit, dummodo ab indaganda tantorum mysteriorum medulla non torpeat. Praeterea sciendum 25 quod ex his quaedam secundum morem et ritum Graecorum sint a sanctis patribus illis expositaetintermissarum sollemnia ceteraque officia frequentata, ut est illud, quod dicit sacerdos : sancta sanctis, et populus respondet : iinus sanctus et cetera. Explicit praefatio ad pîissimwn principem et dictatorem ^o Karolum Anastasii abbatis et \ apostolicae sedis bibliothe- ^^^' ^ carii. Incipiunt capitula historiae mysticae sancti Maximi. 2, ariopagita C P. — 3, scripsi P. — 3, sancta P. — 12, praesuptiuum C. — 13, quae ] dam : fol. 39, P. — 15, excepsi C. — 19, lima : C avait d'abord écrit limae. — 19, exercitiis : P avait d'abord écrit exercitus. — 25, medullam P. — 29, respondit C. — 30-33, en rouge C. — 30, 1 dans explicit ajouté après coup C; prcfatio C; amplissimum P, avec am ajouté au-dessus, de la même main. — 30, et I dictatorem, fol. 39 v-'P; dictorem P. -98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. I. De introitii. II. De lectionibus. III. De canticis. IIII. De sancto euangelio. •j V. De ingressu sanctorum mysteriorum. VI. De sancto osculo. VII. De obseratione ostiorum. VIII. De symbolo. VIIII. De trisagio. 10 X. De pafer noster. XI. De unus sanctus. XII. De perceptione. Item recapitulatio. foi.5v" I. Cuius sit typus ecclesia. '^ II. Quis typus primiintroitus. III. Quorum typi diuinae lectiones. IIII. Quorum typi diuina cantica. V. Cuius symbolum sanctum euangelium. VI. Quorum typus summi sacerdotis a concessu descensio et 20 catechumenorum emissio. VII. Cuius symbolum obseratio ostiorum et sanctorum sa- cramentorum ingressus et diuinum osculum et symboli fidei exclamatio. VIII. Cuius symbolum trisagii hymnus. 25 VIIII. Cuius symbola pater noster, populi inuocantis et exclamantis : unus sanctus, sanctorumciue sacramentorum perceptio. fol- 6 Item capituta historiae mysticae, \ ut fertur, Germani episcopi constantinopotitani. 30 I. Quid sit ecclesia. II. Quid concha. III. Quid sancta mensa. IIII. Quid ciburium. V.' Quid altare. 35 VI. Quid tribunal. 5, mysteriorum om. P. — 7, ostiarum P. — 13, en rouge C. — 16, lectionis C. — 19, sacerdotes P. — 20, consensu decossio P. a catechuminorum P. — 22, sim- biili P. — 28-29, en rouge C. — 29, constantino | politani : fol. 40 P. — 33, ciburium C. TRAITÉS LITURGIQUES. 299 VII. Quid cosmitis siue ornamentum. VIII. Quid cancelli. VIIII. Quid indicet ambo. X. Cur oremus ad orientem. XI. Quare non flectamus genu die doniinico. 5 XII. Quare non flectamus genu diebus penlecostes. XIII. Quare sacerdotes tondeantur in speciem crucis. XIIII. Quare uestis sacerdotis sit coccinea. XV. Quare discincti sint sacerdotes. foi.6v" XVI. De uiginti quattuor presbyteris et septem diaconibus. lo XVII. Quid significent lora tunicae. XVIII. De loris quae in lateribus tunicae sunt. XVIIII. De supercollari. XX. De superhumerali. XXI. De monachico schemate. 15 XXII. Quare tondeatur coma capitis. XXIII. De amictibus. XXIIII. De cuculla. XXV. De analabo. XXVI. De zona. 20 XXVII. De sandaliis. XXVIII. De pane propositionis. XXVIIII. De lancea. XXX. De pane et calice. XXXI. De uino et aqua. 25 XXXII. De antiphonis. XXXIII. De ingressu euangelii. XXXIIII. De trisagio hymno. XXXV. De cantore qui exclamât in trisagio hymno. XXXVI. De ascensu summi sacerdotis in consessum. .30 XXXVI. Quid sit : et spiritui tuo, quod populus dicit. XXXVIII. Quae sit cathedra summi sacerdotis. XXX VIIII. De responsorio. . XL. De apostoli dicto. XLI. De alléluia. 35 1, co.smis P; cosmitis C. = xoTfXTnTYiç avec la prononciation moderne. — 3, indi- cent P. — 5, floctcmus P.— 7, tondantur C P. — 15, scemato P. — 16, tondatur C P. — 24, calicae et pane P. — 29, cantarc P; exclamât | in : fol. 40 v° P. — 34, dato P. 300 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. XLII. De turibulo. foi.7v° XLIII. De ingressu euangelii. XLIIII. Quod quattuor sint euangeliasicut et spiritusquattuor uniuersales. ^ XLV. De hoc quo summus sacerdos populum signât. XLVI. De catechumeiiis. XLVII. De uelamine. XLVIII. De praeparatione sacrae oblationis. XLVIIII. De hymno cherubim. 10 L. De sacerdotibus et diaconibus portantibus sanctam pa- tenam. LI. De disci, id est patenae, cooperimento. LU. De disco. LUI. De calice. 15 uni. De uelo. fol. 8 LV. Cuius sit symbolum diuinum oscu|lum ex sancti Maximi dictis. LVI. Cuius symbolum sit obseratio ostiorum : eiusdem. LVII. Quid innuat diuinum fidei symbolum : eiusdem. 20 LVIII. Qualis debeat esse sacerdos sancto assistens altari. LVIIII. De his quae mystice celebrantur a sacerdote. LX. De diaconibus rhipizantibus. . LXI. Cuius sit symbolum oratio dominica. LXII. Quid significet finis mysticae missae, id est cum 25 exclamatur : iinus sanctus et cetera : sancti Maximi. LXIII. Quare dicatur communio. foi.sv" Finiunt capitula. Incipit historia mystica ecclesiae catholicae : sancti Maximi. 30 Quorum sit operatiua et perfectiua mysteriorum per hos, qui celebrantur in sancta synaxi, ritus inter fidèles et fidei causa collectos perseuerans ecclesiae sancti spiritus gratia. 3, quod P. — 6, catechuminis P. — 12, LU C; le copiste a omis LI, en consé- quence tous les chiffres suivants sont avancés d'un rang. — 14, calicae P. 22, ripizantibus C P. — 26, fol. 41 P. — 27-32 en rouge C; dans ce manuscrit, l'initiale de quorum est ornée, noir, vert et rouge. TRAITÉS LITURGIQUES, 301 Igitur oportere ducebat beatus ille senex et omnem christia- num rogans minima quiescebat sanctae ecclesiae Dei uacare; et non déesse unquam sanctae, quae | in ea celebratur, col- foi. 9 lectae, tam propter perseuerantes in ea sanctos angelos, qui semper describunt ingredientes et nuntiant Deo causas eorum ^ faciuntque deprecationes pro ipsis, quam propter sancti spi- ritus gratiam, quae quidem inuisibiliter semper adest, sed specialiter et praeeipue tempore sanctae collectae, unicuique eorum, qui inueniuntur, prouidens et componens et, ut uerius fateamur, confingens ad id, quod magis diuinum est propor- 10 tionaliter sibimetipsi, et ad id, quod indicatur per mysteria, I quae celebrantur, deducens, licet ipse non sentiat, si ex foi. 9 v his fuerit, qui adhuc in Christo paruuli sunt et in profundum eorum, quae fiunt, intueri non possunt; quae uidelicet signi- ficata salutis gratia per singula in eo diuina, quae celebrantur, 1^' symbola, operatur secundum aptationem et ordinem profecta. I. Ergo in primo quidem introitu docebat ille sanctissimus uir infidelitatis esse abiectionem, fidei incrementum, malitiae diminution em, uirtutis profectum, ignorantiae démoli tionem, scientiae augmentum. 20 IL Per auditionem autem diuinorum eloquiorum, horum, foi. 10 quae dicta sunt, fidei scilicet, uirtutis et scientiae, constan- tiam et immutabiles habitudines et affectus. 111. Per diuina vero cantica, quae inter haec aguntur, uo- luntariam ad uirtutes animae condescensionem et spirituale 25 delectamentum ac desiderium, quod in illis efficitur, sibi. 1111. Praeterea per lectionem sancti euangelii, terrenae sa- pientiae, quasi sensibilis mundi, consummationem. V. Porro per ingressum sanctorum mysteriorum, perfec- tionem et sacra |tiorem et nouam doctrinam atque scientiam 30 dispensationis Dei erga nos effectae. VI. Per diuinum autem osculum, omnium ad omnes et ad seipsum uniuscuiusque primitus et singillatim et ad Deum concordiae ac unanimitatis et caritatis identitatem. 10, non fingens C P : la correclion est de Pitra. — 10-11, proporcionalê P. — 13, paruuli : cf. 1 Cor., m, I. — 14, quae : C avait d'abord écrit qui. — 15, eo | diuina : fol. 41 v P. — 17, sanctissimus C; sacratissimus P. — 23,immutabilis C; habitu- dinis C P. — SôjSpiritale P; spirituale C, avec u surajouté. — 27, lectionem : dilectionem P. — 31, dispensationes : P avait d'abord écrit dispensationis. — fol.iov 302 REVUE DE L'oRTENT CHRÉTIEN. VII. Per ostioruin vero clausum, qui fit post haec, transi- tum mentis et translationem, quae est in affectu, ab hoc cor- ruptibili mundo ad intelligibilem mundum, per quem sensus instar ostiorum claudens mundos a peccatorum idolis effîcit. fol. 11 VIII. Ceterum per symboli fidei confessionem, congruentem ^ gratiarum actionem, quae fit super a.dmirabilibus nostrae salutis modis. IX. Per trisagium, sane unionem et aequiparationem, quae fit, ad sanctos angelos, et incessabilem ac indefessam sancti- 10 ficae glorificationis Dei consonantiam et firmitatem. X. Per orationem praeterea, per quam patrem uocare Deum meremur, uerissimam adoptionem, quae per gratiam sancti spiritus fit. foi.ii\" XI. Porro per id, quo unus sanctus dicitur | et cetera, 15 familiaritatem et gratiam, quae ad ipsum Deum nos unificat. XII. Per participationem autem intemeratorum et uiuifi- catorum sacramentorum, communionem et identitatem, quae fit ad eu m per similitudinem et participationem, quantum possibile est, qua etiain ex homine fieri Deus liomo meretur. 20 Quae namque liic, in praesenti uidelicet uita, [per] gratiam, quae in fide est, credimus nos per spiritum sanctum percipere, liaec in futuro seculo ueraciter et subsistentialiter ipsa re, secundum spem fidei nostrae, quae non decidit, ac firmani fol. 12 I sponsorisetnon transgredientempromissionem, custodientes 25 secundum uires mandata eius, nos credimus percepturos; transeuntes a gratia, quae est in fide, ad gratiam, quae est per speciem, transferente nos ad se procul dubio Deo et saluatore nostro lesu Christo et séquestrante a uitiis corrup- tionis, quae in nobis existunt, et principalia douante mysteria, 30 quae per praesentia nobis sensibilia symbola praemonstrata sunt. ioi.i2v» Propter facilem sane memoriam, si- uidetur, dictorum \ uirtutem. breuiter transcurrentes taliter capitulatim dica- mus : I. Est ergo sancta ecclesia typus, ut dictum est, et imago 2, affectu : fol. 42 P. — 4, peccatoribus P. —8, aequiperationeni P. — 11, ope- rationem C. — 12, uerissimaP. — 20, uita gratiam C, uita gratia P; la confec- tion est de Pilra. — 24, non | transgredientem : fol. 42 v" P. — 27, transforentes C ; ad : C avait d'abord écri at. — 32-34, en rouge C. 35 TRAITÉS LITURGIQUES. 303 Dei, eo quod eam operetur per immensam uirtutem etsapien- tiam siiam circa diuersarum rerum substantias inconfusam unitionem summa sibi banc ratione constringeiis et ipsa seciiii- dum gratiam fidei in hos, qui fidèles sunt, operatur, omnes quidem per unam fidei gratiam et uocationern fidèles in r, inuicem uniformiter copu|lans ; sed actiuae uitae ac uirtu- ,^| ,3 tibus deditos, per unam uoluntatis identitatem; contemplationi autem et scientiae operam dantes, super haec etiain per con- cordiam incorruptam et indiuiduam. Porro mundi tam inuisi- bilis quamque uisibilis ecclesia typus est tanquam inuisibilis 10 mundi sacerdotium symbolum habens, uisibilis uero templum. Rursus autem hominis est imago, tanquam qui animam per sacerdotium imitetur, corpus uero per templum. Ipsius | au- ioi. 13 v" tem animae per se intellectae typus est et imago tanquam contemplationis gloriam per sacerdotium ferens, actualis per 15 templum habens ornatum, IL Sanctao uero, quae in ea celebratur, collectae primus quidem introitus generaliter quidem indicat priinam Christi Dei nostri praesentiain ; specialiter autem conuersionem eorum et qui cum ope ipsius propter eum ab infidelitate ad lidem et '^'^ a malitia ad uirtutem et ab inscitia ad scientiam introducuntur. III. Lectiones autem, quae fiunt ] post eum, generaliter foi. 14 quidem diuinas uoluntates atque consilia, secundum quae oportet omnes erudiri et conuersari, demonstrat; specialiter autem doctrinam fidei ac profectum eorum, qui crediderunt; '^'' necnon et actualium firinum affectuin, qui fit secundum uirtu- tem, per quam et iain diuinae legis mandatis acquiescentes uiriliter et conuertibiliter stant aduersus insidias diaboli et contrarias operationes effugiunt et peritorum morum, qui fiunt per contemplationem et secun|dum hos sensibilium et pro- °3o'^ uidentige, quae in ipsis est, spirituales secundum uires coUi- gentes sermones sine errore ad ueritatem ducuntur. IIII. Diuina praeterea canticorum modulamina diuinum de- lectamentum et iucunditatem, quae ommium fit animabus, insinuant, secundum quam inystice ualidi facti laborum, qui 35 11, uoiro : fol. 43 P, — 12, quae P. — 21, inscientia P. el C, mais par une correciion très postérieure. — 2C, quae P. — 28, inconuertibiliter P. — 31, spi- ritalcs P, — 33, praeterea | canticorum : fol. 43 v" P. — 34, iocunditatcra C. 304 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. praeteriere, per uirtutem obliuiscuntur et ad indefessum desi- derium diuinorum et incorruptibilium bonorum, quae defue- rint, iuuenescunt. fol. 15 y^ Porro sanctiim euangelium generaliter quidem symbo- 5 lum est consiimmationis saeculi huius ; specialiter autem eorum, qui crediderunt, significat omnimodam antiqui erroris abolitionem; actiuae uero uitae operaiii dantium mortifica- tionem et consummationem legis et sapientiae, quae est secun- dum carnem ; scientiae autem deditorum multorum ac diuer- 10 sorum sermonum congregationem et relationem, quae fit ad collecticium uerbum, consummata illis et terminata latiori et uaria naturali theoria. o.isv yj^ Summi uero sacerdotis a sede descensus et catechu- menorum emissio generaliter quidem significat secundum de 15 caelis magni Dei et saluatoris nostri lesu Christi aduentum et segregationem peccatorum a sanctis et iustam ad uniuscuiusque meritum uicem; specialiter autem perfectam eorum, qui in fide crediderunt, satisfactionem, quam facit ueniens inuisi- biliter Deus et uerbum, per quam omnis adhuc quodammodo 20 adumbrans in fide cogitatio cuiusquam instruendi more ab eis fol. 16 depellitur; actualium uero perfectam im|passibilitatem, per quam omnis uitiosa et non illuminata cogitatio imbuitur animae; scientiae autem dantium operam complectiuam disci- plinam cognitorum, per quam materialium imagines ab anima 25 depelluntur. VII. Obseratio autem ostiorum et sanctorum mysteriorum ingressus et diuinum oscuium et symboli fidei acclamatio generaliter quidem significat carnalium transitum et spiritua- lium manifestationem et nouam circa nos diuini sacramenti ^"Vo^^° doctrinam et omnium unanimitatem et con|cordiam et cari- tatem et identitatem ad omnes et ad inuicem usque ad Deum efficiendam; necnon et gratiarum actionem super modis, qui- bus saluati sumus effecti ; specialiter autem fidelium quidem a 1, praeterire P. — 1-2, desidcriorum P. — 4, quadrifarie interpreta(tur) : gene- raliter, actualiter, cogn(os)cibi(li)ter C en 7narije; quelques lettres emportées par la reliure. — 7, operam solutionem quadrifariae {l. quadrifarie) interpretatur dantium P ; la glose a passé dans le texte. — 13, et : om. C. — 17, uocem : P avait d'abord écrit uicem. — 1»-19, inuisibiliter | Deus : fol. 44 P. — 22, inluminata P avec 1 surajouté. —28-29, spiritalium P. — 30, karitatem C. — 31, atqueadDeum P. — 33, effectu P; spiritaliter P. TRAITÉS LITURGIQUES. 305 simplice fide ad inagisterium, qiiod est in dogmatibus, et imbutiiineni et consonantiain et pium profectum (primum enim ((Sliitrum indicat obseratio, secundum uero sanctorum ingressus, tertium aiitem osculum, porro quartuni acclamatio symboli) ; actiuae sane iiitae deditorum | translationem f»'- '^ eorum, qui ab actu ad conteinplationem imbuerunt sensus et extra carnem mundumque facti sunt per abiectionem opera- tionuin, quae secunduin ipsos efficiuntur, atque ascensum eorum, qui fit a raandatorum more ad uerbiim ipsorum, nec- non et eorundein luandatorum secunduin familiares serinones lo cognatam ad uirtuteni animae familiaritateni et unitatem et ad Iheologicam gratiaruni actionem idoneam consuetudinem; scientiae autem operain dantium | a pliysica tlieoria ad spiri- foi.nv tualium siinplicem considerationem, secundum quam nequa- quam per sensum uel quicquam eorurn, quae uidentur, ad 15 diuinum et ineffabile consectantur uerbum atque ad anima ni uirtutum eius unitioneni, necnon et simplicitatem in mente uniformiter compreiiendentem diuinae prouidentiae uerbum. VIII. Trisagii praeterca iiicessabilis sanctorum angelorum sanctificans glorilicatio generaliter quideni significat pariter 30 et in ipso faciendam in futuro saeculo caelestium | et terre- m. is strium uirtutum aequalem ciuitatem, conuersationem etconsen- sum divinae glorificationis, immortali honiinibus corpore per resurrectionem effecto et non iam aggrauante aniinam corrup- tione uel aggrauato, sed per incorruptibilitatem commutationem 25 ad susceptionem praesentiae Dei accipiente uirtutem et habi- litatem ; specialiter autem fidelium quidem ad angelos secun- dum fidem theologicam concertationem ; actioni autem dedi- torum coangelicam secundum uitam claritatem et instantiam theologicae iiymnoiogiae ; scientiae prae|terea operam dan- j.^, ^^'^^ ^„ tium, coangelicas secundum quod hominibus est possibile de diuinitate sentire intelligentias, laudes et perpétues motus. VIIII. Porro beata magni Dei et patris inuocatio et iinus sancius seu ceterorum exclaiiiatio ac sanctorum et uiuificorum mysteriorum participatio adoptionem, unitatem et familiari- 35 1, siiiiplici P; docmatibus P. — 7, car I nem : fol. 11 v" P. — 9, qui : P avait d'abord écrit quae. — 11-12, a theologicam P. — 13, spiritalium P. — 17, unc- tionem P. — 24-25, corruptioncm P. — 27, angelos | secundum : fol. 45 P. — 32, mutus P. — 35, perticipatio C. ORIENT CIIIIÉTIEIV. 20 306 REVUE DE lV)RIENT CHRÉTIEN. talem et siiiiilitudinem diuinam et cleificationem significat, quae in omnibus et super omnes dignos est efficienda propter fol. 19 Dei nostri benignitateui, per | quam omnia in omnibus crit his, qui saluandi sunt, ipse Deus similiter ut pulchriludo prin- 5 cipalis per causam condecorata cum his, qui cum eo per uirtu- tem et scientiam et gratiam similiter coiidecorantur. Fidèles autem et uirtutibus plenos et snpientes uocabat introductos et proficientes atque perfectos, id est seruos et mercenarios ac fdios, très uidelicet ordines eorum, qui salui liunt. Serui enim lo sunt lidelcs, qui timoré minarum domini adimplent mandata fol. 19 V" et creditis amabili|ter operantur ; mercenarii uero, qui amore promissorum bonorum cum patientia portant pondus diei et aestus, id est insitam et coniunctam praesenti uitae ex progenitorum damnatione tribulationem et ipsius pro uirtute '^ temptationes et uita uitam sapienter per proprium uoluntatis arbitrium commutantes, id est praesenti futuram ; lîlii autem, qui neque timoré minarum neque amore repromissionum, sed more et usu, ad bonum per uoluntatem animae motu seu atTectu loi. 20 nunquam aliquando a Deo sepa|rantur iuxta filium illum, ^'^ cui dictum est : ////, lu scniper rnecuin es et omnia mea tua sunt; hoc secundum adoptionem, quae in gratia est, con- uenienter existentes, quod secundum naturam et causam et est et creditur Deus. Ergo ne desimus sanctae Dei ecclesiae, quae tôt in sancta 25 dispositione diuinorum symbolorum in se celebratorum salutis nostrae mysteria continet, per quae uidelicet unumquemque nostrum et maxime illum, qui bene conuersari dinoscitur, aequaiiter sibi creans secundum Christum datam per sanctum 101.20^ I baptismum in spiritu sancto [gratiam adoptionis ad manife- ^0 stationem agit secundum Christum perficiendam. Sed omni H, en iiianje G : nota quod trcs ordines sint ooi'(um),' qui saluantur, seruo- rum, niercenariorum (mercennariorum G), filiorum. — 8, morcennarios C. — 11, en marge C : notanduni quia quisquis est secundum Irium qui saluantur ordinem, sicuti continet dictio élus, qui sancta sanctis pronuntiat, digne partici- pans diuinorum sacramentoruni sanctificatur ; at uero qui huius modi non est et participatur, in iudicium sibi manducat et bibit non diiudicans corpus et sanguineni Ghrisii, sicut ait apostolus. I Cor., xi, 27-29. — 11, mercennarii G. — 12, patientia | portant ; fol. 45 v° P. — 13, aestus : cf. Matth., x.\, 12. — 15, uoluntates P. — 21, sunt : Luc, xv, 31. — 22, et causam : om. P. — 25, simbu loruni P, TRAITÉS LITlIKilQUKS. 307 uirtute ac studio exhibeamus nosmetipsos diuinis charisma- libiis dignosper opéra bona placentes Deo et non conuersantes secundum gentes, quac ignorant Deum in passionibus desi- derii, sed, sicut ait sanctus apostolus, mo^-tificantes membra, quae sunt super terra m, fornicationem, inmmnditiam, 5 passioneui, concupiscentiam malam et auaritiam, quae est idololatria, propter quae uenit ira Dei super filios diffi- dentiae iramque omnem et furorera et turpiloquium et ibi. 21 mendacium, et, ut compendio dicam, totum ueterem homi- nem, qui corrumpitur secundum desideria deceptionis, •» depjonentes cum actibus suis et roncupiscentias digne Deo ambulemus, qui uocauit nos in regnum suum et gloriam induti uiscera miserationis, benignitatem, humilitatem, mansuetudinem, tonganimitatem, supportantes alterutrum in caritate, donantes inuirem, si quis adversus aliquem. 15 habet querelam, quemadmo\duni et Christus donauit no-^''^'^^"' bis, in omnibus seruantes uinculuni perfectionis , carita- tem et pacem, ad quam et uocati sumus in uno corpore, et, ut absolute dicam, nouum homineni, qui renoua tur in agni- tionem eius, qui creauit eum. Sic eniin uiuentes poterimus ad 20 finem uenire diuinarum repromissionum cum spe bona com- plereque agnitionem uoluntatis eius, in omni sapientia et intellectu spiritali fructificantes et crescentes agnitione domini, in omni uirtute confortati secundum poten|tiam gloriae eius foi. 22 in omnem aedificationem et longanimitatem cum gaudio, gra- 2& tias agentes Deo et patri, qui dignos nos fecit in partem sortis sanctorum in lumine. Clara uero gratiae huius comprobatio est uoluntariiis ad cognitionem per consensum condescendens affectus, cuius opus est quasi Deum suscipere pro uiribus hominem, qui quo quo- m\ modo nostrae opis eguerit, et non neglectum ucl sine prouisione dimittere, sed decenti studio operatione monstrare uiuum affec- tum, qui in nobis est tam ad | Deum quam circa proximum. toi. 22 V Opus quippe affectus est comprobatio. Nihil enim uel ad iusti- tiam tam facile est uel ad contemplationem, ut ita dicam, et ' 35 l.charismatibus: h surajoutée. — 3-4,desideni : cf. IThess., iv,5. — 4,mortiri i cantes : fol. 46 P. — 7, idololatria : lo surajouté C— 9, mendatium P. — 19-20, agni- tionem secundum imaginpm eius P ; Col., m, 5-16. — 24, po I tentiam : fol. 46 v° p. _ 31, opis : P avait d'abord écrit opus. — 32, deçepdi P. SOS REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. ad propinquilatem,quaeest ad Deum, aptius exlal,quam mise- ricordia ex animo erg-a indigentes cum deleclamento et gaudio : etenini Deum esse sermodenionstrateum, qui suClragio indiget : quamdiu enim uni de his minimis fecistis, ait, mihi fecislis. 5 Deus autem, (jui' dixit, niulto magis benetacere ualenteni et facienteni oslendet ueraciter secundum participalionemexistere fol- 3 Deum I tantiuam eum, qui eiusdem beneficii mirabiliter staiji- Jieritoperationem et proprietatem, et si Deus est pauper propter condrscensionem Dei, qui propter nos pauper factus est et in 10 seipsum compatienter singulorum passiones suscepit et usque ad consummalionem saeculi secundum proportionem unius- cuiusque passionis semper bonitate mysticepatitur; manifestius est quod secundum conuenientem rationem sit Deus qui ad imitationem Dei pro misericordiam patientium passionibus Deo roi.'2.jv« decibiliter per | seipsum medetur et eandem quam Deus se- cundum rationem saiuantisprouidentiae inalfectu sedemonstrat iiabere uirtutem. Ergo quis, putas, est ad uirtutem lam tardus ettam ad motuni diflîcilis, ut nondesideret deitatem, cum tam facilis res sit ad 20 emendum etadquirendunr?Tuta uero est liorum etnonuiolanda custodia et ad salutem facilis uia sine qua, ut reor, secundum ucritatem niiiil erit bonorum. lilae se habenti conseruatum ipsa operatio, id est propria operatio, per quam ea tantura, quae loi. 24 nostra sunt, injtendere tractando discentes ne ab aliis frustra 25 laesionera liabeamus, intrepidi liberamur. Si enim nos solos uidereet discutere didicerimus, nunquani alios quomodocunque se habere contigerit, iudicamus scientes unum solum iudicem sapientem et iustum Deum, qui sapienter et iuste omnia, quae fiunt, uidicat secundum rationem, quapatrantur, non secundum 30 niodum, quo manifestantur, quo fortassis possint et homines iudicare lucide in id, quod apparet, aspicientes circa quod | ioi.2'j V non omnino ueritas nec eorum, quae fiunt, ratio. Deus autem et 2, en rnarr/e C : unie inopinatani et mirabilem rem, quia similis erficiturhonio Deo, secundum quod possibile est propter compassionem. — G, secundum gra- liam et participationcm P. — 7, eidem P. - U, est | et : fol. 17 P. — 10, pas- siones : le dernier s ajouté après coup C. — 13, manifestus C. — 19, dilTicilis : un ï ajouté après coup C. — 21, custadia P. en //mr//e C: notandum quod nostra tantum mala cogitare et non proximi debeamus. — 22, ille P. — 24, diseendentes P. — 27, iudicabimur P. — 31, iudicare I lucide ; fol. 17 v» P. TRAITKS LITURGIQUES. 309 non apparentem animae motum et inuisibilem impetum et rationem ipsam, secundum quam mouetur anima, et rationis intentioneni, id est omni rei finem, qui praecogitatur, aspiciens iudicat, iit dixi, iuste omnia, quae ab honiinibusaguntur. Quod si recte din-ere studuerimus et nobis ipsis nos ipsos circum- :> sci'ipserinius neque uiderenequeaudireneque loqui oculum uel auren» et ut linguam, quae aliorum sunt, diniittenius,|si foi. 25 possibile quidam est omnino, sin auteni compatienter potius et non passibiliter eos quibus operari et lucruni nostrum uidere et audire et loqui praecipiuntur et solummodo tantum quantum 'o aurigae horum, idest diuinae rationi, uidetur. Nullum enimest his organum ad peccatum procliuius, si non ratione ducantur, et rursus nibil his ad saluteni promptius ordinante ea ratione et modérante et ad quae oportet et uult deducente. Finit I historia mystica ecclesiae catholicae. Incipit liinc foi. 25 v Germanus. ^^ I. Ecclesia est sacrarium Dei, templum sanctum. , domus orationis, conuentus plebis, corpus Christ!, nomen eius, aqua baptismatis eius emundata et sanguine ipsius respersa et nup- tiali more stola circumainicta et sancti spiritus unctione signala 20 secundum illud propheticum : unguentum efj'usum nottien tibi, et : in odoroii ungueittorum tuorum curremus, et : sictft ungiientiuu in capite, quod descendu in barbant Aaron. foi. 26 Item ecclesia est terienum caelum, in qua supercae|lestis Deus iidiabitat et inambulat, praeligurans crucifixionem et se- 25 pulturam et resurrectionem Christi, giorificata super taberna- culum testimonii Moysis, in qua sunt propitiatorium et sancta sanctorum, in patriarchis quidern praeligurata, in proplietis ueropraedicata, in apostolis autem fundata, porro in marlyribus consummataet in summis sacerdotibus adornata. 30 II. Concha est in similitudinem speluncae quae fuit in 3, oninis... aspitieiis P. — -1, iudica C. — 1, circuniscrpseriimis C. — (), diuidere P; neque audire : om. P. —7, et ut C, et ajuuiê dans l'inleriigne ; aut P. — 9, in lucrum P. — 10, audiret loqui P. — 12, proclibius C P. — 13, ordi- nale P. — 15, finit... incipit : en rouge C; hinc Germanus : en marge C; incipit hinc Germanus : cm. P. — 20, more l stola : fol. 48 P ; singnata C— •21,ungueutum : Gant., I,' 3. — 22, Ibid., 1; uugentoruui U, l'n effu'y- apr.is coup. — 23, sicut : Ps. cxxxu, 2. — 21,aeclesia P. — 27, Moysi C P. — 20, martiribus C. — 31. en marye G : concha quam nos absidam dicimus; spaeluncae G. loi. 2: 10 310 HEVUE DE l'ûRIEXT CHRETIEN, Bethlehem, in qua natus est Christus, et in similituclinem spe- loLiov" luncae, in qua sepultus | est, sicut euangelistae innuunt asserentes, quia erat spelunca siue monumentum excisum ex petra et ibi posuerunt lesuni. 5 III. Sancta mensa est, ubi in sepultura sua positus est Chri- stus, in qua superiacet uerus et raelestis panis Cliristus my- sticû et incruento sacrificio uiuens hostia factus ut homo, qui et carnem suam et sanguinem in escam uitae aeternae proposuit fidelibus. Est autem et thronus Dei, in quo Deus, qui supra cherubim uehitur, requieuit, ad quam mensam et in mysti|ca cena sua, cum in medio discipulorum suorum sedisset, accepte pane ac uino, dixit eis : accipite, comedite et bibite ex eo; hoc enfin est corpus et sanguis meus. Praefigurata uero est et in legali mensa, ubi erat manna, quod est Christus panis, qui 1'' de caelo descendit. IIII. Ciborium est pro Caluariae monte, ubi crucifixus est Christus : prope enim erat locus et procliuis siue sub diuo, ubi sepultus est; sed quoniam in breuitate designatur crucifixio et loi. '27 vo sepultura et resurrectio Christi, in ecclesiam coap|tatur. Est 2u autem et in similitudinem arcae testamenti domini, in qua dicuntur sancta sanctorum et sanctilicatio eius, in qua prae- cepit Deus hinc etinde fieri duos cherubim tornatiles. Cib enim est arca, uri autem illuniinatio uel lumen domini. \. Altareest secundum sanctum Christi domini monumentum, 25 in quo sacrificium senietipsum Christus obtulit Deo et patri per oblationem corporis sui sicut agnus immolatus et sicut pontifex et filius hominis offerens et oblatus in mysticum et loi. 28 incruentum sacrificium et rationabile obsequium fide|libus sacre mactatus, per quod participes uitae aeternae et immortales 30 effecti sumus. Quern uidelicet agnum praefigurauit in .^gypto 1, lepremier h de Bethlehem ajouté après coup C.-4, cf. ]\Iatth., x.wii, 60; Marc, XV, 46; Luc.,.\xiii, 53; Ioan.,xix, 41. — 6, superiacet : super ajouté dans l'interll- gnePA), in | quo :fol. 48'" P. — 10 uehitur : cf. Ezech.,x, 9 seq.— 12-13, accipite... meus: Matth., xxvi, 28. — 16, ciburium C, àcause de l'étymologie proposée plus loin. — 17, siuesub dio : om. P; est: orn. P. — 21, praecepit : cf. Exod., xxv, 18. — 22, cibi P; hébreu IID arabe ^.^j^ — vas, scyphus, arca. — 23, urlP; hébreu "''IIN, abrégé (7pn'''11N = lumen, llamma Dei. — 24, est : om. P. — 25 optulit C. — 28, obsequio P. — 29, P semble avoir d'abord écrit partipcii)ites, les lettres fautive ont été grattées. tRAITÈs LITURGIQUES. 311 iMoyses ad uesperam et sanguine ipsiiis exterminatorem ange- lum auertit, ne occideret populum. Ad uesperam autem signi- ficat, quia, cum aduesperasceret, occisus est Christus, uerus scilicet agnus et qui niundi peccata tulil in cruce sua : Etenini pascha nostruni pro nobis immolatus est Christus. 5 Altare est et dicitur secundum illud supercaeleste et inuisibile altare, in quo | exprimuntur spiritales et administpatoriae to'-28v" hierarchiaeimmaterialiumetsupernaruni uirtutum et terrestres ac materialessacerdotes assistentesetseruientes domino semper, unde et taies esse oportct ut ignis urens. Etenim filius Dei et 10 factor uniuersorum dédit in legem et caelestium consequentiam et terrestrium ordineni, VI. Tribunal est concauus locus et tlironus, in quo rex omnium Christus praesidet cum apostoiis suis, sicut dicit ad eos, quia sedebitis super sedes iudicantes. \ Subostendit autem et se- 15 cundam praesentiam, qua ueniet sessurus in sede maiestatis, ut iudicet mundum, quemadmodum propheta perliibet, quia illir sederunt sedes in iudicio super doi/tum Dauid. VII. Cosmitis est secundum [et] légale sanctum cosmium (id est ornamentum) designans Christi dei crucifixi signamentum, 20 per crucem ornât us. VIII. Cancelli sunt, qui orationis locum denuntiant, in quo significant extrinsecus quidem populi ingressum, intrinsecus autem 1 sancta sanctorum existetitia et solis sacerdolibus accès- foi. 29 v» 25 sibilia. Sunt autem et reuera in sancto etiam monumento can- celli aenei, quo nemo ingrediatur in illud passira et pro libitu proprio. VIIII. Ambo est signilicans figuram lapidis sancti sepulcri, quo ab ostio angélus reuoluto sedebat super eum iuxta ostium monumenti exclamans et denuntians resurrectionem domini 3o mulieriltus unguentum ferentibus. Est autem et secundum pro- 1, Moses C; sanguine | ipsiiis: fol. 49 P; P avail cVahord écrit ipsiuis — 2, poimlum : cf. Exod., \ii, H seq. — 4, .scilicet : s surajoulé C; tulil : cf. loan., I, i'.l. — 5, Chi'islus : I Cor., v, 7. — 6, caelestae P. — 11, consequentiura P. — 15, iudicantes : Matth., xi.\, -28. — 16, sensurus P; maiestatis : Matth., x.w, :il — 18, iuditio P; David : P.s. c.wi, ,j. — 19, Cosmitis =^ ;/fec xo<7|Ar|Xri; avec la prononciaiion moderne ; en manje C : quod quidam presbyteriiim dicunt; et om. C. — 19-20, id est : id P. — 22, cancellis P.— 23, significant | extrinsecus : fol. 49'^° P. — 24, solis : C uvall d\ibord écrit soli. — 26, quo nemo : (|uae ne P — ol, ferentibus : cf. Mattii., \xvni, 2 seq. 312 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. phetam, qui dicit : super montem campestrein leuate signum, fol. 30 ascende qui euan\gelizas et exalta uoceiiu Mons enim est ambo in loco campestri et piano positus. X. Ad orientem autem orare a sanctis est apostolis ut reliqua 5 tradilum et est ita, eo quod intelligibilis sol iustitiae, Ghristus uidelicet Deus noster, in terris apparuerit in partibusorientis sensibilis solis, et sseundum prophetam dicentem : oriens no- men ei, et iterum : adorate dominum qui ascendit super caelum caeli ad orientem, et : adorabiuius in loco,ubi stete- ^0 runt pedes eius, et rursus : stabunt pedes domini supra mon- tem oliuarum ad orientem. Haec aiunt prophetae. Et pro eo quod speremus nos iterum paradisum in Eden ad orientem ac- foi.3ov" eepituros et quia expectamus quodammodo etiam lucis appa- ritionem rursus secundi Christi aduentus. 15 XI. Praeterea non flectere genu die resurrectionis, quae est dieruni omnium domina, significat casus nostri erectionem per triduanam Christi resurrectionem etîectam. XII. lam uero usque ad pentecosten non inclinare genu est septein dies post sanctum pascha septemplicatos retinere : 20 septies enim septem quadraginta novem efficiunt et dominico fol. 31 addito I quinquagesimus eonsummatur. XIII. Duplex corona, quae in capite sacerdotis ponitur, per capillorum significationem princii)is apostolorum Pétri imagina- tur honora bile caput : quo in domini et magistri praedicatio- 25 nemmissus tonsusestabhis qui noneredebant sermon i tanquam illusus ab eis. Huic magister benedixit Ghristus et conuerlit ignominiam in honorem et irrisionem in gloriam et posuit super caput eius coronam non de lapidibus pretiosis, sed lapide ac petrafidei suae fulgentem sicut aurum | et topazium ac la- 30 pides pretiosos. Uertex enim et pulcliritudo atque corona duo- decim lapidum, qui sunt apostoli, Petrus est per omnia sanc- tissimus et sacratissimus princeps. 2, uocem : Is., xl, 9. — 4, arare P. — 5-7, iustitiae... solis : renvoyé dans C au bas delapage, te copiste ayant d'abord passé ces mots. — 8, ei : Zachar., vi, 12. — 9, orientem : Ps. lxvii, 33. — 10, eius : Ps. cxxxi. 7. — 11, orientem : Zachar., XIV, 4. — 13, expectamus : fol. 50 P. — 17, tridua. Xam P. — 19, septimplicatos C P, mais P avait d'abord écrit septemplicatos; enim : oin. P. —23, principes P. — 28, pretiosis : cf. Ps. xx. — 29 topacium C P ; pretiosos C. — 31. enim : re- présenté dans V par un n barré. — 33, sacratissimus : om. P. TRAITKS l,]TUR(iH,trKS. 313 XIIII. Stola sacei'dotis est secundum poderern Aaron usqiie ad pedes sacerdotale induiiientum, qiiod est honorabilius ; habet autem speciem ignis secundum proplietam, qui dicit : qui l'acit angelos siios spiritus et miiiistros suas ignem urentem, et iterum : quis est iste qm nenit de Edom? Edom vero in- r> terpi'etalur terrenus, electus, coccinus. Deinde subinfert : ru- '"'• '''■^ brkatio uestimentorum eiusdc Boson; quare rulrrasuntuesti- menta tua et indumenta quasi a. ralcatorio torcularis? signi- ficanlis tinctam carnisCliristi sanguinibus stolam in internerata crucosua. Et rursus quia et coccineam cliiamydem portauit in i" pMSsione sua Christus indicatsacerdotes cuius summisacerdotis sint propugnatores. XV. Porro cum sacerdotes discincti ambulant, ostenditur quia et Christus, dum iret ad crucem, taliter erat portans cru- cem suam. ^^ XVI. In supernis splendoribus intelligibilium et caelestium toi. 32 v» ministrorum ac sacerdotum presbyteri suiit uiginti quattuor et diaconi septem : et presbyteri quidem secundum imitatio- nem seraphicarum uirtiitum sunt, qui stolis quasi alis cooperti et duabus alis, labiis scilicet, hymnum clamantes retinent diuinum et spiritalemcarbonera Christum hune forcipes gratiae in altari ferentes ; porro diaconi in lypum angelicarum uirtutum subtilibus lineorum orariorurn pennis ut adminisltratorii spiri- foi. 33 tus, qui in ministerium niittuntur, circumcirca discurrunt. XVII. Lora tunicaesunt, quae circa manus apparent, uincula 25 Christi, quibus uinctum euni duxerunt ad Cai'ijham pontificem et Pilatum. 20 (.1 suivre.) S. PÉTRIDÈS, des Augustins tie l'Assomplion. 1, podorem P; 1, Aaron: cf. E.xod., .\xvin, 4. ^2, honora l biliu.s fol. 5() v P. — 4, spiritumP; urentem : Ps. cin, 4-5. — 5, Edom : Is., lxiii, 1. — 8, P avait d'a- bord écrit calcatoria; turcularisP; Is., i.mii, I, -2. — 11, sua -.otn P. — 18, seplem : cf. Apoc, IV, 4. — 19, uirtutum : cf. Is., vi, ;'. —'2-2, ferentes : cf. ibid., G. — 23, subtilibus : renvoi au bas de la paye C : nota subtile linteauien diaconi, quod est orarium, quia Christi comnionet hunnlitateai, quod extersit linteo podes discipu- lorum. — 24, ministerium | niittuntur: fol. 51 P. — 20, duxeiuut : cf. Matth., XXVI, 57 ; xxvn, 2. iMELANGES I RABBAN DANIEL DE MARDIN, AUTEUR SYRO-ARABE DU XIV^ SIÈCLE Cet auteur qui vivait un siècle après Bar Hébraeus, car il écrivait dans la seconde moitié du xiv*" siècle, nous est connu par un manuscrit du Vatican décrit par Asséraani (1), par deux mss. de Leyde décrits par M. de Gœje et par deux notes des mss. syriaques do Paris (2) n"' 226 (3) et 214 (4j. Nous nous pro- posons aujourd'iiui de résumer tout ce que M. de Gœje et Assé- mani nous ont appris sur Rabban Daniel et d'y ajouter le texte et la traduction de la note du ms. 211. Cette note inédite, qui est sans doute un autographe de Daniel, a le double avantage de nous fournir une date précise nous permettant de placer son auteur au xiv' siècle et non au xni' (5) et aussi de nous instruire des souffrances qu'il endura pour avoir démontré, dans un ou- vrage arabe, l'excellence des fondements âl6 REVUE DE lNjHIENT CHRÊTIEX. Ces titres ne paraissent se rapporter directement à aucun ouvrage de Bar Hébraeus. Par contre, le scribe du ms. syriaque de Paris n" 226 nous apprend que Daniel avait un bel exem- plaire du Nomocanon de Bar Hébraeus sur lequel il a transcrit le sien : Selon les jugements cachés et impénétrables (de Dieu) j"ai commencé à écrire ce livre des Directions (Nomocanon) et, par le secours de Jésus mon Dieu, je l'ai terminé. 11 a pris fin dans la nuit du mercredi 23 Tomouz (1), l'an 1799 des Grecs (=r 1488)... Il fut écrit par le serviteur paresseux, Sé- vère, minime en tout, évêque de nom et loin (de cette dignité) par ses œu- vres, fils de Jean, prêtre et moine: nous l'avons composé (2) dans le saint monastère de Mar Abi qui est prés de Qélat au pays de Sourà (3)... Priez pour Sévère possesseur et scribe de ce livre... qui L'a écrit d'après le bel exemplaire du défunt Rabhan Daniel de Mardin. Que Dieu ait pitié de lui. Enfin nous publions et traduisons la très importante note écrite sans doute par Daniel lui-même au verso du dernier feuillet du Cours d'astronomie de Bar Hébraeus conservé dans le ms. 244 de Paris, fol. 142 v. : Rabban Daniel de Mardin, moine philosoplie, raconte son épreuve et dit : En l'année 1693 des Grecs 4382) (4), au mois d'Adar (mars), le mardi 25 de ce mois (5), le vizir du maître (6) de Mardin me fit jeter en prison, moi, l'humble Daniel, et voici la cause de cet emprisonnement : Dans l'année susdite, nous avons composé en arabe un livre des fonde-' ments ecclésiastiques et y avons donné des preuves de raison et des té- moignages tirés de l'Ecriture pour établir, autant que nous le pouvions, la foi chrétienne. Suivait — pour confirmer nos principes — une réfutation |ln I .n ..>ao ov-s ^N^fo N^p>)>/ |NXjL,^ |_i:£d|Nji> psl^s ^^-=3^ -It^^-^/; |N-La |«ov3 ^> v^ (1) '23 juillet. — Synchronisme exact. (2) Lire : v^matisoo.. (3) Ou Sor dans le Tour 'Abdiii. (4) Telle est la date unique mais capitale qui nous permet de placer Danie au XIV'' siècle, et non au xm'' comme le faisait Assémani. (5) Synchronisme exact. (6) Correspond à ^«^^^l-^. MÉLANGES. 317 des autres principes, à savoir 'ceux) des Mages, des Juifs et des Musul- mans. Par un effet des secrets jugements de Dieu et de sa Providence qui fait tout, ce livre vint à tomber entre les mains de l'un des juristes musul- mans. Quand i! le lut et eut compris quelque chose aux démonstrations destinées à établir notre foi, il fut vaincu par la passion de la jalousie, fut em))orté par la colère (1) au delà de toute mesure et porta le livre au juge. L'affaire arriva de proche en proche jusqu'au roi des habitants (2) et au maître Mélek Attaher et il me fit emprisonner le mardi et le mercredi. Le jeudi, ils me tirèrent de prison et me firent comparaître devant le maître dans le prétoire en présence des juges, des jurisconsultes et des habi- tants (2). Je tombai alors dans les épreuves soit à cause de mes péchés, soit pour éprouver ma foi. Ils m'interrogèrent au sujet du livre et, après de longues (controverses), le vizir ordonna de me flageller. Ils me flagellèrent et me frappèrent sur les pieds et sur les jambes avec des bâtons. Le Sei- gneur me soutint, me fortifia, et je supportai (ces coups). Deux fois le vizir me dit : « Abandonne ta religion et fais-toi musulman. » Je lui répondis : « Je .suis chrétien ». Ils me frappèrent de quatre cent quatre-vingt-dix-huit coups et je ne criai pas, au point que beaucoup admirèrent la grâce de mon Seigneur qui apparut en moi. Ensuite il me fit percer le nez et y fit pas.ser une corde et ils me traînèrent et me firent faire le tour de la ville. Quant aux crachats et aux insultes qu'ils me jetèrent, je ne puis pas (les) raconter, et Dieu me délivra; ensuite ils m'emprisonnèrent encore durant vingt-quatre jours et, dans une caverne de sang (?) (3), durant trois jours, puis ils me firent sortir et me vendirent douze mille zouzés et les fidèles les payèrent. |)ja^ l->-<ï-3 r^° ■ t-t.v>\'« VIO |-i>o |.A(i,^M< N.^1^ |N_«JV^{ l^icsIDoLt |.^>.^oci,vO| ^Sïsij yNxo|Nji ovi li-o oo )ovi;.û-3 ^ »— ^V-l-3 ^*>>âJo ooi l-sto J^io . |p,ji) ^,ao.\:i» 0)Iq\^,^ •> lo |o>^« ^ ;-s\ ^^L(o . I inm^t \jl^ ^^ ^.o^')' -v^^— >ol- Hqjl ^^ |La-i-.(S ..m ^ yor-^o '^^Kcolo t-^.\>\o . I.JV'.^co. ^\aa\ \r^U> lt->l-3 poi \^'rX l-^^o .\jL,i y, l^to^ ov^.3o(o fN.^0 ,_^a-3VJ30 wuonq/ ) ■<» 1 1 1 .v> .. V30-._30 .p^V/o |IS^L ^o-i ^^,jf»» >.^o ^nâo . So)|.^s.^ ^.N^ o{ [ if^ y fTM ^ tC^.^Ljo . pV''>-^°^o |oi . n^o pO't y. » . n ^ ^o-iia^;.So |.^s.i,^.jl )o^a - ■" ^^ - "(■^ ,.^L/« \i^\o vna .ItSouVf $Cvj>o . l-ato ^\^oo ^..c>)» p;^f> >\ o/ ^ov^>-» ^ I ; - . rr\n ,^i\^^,o ^.«^, NO.A |_.;.^0 .^.i>^« |Jàjl ^'\^0 . v..,X,x V ^\^ |',^,a.u.o w>.JOO|..,.^JOO ^.00v>^0 .s.^K^l l-jLvk^ca^p p/« Of^ lS.^,jL.âo . ;^Of/o ^.N^ioNX .^o -> « |i-i)0 wC^ r-^iol ^.aJ.3) ^LVLo ...•V^oi 0)Lo 1 « {^ H".",x"> yOpo«Nj« )JLA^/ ^^-ik^ |lo yaj;:>^o |a:ioLo y>.v,j>Lo ||aavaY/ ^^uoo| ..vio .|tuL.,.^a^ ^./uos^jfo .w»jov>xO ll.3J^ OV.3 ^-sl^jo ^.«X^* | ; « . ■ i\ a>|.So ,_£iâ ^)K.3o . v.1,-3 t^o^U» o>;âo |j6) ) ^giSx . t« -I '_»joj.^)o w^jonq/o ^..^0-. |IS^L |.^om |L^^a.30 . |IS.^(i< (.^^^ï/o ^<;ffiv . 1. 1 ^OuOpO ^OJ / (1) ^U(o iMs. (i) Nous rattaclions ce mot au noo-syriaquo Pv^û^. Ce sons n'est pas coinplè- ternent satisfaisant. Nous traduisions jadis, d'après rassouauce, par " roi des émirs ". (.3) Nous lirions volontiers li^/» ■• la caverne de la vente ■■ ou .. l'antn^ des mar- chands (d'esclaves) -. 318 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Ajoutons pour terminer que Mélek Attalier et même son vizir ne sont pas pour nous des inconnus, car Noé, patriarche jacobite, qui écrivait vers 1496, nous apprend que quatre-vingt-dix ans avant lui (vers 1406) (1), lY^mir Othman battit l'armée de Gia- kan près d'Amida et qu'alors périt Mélek Attaher, maître de Mardin, avec son vizir Pliiad (2). F. Nau. 11 LES BIENS DE L'ÉGLISE ARMÉNIENNE, LE DIVORCE ET LE REPOS DOMINICAL EN RUSSIE, LES MASSACRES DU CAUCASE. I. Les biens d'Église qui proviennent des dots et du travail personnel des religieux ainsi que des héritages qui peuvent leur échoir, aussi bien que des libres donations des séculiers ont donc, senible-t-il, la source la plus pure et ne devraient être atteints qu'en dernier lieu par les spoliations légales. En réalité ils sont périodiquement confisqués par les souverains ou les gouvernants en mal d'argent. La raison en est que leurs détenteurs, ne pouvant les défendre par les armes, en sont réduits à se contenter de platoniques protestations dont n'ont cure les peu scrupuleux gouvernants (3), qu'ils s'appellent (Ij Nous croyons cette date un peu forte. Il y a quelques incertitudes dans la chronologie de Noé. Il nous apprend encore qu'en 96 (1400), Tamerlan avait détruit Mardin. (i) Assémani. Bibl. Or.. Il, 471. (3). Les particuliers et les Sociétés sont tous exposés aux mêmes confiscations lorsque la moralité des gouvernants laisse trop à désirer. C'est ce que nous apprend l'histoire de la République romaine en décadence, au temps de Sylla et de l'empire romain sous Tibère et Domitien. De même les Jacobins de la fin du xviH« siècle prirent vraiment tout ce qu'il leur était possible de prendre : biens d'Église, biens des nobles, biens des particuliers dénommés suspects, aug- mentation des impôts, réquisitions sous prétextes quelconques, perquisitions et vols â domicile, levée de tous les hommes valides que l'on appelait par euphé- misme « des volontaires », confiscation des biens ou des revenus destinés aux indigents : •' La nation, disait-on, nourrira désormais les indigents », et, lorsque les communes réclamaient, elles ne recevaient « ni réponses ni fonds », enfin MÉLANGES. 319 Philippe le Bel, la Constituante, les Combistes ou Nicolas II. La spoliation s'opère en deux temps : 1° Les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation ou du gouvernement à charge pour celui-ci de pourvoir à l'entretien du culte et du clergé. C'est ce qu'on appelle « régime de concordat ». 2" Le gouvernement supprime complètement les pensions qu'il avait promises en échange des biens confisqués. C'est ce qu'on appelle « séparer l'Église de l'État » ou encore « rendre la liberté à l'Église ». Nous en sommes en France au second acte, l'autocnite de toutes les Russies n'en était qu'au premier. Par une ordonnance du 29 juin (12 juillet) 1903, Nicolas II décrétait en effet : Toutes les propriétés immobilières appartenant aux églises, monastères, institutions et écoles ecclésiastiques de l'Eglise arménienne-grégorienne doivent être, d'après Tordre que déterminent des règlements spéciaux, enlevées à la direction du clergé et des institutions ecclésiastiques de cette confession pour être confiées à l'administration du ministre de l'Agriculture et des domaines de l'Etat, et les capitaux qui appartiennent aux institutions indiquées ci-dessus doivent être remis à l'administration du ministère de l'Intérieur, mais tout en maintenant cependant à l'Église arménienne-grégorienne le droit de propriété sur ces biens et ces capi- taux... Le ministre de l'Intérieur transmet les revenus des biens, en même temps que les sommes provenant des intérêts des capitaux soumis à son administration, sauf les retenues indiquées plus bas, aux mêmes institutions ecclésiastiques qui ont fourni ces biens et ces capitaux (1)... Là-dessus les journaux officieux russes célébraient la néces- sité et la modération de cette réforme : Nicolas II imitait, disaient-ils, le gouvernement français et ils n'avaient pas de peine à montrer que la mesure adoptée par l'autocrate de toutes les Russies était « plus équitable, plus juste et plus inoffen- sive » que la loi votée en France, au pays des droits de l'homme. Les Arméniens, il faut le dire à leur louange, ne .supj)ression de toutes les libertés communales. — On no trouve la vérité sur la Révolution que dans les iconographies et non dans les ouvrages oratoires, nous recommandons VHisloire d'un village pendant la Révolution, par T. Campenon. Cette histoire du village deCroissy, près de Versailles, a paru dans le Corr-espun- danl en 1873 et nous a inspiré la plus grande partie de cette note. (1) Cf. Échos d'Orient, yànvm' 1901, p. 8. On trouvera au même endroit, p. 13-17, le mémoire remis àrambassadeur de Russie, à Constantlnople, par le patriarche arménien et un peu plus loin (p. 129-139) le mémoire officiel rédigé par la chan- cellerie de l'Église arménienne. 320 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. s'y trompèrent pas et furent unanimes dans leurs protesta- tions. Ils virent clairement que s'ils abandonnaient au gou- vernement l'administration de leurs biens d'Église estimés à 300 millions de francs, ils en arriveraient bientôt à la se- conde étape qui est celle de la confiscation. Ils protestèrent, se firent tuer dans certaines villes et écrivirent : « si la Russie persiste dans son attitude, la victoire définitive restera à la force et à la loi, mais ces mesures de rigueur ne serviront qu'à désaffectionner davantage les Arméniens d'un régime despotique et à diriger ailleurs leurs espérances... On peut s'attendre à tout de la part d'un gouvernement qui a déclaré cyniquement que, à son grand regret, la Russie était obligée de ne pas remplir le traité signé avec la Chine (1) ». Ce qu'on ne prévoyait pas en 1903, ce sont les défaites suc- cessives et continuelles des armes russes, ainsi que la faiblesse d'un gouvernement ruiné par les sociétés secrètes, et la pleu- trerie, à Port- Arthur, du prince Ouchtomski, auteur responsable de la déclaration qui termine notre citation précédente; aussi, en vertu d'un axiome qui devient courant : <' lorsque la Russie est battue, les sujets russes triomphent », les défaites amenè- rent le tsar Nicolas à abroger son ukaze du 12 juillet 1903 et les choses viennent d'être remises en l'état comme nous l'apprend la note suivante insérée dans nos journaux : Par ukaze impérial en date du 14 août 1005, tous les immeubles et capitaux appartenant au\ églises, couvents, écoles et institutions reli- gieuses arméniennes sont replacés sous la gestion des institutions de l'Église arménienne. Le vice-roi du Caucase a informé le catholicos armé- nien de l'ukaze impérial décidant que les biens de l'Eglise arménienne lui seraient rendus et que des écoles arméniennes pourraient être ou- vertes. Nous conseillons aux Arméniens de regarder cette mesure comme une simple trêve, car les biens mal défendus — et les biens d'Église sont nécessairement de ce nombre — excitent trop la convoitise des malfaiteurs pour être respectés bien long- temps (2). Faute de pouvoir dire aux Arméniens comment ils (1) La Gazette russe de Saint-Pétersbourg, 1°' septembre 1902, par la plume du prince Ouchtomski, ami personnel du tsar {Échos d'Orient, Joe. cit., p. 17). (2) Il en a été ainsi, d'après certains journaux, pour une partie des fonds de MÉLANGES. 321 devront se prémunir contre ce danger, nous dirons du moins aux Français quelle forme ils doivent donner aux fondations qu'ils feront désormais en faveur des hospices, orphelinats, écoles ou couvents : après avoir bien spécifié leurs intentions, ils ajouteront qu'à l'avenir si Une seule des conditions posées par eux vient à n'être pas observée, tout le montant de leur donation reviendra à tel hospice ou à tel orpheli7iat de telle ville d' Alsace- Lorraine. Il est certain que la crainte de voir Guillaume II intervenir pour réclamer la fondation, au nom par exemple de la ville de Metz, amènera nos gouvernants à res- pecter scrupuleusement les volontés du donateur (1), car nous avons pu constater que la majorité hétéroclite du ministère Combes, après avoir mobilisé l'infanterie et la cavalerie pour expulser de leur demeure quelques institutrices françaises et après être tombée dans le ridicule de crier chaque jour au Parlement et dans tous les journaux qu'elle ne craignait pas le goupillon — comme si elle cherchait là un brevet de bra- voure — est devenue muette comme une collection de carpes lorsque les soldats allemands ont tué cinq soldats français à Missoum, en territoire au moins contesté, et lorsque l'empe- reur Guillaume l'a empêchée de prendre livraison des avan- tages qu'elle avait cependant payés bien cher au Maroc. II. Par un ukaze du 28 mai 1904, Nicolas II permet de contracter un nouveau mariage aux conjoints qui se sont séparés pour cause d'adultère. Toutefois le conjoint coupable d'adultère, avant de contracter une nouvelle union, doit se soumettre à une punition ecclésiastique qui peut durer de deux à sept ans ; s'il tombe une seconde fois dans l'adultère, il est de nouveau soumis à la pénitence mais ne peut con- tracter un troisième mariage, ce qui semble un peu illogique. L'Église Russe interprète donc désormais au sens le plus la Croix-Rouge qui sont restes clans les poches de quelques personnages russes de haut vol, au lieu de prendre le chemin de la ftlandchourie. (1) Cette volonté n'est nullement respectée aujourd'hui et les intentions des donateurs sont modifK'es arbitrairement par les juges et par le Conseil d'État qui attribuent à l'assistance publique ce qui a été donné à telle maison reli- . gieuse, qui mettent des instituteurs laïques dans telle école fondée en laveur de congréganistes et qui confis(iuent ou ■< li(iuident ■> sans plus de façons le produit des donations. ORIENT CHKÉTIEN. 21 322 lŒVUE L)i<: l'oriknt ciirétiion. large le texte de S. Matthieu, v. 32. On trouvera la traduction de l'ukaze avec le commentaire du Saint Synode dans les Échos cVOrient, 1905, p. 25-27. III. La même revue (1904, p. 276) donne la traduction d'un ukaze qui modifie la législation russe au sujet du travail domi- nical : Les travaux volontaires, les dimanclies et jours de fêtes religieuses et civiles, sont laissés au gré de chacun et aucune autorité ne doit apporter d'empêchement sur ce point... Sa Majesté Impériale, le 10 mai de l'an 1904, a daigné confirmer souverainement et ordonné de mettre à exécu- tion l'avis sus-exprimé du Conseil d'État. 11 nous manque encore ici l'approbation du Saint Synode, mais il semble bien que l'on pourra s'en passer, car la phrase : c< aucune autorité ne doit apporter d'empêchement sur ce point » a sans doute été ajoutée pour fermer la bouche aux autorités ecclésiastiques. Désormais donc en Russie un homme ne pourra être contraint à travailler le dimanche mais « aucune autorité » ne l'empêchera de travailler s'il veut le faire. IV. Le journal YHellénisme (Direction à Paris, 42, rue de Grenelle) nous donne à la date du P'' août 1905 d'intéressants détails sur les massacres dans l'Arménie Russe. Ces massacres sont devenus plus rares parce que les Arméniens, comme le leur conseillait M. Nau dans la présente revue {supra, p. 102, 1. 11-31), se sont décidés à repousser par les armes les bandits qui les massacraient et les pillaient. Voici les plus importants passages de l'article écrit par M. Minas Tchéraz, directeur de VArménie : On en veut surtout aux Arméniens parce qu'ils sont sans défense... A Bakou, des musulmans fanatisés ont montré qu'ils ont encore dans les veines le sang des hordes de Gengis-Khan et de Tamerlan : ils ont brûlé vifs des vieillards, des femmes et des enfants, et éventré des Arméniennes enceintes à l'hôpital de la Maternité. A Nakhitchévan et à Erivan, ils ont juré aux Arméniens qu'ils ne les molesteraient pas, et les ont dépouillés et massacrés dès que, rassurés, ils ont rouvert leurs boutiques. A Djagrakh, ils ont enlevé les jeunes filles, violé les femmes sous les yeux de leurs maris et de leurs fils, et décapité trente-sept Arméniens en présence de MÉLANGES. 323 leurs femmes et de leurs enfants. A Hadjivar, ils ont renversé l'autel de réfi,-liso et tué un prêtre. Au village de Badamlou, ils ont islamisé de force huit cents chrétiens etun prêtre, dépecé onze Arméniens qui refusaient de se convertir, et transformé l'église en mosquée. Des conversions forcées ont également eu lieu dans les villages de Nors, de Mazra et de Marvanis, où. les musulmans ont rasé les prêtres et circoncis plusieurs Arméniens. Des milliers de Kurdes sont accourus de l'Arménie persane et de l'Arménie turque pour participer aux exploits de leurs coreligionnaires de l'Arménie russe. Les Arméniens de la Caucasie, mal soutenus par les autorités russes qui poussèrent parfois l'imprévoyance jusqu'à désarmer les chrétiens pour armer les mahométans, décidèrent de se défendre... Contrairement à l'opinion de M. Claude Anet, le correspondant du Temps, ils se servirent très rarement de bombes. Ils opposèrent aux armes perfectionnées de leurs agresseurs les quelques sabres, revolvers et fusils qu'ils possédaient. Déjà, dans la dernière période des boucheries de Bakou, ils avaient infligé des pertes sensibles à la horde des assaillants. A Nakhitchévan, où les y^rméniens étaient sans armes et en minorité, ils ne purent résister à l'attaque impétueuse des mahométans. Mais à Erivan, capitale de l'Ar- ménie russe, ils prirent une revanche éclatante. Les Turcs eurent plus de cent tués et des centaines de blessés. Trois bombes, lancées par les Hentchakistes et les Droschakistes, firent trembler les plus féroces parmi les musulmans. Ceux-ci n'osèrent plus sortir de leurs maisons et deman- dèrent l'aman. Les Arméniens n'avaient eu que treize morts et une tren- taine de blessés. La Ijravoure déployée par les Arméniens d'Erivan frappa de terreur les mahométans, en même temps qu'elle électrisait le cœur des populations rurales de l'Arménie russe. Les villageois arméniens d'Abaran et d'Asclita- rak refoulèrent les bandes kurdes et turcomanes, en leur infligeant de grosses pertes. Des Arméniens armés de sabres taillèrent en pièces les Turcs du village de Ghotour. Les Arméniens d'Alexandropol envoyèrent des volontaires contre les Turcs et les Kurdes qui menaçaient plusieurs villages, et les assaillants durent rebrousser chemin. Les paysans armé- niens de Daschbouroun reprirent le bétail enlevé par les Turcs et les Kurdes, et leur infligèrent des pertes sensibles. Les Arméniens de Gha- marlou et de Navrouzlou chassèrent les musulmans avec le concours de quelques Cosaques — car les Russes finirent par comprendre que le mou- vement n'était pas moins antichrétien qu'antiarménien, puisque les re- belles tiraientparfois sur les troupes elles-mêmes. — Les villageois arméniens de Guiomri n'eurent qu'un tué et un blessé dans leur combat avec les musulmans, qui durent battre en retraite. Ceux de Binalou et de Kéchisch- viran repoussèrent l'attaque des Tatars et des Kurdes avec l'appui des dragons russes ; l'ennemi laissa sur le champ de bataille quarante-deux tués et deux blessés; les Arméniens n'avaient perdu que deux hommes. Une bande arménienne attaqua le village turc d'Ouchi, dont les habitants avaient assassiné deux Arméniens; elle tua une vingtaine de Turcs et mit en fuite le reste. Les Arméniens tuèrent une quarantaine de Tatars aux 324 REVUE DE l'orient CHRETIEN. environs de Ghamarlou ; leurs pertes furent insignifiantes. Les paysans arméniens d'Oulia-Norachen repoussèrent l'attaque des musulmans, leur tuant une centaine d'hommes. Ceux de la région de Daralaguiaz se réuni- rent dans les villages de Mardiros et de Malitchka et organisèrent une bande, sous la conduite d'Avak et de Mkrtitch ; cette bande dispersa les Turcs qui assiégeaient les villages d'AImalou et de Pachalou, attaqua le village turc d'Itghran, qui servait de quartier général aux bandes musul- manes, et y tua cent cinquante Turcs ; les survivants prirent la fuite, abandonnant leur village aux Arméniens, qui y découvrirent les objets enlevés aux paysans arméniens de la région. Les Arméniens de Ghazandji résistèrent victorieusement, pendant neuf jours, aux assauts réitérés des Turcs, qui durent enfin battre en retraite, en laissant sur le terrain des centaines de cadavres. Dans la région de Charour, les Arméniens du village de Khanghlar, qui avaient reçu un renfort de Cosaques, tuèrent trois cents Turcs. Ces coups répétés paraissent avoir refroidi l'ardeur des fanatiques de l'Islam. Ceux-ci ont empoché l'étendard d'Ali, et cherchent actuellement à faire la paix avec leurs compatriotes arméniens. Ce récit nous semble très instructif, il apprendra aux opprimés de tous pays que, s'ils ne peuvent résister aux troupes régulières, ils peuvent toujours du moins en imposer par leur vaillance aux bandits qui veulent les dévaliser. Il leur est plus glorieux d'ailleurs de mourir en combattant que de se laisser égorger devant leur foyer ou de monter sans résistance sur un échafaud. D'après les dernières nouvelles, les Tartares et les Armé- niens ont enfin trouvé le moyen d'intéresser l'Europe à leurs querelles en incendiant les puits et les dépôts de pétrole à Bakou. L'Angleterre a déjà prié l'incapable vice-roi du Cau- case de protéger la vie et les biens des sujets anglais. On signale toujours de nombreux massacres d'Arméniens, mais les choses vont peut-être changer d'après l'extraordinaire télégrannne suivant adressé de Tiflis à lA'gence Havas, le 9 septembre : « L'ordre a été donné de fusiller sans pitié tous les incendiaires et tous les voleurs pris sur le fait, qu'Us soient Tartares ou non. » Il semble en résulter que jusqu'ici les incendiaires et les voleurs, lorsqu'ils étaient Tartares, jouis- saient d'un traitement de faveur, mais désormais, « qu'ils soient Tartares ou non », ils seront fusillés. C'est un progrès. — Devant ces massacres d'Arméniens qui durent depuis huit MÉLANGES. 325 mois, on peut se demander si la Russie n a pas jadis em- pêché toute intervention en faveur des Arméniens de Turquie de crainte de créer un précédent qui autorisât les nations civilisées à intervenir en faveur des Arméniens de Russie. N. LONGUEVILLE. BIBLIOGRAPHIE Le p. Henpj Lammens, S. J. — Le Pèlerinage de La Mecque en 1902. Journal d'un pèlerin égyptien (extrait des Missions /ieh/cs de la Compa- gnie (le Jésus). Bruxelles, Cli. Biilens; 1904. Les villes saintes de l'islam sont des villes fermées et l'on compterait sans trop ds peine les incroi/anis qui ont pu à la dérobée se faufiler dans l'enceinte de l'une d'elles. Un chrétien qui se hasarde à prendre part à quelqu'un des pèlerinages de la Mecque « l'honorée », s'accule dans une impasse où de tous côtés la mort l'attend. Un remède à ce sort peu digne d'envie est offert par le R. P. Lammens aux lecteurs qu'animerait une curiosité, légitime d'ailleurs, de voir de près et surplace les mystères mu- sulmans. C'est le journal d'un pèlerin égyptien, dont la traduction a paru dans les Missions Belges de la Compjagnie de Jésus. A la suite de cet haggi expansif et par ses lettres de correspondant journalier du journal arabe Al-Ahrâm du Caire, un chrétien convaincu pourra faire un excellent pèlerinage dans les « provinces bénies » du Hidjâz, sans s'exposer à être égorgé, ou tout le moins à finir tristement au bord des chemins en feu, faute d'eau, par manque de pain mangeable et par surabondance continue d'endémies. Les nombreux inconvénients, en un mot, qui causent annuellement des victimes par centaines, lui sont évités tous. Pas de bédouins à craindre ; ceux qu'intercale dans le texte le R. P. peuvent paraître superbes en photographie, — les clichés sont parfaits et les illustrations toutes fort bien réussies — , ils n'en gar- dent pas moins, avec la mine, les mœurs de brigands. Il se trouve éga- lement à l'abri des fournisseurs turcs, qui même sur les chemins de la ville sainte, spéculent à l'orientale sur les achats des dévots et des affa- més. Enfin la traduction du Jino-mil d'un pèlerin égyptien, garnie des notes concises mais multipliées du P. Lammens, constitue un guide sur, qui dispensera d'avoir recours aux « motawwif », ces indigènes cumulant assez bien les deux rôles de eiceroni et de jrichpockels. P. Daubv. Albert Dufourcq. — Saint Irénée (Collection « les Saints »). Paris, Le- coffre; 1904. In-P? de ii-202 pages. Prix : 2 francs. M. Dufourcq a fait la preuve, ces temps derniers, que saint Irénée de Lyon est au nombre des plus intéressantes personnalités chrétiennes, au BIBLIOGRAPHIE. 327 second siècle. Déjà et depuis peu, nous lui étions redevables d'un Saint Irnirr, paru chez Bloud. En voici un autre, de même mérite, quoique d'un format moins épais. Les détails biographiques y sont très peu de chose. Comment s'étonner d'une lacune obligée? En histoire, on se heurte à des insuffisances que ni la bonne volonté ni le talent ne suffisent à combler. Des rares élé- ments, épars en différents ouvrages ou sauvés par la tradition, dont coûte que coûte il fallait se contenter, il était donc malaisé de faire une vie. L'action, par contre, de l'évèque de Lyon, très réelle et très grande, présentait moins d'obstacles à être reconstituée, les écrits du saint qui nous sont restés, nous en donnant eux-mêmes la portée et la direction. L'époque oii elle s'est développée, les circonstances qui l'ont provoquée, les adversaires et les erreurs notamment qu'il fallut combattre, ont par ailleurs singulièrement contribué à perpétuer, à grandir même cette ac- tion d'Irénée. Il figure dans l'histoire comme tenant du christianisme vis-à-vis de la gnose. Et ceci explique pourquoi M. Dufourcq insiste très justement sur la doctrine de saint Irénée et ses luttes antignostiques. Trois chapitres extrêmement importants et d'une incontestable originalité résument ses théories du mystère, de l'Écriture, de la Tradition. Ses grandioses conceptions du Dieu-Homme et les relations qu'il précise avec éloquence entre Dieu et sa créature, nous forcent à conclure avec l'au- teur que saint Irénée a fondé la théologie chrétienne. » A noter comme petit clief-d'œuvre de concision et de vivacité dans l'ex- position et dans le style l'introduction, mise en scène tout indiquée de ce volume : le monde romain et le monde chrétien au second siècle de notre ère. Dans l'ensemble, la précipitation haletante du. récit serait plu- tôt de nature à dérouter l'esprit de lecteurs qui n'auraient pas la con- naissance que leur suppose l'auteur, de certains systèmes de philosophie plutôt obscurs. P. Daubv. C. Tbrlixden. — Le pape Clément IX et la guerre de Candie (1667- 1669), d'après les archives secrètes du Saint-Siège (13'' fa.scieule du re- cueil de travaux publiés par l'Université de Louvain), in-S" de xxxii et 364 pages, Paris, Fontemoing, 1904. — 5 francs. Cet ouvrage vient bien à son heure. Il raconte la conquête de l'ile de Crète par les Turcs au moment où les Cretois, grâce à l'appui des puis- sances chrétiennes, viennent d'échapper au joug turc et, las déjà de leur quasi-indépendance, semblent vouloir s'inféoder au royaume de Grèce. L'auteur esquisse dans son introduction les louables efforts tentés par la papauté de 1431 à 1669 -pour opposer une barrière solide aux invasions des Turcs, il raconte ensuite, p. 1-45, le commencement de la guerre qui devait se terminer à la prise de Candie et consacre le reste de l'ouvrage à exposer les longues et difficiles négociations menées avec courage et abnégation par Clément IX durant tout son court pontificat jjour procurer des secours aux Vénitiens. 328 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Il plaidait une très mauvaise cause, car l'égoïsme et l'orgueil des mar- chands vénitiens (p. 189) n'étaient pas faits pour leur concilier la sympa- thie et il n'était pas facile, au nom seul de la croix, de leur trouver des secours. Presque tout le livre repose sur cette question : « La France in- terviendra-t-elle ou n'interviendra-t-elle pas avec ses flottes, ses armées, et son argent, au détriment de son commerce et de sa sûreté continentale, avec complet désintéressement, pour conserver l'île de Candie à la Répu- blique de Venise? d L'auteur croit qu'elle devait intervenir, c'est son droit, il est toujours facile, surtout dans un écrit, d'imposer des devoirs au voisin, mais il a tort de laisser croire qu'à ses yeux le titre de Roi très chrétien ou de Majesté catholique oblige le porteur à courir sus à l'infidèle, chaque fois qu'on daigne l'en requérir. La politique doit heureusement être distin- guée de la religion, c'est le seul moyen pour celle-ci d'échapper aux crimes que la première a voulu souvent mettre sous son couvert. L'auteur aurait pu aussi ne pas écrire que quelques induits, un chapeau rouge « sans compter d'autres menues faveurs compensaient largement les secours que la France allait envoyer à Candie » (p. 169); car ces secours comprenaient 58 navires et plus de 17.000 hommes (p. 197) dont un bon nombre (p. 222 et 230) devaient trouver la mort sous les murs de Candie ; il ne serait pas flatteur de voir évaluer à ce tarif le prix de la vie de Fauteur et la mienne. En d'autres termes il aurait pu être plus impersonnel, serrer davantage les faits, rejeter en note certains détails oiseux (p. 100-101). Mais nous pouvons louer sans réserve les tableaux des compétitions entre les chefs et des rivalités entre les diverses nations qui caractérisaient déjà ce premier « concert Européen ». Par-dessus tout se détache la grande figure de Clément IX qui met toutes ses ressources au service des Vénitiens peu reconnaissants (p. 79-81) et peut enfin, par une diplomatie habile et per- sévérante, amener les princes chrétiens à conclure une trêve pour tourner leurs communs efforts contre l'islam. — L'ouvrage est orné de deux por- traits et d'un plan de Candie, il se termine par la reproduction de 24 docu- ments inédits ou pièces justificatives et par une table alphabétique des noms de personnes. F. Nau. G. M.\spERO, membre de l'Institut. — Histoire ancienne des peuples de V Orient, sixième édition entièrement refondue; petit 8", 912 pages; Ha- chette, Paris, 1904. Cet ouvrage est divisé en cinq livres : 1, L'Egypte jusqu'à l'invasion des pasteurs. 2, L'Asie antérieure avant et pendant le temps de la domi- nation égyptienne. 3, L'empire assyrien et le monde oriental jusqu'à l'avènement des Sargonides. 4, Les Sargonides et le monde oriental jus- qu'à l'avènement de Cyrus. 5, L'enfpire perse (jusqu'à la conquête ma- cédonienne). Viennent ensuite : un appendice fort intéressant sur les BIBLIOGRAPHIE. 329 écritures du monde oriental, une table des noms propres et trois cartes hors texte; cent soixante-quinze gravures ornent le texte (1). M. Maspero a condense dans cet ouvrage les faits consignés par lui dans sa belle mais coûteuse Histoire ancienne des peuples de VOrienl classi- que (2). Nul n'était plus qualifié que lui pour mener à bien ce difficile travail et pour -nous guider dans le dédale des dynasties et des rois dont il nous reproduit tous les noms. Les documents semblent passablement hétéroclites. Après quelques pages d'Hérodote, de Plutarque, de Strabon et surtout après les fragments de Manéthon conservés par Flavius Josèplie, Eusèbe de Césarée et le Syncelle, on ne trouve guère que quelques pa- pyrus et de nombreuses inscriptions où manque toute perspective comme dans les dessins qui les accompagnent. Nous ne savons pas si le temps viendra jamais où l'on pourra reconstituer cette histoire à la manière de Tillemont, en soudant bout à bout les documents qui nous en restent. L'imagination ou, pour employer une locution moins désobligeante, la divination tiendra encore longtemps le principal rôle dans la reconstitu- tion de certaines parties de l'histoire ancienne de l'Egypte. Les faux commis dans les attributions de monuments et même dans les rédactions des stèles (cf. p. 338, n. 1), ne sont pas pour faciliter la tâche des historiens. Les Égyptiens contemporains de Psammétique n'avaient trouvé qu'un moyen assez ridicule et nullement probant de promer contre les Phrygiens, l'antiquité de leur race (Hérod., II, 2-3). Au temps d'Hécatée de Milet, voisin des Phrygiens, qui se contentait de seize ancêtres, ils avaient trouvé un moyen fort ingénieux de prouver leur propre antiquité : c'était de montrer trois cent quarante-cinq statues affublées chacune d'un état civil et qui étaient censées représenter les rois ou les grands prêtres dans leur ordre de succession. Ils arrivaient ainsi sans trop de peine à remonter jusqu'à douze mille ans plus haut. « Dans cette longue suite d'années, ajoutaient-ils, le soleil s'était levé quatre fois hors de son lieu ordinaire et entre autres deux fois où il se couche maintenant » (Hérod., II, 142-143). Ajoutons encore que le mirage, si désagréable pour notre armée d'Egypte, semble ne l'avoir pas moins été pour les historiens : Hé- rodote raconte avoir vu le lac Mœris destiné à régulariser les crues du Nil, il en donne les dimensions , il a même demandé où l'on avait mis la terre recueillie en creusant ce lac (II, 149-150); or, d'après M. Maspero, ce lac n'a jamais existé ni Mœris non plus (p. 131). Quant au fameux labyrinthe dont Hérodote a visité la partie supérieure (II, 148), c'était tout prosaïque- ment une ville (Maspero, p. 131-132) (3). Nous ne rappelons pas seulement ces faits à l'occasion de l'ouvrage actuel, mais nous avons remarqué qu'il semble souvent de bon ton de (1) La troisième édition que iiuus pobscdons (1878) a mêmes divisions générales, mais seulement ti58 pages et aucune gravure dans le texte. (2) Trois vol. gr. 8°, brochés, 90 francs. (.•?) Rappelons encore la colossale lic\ue de Pupuis qui attribuait de l."i à Ki.OOO ans i)rL'.s cnnticiit i>lus de i'iO ni>tns. 332 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. cardinal Lavigerie, la fondation d'un lycée grec-catholique à Athènes, d'une église à Naupacte, de séminaires ruthène et grec à Rome et la création des nombreux périodiques destinés à faire connaître l'Orient et à préparer la réunion des Eglises. C'est encore Sa Sainteté Léon XIII qui donna aux Bénédictins le collège grec de Saint-Athanase à Rome. Le Père Netzhammer nous retrace son his- toire dans la brochure dont nous avons donné le titre qui est un tirage à part de la KathoJ. Kirchenzeiliing. On trouve l'histoire de la fondation du collège par Grégoire XIII, en 1577, des services qu'il put rendre sous les diverses administrations (Jésuites, Dominicains, Résurrectionnistes, prêtres sécu- liers) qui s'y succédèrent et de son organisation actuelle sous la direction des Bénédictins. Cette intéressante monographie est basée surtout, nous dit l'auteur, sur les archives du collège, car il n'a pu trouver aucun ou- vrage antérieur qui traitât ce sujet ex professa. V. J.-J. Clamageran. Philosophie morale et religieuse, art et voyages (extraits de ses ouvrages et de sa correspondance inédite). 8°, xxv et 312 pages ; chez Félix Alcan, Paris, 1905. — Prix, 3 fr. 50. Cet ouvrage a été compilé pieusement par M™'' J.-J. Clamageran pour mettre en relief certaines idées morales et religieuses de son mari, M. le sénateur J.-J. Clamageran, mort le 4 juin 1903. Dans une courte préface, M. J.-E. Roberty nous apprend que les idées religieuses de Clamageran étaient celles du protestantisme libéral : « j'ai consacré ma vie, disait-il souvent, à la défense de trois grandes causes : la République, le protes- tantisme libéral et le libre échange » (p. vi). Cette phrase a dû paraître très claire à M. Roberty, elle nous le paraît beaucoup moins, car nous lisons, p. 97 : « au sein de l'Église protestante, le christianisme est défini, expliqué et mis en lumière par voie de liberté ; chaque fidèle se fait à lui-même spontanément son propre christianisme, et il le répand librement autour de lui ». Nous craignons donc que la préface ne doive être modifiée dans le sens suivant : « j'ai consacré ma vie à trois grandes causes : mon protestantisme libéral, ma république et le libre échange », car nous constatons que les protestants s'anathéniatisent mutuellement au nom du protestantisme (cf. p. 100-103) et les républicains au nom de la République. C'est dire que nous sommes partisans des dogmes que condamne M. Cla- mageran parce que nous les considérons comme nécessaires pour l'union des esprits (1). Nous demandons de même une définition de la République (4) On croit à tort que le dogme catholique est fort étendu et peut opposer des entraves aux recherches scientifiques. Le dogme catholique peut tenir en quelques pages, il est condensé dans le Credo qui ne peut gtiier aucun savant dans ses recherches. Les entraves ne sont venues et ne viennent que de certains théologiens malfaisants qui ont voulu ériger sinon en dogme du moins en lègle leurs conceptions personnelles. Alliganl cnera gravia et imiJorlabUiael iwponunl in Jiumtrcshovumcmin&nh. xxni,4). Ce sont eux seuls qui ont donné prise aux ohjeclions, qui ont fatigué les hommes et qui ont tr( p déperplc les Églifes; nais le ("oimc i;e i(ut cUe rciulu rci^iuEsaMe de leur zèle exagéré. BIBLIOGRAPHIE. 333 et un dogme républicain qui puisse nous servir de pierre de touche pour séparer les républicains des saltimbanques qui se parent de ce nom et le refusent aux autres afin d'attirer la foule autour de leurs tréteaux. C'est dire que cet ouvrage et surtout la préface, ouvrent le champ à des polémiques qui ne sont pas de notre ressort. Disons qu'il contient un rap- port sur le matérialisme contemporain, lu à la SG'' session des conférences pastorales fraternelles de Paris le 16 avril 18G9 (p. 43-48), des extraits de l'ouvrage : La lutte contre le mal, publié chez Alcan en 1897 (p. 49-97), quatre fragments de lettres dont le plus long était adressé au pasteur Leblois de Strasbourg en 1857 (p. 89-93) ; un rapport sur le Protestantisme libéral lu à ï Union protestante libérale en 1866-67 (p. 95-103), une étude sur La critique religieuse publiée (à propos des Essais de critique religieuse d'Albert Réville, pasteur de l'Église Wallonne de Rotterdam) dans le Dis- ciple de Jésus-Christ en 1860 (p. MSb-Yb^); Des pensées diverses (p. 161-181), enfin quelques études réunies sous le titre Art et voyages (p. 185-310). Vingt pages (p. 271-290) sur Athènes, Constantinople, Damas et le Caire ratta- chent seules cet ouvrage à l'objet de nos études. VI. DOM SuiTBERT BÂUMER, bénédictin de l'abbaye de Beuron. Histoire du bréviaire, traduction française mise au courant des derniers travaux sur la question par Dom Réginald Biron, bénédictin de l'abbaye de Farn- borough. 2 vol. in-8°, viii-440 et 532 p.; Letouzey et Ané, Paris, 1905. L'ouvrage de Dom Baumer, publié en Allemagne en 1895, a déjà pu pro- fiter des leçons des critiques et du temps, d'ailleurs, comme l'écrit le tra- ducteur (p. vu), « l'œuvre de Dom B. est si complète et si sérieuse qu'il n'est guère possible de la refaire pour le moment sans tomber presque inévitablement dans la contrefaçon ». 11 ne restait donc, comme l'a fait le traducteur, qu'à y apporter diverses améliorations de détail. L'ouvrage, qui est en somme l'histoire de la prière publique dans l'Eglise, est divisé en trois livres. I. Période des Pères, formation du psautier de la semaine et de l'office du temps, p. 45-281.- On y trouve relevées toutes les mentions de prières publiques durant la période apostolique et chez les Pères de l'Église grecque et de l'Église latine et un aperçu sur le développement des fêtes chrétiennes durant cette période. II. Le Moyen-Age, de saint Grégoire le Grand au concile de Trente (p. 283-433, 1-149). Le chapitre iv est tout particulièrement intéressant par l'histoire du développement in- terne de l'office et de la formation du Bréviaire romain. III. Époque mo- derne, depuis le concile de Trente jusqu'à nos jours (151-424). L'auteur, qui avait étudié dans le livre précédent la grande efflorescence des rites, des liturgies et des bréviaires dans le monde catholique, montre comment, après bien des réformes, des revisions et des modifications, on en est ar- rivé à l'usage presque exclusif du bréviaire Romain. L'ouvrage se termine par cinq appendices et une table analytique des matières des deux vo- lumes; il semble bien renfermer — et au. delà — tout ce qu'on peut faire 334 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. rentrer sous son titre. — Notons que la préface et la notice biographique annoncées à la table manquent dans notre exemplaire. VII. J. Labourt. De Timotheo 1 Neslorianorum pnlriarcJia (728-823) et Christianorum orienlaUinn condiciune sub Chaliphis AObasiilis. 8", xv- 89 pages; Lecoffre, Paris, 1904. Cette thèse a eu le mérite d'introduire à la Faculté des lettres de Paris une foule de noms orientaux qui ont dû s'y trouver bien dépaysés. Heu- reusement l'auteur, par égard sans doute pour ses examinateurs, ne leur a pas imposé en plus l'examen de textes syriaques comme M . Amélineau leur a jadis imposé des textes coptes (J)e historia lansiaca, Paris, 1887). Après un index des ouvrages de Timotliée, l'auteur résume tout ce que l'on connaît sur la vie de ce patriarche et la manière dont il gouverna l'Église nestorienne. Il ajoute un chapitre sur les missions des Nestoriens et termine en tradviisant 99 canons de Timotliée (sur les ordres ecclésias- tiques, le mariage et les héritages) dont le texte est conservé dans un ma- nuscrit de Rome. C'est là une excellente monographie pour vulgariser un auteur jusqu'ici peu connu. Par exemple, nous ne savons pas au juste pourquoi les orthodoxes sont appelés Melkites (p. 17), car les Melkites, d'après leur nom, sont les fidèles de l'empereur de Constantinople et ces empereurs, du viii* au ix<= siècle, sont loin, d'être orthodoxes (Romains). Il nous semble donc que les fidèles orthodoxes persécutés par les empe- reurs avaient peu de chance d'être appelés en Syrie Melkites, c'est-à-dire Impériaux, mais plutôt Manlaïtes, c'est-à-dire rebelles. VIII. C. CiiARON, prêtre du rite grec. Les saintes et divines Liturgies de nos saints Pères Jean Chrysostome, Basile le Grand et Gré- goire le Grand {Liturgie des Présanclifiés) en usage dans lÉglise grec- que catholique orientale, traduction française. In-I8 de x-300 pages; Pi- card, Paris, 1904. — 3 fr. 50. L'auteur se propose de faire connaître en Occident les anciennes et vé- nérables liturgies « suivies aujourd'hui par plus de cent millions de chré- tiens ». Il a fait sa traduction sur les textes publiés à Rome par la Propa- gande. Il traduit fidèlement « le texte très complet des prières », en déve- loppant les rubriques (mises en italiques) autant qu'il est nécessaire pour la parfaite intelligence du texte. La liturgie de saint Jean Chrysos- tome (p. 1-77) comporte seule au bas des pages quelques courtes notes pour comparer les rites latin et grec. — Suivent (p. 78-102) les parties propres de la liturgie de S. Basile qui « ne se dit qu'aux jours suivants . les dimanches du grand Carême, sauf le dimanche des Rameaux; le jeudi saint; le samedi saint; la vigile de Noël; le 1"" janvier, la fête de saint Basile et la vigile de l'Epiphanie ». Cette liturgie, autant que nous avons pu en juger par un examen rapide, n'a rien de commun avec la U- Luryie Copie alexandrine dite de saint Basile le Grand, traduite par M^"" Ma- BIBLIOGRAPHIE. 335 Caire et Dom Paul Renaudin dans BOC, t. IV (1899), pp. 13-43. Nous avons constaté que cette dernière, hors quelques additions et quelques suppres- sions, n'est autre que la liturgie traduite du copte en latin par Renaudot, Liturgiarum Orienlalium colleciio, Paris, 1710, t. I, pp. 1-20. Le Père Charon donne ensuite (pp. 103-152) la traduction de la liturgie de saint Grégoire le Grand, ou des Présanctifiés, qui se célèbre pendant le grand Carême, aux jours de jeune (c'est-à-dire tous les jours, sauf le sa- medi et le dimanche) et le 25 mars, puis vient la Liturgie Pontificale cé- lébrée en présence de l'évéque ou bien par l'évèque lui-même, sans ou avec solennité (pp. 153-198); de la Concélébration (pp. 199-204); prières pour la communion (pp. 205-237) ; un lexique des termes techniques (pp. 238-250). Enfin l'auteur a ajouté en caractères latins les réponses ordinaires de la liturgie en grec puis en slave (pp. 251-282) afin que ces quelques pages forment comme un manuel du servant de messe. Ce petit volume non seulement fera connaître ces liturgies mais per- mettra aussi aux Occidentaux d'assister avec fruit aux offices grecs et slaves qui n'étaient guère jusqu'ici qu'un objet de curiosité. IX. Le Père J. Hobeïka, religieux maronite libanais, avec la collaboration de l'éditeur, son frère, le Père Pierre Hobeïka, curé à Basconta (Liban). Étymologie arabo-syriaque (sic), mots et locutions syriaques dans l'idiome vulgaire du Liban et de la Syrie, ln-18 de 100 pages; chez l'auteur à Basconta (Liban). — 2 francs. Lorsque deux langues de même souche se succèdent l'une à l'autre, il est assez difficile, semble-t-il, de découvrir l'influence de la première sur la seconde, car la plupart des racines sont communes. Le P. Hobeïka énu- mère près de deux cents mots usités au Liban et en Syrie qu'il rattache au .syriaque, à commencer par |lqj/ jusqu'à v'^-""- La dépendance paraît certaine pour des mots techniques comme ^i»QXio (signes du zodiaque) et pour quelques mots grecs syriacisés, puis passés tels quels dans l'idiome arabe vulgaire comme )-uiaa (tunique). Dans les autres cas, nous laisse- rons à de plus compétents le soin de se prononcer. On trouve (p. 70-71) les étymologies de quelques noms propres d'origine syriaque, signalons holjxs^aa que l'auteur croit devoir changer aux errata en |.^,..,«.v>;°>-) ce qui est sans doute inexact, car Caparasima (près de Ptolémaïs en Phénicie) figure déjà dans le Pré spirituel de Mosclius (ch. lvi). — Enfin le P. Ho- beïka se met à la disposition des Orientalistes qui voudraient correspondre avec lui en arabe ou en syriaque. X. M. B. d'Eyragues. Les Psaumes traduits de l'hébreu avec notes et commentaires; préface du cardinal Mathieu, ln-12 de lxiv-427 pages; Lecoffre, Paris, 1904. — 4 francs. M. Vigouroux, chargé de l'examen de cet ouvrage, a écrit à Son Émi nence le cardinal Richard ; « Le nouveau traducteur a mis à profit tous 336 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. les progrès de l'exégèse; sa version est exacte en même temps qu'élé- gante ; elle est claire et limpide et elle permet ainsi de suivre aisément la pensée et le développement des idéçs de l'auteur sacré. Elle conserve, de plus, dans la mesure du possible, la forme même des Psaumes, en marquant le parallélisme, ce trait caractéristique de la poésie hébraïque, et en distinguant les strophes... M. d'Eyragues place en tête de chaque Psaume une introduction qui en fait connaître le sujet et l'occasion, lors- qu'on peut la déterminer, et, au bas des pages, quelques notes indis- pensables pour expliquer les termes hébreux ou des allusions difficiles à saisir pour des lecteurs modernes. » Dans sa préface (pp. iii-xni) — qui se défend d'être une préface — le cardinal Mathieu, après quelques généralités sur les Psaumes, cite quelques-unes des heureuses corrections apportées à la Vulgate. Car la Vulgate, comme l'a écrit M. Vigoureux, n'est pas une traduction de l'hébreu, mais seulement du grec qui n'était déjà par endroits qu'une traduction infidèle. Saint Jérôme a dû se borner à retoucher légèrement la traduction sans la refondre afin de ne pas trop changer les habitudes des nombreux chrétiens qui possé- daient par cœur l'ancienne version. L'ouvrage de M. d'Eyragues permettra aussi aux fidèles de mieux com- prendre les chants liturgiques des Vêpres et des Compiles et de prendre aux offices une part plus personnelle qu'ils ne pouvaient bien souvent le faire. Car l'idéal ne nous semble plus être de se borner à écouter des chants latins ni même d'aller jusqu'à chanter dans une langue inconnue, il faut en arriver à prendre une part active à toutes les prières comme cela avait lieu jadis oîi l'on n'avait garde de faire chanter les psaumes en grec par les Latins ni en hébreu par les Grecs. SOMMAIRE DES REVUES \. Analecta Bollandiana. T. XXIV, fascicule 3. — Dom H. Quentin 0. S. B.Passio S. Dioscori. — A. Poncelet. La date de l ■ fêle des SS. Fé- lix et Régula. — P. Peeters. Historia S. Abramii ex apographo arahico. — E. HocEDEZ S. J. Lettre de Pierre Ranzano au pape Pie II surle martyre duR. Antuine de Rivoli. — Bulletin des publications hagiographiques. — Appendix. A. Poncelet. Catalogus cod. hag. lat. bibl. Rom. praeterquam Vaticanae. 1. Codices archivi capituli sancti Pétri in Vaticano. — IL Co- dices archivi capituli sancti lohannis in Laterano. 2. Revue biblique. Juillet 1905. Communications de la commission pontificale pour les études bibliques. — M.-J. Weiirlé. De la nature du dogme. — iM. E. CuQ. Le mariage à Rabylone. — V. Scheil. Documents archiiiques en écriture proto-élamile. — Mélanges, chronique, recensions, bulletin. Le Directeur-Gérant F. ClIAKMETANT. TYPOGRAPHIE FIRMIN-DIDOT ET C''^. — MESNIL (EURE). SIVAS HUIT SIÈCLES D'HISTOIRE <• % 4. — Les princes empêchent une tentative d'union religieuse. L'union et Tabsorption sont choses fort différentes. L'union a lieu entre choses qui sont distinctes et qui le restent, tandis que dans l'absorption toute distinction disparait. Matthieu d'Édesse et en général tous les auteurs arméniens reprochent aux Grecs de cette époque d'avoir voulu les absorber non seulement comme nation, mais encore comme Église distincte. Voici à ce sujet ce que raconte Matthieu d'Édesse (n" 93). « L'empereur Constantin Ducas, le Patriarche [Jean Xiphilin dont Lebeau place Télcvation au patriarcat en 1064, alors que la plupart des historiens la reculent jusqu'en 1066], tout le clergé et la corporation des eunuques se réunirent dans une pensée satanique conçue par l'empereur, celle de nous enlever notre croyance et de nous forcer à adopter la leur. Dans ce but Ducas manda à Constantinople Adom et Abousahl, princes de Sébaste. Ceux-ci, qui soupçonnaient les projets impériaux, em- menèrent avec eux le docteur Jacques Karapnétzi, religieux du monastère de Sanahin, homme très versé dans la connaissance de l'Écriture Sainte. « D'abord ils furent tous fort bien reçus; mais au bout de quel- ques jours, l'empereur leur ordonna de se laisser baptiser sui- (1) Voy. 1905, 79, 169, 283. OKIENT CnRÉTIEN. 22 338 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. vant le rit grec. Les princes s'en excusèrent, prétendant qu'ils ne pouvaient rien faire sans l'assentiment de Kakig, fils d'A- chod et ancien roi d'Ani, homme très instruit (1) qui de plus était leur souverain et leur beau-fils (2). Ils demandèrent donc à l'empereur de le faire venir, sans quoi, ajoutaient-ils, il nous fera brûler vifs (3) à notre retour chez nous. « L'empereur Ducas, redoutant la logique de Kakig, ne voulut pas y consentir, et il fit commencer la controverse en sa pré- sence. Le docteur Jacques Karapnétzi souleva de nombreuses difficultés contre tous les points de la doctrine des Grecs et ne leur céda un peu que sur la question des deux natures en Jésus- Christ. Malgré cela, continue l'auteur, Constantin Ducas, agréant toutes ses conclusions, lui ordonna de rédiger l'acte d'u- nion entre les deux Églises (4). Son travail reçut l'approbation impériale et fut placé à Sainte-Sophie. » Sur ces entrefaites Kakig d'Ani, que les princes de Sébaste avaient secrètement fait prévenir, arrive « rapide comme l'ai- jyle » de sa résidence de Kaghonbaghad (Kalon Palatium). L'au- teur, quelques lignes plus haut, avait écrit que l'empereur re- doutait la venue de ce prince, mais il ne craint pas de se contre- dire en affirmant ici qu'elle lui causa le plus grand plaisir. Kakig, introduit au palais, demande à voir le formulaire de foi dressé par le docteur arménien. Il en prend connaissance et, en présence de l'empereur, lacère la pièce dont il jette les morceaux à terre. « Le docteur Jacques, déclare-t-il, n'est qu'un moine. Une multitude de moines arméniens refuseraient de souscrire une pareille déclaration et de s'y conformer. Pour ce (1) Samuel d'Ani dit de ce prince qu'il avait été élevé dès l'enfance dans la lec- ture des livres. Pour cet auteur, l'amour que ce prince aurait conservé pour l'é- tude après son élévation au trône, serait une des causes de la perte de la natio- nalité arménienne. (2) Il avait épousé Marie, fille de leur frère David, leur nièce par conséquent. Il est fort vraisemblable qu'ils en avaient été les tuteurs, peut-être même les pères adoptifs. (3) Matthieu d'Édesse représente partout ce prince comme un liomme d'un ca- ractère extrêmement violent. (4) M^"^ Somal, dans son « Tableau historique de la littérature arménienne » (Venise, 1829, p. 75), parle de cet auteur et raconte la chose d'une manière assez différente. Il ne semble pas avoir consulté directement Matthieu d'Édesse qui pourtant paraît avoir été le seul à mentionner ces faits, du moins parmi les an- ciens historiens. SI VAS. 339 qui me regarde, je la rejette avec tous les docteurs arméniens qui font autorité. » Il fait ensuite des reproches à Jacques Ka- rapnétzi, puis termine en disant à Constantin Ducas : « Moi, je suis souverain, et fils des souverains d'Arménie, tout ce royaume est sous mes ordres (?). Tout mon pays rendra témoignage que je suis versé dans la science de l'ancien Testament et du nou- veau, et proclam.era qu'il me regarde comme l'égal des docteurs. Aujourd'hui donc je donnerai aux Grecs un exposé de notre croyance nationale. » « Il tint parole. Son travail » (qui remplit plus de quinze pa- ges de la traduction de M. Dulaurier) « remporta tous les suffra- ges et la bonne harmonie fut rétablie entre tous les Arméniens. Les brouillons qui tenaient parmi eux les opinions du concile de Chalcédoine, couverts de confusion, se virent par le fait obligés de renoncer à leurs bavardages. » Kakig composa encore d'au- tres traités qui furent eux aussi examinés et hautement approu- vés par l'empereur comme ne renfermant que des propositions orthodoxes et la véritable doctrine chrétienne. Ce récit de Matthieu d'Édesse, si on l'acceptait pour authen- tique, soulèverait deux questions. D'abord, dans quel but, dépassant de beaucoup les prétentions ordinaires des légistes byzantins, fait-il trancher les questions dogmatiques par les seuls potentats? Ensuite, pourquoi tient-il tant à présenter le dogme arménien comme sanctionné par l'autorité impériale? Est-ce que, au commencement du xii" siècle, cette autorité exerçait encore au point de vue religieux une telle fascination sur les Arméniens que pour leur faire admettre un dogme on avait besoin de le présenter comme approuvé par elle? Était-ce pour fournir une réponse péremptoire dans les controverses avec les Grecs? Il est bien difficile de le conjecturer. On a d'ailleurs le droit de mettre en doute l'authenticité du récit tel qu'il est donné par l'auteur. Non seulement il renferme des détails invraisemblables, mais peut-on admettre que le moine Jacques Karapnétzi d'abord, puis le roi Kakig ensuite, grâce à l'appui de Constantin Ducas, aient imposé à l'Église grecque des sentiments contraires aux définitions du concile de Chalcédoine? On peut toutefois admettre que le récit défiguré par Matthieu d'Édesse, repose sur un fait historique. M^"" Somal {Tableau 340 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. historique etc., p. 60) cite un prince Kakig auteur de deux lettres dogmatiques adressées l'une à l'empereur Romain (?), l'autre au Patriarche grec de Constantinople. Il est vrai qu'il le fait vivre un siècle plus tôt, ce qui l'amène à l'identifier avec Kakig P', prince Ardzérouni du A'aspouragan. Cela confirme ce qui a déjà été remarqué dans une note, que lAF' Soinal n'a pas eu recours directement au texte de Matthieu d'Édesse. Ce dernier auteur affirme qu'à la suite de cet accord l'em- pereur se montra plein de bienveillance pour les princes Arméniens, les traita fort honorablement et leur fit des présents considérables ainsi qu'aux principaux personnages de cette nation. Bien qu'il ne donne pas d'nne manière précise la date de ces événements, la façon dont il parle « des savants et doc- teurs grecs réunis en présence de l'empereur », pourrait faire croire que ce fut à l'occasion du concile tenu à Constantinople, en 1066. CHAPITRE VI FIN DU ROYAUME ARMÉNIEN DE SÉBASTE. l» Premiers passages de Romain Diogène à Sébaste. . — 2° Les Persans saccagent (le nouveau Sébaste. — 3" Derniers passages de Romain Diogène. — 4° Les princes de Sébaste clierchent à venger le meurtre de Kaiiig d'Ani. § 1. — Pîxmiiers passages de Romain Diogène à Sébaste. Les Turcs Seldjoucides, qui n'avaient d'abord été que des hordes de pillards sanguinaires, s'étaient peu à peu plies à une certaine discipline. Dans le principe ils n'avaient osé faire que de courtes incursions sur les terres des vassaux de l'Empire. Plus tard ils s'en étaient emparés. Puis ils avaient fini par s'enhardir jusqu'à porter la dévastation dans le pays grec lui- même. Là, leurs premiers succès avaient augmenté leur audace encore plus que découragé les troupes impériales. Chaque gouverneur de province avait sous ses ordres une armée destinée surtout à lui former une garde et à réprimer le brigandage local. ]\Iais ces forces, ordinairement peu nom- breuses et forcément isolées les unes des autres, étaient abso- lument incapables d'arrêter une invasion et de s'opposer aux déprédations d'une armée ennemie. Il fallut presque attendre l'avènement de Romain Diogène pour essayer de le faire. Proclamé,, le P'' janvier 1068, le nouvel empereur, après avoir remédié aux vices les plus criants de l'administration intérieure de l'Empire, partit dès le mois de mars, à la tête d'une armée improvisée, pour aller arrêter les progrès qu'Alp Arslan faisait en Syrie. Il s'avançait lentement à travers la Cappadoce, sa patrie, de façon à n'entrer en campagne qu'a- près les grosses chaleurs de l'été. Il approchait de Lycande, lorsqu'il apprend qu'une armée seldjoucide avait surpris et pillé Néocésarée, dans le Pont. Il 342 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. prend aussitôt la direction du Nord, arrive à Sébaste, y laisse ses bagages et sa grosse infanterie sous les ordres d'Andronic, le neveu de son prédécesseur, puis en toute hâte, avec ses meilleures troupes, il va à travers les montagnes se poster à Téphrique, — que l'on croit être Divrighi. — Il y attend le passage de l'armée qui venait de dévaster le Pont et sa capitale. Il la charge à l'improviste, la disperse, lui fait un grand nombre de prisonniers, qui sont mis à mort, et lui enlève tout le butin qu'elle avait fait. De retour à Sébaste, il donne à ses troupes trois jours de repos, puis reprend la route de la Syrie, en passant par Gueuse et Marache. L'année suivante, 1069, Romain Diogène, dans une nouvelle campagne, se rend directement de Césarée de Cappadoce à Mélitène; il y laisse, sous les ordres de Philarète, un fort con- tingent de troupes destinées à arrêter l'ennemi. L'empereur avec le reste de son armée gagne l'Akilisène par la vallée de l'Euphrate. Là, il apprend qu'une armée seldjoucide, culbutant Philarète, a envahi la Cappadoce. Il se porte au secours de cette province, traverse Sébaste sans s'y arrêter, apprend à Cômopolis (1) le pillage d'Iconium et prend d'excellentes dis- positions pour cerner les envahisseurs, qui ne lui échappent qu'à grand'peine, à travers la Cilicie, et perdent tout leur butin. • Les auteurs arméniens — le manuscrit de Sivas avec eux — se taisent sur ces deux campagnes. Leur silence est d'autant plus étrange que les armées impériales parcourent en tous sens les états attribués aux fils de Sènèkèrim, à Kakig d'Ani et à Kakig de Kars. L'empereur Romain Diogène en personne passe trois fois à Sébaste; en 1068, il y laisse même une partie de son armée. L'année suivante, il suit la voie romaine qui, d'a- près les Tables de Peutinger, passait à Larissa de Cappadoce, à 47 milles de Césarée, localité donnée, en 1064, à Kakig de Kars. Comment se fait-il donc que nulle part il n'ait rencontré les rois arméniens? Ce silence se comprendrait encore de la part des auteurs grecs : les rois déchus de l'Arménie n'étaient plus probablement à leurs yeux que de gros propriétaires (1) On ne connaît aucune ville de ce nom. II est probable que c'est un nom commun et qu'il faut traduire : « il apprend dans une bourgade ». SI VAS. 343 fonciers chez qui l'empereur pouvait prendre l'hospitalité sans qu'il fût besoin de le consigner dans l'histoire. Mais cette expli- cation, bonne pour eux, ne vaut rien pour les auteurs armé- niens. % 2. — Les Persans saccagent de nouveau Sébaste. L'empereur, qui avait personnellement dirigé les deux précé- dentes campagnes, confia à Manuel Comnène la conduite de celle de 1070. Ce général, qui avait le titre de Curopalate, concentra ses troupes à Césarée de Cappadoce. Il réussit à faire régner la discipline parmi ses soldats, ce qui lui valut de rem- porter d'abord de brillants succès; mais ensuite l'empereur, jaloux, dit-on, de sa gloire, le priva de ses meilleures troupes sous prétexte de renforcer l'armée de Syrie. Ainsi réduit à l'impuissance, Comnène établit son camp aux environs de Sébaste, menacée par une armée ennemie. Kroudj, prince de la famille de Togrul bey et prétendant au trône de Perse, venait en effet de franchir les frontières de l'Arménie et s'avançait contre la ville, en semant partout la dévastation et la mort. Un corps de cavalerie musulmane vint un jour jusqu'à la porte de son camp insulter le Curopalate. Celui-ci, en faisant une sortie, ne crut pas manquer à sa résolution de ne rien hasarder; mais il se laissa emporter trop loin, tomba dans une embuscade et fut fait prisonnier avec ses deux beaux-frères. Privés de leurs chefs, les soldats rentrèrent en désordre dans le camp, qui fut enlevé par l'ennemi. Ce jour-là, sans la proxi- mité de la ville où les vaincus trouvèrent un refuge, l'armée grecque était exterminée tout entière. C'est d'une manière bien différente que le manuscrit de Si vas raconte les mêmes faits. « Kroudj, dit-il, après s'être ré- volté contre AlpArslan, s'avança vers les frontières de l'Armé- nie, où le général grec Manuel Comnène, qui s'était porté à sa rencontre, fut vaincu et fait prisonnier. Les troupes per- sanes purent ensuite dévaster tout le pays sans être inquiétées par personne. Elles pillèrent de nouveau Sébaste et toute la contrée voisine, où elles firent beaucoup de mal. » 344 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Matthieu d'Édesse est loin d'être aussi explicite sur ce se- cond pillage de la ville. Il se contente de dire (n° 101) sans rien préciser : « Le passage de Kroudj fut l'occasion delà ruine que subit de nouveau notre pays de la part de la race per- verse des Turcs Seldjoucides. » Le manuscrit s'avance donc beaucoup en interprétant les mots « notre pays » par « la ville de Sébaste », rien dans le texte n'autorise à le faire. 11 est plus sûr d'adopter la version des historiens grecs. Ils assurent qu'après sa victoire sur Manuel Comnène, Kroudj, méprisant Sébaste et les débris de l'armée grecque qui s'y était réfugiée, traversa à grandes journées toute la Cappadoce et la Phrygie pour aller piller la ville ouverte de Colosse, qui alors était immensément riche. Cependant Kroudj se laissa persuader par son prisonnier le curopalate Manuel Comnène, qu'une alliance avec l'empe- reur lui serait très avantageuse pour réussir dans ses projets et monter sur le trône de Perse. Kroudj se décida donc à aller à Constantinople. Il fut le premier Mongol qui parut dans cette ville où les Byzantins, frappés de son teint et de son aspect si peu en rapport avec l'idéal qu'ils se faisaient de la beauté, le désignèrent par le sobriquet de Chrysoskullos » (le jaune difforme). Les Arméniens, eux, ont transformé son nom de « Kroudj » en celui de « Gdridj » qui signifie « le coupeur, le massacreur ». % 3. — Derniers passages de Romain Diogène L'empereur Romain Diogène consentit à entrer dans les vues de Kroudj et, dès le 13 mars 1071, il quitta sa capitale à la tête d'une nombreuse armée. Il emmenait avec lui le gé- néral persan et le curopalate Manuel Comnène; mais ce dernier mourut en Plirygie dès le début de l'expédition. Matthieu d'Édesse (n° 103) représente l'empereur « rugis- sant comme un lion ». « Il réunit, dit-il, des forces immenses, parmi les Goths, les Bulgares, les habitants des îles éloignées (1), (I) Peut-être les îles de l'Archipel, par opposition aux iles des Princes qui sont en vue de Constantinople. sivAS. ~ 345 ceux de la Cappadoce, de la Bithynie, de la Cilicie, d'Antioche, de Trébizonde, et convoque dans toute l'Arménie les débris des braves phalanges de ce royaume. Il fait aussi venir des renforts de chez les barbares (I). A la tête de cette armée aussi nom- breuse que le sable de la mer, l'empereur, terrible comme un nuage au sein duquel gronde le tonnerre et qui est chargé de grêle, s'avance à travers l'Asie Mineure et atteint Sébaste. » Le manuscrit, qui modifie sur plus d'un point la narration de Matthieu d'Édesse, dit « qu'en apprenant l'approche de l'em- pereur, Adom et Abousahl s'empressèrent d'aller à sa rencontre et lui flrent de grands présents ; mais que leurs ennemis, les princes grecs restés dans le pays, se plaignirent amèrement d'eux et de la population arménienne. Ils les accusaient de leur avoir fait plus de mal que les troupes de Kroudj et d'avoir excité ce dernier contre eux ». Sur ces accusations et sans rien examiner, Romain Diogène aurait livré la ville au pillage. « En douze ans, c'était la troisième fois que Sébaste était ruinée. Mais enfin les princes et seigneurs tant grecs qu'ar- méniens qui étaient à la suite de l'empereur — Matthieu d'É- desse cite entre autres Kakig d'Ani (2) et Kroudj — finirent par obtenir grâce pour la ville. » .« Néanmoins Adom et son frère Abousahl furent détrônés. » Matthieu d'Édesse dit simplement que l'empereur les chassa de sa présence en les menaçant de les faire grecs ainsi que tous les Arméniens à son retour de Perse. Les moines arméniens, avertis des menaces impériales, proférèrent contre leur auteur de terribles imprécations et firent des vœux pour qu'il ne revînt pas de cette guerre. « Seigneur, disaient-ils dans leurs prières, faites qu'il périsse comme l'infâme Julien, maudit par saint Basile. » Les auteurs grecs n'ont soupçonné ni la présence des fils de Sènèkèrim à Sébaste, ni rien de ce qui aurait été fait contre ces princes et leurs sujets. D'après leur récit, le séjour de l'armée à Sébaste ne fut marqué que par un conseil de guerre (!) L'auteur désigne ainsi les troupes franques qu'il ne peut passer complète- ment sous silence. (2) On peut s'étonner de trouver ici (n" 103) parmi les princes de la suite im- périale ce Kakig que le môme auteur a représenté (n" 94J comme s'étant révolté et livré, cinq ans plus tôt, à toute une série de crimes abominaliles. 346 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. OÙ les officiers les plus expérimentés firent remarquer « que Ton ne pouvait sans péril s'engager dans les montagnes de l'Ar- ménie et de la Médie pour courir au-devant de l'ennemi; qu'il valait mieux l'attirer en deçà du Tigre, mettre en état de défense les villes d'alentour et dévaster les campagnes pour lui ôter les moyens de subsister; que le meilleur parti à prendre serait de rester à Sébaste, que cependant, si l'empereur voulait aller plus loin, on pourrait pousser jusqu'à Théodosiopolis (Erzeroum), place qui avait été fortifiée et pourvue de muni- tions depuis la perte d'Ardzè (1) ». Mais les courtisans qui con- naissaient l'orgueil de l'empereur et l'impétuosité de son ca- ractère, furent d'un avis différent et n'eurent pas de peine à le faire prévaloir. Le manuscrit de Sivas raconte l'expédition de l'empereur, en abrégeant considérablement le récit de Matthieu d'Édesse. Toutefois, ce qui est singulier, il ne fait aucune mention du re- tour par Sébaste de Romain Diogène. C'est cependant dans cette ville que Matthieu d'Édesse prétend qu'il apprit la nouvelle de sa déchéance et qu'il aurait été abandonné par son armée. Cette omission du manuscrit est d'autant plus étrange que son com- pilateur, poète à ses heures, aurait pu tirer un excellent parti de cette circonstance pour dramatiser la fin de sa narration. Il la termine par ces mots : « De même que l'immonde Julien est mort misérablement en Perse, frappé par saint Mercure, ainsi Romain Diogène échoua dans son entreprise contre la Perse et mourut dans la plus extrême misère, après avoir menacé notre nation et l'avoir traitée avec la dernière rigueur. » Ce récit est tout différent de celui des auteurs grecs contem- porains, qui paraissent mieux renseignés et plus exacts. D'abord Romain Diogène n'avait plus d'armée. Alp Arslan lui avait bien remis tous les prisonniers dont il avait demandé nom- mément la délivrance : mais cela constituait si peu une armée que le Sultan crut devoir lui donner une escorte pour sa sû- reté. Ensuite l'empereur qui devait avoir la plus grande hâte de regagner sa capitale, ne dut pas prendre sa route par Sé- baste, mais par la voie la plus courte, celle indiquée par les historiens grecs : Erzeroum, Colonea, Amasia. C'est avant (1) Ce texte rend improbable l'identificatiou d'Ardzè avec Erzeroum, adoptée cependant par Saint-Martin (;l/e/«oires sur V Arménie, t. I, p. 68). SI VAS. 347 d'arriver à cette ville que, apprenant qu'on vient de lui donner un successeur, il lève de l'argent et des hommes. Il entre à Amasia à la tête d'une armée; mais, peu après, vaincu par le prince Constantin, il est obligé de chercher un refuge dans la forteresse de Tyropée (1). Le fidèle Kha- tchadour, gouverneur d'Antioche, vint l'y réjoindre ; il le con- duisit en Cilicie, où il lui procura le moyen de lever une nou- velle armée. Cependant, après avoir été vaincu encore une fois, Romain Diogène renonça définitivement à la lutte et fit sa soumission. ^4. — Les princes de Sébaste cherchent à venger le meurtre de Kakig d'Ani. David, fils cadet de Kakig, ancien roi d'Ani, avait épousé une fille d'Abelgharib, prince arménien de la famille des Ardze- rouni, à qui Michel Parapinace avait confié, en 1072, le gouver- nement de Tarse. La brouille s'étant mise entre le beau-père et son gendre, Abelgharib fit arrêter David et le fit enfermer au château dePapéron (Babaron) (2). Matthieu d'Édesse, qui paraît ignorer les liens de parenté qui unissaient les deux familles, dit (n° 119) que Kakig était allé, sur l'invitation d'Abelgharib, lui faire une visite d'amitié et qu'un motif quelconque détruisit la bonne entente qui régnait entre eux. Samuel d'Ani semble plus au courant. « Kakig, dit-il, appre- nant la captivité de son fils, se rend à Tarse auprès de son pa- rent, lien obtient sa mise en liberté; mais, peu satisfait de ce résultat, ce prince violent et vindicatif est représenté par Mat- thieu d'Édesse « rugissant comme un lion et s'emparant des (1) Si clans la transcription on a respocté l'orthographe grecque de ce mot, il paraît signifier « fabrication de fromages ». Or une légende locale parle d'une forteresse située au sommet d'une montagne d'où un conduit souterrain ame- nait le lait des troupeaux à un village bâti dans la plaine. La légende n'a peut- être d'autre fondement que l'interprétation du mot grec. Elle se raconte aussi bien dans la plaine de Marsivan, que dans celle d'Artova et aux environs de Cé- saréede Cappadoce : comme s'il y avait eu plusieurs Tyropée. (2) On a indiqué cette forteresse en même temps « dans le voisinage de Mop- sueste et non loin de Lampron •• sans remarquer que Mopsueste (Missis) est à 6 h. à l'Est d'Adana, et Lampron, à vol d'oiseau, à plus du double de distance au Xord-Ouest de la mémo ville. 348 • REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. . Matthieu d'Édesse, qui en parle de nouveau (n" 207), l'appelle Gentrosgavis, ce qui n'est fort probablement qu'une autre manière d'altérer ce mot. SI VAS. 349 le récit entre ceux qui se rapportent aux années 1079' et 1081. C'est bien là un indice; mais il ne vaut pas une affirmation, encore moins une preuve. Kiragos, auteur du xiii'' siècle, donne la même date; mais Samuel d'Ani affirme que c'est en 525 de l'ère arménienne (2 mars 1076 — P'mars 1077), queKakig d'Ani se rendit auprès d'Abelgharib pour réclamer la mise en liberté de son fils. Ce qui reporterait à cette époque la date de sa mort. S'il faut en croire Matthieu d'Édesse(n° 119), au bout de huit jours, Kakig de Kars (que Samuel d'Ani fait mourir dès 1068), les princes de Sébaste, Adom et Abousahl, ainsi que d'autres princes arméniens, vinrent avec leurs troupes faire le siège de la forteresse où Kakig d'Ani était retenu prisonnier. Ce ne serait qu'alors et seulement sur l'avis de Philarète Bracham (1) que l'ancien roi d'Ani aurait été mis à mort, et son cadavre ex- posé toute une journée sur les remparts. Les assiégeants per- dant l'espoir de sauver Kakig et ne pensant pas pouvoir forcer la place et le venger, se retirèrent chacun dans ses domaines. Les Grecs enterrèrent alors, hors de leur forteresse, le cadavre du roi, qui dans la suite fut transféré au monastère de Bizou. Quant à la mort des autres princes arméniens, on n'en connaît avec certitude aucune des circonstances M. Ed. Dulaurier, dans ses notes à Matthieu d'Édesse (p. 375), rapporte Topinion d'après laquelle Adom et Abousahl auraient été tués par des Grecs, sous le règne de Nicéphore Botoniate (1078-81) qui aurait réuni leurs possessions à l'Empire; M. Brosset [Histoire de Siouni, p. 173) dit qu'ils s'éteignirent sans bruit à Sébaste. Leur décès à tous, comme le siège de Guizisdara, sont mar- qués en 1080, date approximative, qui doit plutôt être considérée comme la dernière limite jusqu'où l'on puisse retarder ces événements. Plus d'un lecteur eût sans doute préféré trouver dans ce travail moins de discussions et plus de conclusions. La lecture en aurait été plus attrayante; mais cela était-il possible, sans transformer en roman l'histoire du royaume arménien de Sé- baste? Constantinople. D. M. Girard. (1) Ce personnage cherchait alors à se créer une principauté. TRAITÉS LITURGIQUES DE SAINT MAXIME ET DE SAINT GERMAIN TRADUITS Par ANASTASE le bibliothécaire Fin (1) XVIII. Lora inlateribus tunicae ad similitudinem sanguinis sunt, qui fluxit ex latere Christi in cruce. XVIIII. SupercoIIare est faciale, quod ducebatur Christus ad pontificem collo uinctus et tractus ante se in passione sua 5 pergens. fol. 33 v XX. Superiuimerale est secundum i stolam Aaron, quod et sacerdotes ueterislegis ferebant sudariis longis sinistro liumero imponentes. Uel iterum superhumeraleepiscopi, cum ex lana sit et non lino, ouis pellem significat, quam, cum errasset, do- 10 minus inuentam super iiumeros eleuauit. XXI. Monaciiicum schéma est ad imitationem eremi ciuis et baptistae loannis, quia erat uestimentum eius de pilis cameli et zona peUicea circa lunibos eius; deinde et ob lugubrem et tristem et moestum et labolriosum et mitem et liumilem morem 15 eorura, qui monasticam uitam arripiunt : omnes enim qui lugent nigris circumamiciuntur expectantes percipere stolam candidam et diuinam caelestis ciaritatis et consolationis in Christo lesu domino nostro. XXII. Tondent autem ex toto caput ad imitationem sancti (1) Voy. 1905, 289. 2, cruce : cf. loan., xix, 34. — 4, in collo P. — 6, Aaron : cf. Exod., xxviii, 4. — 8, UpI iterum : en rouge C. — 10, eleuauit : cf. Luc, xv, 4, 5. — 11 scema P. — 11, heremi CF. — 12, lohannis C; P avait d'abord écrit loannas corrigé après coup en loannis; eius : Mat., ni, 4. — 14, mestum CP. — 16, opperientes C, ope- rientes P, expectantes en marge C. ^ 19, toncUint C P; caput | ad : fol. 51 v° P. fol. 34 TRAITÉS LITURGIQUES. 351 apostoli lacobi fratris domini sanctique Pauli aeque apostoli ac reliquorum. XXIII. Porro amictus sunt secunduiu amictus et uestimenta, quae portabant sacratissimi apostoli. XXIIII. CucLiUae uero sunt secundum I apostolum, quidicit : f«''^'»v" mihi mundus crucifixus est et ego mundo, propter qiiod et purpureis et albis lorulis et cruciculis adornantur propter san- guinem, qui de latere domini fluxit simul etaqua, significantes per pallioli dimissam expansionem pennatam angelorum imi- tationem, unde et angelicum schéma dicitur. lo XXV. Sane analabus significat eum, qui suscipit crucem et fide adornatus conualescit circumferens scutum fidei, in quo possit omuia tela nequissimi I ignita extiiiguere et galeam salu- foi. 35 taris assumere, quod est uerbum Dei. XXVI. Praetcreazonacingitur, quiamortificationem corporis 15 et pudicitiam circumfert, circumcinctus scilicet lumbos sucs uirtute ueritatis. XXVII. Ceterum sandalia ascendere illum uiam salutis osten- dunt, quo terribilis aduersariis fiat et fortis hostibus calceatus pedes in praeparationem euangelii pacis. 20 XXVIII. Panis propositionis, id est qui comminuitur, signifi- cat I abundantiam diuitiarum gratiae Dei, quia filius Dei homo fol. 35 v» factus est et seipsum proposuit et obtulit sacrificium et oblatio- nem, id est corpus suum et redemptionem et expiationem pro mundi uita, suscipiens quidera totam massam humanae naturae 25 absque peccato, oblatus autem tanquam primitiae et praeci- puum holocaustum Deo et patripro humano génère, utipse ait : ego sum panis quide caelo descendi, et, qui manducat hune panem uiuet in aefernwn. De quo Hieremias propheta dicit : uenite et mit\tamus lignum in panem ezws, ostendens lignum ^^\^^ crucis in corpore fixum. 3, sunt : om. \\ — 6, mundo .••Galat., vi, 14. — 8, latere de domini P ; aqua : loan., xix, 34. —9, palioli... expassionem C. — 10, scaema P.— I sanae P; analabus : P avait d'abord t'cn7 analibus; en marge C : qui e.\' filis est contex- tus, quae in modum crucis ante pectus supra cucuUam portantur. — 13, possitis P, avec un s surajoute. —18, scandalia P. —19, adversariis : d surajouté C; fiet : P avait d' abord écrit WaX ; calciatusCP, avec \ surajouté C. — 20, praeparatione P. 22, habundantiam P; filius | Dei : fol.52P.— 23,optulit CP.— 28, descendi : loan., VI, 50. — 29, acternum : ibid., 57. — 30, eius : lercm., xi, 19. 352 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. XXVIIII. Quia et in lancea inciditur, significat illud, quod scriptum est : ut ouis ad occisionem ductus est et sicut agniis coram tondente se sine uoce. XXX. Panis rursus et calix est proprie ac ueraciter ad imi- ^ tationem mysticae illiiis mensae, in qua Christus, accepte pane et calice, dixit : accipite, comedite et bibite omnes, hoc est corpus meuin et sanguis meus, ostendens quod communica- ioi.3f;v° tores nos fecerit morjtis et resurrectionis et claritatis siiae. XXXI. Uinum uero et aqua sunt sanguis et aqua, quae de ^^ latere ipsius egressa sunt, sicut propheta dicit : panis ei da- bitut^ et aqua eius fidelis. Pro lancea enim quae pupugit Cliristum in cruce est etiam haec lancea. Quo circa suscipiens sacerdos in disco a diacono uel subdiacono oblationem sumens- que lanceam et purgans eam deindeque in speciem crucis de- ^■^ signans eam dicit : tanquam ouis ad occisionem ductus est et fol. 37 sicut agnus coram tondente se sine uoce. Quo dicto positaque iam oblatione in disco sancto, digito extenso super eam, Iianc demonstrans affatur : sic non aperuit os suicm, in huniilitate ipsius iudiciuni eius sublatum est, genenationem auteni eius "^^ guis enarrabit P quia. toUetur a terra uita eius. Et ideo post- quam hoc dicit, accepte sancto calice, fundente in euni diacono uinum et aquam, iterum dicit sacerdos : exiuit de latere lesu sanguis et aqua, et qui uidit testimonium perhibuit et uerum fol. 37 v I est testimonium eius. Deinde post hoc, posito sancto calice in 25 diuina mensa, digito ostendit intendens in occisum agnum per panem et in effusum sanguinem per uinum, iterum dicens, quia très sunt qui testimonium dant, spiritus, aqua et sanguis, et très unum sunt, nunc et semper et in saecula saeculorum. Dehinc accipiens turibulum et adolens incensum facit orationem 30 propositionis. XXXII. Antiphonae sanctae missae uaticinia sunt propheta- foi. 38 rum, quae praenuntiarunt aduentum filii Dei ex uirgine super 2, Is., LUI, 7. — 4, propriae P. — 5, imitatione mystice P. — 7, meus : Mat., .vxvi, 27, 28. — 9, aquam P ; sunt : cf. loan., xix, 34. — 11, fidelis : Is., xxxiii, 16; pupugi C ; est | etiam : fol. 52 v° P. — 14, purgans : pugnans P. — 16, uoce : Is., Lui, 7; quo dicto : en marge C : nota decentom ordincm sacrificii quod per oblationem panis eflicitur in propositione. — 20, eius : Is., un, 7,8; postquam : t surajouté C; hoc dicit C : occidit P. — 22, exiuit : t surajouté C. — 24, eius : loan., XIX, 34, 35. — 27-28 très... sunt, I loan., v, 7; sunt : om. P. — 32, uir- gine I super : fol. 53 P. TRAITÉS LITURGIQUES. 353 terram futurum, ut illud : Deus noster in terris uisus est et cum homimbiis conuersatus est, et : décorent induit, incarna- tionem uidelicet eius denuntiantes, quam nos recipientes et cognoscentes per ministros et inspectores quondam uerbi et apostolos dicimus : unigenitus fllius et uerbuni Dei inimorta- 5 lis existens et dignatiis propter satuteni nostrani, et cetera. XXXIII. Iiitroitus uero euangelii significat praesentiam et ingressLim filii Dei in mundum, ut ait apostolus, | quia c;^/>i foi. ssv introducit liaud dubiiun quin Deus et pater prinwgenitum in orbem terrarum dicit : et adorent eum omnes angeli Dei. 10 Deindeque ostendit pontifex per stolam suam carnis Christi stolam rubram atque sanguinolentam, qua uestitus est is qui immaterialis est, distinctam quasi purpuram de inteineratis semper uirginis Dei genetricis sanguinibus et resumpsit ouem quae errauerat in montibus et antiquam pellem conspersionis is Adae pastor magnus ouium, qui rejgit nouum Israël in uirga f»'- =^9 crucis suae : cunabulis quidem inuolutus et positus non iam in praesepio irrationabilium animalium, sed in mensa rationabi- lium liominum, quemlaudaueruntangelorum militiae dicentes : gloria in excelsis Deo et in terra pax honiinibus bonae uo- ^o luntatis, et : otnitis terra adorent eum , et, omnibus audien- tibus : ueniie, adoreinus et procidanius ei; saluos nos fac, fili Dei, et praidicamus aduentum eius qui apparuit nobis in j foi.sov» gratia lesu Christi domini nostri. XXXIIII. Trisagius hymnus est ita : ibi quidem angeli dixe- 25 runt : gloria in excelsis Deo, hic uero sicut magi munera nos offerentes Christo fidem, spem et caritatem tanquam aurum et tus et myrrham incorporalium angelorum canticum clamemus fideliter : sanctus Deus, id est pater : sanctus fortis, filius et uer- bum, pro eo quod diabolum, qui aduersus nos fortis habebatur, 3o alligans destruxit per crucem, qui habebat mortis imperium et 1, Deus... est : Bar., m, 37. —2, induit : Ps. xcii, '1. — 5, unigenitus : en marge G : haoc pars antiphonae est a Justiniano imperatore inecclesia traditae. Cf. Tliéophane, Chronogr., ad an. 6028; on sait qu'Anastase a traduit cet ou- vrage. — 6, ceteram P; texte complet dan-/ivyj -jràai et la réponse du peuple xal 1(0 :;v£Û(iaTt ffou; les simples prêtres ne pratiquent plus ce rite, conservé dans l'Église russe; quant aux évêques, ils bénissent avec les deux candélabres â deux et trois branches en disant Ps. lxxix, 15. — 26, condicionis P; inseparabiles : cf. Rom., viii, 39. —28, humeros : cf. Luc, xv, 5. TRAITÉS LITURGIQUES. 355 periorum uirtutum et obtulit eam Deo et patri : quoniam alte- rum quidem deificauit, altei'um uero deificatuoi est, id est assuinptio quam propter | dignitatem offerentis et ob mimdi- foi. 4i tiaiii eius qui oblatiis est suscepit Deus et pater ut sacrificium et oblationem beneplacentem pro humano génère. Hinc est ^ iliud : dixit dominas domino meo, id est pater filio, sede a dextîHs meis, qui et sedit in dextra sedis maiestatis in excel- sis; liic est lesus Nazaracus et pontifex futurorum bonorum. XXXVIIII. Responsorium rursus indicat prophetarum uati- cinium et praenuntiationem praesentiae régis Christi ac siini- lo liter praelcurrentes atque clamantes : qui sedes super clieru- foi. 42 v» bim, appare et ueni, utsaluos facias nos, et : Deus sedet supra sedem sanctam suam. XL. Apostolus et inspecter atque minister Cliristi clamât praedicans regnum eius et dicit : Christus aduenit pontifex ^^ futurorum bonorum, quem et habentes pontiftcem inagnum, qui penetrauit caelos, teneamus confessionem eius. Cum quo clamât et loannes baptista : qui post me uenit est agnus Dei, qui tollit peccatum mundi, ipse nos sanctifica\uit in foi- ''3 spiritu sancto et igné et médius uestri steiit. 20 XLI. Alléluia clamât Dauid et dicit : Deus noster manife- stus ueniet et ignis in conspectu eius ardebit, et : illuxerunt coruscationes tuae orbi terrae. Hebraica enim lingua al est uenit uel apparuit, hel uero Deus, uia autem laudate, hymnizate uere existentem Deum. 25 XLII. Etenim statim thymiamaterium subostendit humani- tateni Christi, ignis diuinitatem et odorifer fumus praenuntiat sancti spiritus suauitatem odoris | praecedentem : thymia- foi.43 v" materium enim interpretatur suauissima laetitia. Uel rursus uentriculus turibuli intellegendus est utérus uirginis, qui diui- 3û num portauit carbonem, uidelicet Christum, in quo habitat om- nis plenitudo diuinitatis corporaliter : unde et odorem sua- I, optulit C P. — 3, assumptio | quam : fol. 51 v P. —7, meis : Ps. cix, 1. —7-8, excelsis : Hebr., i, 3; Nazarcus C. — 8, bonorum : Hebr., ix, 11. — 10, et : om. P; similiter C P. — 12, nos : Ps. lxxix, 1, 2. — 13, suam : ibid., xlvi, 8. — IG, bonorum : Hebr., ix, 11; pontifexem P. — 17, eius : Hebr., iv, 14; lohannes C. — 20, stetit : cf. Mat., m, 11; Marc, i, 8; Luc, m, 16; loan., i, 26. — 22, ardebit : Ps. xlix, 3. —23, terrae : ibid., lxxvi, 18; hebraicae P. — 25, existen- tem I Deum : fol. 55 P. — 26, en marge C : nota très solutiones turibuli; timia- Iherium P. — 28, timiatherium P. —31, carbonem : Is., vi, 6. — 32, corporaliter : Col., Il, 9. 356 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. uitatis ex se reddit odore bono replens uniuersa. Uel iteriim uentriculus turibuli iiidicat lauacrum sacri baptismatis in car- bone ignis diuini cooperationem sanoti spiritus suauissimam loi. 44 jiuinae | gratiae adoptionem per fidem in se admittens et a se ^ odorem bonum diffundens. XLIII. Sanctura euangeKum est praesentia filii Dei, secun- (lum quain uisus est nobis non iam per nubes et aenigmata loquens nobis ut quondam Moysi per uoces et coriiscationes in sonitu et turbine et igné supra montem, uel sicut priscis pro- 10 plietis per somnia, sed manifeste ut liomo uerus apparuit et uisus est nobis, mansuetus et quietus rex, qui et sine strepitu loi. 44 v'^ sicut pluuia descen^dit in uellus, et uidimus gloriam eius gloriam quasi unigeniti a paire pleni gratiae et ueritatis, per quein locutus est nobis Deus et pater os ad os et non per aenig- 15 mata, de quo pater testatur et dicit : hic est filins meus dilec- tiis, sapientia et uerbum et uirtus, qui in prophetis quidem praedicatus est nobis, in euan^eliis uero manifestatur, ut quot- quot receperint eum et crediderint in nomine ipsius accipiant- fol. 45 potestatem filios Dei fieri, et quia audiuimus et uidimus 20 oculis nostris sapientiam et uerbum hune esse, omnes clama- raus : gloria tibi, domine. Deinde rursus spiritus sanctus cla- mât; qui in nube lucidaobumbrabat, nunc perhominem cla- mât : ipsiim audite. XLIIII. Quattuor uero sunt euangelia, quoniam quattuor sunt 25 uniuersales spiritus, secundum quadriformia animalia, in qui- bus sedet omnium Deus et ex quibus apparet quia, qui sedet. super cherubim Deus et continet omnia manifestatus quadri- foi.45v«' forme nobis | dédit euangelium in uno tamen spiritu copula- tum. Etenim quattuor facierum sunt et faciès eorum unam 30 imaginantur operationem fil ii Dei, siquidem primum simile leonis efficaciam eius et principale ac regale characterizans; secundum uero simile uituli sacram operationem et hieraticum ordinem manifestans; tertium autem habens faciem hominis 9, ignem C. — 11, rex : cf. Mat., xxi, 5. — 12, uellus : cf. Ps. lxxi, 6. — 13, ueritatis : loan., i, 14. — 14-15, aenigmata, | de : fol. 55 v° P. — 15, dilectus : Mat., III, 17; Luc, i.x, 35. — 16, qui : quae P; in : i surajouté C. — 19, fiori : loan., I, 12. — 21, domine : Eij-/oX6yiov, p. 51. — 23, audite : Luc, ix, 35. — 26, Deus : cf. Ezech., 1,5 seq. — 29, unam : om. P. — 30, filii : fii C. — 31, ac : hac P ; characterizans : characturizans C P. TRAITÉS LITURGIQUES. 357 praesentiam eius secundum hominem euidenterdescribit; pnrro quartum simile aquilae uolantis sancti spiritus pedibiis | uo- foi. /,6 lanteia praedicationem edisserens. Et euangelia conformia sunt his, in quibus residet Christus. Denique euangelium secundum loannem principalem eius a pâtre et actualem ac gloriosam s natiuitatem enarrat dicens : in principio erat uerbum. Secun- dum Lucam uero utpote sacerdotalis characteris existens a Zacharia summo sacerdote, qui ponebat incensum, incipit. Matthaeus aut'îm generationem eius secundum hominem refert dicens : liber generationis ; | liominis ergo formam habet *^°^-^^^'^" euangelium istud. Porro Marcus a prophetico spiritu de exceiso properante hominibus initium fecit dicens : initium euangelii lesu Chn'sti, sicut scriptum est in prophefis : ecce mitto ego angeluni metim ante faciem tuam, pennatam euangelii per liaec ostendens imaginem. ' i^ XLV. Quod summus sacerdos populum signât, uenturum Christi secundum demonstrat aduentum, in sex millésime quingentesimo anno futurum, per computuin digitorum osten- dens I sex millenarium quingentenarium numerum. M 47 XLVI. Catechuineni exeunt tanquam diuino minus imbuti 20 baptismate Cliristique mysteriis, de quibus dominus dicit, quia eé alias oues haheo et illas oportet me adducere et uocem meani audient et fiet unum oiiile etunuspastor. XLVII. Uelamen significat sindonem, in qua inuolutum est corpus Christi a loseph et Nicodemo de cruce depositum et in 25 monumento positum. XLVIII. Praeparatio sacrae oblatio|nis, quae fit in uasorum foi.47v'' custodiario, significat Caluariae locum, in quo crucifixus est Christus, ostendentis quia prope erat monumentum, ubi cruci- fixus est. Praefigurata autem est et Caluaria haec etiam in 3o Abraham, quando supra unum montiumillorum, iubente Deo, 3, euangelia [ conformia : fol. 56 P. — 5, lohannem C. — 6, uerbum : loan., i, 1. — 8, incipit : Luc, i, 5 seq. — 9, Matthaeus : Matheus C. — 10, generationis : Mat., I, I; hominis : nis surajouté C. — 14, tuam : Marc, i, 1, 2; pennatam ico- nameuangelii P; imaginem : om.P. — 18, computum : corapotum C. — 23, fiet : fiât P; pastbr : loan., xi.x, 38 seq. — 24, fol. 56 v° P. — 25, Nicodimo C. — 26, monumentum P. — 29, Christus : Mat., xxvn, 33 seq. ; crucifixus est : cf. loan., XIX, 41; est om. P. — 31, Habraham P; en marge C : notandum quia typus supercaclcstis patris Abrahami est, Isaac vero Christi, aries autem immolatae carnis eius, porro ligna crucis. 358 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. altare fecit et congessit ligna et iniposuit filium et obtulit arie- tem in holocaustum : ita Deus ac pater, qui est sine principioet uetus aeternorum dierum coaeuum filiiim suum uoluit in fol. 48 nouissimis temporibus incarnari ex intejmerata et uirgine Dei 5 genetrice de lumbis Abrahae secundum repromissionem iura- menti quod liabuit ad ipsum, ita ut pro génère liumano nec filio suo dilecto et unigenito parceret, sed pro nobis omnibus traderet. Et passus quidem est utliomo in carne, sed mansitimpassibilis deitate. Etenim Christus ascensurus crucem crucem suam ipse 10 sibi portauit et pro ariete immolatum est corpus eius immacu- latum et ut agnus occisus est in latere lanceatus et summus fol. 48v" sacerldos effectus ut fdius hominis semetipsum obtulit et ol)latus est ad portanda peccata multorurii et mortuus quidem est ut homo, resurrexituero ut Deus, claritate quam habuitapud 15 Deuin et patrem, priusquam mundus fieret. XLVIIII. Cherubiin hymnus indicat per diaconorum praece- dentiuin uiamque facicntium flabellorumque seraphicarum imaginationum contemplationem introitum sanctorum et iu- M. 40 storum omnium qui intraturi et mansuri sunt [ cum sancto 20 sanctorum pariter incedentibus et praecedentibus et ante cheru- bicas uirtutes etiam angelicis militiisetincorporalibus choris et immaterialibus ordinibus uisibiliter quodammodo praecurren- tibus et hymnizantibus et obsequentibus ante magnum regem omnium Christum procedentem ad mysticum sacrificium a 25 manibus materialium baiulatum. Cum quibus spiritus sanctus antecedit in incruenta et rationali immolatione intelligibi- foi. 49^ lliter contemplatus igné et thymiamate ac uapore odoriferi fumi, igné quidem ostendens diuinitatem, uapore uero odoriferi fumi aduentumsuum qui super nos inuisibiliter fit et suauitate 30 nos replet per mysticam et uiuam hostiam et incruentum obse- quium et holocaustum, quod in dispensatione crucis et mortis elTectum et consummatum est Cliristi. Ceterum et factam contra mortem in infernum descensionem et ascensionem eius et resur- foi. 50 rectionem post tri|duum uidentes spirituales uirtutes et ange- 1, optulit G P. — 2, holocaustum : cf. Gen., xxii, 1 seq. ; ita et Deus P. — 7, traderet : Rom., viii, 32. — 9, daiis P le premier crucem a été effacé. — 11, agiium C. — 12, optulit CP. — 13, morltuus : fol. 57 P. — 14, quam. : quem P. — 17, llavellorumque C P. — 21, miliciis P. — 27, thymiamate C, timiamate P. — 30, hostiam uiuam C P; uiuam: i surajoulé C — 32, effecta et consummata P. — 33-34, resurrectilonem : fol. 57 v" P; spiritales P. TRAITÉS LITURGIQUES. 359 lorum chori nobiscum inuisibiliter clamant hymnum alléluia. L. Est autem et secundum imitationem sepulturae Christi, quia loseph deponens corpus de cruce inuoluit in sindone et aromatibus et unguentis inunctum portauit cum Nicodemo et sepeliuit illud in monumento nouo quod exciderat in petra, .s quod est exemplar illi us sancti monumenti altare et repositorium, in quo positum est sanctum et intemeratum corpus in sancta mensa. LI. Disci cooperimentum est pro sudario, quod erat super f»'- ^o v caput et faciem, cooperiens eum tanquam in sepulcro. lo LU. Discusest pro manibus loseph etNicodemi, qui Christum sepelierunt. Item discus interpretatur, ubi portatur Christus, circulum caeli significans in modica circumscriptione spiri- tualem solem capiens Christum in pane uisum. LUI. Calix est pro uasculo, quod suscepit sanctae diligentiae susceptionem, quae de cruentato et intemerando latere mani- ^^ |busque acpedibus Christi effluxit. Calix iterum est secundum foi. 51 craterem ubi, secundum quod scriptum est, sapientia, id est filius Dei, miscuit sanguinem suum pro uino. Illic etiam addidit in sancta mensa sua onmibus dicens : bibite sanguinem meum 20 pro uino mixtum uobis in remissionem pecccUormn et uitani aeternam. LIIII. Uelum siue aer est et dicitur pro lapide, quo loseph muniuit sepulcrum, quod et signauit Pilati custodia. Rursus- que uelum dicitur propter apostolum, qui ait : habenius \ fidu- "25 ciam in introitum sanctoruni in sanguine lesu Christi, quant initiauit nobis uiani nouani et uiuentem per uelamen, id est per carneni suam, et sace?^doteîn magnuîn super domum Dei. LV. Osculum uero spirituale, quod omnibus pronuntiatur, 3o 1, inuisibiliter : le second i surajouté C. — 2, en marge C : quia sacer- dotes et diaconi portantes sanctum discum et sacrum calicem habentem pa- nem et uinum operta significant se esse loseph et Nicodimum et ferentes occi- sum Christum ingrediuntur quasi sepulturi eum in sancta mensa, id est in sepulcro, processionem facientes per thymiama boni odoris sancti spiritus uaporem dantis. — 4, inunctum : le second n surajouté C. — 5, petra : cf. Mat., xxvn, 57-60. — 6, et: ac P. — II, Nicodimi C, Nichodimi P.— 13-14, spiritalem P. — 14, panae P. — 17, Christi dans l'interligne C. — 21, uino : cf Prov., ix, 5; 7 relmissionem : fol. 58 P. — 22, œternam : cf. Mat., xxvr, 27 seq., etc. — 24, custodia : cf. ibid., xxvii, 60, 6£toïiç raconte aussi qu'un frère ayant eu le tort de quitter sa cellule, y trouva quand il revint « un Éthiopien qui grinçait des dents >>. 11 courut le conter à l'abbé Héraclide et, LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 401 sente une paraphrase ampoulée et un récit peu vraisemblable (cf. Anal. BolL, t. XX, p. 131, note 1). Le nom d'Amatas, qui semble une création de S. Jérôme, nous a donné occasion jadis de montrer que le latin semblait n'être qu'une traduction d'un texte grec (1). Nous avons montré que Amatas se trouve aussi écrit Amatus et en grec "A;j.;j.aTo-:, nous avons alors rapproché les deux textes suivants : AIKipcVniVIITAII |-A(> (nilllAOlITIIC IITe niLIAKApiOO ABBA AlITtOIIIOC fîTO lilH IIO (3TAY0()I IG(| (2) ei: Amatas vero et Macarius discipuli Antonii, quorum su- perior magistri corpus sepelivit etiam mine affirmant... Nous nous sommes ensuite demandé comment nous pourrions déduire l'un de l'autre et il nous a semblé que le copte, formé d'ailleurs entièrement de mots grecs, pouvait donner naissance au latin en supposant que les deux mots uakapioc et abba avaient donné les deux noms propres Macaire et Amatas (3). un critique a trouvé cette conjecture « étrange ». Nous sommes heureux de pouvoir lui apprendre que «[j-i^.a a donné Amata, il ne trouvera donc plus si « étrange » que à6£a, vu la per- mutation paléographique fréquente du 6 et ;j., ait pu être lu o.\j.\i.x et donner Amatus. On lit en effet P. L., t. LXXIV, col. 331 :Y\i^. Amatae..., in quibus Amatam quamdam nomine ancillam Christi senem vidi, tandis que la traduction exacte du grec (P. L., t. LXXIll, col. 1206) porte : Vita Animae Talida..., in quibus conveni etiam Ammam Talida, quae (4)... De même, Amma Heraei a donné le nom Emerayes (5). malgré sa frayeur, n'oublia pas de frapper, xai opofAO) xal 966(0 izotlq» r;Ms Tipôç TÔv YspovTa, y.al y.poûffa; tyjv 9ûpav ).£Y£i- 'EXéricôv [A£ àêêà, xai àvoi^ov (xoi ■^a.yitùi, m. 247 1, fol. 225' ot ms. 1596, p. 136. (1) Cf. Amatas, disciple d'Antoine, Journal Asiatique, juillet-août 1900, pp. 23-30. (2) Vie de saint Paul, Annales du Musée Guimel, t. XXV, p. 2, lignes 3-4. (3) Nous avons montré d'ailleurs que le copte provenait d'un texte grec. C'est donc le texte grec archétype du copte qui aurait conduit à introduire les deux noms propres IMacaire et Amatas. Nous l'avons reconstitué ainsi : 'HvT^<7a[xev yàp Twv [iaOriTÔiv toù (Aaxapîou àoêà (toO) 'Avxwvtoy, oE xal eôai^^av aùxov. Nous rap- pelons ces textes afin que les philologues auxquels le journal Aslalique est inac- cessible ne nous accusent plus cV introduire arbitrairement les mots (laxâpioç et àggà. Ces mots, on le voit, figurent dans la version copte de la vie de Paul. (4) On trouve dans le grec p(o; àtxii.à TaXt'Sa;... Su vxetû /;/)>'« à[A[JL(x Ta),i'oa, ms. grec de Paris 1626, fol. 13-4''; puis : nepl 'AfiaTaXtôo;, grec 853, fol. 138 etc. (.5) Cf. F. 5L E. Péreira, Marlyrio de Santa Emerayes {Jima. Heraei), Lisboa, 1902 (Lithogi-aphie). OHIENT CIIUÉTIEN. 26 402 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Enfin, dans le ms. T de la Vie de Paul (Bidez, p. xxxv ou 2) 'A[j,aTiç s'est changé en "A[xa et MocvÂpicc en cl \j.a-Aàpioi. Il n'est donc pas impossible que la transformation inverse ait eu lieu à l'origine. Notons encore, comme faits « étranges », que le nom Amatas est devenu Hacutïvoç dans la Vie de Paul non signalée jusqu'ici conservée dans le ms. grec de Paris n° 919 (fol. 1-3) (ij et Ma- To'ucç dans le chapitre xxv de riiistoire lausiaque d'après le ms. grec de Paris 853, fol. 92\ Voici ce dernier texte: "EvOa cl [/.oiH-qTai ajTOU èy.aôc^cvTO sic to 'Ke^[ô\).evcv IKcrtp, May.âpic? y.al MaToVtcç, c'. xaî â'Oa'l/av Tbv [xay.xpiov 'Avtwviov v.cv^.rfiév-y.. Ces noms propres man- quent dans ce chapitre de l'histoire lausiaque tel qu'il figure dans le ms. de Paris 919, fol. 5^ — Il ne faut donc pas croire que le seul processus suivi dans les modifications de textes soit un processus de suppressions et de simplifications. 11 peut aussi y avoir des additions et des modifications du tout au tout : a;j.;j,a (1) Ce ms. du xiv° siècle est, sinon plus important, du moins plus curieux que le ms. do Turin n' 116 du xvi" siècle (T) (cC. Anal. BolL, t. XX, p. 153-155). L'auteur a voulu faire une nouvelle 'collection alphabétique d'Apophthegmata en commençant, comme toujours, par Antoine. 11 a donc mis dans la bouche d'Antoine et de ses disciples l'histoire de Paul de Thèbes, de Paul le simple et d'Eulogius (fol. l-ij). Viennent ensuite, d'après les apophl/iegmala existants, Vhistorla monachorum et l'histoire lausiaque : Apollo (7-10], Amnoun (10), Bé- sarion (10''-ll'>''i, Gérasime (11^-12''), Daniel le Sc(''tiote (ll''-22''); Daniel de Pharan, Doula (23"), David (25^), Euplirosynos (26), .losepli (27") ; Jean de Lycopolis (2!)"); Macaire l'Égj-ptien (32''); Macaire d'Alexandrie (35); Paplinuce (37); Pachome (42), Sérapion (44). — Voici le commencement (fol. 1) : Toù àyioy 'Avxwvtou ônfjyYien; Ttspi ToO à6êà riaOXou toù ©rjêato-j. AtrjyyicavTo ufiiv ol [xaôriTal loO àêêà 'Avtwvîcu, Maxtypio; xat ID.o-jTtvoç ol ÛâiLavTEi; aÙTÔv, oTt itepl TÔ £V£vr,xoG-TÔv êxoç toù yépovTOç ^Xâev aÙTw £7rt6ûjJ.io; elaeXOcïv et? Ty)v èctoTÉpav £pv]|xov xal Iôeïv el evipr) 8oy)>ov Ôsoù Ttva irpo aÙToù r/iv lpif)(xov sxeîvyiv oîxrj- ffavxa. Il reçoit une révélation, part, trouve l'iiippocentaure, le satyre; enfin une louve (XOxEva) lui indique la caverne de Paul. 6 oï ■^içui't to àva<7Tà; £xX£ta£. Enfin Paul ouvre et, après des compliments mutuels, il raconte sou histoire : il est né en Thébaïde, il avait une sœur mariée; sous Valérien et Dèce le mari de sa sœur veut le livrer etc. Voici la fin : Kai Xaêwv tô oTixâpiov aÙTOù EÙXoyîaç X°'f'^5 ^''^P ayTÔ; 6 àyto; IlaùXo; èx patMv aOxw xaTEffXEÛaTEv, ôtiécttpeiJ/e ôà Ttpô; tôv iauToO (lovaffxripiov xat TiâvTa yîjjiïv àxptSwç ûiriyyiffaTO xal oùtw; t\yjy èxeïvo to (jTtyocpiov «o; a-jTÔv llaùXov Èv aùxio pXÉnwv. 'Eçrfpsi Se aÙTo Ta; jjLEyàXa; éopTa; toù XpicrToù, (Lv Taîç Ttp£«jê£catç tÛ-/oi[xev xal yi(1£Î<; yEvÉsôat TOÙ àyioy llaùXoy xal toù âyioy 'AvTwvtoy xoivuvol... £v t^ 'ôt^Épa Tyjç xpiaEWç. — Nous croyons en somme que ce texte du ms. 919 est un remaniement de la révi- sion a. — Sic M. de Decker, cf. Infra, p. 415. LES ANACIIORÈrES KT S. PAUL DE TIIÈBES. 403 donne a[j.a etAmatn; Amatos donne IIXout^^c? et Ma-rono^. Il est donc possible aussi que a65a ou un mot analogue ait donné x[j.\m et oc,ai;,aToç, ce qui concilierait ^ouv ce passage les divers textes de la Vie de Paul, montrerait d'où provient ce nom que saint Jérôme a fait subir au texte primitif. (2) Freund traduitei? effet simplex par simple au moral, ingénu, naïf, etc. (3) Nous pouvons citer quelques endroits où saint Jérôme a travaillé tout spé- cialement à dejicere sermunem. rvwiTÔjjiEÔx oTt oùvt £(7Tiv 'AvTwvto; Tïpw- Quod ex parte verum est. Non enim To; ô TrpoeÀÔàw xarà xriv 'ép-i)\iov a>l' à tam ipse ante omnes fuit, quam ab eo (xaxâpto; IlaOÀo;. omnium incitata sunt studia. Kal Yijxst; ôè [làW.ov èv toûtm ImaTÛÔ-/]- Quod non tam nomine (juam opi- [A£v. nione nos quoque comprobamus. Saint Jérôme, comme un bon secrétaire de rédaction, dejicit sermonem en modifiant et adoucissant les passages moins agréables pour saint Athanase et saint Antoine. OuTw S; £(JXYiu.âTia£v éa-jTÔv ô ètiooÀo; Verum haec utrum diabolus ad ter- xa6' ÛKÔxpKTtv. rendum simulaverit, an, ut solet, ere- mus monstruosorum animalium ferax istam quoque gignit bestiam, incertum habemus. L'auteur égyptien inti-oduit immédiatement le diable comme dans tant de récits ascétiques. Saint Jérôme dejicil sermonem à l'usage des Latins et leur fournit une seconde hypothèse plus naturaliste. De même après l'histoire du Satyre, il juge encore bon d'aller au-devant de l'incrédulité des lecteurs et de dejicere sermonem en racontant que sous le roi Constantin, universo mundo teste, on a porté un satyre salé d'Alexandrie à Antioche, etc. En dépit de ces modifications, saint Jérôme n'a pas démarqué beaucoup l'histoire primitive et la cruche pleine, c'est-à-dire la pai-aphrase latine, a tou- jours le tour particulier à l'original égyptien, tour que l'on ne retrouve dans aucun autre écrit du saint docteur. LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 405 D'ailleurs scribere pour S. Jérôme n'a que le sens matériel d'écrire, car s'il dit : Ilacc scripsi : Vitam PauH monaclii,\\ dit encore quelques lignes plus bas : Haec scripsi... Chroni- coii omnimodae historiae. Il s'agit là de sa traduction de la Chronique d'Eusèbe qu'il continua, il pouvait donc s'agir de même quelques lignes plus haut de sa traduction libre de la Vie de Paul qu'il remania et augmenta. Il y a là un fait dont il faut tenir compte quand on veut nous opposer le sens du mot scribere. — Dans le même ordre d'idées M. Preuschen a noté (1) que Rufm, contemporain de S, Jérôme, s'est attribué des commentaires {Rufini in epistolam ad Romanos expla- natiomim. libri) qui sont en réalité une traduction d'Origène, parce que cette traduction est très libre et lui est devenue comme personnelle. C'est encore là un fait qui explique très bien comment S. Jérôme a pu s'attribuer là Vie de Paul, car il y a beaucoup travaillé à dejicere sermoneni et il y a fait de nombreuses additions (2). Il est d'ailleurs le premier qui ait mis en latin et vulgarisé cette Vie. 3" Les sources de la Vie de S. Paul de Thèbes. — S. Jé- rôme a donc connu le chapitre T.ip\ àvy.yi^pr,-Sy^ àvuov (cf. 1°) et il a utilisé le texte grec b pour composer sa Vie de Paul (cf. 2°) ; nous pouvons maintenant rapprocher ces deux ouvrages qui se trouvent ainsi être tous deux antérieurs à 374. Nous avons remarqué qu'un anachorète fuit durant la persé- cution et se retire au désert (cf. supra, récit b) (3), il trouve une caverne avec une source et vit des fruits d'un palmier (4) (1) Palladius und Ruflnus, Gicssen, 1S97, p. 191. Ci) Avant d'accorder tant d'importance à la finale de la Vie de saint Paul, M. Van tien Ven devrait expliquer les finales nombreuses favorables aussi à saint Jérôme que l'on sait d'ailleurs être inexactes, car s'il laisse dix fautes sans explication, nous aurions le droit aussi de no pas expliquer la finale de la Vie de Paul et de dire simplement qu'il y a là une fois de plus une de ces fausses attributions dont saint Jérôme est coutumier. — Nous avons cependant fait re- marquer que si les finales des mss. a sont identiques, celles des mss. b sont dif- férentes. M. Van den Ven trouve entre ces dernières « un accord presque par- fait ». C'est ine.xact, qu'il les dispose sur des colonnes parallèles il trouvera trois tj^pes différents. Cf. Anal. BolL. t. XX, p. 110-142. {Le fait signalé p. 142 a été développé Revue de l'Orient chrétien, 1900, p. 054-050.) (3) Item Paul, cf. Bidez, p. 9, l, 3-5 et 13-15. (4) Item Paul, p. 9, l. 16-17; p. 11, 1. 3-4; p. 23, 1. t (variante du copte : pi-ès de la source). 406 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. (cf. a). Un autre songe à aller dans le désert intérieur (a et b) pour voir s'il trouvera un homme plus avancé que lui (1). Il voit une caverne, entre, aperçoit un homme assis et frappe à la manière des moines (a) (2); on lui demande comment il est venu, s'il n'y a rien de changé dans le monde et si les persécutions sévissent toujours (b ete) (3); on lui apprend qu'il a été envoyé par Dieu pour enterrer l'anachorète qui va mou- rir (b et c) (4); il l'enterre dans la moitié de sa tunique (b) (5) ; enfin il raconte après son retour qu'il n'est pas encore devenu moine, mais qu'il a vu des moines (a) (6). Il est aussi question de l'éclat que prend le visage des saints à leur mort (b et f ) et du chœur des prophètes et des apôtres (f) (7). Ces analogies s'expliquent si l'on suppose que l'auteur de b, comme S. Jérôme, a lu les récits relatifs aux saints anacho- rètes. Il leur a donc emprunté, peut-être à son insu, les traits que nous venons de signaler et qui suffisent pour apparenter étroitement les deux ouvrages (8). Nous ne pouvons songer à les attribuer à un seul auteur, car l'auteur de la vie de Paul est plus savant (il connaît et utilise la Vie d'Antoine et cite l'É- criture de mémoire) et plus humain (Paul se fait un habit et reste, somme toute, un être civilisé) que l'auteur du chapitre étudié ici. En résumé, le chapitre des saints anachorètes, écrit sans doute vers le milieu du iv^ siècle, a été lu par l'auteur de la rédaction b de la Vie de Paul qui écrivait aussi en Egypte avant 374 dans le même milieu. Ces deux ouvrages Égyp- tiens, et sans doute d'autres, sont tombés à Antioche entre (t) 'EXoyiffàaYjv Tioxè EtffcXGsïv eU t^Îv £pyi[Aov t/]v èutoTÉpav. EÎirwç supw Ttvà èvoéte- pôv [L0\) oiaYovxa. Cf. Bidez, p. 11, 1. 13-14 : 'E).oYK7â[iYiv èv Éaurw oti oOSeï; âp« T(ov [xovaxûv WXY15EV ÈvûÔTEpôv [iou iv ifi içi-r\[k.a. aOtoù ôt' oXov xexaÀufijj-évov xatî ÔptÇiv wç ÔYipoç). Marc lui demande si le monde existe toujours {'lata.-coLi. 6 x6(7(ao; xaî âàXXci xarà TO àp'/aïov eôo; Kal 7tâ>>iv XÉyei (AOf 'EttIv 'EXXYiVKr[Aàç xaî Siwyjxoç sw; toù vùv). iMarc invite Sérapion à manger et une table se trouve servie miraculeuse- ment, il y a aussi discussion pour savoir qui ne la bénira pas. Dieu qui n'en- voyait d'ordinaire qu'un poisson en a envoyé deux ce jour-là (ElSs; ttôitov àyaTtà àôeXçE, ô ôeô; toùç SoûXo^jç aùtoù, xa6' vjfjiÉpav yàp elç; lyj^hz èTtÉjjiTtsTÔ [loi, xal cy|(J.£pov ô 6£o; 8tà aï àurKiTsiXe Suo). Paul de ïhèbes ne recevait que du pain, Sérapion reçoit un poisson, le menu des anachorètes devient donc plus satisfaisant. C'est sans dout(> une histoire analogue relative aussi à Sérapion, mais dont nous n'avons pas encore trouvé l'original grec, qui forme la seconde partie de Vfmtuire de Sérapion le Sindonile éditée en syriaque par le R. P. Bedjan, Acta Mart. et Sancl., t. V, Paris, 18!)5, pp. 315-341. Dans cette seconde partie, Séra- j)ion parcourt aussi le désert et y trouve un anachorète qu'il di'livre de visions impures (p. 315), puis deux saints (p. 318) qui lui racontent leur liistoire: Poiycarpe (p. 322), qu'il y irouve à trois jours de distance, lui conte aussi deux 408 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Il resterait sans doute beaucoup à dire sur cette littérature de voyages et de découvertes dans le désert qui est de nature et d'origine si franchement Égyptienne, car nous ne prétendons pas avoir épuisé la question en étudiant ou en citant le cha- pitre des saints anachorètes, et les Vies de Paul, d'Onuphrius, de Macaire le Romain, de Sérapion le Sindonite et de Marc TA- thénien. Il existe sans doute encore d'autres écrits composés par la même école ou du moins avec les mêmes idées, et quel- que philologue classera un jour ces écrits PauUnistes d'un nouveau genre, qui ont précédé, accompagné et suivi la rédac-, tion b de la Vie de Paul, et qui nous semblent former en Egypte un cycle (1) que l'on comparera peut-être aux cycles formés par certaines de nos chansons de geste. F. Nau. histoires dont la première au moins figure dans les apophthegmata etc. Enfin le récit syriaque est relié à la Vie de Marc l'Athénien par deux mentions de îMarc l'anachorète que l'on trouve p. 318 (dern. ligne) et p. 319 (1. 8). (1) Les écrits de ce cycle seront caractérisés par leur cadre commun (un voyage au désert pour y découvrir des ascètes) et par leurs idées communes (celles de la Vie de Paul et du chapitre des saints anachorètes). — Peut-être pourrait-on leur rattacher la Vie de sainte Marie Égyptienne, par Sophrone, le compagnon de Bloschos, qui avait collectionné tant de récits égyptiens. Ce cycle irait donc du iv° au vn^' siècle. — La légende des Réchabites et de Zozime n'en fait pas partie, car si le cadre est le même, les idées, toutes de bonheur tem- porel et d'oisiveté, sont difïérentes. Cf. Les fils de Jonadab fils de Réchab et les lies Fortunées (Histoire de Zozime), Paris, 1890. — On pourrait par contre leur rattacher quelques passages de Sulpice Sévère. Cf. supra, p. 397. "Eti àyiwv TTaTsptov (1) p-zi^ara S:aodpo); t'/;v /.aTz Xp'.GTOv o^ôv s/.ot.^à'j/.ovTa. risol àvxywpviTcov àyicov. a) Af/iy/i'cxTO (2) Tiç Tôiv àvaywpviTûv toTç à^sT^^oï;; toî^ £v TyiOoG- ÔTTOu Ta £ê^o[j/r,/.ovTa axtXiyn tûv cpoiviz-wv k'vOx TrapevéêaT^s (3) MwOcYi; [X£Tà Tou 'Xaou 0T£ è^TiT^ôov (4) £■/. yl^ç AiyÛTCTOu. xal £X£y£V OUTWÇ* £>.0yl(7a(XYlV (5) TCOT£ £'-'j£X6£Î'v £1? T'flV £'p-/l[;.OV T'/IV £<>0)T£- pa.v(6). £itc(jdç £{>p(o Tivà iv^dxspov [/.ou ^idcyovxa. x.al(7) ^ou>.£uovTa TÔ ^£'77vdT'/) Xp'.(jTÇ)(8). xocl ô^£u<7aç vuy__0'/][7.£pa Tficcapa. £'jpOV <7X"/iXa.tov. y-xl 7:poG£yyi(7aç, Tz^oaiy^M ïaui. xal O£wpco (9) (7uy/,y.Ô'/i'- [A£vov avOpco-ov. xa-. y.poucaç(lO) xxtx to è'Ôo; twv [/.ovxj^oJv xpo; tô £Ç£lOdvTa (xÙtov àaizi-axa^yJ. ]J.t. 6 rîà où/. £x,iv£rTO. T|V yàp iy.vxT:i- TzctuyAvoc,. ijoi f^£ où^èv [/.fiV/îcra? (H)- £^cr£p5(_0[/.oci xxl /.paTÔi aùrov TO'j co[j!.ou aÙTOu (12). xal eùÔewç sluBvi (13) y-xl £y£V£TO xdvtç. ît^ ^£ XpO'7£'7-/_71)(.(î)Ç ÔpÔi (14) y-O^^dêlOV y-£XpX[/,£VOV (15). ô)Ç f)£ Xaî TOUTO Êy.oàTvica.. §i£"Xû6ti /.xl iyévtxo dç où^sv. wç i-^à ^v/iTCopouv £C/i^Oov £y.£ï9£v y,al ^ivipy6[xr,v t-/iv £pyi[/,ov (16). y-xl £'jpov £T£pov ctïyÎXxiov y.xl l'yvvi àvf^pdç. £u()'j[J'.o; ^à (17) ysvo'afivo; Tupo'rriyyt^ov tw g-t,- Xailù. cbç ^£ TCzXtV â'y.pOUGX Xxl oÙciE-'ç [i.01 ÛTTfly-OUGeV £ÎG£)^Oà)V O'J- ^£vx euûov. cTxç ^è £Çto(18) ToO aT:-/]kxio'j £"X£yov £[;-xutw' oti ^sl A = grec 1596. — B = « 2474. — C = Coislin 126. _ D = « 127. (1) ms. 1590, p. 310. — (2) Af/iyei-ro A. — (3) 7tapé6a).Ev B. — (4) è?y,X9£v B. — (5) ÈXoyi(Tà(i£v A. — (C) si; tyiv ètwt. ip. CD. — (7) D om. ôiây. xal. — 1.8) tw eeti) CD. — (9) ôpw B. — (10) xpoûwv B. xpoûw CD. — (II) [AiQÔev (aï XaX-/)<7a; B. [xy)0£v (A£/.^(7a; D. — (12) CD oiu. aÙToO. — (13) oiîXuôev B. — (14) Ôewptô B. — (15) xpr,[ji- [lajjLEvov B. — (16) CD oui. xal oir.p. t. Êp. — (17) ouv CD. — (18) èHwOev CD. 410 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. Tov oouT^ov TO'j 0£O'j éT^ôstv. oTTouo' àv el'r,. ôiç, oï yi (t) 'i^fxspa "XoiTirov ^v^pyzro. ôpû pouêà>.ouç £p^O[/.£vouç /.où tov ^oO'Xov toû 0£oS yufXVOV. TXlÇ Opi^lV a.ÙTOO (>/.£7rOVTX (2) TO. àcyj/lJXOVOC |7.£X71 tou cw- [j.aTOç. wç ^£ Tz^ocTiyyiGi [xoi, vo[Ai(jaç [j.e tcveîjjj'.x £ivai. ecrvi £Îç 7rpoc£U)(^7]'v . '/iv yàp oj; è'Xeyev uGTspov TTo'X^.à TCS'.pacOElç cctcô twv xveujxaTCov . èyco oà vo"/i<7aç touto, £X£yov x'jtôj' àvÔpwxoç £i{J!.i ooGXe ToO 0£oii. opa Ta lyv-zi [i-ou xal ^''''^^'''f'î'^^'' ^-^ °'^'' '^^P^ '''"''^'' ^ '[■'••* £i[xi. tbç 8l [j.ezx TO 'A[;/^v -K^oaiGyt [xoi xxpE/Avi'ôvi. xal )^aêwv (AS £v T(o cTT'/i'Xaiw , rjpwTa* TTwç ÈvTaOOa xocpEysvou; syw oè eitcov ^àpiv TO'J £7ïi^r,T7icai toÙ; ôouXouç toD GsoO '/l'XOov £Îç tyiv £pvi|7.ov TotuTViv. /.al oùx- £GT£pvip,ai (3) T7ÎÇ iTTiÔujjixç [7-ou. (p. 3H) Ràyw (4) YiptoTTiTa aÙTOV XÉytoV évTaOOa oùv xa.1 aÙTO^ 7:à)i; Tûapsyivo'j ; x,al irdaov X_povov £/£i; /.al ttôç Tps'çrj (5) ; /.xl tcùç yufJLVQÇ wv où oév] £v^u[xaTO(; (6); 'O ^£ e.tvoiJ(pi/.o'v (7). ÙTZtiarfkHt ^é [/.oi \uyiGij.oq 'Xsywv "Eçfi'XOE /.al y.aTx ceauTov xaOé^ou xoù ^uvacat vîcuya'Cs-.v /.xl 'pO.o^evEiv /.al [xicrBov 7r>.e''ova /.TViGacôai (8) aTiô toO xopou too â'pyou aou. wç oï <7uv£- 6£{/.r,v TÛ >.oyi(7[xco. xal ovi to spyov or/ivuov. oi/.ooo[7//icraç yàp [j-ova- (jTy)'pi.ov. £lyov Toù; iTTiTaccrovTaç. ';ro7;}.à. oà 7riipi(^o)v Ta Guvay(6fx£va viy(ovi"Cofj'-V]v TïTojyoîç /.al ^ivoiç ^iav£[J.£iv. ô ^à £/Opôç 7Î[xûv oiaêoXoç CpGoVTiCaç COÇ à£l /.al t6t£ T-^' [/.£'XX0U'7ï1 àvTaTC0^0(7£l y£V£cOai £IÇ £[J.3. ÙTcèp cov £G7U£L>(^ov Toùç /.Q-oi»; TO 6£a) àvaTiO£vai (9), eISov (10) [Xtav 7rapO£V£Ûou'7av i—'.TX^uaxv [aoi £i^vi. /.al TauTz [aou 7C0i"/i'crav- Toç(ll) /.al (^£^a)/.oToç ù— oêa>."X£'. aÙTY] 'rzdXvi ïiznx^ai ^j.oi obCkcc. wç ^£ T^oiTcov owTi^i'.y. èyÉvsTo /.al (12) T:(x.^prtciy. Tcepi^coTEpa. té^^oç /.al àcpv) y£ip(ov. /.al yé'Aoiç xal (7uva'Xi(7[J!.oç w^iv/îcavTEç £T£XO[j.£v t'/iv àvoy^iav. cbç Se £[j!.£iva tx£T' aÙTT,ç £v TCO XTa)[xaTi (13) [/.Yivaç 1^, £>.oyi(7à[/,yiv oti /.av Gv{[J.£pov /.àv aupiov. xàv [;.£Tà TzoXkx £Tïi (14) 6avaTcù Û7:oêX'/iG£l; tviv aùovtov è'^w /.o'Xafjiv. £t yàp yi>vat/.a ri; àv6p(oTC0'j ^la'^Osîpaç. y.o'kix.Ga alcovia uxo to'j vdj/.ou (15) ÛTCoêàXXfiTau (I) CD om. Y). — (2) ÉayTov usptSsê^rijjLÉvov B. — (3) oOx taxéçriGz (le BCD. et CD aj. 6 ôecSç. — (4) B aj. o^v; CD aj. oà. — (5) TpsœsdE A. — (6) wv èvSu[jiàxwv B. — (7) Xtvusixôv BC. — (8) £X£iv B. — (9) àvaTÎ6£(T6at D. — (10) iSwv BCD. — (11) TtsTtoiYj- xÔToç B. — (12) CD aj. yj. — (13) k'ji. èv tw tut. [ASTà -ra-jTa D. — (14) CD om. xàv (a. TT. à'xy). — (15) xo^âffEt xai Tijxwpca. C. LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE THÈBES. 411 TioGWV Ttatoptàiv àl^io; à T-/iv vu[J,(priV Tou XpiCTToO (1) 0 ia(pO£ipai;. v.>a.iov TO'jTO -/.ai T71V X71Y71V TocuTïiv. /.al Tov çoiviza ©Épovxa [y-ot à(6o£x,a CTiocOia. (4) (poiviKwv. -/.sera [j.'^va c^à cpÉpet £v av aï Tpiy(^£; [J-ou xal cpOapÉVTcov [j,ou tôv îp!,aTi(j)v, £v aùxaiç 6 7:p£ir£i tou (7W|j,aTo; Trspt.o'a'XVjy.ac [j.£poç. (wç ^è Tzxki^ vipcoTwv a'jTOV £1 £V TaT; ol^joXç iàuGji^y.vtv iy.îiai. â'^vi' £V TaTç àoycdq Tràvu éOT^iêviv (9j. cotte (10) yy-^cà '/.iiabcci àxo toO (p. 312) vi-TiraToç. /.al p/i ^ùvxaHcci [y.£ (11) ÉcrTÔÏTa cuva^tv £7:iT£);£Îv. àT^là /.£i[X£Vov x_a[j.al (12) poav xpoç tov "T<];ictov. Iv àl tco gtûvi- Xauo ovtoç [aou £v ù^ijat: tûoIV^ 5cal tto'vw. wcïte [j.£ "Xoitcov [j-t, £^i,£vai(13). 0£wpû av^pa £Î(T£7^66vTa /al Tzl-f\ciov jaou dTavra /al X£'yovTx (j.of Ti 'KTicyeiç', syô) Se xapaÙTa (14) £VfWap!,co6£lç [j.i/pov, £l7iov (loV TO Tj-ap "KOLayui. y,al £Î7V£ [xor tioiI 7tà'j^£iç (16) ; w; oè £^£i^a aÙTcp (17). Toùç rW.Tulou; T-^ç ;(^£ipos(18) aÙToO £1? ôpOôv(19) <7i»^£U^a<;. ^tYOToy.£Î' tov to'tttov (0(j7r£p ^icpsu /al i/GTra'aaç to vÎTrap. £^£i^£ [j.oi Ta Tpau[AaTa. /ai v^ X^'P' ^£ ''-3^1 2'^'^^' P'Q'-' '^0^ '^y^"/iç yÉyovaç. oouXeue tw o£(7iroV/i Xpt- CTw xa6coç xpÉTTE'.. /al £/ tot£ y£yova ûyiviç. /al 7.ot7rov à/.o'7ï(i)ç ^laTpiêœ èvTauOa. ttoIV/ ^è •7ïap£/.àX£Ga aÙTOV coctte [j.£ ôiaTpi<];ai £v TÛ GTCviXawo TOJ TTpoTspw (23), /al £Itc£ (24) [J.vj f^uvaGOat (2o) Ox£- v£y/C£Î'v Tùv ^ai[7/jvcov Taç 6p[Aa; (26). /ocyto oà aÙTCi (27) toOto §ia/p'.6elç, 7vap£/à7^ouv £ij^à[X£Vov a-olOaai jj.e. /al EÙçay.Evoç àTr£'- \\iQt (28). Rai TaùTa ^iviyvicra{j!,Yiv (29) ûp.ïv (30) (î)Ç£}^£iaç xapiv. b) "Eley£ TraT^iv aXloç yÉpwv, ôç -/i^uoÔTi (31) t-^ç lirtaxoTrTÏç (32) (1) ôoOXyiv to-j ÔcOÛ CD. — (2) XaÔpaÎMÇ D. — (3) 5pa[j.à)V C. — (4) airaôeia B, et C aj. ToO IviauToû. — (5) crTraOtv B. — (G) àpxst CD. — (7) (/.età Se D. — (8) ôeytspov C. (9) ÈÔXtgwiJiriv B. — (10) CD aj. ixe. — (11) CD oin. [xe. — (12j x£{(a. (xe BCD. — (13) [j.-ii û£ enlevât Sjvaiôat D. — (14) aùxû A. — (15) ecpriv CD. — (10) CD om. xal el. [A. t:. 7c. — (17) CD aj. tov tôtiov. — (18) D om. tïjç x^'pô;- — (!■') «p^i f*- — (20) èv paîxet B. pâx-/; C. pâxxei D. — (21) c/.xpaç D. — (22) ôeî; D. — (23) tw upoT. ffrt. D. — (24) D aj. (xot. — (25) D aj. (le. — (26) xàç twv S. ôp. D. — (27) àTrà A. — (28) D aj. tj.£. — (29) D om. Ofxïv. — (30) B aj. èyw. — (31) xaTYiliobÔY) B. — (32) CD aj. Tiôkw;. 412 REVUE DE l'orient CHRETIEN. 'O^uûûyyou (!)• wç (2) éTÉpou Tivô; aÙTo> ^iviY7i(7a|;.£vo'j. r,v ^è aÙTOÇ 0 TOÙTO TÎSTCOiri/.COÇ. 8(^0^£ [XOL ^TiGlV (3) siç T/jV £pVlf/,OV TTjV £(7C0T£p7.V T-/1V y.aT' "Oaaav (4) è'XGsîv (5). svOx to tc5v Ma'Ct/.(ov y£vo;;(6), î^£îv £t TTOu £uû(i) Tivà tÇ) XpiTTco ôou'XeuovTa (7). 7.al àvi >v7.€iov oliyy. TraHatxy.Tia (8). /.al w; (9) ■/î[/.£pôv TSGGapwv ûrWp T'/)v izo^tixv Èttoioo" tj//iv, (ôç ^è ^lYjlOov al T£C'7ap£; r,p!.£pa!.. twv Tpocpwv àvalwÔEiccov* ^iTiTTwpouv Tt xpx^^- ''''C'. OappYi'aai;, £;c'rWy.a £[7,auT0v. xal ^loovj- axç (\0) ôiXkot.q xéccx^y-q -/laépa; [/.{ï^ocç aaiTo;. t*^; oà ccciriocç '/.sa Toûi -/.OTTOU Tvi; ô^oO T'/jv TaGiv Tou GwiJ.aTOi; [7//iy-îTt. (pspovTo;. £'!; 7;£i7ro()u[jia.v (11) yiX6ov /.al ^-/i Èjceijxviv yx\JM. èXÔwv (12) Ss ti;. tw ^a/.TuT^to aÙTOu vi«|;aTo twv yeikéoi'i [xou. /.aOz-nrcp txTpoç ttï p//iV(] tov ôçQaT^pv (13) 7rapaTp£y^£i (1-4). (p. 313) £ÙOù; i^à (lo) £V£^uva[7.(j;)()r,v. ôiore [A£ (16) vo[>.t(7ai. |j//iT£ ô^£u/.£vai(17) {Jt.-/iT£ T^iixw^au w; O'jv sloov Ty;v f^'Jvaaiv zccù-ry îT:eiGz)Jio.iv tÇ» ^a/-TijA(p (21) j^piGaç(22) Ta y£i'X-/l (xou, èi7T£p£to(j£ |X£ . ^ ^iviT^Oov §£ -/ijj-spat ^£/.a£';iTà, xal ;7.£T3c TauTa £'jpi(7/.fe) /.a"X'jêriV /.al cpoivt/.a /.al uSwp (23)' /.al av^pa gtv]- /.ovTa. ou al Tpiyat (24) ttïç /.scpaV/iç r,cav £v^u[xa aÙToj. -£zo7;iw- [/.Évai. TTTzcai {)7r7ip)(_ov. -/iv ^è /.al ipooEpôç (2o) ty, ot];£t,. cb; ôk £Ô£a'- craTO a£. k'TTVi £i<; xpoGEu/'/fv. /.al "cikiaxc, tÔ AfAriV. syvw Eivat [7-£ avGpcoTVOv, /.al /.paT'/iaaç [7,£ ttjÇ X^tpàç (26), vipûTa Isywv tcoç Iv- Ta'jOa yiyova; (2~)> ''-^'^ ^- ^''^'' 'j'J''£'j~'0/.£ TcâvTa Ta sv tw /.d(7[;.c;), /.al £i iTCi/.paTO'jTtv ÏTi o-. ^icoyjj'-oi; 'Eyo) ^i £Ï7rov yàptv oy^ôiv tcov a£Tà àl-/lÔ£taç (28) SoU>>£l»o'vTtOV TÔJ S£Cr7rOT'/l XpiGT(0.(29), TaUTVlV T71V î'pviy.ov ^i£pYOu,ai.. to (30) ^ï too oiwyj^.oij. TOTTauTai, ^là t*1^; ouvà- [XEw; (31) ajTou (32). (ppaGGOv (33) ^s [7.oi xal aÙTo; titwç ivTaoGa (I) '0;ypiV/ou A. — (2) uspl D. — (3) [loi ttotè D. — (4) 'Odcfftv A. — (5) eîffsXâeïv CD. — (6) D aj. xaî. — (7) xiva TtTwxôv 3ouX. tw ôew CD. — (8) 7va?rj[i3c6ta B. — (9) ëwc B. — (10) ôiû5£U(ja BD. — (11) XiTcoôuiJiîav D. — (1^' 'HWe B. — (13) twv ô?9a>^(jLwv BD. — (14) •rtapaTpéywv D. — (15) xal eùâÉw; D. — (16) D om. (is. — (17) wÔ£o/.. D. — (1co7roç £TÛyy(_avov, y.al mtoyjxoO ysvoaévou TzoXkdv Ti[/.copuov 7;po(7£Vsy6£VTcov (3) [Aoi, /.al [;//] fWviO£lç u— £V£'yx.ai(i) toùç a.i/<.ic|j/jùç, {><7T£pov (5) â'OïKjX, wç o£ £[7-a,"jToij (6) £y£v6p!,'/iv (7) , STCsyvcov T71V âvo- pLtav jjLou, /.xl £owx,2C (8) £p-auTov àiroÔavEiv £v t/j £pr|i7xo TauTr,. y,7.l £i[X'. IvTaOOx â'ixytov sV/; T£crc7ap(zx,ovT(X Ivvia £ÇO[xo}\.oyou[7.£vo; /.al 7rapxx,a>.wv t6v 6£0V , £17i:cl)ç xa^i^-riaercci [jloi vî à[/,apTÎa [j.ou, /al tt^v JJ.èv (^W/lV (9) 'TCXp£G/_£TO [XOl ô XÙpiOÇ £)C TOO ÇpoîVtX.OÇ TO'JTOU. TTa^ pd/SkTiOiv Sk Tvjç <7i»yj^(j)pyic£coç où/. £>.aêov, à'wç £T(I)V T£(7Gapa/.ov- Tao"/.T(ô. £V ^è Toi IviauTcp TouTw ■7rap£/.>//j'B-/iv. ojç ^è raOra £}^£y£v, â'çpvto àvacràç r^po'xatwç à'^oj (10) â'cTTvi eîç xpo(j£i)/_viv £tcI TColXàç oioxi;. cbç ^£ £T£7^£CT£ 7t:pOG£Uy__6(;-£VOÇ (ll),7l7^0£ TCpOÇ [A£. Oecop'^Wç ^£ (12) t6 TtpoccoTCOV aÙTOu, eiç ïxttV/i^iv -/ilOov xal ^eikicc^. riv yàp (p. 314) y£v6[ASVoç cb; -TTup. £t77£ o£ |7,ot,* |/,vi çoêo'j. Ci yàp /.'jpioç (13) aTTs'- GZoCkyJ 7iç(14). wç ôè £T£'X£<7£ 'Xsywv, £Ù6ùç £/.T£{vaç Taç ytï^aç, /.al toÙç Trooa; T£};oç é'ay^s to'j (3io'j. Trapa'Xucaç ^£ lyw tov 'XôêviTovâ (13) |xou. to v][7.'.<7u Èjj.auToj Ézcxç. /.al tÔ 'fi[J.iG\> ::£pi7rTuçaç (16). tô <7à)[/a aÙToO' to ayiov. àTO/.puJ;a(17) Trjy/i. coç Vi £GxJ;a aÙTOV (18). £ÙÔ£wçô «poivi^ i^yipâvÔY). /.al •/) /.a'Xuêvi £X£C£V. lyco r^è xo}^^^ 'éySkxuay. o£djjt,£voç toO Osou eI'tcw; Ty.^a.G-jrri (19) [xoi t6v - l£U0U(7a tÇ) Xpi(7T(p. /.al oùx, £ioov(2) avOpwTTOV. £1 [XYi '7"/îf/.£pov. àxe- (jTei);e yàp ujj.aç 6 Oao; l'va 6âc{;7iT£ to 'X£L(];avov (j,ou(3)- /-al £iTCoij(7a toDto VAOi[j.-r\b-ri . ot ^è y£'povT£ç eSo^acav (4) tov Geov. /.al GavJ/avT£; TÔ cwjj'.a aÙT'^ç (5) (XV£y^(dp7i(Tav. d) AiT/yviTavTO TTEpt Tivo; àva/_wp'/iToij. oti s^rjXôav sic tviv â'p'/ify.ov â'y^wv T^fiê-^'rovx (6) ^.ovov. /.al 7:£pi7vaT'/i'7aç rpEÏç •iîj/.Épa;, àvaêvi £i; x£Tpav /.al £i^£v ÛTCO/.aTO) aÙT'l^; X,^^''^^ C^)? '^5'-'- avÔpwxov ,80- T/tow-Evov (o; Ta Ôvipia. /.al /.axÉê"/) èv /.puçfi /.al ÈTCiacEv aùxov' 6 5a y£'pti)v yufjLvôç -^iv. /.al oTv'.ywpTicaç (8) {/.'/) 5uvâ[/,£Voç (iacTaçai t'/jv 6(7[j!,7iV Ttov àvôpcoTrwv. r,^uv/]6vi à^aiV/îcai (9) àic' aÙTOo /.al cpuy£rv(10). /.al à^vjXOév 6 y.8ek(i^o^ roéyjà-^ ôxicrco aÙTOu /.al £xpa^£(ll)* Sià tov 6£6v (p. 315) 5iG)/.to cre. [Jt,£Îvo'v (/.e. 6 5e crTpaosl^ sixEv atjTw- /.àyw 5ià TOV Oaov o£uy.d<\i. D. — (4) ôoÇàoavxei; D. — (5) D om. aÙT^;. — (G) XsêtTtova D. — • (7) y_)>(î)Yiv B. — (8) o),tYwpiT7£ CD. — ■ (9) ôè IÇeiXîoiai D. — (10) xai opuy. an' aÙToù D. — (11) xpâÇtov C. ô ôè àô. xaTeStw^sv ÔTtîffO) aOtoû xpâîîwv D. — (12) xal pi-Laç CD. — (13) XeêÎTWva D. — (14) Izê. aÙToO CD. — (15) îisTspov ôiavcviQsU ëppn|/îv àir' aOxoO xov XôêÎTwva, xaî yu[ivÔç Èotwxev B. — (IG) as' éauToù B. — (17) Ëpp. TÔ l[JL. à;:' aÙToO CD. — (18) èSi^axo. — (19) CD om. ote >îy- aÙTd). — (211) xàYw 7t£pi£[j.£tva CD. — (^l) D aj. àSeXsô;. — (22) L'anecdote suivante qui fait partie de notre chapitre dans le ms. Coislin 127, fol. 290, est conçue dans un esprit tout différent. Elle accorde plus de mérites aux moines qui vivent ensemble qu'aux anachorètes et semble une première édition du mol célèbre : Mea maxima pœnilentia, vila communis : ^Hv Ttc àvaxa)p»]Triç Po(tx6(Xsvoî (XîTà iwv poyêdt),wv, xal suSaxo Toi ôew Xsywv' Kûpis, TÎ û(7T£pà) 5tôa?6v [jLs; Kal r,),6£v aOxû çtovri Asyo-jtra' 'TîtayE £1; xd5£ xo xoivo- LES ANACHORÈTES ET S. PAUL DE TIIÈBES. 415 Appendices. — I. M. F. M. E. Péreira ;i publié deux fasci- cules sous le titre A vida de Santo Paulo de Tliebas. Le pre- mier (Lisboa, 1903) renferme la version éthiopienne d'après le manuscrit 60 de la collection d'Abbadie. Le second (Coïmbre, 1001) renferme après une introduction (p. 1-48), la traduction portugaise de la version éthiopienne (p. 49-05) et de la notice consacrée à saint Paul par le synaxaire arabe jacobite au 2 Amxir (p. 66-68). La version éthiopienne, peut-être par Tin- termédiaire d'une version arabe, dérive encore du texte b que M. Péreira regarde aussi comme le texte original. Elle ne porte pas cà la fin le nom de saint .Jérôme. Le même infatigable auteur vient de publier encore Vida de Santo Abunafre (santo Onuphrio), Lisboa, 1905, version éthio- pienne sans traduction. Dans la version copte 'Ovcj^pio; est appelé Bénofer, nom que l'on peut faire dériver directement de Ojvs^pioç, car û'j se permute fréquemment avec v et b. II. M.-J. de Decker vient de publier un consciencieux travail [Contribution à Vètude des Vies de Paul de TJièbes, Gand, 1905, 87 pages) renfermant une étude textuelle et des colla- tions de trois nouveaux manuscrits grecs. Pour confirmer les conclusions de M. Bidez, il reproduit la note de M. Van den Ven à laquelle nous avons répondu et un argument de M. Ku- gener auquel nous répondrons plus bas. Les raisons qu'il ajoute sont basées le plus souvent sur une différence de point de vue. Lorsque j'écris : « S. Jérôme (H) paraphrase le texte préexistant b », on me répond : « b réduit le texte latin H préexistant ». — Lorsque nous affirmons que le latin H n'est pas le texte original, il faut remarquer du moins que nous nous appuyons : 1" sur l'historicité que S. Jérôme attribue dans ses écrits à la Vie de S. Paul et qui ne peut s'expliquer à l'époque et dans les conditions où il écrivait que par l'em- ploi de sources écrites; 2° sur le témoignage de S. Jérôme qui écrit (supra, p. 399-400) avoir lu les récits relatifs à oyx. viôei T/iv -JTrripeffîav tûv àSôXipwv, xal D.syov aÙTw' Hoî/iirov to-jTO, lo'.ùfza:, xai TTOÎYitrov èxetvo, caXà ylpwv. Kai 6Xiê6[X£vo; eu^axo noà; -6v 6eôv XÉytov' KOpic, oùx otoa trjv -jirvipefftav twv àvOpwTtwv, TtÉpl/ov [X£ TïâXiv upôî xoù; pouêâXouç. xal à;teX06r) à-Q Toy OâoO TtàXiv àTieXôîîv et; -/MÇ/iov poaxriô-^vai aeiàc tûv po'joâXwv. 416 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. S. Paul et aux anachorètes et qui nous apprend {supra, p. 398, note 2) ne jamais traduire mais parapliraser; 3° sur le carac- tère tout égyptien de l'ouvrage, différent du caractère des écrits personnels à S. Jérôme; 4" sur un grand nombre de passages du latin qui ne s'expliquent facilement que dans l'hypothèse d'un original grec (Amathas, passages personnels à S. Jérôme omis en b, passages personnels à l'auteur de b modifiés par S. Jérôme et dix critiques intrinsèques). (Cf. Anal. BolL, XX, p. 134-142 et 144-147). — Par contre lorsqu'on écrit que b est une réduction du latin, c'est une de ces pures hypo- thèses dont on dit : Quod gratis asseritur, gratis negatur. En effet, d'après cette opinion opposée à la nôtre, l'auteur de b avait sous les yeux le texte grec a, et n'avait donc qu'à le transcrire, mais, pour expliquer les différences de a et de b, on imagine ensuite que b, au lieu de transcrire «, en a donné une réduction; c'est une pure hypothèse qui, à notre avis, n'explique même pas tous les résultats. M. Kugener (J. de Decker, p. 10-11) a écrit que S. Jérôme s'est inspiré de la traduction latine de la Vie de S. Antoine par Evagrius; nous le savions a priori, c2lY il la connaissait et il paraphrase, il peut donc citer cette Vie comme il cite Virgile (1). Dans un passage cependant il y aurait accord entre la traduction d'Evagrius, S. Jérôme et b contre le texte actuel de la Vie de S. Antoine et il semble — si ce n'est un pur hasard — que b provient de S. Jérôme. Or nous venons de constater qu'il y a un certain accord entre la version d'Evagrius et la version syriaque de la Vie de S. Antoine contre le texte grec actuel (2). Il s'ensuit donc simplement, sinon que b est d'ac- cord avec « l'archétype » grec — pure hypothèse, — du moins que cet auteur a rendu de mémoire, de manière très suffisante, un passage obscur de la Vie de S. Antoine (Bedjan, p. 65), (1) Cette imitation toute naturelle chez un traducteur çi "^1 'i\^\j 420 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. sion (1) ne peut s'expliquer par une simple erreur de copiste. Ces passages et ces chapitres existent clans notre version arabe M aussi bien que datis la version syriaque. Par ailleurs, dans cette même version R, il existe des additions qui manquent dans le syriaque et dans la version M (2). Ces additions sont assez nombreuses et parfois longues et importantes. Elles aussi s'expliquent difficilement par le fait des copistes seuls et nous sommes conduits de nouveau à admettre que la version M est différente de la version R. Les interpolations que nous avons indiquées nous conduisent, elles aussi, à la même conclusion (3). Quant aux ressemblances, en petit nombre d'ailleurs, que l'on relève entre ces deux versions arabes M et R, elles ne pourraient suffire seules pour établir l'unité de traduction. Cependant nous ne prétendons pas trancher définitivement la question. Nous connaissons, en effet, la version R uniquement par les citations qu'en a faites M^' Rahmani dans son « Testa- meutum D. N. J. C. ^. Par suite on ne doit pas regarder cette étude comme définitive, et l'on doit attendre qu'une compa- raison complète des deux versions permette d'établir d'une et ch. .\xxix, P 272 ^Mr -<^ S: S^}^ ^y^ ^j^ ~».iJ! î3-2> JXj "^j et lib. II, ch. 11. f" 271 S:^. ^ "^'j iàkLJ! ^^ ^! ^-^J^' fj-' ^^À5ÇJi (1) Les chapitres xvi, xxxv, xxxvii, xlvii du livre 1 et le chapitre iv du livre II qui figurent dans le ms. 251 aux folios 202"; 270% 271'; 273''; 274^ (2) Par ex. lib. 1, ch. xxi, p. -31, f 261; ch. xxii, f" 264; ch. xxxi, f" 269 v»; ch. XL, f" 272, ch. xlv, f» 273, etc.. (3) Par ex. 1, cli. xliv, f" 273. La version M. porte : (**^^=^' ^^^^ w^lj ... , .. ,.. ^^^^^ Dans la version R l'Évèque commence ainsi cette exhortation : « Dico tibi N., considéra timoré Dei te ministrare infra presbytères et diaconos, et exequi in justitia evangelii prœcepta etc. » Ces mots, comme le fait remarquer M^'' Rah- mani, semblent être ajoutés après coup. Ch. XXXI, ch. XXXIV, ch. xlv, etc. LES VERSIONS ARABES DU TESTAMENTUM. 421 façon parfaite si elles sont complètement indépendantes l'une de Tautre, ou si l'une d'entre elles n'est qu'un remaniement considérable de l'autre. D'ailleurs l'origine des deux versions nous pousse, elle aussi, à les regarder comme indépendantes. La version R, en effet, a été faite sur le copte. Une note du manuscrit nous en avertit (I). La version M ne nous donne aucun renseignement explicite sur son origine. Mais l'accord constaté à plusieurs reprises entre le texte syriaque et la version arabe M insinue déjà que cette version M a été faite sur le texte syriaque. De plus, on peut relever dans cette version arabe M ce que l'on pourrait appeler des « syriacismes » qui montrent que la version M a été faite sur le texte syriaque. En effet, on voit souvent les noms dépourvus de l'article là où ils devraient l'avoir (2). Or, en copte, il y a un article, tandis qu'il n'y en a point en syriaque. Cette omission de l'article dans notre version semble donc s'expliquer par ce fait que le traducteur suivait sans doute de près le texte syriaque. Cette conclusion ne s'impose pas, il est vrai, d'une manière absolue. Elle a pourtant sa valeur si l'on veut bien remarquer qu'on ne connaît pas un autre /texte ayant pu servir de base à la traduc- tion arabe M ; car il est très peu probable qu'elle ait été faite directement sur le texte grec de l'octateuque, connu encore de Sévère d'Antioche et de Jacques d'Édesse. Ajoutons aussi que le traducteur suit le texte syriaque d'une manière méticuleuse. (1) Prolegom., ch. ii. Voici sa traduction : •< Absolutum est Testamontum Dornini Nostri Jesu Christi, quod oretenus tradidit nobis apostolis post rosiir- rectionem a mortiiis... Vertit illud iuimillimus Abu Ishaq ben-Fadlallah ex lingua coptica in arabicam ad fidem codicis Patris Cosmae Patriarchae Alexan driae exarati anno 643 martynim, qui annus concordat cuni anno 313 Hegirae. >> — Il reste à déterminer si la version d'Abù Ishaq est celle qui a dû figurer en parallèle du copte (comme sur le manuscrit copte édité par Tattam et par Paul de Lagarde) ou si elle en est encore différente. Dans cette dernière hypothèse, il existerait trois versions arabes du Testauientum dont deux traduites sur le copte. (2) Par ex. f» 271 \" <1^^) v.oUy- h^^^j, ^y_ ^~*^_j Js,. .JU-^ *^l-M f" 277 v° '-"'5 > iAJ-^»* ^ ^^r^"*** , a a«j y^ >*»,\w . iJ x'ms.»». ^ ^o lai 422 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. jusque dans des points de détails. Il est esclave de son texte et pousse parfois le scrupule jusqu'à transcrire simplement les mots syriaques en termes arabes, sans rien modifier dans la construction de la phrase (1). Souvent aussi il garde à la pensée sa tournure syriaque et la rend ainsi obscure (2). D'autres fois, lorsqu'il se trouA'e en face de termes ayant plusieurs sens en syriaque, il en prend le sens littéral, bien que ce sens ne s'accorde pas avec l'enchaînement des idées. Ainsi le mot « icoodu » signifie en syriaque « stature, taille » et par extension « âge ». Le traducteur prend la première signification alors qu'il devrait prendre la seconde. Autre exemple de servilité : il y a dans le texte syriaque une phrase où le copiste avait sans doute oublié la particule de négation, bien qu'elle fût néces- saire au sens. Notre traducteur, suivant en cela le syriaque, omet lui aussi la négation (3). (1) Par ex. lib. I, ch. xxx, f° im >-r--»^ ^Âjl >j^ j^^_ ^\ w^xj^j |LQi>j vJjii. ).^\« pj )l.^v-> jJ |.^,>j»ao loi. ^|tJ |oO); ^t iKs> ^ • ) J'"^ Jl.'^. ^Jr^^ 5iJ>-sS c'est-à-diro - Postquam (prosbytei-) ordinatus fiiorit otc. ». Lib. I, ch. XXXV, f° 271 ^mn^ ^^^1 .*^-?. ^i^ iJ-^J^J^^ J^^ '^-r^-^J^ ^ooNju; yooti. ^60 l-po; k^/ -ajoto 1-L.I.VLtoo ^Ji.^^io . v^-^-2j if^.^^ i*^^J r'I^ Lib. II, cil. II, f' 274 ."^ ^,' .... ^^ 'U\sr^ JULl J^ J.^! ^^ ^,1 oofj/ |..^aN ^ |joa..ov^o o/ |jl.LUIïoo jjl^^ojls o{ ^oioI^,-./ )..A.£» ^xj/ y/ ]ts. «»ao\\ Ch. IX, f" 276 ^j^. ^rrr*"*-''j J^-' ^~' ^ ^'^^ -r^-^f Isr-*-^ x^Cst^-^M Ch. X, f° 276 V .|JL— »-o v^;.o p p 1 1 « .>n « v> . i ^ ^y^ -^-v*rr iT^ j^'^-^ JrA' / w^^ Lib. II, ch. XI. f. 276 v° ^.^-.«-iJi ?2.ik_Jj Ix* 'i33\y ïjbbj j^\y^^ U^Luî • lu pof« oOi« ^r^ ).3>a.3 ^n «m I .juj Po .[.vin oi^ plxJ p.o L^o La^oju» |«-.*3l (2) Parex. II,ch.xi,f''27Gv° ^^-^ d...;^'! ^^":.-^^ ^^' ix.^^ ^y^ >JjLJ ■ |m-)0 |.aa.i.>\ ^o;.£Nj | -o -> |-«.aQ-,.j |Tmg<; )(,^V^I )Ni« i ./ r'^ ^ (3) Lib. I, ch. XXXVII, f- 271 v, ligne iJ. LES VERSIONS ARABES DU TESTAMENTUM- 423 Enfin dans le texte syriaque on rencontre des phrases dont le sens est difficile à comprendre. Traduites littéralement sur le syriaque, elles se trouvent par là même obscures dans la version M. Par contre ces mêmes phrases sont assez claires dans la version copto-arabe R (1). Ces raisons nous permettent de conclure avec très grande probabilité que la version M a été faite sur le syriaque. Il semble même fort probable que Toctateuque arabe tout entier tel qu'il figure dans la compilation de Maqârah a été traduit sur l'octateuque syriaque, car M. l'abbé Nau a déjà noté (2) que le dernier livre formé des canons des apôtres semblait identique au dernier de l'octateuque syriaque édité par Paul de Lagarde, et nous venons de montrer qu'il en est de même du premier. Terminons par une courte appréciation de la version M. — C'est une traduction servile, au style aussi peu châtié que possible, confus, obscur et parfois saccadé. Les phrases ne sont pas bien liées entre elles et sont très souvent incomplètes. Quant aux règles de la grammaire, elles y sont méconnues presque à chaque ligne. Aussi a-t-on beaucoup de peine à comprendre cette traduction, si l'on ne se trouve pas aidé par un autre texte et surtout par celui de la version syriaque dont dérive sans doute, d'après ce qui précède, la version M. Ces quelques lignes n'ont point la prétention, comme on l'a déjà dit, de donner une conclusion définitive et absolue; mais d'annoncer aux lecteurs de Y Orient c/irétien les résultats de notre première étude de la version arabe (M) du Testament de N.-S. J.-C. La conclusion définitive figurera dans la publication queferalaP^Y^>'oto(//<" orientale des deux versions arabes M et R. S. D. DiB. Paris. (1) Par ex. lib. II, ch. xi, f" 270 v, ligne 5. (2) Dictionnaire de théologie catholique, Vacant-RIangenot, articlo Canons des Apôtres, col. 161G. LE PASTEUR D'HERMAS FRAGMENTS DE LA VERSION COPTE-SAHIDIQUE Nous ne connaissons rien de certain sur l'auteur de cette œuvre si célèbre durant les premiers siècles (1). D'aucuns ad- mettent que les quelques renseignements épars dans le livre se rapportent réellement à lui; les autres considèrent l'ouvrage comme une pure fiction (2). Le seul point qui paraisse vraiment établi, c'est que le A/.s- teur n'a pas été composé par l'Hermas de l'Épître aux Romains, comme le supposait Origène(3), et vraisemblablement les doc- teurs de l'Église d'Alexandrie avec lui. Après Clément d'Alexandrie, Origène et S. Athanase qui cite quelquefois le Pasteur comme un livre très utile (4), Didyme d'Alexandrie s'appuie sur le texte de la troisième Vision pour commenter le verset 17 du VHP chapitre de Job (5). (1) Nous n'avons pas l'intention d'exposer et do discuter les diverses opinions sur l'auteur du Pasteur, le temps où il fut composé, les théories qu'il développe. On les trouvera résumées dans Gebhardt et llarnack, Patr. Ap. op., III. p. Lxxxni. On y trouve p. xl et suiv. la nomenclature des éditions et commentaires antérieurs h, 1877; de plus récentes publications sont indiquées par G. Uhlhorn en tête de l'article consacré à Ilermas dans le Realencyclopudie fur proteslan- tische Théologie, t. VII, p. 714 et suiv. (Leipzig, 1899). (2) Funk, PP. aposl. Op., t. I, p. cxiv et suiv. (3) Comm. de VÉpHre aux Romains, Mign.. /'. C, Xl\, col. 1282. (4) ôtà 8è Tri; wçeXijiwTaTviî P'g),o-j toù not[A£vo;. Orat. de Incarnat. Verbi, Blig., P. G., XXV, col. 101. - Cf. de Décréta Nicenee Synodi. Mig., P. G., XXV, 429 (Mand.ix); et 456 : In Pastore scriptum est (quando quidem librum hune citant, quamvis non sit ex canone et c. (Mand. i). — Epistola ad Afros episcopos,Uig., P. G., XXVI, col. 1037. — Episf. fesl , 11, Mig., P. G. XXVI, col. 1400. — Epist. fesl., 39, P. G., XXVI, col. 117 (le Pasteur est cité parmi les ouvrages que nous appelons deutérocanoniques). (5) Mign., P. G., XXXIX, col. 1141. FHAG.MIvNTS COPTES d'HERMAS. 425 Vienne le v'' siècle, Hermas tombe clans l'oubli; du moins n'avons-nous plus de documents provenant de l'Église d'A- lexandrie; dans les autres Églises d'Orient, il semble avoir perdu toute autorité : Nicéphore Callixte, au xiv° siècle, n'en connaît que ce qui se lit dans VHistoire ecclésiastique d'Eu- sèbe (1) et le range parmi les livres apocryphes (2). Cependant, par Antoine d'Abbadie, fut trouvée, en 1847, une version éthio- pienne (3) qui porte comme date : anno CXCI misericordiaï. Quelle est cette année 191 de la miséricorde? Dillmann a proposé l'année 1539 (4), puis plus tard 543, 1075 ou 1607 de l'ère chrétienne (5). Nous sommes donc dans une complète incertitude sur l'origine de cette version. Il en est de même pour les deux fragments coptes-sahidiques que nous nous proposons d'étudier. Le premier fait partie des collections de la Bibliothèque nationale de Paris (Ms. Copt. 130', feuil. 120). C'est une feuille de parchemin presque entière mesurant 265 mill. sur 200 mill. ; l'écriture est très bien conservée au recto; chacune des deux colonnes de la page comprend 31 lignes de texte, d'une largeur de 60 à 64 mill. sur une hauteur de 5 mill. Le titre de chaque Similitude est encadré de traits ; la première leitre du texte, de même grandeur que les autres, est au commencement de la ligne. Le recto porte en haut à droite gii ; le verso est nu- méroté go, en haut, à gauche. En face de chaque titre, se trouve un ornement accompagné d'un oiseau. Le texte com- mence au verset 7 de la Similitude II (suivant la division com- mune) et se termine par le titre de la Similitude IV (en copte, V). (1) Hisl. eccl. lib. II, c. 46. Mig., P. G., CXLV, col. 887. (2) Funk, Op. cit., p. cxi. (3) Publiée avec traduction latine en 1860 dans le vol. II, n» 1 des Abhand- lunrjen fin- die Kunde des Morgenlandes. Le Pasteur existe aussi dans l'original grec (2 manusc.) et dans deux versions latines, l'une dite Vulgate, mainte fois rcMmpriniée depuis que .lacques Lefèvre d'Étaples l'édita en 1513; l'autre ap- pelée Palatine (manus. du xiv" siècle). Des éditions critiques du texte grec et des traductions latines ont été faites par : F. X. Funk [PP. op. Opcra, tome I, Fribourg-en-Hrisgau. 1878 ; 2" édit. 1887), de Gebliai-dt, Ilarnack et Zahn [PP. op. Opéra, Fasc. 3, Leipzig, 1877). Ililgenfeld illermae Pastor, Leipzig, 1866; 2" édit. 1881 ; 3" (-dit. 1887). etc. (4) ZDMG. t. X\\ [i. ir.>. (Dillmann, Bemcrkungen zu dem tilhiopisr/ien Pastor Ilermse). (ô) Gebhardt et Ilarnack, Op. cit., p. xxvu, note b. 426 REVUE DE l'orient CHRETIEN. Le second porte le n" 9997 du Musée du Louvre, où il nous a été permis de l'étudier à loisir, grâce à l'affabilité de M. le D"" Révillout qui nous l'avait signalé. C'est un feuillet de par- chemin, en mauvais état, dont l'écriture est cependant bien conservée; il mesure actuellement 218 mill. sur 210 mill. , les lignes d'écriture ont une largeur de 60 à 66 mill. sur une hauteur de .5 mill. Le titre de chaque Similitude est encadré de traits; la première lettre du texte, un peu plus grande que les autres et placée dans la marge, est accompagnée d'un ornement analogue à ceux du feuillet de la Bibliothèque natio- nale, mais sans l'oiseau. La première ligne du recto, marqué Oh, à droite, contient les derniers mots de la quatrième Simili- tude, de la cinquième selon ce feuillet dont le texte s'arrête dans le second chapitre de la cinquième (ou premier de la septième) Similitude. En dehors de quelques différences secondaires, les deux feuillets présentent les mêmes caractères paléographiques : même calligraphie, même largeur des lignes de chaque colonne. La pagination suppose entre les deux un seul feuillet, espace suffisant pour contenir la quatrième Similitude. Ce sont deux feuillets d'un même manuscrit. Les fragments coptes-sahidiques que nous possédons font partie du troisième livre du Pasteur, si nous adoptons la division communément admise en trois livres comprenant respectivement les Visions, les Mandata et les Simili- tudes (1). La thèse générale du livre est celle-ci : Hermas et sa maison ont péché; ils peuvent être sauvés, s'ils se repentent sans délai, car le jugement est proche. La révélation en est faite par une femme et par l'Ange de la repentance qui apparaît sous la forme d'un Pasteur. Dans la première Vision, une vieille femme recommande à Hermas d'amener sa maison à la repentance et lui donne lec- ture d'un livre qu'elle lui remet dans la Vision suivante. Il ne comprend pas d'abord le sens des mots qu'il lit. Après (1) Cette division n'est pas celle de l'auteur, qui, d'après le contexte, forme le premier livre des quatre premières Visions; le second livre^ de la Vision V, des Mandata et des neuf premières Similitudes. La Similitude X constitue à elle seule la troisième partie ou épilogue. Cf. Harnack. Op. cit. FRAGMENTS COPTES d'iIERMAS. 427 quinze jours de jeûne, ce sens lui est révélé : ses fils et sa femme ont péché ; s'ils font pénitence, ils obtiendront le par- don; pour les fidèles, le temps de la pénitence va finir. Un jeune homme apprend à Hermas que la vieille femme qui lui apparaît, c'est l'Église. Dans la troisième Vision, l'Église lui montre une tour dont les pierres sont les fidèles. Dès que la tour sera achevée, ce sera la fin du monde. Vingt jours plus tard, Hermas voit une horrible bête qui représente la grande persécution prochaine. Il est chargé par l'Église d'annoncer aux élus de Dieu qu'ils pourront l'éviter en faisant pénitence et en servant Dieu. L'Église n'apparaîtra plus à Hermas. Voici que l'ange de la repentance {Vis. V) se présente sous la forme d'un Pasteur pour lui communiquer les Mandata et les Similitudes. Il lui ordonne de croire fermement en Dieu [Mand. I), faire l'au- mône à tous les indigents (II), toujours dire la vérité (III), garder la chasteté (IV), éviter la colère (V), fuir l'iniquité (VI), craindre Dieu et ne pas craindre le démon (IX), être gai (X), éviter les faux prophètes (XI) et exhorter les autres à la péni- tence. L'ange de la repentance est envoyé pour fortifier les hommes dans la foi et les amener à craindre Dieu qui peut tout : Sauver et perch'e (XI). Dans la première Similitude, le Pasteur démontre que Dieu a donné les richesses aux hommes pour subvenir aux besoins des indigents. II compare alors {Sim. H) (I) le riche à l'ormeau, qui, de lui- même, ne porte pas de fruits, mais quand il sert de soutien à la vigne, celle-ci produit un fruit plus abondant et meilleur, tandis que si elle rampe à terre son fruit est mauvais et peu abondant. L'ormeau, c'est le riche qui possède beaucoup de biens, dont il s'occupe au détriment du service de Dieu qu'il néglige. Qu'il vienne au secours du pauvre et lui procure le nécessaire, il trouvera sa récompense près de Dieu, parce que le pauvre a un grand pouvoir auprès de Dieu; le pauvre, secouru par le riche, intercède pour lui... (1) Dans la dixième Homélie in librum Jesu Xave (Blig., /■•. G., XII, col. 880), Origène cite et loue cette Similitude. 428 REVUE DE l'orient CHRÉTIExX. Nous voici parvenus au passage que contient le fragment de la Bibliothèque nationale. Pour permettre au lecteur de comparer le copte avec les versions latines, nous suivrons aussi fidèlement que possible le texte latin que F'unk a com- posé à l'aide de la Vidgate et de la Palatine (1). Les mots entre [ ] n'existent que dans le latin de Funk; ceux entre ( ), dans le copte seul. Les variantes qui ne peuvent être insérées dans le texte sont indiquées en notes. Les mots en italiques et entre [ ] correspondent aux lacunes des fragments coptes. A]vtO I L 2U)]b Un|[2HK6 e]BOA2ll | IITA6l]o un3:() |[eiG]. Avtu cvq|[a:]eK toiaiakoIiiicV gbo.v z\\ \ ovco- ovTii" I epe ijpcuue tre ueeve :x€i | THirreAOA iibctatg KAp|n()c GBOA* Av|co iiceeiLin au | ovAe iiceiioi | an Xii epe TU I Tne etoov ] eviiTe reriTelAeA iioov :l^jao| CAii^ iiTBa)|ije\ooAe' TB(o|iieA()()A(3 eio|u)(; eActniie | iiovuoov e|iiA."ja)q iyACjI'h KApiux; (îiiav 1 2Apoc un Te InTeACA* TAi I T(; oe iiiieHJKe ev^AMA I (b) z\ lipUllAO ekpAi en3:oeio* | ce:^toK iiTev|unTpmiAo | eBOA" iipiiuA|() ecoov evf ii|iietiKe iineJTovAyjtj evrtoi" iineveiiT* ee[o cre iikoiikuIiioc iiiieGiiAv| ec|)toB iiaikai loir iieTeilpe cre huai u|niiovT(3 iiAJKAAq iictuq | AU . AAAA qiiA|,"j(()iie eqceuTT eiijvcnltoue iiiieTo|ue" iiAiATov I iiiieTec)vii|TAV e veille xg \ ijtavaav iipu |uA() ïiT(){)TC| I uiiA'oeie ■ iielriiAeiiie l'Ap | eiiAi'(|iiAAi [akoiii uua|i-a()()ii : 7 [Et clives simili ter divitias, quas accepit a Douiino, sine hœsitatione prœstat pauperi. Et hoc opus magnum et acceptimi apud Deum, quia intellexit de divitiis suis] et ex Domini donis opus fecit in pauperem et recte impie vit (hoc) ministerium TDominil. (1) Funk, op. cit., p. 445 et siiiv. Nous n'avons pu nous procurer l'ouvrage de Drcssel {PP. aposi. Opéra, Leipzig, 1897] qui contient le texte de la version Pala- tine. Le latin de l'édition de Funk ressemble davantage au copte que celui de l'édition de Gebhardt et Harnack, c'est pourquoi nous le suivons de préférence. FRAGMENTS COPTES d'iIERMAS. 429 8. Homines igitur cogitant qiiod ulmus non spargit frucéum (1), nesciunt neque intellegunt qiiod, cian cœlmn non pluerit (2), ulmus solct nutrire aqua (3) vitem [et] vitis (etiam ipsa) niultam (4) liabens aquam cluplum solet dare (5) fruc- tum, [etj pro se et pro ulmo. Sic [et] pauperes orantes 68. b. ad Dominum pro divitibus augent divitias eorum, [et] iterum] divitis (ipsi etiam) pauperibus clantes quœ cupiunt (6) replent corda sua (7). Fiunt igitur (8) ambo consortes operis justi. HiPC igitur qui facit (Deo), non derelinquct (9) (eum), sed erit inscriptus in libro (10) viventium. 10. Beati, qui habent, scientes quod a Domino divites facti sunt (11); qui enim hoc scierit(12), niinistrabit bo- nuni (13). M A pA BOA H : A | (vei'SO, a) Jgo| aqTOVOI eeCiix'^JHII eilA^LU \o'r 6UII (FtUliG I II2HTOT ' AAAA | eVO liée 1111(3x1 ^ovojov IIIIA2PAI ne ' eiievleiiie l'Ap ik; | iiiie'repHV I Tupov ' iie3^A(| I MAI ::ve kiiav eliiei;'jnii * iiel^^Ai iiAq XG +|iiAV epoov ii|3:oeie eveiiie | imeveqHV ] Avto er^ovlcooV AqoTCjul^iB eqxco ij|uoc mai y.G iie| i^Hii eTKiiAV I epoov ne iierlovH? THpov j eu neiAKoii ' 1 riexAi iiac| :\e | ii:2ïoeic ' eTJBe ov eeo iioe I iiiieT^ovcolor Avto eeeilne iiiieveqHV" | se (I) Apud homines igitur iihaus non videtur l'ructum forro. L. [i) Cuiii siccitas fuerit. L. (3) Nutrit. L. (4) Perennem. L. (5) Dat. L. (6) Necossaria porrigentes. L. (7) Animas suas. L. (8) Ergo. L. (9j Derelinquetur a Deo. L. Dans le copte, le sujet de dcreUnquel est certaine- ment Deus sous-entendu. (10) Libris. L. (II) Et inteliigunt... se locupletari. L. (12) Hœc sentit. L. (13) Poterit aliquid boni operari. L. 430 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. ijAiKdioc I (b) n6[xAqovoii2] I eBo[\ au ottg] [ iipeq [piJOB6'] I c\\\c\ C6[6iiie] I iiii6TepH[v] | neiiVicoii r[Ap] I Tenpto ijiiiv[i]|KAioc Te avco | iiceoToiie | 6bo\ au evov|H2 un iipeqlpiioBe ' iioe | iiTenpo e^ape | iix'Jhii TiijpoT KAlnevToIoBeq|iic66i|iie iiiievHpuv | iice- TUOTOJIie 6BOA XG A^ | 116 II6T()II2 H IIGT^MOTCO |ov TAi Te oe eu nei|KeAiUJu uceovo|u2 eBOA au utri uai |kaioo ovTe upeqIpuoBe . aaaa [ ceeiue uuerlepuv : riApABOAu : K SIMILITUDO IV (1) 69. a. Ostendit mihi arbores multas qua? folia non habebant, sed velut arida? esse mihi videbantur; omnes enim similes (ad invicem) erant. [Et] dixit (2) mihi : Videsne has arbores? Di.ri ei (3) : Video, domine, similes (ad invicem) eas [esse] et aridas. Respondit, dicens (4) mihi : ^œ arbores, qiias vi- des, ii sunt qui in hoc saîculo degent. 2. Dixi ei : Domine, quare [igitur] (5) velut arida? sunt et (ad invicem) similes (sunt)? Quoniam, inquit, neque justi 69 b. manifestantur neque peccatores [in hoc sœculo], sed similes sunt (ad invicem); hoc enim saîculum justis hiems est, neque manifestantur cum pec- catoribus habitantes. 3. Sicut [enim] hieme arbores (omnes) soient deponere folia sua (6) similes sunt (ad invicem) ne- que apparent (7) qua3 vivœ (8) sint aut [quaî] aridœ (9), ita in hoc saîculo non manifestantur [nec] justi nec peccatores, sed [omnes] similes sunt (ad invicem). (1) III. L. Origène cite cette Similitude et la suivante. In Mallli. xxiv, Migne, P. G., XIII, col. 1683. Cf. ci-dessus. (2) Dicit. L. (3) Video, inquam. L. (4) Respondens, ait. L. (5) Quare igitur, inquam. L. (6) Abjectis foliis. L. (7) Apparet. L. (8) Aridœ. L. (9) Vivœ. L. FRAGMENTS COPTES D'hERMAS. 431 SIMILITUDO V La cinquième Similitude (suivant la version copte) présente comme figure des arbres verdoyants et des arbres secs. Les premiers représentent les justes qui au siècle à venir donneront leur fruit, comme les bons arbres le donnent en été ; les autres sont les Gentils et les pécheurs qui seront brûlés comme du bois, ceux-ci parce qu'ayant péché, ils n'auront pas fait péni- tence; ceux-là, pour n'avoir pas connu leur créateur. Le Pas- teur indique à Hermas ce qu'il faut faire pour porter du fruit et termine en disant : |[ob]I ...[ii]ap iiai iiaf- | KApnoc : 72. a. [Quicumque] haec fecerit, fructum feret. napABOAH : fC [ eiiiHcreve Av|to eieuooo eilxii OTTOOV ei^JlieilOT I IITU H^kOeiO I 6TBe eojB liiu I 6iiTAC|AAV MAI' 1 AiiiAV ennoiIuHii 6q2iioloo eiTovtoi eqxui mai iimai [ xe a2p[o[k akIgi 6ne[iu]A ij|^cop[ii * njexAi I xo n[3:oeiG xg] ovItai ii[otgt]ati [ton] 1 oc* I V I Il I G I c I il manque 6 lignes (b) xe- nxoeic eiliiHCTere ii|TA2e e^AïAAG" 1 iiGXAq XG iiTelriicoovii AU I iiiiHCTeve | UnilOVTG AvlcO II TAI Ail TG | TIIHCTIA e[T]IllOqp6 eTeTiiIiiHCTere u|uoc iia(|* nej^JAi xg riacoic. | exBe or KXiii I UHAi • nexAq | :xe fxtu uuoc | iiak xg ii tai Ali T6 TIIHCT||a eT6TII II H|cT6Ve LlliOO* | AAAA AIIOK -flIAlTAUOK XG A^J | T6 TIIHCTIA | fîT^HII AV«) | GTXHK eBOA | un3:[o6ic neJIxAi [luvq iixoJleic k[iiap uuoi] 1 ovua[kapioc ] I e | il manque une seule ligne 1 (verso, a) eT^ynii urix[o]eic * iiea^Aq x[g] \ cujtu uniioTJTe ove>y iihc|tia ah iitgi26 | ec^oveiT " | eKiiHCTere 1 ivvp irreiee | [ujniiovre iir|HAp aaav ah IlIzUUB llAIKAIo|cTIIH* IIHCT6vIe A6 UIIIIOVT(; | IIOVHHC- TiA I iiTetuiiiCi* I unpp iieeoov iiaaat eu ueKitoiie' 432 REVUE DE l'orient ciirétiex. AAAA Api I 2U2AA lin:Xo|6IC ?ll ()V2IIT | eqTBBHV lll"l eApee niieiie|TOAH kliooI^g eu ii6qov|62CA[2iJ(i ii]tvq 1 IITCî AAAV lll[6niOv]uiA GC [ [? ] G 62 1 IIGIv?] [ht...... I (b) xe eK^AiiIp haï iirp2o|T(3 '2utc| iii-c3p | KpATere u|uok e2ct)B | mu eeoov* | kii Atone i:ii ] nilOVTG * IIAI I 1 eK^AIIAAT. ] KIIAp OVIIOCr | llllllOTIA ecl^HH LilIXOlC" I ClOTU 6TGl|ri ApABO AH nj-f H A3i:00(i HAK I eT[Hll] 620VII | eT[llH]oTIA : | [hapab]()ah : ï. I e tg 1 — o... ] ^g il man- que plusieurs lignes. SIMILITUDO VI (1) I. Jejunans et sedens in monte quodam [et] Domino gratias agens pro omnibus (rébus), qua3 fecit mihi, vidi (2) pastorem sedentem juxta me [et] dicentem (IkTc mihi) : Cur tu (3) [tam] mane hue venisti? Quia, inquam, domine, stationem habeo. 2. [Quid est, inquit, statio? Jejiino, inquam, domine]. Jeju- niwn auteni, inquit, quid est hoc, quod jejunatis?] 72. b. Sicut soleo (4) id facere, [inquam,] domine, [sic] jejuno. 3. Nescitis, inquit, jejunare Domino, neque hoc est jejeunium utile (5), quod jejunatis ei. Quare, inquam. Domine, hoc di- cis? Dico tibi, inquit, hoc non est (6) jejunium, quod [vos] jejunatis (7); sed ego te docebo, quid sit jejunium acceptum et plénum (8) Domino. Et (9) dixi ei : Felicem me faciès, domine, si sciero quod jejunium] 73. a. acceptum [sit] Do- (1) Y. L. ■ (2) Vidoo. L. (3) Quid. L. (4) Solebam. L. (5) Neque jejunium est hoc inutile. L. (6) Esse. L. (7) Putatis jejunare. L. (8) Plénum et acceptum. L. (9) Et dixi ei... acceptum Domino se lit dans le copte et dans la version pala- tine; ces mots se trouvaient donc dans le texte original et ont disparu de la plupart des copies pour des raisons d'homothétie. FRAGMENTS COPTES d'HERMAS. 433 mino. Audi, inquit. 4. Deus non vult ejusmodi jejunium inane; sic enim jejunans Deo nihil operaris (1) justitia'. Jejuna autem Deo jejunium hujusmodi : 5. nihil mali agas in vita tua sed (2) servi Domino in numdo corde; serva ejus man- data ambulans in pra^ceptis ejus [et] nihil concupiscentia' )nalœ ascenclat in corde tuo; [crede autem Deo\. 73. b. quod, si haîc feceris et eum timueris abstinuerisque ab omni malo negotio, vives Deo ; [et] si ha^c feceris, magnum faciès jejunium acccptuin (3) Deo. II. Audi similitudinem (hanc), quam tibi dicturus sum, spectantem ad jejunium. SLMILITUDO VII C'est à tort que le copte introduit une division en cet en- droit; ce qu'il présente comme formant la Similitude VI n'est que l'introduction à la parabole, où le Pasteur met en scène un riche père de famille qui ayant planté une vigne promet l'affranchissement à un esclave fidèle, s'il la cultive bien. Les résultats sont excellents. Le maître fait alors venir son fils et ses amis, leur raconte ce qui s'est passé et, du consentement de son fils, attribue une part de son héritage à son ancien es- clave. Après cette parabole seulement, viennent encore trois autres Similitudes et enfin la dixième et dernière qui sert d'épilogue. Arrivé à la fin de ce court travail sur la traduction copte- sahidique du Pasteur d'Hermas : nous espérons qu'il fournira une contribution nouvelle à l'histoire de la diffusion de cette œuvre célèbre du premier siècle de l'ère chrétienne. Nous avons placé nos courts fragments dans leur cadre en donnant une brève analyse de l'ouvrage afin de mettre notre article à la por- tée de tous les lecteurs. Paris, novembre 1905. L. Delaporte. (1) M. à m. : faciès operis. (2) Et. L. (3) Acceptumque. L. OillENT CnRÉTlEN. 28 MÉLANGES I XpjffavOc; 5 a5-opt(ô--/]ç {HOC 1904, p. 456) = CHRYSANTHE LOPAREV M. Grégoire, dans la Bévue de rOrient Chrétien (1904, p. 456), a consacré une demi-page à une note qu'il était le premier à relever sur le ms. de Gênes n° 33, du x' siècle. Cette note : « Chrysanthe le Sibériote, au mois d'août (902) » l'amenait à se demander si ce Chrysanthe n'aurait pas été de Sévérias en Cappadoce et n'aurait pas possédé ce ms. au IX' siècle. Il s'ensuivait que le ms. devait être vieilli d'un siècle et reporté au ix". Le Père Aurélio Palmieri a résolu cette difficulté avec grande verve dans le numéro du lundi 24 juillet 1905 du journal de Gènes // Cittadino. L'auteur de Finscription est Chrysanthe Loparev, attaché à la Bibliothèque de Saint-Péters- bourg et membre de la Société d'ancienne littérature slave de la même ville. La bibliothèque de Gènes lui a confié le ms. 33, vers l'an 1900, et il a eu la déplorable idée de mettre son nom en termes énigmatiques à la fin d'un manuscrit qui ne lui appartenait pas. Nous publions cette note pour ne pas laisser croire aux lecteurs de VOrient Chrétien que le point d'interrogation posé par M. Grégoire subsiste toujours et pour leur épargner en con- séquence les efforts d'imagination qu'ils pourraient faire pour résoudre, eux aussi, ce problème; mais, à un point de vue plus général, nous voulons surtout montrer combien l'interpréta- MÉLANGES. 435 tion des notes ajoutées sui- les manuscrits offre de difficultés si ces manuscrits ont passé par les mains de lecteurs facétieux ou peu respectueux de la propriété d'autrui. X. II LETTRE DE S. B. W' RAHMANI AU SUJET DE LA PUBLICATION DE LA CHRONIQUE DE MICHEL Dans le Journal Asiatique (mars-avril 1905, p. 260), M. Tabbé Chabot écrit « qu'on ne possède plus (à Mossoul) de traduction arabe de Michel depuis que le ms. Orient. 4402 a été apporté au British Muséum » et ajoute la note suivante : « C'est du moins ce qui m'a été assuré pai* divers correspondants intelli- gents et instruits, et notamment par feu M^" Khayyath, patriarche des Chal- déens, qui a bien voulu faire rechercher pour moi, pendant plusieurs an- nées, soit le texte, soit la traduction de Michel, à partir du moment où W Rahmani s'abstint de répondre aux lettres qui lui furent adressées par la Société Asiatique pour lui rappeler ses engagements relativement à la publication de la Chronique. Comme j'avais été l'intermédiaire des négocia- tions entre ce prélat et la Société, je me crus obligé de réparer la décep- tion causée parle manque de parole d'un évêque dont j'avais fait les plus grands éloges; et, lorsque je fus enfin en possession d'une copie de la Chro- nique de Michel, je m"empressai de l'offrir à la Société, qui n'a pas cru à ce moment pouvoir se charger de sa publication. » Cette note, à côté de la grave imputation d'avoir « manqué de parole », renferme quelques passages plutôt gais pour qui connaît les acteurs. Pour apprécier la phrase : « un évêque dont j'avais fait les plus grands éloges », il faut savoir que M. l'abbé Chabot, arrivé depuis peu du diocèse de Tours à Paris ou aux environs, y avait une situation assez précaire, tandis que M°'" Rahmani, qui écrit également bien en français, en arabe, en latin, en syriaque et en italien, était évêque d'Alep et en passe de devenir patriarche. Le protectorat^ on le devine déjà, était donc en ordre inverse. « Je m'empressai de l'offrir à la Société » ; il faut lire : « je m'empressai de demander de l'argent pour que je pusse faire photolithographier le texte ». 436 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. La Société Asiatique récusa cette charge et ce fut l'Institut qui l'assuma. Enfin « j'avais été l'intermédiaire entre ce prélat et la Société >■>, signifie que M. fabbé Chabot, membre, comme bien d'autres, de la Société, s'imposa comme intermédiaire ainsi qu'on va le voir et — d'après les résultats — sembla dire : « Ou vous accepterez mes conditions, ou je commencerai par vous déconsidérer en disant que vous ne faites rien et ne pouvez rien faire (nous-même avons été jadis trompé ainsi), et en- suite je vous supplanterai ». Cette note a eu le grand avantage de décider M"^ Rahmani à intervenir et à mettre par écrit une partie de ce qu'il nous avait dit à l'un de ses passages à Paris. Nous sommes heureux de donner à nos lecteurs la primeur de cette lettre adressée à M. le Présidentdela Société Asiatique (cf Journal Asiatique, X" série, t. VI, p. 384), pour fixer un point d'histoire et compléter ce que nous avons esquissé l'an dernier {ROC. 1904, p. 287-288). F. N. _.,.*, • ' .1 r Bcvroutli, le -22 août 1905. Patriarcat sjrien catholique d'Antioche. Monsieur le Président de la Société Asiatique, Je viens de prendre connaissance de la note insérée par M. fabbé Cha- bot dans le numéro du Journal asiatique mars-avril 1905, page 2G0, note 2, où il est question de mon nom au sujet de la Chronique de Michel, le célèbre patriarche jacobite. Il importe de ne pas laisser M. Chabot me calomnier publiquement après avoir abusé de mon amitié pour m'enlever par des moyens peu loyaux rhonneur de la publication de ladite Chronique que j'avais découverte. Il faut rétablir les choses dans leur véritable état : M. Chabot persiste à nier l'existence à Mossoul d'un exemplaire de la version arabe de la Chronique de Michel : or le contraire est certain, étant donné que l'exemplaire dont il est question se trouve jusqu'aujourd'hui en possession de son propriétaire, la famille Abdounnour (.jÀJl J-^^). J'ai transcrit de ma main le susdit manuscrit il y a déjà fort longtemps (1). (1) Nous croyons savoir que cette transcription laite de la main de M*^'' Rah- mani se trouve à la Bibliothèque Vaticane, à la disposition de tous les savants. Nous signalons en passant ce service rendu à la science par l'ëminent prélat. [F. N.] , MÉLANGES. 437 Plus tard, précisément en 1888, j'ai découvert à Kdesse le texte syriaque de la même Chronique et m'en suis procuré une bonne copie que l'an- née suivante j'ai prêtée à M. le professeur Ignace Guidi, de Rome, qui l'a eue chez lui pendant presque un an. On ne peut donc pas m'accuser d'a- voir voulu cacher un si important document. Peu de savants, je crois, ont montré autant de désintéressement que moi en cette occasion. J'entendais seulement me réserver r/tonnenr de publier moi-même le Icxie syriaque. A mon passage à Piiris, pendant l'été de 1893, j'ai été accablé par les assi- duités de M. l'abbé Chabot; je n'ai pas vu de suite qu'il en voulait seule- ment à ma Chronique. Ayant eu l'occasion, quelques semaines auparavant, de voir pour la première fois M. Chabot à Jérusalem où je me suis trouvé pour le Congrès eucharistique, et ayant lu depuis lors ses travaux sur Mar Isaac de Ninive et Mar Bassus qui laissent tant à désirer, je ne pou- vais pas, ainsi qu'il le convoitait, me l'associer pour la publication de la Chronique de Michel. Afin de favoriser cependant M. Chabot dans ses études du syriaque, je n'ai pas omis, selon sa prière, de le recommander chaleureusement à l'ar- chevêché de Paris. 11 m'a même supplié d'aller avec lui à Tours pour lui obtenir les grâces de son évoque ordinaire. Il est étonnant et fâcheux à la fois de voir M. Chabot me récompenser de ces faveurs en m'accusant d'avoir manqué de parole envers la Société Asiatique au sujet de la pu- blication du texte syriaque de la Chronique de Michel. La vérité est que M. Chabot m'a développé divers plans de publica- tions et, tant que j'ai cru qu'il agissait en ami, je l'ai laissé parler et agir. Mais je n'ai pris d'engagement avec personne. Le jour oîij'ai vu claire- ment que M. Chabot voulait me priver de l'honneur de la publication que je m'étais réservée et qui devait paraître en mon nom seul, j'ai cessé de lui répondre. J'étais à la veille d'achever la revision de presque la moitié du texte de la Chronique, espérant le publier à l'Imprimerie que je comptais fonder — et que j'ai fondée depuis — grâce à la générosité du gouvernement fran- çais, quand, à l'improviste, M. Chabot arriva à Alep, dans le dessein d'ac- caparer la Chronique bien qu'il indiquât un tout autre but de son voyage en Orient. Pendant son court séjour à Alep, il a même été mon hôte, m'a baisé la main et m'a demandé des lettres de recommandation pour mes amis d'Edesse. Il s'est procuré a grand prix d'argent une copie du manuscrit dont j'avais moi-même la copie et a commencé sa publication grâce au concours de l'Institut, pendant qu'avec mes seules ressources j'en préparais pénible- ment la publication de mon côté. J'ai depuis publié d'autres ouvrages inédits, car il en restera longtemps encore pour occuper les forces de tous les savants honnêtes sans qu'ils risquent de se gêner. J'ai publié le texte syriaque du Testamentum D. N. J. C. (I), les Actes de Gurya et Schamona (2), un volume de Sludia sy- (1) Avec traduction latine et prolégomènes, Mayence, 1809. {i) Rome, 1899. 438 REVUE DE l'orient CHRETIEN. rkica (1), un volume û!Une chronique inédile (2); deux autres ouvrages également inédits sont sous presse. Ces publications suffisent à montrer que j'aurais pu aussi publier la Chronique de Michel si M. Chabot, par les moyens peu convenables dont il s'est servi, ne m'en avait empêché. J'ai conservé le meilleur souvenir des savants italiens et français que j'ai rencontrés dans mes voyages et de la Société Asiatique en particulier qui a bien voulu m'offrir ses bons offices. J'ai eu le regret de ne pouvoir les accepter dans les conditions où M. Chabot me les faisait offrir : mais je n'ai pas maïKiué à ma parole puisque je ne l'ai pas donnée, bien que M. Chabot ait voulu me l'extorquer. Je vous prie donc, Monsieur le Président, ainsi que toute la Société Asiatique, d'agréer Tassurance de ma considération la plus distinguée. Ignace Ephrem Rahmani, Patriarche des Syriens calliolii|ues. (1) Cf. ROC. 1904, p. -281, etc. (2) Cf. infra, p. 439-440. BIBLIOGRAPHIE M^'' Rahmani. — Chronicon civile et ecclesiasticum anonymi auctoris quod ex unico codice Edesseno primo edidit... typis patriarchalibus Sy- rorum in seminario Scharfensi, in monte Libano 1904, 4", vii-144 pages (texte syriaque). Mg"" Rahmani, patinarche des Syriens catholiques, nous apprend dans sa courte introduction qu'il a découvert la présente chronique à Constanti- nople en 1899. Le manuscrit, d'origine édessénienne, semble être du xiv siècle. 11 est incomplet, mais quelques feuillets ont été rétablis de seconde main. — L'auteur est originaire de la Mésopotamie, et peut-être d'Edesse même; il était à Jérusalem en 1137, au moment où Saladin vint d'Ascalon pour attaquer cette ville, et vécut sans doute jusqu'au commencement du xiii" siècle. C'est donc un contemporain de Michel le Syrien. Les deux Chroniques ont souvent des sources communes, mais sont cependant indé- pendantes l'une de l'autre, car non seulement les rédactions sont diffé rentes, mais presque toujours l'une complète l'autre en ajoutant des détails particuliers. Cette chronique complétera donc celle de Michel et sera d'un grand secours pour la recherche de ses sources. Dès maintenant on peut affirmer que les parties imprimées en gros caractères dans la traduction de Michel ne sont pas une rédaction personnelle à l'auteur, mais ont été transcrites par lui sur un auteur antérieur aussi bien que les par- ties imprimées en petits caractères, car des fragments des unes et des autres se retrouvent dans la chronique anonyme. Au point de vue matériel on peut relever quelques petites fautes d'im- pression : quelques lomads écourtés sont devenus des aïns, p. 3, der- nière ligne, p. 126, avant-dernière ligne, p. 132, ligne 13. On trouve, p. 136 jx> pour f>, p. VII w^ pour ^, et surtout, au commencement de l'ouvrage, les typographes ont employé la lettre double i>^ au lieu de^, etc. Ces petites fautes, qui ne nuisent pas d'ailleurs à la lecture de l'ouvrage, sont inévitables, si l'on songe que l'imprimerie a été créée par Ms"" Rahmani lui-même et que la composition de l'ouvrage ])ar des typographes impro- visés a dû aussi être quelque peu hâtive, car nous avons eu occasion, en 1903, d'écrire à M-'' Ralimani que l'on commençait à connaître la prove- 440 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. nance de sa seconde Chronique et à savoir que le manuscrit original était à Constantinople. Nous l'engagions donc à en publier vite une portion, sinon, lui disions-nous, certain orientaliste apprendra où se trouvées ma- nuscrit comme il a appris jadis où se trouvait le manuscrit de Michel (1), et il sera tenté de nous donner une troisième édition de sa trilogie : « 1" Ms'' Rahmani n'a rien fait, ne fait rien; 2^ M^'- Ralimani est incapable de faire quelque chose; 3" Moi, par contre, avec les subsides d'une société savante ou d'une personne charitable, je vais... prendre sa place » (2). M^"" Rahmani n'est donc hâté de publier un premier volume. Nous tradui- sons pour qu'on puisse le comparer à Michel (11, i;i, 350), le récit de l'ar- restation de Mondar, roi des Arabes : 5Iagnus lo Sj'rien, curateiii', qui était ami do Mondar, promit à l'empereur de l'arrêter. Comme Magnus liabitait à Édesse, il prit le ciiemin de la Syrie. Quand il fut arrivé, soi-disant pour prendre des bains, aux (eaux) chaudes qui sont près d'Émesse et quand il fut descendu au village, après (quelques) jours, il fit dire à Mondar : <• .Je suis malade; je veux te voir. J'admire ton amitié! Voilà longtemps que je suis ici et tu n'es pas venu me voir! » — A la lecture de sa lettre, Mondar se dirigea vers lui et lui porta de gi'ands présents. Il vint avec peu 'd'hommes parce que tous étaient éloignés les uns des autres. Quand Magnus apprit qu'il était en route pour venir le trouver, il quitta le village et alla de- meurer à Émesse. Mondar arriva au village, et ne le trouvant pas, alla à la ville. (Magnus) sortit au-devant lui, le reçut avec joie et honneur, lui donna un hôtel et dispersa par la ville les hommes qui l'accompagnaient. Quand Mondar vint au dîner, Magnus plaça des hommes qui le saisirent, le chargèrent de chaînes et le livrèrent au duc de la ville pour (ju'il l'envoyât à l'empereur à la ville impé- riale. Nombreux sont les passages où cette Clironique anonyme complète ainsi celle de Michel. L'une semble donc le complément nécessaire de l'autre. F. Nau. Dom CUTHBERT BuTLER. — The Lausiac history of Palladius, II (t. V, n" 2, des Texls and Studies de i. Armitage Robinson), Cambridge, 1904; 8", civ-278, pages. — 10 sh. 6 net. De D'" Ehrard, dans la Byzantin ische Lilleratur de M. Krumbacher, ré- clamait surtout, dans le domaine de l'hagiographie, une édition critique de l'histoire Lausiaque de Palladius. Dom Butler, depuis de longues an- nées, s'est appliqué à ce travail dont la première partie (Cambridge, 1898) a été annoncée en son temps dans la ROC. La seconde partie que nous annonçons aujourd'hui comprend une lon- gue introduction consacrée aux manuscrits et aux versions de Pallade, à (1) La première chronique découverte par M=" R. et celle deiMiclicl le Syrien. Cf. supra. (■2) La première édition de celte trilogie est l'iiistoire de la publication de la Chronique de Michel (supra, p. 435) et la seconde (revue etaugmeiuée) est l'histoire de la fondation du Corpus, comme nous espérons trouver l'occasion de le raconter un jour. BIBLIOGRAPHIK. 141 leur classification et à la description plus détaillée des manuscrits em- ployés dans l'apparat critique. Vient ensuite le texte grec tel ([ue Dom Butler a été amené à le reconstituer, puis des notes critiques et histori- ques, des appendices sur la chronologie de la vie de Pallade et les sour- ces de ses écrits ; et cinq tables des choses, des citations de r]']criture, des noms de personnes, des noms géograpliiques et des mots grecs intéres- sants au point de vue de l'usage monastique ou ecclésiastique, de leur dé- rivation du latin, ou de la linguistique. La grande difficulté de ce travail provenait de Timmense diffusion qu'eut en tout temps Thistoire Lausiaque. Les innombrables copistes qui durent la reproduire, entassèrent donc, suivant leur habitude, les fautes sur les fautes et de plus, lorsque le manuscrit leur appartenait, ajoutèrent des histoires analogues provenant par exemple de Rufin ou de Moschos ou supprimèrent des anecdotes ou même donnèrent une rédaction diffé- rente en intercalant des explications ou même en fondant ensemble plu- sieurs récits analogues. Il fallait d'abord coUationner les manuscrits pour les partager en fa- milles, puis reconnaître quelle famille avait le plus de chance de reproduire le texte primitif. Dom Butler a collationné quarante-sept manuscrits qu'il a partagés en- trois groupes principaux dont l'un (G) est plus simple, moins chargé de rhétorique et par suite plus court, le second (B) est plus long et figure dans toutes les éditions précédentes, enfin le troisième (A) est une combi- naison en proportion variable des deux premiers. Il était donc tout désigné de reproduire le texte G (1) et de donner dans l'apparat critique les va- riantes du groupe B. L'auteur a cité aussi les passages parallèles de So- zomène et a tenu compte de toutes les versions. Son travail s'annonce donc bien comme devant répondre à toutes les exigences (2). F. N\u. A. M ALLON S. J. — Grammaire copte, avec bibliographie, chres- tomathie et vocabulaire, 8", .\iii-233 et 148 pages, 4 planches; Bey- routh, imprimerie catholique, 1904 (Paris, Picard). La présente grammaire est nécessaire et suffisante pour tout élève qui commence le copte. Je ne dirai pas qu'elle est seule écrite en français, car un étudiant doit pouvoir utiliser une langue étrangère, mais je puis dire qu'en dehors de grammaires trop vieilles, elle est la' seule consacrée, sous forme accessible aux commençants, à l'important dialecte de la Basse- Egypte. D'autres en effet sont plutôt consacrées au sahidique ou — comme la grammaire de Stern que nous possédons — ne peuvent être mises entre les mains des commençants dont la naissante ardeur se brise devant les pages massives hérissées de trop de science. L'addition d'une chrestomatie et d'un lexique fait de cet ouvrage un (I) D'après un manuscrit de Paris et un manuscrit d'OxIorcl. ("2) .'^u lieu de Sarapion etZacharie(p. -î") il laut lire Carion cl Zacharie. Cf. nu/jra p. -209. 442 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. tout complet ou, comme récrivent les Allemands, un manuel pour le selbststudium, où chaque élève peut, à peu de frais, mesurer ses forces et voir s'il peut continuer ses études dans cette direction. F. Nau. Le P. Constantin Bâcha. — I. L'ancienne version arabe du traité du sacerdoce de saint Jean Chrysostome, 207 pages. — II. Le texte arabe de neuf traités de Théodore Abou-Kurra, évêque de Harran, 8", 200 pages, Beyrouth, 1904. — III. Un traité des œuvres arabes de Théodore Abou-Kurra, publié et traduit en français pour la première fois, 8", 47 et 33 pages, 1 fr. 50. — Chez l'auteur, à l'évêché grec catholique de Tripoli de Syrie ou à la librairie Leroux, à Paris. Le P. C. Bâcha qui est — on le voit par ses derniers ouvrages — un des auteurs orientaux les plus féconds, a édité l'ancienne version arabe du traité du sacerdoce, faite parle prêtre moine Jean surnommé Joanikios. Il a utilisé un manuscrit daté de 1558 qu'il a corrigé, d'après la traduc- tion française de l'abbé Bareille, et a ajouté en appendice la version arabe de deux autres liomélies de saint Jean Chrysostome, l'une sur ceux qui ne viennent pas aux saints mystères et ne s'approchent pas de la sainte table, la seconde sur la sainte Cène, la communion pascale et le lave- ment des pieds des apôtres. Le P. C. B. a édité aussi pour la première fois neuf traités et une lettre dogmatique de Théodore Abou-Kurra, Cet ouvrage tout en arabe est accessible à peu d'Occidentaux, mais le P. C. B. leur a rendu le ser- vice de rééditer à part l'un de ces traités en raccompagnant d'une traduc- tion et d'une introduction sur la vie et les œuvres de Théodore qui com- prend en particulier l'analyse des neuf traités et de la lettre publiés en arabe, dans l'ouvrage susmentionné. Nous avions demandé à l'auteur de rédiger cette notice sur la vie et les œuvres de Théodore pour les lecteurs de la Revue de rOrienI Clirétien et nous avions donc toute permis- sion de la publiera nouveau, mais le prix modique (I fr. 50) de l'ouvrage qui la contient décidera sans doute nos lecteurs à l'acheter, il est donc inutile d'en donner ici un extrait . F. Nau. Livres nouveaux. I. Le P. Barnabe Meistermann 0. F. M. La ville de David, 8*^, xxvi- 248 pages. Picard, Paris, 1905, 5 francs.' Disons immédiatement pour montrer l'importance de cet ouvrage, que les diverses destructions et reconstructions de Jérusalem ont rendu diffi- cile la localisation des diverses parties de l'ancienne ville. Il n'y a pas moins de neuf théories topographiques sur l'emplacement de « la ville de David », c'est-à-dire de la cité jébuséenne de Sion dont David fît sa capî- BIBLIOGRAPHIE. 443 taie et de dix-neuf au sujet du site de Mille ou de la ville basse. Cette diversité, dit le P. Barnabe, n'a pas de quoi nous surprendre : «e Qui entre- prend des fouilles dans un endroit quelconque de la ville obéit, parfois, à une préoccupation. Ses études l'ont amené à un résultat qu'il veut contrôler. Aussitôt il creuse et il cherche là où, selon la lecture des textes, doit se trouver un mur, un canal, un escalier, etc. Quelle tentation dès lors à avoir dans la moindre trouvaille la confirmation de son hypo- thèse! C'est pourquoi les découvertes archéologiques soulèvent sou- vent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent ». Le P. Barnabe tient pour l'opinion traditionnelle qui place <( la cité de David » sur le plateau actuel de Sion; à l'aide de la Bible, de Flavius Josèphe et des témoignages plus récents il passe en revue les arguments bibliques et archéologiques mis en avant pour localiser ailleurs la ville de David et montre que le site traditionnel satisfait mieux que tout autre aux données du problème. II. Rev. G. U. Pope, M. A. A catechism of Tamil grammar, S'\ 76 pages, Clarendon Press, Oxford, 1905. — 2 sh. net. M. G. U. Pope qui a déjà publiés The first catechism of Tamil grammar ; with an English translation by. D. S. Herrick, 8", 3 sh. », vient d'y ajouter une seconde grammaire telle qu'elle est en usage dans les écoles Tamou- les. Les titres seuls sont en anglais. Ce petit ouvrage contient, dit l'auteur, tous les éléments essentiels du Tamoul, tant vulgaire que classique. Il pro- cède par demandes et réponses (d'où son titre) et traite en quatre parties de l'orthographe, de Fétymologie, de la syntaxe et de la Prosodie. 111. P. Bedj AN, cong. miss. Lazarista. Homiliae selectae Mar Jacobi sarugensis, t. I, 8"^, xvii-840 pages, Paris, 1905. Jacques, évéque du diocèse de Saroug, né en 451 et mort en 521, a laissé surtout des homélies écrites en vers de douze syllabes. Bar Hébraeus, au xin<' siècle, en comptait 763. Il en reste près de la moitié dans les biblio- thèques syriaques de l'Europe. Le P. Bedjan emprunte à Jacques de Sa- roug l'épigraphe : « Seigneur, je ne cesserai pas de louer ta Divinité, de crainte que les pierres ne prennent ma place si je cessais », et publie en- suite 32 homélies choisies dont il traduit les titres (p. ix-.\ii). Jacques était un adversaire du concile de Chalcédoine, mais le monophysisme n'appa- raît pas du moins dans ses homélies, au point qu'on a pu longtemps le regarder comme un des rares écrivains syriens restés orthodoxes. En par- ticulier, dans trois homélies sur saint Pierre publiées par le P. Bedjan, il énumère avec force et abondance les prérogatives du chef des apôtres : Élève ta dcmouro sur ce fondement si tu es sage; Qui, en effet, supportera le poids de la maison, si ce n'est Simon. Si tu ne disposes pas sur cette pierre l'édifice de ta tente, Tu es en dehors de la maison, et où le maître te chercliora-t-il? Le volume se termine par quelques extraits de la Théophanic d'Eusèbe conservée seulement dans une traduction syriaque et par le récit de la 444 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. ruine de Jérusalem, d'après une traduction syriaque de Flavius Josèphe {De Bello judriico, VII, l-IS^i conservée dans un manuscrit de Milan du. vi*' siècle. La plupart des homélies de Jacques de Saroug sont publiées d'après les nombreuses reproductions des manuscrits de Londres et de Rome réunies à grands frais depuis plusieurs années par M='' Graffin. C'est un nouveau service que le distingué professeur a rendu aux lettres orientales et aux savants; ceux auxquels il a rendu service ne lui en ont pas toujours con- servé grande gratitude, mais du moins, dans le cas présent, comme l'écrit le R. P. Bedjan, « la participation à une œuvre éminemment apostolique sera la récompense des peines qu'il s'est données pour recueillir ce tré- sor *. Les textes édités par le R. P. Bedjan ne sont accessibles qu'aux orienta- listes, mais nous savons que M^"" Graffin, à l'aide de ses seules ressources, les a tous traduits ou fait traduire et compte les mettre à la portée de tous les lecteurs. Si quelques-uns trouvent que son œuvre n'avance pas assez vite, au gré de leurs désirs, il me sera du moins permis de leur demander leur concours. IV. A. Gartner. Théodore of studium. His life and times, 8". reliure toile, .\iv-284 pages. Ed. Arnold. Londres, 1905. — 10 sli. G net. M. A. Gartner vient de consacrer un beau volume à saint Théodore Stu- dite (759-826) dont une partie des œuvres (lettres, instructions, hymnes, controverses contre les Iconoclastes), forment un volume de la Patrologie grecque de Migne (Paris, 1860), tandis qu'une autre partie a été éditée de- puis par Mai et Pitra. L'auteur a su éclairer son sujet par l'étude de la topographie et de l'histoire générale. Il nous fait connaître le monastère du Studion qui a donné à Théodore le surnom de Studite. Il nous fait con- naître son emplacement et nous donne plusieurs photographies des cons- tructions qui en subsistent encore; il place de même son héros dans son cadre naturel en nous esquissant l'histoire de l'Orient (et même de l'Occi- dent) au vni'- siècle. Ce volume, comme l'indique le sous-titre, est donc bien l'iiistoire « de la vie de Théodore et de son époque ». L'ouvrage est rempli des luttes de saint Théodore Studite en faveur du culte des images et aussi en faveur de l'union des Eglises sous l'autorité spirituelle de Rome. Autour de ces sujets principaux roule toute l'histoire politique et ecclésiastique du vni^ siècle. L'invasion arabe qui enserre Cons- tantinople de plus en plus semble préoccuper les Byzantins beaucoup moins que les controverses théologiques. — En somme, le présent ouvrage, en mettant en relief les préoccupations et les luttes qui avaient cours au vme siècle autour de saint Théodore Studite, apporte une importante con- tribution à l'histoire et à la littérature byzantines. r.IBLIOGRAIMIIK. 445 y. M='' Addai Sciier, archevêque chaldéen de Séert. — Catalogue des manuscrits syriaques et arabes conservés dans la biblio- thèque épiscopale de Séert (Kurdistan), avec notes bibliogra- phiques, in-8", 100 pages, Mossoul, 1005. Dans cette brochure, M^'' Addaï Schernous fait connaître 13G manuscrits (123 syriaques et 13 arabes) qui proviennent du monastère de Saint-Jacques le Reclus, situé à une heure au sud de Séert. Ce monastère, où résidèrent les évêques de Séert et deux patriarches (\vi" siècle) compta beaucoup de manuscrits, un moine jacobite témoigne dans le manuscrit 56, qu'il y relia plus de deux cents volumes les années 1606 et 1608, mais la plupart ont été dispersés. Il reste encore 20 manuscrits de la Bible ; 1 1 de commen- taires sur l'Écriture; 27 sur sujets liturgiques; G de vies de saints, 7 de canons ecclésiastiques; 10 de sujets ascétiques, plus quelques ouvrages de théologie, de philosophie et de grammaire. Deux de ces manuscrits (82 et 109) ont donné l'occasion à My Addaï Scher de publier un ouvrage arabe sur VÉcole de Nisibe, son origine, ses règlements et ses hommes célèbres (8", 64 pages, Beyrouth, 1905). \l. D'' Stepu.an ScniwiETZ. — Das morgenlândische Monchtum, 1. 8", vni-352 pages, chez Kirchheim, Mayence, 1904. Dans ce premier volume, le D'' Schiwietz expose l'histoire de l'ascétisme durant les trois premiers siècles de notre ère et du monachisme égyptien au IV'- siècle. Les deux premières parties du volume (p. 1-225) ont paru de 1898 à 1903 dans Archiv fiir kat. Kircheurecht, il ne faut donc pas s'étonner si quelques parties ne paraissent plus au courant en 1904. Le mal, il est vrai, n'est pas grand, car l'auteur pourra toujours ajouter quelques appen- dices au volume suivant pour mettre le premier à jour. L'ouvrage dénote une grande érudition et l'auteur semble bien avoir pris à tâche de parcourir toutes les sources et toutes les dissertations simi- laires à la sienne qui lui étaient accessibles. 11 n'est pas tombé dans le travers assez répandu aujourd'hui qui cherche à vieillir le monachisme par delà notre ère. Car nos moines se distinguent nettement des ascètes qui ont pu exister ou qui existent dans d'autres religions par leur but qui est de réaliser l'idéal proposé aux hommes dans l'Evangile. L'Evangile en effet est nécessaire et suffisant pour nous expliquer la naissance et le dé- veloppement de l'ascétisme puis du monachisme chrétien. Chaque pays le réalisa d'ailleurs selon ses goûts, son tempérament et son climat. L'ou- vrage est précédé d'un imprimatur du doyen de la cathédrale de Mayence. Il traite même de toutes les questions connexes à la vie monacale, comme l'organisation des couvents et leur influence sur le développement de l'i- déal chrétien et sur les querelles dogmatiques, des relations des moines avec le clergé, etc. En somme, cet ouvrage rendra donc grand service à qui étudie d'après les documents, les débuts de l'ascétisme et de la vie monacale chez les chrétiens. VII. Jules Gay. — L'Italie méridionale et Tempire byzantin depuis l'avènement de Basile I" jusqu'à la prise de Barl par les Nor- 446 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. mands (867-1071), 8", xxvi-636 pages, Paris, Fontemoing, 1904 (Biblio- thèque des écoles françaises d'Atliènes et de Rome, fasc. 90). C'est encore à l'histoire byzantine qu'est consacré le présent ouvrage. Les historiens jusqu'ici avaient gravité autour de Byzance et de ses em- pereurs et avaient un peu négligé ce prolongement de l'empire grec que fut l'Italie méridionale. M. Jules Gay, avec grande érudition et sûreté de critique (l'index de ses sources occupe les pages xui-xxvi), s'est appliqué à combler cette lacune. Il consacre un premier livre à une étude d'en- semble sur l'Italie méridionale avant le règne de Basile I"" et encadre ensuite l'intrusion des Byzantins dans l'Italie méridionale, le développe- ment, l'apogée et le déclin de leur puissance dans ces régions entre la prise de Bari par les Francs sur les Sarrasins en 871 et la seconde prise de Bari par les Normands sur les Byzantins en 1071. Ces matières sont réparties, en vingt-six chapitres qui forment quatre livres : Livre II : La politique et la conquête byzantine dans l'Italie méridionale depuis l'avè- nement de Basile I'''" jusqu'à la victoire du Garigliano (867-915). Livre III : de Léon Yl à Nicéphore PJiocas (886-963). Livre IV : de Nicéphore Phocas à la mort de Constantin VIII (963-1028). Livre V : Le déclin de la domina- tion byzantine (1028-1071). Une table des noms propres et deux cartes com- plètent cet excellent ouvrage. VIII. F.C. CONVBF,.\RK et A. J. M.VCLE.VN. — Rituale Armenorum being the administration of the sacraments and the breviary rites of the armenian church together with the greek rites of baptism and Epiphany edited from the oldest mss and the East syrian epiphany Rites 8° re- liure toile, xxx-536 pages, Oxford, Clarendon Press, 1905. — 21 sh. net. Ce volume contient la traduction, faite par M. Conybeare, sur d'anciens Mss., des livres d'office de l'Église arménienne en dehors de ce qui con- cerne la liturgie de la Messe, car si le titre nous indique comme principal sujet : le Rituel Arménien, c'est-à-dire l'administration des sacrements et les diverses bénédictions, dédicaces et consécrations, deux appendices nous donnent la traduction du bréviaire, du lectionnaire et de l'ancien calendrier arméniens. Faute de pouvoir faire imprimer le texte, M. Cony- beare a donné à la Bibliothèque Bodléenne ses copies et photographies de Mss. pour qu'on puisse contrôler sa traduction. Le Rév. A. J. Maclean a ajouté la traduction des rites du jour de l'Epiphanie (6 janvier) chez les Nestoriens d'après un Ms. de la Propagande. Les anciens textes grecs occupent les pages 389 à 442. Enfin des glossaires, deux reproductions de Mss. et des traductions de pièces complémentaires destinées à illustrer la liturgie complètent ce volume. La notoriété de ses auteurs lui est un sur gage de succès. IX. Dom H. LeCLERCQ. — L'Espagne chrétienne, 8°, xxxv-396 pages, Paris, Lecoffre, 1906, 3 fr. 50 (Bibliothèque de l'enseignement de l'his- toire ecclésiastique). Le favorable accueil fait par le public à l'ouvrage sur Y Afrique chré- I51RLI0GRAPIIIE. 147 a'en»e publié l'année dernière parDomH. Leclercq a encouragé l'auteur et l'éditeur à nous donner un volume sur V Espagne chrétienne depuis l'intro- duction du christianisme jusqu'à la conquête de la Péninsule par les Mu- sulmans. Dom Leclercq nous présente un tableau polititiue et religieux de l'Es- pagne sur lequel se détachent des martyrs, quelques hommes remarquables comme Osius de Cordoue, Prudence, Priscillien, saint Isidore de Séville et les invasions germaniques. Les conquérants se convertissent au christia- nisme en 587 pour finir moins d'un siècle et demi plus tard sous les coups des Arabes. Dégagée de tout appareil d'érudition, écrite avec rapidité et clarté, cette histoire de l'Espagne chrétienne se lit avec plaisir (>t profit. X. Lie. D"^ Edgar Hennecke. — L Handbuch zu den Neutestamentli- chen Apocryphen, 8°, xvi-604 pages, Tubingen. .1. C. B. Mohr, 1004. — 12 marks. — II. Neutestamentliche Apokryphen, 8°, .\li-28* et 558 pages, même librairie. — 6 marks. Ces deux ouvrages sont en réalité l'œuvre d'une quinzaine d'auteurs. Ils contiennent, le premier, des notices sur tous les apocryphes ou frag- ments d'apocryplies du Nouveau Testament avec des remarques critiques sur le texte des éditions que l'on va .traduire dans le second volume. Ce- lui-ci renferme la traduction allemande des évangiles apocryphes; des lettres aux Laodicéens, de Clément, d'Ignace, de Polycarpe, de Barnabas; de la Didaché, d'une partie des vers sibyllins, des apocalypses et des actes apocryphes et une notice sur la Didascalie. XI. Le R. P. J. Pargoire. — L'Église Byzantine de 527 à 847, 8% xx-405 pages, Paris, Lecoffre, 1904, .3 fr. 50 (Bibl. de l'enseignement ecclésiastique). Les Augustins de l'Assomption, pour répondre aux désirs de Sa Sainteté Léon XllI, ont fondé à Constantinople un centre d'études où quelques reli- gieux s'adonnent avec grand succès à l'étude de l'Orient et surtout du Byzantinisme. Leur revue : les Échos (VOriott, n'absorbe que la moindre partie de leur activité, leurs travaux se rencontrent dans toute revue savante et les lecteurs de la Revue de POrient chrétien en particulier con- naissent depuis longtemps les PP. Palmiéri, Pargoire, Petit, Petridès, Vailhé. C'est de ce centre d'études que nous vient le présent ouvrage du P, Pargoire. C'est dire que l'on peut en général avoir toute confiance dans l'érudition de l'auteur ; la forme elle-même, pressée et alerte, sou- tient l'attention du lecteur et lui rend très attachante la lecture de cette partie si importante de l'histoire de l'Eglise grecque. XII. D"' Edu.\rd Likowski. — Die Ruthenisch-romische Kirchenve- reinigung genannt Union zu Brest, traduit du polonais en allemand par le D'" Paul Jedzink, 8", xxvni-384 pages, librairie B. Helder, à Fri- bourg-en-Brisgau (Allemagne). — 6 marks (7 fr. 50). Cet ouvrage a paru en langue polonaise à Posen en 1890. pour le troi- 148 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN. sième centenaire de l'union — appelée union de Brest — de l'Église Ru- thône avec l'Eglise Romaine. L'auteur a passé onze ans à réunir les matériaux de son travail aux Archives de la Propagande, du Vatican, de Lemberg, de Posen, etc. En montrant comment s'est effectuée l'union de l'Eglise ruthène, il souhaite poser une première pierre pour l'union de l'Eglise russe avec l'Eglise catholique. Son ouvrage si consciencieux a trouvé de nombreuses et flatteuses approbations et le D'" Paul Jedzink a voulu le rendre accessible à tous les Allemands et en général aux savants en nous en donnant une traduction allemande. L'auteur commence par esquisser l'histoire de l'Église Ruthène depuis sa constitution (x"^ siècle) et durant sa dépendance de Constantinople jusqu'à la seconde moitié du xvr siècle. Il décrit son état à l'époque de l'union de Brest, les intrigues qui ont précédé et accompagné ce grand acte et enfin cite en appendice la profession de foi des évoques Ruthènes et la constitution de Clément VI II sur l'union de l'Église Ruthène avec l'Eglise Romaine. L'auteur semble avoir écrit de manière définitive l'his- toire de cette époque et nous souhaitons comme lui que l'exemple des Ruthènes soit suivi par la nation russe. Sommaire des revues. 1. Byzantinische Zeitschrift, t. XIV, cahiers 3 et 4, 22 août 1905, I (p. 409-619). — C. DE BooR, Weiteres zur chronik des Skililzes. — Kons- TANTiN HoHNA, Melvische und textkritische Bemerkiingen zu den Gedichten des Eufjenios von Palermo. — Karl Praeciiter, Zu Thomas Magistros. — A. na-aoo::ou)vOi; K;paaE'j;, AiopOtia/jç £t; x'o « 'Avay.âXr]!J.a "9;; KtovaTavTiv6;;oXriç ». — ■ Peter Vogt, Zivei Homilien des hl. Chrysostomus mit Unrccht unler die Zweifelhaffenverwiesen. — Georg Graf, Die Arabische Vita des M.'Abra- inios. — A. naj:aôoj:ouXo; Ktpoi^tûç 'AvIzootov àaixa tou ixsXwBou Koa[i3c. — J. Haury, ijbe)' die slàrke dev Vandalen in Afrika. — J. Haurv, Petros Patrikios Magisler und Petros Patrikios Barsymos. — Herm. Buk, Zur àllesten Christlichen Chronographie des Islam. — Adolf Struck, Die Eroberung Thessalonikes ditrch die Sarazenen im Jahre 90i. — A. IlaTia- oÔTiouXo; KspajiEÛç. Ei-jiXtvc;... ; Auppdty^rjva. — ANTONIO MuNOZ, Vn avorio bi- zantino già ne! mnseo di S. Maria Antiqua. — n. N. nar:aY£ia)pYioç. 'E;i:t- ypotoixa. — J. Draseke, Zu den « Inschriften ans Syrien » usic. B. Z. XR', 21-26. — G. Mercati, Contributo aile « Inschriften ans Syrien ». — B. K. ^Tsoâviooç, Ol xwBi/.E? TTJ; 'Aôpixvou7:ôX£w?. — J. B. BuRV, An unnoticed Ms. of Theophanes. — Paul Marc, Fine neue Handschrift des Donner und Erd- bebenbuchs. — \. Gardtiiausen, Zur byzaniinischen Kryptographiè. — ir (p. 620-657), Comptes rendus. — JII (p. 658-760), Bibliographische No- lizen und Kleinere Mitleilungen. (Indication et souvent analyse des publi- cations récentes disposées par lieux communs.) Le Directeur-gérant : F. Charmetant. TABLES DE LA PREMIÈRE SÉRIE DE LÀ REVUE DE L'ORIENT CHRÉTIEN Tomes I à X 1896-1905 ORIKNT CHRETIEN. 29 I TABLE DES MATIÈRES DE CHAQUE FASCICULE (1) I'" AI\i\ÉE (1896) (épuisée; hors le n" 1) N" 1. — I. Avertissement, 1. — II. Notre programme, 3. — III. La Ser- bie chrétienne, I. par M. le b"" d'Avril, 7. — IV. Une page de l'histoire de l'Église de Mardin au commencement du XVII I^ siècle, pai- \o R. P. ScuEii., 13. — V. Les missions latines en Orient, I, par le K. P. Michel, 88. — VI. Mélanges : I. La lettre d'Anastase le Bibliothécaire, par M. le b"" d'Avril, 121 ; -2. LaRélorme du calendrier, par M. P. Pisaxi 130; 3. Notice sur les Kurdes, par M. le b"" C.\rra de Vaux, 133. —VII. Bibliographie, 112. N° 2. (On remarquera que, pour ce fascicule/on a reconnnenci' la i)agination.) — 1. Ordination dans le rite Jacobite, par W Oraifin, 1. — II. La Serbie chrétienne (suite), par .Al. le b"" d'Avril, 37. — III. Vie de Mar Joseph 1er, éditée par M. l'abbé Chabot, 6G. — IV. Les mission latines en Orient, II, par le R. P. Michel, 91. — V. Mélanges : I. Doctrine de l'Église chaldéonne sur la primauté de saint Pierre, par le P. Emmanuel, 0. S. B., 137; 2. JI. Gladstone et la question des Ordinations anglicanes. 149. —VI. Bibliographie, 157. N" 3. — 1. Actes du concile de Florence pour la réunion des Églises, 305. — II. L'Arménie, par M. V. Ermom, 315. — III. La Serbie chré- tienne, III, par M. le b"" d'Avril, 335. — IV. Les missions latines en Orient, III, par le R. P. AIkhel, 379. — V. Fragments d'une chronique syriaque inédite, par M. l'abbé Nau, 396. — VI. Mélanges : 1. Les Chré- tiens du .Alalabar, par .M. .I.-B. Chabot, 406 ; 2. Autonomies (M-clésiastiques, par ;\I. le b"" d'Avril, 411 ; 3. La Qu(>stion serbe dans l'Empire ottoman, par M. P. PiSAM, 420. K° 4. — I. État religieux des diocèses formant le patriarcat chal- déen de Babylone, jiarM. .1.-1'.. Chabot, 433. — II. Le syllogue littéraire grec de Constantinople, par L. P., 454. — 111. Marcion dans la litté- rature arménienne, ])ar M. V. Eriiom, 461. — IV. La Serbie chré- tienne, IV, par M. le b"" d'Avril, 181. — V. Mélanges : L'Islam, par M. J.-B. Chabot, 498. — VI. Bibliographie, 503. (1) Les fascicules qui ne sont pas épuisés sont verulus 3 fr. 50 cliaciue et le volume 13 francs. 452 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1" SÉRIE. 2e Ai\i\EE (1897) (épuisée) N° 1. — 1. Notre programme, 1. — II. La Bulgarie chrétienne, I, par M. le Y)"" d'Avril, 5. — III. Les parties inédites de la Chronique attri- buée à Denys de Tellmahré, par M. F. Nal, 41. — IV. Les souvenirs du concile de Florence, par M. le b°" Carra de Vaux, 69. — V. Les mis- sions latines en Orient, IV, par. le R. P. Michel, 91. — VI. Bibliogra- phie, 1-20. N" 2. — I. La prise de Jérusalem par les Perses en 614, par M. le c'"" CoiKET, 1-25. — II. La Bulgarie chrétienne, X, par M. le b"" d"Avril, 105. — III. Les missions latines en Orient, XI, par le R. P. Michel, 176." — IV. Note sur une lettre du sultan Bajazet II au roi de France Charles VIII, par M. Blochet, 219. — V. Mélanges : Deux publications nouvelles sur Tlslam, par M. le b"" d'Avril, 228. — VI. Bibliographie, 238. N" 3 — I. La vie de Mar Benjamin, traduite du syriaiiue, par V. Scheil, 0. P.,21.j. — II. Bulgarie chrétienne, par le b"" A. d'Avril, 271. — III. Une lettre d'Ibrahim pacha à Charles-Quint, par E. Blochet, 302. — IV. Calendrier de l'Église copte d'Alexandrie, traduit par L. Cllgnet, 307. — V. Mélanges : Les n'iations de rLj,4ise et de l'État dans le Bas-Em- pire d'après un ouvrage récmit, par P. 1'isani,310. X° 4. — I. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya, traduite du syria- que et annotée par M. J.-B. Charot, '.ibl. — IL Bulgarie chrétienne, IV, par M. le b™ d'Avril, 406. — III. La légende de Bahira, ou un moine chré- tien auteur du Coran, par M. le b"" Carra de Vaux, 439. — IV. L'Histoire ecclésiastique de Jean d'Asie, par M. Tabbé F. Nau, 455. — V. Mélan- ges : I. Le XP congrès des Orientalistes, 494 ; 2. Quelques mots de politique chrétienne, à propos d'un livre russe récent, par M. le b°" C. de Vaux, 498. — VI. Bibliographie, 507. S'' AÎVIVÉE (1898) (épuisée) N" 1. — I. Les Grecs melkites, par .M. le b"" A. d'Avril, 1. — IL L'ordi- nal copte, par V. Ermom, P. M., 31. — III. La version syriaque iné- dite des martyres de S. Pierre, S. Paul et S. Luc d'après un ms. du Xe siècle, par F. Nau, 39. — IV. Le monastère de saint Théoc- tiste (411) et l'Évêché de Paremboles ( 125), par S. Vailhé, A. A., 58. — V. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya {suite), par J.-B. Chabot, 77. — VI. Bibliographie, 122. N° 2. — I. Un bref de Benoît XIV sur les rites orientaux, par A. A., 125. — IL Les offices et les dignités ecclésiastiques dans l'Église grecque, parL. Clugnet, 142. — III. Martyre de S. Luc (siiik'),^^- F. Nau. 151. _ ly. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya (sinle), par .J.-B. Chabot, 168. — V. L'ordinal copte {niile), par V^ Er.mom, 191. — VI. Mélan- ges : Relation de l'évèque de Sidon sur les Jacobites (1587), par le b"" A. d'Avril, 200. — \U. Bibliographie. jS» 3. — I. Essai sur le chant liturgique des Églises orientales, par M. Parisot, 221. — IL Les plérophories de Jean.évêque de Mayouma, par M. l'abbé F. Nau, 232. — III. Les offices et les dignités ecclésias- tiques dans l'Église grecque, jiar 31. L. Clucnet, 260. — IV. Les Grecs TAIJLK DES .MATIÈRES. 453 Melkites, par M. le b"" i/Avrii., 2{\:>. — V. L'ordinal copte, i)ai-M. le ï)' E\\- .MONi, 2Si.— VI. Vie du mqine Rabban Youssef Bousnaya, par JVl.J.-l!. Chabot (suite), 292. — Vil. Mélanges : Relation de l'r'vrrpic do Sidon (suilr), par M. le b°" A. d'Avkii., :J:.',S'. ~ ^ III. Bibliographie, '■'<:'<:<. N' 1. — I. Les plérophories de Jean, évêque de Mayouma (s»/7r), jiar M. rabb('' F. Nai , olJT. — II. Règlements généraux de l'Église ortho- doxe en Turquie, par le R. P. L. I'f.tit, 3'.»:;. — III. L'ordinal copte {suiii'), par M. le D' Ekmom, lit. — 1\ . Une homélie de Sévère d'Antioche attribuée à Grégoire de Nysse et à Hésychius de Jérusalem, par M. M. -A. KuGENER. 135. — V. Les offices et les dignités ecclésiastiques dans l'Église grecque {sidlc), par M. L. Cluhnet, 4:y*. — VI. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya [suite), par M. J.-B. Chaiîot, 458. — VII. Mélanges : L'avenir du catholicisme en Pologne, 481. — VIII. Biblio- graphie, 4110. 4e A^V^ÉE (1899) N" 1. — I. Le Glagol et la congrégation des rites, par M. le b"" d'Avrii,, ministre plénipotentiaire, I. — II. La messe copte (traduction de M=" Ma- caire), par le R. P. Dom Paul Renaudin, 0. S. B., 12. — III. L'érection du patriarcat de Jérusalem, 451, par le R. P. S. Vau.iié, des Augustins de l'Assomption, 44. — lY. Lettre inédite du R. P. Jean de Camillis de Chio sur la mission de la «Chimère », par JI. Ému.e Le^rand, professeur à l'École des Langues Orientales vivantes, 58. — V. Frère Gryphon et le Li- ban au XVe siècle, par le R. P. II. Lammens, S. J., G8. — \'l. L'ordinal copte (suite), par 51. V. Ermoni, de la congrégation de la Mission, 104. — VIL Les offices et les dignités ecclésiastiques dans l'Église grec- que (fin), par M. L. Clugnet, IIG. — VIII. Mélanges : 1. Un saint évoque de France honoré en Russie, par le R. P. Dom Paul Renaudin, 0. S. B., 129; 2. Sur un abrégé arménien des plérophories, par iM. Fabbé F. Nau, profes- seur à rinstitut catholique, 134. — IX. Bibliographie, 490. N° 2. — L Lettre autographe de S. S. Léon XIII adressée au direc- teur de la « Revue de l'Orient chrétien », 141. — II. Les hiérarchies en Orient, par M. le IV"' d'Avril, 145. — III. La bibliothèque du sémi- naire syrien de Charfé, par le R. P. Dom Parisot, 0. S. B., 150. — IV. Opuscules maronites, par M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catho- lique, 175. — V. Règlements généraux de l'Église orthodoxe en Tur- quie (suite), par le R. P. Petit, des Augustins de l'Assomption, 227. — VI. Le synode de Mar Jésuyab, par W Graffin, prolesseur à l'Institut catholi" •jue, 247. — VII. Fragment d'une version copte de l'Apocalypse de saint Jean, par M. Jean Clédat, 2G3. — VIII. La Grande Doxologie, étude critique, par M. Amédée Gastoué, professeur à l'École de chant litur- gique de Paris, 280. — IX. Bibliographie, 291. N" 3. — I. Règlements généraux des Arméniens catholiques, parle R. P. Petit, des Augustins de l'Assomption, 305. — II. Opuscules maronites (suite), par M. l'abbé F. Xau, 318. — III. La bénédiction liturgique des raisins, par le R. P. Dom Parisot, 0. S. B.,351. — IV. Neuf chapitres du (( Songe du viel pèlerin » de Philippe de Mézières, relatifs à l'O- rient, par M. Ed. I'.lociiet, 304. — V. La vie du moine Rabban Youssef Bousnaya (suite), ])i\r M. l'abbé J.-B. Chabot, 380. — VI. L'ordinal copte (suite), par M. V. Eiuioni, de la congrégation de la Mission, 4IG. — Vil. Prêtes- 451 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1'" SÉRIE. tantisme et catholicisme chez le peuple nestorien. Une revue néo- syriaque à Ourmiah, par iM. .1. Barakiian, d'Ourmiah, officiel- d'Acad('mio, 42S. — \ III. Les évêques Jacobites du Ville au XlIIe siècle d'après la chronique de Michel le Syrien, par M. l'abbé J.-B. Chabot, 444. — IX. Mélanges : Lo culte de S. .hdien du Mans dans l'Église russe, par le K. r. Doni Renaldin. 0. S. iC. I."j3. — X. Bibliographie, 4.Y). N" 1. — I. Les règles monastiques orientales antérieures au concile de Chalcédoine, par l>oni .1. 31. Besse, 0. S. B., 465. — 11. Les Évêques Jacobites du 'VIII' au XlIIe siècle {t^uile), par JM. l'abbé .J.-B. CiiAnor. 195. — 111. Répertoire alphabétique des monastères de Palestine, par lo R. P. S. Vah-iié, des Augustins de l'Assomption, 51:.*. — IV. Opuscules ma- ronites. Histoire do Sévère, patriarche d'Antiocho (suite), par M. l'abbé F. Nau, prolesseur à l'Institut catholique, 543. — V. Voyage au pays des No- sairis, i)ar le R. P. H. Lammens, S. J., 572. — Yl. L'ordinal copte (suite), ]iar M. V. Ermom, de la congrégation de la Mission, ij'.U. — VII. Neuf chapitres du « Songe du viel pèlerin » de Philippe de Mézières, relatifs à l'Orient (suite), par M. Ed. Bi.ochet, 605. — VIII. Mélanges : Benoit XIV et l'Église copte, par Dom P. Renaldin, 0. S. B., 615. — IX. Bi- bliographie, 626. 5^ AIVÎVEE (IÎMM>) X" 1. — 1. Entre Grecs et Russes, j)ar Tu. ;\liciiAii,oviTCn, 1. — II. Réper- toire alphabétique des monastères de Palestine (suite), \ràv lo R. P. Vau.iu';, dos Augustins de rAssoniption, 19. — 111. Vie et récits de l'abbé Daniel de Scété. Texte grec, publié par M. Léon Clugnet, 49. — IV. Opus- cules maronites. Histoire de Sévère, patriarche d'Antiocho (suite), par M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique, 74. — V. Voyage au pays des Nosairis (suite), par le R. P. H. Lammens, S. J., 99. — VI. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya (suite), par M. l'abbé Chabot, 118. — VII. Neuf chapitres du « Songe du viel pèlerin » de Philippe de Mézières, relatifs à l'Orient (suite et /in), par M. E. Bi.ochet, 144. — VIII. Mélanges : Remarques sur les traductions syriaques des formules grecques '0 T?); EÙcreêo'j; Xr;Ë£«i); et ô Tyj; ôaîaç [j(,vr,(jiy]ç, par !\I. M. -A. Kl'GENer, 155. — IX. Bibliographie. 161. X ■-'. — I. Sur les couvents dédiés de Roumanie, par M. lo b"" d'Avkii., iiiinistio plénipotentiaire, 169. — II. Vie du moine Rabban Youssef Bousnaya (fin), par M. l'abbé J.-B. Chabot. 182. — III. La compilation historique de pseudo-Zacharie le Rhéteur, par M. M.-A. Kugener, 201. — IV. Christodule, Higoumène de Saint-Jean, à Patmos (1020-1101), par lo R. P. Dom Paui. Renaudin, 0. S. B., 215. — V. L'ordinal copte (fin), ]tar M. V. Ekmom, de la Congrégation de la Mission, 247. — VI. Vie et ré- cits de l'abbé Daniel de Scété (suite). Texte grec, publié par M. Léon CiACNET, 254. — VII. Répertoire alphabétique des monastères de Pa- lestine (fin), par le R. P. Vailiié, des Augustins do l'Assomption, 272. — YIIl. Opuscules maronites {fin), Vie de Sévère, patriarche d'Antiocho. par M. rabb(' F. Xai, professeur à l'Institut catholique, 293. — IX. Au pays des Nosairis {suite), par le R. P. H. Lammens, S. J., 303. — X. Mélanges : Le monastoj'e do Sainte-Catherine au Sina'i, par le R. P. Dom Paît. Renaudin, O. S. B., 319. — XI. Bibliographie. 322. X° 3. — I. Les Ordinations « Per Saltum », par le R. P. Dom .J. Pakisot, TAHI.I': DKS MATIKRKS. 155 0. S. B., 33.'). — II. Vie et récits de l'àbbé Daniel de Scété. I. To.Ntc iii'oc, publié par M. Léon CLUiiNEi {.suite). II. Texte syrlaiinc, |uil)li('' |>:u- M. l'abbé F. Nau, pi-ofosseur à l'Institut catholique, 370. — III. Le vénérable Jean André Carga, évêque latin de Syra (1560-1G17), par le lî. I'. So- l'MKONE PÉTHiiiKs, ilcs Au,i;ustiiis (11' l'Assomption, 407. — IV. Au pays des Nosairis {suite et /in), par le R. I'. II. Lam.mens, S. .1., l",'o. — V. Rituel copte du baptême et du mariage, par le R. P. V. Ekmoni, de la Congi'i'- gation de la Mission, 115. — VI. La compilation historique de pseudo- Zacharie le Rhéteur (suilc el fin). \>av 'SI. M. -A. Kugener, docteur ('.s let- tres, 461. — Vil. Deux lettres d'Élie XI, patriarche de Babylone, par iM. J. Babakhan, 481. — VlII. Mélanges : A propos du couvent du mont Si- naï, par M. Tabbi' J.-B. C-habot, U>2. — IX. Bibliographie, 499. X" 1. — I. Le chemin de fer de Damas à La Mecque, par H. Slehmax, .")07. — II. Vie et récits de l'abbé Daniel de Scété, III. Te.xte copte, publi(' par Si. InN. Glii:i, professeur à l'Universitc' de Konie, ,53.5. — III. Les Églises orientales « orthodoxes » et le protestantisme, par le R. P. l>om Henaliu.n, (). S. B., .565. — IV. Lettre de Jacques d'Édesse à Jean le Stylite sur la chronologie biblique et la date de la naissance du Messie, par l'ablH' V. Xai , professeur à l'Institut catholique de Pai'is, .581. — V. Une formule magique byzantine, par le R. P. S. Pétridès, des Augustins de l'Assomption, .597. — VI. Les évêques Jacobites du Ville au XlIIe siècle, d'après la chronique de Michel le Syrien, par l'abbé J.-B. Chabot, 605. — VII. Les évêchés de l'Egypte chrétienne, par M. V. Ermoni, de la Congrégation de la Mission, 637. — VIII. Mélanges : 1. Lettre pastorale de Sa Béatitude Me' Joseph Emmanuel II, patriarche de Babylone, traduite du syriaque par l'abbé J.-B. Chabot, 642; 2. Histoire de Béder-Khan, par le b°" d'Avril, ministre plénipotentiaire, 649. — IX. Biblio- graphie, 654. 6« AINIVKE (1901) N" 1. — 1. Griefs de l'hellénisme contre la Russie, par X..., 1. — II. Les Nosairis furent-ils chrétiens ? A propos d'un livre récent, par le R. P. Lammens, s. J., 33. — III. Vie et récits de l'abbé Daniel, III. Texte copte {fin), et IV, Corrections du texte éthiopien, par M. Ion. Guidi, profes- seur à l'Université de Rome. — Introduction par M. Léon Clucxet, 51. — IV. L'ancienne et la nouvelle théologie russe, par le R. P. Alrelio Pal- MiERi, des Augustins de l'Assompkion, 88. — V. Lettre de Jacques d'É- desse au diacre George, par l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catho- Ii(pie de Paris, 115. —VI. Une découverte! Succession apostolique des patriarches d'Arménie, par le R. P. Giraru, S. J., 13â. — VII. Mé- langes : Où en est le cliemin de fer de la Mecque, par H. Si.e.mmax, 145. — VlII. Bibliographie. 153. X" 2. — I. Les Chorévêques, par le R. P. Pom J. Parisot, 0. .'^. 1'.., 157. — II. Griefs de l'hellénisme contre la Russie {mite), par X..., 172. — III. Les évêques Jacobites du Ville au XlIIe siècle d'après la chro- nique de Michel le Syrien {suite et fin). i>ar l'abbé J.-H. ('haikit, IN'.I. — IV. L'Islam en Chine, par II. Levantin, 221. — V. L'ancienne et la nouvelle théologie russe {suite et fin), pai- le R. P. ArREi.in P\i.mu;ki. des Augustins de l'Assomption, 254. — VI. Histoire de sainte Marine. I. Texte syi-iaque. publié pai' l'abbé F. Nau, professeur à l'Iastitut catholiiiue de Paris, 456 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, 1'" SÉRIE. 283. - VII. Eni0KliPH2li: THi: TOY K. AlOMHAOYi: KÏPIAKOÏ 0PHi:Ki<:rnKH2 EriieKîîPHSEti:!: oepi to nNEVMâ tôt 10' AI12N02, OTTO M. F., 291. — VIII. Mélanges : Le Califat ottoman, par le h°" d'Avril, ministre plénipotentiaire, 303. — IX. Bibliographie, 309. N° 3. — I. SaintMichel le Syncelle elles deux frères Grapti, saint Théo, dore et saint Théophane, par le R. P. S. Vailhé, des Augustins de l'As- .soMPTioN, 313. — II. Griefs de l'hellénisme contre la Russie {mile), par X., 333. — III. Vie de sainte Marine. II. Texte latin, jiublif' par Liîon Clu- GNET (suite), 357. — IV. Autobiographie du patriarche Ignace-Michel- Djaroué, par le R. P. L. Cheïkiio, S. J., 379. — ^ . Les Églises orientales et « orthodoxes » et le protestantisme, par le R. P. Dom P. Renaudin, 0. S. B. {suite), 402. — VI. Les Chorévêques, par le R. P. Dom J. Pabisot (suite et fin), 119. — VII. Les deux mélodes du nom d'Anastase, par le R. P. S. Pétridès, des Augustins de TAssomption, 411. — VIII. Rituel copte du baptême et du mariage, par leR. P. N .'Emio\\(snile), 453. — IX. Mé- langes : 1. La patrice Césaria, correspondante de Sévère d'Antioclie, par M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique de Paris, 470; 2. Un projet de croisade française, par le R. P. H. Lammens, S. J., 473. — X. Bibliogra- phie, 475. N» 4. — I. Les études islamiques en Russie et une apologie russe de l'Islam, par le R. P. Avuemo Palmieri, des Augustins de l'Assomption, 485. — II. Lettre de Jacques d'Édesse sur la généalogie de la sainte Vierge, par M. l'abbi' F. Xau, professeur à l'Institut catiiolique de Paris, ;')12. — III. Griefs de l'hellénisme contre la Russie, par X. (/m), 532. — IV. Vie de sainte Marine. III. Texte grec, publi('' par M. Léon Clugnet (suite), 572. — V. Traités de musique byzantine, parle R. P. .]. Thibaut, des Au- gustins de l'Assomption, 593. — VI. Saint Michel le' Syncelle et les deux frères Grapti, saint Théodore et saint Théophane, par le R. P. S. Vailhé, des Augu.stins de l'Assomption (fin), GIO. — VII. Mélanges : 1. La Prise de .Jérusalem par les Perses, par le R. P. S. Vailhé, des Augus- tins de l'Assomption, 042; 2. La Titulature des patriarches grecs-catholiques- melkites, par H. de Saint-Guliez, 649. — VIII. Bibliographie, 651. 7^ ANNÉE (1902) N" 1. — I. La Russie et l'Orient chrétien durant ces derniers mois, par X., I. — II. Histoire politique et religieuse de l'Arménie, par Fr. Tolrnebize, 26. — III. Les " projets " de Joachim III, par le R. P. H. Lammens, S. J., 59. — IV. Les études islamiques en Russie, par le R. P. Alrelio P.\lmieri, A. a., 71. — V. Histoire de Jean bar Aphtonia, par M. l'abbé F. Nau, professeur à l'Institut catholique de Paris, 97. — VI. Vie de sainte Marine IV. Texte copte publié et traduit par M. l'abbé II. Hy\t:r- nat, professeur à l'Université catholique d'Amérique, 136. — VII. Mélanges : 1. Le pèlerinage de la Mecque en 1901, par le R. P. H. Lammens, S. J-, 153; 2. L'Immigration musulmane en Turquie, par le R. P. II. Lammens, S. .!., 157; — 3. L'Allemagne en Turquie, 158. — VIII. Bibliographie, 161. N" 2. — I. Le " Moutasarrifat " ou Gouvernement autonome du Li- ban, par H. Levantin, 171. — II. Récit de Mar Cyriaque racontant comment le corps de Jacques Baradée fut enlevé du couvent de Casion et transporté au couvent de Phesiltha, par M. A. Kugener, 190. TABLE DES MATIÈRES. 457 — III. Cassia, par le K. P. Soimikonk Pi-;TRini:s, A. A., i!lS. — IV. Vie de sainte Marine (suite). Y. Texte arabe» piiljlif- jKir ^LM. I. (icini cl E. Hi.o- ciiET, '21."). — V. Histoire politique et religieuse de l'Arménie {suite), par Fr. Touhnebize, 277. — VI. Rituel copte du baptême et du mariage (suite), par M. V. Ekmoni, 303. — VII. Histoire de saint Nicolas, soldat et moine. — Texte gi-ec, publié par Léon Clugnet, 31!). — VIII. Mélanges : I. La (luestion gréco-arabe eu Egypte, par II. Lammens, S. .1., 331; 2. Un nou- veau diocèse grec-orthodoxe en Syrie, pai' II. Lammens, S. .1., 332; 3. Le Sionisme et la Turquie, par IL L., 33 1. — IX. Bibliographie, 336. N" 3. — I. L'Eucharistie et les repas communs des fidèles dans la Di- dachè. par l'abbé' V. Ladei ze, 330. — II. Sophrone le Sophiste et Sophrone le Patriarche, par le R. P. S. Vau.iié, A. A., 3()0. — III. L'inscription sy- riaque de Krad ad-Dasiniya, dans l'Émésène, jiar le It. P. S. Ronze- vai.le, s. J., oOG. — IV. Les « Madag » ou sacrifices arméniens, par le R. P. D. (ÙHAKu. S. J., 110. - V. H OAniKH ErKÏKAIO:S K.4I H ABHNAlAKAnnÙ/VElOSXHN, par XAPAAAMDOl XHNOIKOnOl, 423. — VI. Les Nosairis dans le Liban, par le R. P. Lammens, S. J., 142. — VII. Vie de sainte Marine. VI. Texte haut-allemand, et VIL Texte bas-allemand, publié par Léon Clugnet, 478. — VIII. Mélanges : 1. Le couvent du mont Sinaï, par H. Lammens, S. J., 501; 2. Le séminaire oriental de Bey- routh, par II. Lammens, S. J., 504. — IX. Bibliographie, 500. N° 4. — I. Histoire politique et religieuse de l'Arménie, par Fu. Toiu- NEBIZE {suite), 509. — IL Vie et office de saint Michel Maléinos, suivis d'un traité ascétique de Basile Maléinos. Texte grec publii' par le IL p. Louis Petit, A. A., 543. — 111. Vies et récits d'anachorètes (IV -VII' siècles). I. Analyse du ms. grec de Paris 1596, par Fabbé F. Nau. II. Textes gi'(>cs inédits extraits du mèm(^ ms. et publiés par Léon Clugnet, 604. — IV. La rebaptisation des Latins chez les Grecs, par A. P., 618. — V. Vie de sainte Marine. VIL Texte français, publié par Léon Clugnet, 617. — yi. Mélanges : Les formules épigraphiques : Christus hic est et XPirrOi EN0AAli KATOIKEN, par le R. P. H. Lammens, S. J., 668. - VIL Bibliographie, 671. 8« AIVINÉE (1903) N" I. — I. 1. Vie de saint Auxence. Texte grec publié par Léon Clugnet. 2. Mont saint Auxence. Étudi- historique et topographique par Jules Pak- GOiKE, A. A., I. — IL Sophrone le Sophiste et Sophrone le Patriar- che {suite), par Siméon Vailiié, A. A., 32. — III. Nicéphore Méiissène, évêque de Naxos et de Cotrone, par Emile Legrand, 70. — IV. Vies et récits d'anachorètes (IV^-VII" siècles). I. Analyse du Ms. grec de Paris 1596 (suite), pai- 31. l'abbé F. Nau, 91. — V. Relations officielles entre la cour romaine et les sultans mamlouks d'Egypte, par IL Lammens, S. .L, 101. — VI. La rebaptisation des Latins chez les Grecs [suite), par A. P., III. — VIL Le patriarcat maronite d'Antioche, par P. Che- BLi, 133. — VIII. Mélanges : I. Déposition du patriarche Marc Xylocarvi, par Louis Petit, A. A., III; 2. Russes et Nosairis, par P. Lammens, S. .L, 149. — IX. Bibliographie, 150. N" 2. — I. Vie et office de saint Euthyme le Jeune. Fixic grec public par Louis Petit, A. A., 155. — 11. Histoire politique et religieuse de l'Ar- 458 REVUE DE l'orient CIIUÉTIEN, V SÉRIE. ménie (suile), par Fk. Tolkneuize, S. J., 206. — III. Mont Saint-Auxence, par Jli.es P.\kgoire, A. A. (suite), 240. — IV. Le patriarcat maronite d'An- tioche, par S. Vailhé, A. A., 281. — V. Vie de sainte Marine {suite). VII. Te.xte français publié par Léon Clugnet, 288. — Mélanges : Notes de gc'oj^'-ra- phie ecclésiastique sj-rienne, par II. Lammens, S. J., ;5I:}. — VII. Bibliogra- phie, :320. N" 3. — I. Un poète royal à la cour des Omiades de Damas, par II. Lammens, S. J., 325. — II. Sophrone le Sophiste et Sophrone le Pa- triarche, par S. Vailiik, A. A. i/in). :!,[»(;. III. Lettre de Paul, évêque de Saïda, moine d'Antioche, à un musulman de ses amis. Texte aralie pulilii' et traduit par L. 1>lki-at, S. J., M88. — IV. Mont Saint- Auxence. Étude historique et topographique (suite), par .1. l'AunouiE. A. A., 420. — V. La forme consécratoire de l'Eucharistie d'après quelques manuscrits grecs, i)ar ]■]. Hataheh^ii, pi'étre grec-nielchite, 1.Ô9. — VI. Mélanges : I. Une bagarre au Saint-St'pulcrc en 1098, par L. Petit, A. A., 171 ; 2. I/antiiiuité de la formule ■• Onmia ad niajorem Dei gloriam •■, pai- H. Lammens, S. J., 177 : M Anciens couvents de l'Auranitide, par II. Lammens, S. J., 478. — VII. BibUographie, 1S2. N" 4. — I. Le mémorandum du patriarche grec orthodoxe deConstan- tinople au Sultan sur les affaires de Macédoine, par X., iN."». — II. Vie et office de saint Euthyme le Jeune. Texte giec publié par Louis Petit, A. A. (^«),ij03. — III. Nahadag-Martyrs, rites et usages, par I).- 31. Girard, S. J., 537. — IV. Mont Saint-Auxence. Étude historl(|ue ettoiio- grapliique (/?«), par J. Pakgoike, A. A., 550. — V. Histoire politique et reli- gieuse de l'Arménie (suite), par Fu. Tolrnebize, 577. — VI. Vie de sainte Marine [suite]. VIII. Texte éthiopien publié par F.-M. Esteves Pereira, 014. — VU. Mélanges : I. La letti-e de Philoxène de Mabboug à Abou-Niphir, par J. TixEKONT, 023; 2. Noto inédite sur Philoxène, évèque de Maboug, par F. Nau, 030; 3. Coptes asiatiques? par H. Lammens, S. J., 633; 4. Un document palestinien à retrouver, par II. Lammens, S. .L, 637. — YIII. Bibliographie, 639. 9-^ .\\\Fi: (liM)4) N" I. — I. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de l'Église grecque, par D. PLACinr. de Mkester, 0. S. B., I. — IL Les théo- tokies ou office de la sainte Vierge dans le rite copte, ]iar A. .Maij.on, S. J., 17. — 111. Un poète royal à la cour des Omiades de Damas (///(), par IL Lammens, S. J., 32. — IV. La forme consécratoire du sacre- ment de l'ordre dans l'Église grecque, d'après un ms. du XII' siè- cle, par Éi.iK Patareikk, prêtre gri'c nielkitc, 05. — V. Textes orientaux inédits du martyre de Judas Cyriaque, évêque de Jérusalem, par I. Glidi. 1. Texte sjriaque, 79. — VI. Les colonies d'Orientaux en Occi- dent, du Ve au Vile siècle, par L. .Ialabert, S. ,]., 90. — VIL Histoire politique et religieuse de l'Arménie (suite), par Fr. Tournebize, S. J., 107. — VIII. Mélanges : 1. Bulle du patriarche Métrophane sur le mariage, par L. Petit, A. A., 139; 2. Un commentaire inédit sur la bagarre du Saint- Sépulchre en 1698, par H. Lammens, S. .L, LU. — IX. Bibliographie, 146. X" 2. — I. Correspondances diplomatiques entre les sultans mam- luks d'Egypte et les puissances chrétiennes, par IL Lammens, S. J., 151. — 11. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de TAIU.I<: DES .MAÏIKRKS. 459 l'Église grecque (sitilc). par D. Pi.aciok de SIkestkh, 0. S. R., IHN. — III. Histoire politique et religieuse de l'Arménie (fotilc), par Fr. TouuMaiizE, •21-2. — IV. Office de sainte Marine, t('.\t<'syiia(iue, parL. Clugnet, 240. — V. Mélanges : 1. Un pati'iarchc sorcier à Constaritinople, i)ar L. Bkéiiieu, 261 ; 2. .Alai'onites, Mazonitos cl Maranitcs, par F. X.\u, 2fi8 ; 3. Denuaba de. sainte Sylvie l't Diinip des monuments égyptiens, par II. Lammens, S. .1., 27G. — YI. Bibliographie, 2SI. X" 3. — I. Quelques mss. de musique byzantine, par .l.-lî. FiEmoirs, des Pères Blancs, 209. — II. Textes orientaux inédits du martyre de Judas Gyriaque, évêque de Jérusalem. II. Ti^xtc copt(> par I. (iiun, 3I(t. — III. Saint Jean le Paléolaurite, précédé d'une notice sur la vieille Laure, par ,^. Vaii.iié et S. l'ÉTtaoÈs, A. A., 333. — l\ . Correspondances diplomatiques entre les sultans mamlucks d'Egypte et les puis- sances chrétiennes (/in), par II. Lammens, S. .]., 359. — V. Histoire po- litique et religieuse de l'Arménie {suite), par Fr. Tournebize, S. .1., 393. — VI. Office de sainte Marine, par L. Clugnet, texte syriaque (suile), 400. — VII. Mélanges : Note sur la localité palestinienne dite Maouza ou Maoza- de Tamnia, par M. -A. Kugener, 442. — VIII. Bibliographie, 14G. N° 4. — I. Saints jumeaux et dieux cavaliers, par H. Grégou^e, 153. — II. Saint Jean le Paléolaurite (fin), par S, Vau^hé et S. l'ÉTRinÈs, A. A., 491. — m. Le Dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de l'É- glise grecque (suilr), \);\v D. Placide de Meester, O. S. l!., 512. — IV. Ri- tuel copte du baptême et du mariage {suHr), par V. Er.mom, P. AI., 526. — V. Histoire politique et religieuse de l'Arménie (sitile), par I'r. Tournebize, 537. — VI. Vie de sainte Marine {suUe), par L. Cixgnet, 560. — VII. Bibliographie, ti()9. N" I. — I. Quelques mss. de musique byzantine (//"), par .I.-H. Kerouks, 1. — II. Histoire politique et religieuse de l'Arménie (suilc), par Fr. Tournerize, 15. — III. Vies et récits d'anachorètes, par L. Clugnet, o[). — IV. Le dogme de l'Immaculée Conception et la doctrine de l'Église grecque (snilc), pai- D. Placide de Meester, 0. S. H., 57. — V. Sivas, huit siècles d'histoire, par P. Girard, S. .L, 79. — VI. Mélanges : I. Cliry- sippe, prêtre d<> .h'rusalem, pjir S. Vailiié, A. A., 90. — 2. Le congrès intei'- national des Orientalistes (10-26 a\ril 1005), par F. Nau, 100. — VU. Biblio- graphie, PJ5. X" 2. — I. Dans quelle mesure les Jacobites sont-ils monophysites? par F. Nau, 113. — 11. Histoire politique et religieuse de l'Arménie {suile), par Fr. Tournerize, 135. — 111. Le dogme de l'Immaculée Con- ception et la doctrine de l'Église grecque (//«). par I». Pi.ai ide de Mees- ter, 0. S. B., 1.j4. — IV. Les constructions palestiniennes dues à sainte Hélène, d'après une rédaction du X^ siècle, source de Ni- céphore Calliste. Vlll, 2'.t. .3n. :î2. par F. Xau, 102. — V. Sivas, huit siècles d'histoire {suitr). par !'. Gn{ARD,S. .L, 160. — VI. Documents de source copte sur la sainte Vierge, pai- .\. Mallon, S. .L, p. 1N2. ~ VIL Traduc" tion des lettres XII et XIII de Jacques d'Édesse (exégèse biblique), par F. Xau, 107. — \'lll. Mélanges : l'aiiDii et Zacdiai'ie moines de Scété, (commencement du iv' siècle), par F. Xau, 2tlO. — L\. Bibliographie. 213. 460 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, l'*' SÉRIE. N" 3. — I. L'Orient latin censitaire du Saint-Siège, par C. Daux, 2ib. — II. Documents de source copte sur la sainte Vierge [fm), par A. Mal- LON. S. J., 251. — III. Traduction des lettres XII et XIII de Jacques d'Édesse (exégèse biblique) (fin), par F.Nau, "258. — IV. Sivas, huit siècles d'histoire {sidle), par D. P.i. Girard, S. J., 283. — V. Traités liturgiques de S. Maxime et de S. Germain traduits par Anastase le bibliothé- caire, par S. PÉïRiDKS, A. A., 289. — VI. Mélanges : I. Rabban Daniel de Mardin, auteur syro-arabe du xiv° siècle, par F. Nau, 314; 2. Les biens de l'Église arménienne, le divorce et le repos dominical en Russie, les massacres du Caucase, par N. Lo.nguevili.e, 319. — Ribliographie, 320. Livres nouveaux. Sommaire des Revues, 330. N" 4. — 1. Sivas, huit siècles d'histoire, jiar D. M. (Jirahd, S. ,1., 337. — II. Traités liturgiques de S. Maxime et de S. Germain, traduits par Anastase le Bibliothécaire, i)ar S. Pétridès, A. A., 350. — III. His- toire politique et religieuse de l'Arménie (suite), par Fr. Tolrnebize, 365. — IV. Le chapitre llspî àvaxwpyiTwv àvîwv et les sources de la vie de S. Paul de Thèbes, par F. Nau. 387. — V. Les versions arabes du « Testamentum Domini nostri Jesu Christi », par P. Dib, 418. — VI. Le pasteur d'Hermas, fragments de la version copte-sahidi- que jusqu'à ce jour inconnue, par L. Delaporte, 424. — VII. Mélanges. I. Xo-jCTav6o<; ô (riêriptwTr); {ROC. 1901, p. 456) = Chrysanthe Loparev, par X., 432; 2. Lettre relative à la Chronique de Michel le Syrien, par S. B. Me' Rah- .mani, 435. — VII. Bibliographie, 439; Livres nouveaux; sommaire de la B.Z., 442. II TABLE DES MATIÈRES (^ PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE Acta mylhologica apostolorum, IX, 62i. Alexis !"■■ Commène (essai sur le règne d'), VI, 154. Algazel, VU, 161. Anachorètes (Vies et récils d'), VII, 604; VIII, 91 ; X, 39. — Cf. X, S87. Anastase (les deux mélodcs du nom d'), VI, UUlt. Anastase le Bibliothécaire (la lettre d'), I, 124 (pr.). Apocalypse (fragment d'une version copte de 1') de saint Jean, IV, 263; Apocalypse d'Élie et de Soplionie, V, 161. Apocryphes (fragments d'), leur origine, IX, 613. — Cf. X, 446. Archéologie chrétienne (éléments d'), V, 439. Arménie (T), I, 315. — Arménien und Europn, II, 120. — Succession apostolique des pa- triarches d'Arménie, VI, 132. — Histoire politique et religieuse de l'Arménie, Vil, 26, 277,509; Vlll,206, 577; 1\,107, 212, 393; X, 15, 135, 365. — V. Nahadag. — Cf. VIII, .320. Arménienne (Église), III, 328. — Règle- ments généraux des Arméniens catholiques, 1\ , 305. — Le^ € madag « ou sacriliccs arméniens, Ml, 410. —Les biens de l'Kglise arménienne, X, 319. Athanase (les canons de S.) d'Alexandrie, X, 215. Auranitide. — \ . Géographie. Autonomies ecclésiastiques, églises sépa- rées, 1, 411. Autriche (les Serbes en), I, 335. Auxence. — Vie de saint Auxence, Mil, 1. — Mont Saint-Auxence, Mil, 15, 240, 426, 550. Bahira (la légende de) ou un moine chré- tien auteur du Coran, II, 439. Bajazet II (lettre du sultan) au roi de France Charles Mil, 11,219. Bardesane, X, 278. Bas-Empire (les relations de l'Église et de l'Ktat dans le), H, 340. Basile le Grand. — V. Liturgie. Bider-Khan (histoire de), V, 649. Bêhémoth ou la Sauterelle, X, 262, 279. Bénédiction (la) liturgique des raisins, IV, 354. Benjamin (la vie de Mar), traduite du syria- que, II, 245. Benoît XIV (le bref de) Ai/aïae SM«i, 111,126. — Benoit XIV et l'Église copte, IV, 615. Beyrouth, IV, 556; VII, 504. Bible Polyglotte (la sainte), V, 331. — Cf. X, 197, 258. — Les psaumes traduits de l'Hé- breu, X, 335. — Les apocryphes du Nouveau Testament, X, 446. Bosnie-Herzégovine (les Serbes de la), 1, 37 (sec). Bulgarie (la) chrétienne. H, 5, 165, 271, 406. Byzantin (l'empire), IX. 615. Calendrier (la n'forme du), I, 130 (pr.). — Kalendarium manuale utriusque Ecclesiae, I, 143 (pr.). — Calendrier de l'Église copte d'Alexandrie, 11, 307. Califat ottoman (le), M, .303. Canons des apôtres, IX, 290. — De saint Athanase, X, 215. Carion et Zacharie, moines de Scété (eom- mencenient du iv'' siècle), X, 209. Garthage romaine, X, 105. (1) Nous renvoyons au tome et à la page. Par suite d'une erreur dans la mise en pages, le tome 1»" renferme deux fois la pagination 1 à 144. Nous la distinguons en la faisant suivre de (pr.) ou de (sec.). ^p_ ^^^,_^ 462 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN, P" SÉRIE. Cassia, Ml, 218. Césaria (la pairice), correspondante de Sé- vèru d'Anlioche, VI, 'iTO. Chaldéen (les origines du patriarcal), 1, 66 (sec). — Doctrine de l'Église chaldéenne sur la primauté de saint Pierre. 1, 137 (sec). — État religieux des diocèses formant le pairiarchat chaldéen de Babylone, I. Chant. — Essai sur le chant liturgique dans les Églises orientales, 111, 221. — Chants li- turgiques des coptes, V, 16^i. — Vil, 169. Charfé (la Bibliothèque du séminaire syrien de), IV, 150. Charles VIII (noie sur une lettre'dil sultan Bajazet 11 au roi de France), 11. 219. Charles-Quint (une lettre d'Ibrahim pacha à). Il, .'502. Chimère (mission de la) en Albanie, 1\ , 58. Chorévêques (les), VI, 157, ?il9. Christodule, higoumène de Saint-Jean à Patmos, V, '215. Chronique (fragments d'une) syriaque iné- dite, I, 396. — Chronique du pseudo-Denys de Tellmahré, II, ^il. — Fragments d'une chronique syriaque maronite, IV, 318. — Cf. X, ïi39. Chrysippe, prêtre de Jérusalem (\» siècle), X, 96. Clément "VI (le pape) et les affaires d'Orient, I\, 621. Clément IX et la guerre de Candie. \, 327. Concile de Florence, I, 305; 11. 69. Congrégation des rites. — \ . Glacol. Congrès international des orientalistes, XI" congrès, 11, ii9'i; \l\^ congrès, X, 100. Copte (calendrier de l'Église) d'Alexandrie, II, 307. — L'ordinal copte, III, 31, 191, 282, ^25, fi30; IV, loa, /il6. 591: V, 247. — La messe copte, IV, 12. — Église copte, cf. Benoit XIV. —Cf. Rituel. — Coptes asiali- (lues, VIII. 633. Coran. — \ . Bahira. Cyriaque (récit de Mar) racontant comment le corps de Jacques Baradce fut enlevé du couvent de Casion et transporté au couvent Phesiltha, \ II, 196. Cyrille et Méthode (SS.). Cf. Lettre d'Anas- tase. Damas (le chemin de fer de) à la Mecque. V. 507. — V. Omiades. Daniel (Vie de) du monastère de Scété, IV, Itbb. Fie et récits, texte grec, V, 49, 254, 370; texte syriaque, V, 391; texte copte, 535; VI, 51. Daniel de Mardin, IV, 335; X, 314. David est-il l'auteur de tous les psaumes ? X, 272. Dennaba de S'' -Sylvie et Dunip des monu- ments Egyptiens, IX, 276. Denys de Tellmahré (les parties inédites de la Chronique du pseudo-). II, 41. Dictionnaire grec français des noms litur- giques. I, 142 (pr.). Didaché. — Cf. Eucharistie. Didascalie des apôtres. — Cf. Vlll, 639. Divorce (le) et le repos dominical en Rus- sie, X, 319. Documents de source copte sur la sainte \ ierge, X, 182, 251. Dominical (le divorce et le repos) en Russie. X, 389. Doxologie (la grande), étude critique, IV, 240. Dunip. — V. Dennaba. Église. — V. Mardin. — Les relations de l'É- glise et de l'État dans le Bas-Empire, II, 340. — V. Jacobites; orthodoxe: Egypte. Egypte (Histoire de l'Église d'), IV, 626. - Les évêchés de l'Egypte chrétienne, V, 637. — La question gréco-arabe en Egypte, Vil, 331, Elle XI (Deux lettres d), patriarche de Ba- bylone, \', 481. Ephrem (S.), VI, 116. Ethiopie. ~ Cf. Vil, 165, \, 213. Eucharistie (1') et les repas communs des fidèles dans la Didaché, Vil, 339. — La forme consécratoire de l'Eucharistie d'.i- près (|uelques mss. grecs, VIII, 459. Euthyme le jeune (vie et office de saint), Vlll, 155, .503. Évangiles (les) des douze apôtres et de saint Barthélémy. IX, 612. Évêques (les) jacobites du viiie au xiii" siècle d'après la Chronique de Michel le Syrien, IV, 444, 495: V, 605; VI, 189, Florence (actes du saint et œcuménique concile de Florence), I, 305;. Souvenir du concile de Florence, II. 69. Formule « omuiaad majorem Dei gloriam >, son antiquité, Vlll, 477. Franciscains. — Histoire des missions franciscaines, IV, 136. — In projet de croisade franciscaine, VI, 473. Géographie (notes de) ecclésiastique sy- rienne, VIII, 313. — Anciens couvents de l'Auranitide, Vlll, 478. — V. Dennaba; Maouza. — Maronites, Mazonitesel Marani- les, IX, 268. - Cf. X, 222. Glacol (le) et la congrégation des rites, I\ , 1. Gladstone et la question des ordinations anglicanes, I, 149. Grapti. — V. Michel leSyneelle. Grèce. — Le syllogue littéraire grec de Conslantinople, I, 454. Grecque (Église). — Les offices et les di- gnités ecclésiastiques dans l'Église grec- que, 111,142, 260, 452: IV, 116. — Entre Grecs et Russes, \, 1. — Cf. Marc Xilo- carvi. Grecs (les) melkites, 111, 1, 265. Grégoire de Nysse. Cf. Sévère d'Antioche. Gryphon (frères) et le Liban au XV« siècle, IV. (iî. Hébreu (1') est-il la première des langues, X, 273. Hélène (sainte;. — Les constructions pales- tiniennes dues à sainte Hélène, d'après une TABLE DES MATIERES. 463 rt'daclion du v siècle, source de Nicé- phore Calliste, X,162. Hellénisme (griefs de l') contre la Russie, \l, 1, 172, 333, 532. Hermas (fragments coiJtes), X, 42'i. Hésychius de Jérusalem. — Cf. Sévère d'Antiiiche. Hiérarchies (les) en Orient, IV, l'iri. Histoire de l'Église de Mardin, I, Ui (pr.). — Histoire ecch'siastique d(^ Jean d'Asie, 11, Ubb. - Histoire de Daniel de Mardin, IV, 335. — Histoire d'un bienheureux (|ui de- meurait sur un arbre, 1\ , 337. — Histoire de Béder-Kbau, V, 6'i9. — Histoire de Jean bar Aphtonia, Vil, 97. — Histoire ancienne des peuples de l'Orient, \, 328. Hospitaliers (les) en Terre Sainte et à Chypre, X, 330. Ibrahim pacha (une lettre d) à Charles - Quint, H, 302. Ignace Michel Djaroué (autobiographie du patriarche), M, 379. Immaculée Conception (le dogme de 1') et la docirine de l'Église grecciue, IX, 1, iH-<, 512 ; X, .">7, 154. Inscription syriaque de Krad ad-Dasinya, dans l'Eméséne, Vil, 386. — Formules épi- graphiques. Vil, 668. Irénée (S.), X, 326. Islam (1'), I, 499.— Deux publications nou- velles sur l'islam, 11, 228. — Les éludes is- lamiques en Russie et une apologie de l'Islam, VI, 485 ; Vil, 71. Jacobites (ordination du prêtre dans le rite), I, 1, (sec.) Église jacobite. Cf. Plé- rophories; Sidon; Évêques. Cf. 1\, 201. — Dans quelle mesure les jacobites sont- ils nionophysites ? X, 113. Jacques Baradée. — Cf. Cyria(|ue. Jacques d'Édesse. — Lettre à Jean le sty- lite sur la chronologie bibli(|ue et la date de la naissance du Messie, V, 581. — Let- tre au diacre Georges, VI, 115. — Lettre sur la _ généalogie de la sainte Vierge, \l, 512. — Traduction des lettres XII et Xlll de Jacques d'Édesse (exégèse biblique), X, 197, 258. Jean (saint), X, 110. Jean d'Asie (l'histoire ecclésiastique de), II, 455. Jean bar Aphtonia (histoire de), VU, 97. Jean de Camillis de Chio sur la mission de la Chimère (lettre inédite du R. P.), IV, 58. Jean Hylilas, patriarche de Constauliuople, IX, 261. Jean Maron (S.), patriarche d'Autioche. Ses œuvres traduites du syria(|ue, IV, 18s ; Cf. VI, 117. Jean (évr-que de Mayouma). — Cf. Pléroiiho- ries. Jean le Paléolaurite (saint), procédé d'une notice sur la vieille laure, l\, 333, 491. Jean le Stylite. — V. Jac(|ues d'Édesse. Jérôme (saint), hagiographe, V, 654. Jérusalem (la prise de) par les Perses en 614 ; II, 125 ; VI, 643. — L'érection du pa- triarcat de Jérusalem en 451, IV, 44. — Cf. Judas (lyriaque. Jésuyab (le synode de Mar), IV, 247. Joachim III (les projets de), VII, 59. Job (interprétation de divers passages du livre de), X, 260. Joseph Emmanuel II (lettre pastorale de S. B.), patriarche de Babylone, V, 642. Judas Cyriaque, évèque de Jérusalem (textes orientaux inédits du martyre de), texte syriaque, IX, 7, 9; texte copte, l\, 310. Julien (S.), évèque du Mans. — In saint évéque de France honoré en Russie, IV, 129. - Le culte de S. Julien du Mans dans l'Église russe, IV, 453. Justin (S.), Apologies, X, 216. Kurdes (Notice sur les), I, 133 (pr.). La Mecque. — V. Damas. — Où en est le che- min de fer de la Mecque'? VI, 145. — Le pèlerinage de la Mecque en 1901, VII, 153 ; en 1902, X, 326. Latines (luissances chrétiennes, IX, 151, 359. — CL IX, Vi8. — L'Orient latin censitaire du Saint-Siège, X, 223. Roumanie (sur les couvents dédiés de), V, 169. Russe (Église). — V. Julien (S.). — Entre Grecs et Russes, V, 1. — L'ancienne et la nouvelle théologie russe, VI, 88. — Russes et Nosoïris, VIII, IU9. Russie (la) et le Saint-Siège, I, 157; II, 238. — Quelques mots de politique chrétienne à propos d'un livre russe récent. II, 'i98. — Griefs de l'hellénisme contre la Russie, VI, 1, 172, 333, 532. — La Russie et l'Orient chrétien durant les derniers mois, VII, 1. — Les études islamiques en Russie, VI, 'i85; Vil, 71. — La Russie en Palestine, VI, 657. — Le divorce et le repos duminlcal en Rus- sie, X. 319. Sabba (Vie de saint), X, 331. Sabbatiens (Hérésie des), X, 277. Saints jumeaux el dieux cavaliers, IX, ?i53. Salomon, ses écrits, X, 274. Sépulchre (Saint-). Une bagarre au Saint- Sépulchre en 1698, VllI, ^i71. — Un commen- taire inédit sur la bagarre du Saint-Sépul- chre en 1698, IX, 14'4. Serbie (la) chrétienne, I, 7 (pr.); 37 (sec), 3.35, 481. —La question serbe dans l'empire ottoman, I, 'i20. Sévère d'Antioche. — Une homélie de Sé- vère d'Antioche attribuée à Grégoire de Nysse et à Hésychius de Jérusalem, III, 435. — Histoire de Mar Sévère patriarche d'An- tioche, lV,3'i3,.'i43; V, 7'i, 293. — V. Césaria: cf. IX, 289, 609. Sidon (Relation de l'év('M(ue de) sur les jaco. bites et les Arméniens, III, 200, 328. Sinaï(ln the shodowof), III, 'i90. -Le monas- tère de Sainte-Catherine au Sinai, V, 319. — A propos du couvent du mont Sinaï, V, 492. — Le couvent du mont Sinaï, VII, 501. — Cf. IX, 295. Sionisme (le) el la Turi|uie, VII, 334. Sivas, huit siècles d'histoire, X, 79, 169, "283, 337. Sophrone le Sophiste el Sophrone le Pa- triarche, VII, 360; Vm, 32, .356. Synode (le) de Mar Jésuyab, IV, 247. Syriaque (la littérature), l\ , 291; V, 330. — Remarques sur les traductions syriaques de deux formules grecques, V,1.55. Syrienne (Église). — V. Charfé. — Géogra- phie syrienne, VllI, .313. — CL VllI, 643. Takla Haymanot (Vie de), V, lt)5. Testamentum l).-N. J.-C. IX, 289; X, 418. Textes. — Arabes : II, 147; VI, 290; VII, 247, 267; Mil, 412; IX, 373, 596. — Arméniens : I, 328, 466. — Coptes : II, 310; III, 33, 191, •282,425; IV, 104, 269, 416, 591 ; V, 2'47, 445, 5.35; VI, 453; VII, 139, 303; l\, 25, 320, 526 ; X,183,251,424.— Éthiopiens: VI, 54; VllI, 615. — Grecs : I, 309; II, 85, 1.33, 139; IV, 281 ; V, 49, 254, 370, 597; VI, 291. 575, 596; VII, 323, 423, 549, 570, 598, 606; VllI, 3, 79, 91, 147, 168, 467, 475, 503; IX, 141, 304, 462; X, 8,39,.387. — Latins: VI, 360; VllI, 76; IX, 463. — Syriaques : 1,4 (sec), 398; II, 41,455; III, 158; IV, 150, 255, 341, 359; V, 391, 583 ; VI, 120, 283, 517; VII, 113, 198; VllI, 631; IX, 87, '244, 409, 501 ; X, 316. — Turcs : II, 225. Théoctiste (le monastère de S.), III, 58. Théologie monophysile, X, 113. Théotokies (les) ou office de la sainte Vierge dans le rite copte, IX, 17. Timothée I, patriarche ncslorien (728-823), X, 334. Traductions. — De l'arabe : I, 43 (pr.), 66 (sec); II, 154, 439; VII, 258, 273; VllI, 388: IX, 151, 359; \, 117. — De l'arménien : I, 328, 470; IV, 134. — Du copte : 11, 307; III, .37,196, 28S, 428, 433; IV, 12,112, -264, 423, 599; V,25l, 455, 553; VII, 148, 312; IX, 25, 311, 532; X, 183, 251. — De l'éthiopien : YIII, 619. — Du grec : 1,309; II, 137; X, 164. — Du syriaque : 1, 19 (sec), 402; II, 41, 245, 357, 455: III, 43, 77,151, 168, 232, 292, .3.37, 458: IV, 175, 248, 318, 380, 444, 495, 543; \ , 74, 118, 182, 293, 401, 588, 605; VI, 125, 189, 286, 522; VII, 121, 202; MU, 62'i, 632; IX, 80, 242; X, 197, 258, 316. — Du turc : 11, 219, 302. Turquie. — La question serbe dans l'empire ottoman, I, 420. — Le syllogue littéraire grec de Constantinople, 1, 454. — CL Mu- sulmans. — L'Allemagne en Turquie, Ml. 158. — CL Sionisme. Vie de MarBenjamin, traduite du syriaque, II, 245. — Du moine rabban Youssef Buus- naya, II, 357; III, 77, 168, '292, 458; IV, 380; V, 118, 182. — V. Daniel de Scélé; Anacho- rètes; Maléinos, — Vie de saint Sabba, X, 331. Yézidis, I, 139-141 (pr.). — V, 666. Youssef I'^' (Me de Mar), premier patriarche chaldéen (1681-1693), I, 66 (sec). Youssef Bousnaya (Vie du moine Rabban), 11, 337; III, 77, 168, 292, 458: IV, 380; V, 118. 182. Zacharie le rhéteur (la compilation histo- rique du pseudo-), \, 201, 461. Zacharie. — Cf. Carioii. — Fils de Barakia, X, 267. OlllENT CHRETIKN. 30 m TABLE ALPHABETIQUE DES AUTEURS Avril (le baron d'), 1, 7 (pr.), 37 (sec.)), 111 (sec), 12/i (pr.), 143 (pr.), 3.S5, 513; II. 5, 165, 228, 271, ?i06 ; III, 1, 200, 265, 328; IV, 1, l'l5; V, 109, ()W);V1,303. Babakhan (J.), IV, 428 ;V, 481. Basset (Reiié),X, 213. Batareikh (E.), VIII, 459; IX, 65. Besse (Dom), IV, 460, 465. Beurlier (labbé), I, 142 (pr.). Blochet (K.), Il, 219, 302; IV, 364, 605; V, l'i'i; VII, 161, 265. Bréhier (L.), IX, ■2«>1, <'21 ; X, 105. Buffat(leR.P. L.), VIII, 388. Carra de Vaux (le baron), 1,133 (pr.); Il, 69, 120, 439, 498; IV, 297. Chabot (l'abbé), I, 66 (sec), 406, 465; II, 357 : 111, 77, 168, 292, 458; IV, 380, 444, 495; V, 118, 182, 492, 605, 642 ; VI, 189. .\apa)a(jL7ro; yrci oèo/^v-oii, VII, 423. Chébli (P.), \'lll, 133. Cheïkho (le P.. P.), VI, 379. Clédat (J.), IV, 263. Clugnet (L.), Il, 307: 111, 142, 260, 452; IV. 116, 136, 295, 455: V, 49, 162, 254, 325, 370. 499, 502,664, 666; VI, 51, 357,-572, 650; VII, 319, 336, 478, 647, 672; VIII, 1, 150, 154, 288, 321, 323, 484; IX, 146, 240, 295. 296, 409, 431, 560. 624: X, 39. Couret (le comte), II, 125. Dauby (P.), X, 326. Daux (l'abbé C), X, 225. Delaporte (L.), X, 424. Dlb (P.), \, 418. Ermonl (M. V.), I, 315, 493; III, 31, 191, 282, 425: IV, 104, 416, 591; V, 247, 445,637, 659; VI, 453; VU, 303; IX, 526. Gastoué (A.), IV, 280,628; V, 164; Vil, 169; 1\, 294. Girard (le R. P.), VI, 132; VII, 410; VIII, 537: X. 79. 169, 283, 337. Graffin (W), I. 1 (sec); 111, 490; IV, 247. Grégoire (H.), IX. 453. Guidi (1.), V, 5.35; VII, 245; IX, 79, 310. Guigard (A.), VIII, 483, 645. Hyvernat (labbé 11.), Vil, 136. Jalabert (le R. P. L.), IX, 96, 446. Kugener (M. A.), III, 435; V, 155, 201, 461; VI, Ù75; VII, 166, 196; IX, 442, 609. Ladeuze l'abbé P.), VII, 339. Lammens (le R. P.), IV, 68, 572; V, 99, .303; 423: Vl, 33, 473; VII, 59, 153, 157, 158, 331, .332, 452, 501, 504, 668; VIII, 101, 149, 313, 477, 478, 633, 637,643: IX, .32, 144,151, 276, 292, 359. Laviornerie (J. de), VI, 154 ; VII, 3.37, 507, 671; VIII, 152,482, 640. Legrand 1 Emile), IV, 58: VUl, 70. Léon XIII (S. S.), IV, 141. Levantin (II.), Vil, 171. Longueville (N.), X, 319. M... iF.), VI, 291. Mallon (le R. P. A.), IX, 17; X, 182. Michaïlovitch (Th.), V, I. Michel (le R. P.), 1, 37 (sec), 88 (pr.), 91 ;sfc), 379: 11.94, 176. Monch vllermami), V, 662. Nau (l'abbé F.), 1, 396: 11, 41, 455; III, 232, 337; IV, 134, 175, 318, 455, 543: V, 74. 293, .327, 370, 581, 634; VI, 115, 283, 470, 481, 512 ; VII, 97, 604 ; VIII, 91, 630, 639, 640, 642 ; IX, 268,284, 612; X, 100, 108, 110, 113,162, 197, 209, 215, 216, 220, 258, 314, 327, 328, 387, 4.39. Palmiéri (leR. P.), VI, 88, 309, 485; VII, 71, 618: VIII, 111. Pargoire (le R. P. J.), VIII, 15, 240, ^26, 550; 1\. 615. Parisot (le R. P.), III, 221; IV, 150, 291, 354; V, 322, 335, 500, 660; VI, 157, 419. Péreira (E. , Vlll. 614. Perruchon (F.), V, 165. Petit (le R. P.), 111, 393; IV, 227, 305: VII, 543: Vlll, 144, 155, 471, 503; IX, 139, Pétridès (le R. P.), V, 407, 597; VI, 444; Vil, 218; IX, 491; X, 289, 350. TAULE AIJMIABETIQUE DES AUTEURS. 167 Pisani (l'abbt- P.), 1, 130 (pr.), 157, 'i2{), oOS; II, 238, a/iO. Placide de Meester (le R. P.), IX, 1, 18«, r»12;X, 57, 15/1. Rebours (le R. P. J. B.l, IX, 2()<); X, 1. Renaudin ^Dom), IV, 14, 129, 203, It'il, UM, 'i6n, 6lr>, (i2(i, 027; V, 161, 215, 310, 565,605; VI, 150, 310, '|02; Vil, 163, 105, 506, 50«. Ronzevalle (le 1\. P.), Vil, 386. Saint-Guliez (11. de), VI, WX Scheil (le P.. P.), 1, 'i3 (pr.); H, 2/i5. Slemman II.), V, 507; VI, Htb, Thibaut (le R. P.), VI, 593, 05f|. Tixeront (.1.!, Vlll, 623. Tournebize (F.), Vil, 26,277. 509; Mil, 206, 320, 577; IX, 107, 212, 393, ?i51, 537; X, 1.5, 135, 305. Tournier (L.), 1, 159. Vailhéde R. P.), III, 5S: 1\ . Vi,512; V, 19, 272 ; VI, 313, 610, 013 ; Vil. 360 ; VIII, .32, 281. 356; IX, 333, 'lUH, 623; X. 90. X... VI, 1, 172, 333, 532; Vll.l; Vlll, 'l85; X, 434. I-7V.10 Revue De L'Orient Chrétien Princeton Theological Semmary-Speer Library 1 1012 00321 9732 •1 »:• *•■■ J . 1 '■•n, l 1 -5tjjjj« ■. v« "^^